L’affaire Boulanger: une partie du dossier judiciaire retrouvé


Dans le dossier retrouvé, on note cette photo judiciaire qui montre l’intérieur du logement de la victime, Arthur Boulanger. Sur le plancher, on constate la présence d’une mare de sang.

Le projet Portrait de la Mauricie par les Archives Judiciaires Criminelles (PMAJC), entamé le 3 janvier 2018, porte déjà ses fruits. Alors qu’un article d’Historiquement Logique publié en juin 2015[1] expliquait que le dossier judiciaire de l’affaire Boulanger n’avait pas été conservé dans les archives nationales, les recherches que j’effectue actuellement pour indexer les dossiers qui sont conservés dans la voûte de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) à Trois-Rivières m’a permis d’avoir l’agréable surprise la semaine dernière de tomber sur celui de Freddy Pellerin. Cet individu, qui avait 27 ans à l’époque, a été le principal suspect dans cette affaire. Au terme d’un procès, il a cependant été acquitté.

Le dossier retrouvé, quoique plutôt mince pour une cause de meurtre, se trouvait dans les boîtes non classées des archives nationales et dans lesquels on retrouve normalement les procès expéditifs.

Il y a toutefois un bémol à cette trouvaille : ce dossier ne contient pas les transcriptions sténographiques du procès, au terme duquel Pellerin a été acquitté. Nous savons que les détails présentés lors d’un procès criminel pour meurtre sont les plus détaillés, ce qui en fait l’outil idéal pour reconstituer les événements entourant un crime.

À défaut de cela, cependant, le dossier retrouvé comporte les transcriptions prises lors de l’enquête du coroner et des pièces très intéressantes qui nous aiderons à mieux comprendre ce qui a pu se produire à Yamachiche en 1935. Parmi ces documents, on retrouve des photos judiciaires, un plan des lieux, et même un échantillon qui, pour le moment, reste non identifié.

Rappelons qu’Arthur Boulanger, 51 ans, a été assassiné dans le logement qu’il habitait à Yamachiche en face de la gare en septembre 1935. On l’avait apparemment battu avec une barre de fer.

Je ne pense pas qu’il faille fonder beaucoup d’espoir quant à l’idée de retrouver un jour le dossier du procès. Selon les explications d’Evelyn Kolish dans le Guide des archives judiciaires (2017)[2] le dossier a probablement été élagué. À partir de 1920, les archives nationales ont fait face à une arrivée gigantesque d’archives, ce qui a poussé les responsables de l’époque à prendre des décisions, entre autre l’élagage.

De plus, je soupçonne que les dossiers judiciaires qui se sont terminés par un acquittement ont été parmi les premiers à être détruits, d’autant plus que les accusés qui ont été blanchis ont droit à leur retour à la vie privée. La justice les considère comme blanchis.

En attendant de mieux étudier le dossier et de vous présenter le fruit de cette découverte, je vous invite à lire ou relire l’article publié en 2015 : Meurtre non résolu à Yamachiche : L’affaire Boulanger.


[1] https://historiquementlogique.com/2015/06/27/meurtre-non-resolu-a-yamachiche-laffaire-boulanger/

[2] Disponible en ligne : http://www.banq.qc.ca/documents/ressources_en_ligne/instr_rech_archivistique/garchjud_fr.pdf

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La visiteuse: autre point de vue sur l’affaire Tom Nulty


la-visiteuseAmyot, Linda. La visiteuse. Montréal, Leméac, 2016, 121 p. ISBN 978-2-7609-4728-3

Si d’un côté on a l’impression que les intellectuels, ou du moins ceux qui prétendent l’être, lèvent le nez sur les faits divers, la littérature ne cesse de s’en nourrir.  Cette fois, c’est l’affaire Thomas Nulty qui est au cœur du roman.

Récemment, nous avons fait un léger survol de cette sordide affaire avec un compte rendu du livre de Simon Riopel.  C’est d’ailleurs en grande partie de cet ouvrage que s’inspire Amyot.  La romancière l’admet elle-même dans un petit texte discret apparaissant à la toute fin.  Elle avoue également s’inspirer du livre moins crédible Crimes et châtiments : la petite histoire du crime au Québec, volume 2 (1982), d’Hélène-André Bizier.

L’histoire débute en 1932 lorsque le personnage principal, une infirmière de 30 ans, apprend que sa mère, Élisabeth Leblanc, est mourante.  Précipitée à son chevet, celle-ci lui confie la lecture de lettres écrites entre 1897 et 1908.  Il se trouve que la mourante, dans sa jeunesse, écrivait sur commande pour des villageois qui ne jouissaient pas de son talent.  Parmi ces « clients », on retrouve Thomas Nulty.

Mais dans ce petit roman de 121 pages, qui trouve pourtant le moyen de se payer des longueurs, on n’apprend rien de nouveau.  Même l’arme du crime et les autres détails sont relégués aux oubliettes.  Points de vu nouveau?  Pas vraiment.  Alors, on pourrait se demander à quoi pourrait bien servir cette parution!

Les affaires les plus scabreuses passionnent non seulement le public mais aussi les romanciers.  Il suffit d’y penser pour trouver quelques exemples, comme André Mathieu avec le cas d’Aurore Gagnon, ou Roger Lemelin avec l’affaire de Sault-au-Cochon.  Il faudrait sans doute une étude plus exhaustive sur le sujet, mais c’est aussi vrai dans la littérature anglaise et française.  Le crime passionne.  Il fascine.  Tout le monde tente de le comprendre, de l’apprivoiser à sa façon.  Ce qui est sûr, c’est que le roman n’est pas le meilleur médium pour tirer les choses au clair.  En ce qui concerne les causes judiciaires réelles, il ne sert bien souvent qu’à fausser la mémoire collective.

 

L’affaire Aurore Gagnon: entrevue avec Yves Houde


L'affaire Aurore Gagnon            En cliquant sur le lien suivant https://www.youtube.com/watch?v=ooxy_UYtmjE je vous invite à écouter l’entrevue de 45 minutes que j’ai accordée à l’animateur Yves Houde de Radio Galilée (90,9 FM Québec) il y a quelques semaines à propos du mon dernier livre : L’affaire Aurore Gagnon, le procès de Marie-Anne Houde.

Nous avons discuté de mes premiers intérêts en Histoire, du projet à l’origine de mes découvertes en matière de dossiers judiciaires, et de l’importance de ces documents légaux. Il fut également question de certaines tendances sociales qui induisent le public en erreur, que ce soit dans le cas d’Aurore Gagnon ou de certains autres crimes qui ont marqués notre patrimoine judiciaire.

Je tiens à souligner le professionnalisme d’Yves Houde, qui, en plus de bien maîtriser ses sujets, laisse beaucoup de place à ses invités.

Pour en savoir plus sur le procès de Marie-Anne Houde, je vous invite à lire l’Introduction ou de vous procurer mon livre en librairie.

Bonne émission!