Face à face avec Buckshot Roberts

Maison de Blazer identifiée en 1926 par Frank Coe.  C'est derrière l'une de ces sombres fenêtres que Buckshot Roberts mena une partie de son combat du 4 avril 1878.
Maison de Blazer identifiée en 1926 par Frank Coe. C’est derrière l’une de ces sombres fenêtres que Buckshot Roberts mena une partie de son combat du 4 avril 1878.

La Guerre du comté de Lincoln, dans le Nouveau-Mexique, a été déclenchée par l’assassinat de John Tunstall le 18 février 1878.  Ses jeunes employés, parmi lesquels on retrouvait un dénommé William Bonney, plus tard mieux connu sous le nom de Billy the Kid, voulurent obtenir vengeance.  En se donnant le nom de Régulateurs, ils passèrent à l’action dès le 9 mars en éliminant deux hommes soupçonnés de s’être retrouvés parmi les assassins (Billy Morton et Frank Baker).  Le 1er avril, c’est en pleine rue du village de Lincoln qu’ils exécutaient William Brady, le shérif corrompu du comté, ainsi que l’un de ses adjoints.

Mais trois jours plus tard, le 4 avril 1878, ces jeunes hommes tombèrent sur un os lorsqu’un certain Andrew « Buckshot » Roberts décida de leur faire face, et tout ceci sans aucun autre appui tactique que sa vieille carabine Winchester.

On connaît bien peu de choses sur le passé de cet homme, exception faite qu’il aurait été militaire avant d’être blessé par les Texas Ranger d’une décharge de chevrotine (buckshot) qui lui aurait laissé quelques plombs dans l’épaule, d’où son surnom.  Cette blessure lui causait un handicape qui l’empêchait d’épauler sa carabine et il devait donc se contenter de tirer en tenant l’arme au niveau de ses hanches.

Quelques jours avant la rencontre fatale du 4 avril, Roberts aurait eu une confrontation armée avec Billy Bonney et Charlie Bowdre, ce qui expliquerait peut-être pourquoi ceux-ci lui en voulaient le jour de l’inoubliable fusillade.  William H. « Brushy Bill » Roberts (aucun lien de parenté avec Buckshot Roberts), qui prétendait être Billy the Kid en 1950[1], parla lui aussi d’une telle escarmouche.  Selon lui, Buckshot aurait même tiré sur eux avant de s’enfuir.

Selon le témoignage de Frank Coe, l’un des Régulateurs, c’est vers 10h00 au matin du 4 avril que le groupe arriva au Blazer’s Mill, un petit regroupement de bâtiments incluant un moulin à scie, la maison de Joseph H. Blazer, et un autre bâtiment qu’il louait à Frederick G. Godfrey, directeur de la Réserve Indienne Mescalero.  La place était située à 15 ou 20 km au sud de San Patricio.  Godfrey habitait cette résidence avec sa femme Clara, ainsi que leurs filles Kate et Louisa.  Selon l’auteur Frederick Nolan[2], Clara avait pris l’habitude de servir des repas aux voyageurs mais leur exigeait en retour de laisser leurs armes dehors, une règle que les Régulateurs ont probablement respectée.

Richard M. "Dick" Brewer
Richard M. « Dick » Brewer

Selon Frank Coe, c’est John Middleton, un des membres du groupe, qui fut désigné pour monter la garde à l’extérieur puisque les chevaux étaient sellés.  Dépendamment des auteurs et des témoignages, on retrouvait ce jour-là parmi les Régulateurs des hommes comme Billy Bonney, Charlie Bowdre, Dick Brewer, et les cousins George et Frank Coe.  Tandis que le repas était servi, Middleton entra pour les avertir de l’approche d’un homme armé.  « Cela n’a énervé personne », dira Frank Coe, « car beaucoup d’hommes armés se promenaient à cette époque-là, et nous étions en train de manger.  J’ai été le premier à sortir et à arriver dans la cour.  Roberts, avec une carabine dans sa main, arrivait du corral, où se trouvaient les chevaux ».

Puisqu’il connaissait bien l’individu, Frank s’approcha pour lui parler et s’ensuivit alors la conversation suivante :

–         Nous avons un mandat contre toi, Bill, lui dit Coe.

–         C’est l’enfer que vous transportez, répliqua Buckshot Roberts.

–         Oui, et je suis heureux que tu sois venu, car nous commencions à avoir de la difficulté à te trouver.  Tu ferais mieux d’entrer, de voir Brewer et te rendre.

–         Moi me rendre?

–         Pourquoi pas?  Il n’y a aucune autre façon de t’en sortir maintenant.

–         Et bien, nous allons voir ça.

–         Il y a treize gars dans cette bande, Bill, et si tu ne te rends pas de façon amicale, ils te tueront.  Tu n’auras aucune chance.

–         J’ai ma vieille Betsy avec moi, aurait-il répliqué en tapant sur sa Winchester.  Il n’y a personne qui va m’arrêter et encore moins cette bande-là.

–         Il ne faut pas faire de folies, Bill.  Ça n’a aucun sens de résister.

–         Je vais me faire tuer si je me rends.

–         Mais à quoi penses-tu?

–         J’ai essayé de tuer Billy the Kid[3] et Charlie Bowdre la semaine dernière.  Si ces deux gars mettent la main sur moi, ils me tueront, c’est certain.

–         Non, ils n’en ont pas l’intention.  Rends-toi et personne ne te fera de mal.

