Les grands procès du Québec: histoire ou dramatisation?

les_grands_proces_DVD_movie_large-218x300            J’étais dans la jeune vingtaine lorsque les épisodes du téléfilm Les Grands Procès du Québec furent diffusés à la télévision, au milieu des années 1990. À l’époque, je n’en ai pas manqué un seul. Des années plus tard, il me fallait évidemment me procurer le coffret DVD et me remémorer ces instants de notre patrimoine judiciaire. Car, je dois l’avouer, ce téléfilm a certainement semé en moi la graine d’une passion qui, plus tard, refit surface. Comme on le sait, je me passionne maintenant à réviser des dossiers judiciaires de notre passé afin de donner l’heure juste aux lecteurs, ce qui m’a value jusqu’à maintenant de publier L’affaire Dupont (2014) et L’affaire Denise Therrien (2015). Il y en aura d’autres, évidemment!

Au fil de mes recherches, l’inévitable s’est produit : j’ai finalement croisé des dossiers abordés dans le cadre de cette série. Quoique je me doutais de cette contrainte ayant poussé les scénaristes à procéder à des coupures, j’étais loin de me douter que je serais heurté à des contradictions majeures.

Et je ne suis pas le seul à le dire. Dans son ouvrage L’affaire Cordélia Viau la vraie histoire, publié en 2013, Me Clément Fortin soulignait les invraisemblances rapportées par des auteurs comme Pauline Cadieux et Andrée-Hélène Bizier. Mais ces erreurs touchaient également l’épisode que les concepteurs de Les Grands Procès du Québec avaient consacré à Viau. Sur ce, Fortin écrit dans son épilogue : « comment Cadieux, Bizier, Boileau et les auteurs de Cordélia dans la série Les grands procès du Québec ont-ils pu passer sous silence l’intervention du juge en chef de la Cour supérieure du Québec? Pourtant, les journaux y avaient fait écho. Comment ont-ils pu ignorer le résumé du juge Taschereau et le jugement de la Cour d’appel? ».

La leçon que nous donne indirectement Fortin est qu’il est préférable de consulter d’abord le dossier judiciaire avant de crier à l’injustice, comme l’a fait Cadieux, et bien d’autres d’ailleurs. Le secret, c’est de remonter à la source; non de déblatérer sur la place publique pour le simple plaisir d’attirer l’attention.[1]

Car les concepteurs de la télésérie semblent avoir boudé les dossiers judiciaires. Du moins, c’est ce que j’arrive à prouver avec l’une des plus célèbres affaires de notre passé. Dans l’épisode consacré à l’affaire Aurore Gagnon, on y commet l’erreur de désigner le juge de paix sous le nom d’Aurélien Mailhot, alors que dans les faits il se nommait Oréus Mailhot[2]. De plus, on fait dire à des témoins des choses qui n’apparaissent même pas dans les notes sténographiques. Pour ainsi dire, les scénaristes n’ont donc pas consulté le dossier judiciaire. C’est pourtant ce dont on serait en droit de s’attendre d’une émission qui prétend reconstituer des causes criminelles.

Quant aux plaidoiries et aux directives du juge, toujours dans l’affaire de cette pauvre enfant martyre, elles relèvent tout simplement de l’imaginaire. Ainsi, il devient tout à fait légitime de se demander si cette télésérie prétendait vraiment faire de l’Histoire ou alors de simples dramatisations.

Une question toute légitime prend alors naissance dans notre esprit : ces inexactitudes se répètent-elles pour les autres dossiers? Évidemment, il faudra encore bien des années avant de le vérifier. Il est plus laborieux de lire un dossier judiciaire dans sa totalité, quoique la satisfaction retirée par la suite est drôlement plus gratifiante, d’autant plus qu’on redonne aux faits et au public le respect qu’ils méritent.

Étrangement, le journaliste Daniel Proulx, qui est à l’origine de cette création et qui a participé à plusieurs autres documentaires de qualité, n’a pas commis ces erreurs dans le livre qu’il intitula également Les grands procès du Québec. Dans cet ouvrage fort intéressant il traite d’ailleurs de procès qui n’ont jamais été adapté à l’écran. Par exemple, il a préféré ne rien écrire à propos du procès de Marie-Anne Houde, alors qu’il a résumé des affaires comme celle du triple meurtre du Casa Loma, l’attaque du tunnel de rue Ontario, et j’en passe. Forcément, il s’est produit quelque chose entre la rigueur de Proulx et le produit final de la télésérie.

Ceci dit, les constatations de ces imprécisions historiques nous laissent à penser que ce téléfilm fut davantage une interprétation artistique et donc culturelle de notre patrimoine judiciaire. Certes, ce ne fut pas une reconstitution fidèle des témoignages entendus sous serment, dont plusieurs dorment toujours dans nos archives. Sur ce point, force est de constater qu’il reste encore beaucoup de travail à faire avant de renflouer la vérité historique de notre passé. Pourtant, il y a maintenant 20 ans, cette dramatisation fut une porte ouverte pour éveiller l’intérêt de plusieurs curieux, dont je fais partie.

[1] À ce sujet, je vous recommande mon article Les auteurs mythomanes, un phénomène bien présent.

