Testament d’un tueur des Hells

MARTINEAU, Pierre.  Testament d’un tueur des Hells.  Montréal : Intouchables, 2002, 245 p.

Scan            On pourrait croire que ces sujets se démodent rapidement, qu’on les met de côté au profit de la dernière manchette sur le crime organisé.  Après un reportage comme celui de Félix Séguin à J.E. hier soir, et Le livre noir des Hells Angels lancé officiellement aujourd’hui, on aurait tort de le faire.  Le crime est un phénomène de société qui évolue mais, comme les autres grands enjeux du monde, il faut en conserver une mémoire collective.

Au moment d’écrire son ouvrage, Pierre Martineau était toujours rédacteur en chef pour TQS, le défunt réseau de télévision qui a fini par se dépersonnaliser sous la bannière de Canal V.  Les gens de la Mauricie se souviendront cependant de Martineau comme d’une figure familière du petit écran, à la fois comme journaliste et lecteur de nouvelles.

            Sans détailler ce qui l’a conduit à rencontrer le célèbre tueur à gages Serge Quesnel, auteur de cinq meurtres, Martineau nous raconte brièvement que l’assassin repenti faisait de gros efforts pour changer de vie.  Leurs rencontres se sont déroulées sur une période de quelques mois, de la fin 2001 jusqu’en mars 2002.

            Serge Quesnel réussissait plutôt bien dans les études qu’il s’imposait à l’intérieur des murs.  Mais attention!  Le premier chapitre nous plonge rapidement au cœur des deux premiers meurtres qu’il a commis en 1993, cela avec un complice et sans arme à feu.  Deux scènes tout à fait horribles.

            Un avocat, dont le nom n’est évidemment pas mentionné, lui fera une inquiétante suggestion : « Puis, en riant, il m’a recommandé de me rendre à nouveau sur le territoire de Sainte-Foy si j’avais d’autres meurtres à commettre.  D’après lui, à cet endroit, les enquêteurs étaient idiots et je n’aurais pas de problème! »[1].

            L’auteur, qui laisse beaucoup de place à de longs extraits provenant des enregistrements réalisés lors de ses rencontres avec le tueur vedette, entrecoupés de paroles puisés auprès de ses parents et d’un policier, nous ramène à ses débuts criminels.  Quesnel a rapidement fait preuve de violence et cette escalade s’amplifiera constamment puisque son but ultime était de faire partie intégrante des Hells Angels, un soi-disant summum à atteindre pour certaines têtes brûlées.  Ajoutons à cela le fait que cette organisation criminelle en menait large au cours des années 1990 et on se retrouve devant une recette susceptible d’attirer des jeunes en mal de sensation.

            Impulsif et impatient de faire de l’argent, Quesnel décide de monter les échelons en se faisant le plus violent possible.  À la prison de Donnacona, il y parviendra en participant à plusieurs actes de violence, dont plusieurs tentatives de meurtre.  Cœurs sensibles s’abstenir, car ce chapitre s’étend longuement sur ses frasques de détenus en plus de nous plonger dans un milieu assez peu connu du commun des mortels.  Bien que l’auteur ait joué de prudence sur l’identité de plusieurs personnes, il mentionne cependant la présence d’Yves « Colosse » Plamondon.  On se souviendra que Plamondon, condamné à perpétuité en 1986 pour trois meurtres, avait vendu de la drogue pour le clan Dubois.

            En mai 1991, Quesnel retrouvait sa liberté pour mieux rencontrer des membres du clan Pelletier, qui lui offrirent un salaire de 500$ par semaine en plus de sommes supplémentaires allant de 10 000$ à 20 000$ pour chaque cible qu’on lui demanderait d’éliminer.  Offre intéressante pour le jeune homme, mais il y avait un hic!  Le clan Pelletier était en guerre contre les Hells Angels, une organisation qui, pour Quesnel, représentait l’échelon le plus prestigieux en matière de crime.

