Cédrika, un documentaire de Radio-Canada

ScreenHunter_695 Jul. 18 19.39         Le 31 juillet 2007, il y a presque 10 ans maintenant, Cédrika Provencher disparaissait près d’un parc à Trois-Rivières.  On se souvient encore de la publicité médiatique réalisée autour de cette affaire.  La disparition avait conduit la population à la rechercher partout, au point où l’affaire s’est étendue à l’échelle provinciale, et peut-être même au-delà.  Certaines personnes voyaient Cédrika dans leur soupe tellement elles avaient envie de donner un coup de main.

         En décembre 2015, le dossier de disparition devenait officiellement une affaire de meurtre avec la découverte des ossements de la fillette en bordure de l’autoroute 40.  Quelques mois plus tard, une rumeur tenace éclatait publiquement avec l’arrestation du suspect favori du public : Jonathan Bettez.  Depuis, tout le monde se demande ce que devient le dossier.  Aucune accusation officielle n’a été portée contre Bettez en relation avec le meurtre de Cédrika.  Au sein de la population, on est partagé.

         Depuis longtemps, un documentariste controversé promettait un film sur l’affaire alors que Martin Provencher, le père de la victime, déposait contre lui une mise en demeure il y a de cela quelques semaines.  Ce sera finalement Radio-Canada qui brisera la glace en présentant son documentaire le samedi 29 juillet 2017 à 21h00 sur les ondes d’Ici Radio-Canada télé.  Le film est de Pierre Marceau, un journaliste objectif et bien établi en Mauricie.  Il connaît le dossier pour en avoir couvert les principaux faits saillants.  Il travaillait sur ce dossier depuis deux ans.  Il a bien gardé le secret pour prendre finalement tout le monde par surprise.

         Historiquement Logique connaît le sérieux de Pierre Marceau et invite tous ses abonnés à suivre ce documentaire qui, croit-on, sera fort intéressant, objectif et touchant.  D’ailleurs, on y reviendra suite à la diffusion.

Bon visionnement à tous!

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L’affaire Dupont: la vidéo de Canal D

En août 2013, dans le cadre de l’émission Dossiers Mystères sur Canal D, un documentaire tentait de relancer l’affaire Dupont, mais cette fois avec un impact beaucoup plus modeste qu’en 2011 à la suite du reportage de Pierre Marceau dans le cadre de l’émission Enquête sur Radio-Canada.

Le documentaire d’août dernier, de Christian Page, se concentrait essentiellement sur la reconstitution de la découverte du corps au matin du 10 novembre 1969.  Le comédien incarnant le rôle du constable Georges Marquis[1] nous montre qu’il immobilise d’abord sa voiture patrouille pour se rendre à pied inspecter des traces de pneus.  C’est encore à pieds qu’il se dirige ensuite vers la Chevrolet Biscayne 1965 à l’intérieur de laquelle se trouvait le corps de Louis-Georges Dupont, 45 ans.  On remarquera d’ailleurs que le documentaire n’a vraisemblablement pas réussi à retrouver un modèle de voiture identique pour authentifier cette reconstitution car ce n’est pas une Biscayne 1965 que l’on voit à l’écran.

Pourtant, lors de son témoignage de 1996, George Marquis avait expliqué s’être approché de la Biscayne à bord de sa voiture de patrouille, si bien que les deux portières du côté conducteur s’étaient retrouvées l’une vis-à-vis l’autre.  C’est seulement ensuite qu’il serait descendu pour faire le tour de la Biscayne.

On dit également dans le documentaire que Marquis a été avisé par ses supérieurs de prêter une attention particulière sur la disparition de Dupont, qui remontait au 5 novembre.  Or, toujours dans son témoignage de 1996, Marquis dira que son supérieur l’avait envoyé dans ce secteur pour effectuer une opération radar.  Dans son rapport signé le 10 novembre 1969, il n’a jamais été question d’une opération radar.