[2] Parfois, on l’a aussi écrit « Auréus Mailhot » mais une lettre signée de sa main « O. Mailhot » me permet de croire que la véritable façon de l’écrire était « Oréus ».

Les auteurs mythomanes, un phénomène bien présent

En 1960, le livre de Ramon F. Adams a révélé l'existence de plusieurs auteurs mythomanes et opportunistes.
En 1960, le livre de Ramon F. Adams a révélé l’existence de plusieurs auteurs mythomanes et opportunistes.

Que ce soit en se déplaçant chez son libraire ou en commandant en ligne, le lecteur est en droit de présumer de l’honnêteté du livre qu’il s’apprête à acheter.  Malheureusement, après m’être familiarisé avec quelques sujets historiques depuis maintenant 25 ans, je suis en mesure de me rendre compte de l’existence d’un phénomène qui peut sembler désagréable et parfois même déroutant.  Les auteurs mythomanes existent et, bien qu’ils sèment la controverse, nous devons composer avec cette réalité.

La première fois que j’ai eu la puce à l’oreille, bien que j’avais déjà côtoyé le phénomène au cours de mes recherches concernant le 19ème siècle américain, ce fut en lisant L’affaire Coffin : une supercherie?, de Me Clément Fortin (2007).  Au moment d’y plonger mon regard de lecteur, j’avais évidemment entendu parler de l’affaire Coffin – comment l’ignorer? – mais je ne m’étais toujours pas forgé le moindre jugement sur cette affaire.  Me Fortin y affirmait lui-même qu’avant de s’attaquer au dossier judiciaire il croyait en l’innocence de Wilbert Coffin.  Une étude objective du déroulement du procès l’a finalement convaincu du contraire.

Dans l’ouvrage de Me Fortin, je n’ai eu d’autre choix que d’en arriver à la même conclusion que le jury : Wilbert Coffin était coupable du triple meurtre des trois chasseurs américains survenu en Gaspésie.  L’auteur mythomane qui est à l’origine du mythe entourant l’affaire Coffin, et qui par conséquent créa le plus de dommage au sein de la mémoire collective, est Jacques Hébert.  Les publications de ce dernier, qualifiées de « brûlots » par Me Fortin, ont fortement contribué à ce mythe entretenu autour de la possible injustice de l’affaire Coffin.  Devant la Commission Brossard, formée au cours des années 1960 et aux frais des contribuables pour justement réétudier l’affaire Coffin devant les nombreux doutes soulevés par Hébert, celui-ci fut contraint d’admettre qu’il n’avait lu qu’un seul témoignage sur l’ensemble des milliers de pages de transcriptions sténographiques du procès.

Cette évidence aurait normalement dû clouer le bec à Hébert, mais ce dernier continua inlassablement sa croisade médiatique pour des raisons purement politiques.

En travaillant sur L’affaire Dupont, j’ai pu vérifier ce dont Me Fortin parlait dans ses publications, c’est-à-dire cette nécessité de s’en tenir aux transcriptions et au dossier judiciaire.  Cette rigueur permet d’écarter les rumeurs et autres ragots de corridor  Voilà qui, au bout du compte, nous met face aux preuves solides qui ont été enregistrées légalement.  Autrement, il devient facile de se laisser aller dans des directions incontrôlables et perverses, ce qui nous conduirait tout droit vers une mystification de l’ordre de celle qu’on réserve encore aujourd’hui à une légende mauricienne comme celle du mur du pendu (voir La légende du mur du pendu : c’était Noël François!).

En mai 2014, la sortie du livre de Jean-Pierre Corbin, Exécution, Cold Case l’affaire Dupont la véritée [sic] absolue, qui repose sur des théories impossibles à prouver, a suscité un certain intérêt avant de décevoir plusieurs lecteurs qui cherchaient une meilleure compréhension des faits.  Tout comme dans l’affaire Coffin, les allégations ont pris des proportions telles qu’une partie de la population a intégré ces ouï-dire au mythe forgé par le temps et parfois même par le silence des autorités.

Dans l’affaire Denise Therrien, cette adolescente de 16 ans assassinée à Shawinigan-Sud en 1961, le scénario se répète.  En juin 2014, Jean-Guy Lefebvre, un ancien patrouilleur de la Sûreté du Québec qui ne révèle cependant jamais avoir été enquêteur, publiait La clef de l’énigme absolue.  En plus d’un titre prétentieux, celui-ci avouait avoir réalisé son enquête uniquement « par téléphone ».  Non seulement il appuyait les propos pervers et mensongers de l’assassin, publiés chez Stanké en 1977, mais il présentait un texte absurde et erroné.  Ajoutons à cela qu’il accuse les procureurs de la Couronne et de la défense d’avoir été des incompétents, et que le juge Paul Lesage a erré.  Bref, il prétend que tout le procès de 1966 fut un complot contre Marcel Bernier.  Cela revient à dire qu’il se croit plus compétent que les juges de la Cour d’appel, eux qui pourtant ont confirmés le verdict prononcé devant le juge Lesage en février 1966.