            Pour continuer à « gravir les échelons », Quesnel fera ses preuves en commettant les meurtres de Richard Jobin et Martin Naud, à Ste-Foy.  Peu après, ce sera pour d’autres crimes qu’il retournera derrière les barreaux.  Libéré en novembre 1994, Quesnel décide de faire le grand saut.  Il contacte son avocat pour lui demander de le recommander aux Hells Angels.  Quesnel a de la chance.  Il s’est adressé à la bonne personne car il obtient un rendez-vous à la forteresse des Hells Angels de Trois-Rivières, où les Nomads, le commando le plus violent de l’organisation, avait ses assises.  À l’intérieur du bunker, il se retrouve face à face avec Louis « Melou » Roy, l’un des plus célèbres motards criminalisés de la fin du 20ème siècle.

            « On a tous nos rêves », écrit Martineau.  « Serge Quesnel, lui, a réalisé le sien en novembre 1994.  Le 4 plus précisément.  Sorti du pénitencier fédéral de Donnacona depuis trois jours à peine, il est reçu au repaire des Hells Angels, à Trois-Rivières.  C’est son avocat qui lui a arrangé cette rencontre avec Melou ».

            Encore une fois, on lui offre un salaire de base hebdomadaire de 500$, en plus d’un cachet de 10 000$ à 25 000$ pour chacun des meurtres qu’il commettra pour l’organisation.  Quesnel est aux anges, sans faire de mauvais jeu de mots.  Il atteint le but qu’il s’était fixé, mais il n’en profitera que durant quelques mois.

            Il gagne la confiance de Melou Roy, mais aussi de plusieurs autres motards.  Toutefois, son premier contrat tarde à se réaliser, ce qui causera l’impatience des motards les plus paranoïaques.  Certains meurtres sont reportés à plusieurs reprises, et cela pour différentes raisons.  Au passage, on apprend aussi que l’incendie du célèbre bar Le Gosier, à Trois-Rivières, aurait été causé par des membres des Hells, et cela même si la police n’a jamais pu en faire une preuve suffisante pour traîner qui que ce soit devant les tribunaux.

            Quesnel en vient à remplir son premier contrat en allant jusqu’à pénétrer dans la résidence de sa victime, Jacques Ferland.  À ce propos, Quesnel raconte froidement : « Deux balles ont atteint Ferland qui s’est écrasé contre le mur avant de dévaler l’escalier.  Déjà, il y avait beaucoup de sang.  À ce moment, j’espérais fortement que la femme se sauve en remontant l’escalier, sans quoi j’allais devoir la tuer.  Heureusement, elle est remontée, en criant très fort! ».  Quesnel quittera cette résidence de Grondines seulement après avoir laissé pour mort un ami de Ferland.

            Ça y est!  Cette fois, le jeune voyou avait fait ses preuves.  Les doutes s’estompèrent et la fête se poursuivit parmi ses nouveaux frères d’armes.  Peu après, il remplit un autre contrat en tuant froidement Claude Rivard.  Finalement, c’est à Ste-Thècle qu’il éliminera sa dernière victime, Richard « Chico » Delcourt.  Le corps de ce dernier sera abandonné dans un fossé, à Saint-Ubalde, dans le comté de Portneuf.

            Le 1er avril 1995, le rêve de Serge Quesnel s’éteint définitivement lorsqu’il est arrêté par des policiers de la Sûreté du Québec sur le chemin Sainte-Foy, à Québec.  Déjà piégé par un ancien comparse, il décide de passer à table.  Rapidement, il deviendra le délateur vedette de son époque.  C’est alors l’occasion pour l’auteur de nous raconter les procès dans lesquels Quesnel a dû témoigner contre ses anciens acolytes, y compris celui de Maurice « Mom » Boucher, au cours duquel il ne fera cependant qu’une brève apparition.