Autre détail à préciser : au moment de reconstituer les événements au matin de la disparition, c’est-à-dire lorsque Dupont reconduit sa fille Johanne à l’école, le comédien qui incarne son rôle porte un chapeau.  Or, Dupont ne portait aucun chapeau ce matin-là.

Ensuite, quand on nous démontre les détectives sur la scène de la découverte, le documentaire prend pour acquis que le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert se trouvait sur les lieux.  Hubert était l’un des principaux policiers corrompus visé par l’enquête de la Commission de Police du Québec (CPQ).  Si les témoignages entendus des années plus tard permettent effectivement de déterminer qu’Hubert s’est occupée de cette enquête, rien ne prouve cependant qu’il ait été présent sur les lieux de la découverte au matin du 10 novembre 1969.

Il faut aussi se montrer prudent lorsque le narrateur mentionne qu’Hubert a été dénoncé par Dupont lors des audiences de la CPQ, qui ont eu lieues entre le 12 août et le 19 septembre 1969.  On peut fortement le soupçonner, entre autres en raison des brèves confidences que Dupont a faites à sa femme avant de mourir, mais d’un autre côté on n’a jamais pu mettre la main sur les transcriptions sténographiques de ces audiences.  Cela nous prive donc de tous les détails concernant les témoignages entendus devant la CPQ.

Le documentaire explique aussi qu’un rapport d’autopsie a été fait le jour même de la découverte par le Dr Jean Hould de l’Institut médico-légal (IML) de Montréal.  Il faut préciser que le Dr Hould n’a jamais rempli de rapport officiel ce jour-là, se contentant plutôt de quelques notes manuscrites dans un cahier personnel.  En fait, le premier rapport protocolaire écrit de sa main apparaîtra seulement en 1987.

Est-ce que le célèbre chroniqueur Claude Poirier voit juste dans son mot de la fin lorsqu’il prétend qu’il existe encore des gens qui savent des choses?  Y a-t-il encore des personnes qui craignent de parler?

Peut-être me reprochera-t-on d’être trop pointilleux sur les détails, mais dans une telle affaire l’importance de chacun d’entre eux s’amplifie, parfois jusqu’à atteindre la démesure.  Chaque détail compte!  Et c’est particulièrement vrai dans ce cas-ci, où il y a eu débats et controverses sur des points insoupçonnés.


[1] George Marquis est décédé le 5 mars 2014.  Pour en savoir plus : https://historiquementlogique.com/2014/03/07/lex-policier-georges-marquis-seteint-a-76-ans/

Le procès de Marie-Josèphe-Angélique

Procès Marie Josèphe AngéliqueBeaugrand-Champagne, Denyse.  Le procès de Marie-Josèphe-Angélique.  Libre Expression, 2004, 295 p.

L’Histoire a ses préférences et ses sujets de prédilection, mais ces tendances qui débouchent parfois sur des débats interminables font en sorte qu’on relègue aux oubliettes d’autres faits intéressants qui méritent également leur place au sein de notre mémoire collective.  Craint-on à ce point de briser nos traditions en fermant les yeux sur des événements de notre passé qui ne correspondent pas à l’image que nous nous faisons de nous-mêmes?

C’est ce qu’a tenté de briser l’historienne Denyse Beaugrand-Champagne en jetant une lumière honnête sur le procès d’une esclave noire nommée Marie-Josèphe-Angélique.  Grâce à son travail et celui de l’actrice Tetchena Bellange, qui en a fait un documentaire, le nom de cette jeune femme s’est assuré une place dans notre histoire.

Tout commence le 10 avril 1734, vers 19h00, lorsqu’un terrible incendie détruit l’Hôtel-Dieu de Montréal et 45 maisons, jetant ainsi sur le pavé quelques centaines de personnes.  Par chance, on ne dénombre aucun blessé grave.

Bien qu’elle ait déjà tenté de fuir la Nouvelle-France avec un compagnon nommé Claude Thibault, la jeune femme, qu’on croit alors être âgée de 29 ans, a plutôt offert son aide aux sinistrés.  Pourtant, elle sera rapidement pointée du doigt et incarcérée.  L’auteure elle-même qualifiera les événements à venir comme le « plus important procès criminel pour incendie volontaire de l’histoire de Montréal ».