En août dernier, j’ai numérisé tout le dossier judiciaire de l’affaire Therrien aux archives de Québec afin de réviser les témoignages entendus devant le juge Paul Lesage.  Je n’y ai trouvé aucune matière pour appuyer, ne serait-ce qu’en partie, les accusations gratuites de Lefebvre.  D’ailleurs, c’est sur ce même dossier judiciaire que se basait Isabelle Therrien, la nièce de Denise, pour présenter son livre L’Inoubliable affaire Denise Therrien en 2009, et dans lequel elle démantelait justement la théorie loufoque de Bernier.

En publiant son docu-roman L’affaire Cordélia Viau, la vraie histoire en 2013, Me Clément Fortin a démontré l’existence d’une autre auteure mythomane : Pauline Cadieux.  Dans sa conclusion, Fortin démontre la frustration à saveur féministe qui aurait motivé Cadieux dans son écriture, allant jusqu’à dire que « cette attitude revancharde n’était sûrement pas propice à la rédaction d’une œuvre objective »[1].  Bref, elle a voulu faire de Cordélia Viau une victime, tandis que le dossier judiciaire ne révèle aucune irrégularité suffisante pour remettre en cause le verdict, bien qu’il faille admettre que certaines procédures ne se produiraient maintenant plus de la même façon.

Avant son exécution, d’ailleurs, Cordélia Viau a avoué son crime[2].

Le phénomène n’est évidemment pas étranger chez nos voisins américains.  À titre d’exemple, dans l’affaire du Dahlia Noir, cette jeune femme retrouvée assassinée dans des conditions atroces à Los Angeles en 1947, deux auteurs ont prétendu que leur père respectif était le véritable meurtrier.  Forcément, à première vue, au moins l’un d’entre eux avait tort.  L’auteur Don Wolfe a depuis démontré, suite à une recherche sérieuse, que ces deux auteurs n’avaient finalement aucune preuve pour appuyer leurs théories.

En 1960, Ramon F. Adams publiait A fitting death for Billy the Kid et dans lequel il présentait une impressionnante bibliographie des publications concernant le hors-la-loi américain Billy the Kid.  Il est étonnant d’y découvrir de nombreux auteurs – incluant des vieillards interviewés par des journalistes – qui prétendaient avoir connu le Kid, soit pour mousser des ventes ou simplement pour se rendre intéressants.  D’autres ont commis des erreurs aisément détectables.  Le livre d’Adams dévoile un phénomène si pathétique qu’il représente pratiquement un incontournable pour quiconque voudrait étudier le phénomène.

Rougeot et verneDans le cas de Jesse James, la légende littéraire démarra beaucoup plus tôt.  À l’époque même où celui-ci était accusé de piller des banques et des trains à travers tout le pays, c’est-à-dire au cours des années 1870, certains livres sortaient déjà en librairie.  L’un de ces auteurs était John N. Edwards, un ancien combattant sudiste, tout comme les frères James, et dont les propos se montrèrent plutôt flatteurs envers ces criminels.  Aujourd’hui, on s’entend pour dire que le livre d’Edwards a contribué, du moins en partie, à cette glorification qu’on a fait des exploits de ce gang, mais aussi des autres bandes de braqueurs qui leur emboîtèrent le pas au cours des décennies suivantes.

Avec l’annonce de l’assassinat de Jesse James en avril 1882, une course contre la montre s’engagea à savoir quel éditeur serait le premier à présenter l’œuvre complète sur sa carrière et celle des membres supposés de son gang.   Sept semaines seulement après la mort de Jesse James, le livre de Frank Triplett se retrouvait en vente sur les tablettes.  De cet auteur, on ne sait que peu de choses.  On ignore même tout à propos de ses origines et de son décès.  Joseph W. Snell, de la Kansas State Historical Society, écrivait en introduction de la réédition de 1970 du livre de Triplett que ce dernier n’était pas reconnu pour sa rigueur mais surtout pour son nom associé à des livres qui, pour l’époque, avaient pour but de rapporter des profits.  Aujourd’hui, d’ailleurs, les historiens et autres auteurs sérieux s’entendent pour dire que le contenu du livre de Triplett n’a pas une grande valeur historique.

Myra Maybelle Shirley, mieux connue sous le nom de Belle Starr, a été assassinée de deux décharges de fusil de chasse en février 1889.  Ce crime est demeuré officiellement non résolu, même si un suspect intéressant fut rapidement ciblé en la personne d’Edgar Watson, un ancien locataire de la victime.

Puisque la justice fut incapable de dénicher des preuves suffisantes pour le faire condamner, la course aux spéculations débuta.  Selon une version, un tueur à gage du nom de Bertholf aurait été engagé par un éleveur à qui Belle aurait volé du bétail.  C’est du moins la version que soutint un vieil homme jusque sur son lit de mort, passant ainsi l’histoire à un ami qui se chargea de la transmettre ensuite à l’auteur Ted Byron Hall.  En un mot, Hall était l’homme qui avait vu l’homme qui avait vu l’ours!