            Au passage, oubliant peut-être un peu trop rapidement sa propre feuille de route, l’ancien tueur à gages se permet de critiquer la police, en particulier lorsqu’il apprend que la Sûreté du Québec connaissait ses intentions avant qu’il n’abatte Richard Delcourt : « C’est clair dans mon esprit que la SQ n’a pas fait son travail.  Pit [Caron] collaborait déjà avec la police et avait parlé de l’offre que je lui avais faite pour tuer Delcourt.  Les policiers connaissaient donc clairement mes intentions.  Ils savaient que Chico Delcourt était en danger et ils n’ont rien fait pour le protéger!  Peut-être que j’ai été plus rapide que la police, cette fois-là!  Malgré tout, je m’explique très mal l’attitude de la Sûreté du Québec dans l’affaire Delcourt! ».

            Serge Quesnel n’aura passé que cinq mois au sein des Hells Angels, et pourtant ses connaissances feront très mal à l’organisation.  Il signe une entente avec le ministère public qui lui rapportera au total 390 000$.  Le policier Pierre Frenette rappelle toutefois que cette entente, qui doit s’échelonner sur la durée de vie du délateur, n’est pas aussi importante que le croyait la population.  N’empêche que Quesnel bénéficiera de plusieurs autres privilèges derrière les barreaux.  D’un autre côté, il ne faut certes pas oublier qu’il était nécessaire de « prendre soin » de lui pour le motiver à témoigner contre ses anciens confrères.  Après tout, c’est sa tête qui était sur le billot.

            Les avocats de la défense s’organisent comme ils peuvent, allant jusqu’à lui faire une campagne de dénigrement, comme en publiant des photos de lui avec une danseuse venue le visiter en prison.  Ensuite, Quesnel fit face aux avocats les plus coriaces de l’époque, dont Léo-René Maranda et Jacques Larochelle.

            Malgré les efforts sincères de Quesnel, le succès n’est pas toujours au rendez-vous.  Par exemple, Richard « Rick » Vallée, ce motard du chapitre trifluvien expert en explosif, sera acquitté au terme de son procès.  Toutefois, grâce à une ruse de Quesnel, Vallée fut aussitôt arrêté en vue d’une extradition concernant un meurtre commis aux États-Unis en 1993.

            Lors de l’un de ces procès, Quesnel lance soudainement une information concernant le meurtre non résolu de la jeune étudiante France Alain, commis en 1982 à Ste-Foy.  Puisque Historiquement Logique s’intéresse à ce dossier depuis quelques années (voir les articles sous la rubrique L’affaire France Alain), voyons l’extrait complet concernant cette affaire :

            « [Me Jacques] Larochelle m’a demandé si Richard Jobin s’était vanté d’avoir tué France Alain et j’ai répondu par l’affirmative.  Mais je n’ai pas pris le temps de m’expliquer convenablement, ce qui a eu pour effet d’exciter bien du monde.  Jobin m’avait effectivement affirmé avoir tué une femme au début des années 1980.  Par contre – et c’est ce que j’avais voulu dire – je pensais que Jobin disait cela uniquement pour se vanter, mais ce n’est pas comme ça que ç’a été perçu! »

            Malgré ce qu’une lectrice a confié à Historiquement Logique, il n’y a rien de concluant dans cette affirmation.  Et d’ailleurs, pour des raisons que j’évoquerai dans des articles à venir sur l’affaire France Alain, une telle hypothèse ne colle pas avec les éléments contenus dans l’enquête du coroner.

            Lors d’un autre procès, qui cette fois se termina par un verdict de culpabilité, la cote de popularité de Quesnel remonta.  Dans un autre, un arrêt des procédures viendra frustrer l’ancien tueur et les policiers qui s’occupaient de lui.  Cette fois, la faute était attribuable aux policiers de Ste-Foy, qui avaient détruit des pièces à conviction importantes.  Voilà une gaffe monumentale qui fera dire à Quesnel : « j’étais furieux contre la police de Sainte-Foy, des amateurs.  J’ai même fait une sortie publique dans les médias.  Mon ancien avocat avait bien raison quand il me suggérait de commettre mes crimes sur le territoire de Sainte-Foy.  Il y avait beaucoup moins de risques de se faire prendre à cet endroit! ».