Beaugrand-Champagne dépeint les circonstances et un contexte qui nous permet de faire un saut dans le temps et de comprendre ce que pouvait être la vie à Montréal à cette époque.  On y voit aussi que le système judiciaire était plutôt expéditif et bien loin de celui que nous connaissons aujourd’hui, bien que le nôtre ne soit pas parfait.  En fait, il n’y avait pas de jury et c’est le juge qui soumettait toutes les questions.  Bref, on sent par moment que la pauvre femme était condamnée d’avance.

Il est évidemment difficile de rejuger cette cause 279 ans plus tard, mais on cherche encore les preuves solides ayant pu la faire condamner.  En ce faisant spectateur d’un tel procès, on aurait plutôt tendance à l’acquitter.  Le principe pourtant vieillot du fameux « hors de tout doute raisonnable » n’existait pas.

L’ouvrage est irréprochable sur le plan de la documentation, ce qui permet à l’historienne de nous dépeindre le tableau des immeubles affectés par l’incendie, mais aussi le contexte judiciaire et la description des principaux personnages.

L’injustice se manifeste dès l’instant où on comprend que Marie-Josèphe-Angélique a été accusée sur simple rumeur publique.  La pauvre femme finira par avouer son crime, mais quelle valeur ces aveux peuvent-ils avoir lorsqu’on apprend qu’ils ont été obtenus sous la torture?

Tetchena Bellange, à droite, campe le rôle de Marie-Josèphe-Angélique dans le film documentaire Les Mains Noires dont elle est aussi la réalisatrice.
Tetchena Bellange, à droite, campe le rôle de Marie-Josèphe-Angélique dans le film documentaire Les Mains Noires dont elle est aussi la réalisatrice.

La jeune femme fut exécutée le 21 juin 1734, apparemment pendue avant d’être jetée au feu.  Une autre version veut qu’on lui ait d’abord tranché une main avant de la brûler vive.  Comme de raison, les documents judiciaires du 18ème siècle ne sont pas aussi détaillés que les transcriptions sténographiques auxquelles nous avons droit depuis environ un siècle, mais on arrive tout de même à se faire une idée globale de ce drame judiciaire.

C’est en compagnie de l’auteure qu’on explore finalement la question selon laquelle la jeune esclave aurait, oui ou non, été victime d’une exécution exemplaire.  À titre de comparaison, elle soulève donc quelques autres condamnations de femmes pour cette même époque.  Finalement, elle nous confronte à différentes hypothèses pour expliquer l’origine de l’incendie, qui deviennent toutes aussi logiques les unes que les autres en raison du manque de certains éléments de preuve.

Cet épisode de notre histoire n’en est pas seulement un d’injustice apparente mais aussi de tout un pan encore trop peu connu de notre passé : l’esclavage en Nouvelle-France.  L’auteure elle-même ne manque d’ailleurs pas de rappeler que l’historien Marcel Trudel, qui fut une grande inspiration autant pour l’auteure que pour la documentaliste Bellange, avait dénombré pas moins de 4,000 esclaves dans la Vallée du St-Laurent entre 1627 et 1760.

Sensibilisée par cette histoire unique, l’actrice Tetchena Bellange en a fait un documentaire inoubliable intitulé Les Mains Noires, procès de l’esclave incendiaire, qui remporta le prix du Meilleur Documentaire au Festival International du Film PanAfricain de Cannes en 2011.  Son film a aussi été sélectionné par une pléiade de festivals à travers le monde.

Pour vous procurer le film de Bellange ou pour tout autre renseignement, je vous invite à consulter la page officielle du documentaire Les Mains Noires.

Pour le bénéfice de l’histoire québécoise et de l’histoire en général, on ne peut que souligner ces efforts déployés pour immortaliser le nom de cette femme qui semble avoir été une autre innocente victime de la folie humaine et de ses préjugés.

Le procès de Marie-Josèphe-Angélique (PDF)