Un autre auteur du nom d’Edwin P. Hicks, qui publia son bouquin en 1963, présenta une autre théorie selon laquelle l’assassin de Belle Starr était plutôt Jim Middleton.  Ce dernier aurait voulu venger la mort de son frère John, que Belle aurait apparemment fait éliminer pour lui prendre l’argent d’un cambriolage.  Un témoin aurait même affirmé que Jim l’aurait fait venir à son chevet en 1938 pour lui confier son crime avant de mourir.  L’auteur Glen Shirley, qui publia Belle Starr and Her Times en 1982, écrit qu’il n’existe aucune preuve supportant cette théorie concernant Jim Middleton.

Et comme si ce n’était pas assez, une autre théorie voulut que Jim July Starr, le dernier mari de Belle, ait été lui-même l’assassin.  Frustré que ses efforts n’aient connu aucun résultat pour faire condamner Watson, Jim July s’allia avec un petit gang de hors-la-loi.  Le 23 janvier 1890, il fut blessé par des représentants de l’ordre en résistant à son arrestation.  Jim devait succomber à ses blessures trois jours plus tard.  Plus de 60 ans après, Bob Hutchins, qui prétendait avoir fait partie de l’équipe des représentants de l’ordre ayant mis fin à la carrière de July, se confia à un journal.  Il prétendait que Jim July avait dit sur son lit de mort avoir tué sa femme en février 1889.  Hutchins, qui avait eu six décennies pour façonner son histoire, prétendit que Watson avait prêté son fusil à July, qui s’en était ensuite servi pour assassiner Belle.

D’autres diront encore que l’assassin était Eddie, le propre fils de Belle Starr.  Bref, on comprend le principe.  Certaines légendes ne s’arrêteront tout simplement jamais!

Et l’Europe n’échappe pas au phénomène.  En France, l’exemple entourant l’assassinat de la députée Yann Piat, survenu le 25 février 1994, est aussi un exemple flagrant.  Puisqu’elle était la première députée assassinée en France, les rumeurs pointèrent rapidement du doigt certains personnages politiques en les accusant d’avoir commandité le meurtre.  Dans le reportage présenté par l’équipe télévisée de Faites entrer l’accusé (à voir : Faites entrer l’accusé – Affaire Yann Piat, une femme à abattre), on apprend qu’au plus fort des événements entourant ce meurtre un livre appuyant le complot politique fit sa sortie en kiosque.  Les auteurs, les journalistes André Rougeot et Jean-Michel Verne, prétendaient d’ailleurs résoudre toute l’affaire grâce à un seul et mystérieux informateur.  D’autres journalistes plus consciencieux ouvrirent alors leur propre enquête et découvrirent que cet informateur était un excentrique mythomane.  Non seulement Rougeot et Verne furent condamnés en diffamation mais l’enquête et le procès révéla que la députée avait plutôt été assassinée par de jeune voyous travaillant à la solde d’un tenancier de bar aux tendances mafieuses qui souhaitait prendre de l’expansion dans la ville de Hyères, près de Toulon.

Toute l’hypothèse du complot politique s’était donc avéré être un énorme « pétard mouillé ».

Dans l’affaire controversée d’Omar Raddad[3], l’histoire se répète.  Avant de mourir assassinée en 1991, Ghislaine Marchal avait réussi à écrire avec son propre sang « Omar m’a tuer [sic] ».  Or, Omar Raddad était alors son jeune jardinier.  Ce dernier fut d’ailleurs reconnu coupable en 1994 et condamné à 18 ans de réclusion.

Pauline CadieuxJean-Marie Rouart, directeur du Le Figaro littéraire, un auteur au parcours pourtant remarquable qui aspirait à l’Académie française, accepta de se compromettre dans un livre où il volait à la défense de Raddad.  Dans le documentaire préparé encore une fois par l’équipe de Faites entrer l’accusé, il apparaît que Rouart a fait sa « propre enquête » sur une durée de 10 jours seulement avant de coucher ses idées sur papier.

Quelles sont les véritables motivations de ces auteurs mythomanes?  Écrivent-ils par manque d’attention?  Par pure tricherie?  Par maladresse?  Ou alors dans l’espoir de faire un profit monétaire?  De voir leurs noms au sommet des meilleures ventes?

Est-ce que ces auteurs peuvent miner la confiance que les lecteurs entretiennent envers l’ensemble des livres qu’on retrouve en librairie et sur la toile?

Ce qui est sûr, c’est que pour contrer ces mystifications certains doivent redoubler d’ardeur.  D’ailleurs, cette mythomanie n’est pas seulement réservée au milieu littéraire.  Le cinéma nous a habitués à ingurgiter des films à saveur « histoire vécue ».  Dans le cas de La Correction (Sleepers, 1996), par exemple, on se base sur le roman de Lorenzo Carcaterra, qui affirme encore que son histoire est vraie.  Pourtant, le système judiciaire new-yorkais n’a jamais pu retrouver la moindre trace de l’histoire présentée par Carcaterra.

Quand on pense aussi que les films Le silence des agneaux, Psychose et Massacre à la tronçonneuse s’inspirent du même fait réel (celui du tueur Ed Gein), on peut se poser des questions quant au traitement que fait Hollywood de ses « histoires vécues ».