            Finalement, Louis « Melou » Roy, qui avait ouvert toutes grandes les portes des Hells Angels à Serge Quesnel, disparaîtra en juin 2000.  On ne le reverra plus jamais.  Quesnel croyait que ce dernier avait fini par être éliminé pour l’avoir laissé prendre autant d’importance au sein du gang.

            Dans son dernier chapitre, Pierre Martineau nous transporte un peu plus dans le cœur et la raison de l’ancien tueur.  Celui-ci explique qu’il lui est évidemment impossible de revenir dans le milieu du crime, car cela équivaudrait à son arrêt de mort.  De plus, il parlait de son intention de s’installer hors Québec, d’autant plus que son succès dans les études lui offrait des chances intéressantes de réussir sa réhabilitation.

            Mais pour cela, Quesnel était conscient de devoir faire d’énormes sacrifices, comme celui de couper toute communication avec ses parents et amis, et de cacher son passé à sa future conjointe.

            L’histoire de Serge Quesnel est intimement liée à celle de la controverse entourant la confiance que la société doit accorder ou non aux délateurs.  Sont-ils crédibles?  Objectifs?  Leur présence est-elle un mal nécessaire?  Est-ce que le ministère public pactise avec le diable quand il accepte de signer un contrat avec eux?

            Évidemment, ces hommes ne connaissent pas tous le succès immaculé de Donal Lavoie, qui a si bien réussi sa réhabilitation que son nom n’a plus jamais refait la manchette.  Selon Pierre de Champlain, auteur de Histoire du crime organisé à Montréal 2 : de 1980 à 2000 (2017), Lavoie n’a même jamais été arrêté pour un billet de contravention.

            Bien qu’il fera l’envie des collectionneurs de livres sur le crime organisé, le bouquin de Pierre Martineau ne peut évidemment pas nous renseigner au-delà de sa date de publication.  C’est donc à travers un article de Daniel Renaud qu’on apprend que c’est seulement en 2015 que Quesnel a obtenu sa libération complète.  Depuis, il est devenu quelqu’un d’autre.  Personne ne sait où il se trouve ni comment il réussit sa nouvelle vie.

Ce qui est sûr, c’est que Serge Quesnel, après avoir rempli sa part du contrat avec la justice, s’est éteint.  À moins qu’il ne connaisse une rechute, il ne devrait plus jamais refaire surface.


[1] P. 36.

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L’affaire St-Louis: prologue

Michel Prince mariage
Au mariage de Michel Prince.

         Le 27 novembre 1916, c’est dans le village de Saint-Wenceslas que Camille Prince et Angélina Forest unissaient leurs sentiments.  À Saint-Eulalie, le 20 mai 1922, Angélina donnera naissance à son quatrième enfant, un fils baptisé Marcel.  Peu après, la mère s’éteignit doucement, créant ainsi une lourde perte, non seulement pour Camille mais aussi pour le reste de la famille.

Heureusement, Prince était du genre à se retrousser rapidement les manches.  Ainsi, le 24 avril de l’année suivante, il se remariait avec Élise Désilets, qui allait lui donner neuf autres enfants.  En 1943, Camille construisit une meunerie à Saint-Léonard d’Aston avant de la vendre en 1952 pour devenir maire de la municipalité.

         Marcel, né du premier mariage, épousa Simone Laverdure à Montréal le 3 septembre 1945.  Le jeune couple aura douze enfants.  Immédiatement après sa nuit de noces, Marcel alla travailler dans les mines de Rouyn-Noranda pour donner un premier élan à sa jeune famille.  En 1947, il revenait s’installer à Saint-Léonard d’Aston afin d’y travailler à la meunerie de son père.  Plus tard, il ouvrit sa propre épicerie qu’il opérera durant une quinzaine d’années.  C’est dans ce dernier commerce que l’affaire St-Louis prendra ses racines.