Au Canada, ces auteurs mythomanes s’exposent à d’éventuelles accusations criminelles.  L’article 181 du Code criminel canadien se lit comme suit : « est coupable d’un acte criminel et passible d’un emprisonnement maximal de deux ans quiconque, volontairement, publie une déclaration, une histoire ou une nouvelle qu’il sait fausse et qui cause, ou est de nature à causer, une atteinte ou du tort à quelque intérêt public ».

Cependant, dans leur Traité de droit pénal canadien, Côté-Harper, Rainville et Turgeon précisent  que, selon l’arrêt R. c. Zundel ([1993] 3 R.C.S. 519)[4], l’article 181 « a été jugé de portée excessive et donc inconstitutionnel, ne pouvant être sauvegardé par l’article premier de la Charte.  Cet article visait un trop grand nombre de déclarations.  L’interdiction pouvait limiter la liberté d’expression et empêcher des gens de s’exprimer face au danger d’être poursuivis en fonction de la conception de l’intérêt public de la majorité de la société »[5].

En d’autres mots, la Charte canadienne des droits et libertés permet l’existence dans nos librairies d’auteurs mythomanes.

Me Fortin écrit dans une conclusion que « le droit a évolué.  Soit!  Cependant, l’attitude des hommes n’a guère changé.  Pour un bon nombre d’entre eux, les ragots ont toujours force de loi »[6].

On a vu récemment, avec les attentats commis à Paris à l’endroit de Charlie Hebdo, à quel point l’Occident tenait à sa liberté d’expression.  Dans un cadre comme celui-là, on ne doit donc certainement pas se surprendre de l’existence de telles publications et que, quoi qu’on en dise, elles sont là pour rester.  Il en revient donc au lecteur la responsabilité de naviguer à travers ces eaux troubles.

[1] Clément Fortin, L’affaire Cordélia Viau la vraie histoire, p. 350.

[2] Dans Crimes, mystères et passions oubliés, l’historien Raymond Ouimet se basait sur l’opinion de Pauline Cadieux pour affirmer que l’enquête avait été « bâclée » et que les procès dans l’affaire Cordélia Viau avaient été « honteusement partiaux ».  Pardonnons cependant à Ouimet le fait qu’il écrivait ceci en 2010, soit 3 ans avant que Clément Fortin offre publiquement l’occasion de répliquer aux accusations de Pauline Cadieux en offrant à ses lecteurs une présentation honnête du procès.

[3] À voir : Faites entrer l’accusé – le coupable désigné Omar Raddad

[4] Dans cette cause il était question d’une publication affirmant que l’holocauste dont ont été victimes 6 millions de Juifs durant la Seconde Guerre Mondiale était une fausseté.

[5] Gisèle Côté-Harper, Pierre Rainville et Jean Turgeon, Traité de droit pénal canadien, 1995, Éditions Yvon Blais, 1998, p. 126.

[6] Clément Fortin, op. cit., p. 356.

Me Clément Fortin se prononce sur L’affaire Dupont et le genre docu-roman

Me Clément Fortin entretient son propre blogue, qui apparaît dans ma liste de liens (voir colonne de droite).
Me Clément Fortin entretient son propre blogue, qui apparaît dans ma liste de liens (voir colonne de droite).

C’est avec sa généreuse permission que je reproduis ici certains extraits de courriels que j’ai récemment échangés avec Me Clément Fortin, auteur de livres relatant des faits judiciaires de notre patrimoine, tel que L’affaire Coffin : une supercherie?; On s’amuse à mort; Mesrine le tueur de Percé, une fraude judiciaire; ou encore L’affaire Cordélia Viau, la vraie histoire.

Dans un premier temps, Me Fortin commente la lecture qu’il fait actuellement de mon livre L’affaire Dupont et du lien que ce dossier semble avoir avec la célèbre affaire Coffin. Il me disait donc que « en poursuivant la lecture de votre ouvrage, je constate moi aussi qu’il y a plusieurs ressemblances avec l’affaire Coffin. Les membres de la famille ne seront pas contents. Ils continueront de croire qu’il s’agit d’un meurtre et non d’un suicide. Et vous ne les ferez pas changer d’idée. Vous auriez pu faire comme Jacques Hébert et Pauline Cadieux : écrire des ragots. Vous vendriez sûrement un plus grand nombre de livres. Mais vous avez eu la sagesse de vous en tenir à la preuve faite au procès et à l’enquête [publique]. Je vous en félicite ».

Rappelons que Jacques Hébert est ce polémiste qui, motivé par une idéologie politique, a fait de l’affaire Coffin une véritable légende, prétextant que Wilbert Coffin était innocent du triple meurtre pour lequel il a finalement été pendu au cours des années 1950. On a cependant prouvé son manque de sérieux devant la Commission Brossard, chargée d’enquêter sur les allégations entourant l’affaire Coffin. Quant à Pauline Cadieux, elle a eu un comportement similaire à propos de l’affaire Cordélia Viau.

On connait principalement Clément Fortin pour le genre littéraire docu-roman qu’il utilise maintenant depuis plusieurs années, et dont il se servira à nouveau pour nous élaborer les faits entourant l’affaire Guy Turcotte. Concernant justement le choix et l’utilité de ce style littéraire, il m’apportait ces quelques précisions :

« Au sujet du genre littéraire que j’ai adopté pour mes écrits, j’ajoute quelques précisions. Je désirais raconter le drame qui est survenu au Collège de Matane en 1964. Le vieux prof que je suis voulait présenter cette affaire de manière accessible à tous. Au cours de l’année 2002, j’ai croisé Robert Gauthier à Saint-Sauveur. Il m’a invité à m’inscrire à ses ateliers de scénarisation. C’est ce que j’ai fait. Robert avait réalisé plusieurs œuvres dont la scénarisation des romans de Francine Ouellette, Au nom du père et du fils et Le Sorcier. Cette rencontre a été déterminante  pour moi. J’avais aussi assisté à des ateliers de cinématographie. Et pendant plus de cinq ans, j’avais fait la recherche pour écrire un roman historique que j’ai publié en 1997. C’est en combinant ces disciplines que j’ai décidé d’écrire On s’amuse à mort, sous forme de docu-roman et que j’ai publié chez Septentrion en 2005. »

Selon Me Fortin, le docu-roman a pour avantage de faciliter l’accessibilité de certains faits judiciaires à une plus grande partie de la population. « Personnellement », ajoute-t-il, « la réaction de mes lecteurs a été satisfaisante. Évidemment, je n’espérais pas qu’on cite l’un de  mes docu-romans dans des « ouvrages très sérieux. » Pour moi, l’écriture est un divertissement. C’est pourtant ce qu’ont fait Lucia Ferretti et Xavier Gélinas dans Duplessis, son milieu, son époque, publié en 2010 aux Éditions du Septentrion. The Journal of Canadian Provincial Judges l’a aussi commenté. J’ai aussi la satisfaction de retrouver mes docu-romans dans les bibliothèques de droit et d’histoire. Je n’en demandais pas tant. »

Toujours aussi modeste et professionnel, Me Fortin me disait que « je n’essaie pas de vous convaincre d’adopter cette formule. Je vous expose tout simplement comment j’en suis arrivé à concevoir mes docu-romans. »

Pourtant, je me suis rendu compte que ma présentation des faits se rapprochait de la sienne, une expérience que je répéterai sans nul doute dans mes futures ouvrages. En effet, le style docu-roman est probablement le genre qui permet une meilleure accessibilité et une meilleure compréhension des faits.

Ceci dit, nombreux sont ceux et celles qui attendent impatiemment les fruits du prochain docu-roman de Me Clément Fortin, qui traitera du dossier fort délicat de l’affaire Guy Turcotte.

Me Clément Fortin s’attaque à l’affaire Guy Turcotte

Guy Turcotte         Me Clément Fortin, que l’on connaît pour ses docu-roman L’affaire Coffin : une supercherie?, Mesrine le tueur de Percé, une fraude judiciaire, et Cordélia Viau la vraie histoire, décide de relever le défi de s’attaquer à la cause la plus controversée de l’heure : l’affaire Guy Turcotte.

Il faudrait avoir vécu quelques années sur une autre planète pour ne pas avoir entendu parler de cette affaire, et surtout des émotions qu’elle suscite. On connait Fortin pour son analyse objective des transcriptions sténographiques, et avec cette annonce il créé déjà une certaine attente auprès de son lectorat. En fait, son projet ne pourra voir le jour avant la fin du second procès de Turcotte, prévu pour 2015. C’est une entente qu’il a scellé avec le juge André Vincent.

D’ici là, Me Fortin ne chômera certainement pas à étudier et analyser les 7,000 pages du premier procès, comme il sait si bien le faire.

L’auteur a pratiquement rendu ses lecteurs intoxiqués à son style en créant chez eux cette dépendance propre à apprécier le fait de se glisser dans la peau d’un membre du jury, ce qui permet à celui-ci d’absorber graduellement les témoignages avant de se faire une opinion éclairée.

Si par exemple il a qualifié le procès de Mesrine-Schneider de fraude judiciaire, ses écrits ont permis de dissiper les doutes et les fausses rumeurs entretenus malhonnêtement à propos du procès de Coffin. Bref, son style nous permet toujours de jeter un regard global et objectif sur une affaire, en plus de nous expliquer certains rouages de notre système judiciaire.

Réussira-t-il cette fois à convaincre le lecteur de faire abstraction de ses sentiments et préjugés émotionnels pour se glisser encore une fois dans la peau d’un juré impartial?

Mesrine le tueur de PercéContrairement aux dossiers abordés dans ses précédents ouvrages, faut-il le souligner, l’avocat à la retraite s’attaque cette fois à une affaire sensible et toujours d’actualité.

Car il est peut-être aussi là le problème : certes, le public est libre de penser ce qu’il veut, mais notre système judiciaire ne peut certainement pas se permettre de juger une personne sur des émotions, au risque d’ouvrir les portes à des tendances malsaines pour les causes criminelles à venir.

Tout le monde a droit à une défense pleine et entière, paraît-il? Et bien, ce n’est certainement pas sur la place publique qu’on exercera ce droit.

Bref, le projet de Me Fortin ne passera pas inaperçu, en plus de poser des questions importantes sur le fonctionnement de notre système judiciaire. Car le lecteur a aussi un devoir d’objectivité pour obtenir un résultat honnête.