         Les douze enfants de Marcel et Simone se prénommaient Michel, Denis[1], Nicole, André, Louis, Marie, Camille[2], Gilles, Ginette, Denise, Louise, et Line.

Michel, l’aîné de cette grande famille, vit le jour le 10 décembre 1946.  Il jouera un rôle prédominant dans l’histoire qui nous intéresse.

Au moment où débute l’affaire, en novembre 1968, Marcel était donc âgé de 46 ans et s’occupait toujours de son épicerie située au cœur du village de Saint-Léonard d’Aston.  Sa résidence personnelle se situait juste au côté de son commerce.  Son fils Michel, 21 ans, était marié à Ginette Provencher depuis le 10 août 1968, soit un peu plus de trois mois[3].  Les jeunes mariés habitaient juste au-dessus du commerce.

         Deux semaines après son mariage avec Ginette, Michel s’était procuré une arme de poing dans le but de protéger le commerce de son père.  Loin d’être un tireur de compétition ou un gangster, ses connaissances dans le domaine étaient très limitées.  Son choix s’était donc arrêté sur un pistolet de calibre .22 qui ne pouvait tirer qu’un seul coup à la fois[4].  Michel avait fièrement confié à ses proches qu’avec cette arme il serait en mesure de donner la réplique à un éventuel voleur.  Il n’avait pas oublié que le commerce avait été la proie de telles attaques par le passé, ce qui l’avait confronté au sentiment d’impuissance.  Cette fois, se disait-il, aucun voyou ne réussirait à leur prendre, à lui et aux membres de sa famille, le fruit de leurs efforts.


[1] Denis Prince est né le 5 juin 1947 mais décédé le 18 février 1948.

[2] Dans le livre de l’histoire de la paroisse de Saint-Léonard d’Aston, paru en 1989, on écrivait son nom « Camil », mais selon les archives judiciaires on le mentionne plutôt sous l’orthographe de « Camille ».

[3] On sait que le couple engendra une fille qui sera prénommée Chantale.  En considérant la date du mariage et les événements qui allaient suivre, il est à parier que Ginette était enceinte de Chantale en novembre 1968, ce qui pourrait également expliquer son état de « malade » en cette journée du 22 novembre 1968, comme on le mentionne dans les transcriptions sténographiques de cette cause.

[4] Bien qu’il sera mentionné dans les transcriptions sténographiques qu’il pouvait s’agir d’un « revolver », un type d’arme muni d’un barillet pouvant contenir généralement six cartouches ou plus, il sera aussi clairement spécifié que l’arme ne pouvait tirer qu’un seul coup à la fois.  Malheureusement, ni la marque ni le modèle de l’arme ne sera spécifié.

France Alain: témoignages de Leclerc et Hamelin

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C’est à l’arrière de cet immeuble que France Alain sortit en 1982 pour se diriger vers un dépanneur et c’est aussi dans ce stationnement qu’elle a brièvement croisé un copain de classe.  C’est aussi par cette porte, en principe, qu’elle devait revenir après ses emplettes.  À ce jour, on ne peut toujours pas expliquer pourquoi elle a continué son chemin jusqu’à l’intersection de Belmont et Chapdelaine, où elle fut abattue d’une décharge de fusil de chasse.

         Pour faire suite aux témoignages des deux femmes qui avaient raconté ce qu’elles avaient vu et entendu au moment où France Alain était mortellement blessée au coin des rues Chapdelaine et Belmont, on appela Ghyslain Leclerc, 23 ans.  Au moment du drame, Celui-ci occupait l’appartement no. 410 du 2185 rue Chapdelaine, c’est-à-dire le même immeuble habité par la victime ainsi que Céline Doyle.