Finalement, dans son introduction, l’auteur promet déjà un questionnement quant à l’accessibilité des informations judiciaires. Rappelons que, sauf certains cas exceptionnels, les procès criminels sont publics et que, par conséquent, les transcriptions des témoignages le sont aussi. Mais ce n’est pas toujours de cet œil que l’entend notre beau système public.

Pour les intéressés, les docu-roman de Me Fortin sont toujours disponibles et on les promet bientôt en version numérique.

 

L’affaire Cordélia Viau, la vraie histoire

Cordélia ViauFORTIN, Clément.  L’affaire Cordélia Viau, la vraie histoire.  Wilson & Lafleur, Montréal, 2013, 400 p.

En plus d’étudier en profondeur certains épisodes de notre passé judiciaire, un sujet souvent boudé par nos historiens, il nous a habitués à son style narratif des docu-romans qui permet aux lecteurs de se glisser dans la peau d’un juré assistant à un procès retentissant.  Après avoir dénoncé le procès de Jacques Mesrine comme une fraude judiciaire et démystifier les faits entourant l’affaire Coffin, Me Clément Fortin récidive en nous présentant l’affaire Cordélia Viau.

C’est avec impatience que j’attendais mon exemplaire du livre.  Dès l’instant où le paquet fut ouvert, alors qu’à l’extérieur l’automne faisait sentir de plus en plus sa morosité, je me suis fait un plaisir énorme en plongeant dans cette lecture pour prendre le meilleur siège possible parmi les jurés.  Objectivement, il ne me restait plus qu’à me laisser absorber par les témoignages tout en construisant ma propre opinion.

L’action débute à Saint-Canut en septembre 1895.  La mère d’un jeune homme nommé Sam Parslow rend visite au curé Étienne Lucien Pineault afin de lui demander d’intercéder en sa faveur pour faire cesser les rumeurs reliant son fils à une femme mariée du nom de Cordélia Viau.  Le mari de cette dernière, Isidore Poirier, se trouvait alors en Californie pour tenter de trouver fortune, ce qui donna naissance à toutes sortes de rumeurs concernant sa femme.  Mais voilà.  Les rumeurs semblent fondées.  Cordélia Viau et Sam Parslow sont aperçu en train de s’embrasser sur la bouche lors d’une fête.  Ils échangent aussi des lettres.

L’année suivante, Isidore Poirier est de retour dans la région, mais les choses ne semblent pas s’arranger et l’attitude du pauvre homme laisse croire que sa femme le manipule.

C’est au matin du 22 novembre 1897 que le corps d’Isidore Poirier dans sa maison de St-Canut.  On abonde immédiatement dans le sens du suicide, bien qu’il ait la gorge tranchée.  C’est avec l’aide d’un voisin que Cordélia, qui affirme avoir passé la nuit chez son père, force l’entrée pour découvrir la scène sanglante.  Le corps est étendu sur le lit, un poignard sanglant posé sur l’oreille à sa gauche.  Il était pourtant droitier.

Quant à lui, Sam Parslow aurait passé la nuit à prendre soin de l’un de ses frères qui est souffrant.

Une enquête du coroner est immédiatement déclenchée, au cours de laquelle la veuve éplorée parle de suicide et nie avoir une liaison avec Sam.  Pendant qu’on découvre une empreinte de pas faite dans le sang de la victime sur le plancher de la chambre à coucher à partir de ce qui semble être une chaussure féminine, le rapport de l’autopsie est catégorique : il ne peut s’agir d’un suicide.  La blessure est si profonde qu’elle a atteinte la colonne vertébrale.  En plus de conclure au meurtre, le coroner Mignault jette le blâme sur Cordélia et son amant.

Le juge Taschereau, selon une illustration du journal La Patrie, qui a présidé le premier procès de Cordélia Viau en 1898.
Le juge Taschereau, selon une illustration du journal La Patrie, qui a présidé le premier procès de Cordélia Viau en 1898.

Dès son arrestation, la veuve fait des aveux au détective McCaskill.  Lorsque débute le procès le 17 janvier 1898, la preuve semble bien mince.  En effet, prouver qu’une femme puisse avoir un amant ne fait pas automatiquement d’elle une meurtrière, même si on se rend compte que de nombreux bobards abondent en ce sens.  Qu’elle ait été une femme de caractère ou manipulatrice ne prouve rien non plus, sinon bon nombre de nos foyers auraient comptés, à une certaine époque, plusieurs meurtrières.

La seule preuve matérielle réside dans cette planche sciée dans le plancher et portant une trace de chaussure.  Puisque les techniques médico-légales de l’époque ne pouvaient en arriver qu’à la seule certitude que cette trace avait été faite dans du sang de mammifère et que la scène de crime n’a pas été convenablement protégée, la preuve ne paraissait pas très solide.  En fait, deux femmes et plusieurs hommes ont errés dans la chambre alors que le cadavre s’y trouvait toujours.

Si la description du procès que nous fait Me Fortin peut avoir tendance à démontrer que Cordélia Viau était peut-être condamné à l’avance, il n’en tient qu’à vous de lire tout le contenu avant de pouvoir vous prononcer, car ce trop bref compte-rendu ne pourrait jamais rendre justice au dossier si brillamment abordé.  Avant de porter quelque jugement que ce soit, il est du devoir du lecteur d’investir un minimum d’effort.  C’est l’une des leçons que nous inculquent les docu-romans de l’auteur.

À la fin de son dernier chapitre, Me Fortin écrit : « comme je vous l’avais annoncé, je m’en suis tenu à la preuve qui a été présentée devant le jury.  À vous d’être d’accord ou non avec le verdict du jury ».  Car c’est précisément le sentiment qu’on a tout au long des pages, c’est-à-dire avoir le privilège de se trouver parmi les jurés.

À ce titre, on peut donc forger sa propre opinion, mais je dois avouer que dans ce cas-ci il m’a été plus difficile de le faire, contrairement à son docu-roman sur l’affaire Coffin par exemple, où la preuve circonstancielle était beaucoup plus accablante.  En ce qui concerne Cordélia Viau, on est rapidement confronté à une preuve sur aveux, un élément que je considère chancelant car, comme le mentionne le criminologue Jean-Claude Bernheim, ce genre de preuve est à l’origine de plusieurs erreurs judiciaires, en particulier lorsqu’il s’agit là de la seule preuve existante.  Je me dis aussi que si l’aveu de Cordélia avait été réellement sincère, elle aurait dû plaider coupable et ainsi éviter un laborieux procès.

De plus, l’auteur met au jour une lettre que la condamnée adressait à l’épouse du Gouverneur général du Canada le 13 février 1899 et dans laquelle elle avouait selon les termes suivants : « mon mari, oh oui, je l’aimais mais dans un moment d’une cruelle aberration je me suis laissée influencer par des promesses et sous l’influence d’aveugles passion j’ai laissé commettre l’horible [sic] tragédie, que Dieu seul je le sais peut me pardonner ».

Devant ces autres aveux, je dois m’obliger à la prudence car elle rédigeait ces quelques mots à moins d’un mois de sa pendaison.  En effet, si des aveux obtenus sous la contrainte sont inadmissibles en Cour, qu’en est-il de ceux réalisés à quelques jours d’une mort annoncée dans d’horribles conditions?  Est-il possible de voir une condamnée admettre n’importe quoi pour obtenir la clémence dans le seul but d’éviter la corde?  Les condamnés n’ont évidemment pas tous la même détermination de Gary Gilmore[1].

Quoiqu’il en soit, Me Fortin m’a convaincu de la culpabilité de Cordélia Viau.  Mieux encore, il m’a surtout convaincu de son souci à rétablir les faits historiques avant qu’il soit trop tard.  Sur ce point, il rejoint directement l’une de mes principales motivations à avoir créé le blog Historiquement Logique en août 2010, c’est-à-dire rétablir les faits historiques de certains faits biaisés par des esprits malveillants dépourvus de toute objectivité.  Il faut souligner que la sortie du livre de Fortin a causé un certain scandale en soulevant l’indignation de la fille de Pauline Cadieux, qui avait écrit sur Cordélia Viau en se basant principalement sur des ragots et des articles de journaux.  Bien sûr, elle n’avait jamais eu accès aux transcriptions sténographiques, une source qui permet justement d’aller au fond des choses.  À ce sujet, je vous invite d’ailleurs à vous mettre au parfum de ce débat en consultant le blog de Me Fortin à l’adresse suivante : http://fortinclement.blogspot.ca/

Dans sa conclusion, il est fascinant de voir l’auteur démolir certains arguments de Cadieux, dont les écrits ont conduit à la création d’un film de Jean Beaudin réalisé en 1980, tout cela pour tenter de dépeindre Cordélia comme une innocente blanche comme neige.  Rien n’est plus faux, selon Me Fortin.   À ce titre, je me rappelle de l’épisode Les Grands Procès diffusé vers le milieu des années 1990 et mettant en vedette Marina Orsini dans le rôle de Cordélia.  On y omettant de nombreux détails, dont l’affaire de l’empreinte sur le plancher, en plus de mousser d’autres éléments peu crédibles comme celui de la prétendue maladie de peau, tout en donnant trop de crédibilité à la sœur de l’accusée.

Ce docu-roman, qui compte plusieurs documents historiques en appendice, dont un rapport d’autopsie de 9 pages, est à l’image de son auteur qui s’efforce à chaque fois d’aller au fond des choses.  Si dans son œuvre sur le procès de Jacques Mesrine et de Jeanne Schneider il dénonçait une fraude judiciaire, cette fois il prend la défense du système judiciaire contre des auteurs aux motivations douteuses qui se sont basés sur du vent pour fausser notre passé.

Les ouvrages de Me Fortin représentent purement et simplement un avantage sérieux dans la préservation de notre histoire judiciaire.  Il me tarde déjà de connaître le sujet de son prochain crime!


[1] Exécuté aux États-Unis en 1977, Gary Gilmore a lui-même décidé de mettre un terme aux procédures judiciaires afin de marcher volontairement vers son exécution.  On peut d’ailleurs visionner une partie de son exécution à l’adresse suivante : http://www.youtube.com/watch?v=cALMkqI53kM