  • Le soir du 25 octobre 1982, est-ce que votre attention a été attirée particulièrement par un bruit, un bruit assez prononcé?
  • Oui, c’est ça. On a entendu un bruit.  On pensait que c’était un back fire nous autres aussi.  Puis on n’a pas sorti sur le balcon tout de suite.  Puis après ça, on a entendu des cris gémissants, assez forts.
  • Votre balcon se trouvait à quel étage?
  • Au 4ème étage.
  • Qu’est-ce qui se passe? Qu’est-ce que vous observez à ce moment-là?
  • On entend des cris. On sort sur le balcon mais, comme il fait noir, on ne voit rien.  On n’entend rien, même pas un bruit de char, un bruit d’auto.  On rentre à l’intérieur puis, peu de temps après, on entend des sirènes.  Puis là, on sort sur les lieux pour voir ce qui se passait.  Puis là, on est descendus au sous-sol.

Quant à l’heure de l’événement, Leclerc se montra plus précis que certains autres témoins en parlant de 19h40 ou 19h50.  Puisque Me Corriveau déclara n’avoir aucune question, on le libéra pour faire appel à Alain Hamelin, 24 ans.  Le soir du drame, ce jeune homme de Loretteville rendait visite à des amis qui résidaient tout près de la scène de crime.  Ils avaient des travaux scolaires à compléter dans le cadre de la semaine de lecture.

  • Monsieur Hamelin, questionna Me Parrot, vous connaissiez France Alain à cette époque?
  • Vous la connaissiez de quelle façon?
  • J’étudiais en génie électrique, elle aussi.
  • Alors, c’était une copine à l’université, c’est ça?
  • Ce soir-là, monsieur Hamelin, est-ce que vous l’avez rencontrée France Alain?
  • Oui, je l’ai rencontrée en face du parking, dans un parking.

Pour expliquer cette rencontre, le jeune homme dira se trouver près de l’escalier de l’immeuble où il se rendait voir ses amis lorsque France Alain le croisa.  Elle se trouvait alors au centre du stationnement.  Apparemment, c’est elle qui le reconnut puisqu’elle se dirigea vers lui en l’interpellant.

  • Elle vous dit quoi?
  • Elle m’a reconnu.
  • Vous avez discuté un petit peu avec elle?
  • On a échangé quelques paroles à distance.
  • Vous étiez à peu près à quelle distance d’elle?
  • À peu près la même distance entre vous et moi.
  • 20, 25 pieds?
  • Est-ce que vous avez pu voir de quel endroit elle provenait?
  • D’après moi, elle venait de son appartement.
  • Vous a-t-elle dit où est-ce qu’elle allait à ce moment-là?
  • Je crois qu’elle m’a dit qu’elle allait au dépanneur.
  • Elle vous a paru comment lorsque vous l’avez abordée?
  • Comme d’habitude. Elle avait l’air en forme.
  • La semaine du 25 octobre 1982, est-ce que c’était une semaine particulière pour les étudiants?
  • C’était la semaine de lecture. Une semaine d’études, en principe.
  • Donc, il n’y a pas de cours, c’est ça?
  • Oui, c’est ça.

Hamelin estimera sa conversation avec France Alain à une durée de quelques secondes seulement.  Selon lui, il était environ 19h20 à ce moment-là.  En fait, il parlera plutôt d’un échange de salutations que d’une véritable conversation.

  • Est-ce que vous vous souvenez de quelle façon elle était habillée ce soir-là?
  • Avait-elle quelque chose dans les mains lorsque vous l’avez rencontrée?
  • Je pense que oui.
  • Vous ne vous souvenez pas, c’est quoi?
  • Un sac.
  • Vous voulez dire un sac à main ou …

Encore une fois, le témoin fut aussitôt libéré après que Me Corriveau eut annoncée n’avoir aucune question.  C’était à se demander si l’avocat de Benoît Proulx finirait un jour par contre-interroger les témoins.  Était-ce une stratégie ou un surplus de confiance?

En appelant le témoin suivant, on s’attendait à obtenir plus de détails sur les circonstances de cette affaire.  Ce prochain témoin était Bertrand Alain, le frère de la victime.