–         Ouais, c’est aussi ce qu’ils ont dit à Morton et Baker.

Frank Coe ajoutera avoir parlé avec lui durant une trentaine de minutes « en essayant de le persuader de se rendre, mais c’est comme si j’avais parlé à sa mule ».

Les Régulateurs sortirent enfin, avec Bowdre à l’avant du groupe.  Calmement, Roberts se redressa pour venir se placer à une quinzaine de pieds devant eux.  Sans hésiter, Bowdre dégaina son six-coups pour lui demander de lever les mains vers le ciel « ou tu es un homme mort ».  Mais son adversaire répliqua alors « Oh non, Mary Ann », tout en relevant le canon de sa carabine au niveau de ses hanches.  Ainsi, Bowdre et Roberts firent feu simultanément.

La balle de Bowdre frappa Roberts en pleine poitrine, traversant son corps de part en part.  Quant à la balle sortant de sa carabine, elle effleura sérieusement la hanche de Bowdre au point de sectionner son ceinturon, qui s’écroula sur le sol.  Bowdre se serait ensuite empressé de se déplacer pour se réfugier au coin du mur, tandis que ses amis ouvraient le feu sur Roberts.  Ce dernier, que l’on décrivit comme un petit homme trapu, actionna le levier de sa carabine pour tirer encore quelques coups.

George Coe en 1927.  On remarque l'index de sa main droite qui est manquant, triste souvenir de la fusillade contre Buckshot Roberts en 1878.  Peu après, George quitta la région.  En 1879, il épousait Phoebe Brown et c'est avec elle qu'il revint dans le comté de Lincoln en 1884.  Plus tard, il écrivit ses mémoires et se rappela jusqu'à sa mort de son amitié avec Billy the Kid.  George s'est éteint à Roswell le 14 novembre 1941.
George Coe en 1927. On remarque l’index de sa main droite qui est manquant, triste souvenir de la fusillade contre Buckshot Roberts en 1878. Peu après, George quitta la région. En 1879, il épousait Phoebe Brown et c’est avec elle qu’il revint dans le comté de Lincoln en 1884. Plus tard, il écrivit ses mémoires et se rappela jusqu’à sa mort de son amitié avec Billy the Kid. George s’est éteint à Roswell le 14 novembre 1941.

Le témoignage de Frank Coe laisse entendre que la deuxième balle de Roberts aurait atteint Middleton dans la partie supérieure de sa poitrine, juste au-dessus du cœur.  Celui-ci aurait quelque peu titubé avant de s’effondrer.  Frank dira également que « une autre balle a touché le doigt de George Coe [son cousin] et lui a arracha son revolver de sa main […] ».  Pour sa part, George Coe dira que « Bowdre avait l’avantage sur Roberts.  Avec son refus de lever les mains en l’air, ils ont tiré simultanément.  Le projectile de Bowdre a traversé le corps de Roberts, la balle de Roberts a ricoché sur la ceinture de balles de Bowdre et avec ma chance habituelle, j’ai eu juste le temps d’arrêter la balle avec ma main ».

Selon cette dernière version, Roberts aurait donc fait trois blessés avec seulement deux tirs.  Mais l’auteur Nolan semble être le seul jusqu’à maintenant à mentionner un quatrième blessé.  Selon lui, un projectile aurait aussi heurté le revolver de Scurlock, encore dans son étui, ce qui lui aurait causé une brûlure à la jambe.

Pendant que les Régulateurs se cachaient au coin de la bâtisse, Roberts se réfugia dans la maison de pierre de Blazer, refermant la porte derrière lui.  En dépit de sa blessure mortelle, il se barricada dans la chambre et tira le matelas pour l’installer sous une fenêtre qui allait lui servir de meurtrière pour canarder ses jeunes ennemis.  Ayant épuisé les cartouches de sa Winchester, le suspect se serait alors emparé d’une puissante carabine Sharp qui reposait dans un coin de la pièce.  Cette arme servait généralement pour la chasse au gros gibier, tel le bison.  Mais Nolan ne sera pas de cet avis, stipulant que l’arme était plutôt une carabine Springfield de modèle 1873 et de calibre .45-70.  On ignore cependant la source de son information.

Selon Frank Coe, Billy Bonney aurait abandonné sa cachette pour tenter deux tirs en direction de Roberts, mais au moment de revenir auprès de ses compagnons un puissant coup de feu aurait claqué depuis la sombre fenêtre.  Le projectile aurait manqué le Kid d’à peine un pouce.

Par la suite, le Kid aurait voulu résoudre cette impasse en attaquant de front, mais Frank Coe l’en aurait dissuadé en disant que, de toute manière, Roberts en avait au maximum pour trois heures à vivre.  Selon lui, Billy Bonney et George Coe se seraient même obstiné pour revendiquer le tir qui avait blessé leur adversaire, alors que le crédit revenait plutôt à Bowdre.

À cet instant, les Régulateurs auraient pu se contenter de quitter les lieux et de soigner leurs blessés, mais « Brewer était déterminé à avoir Roberts mort ou vif », dira Frank Coe.  Dick Brewer avait été le contremaître de Tunstall, la première victime de cette guerre de comté.  Reconnu comme un incorruptible, Brewer avait courageusement affronté de dangereux voleurs de bétail avant d’obtenir un statut de constable pour se lancer aux trousses des assassins de son employeur et ami.

Pour tenter de régler cette impasse, Brewer aurait d’abord demandé à Blazer de se rendre lui-même jusqu’à sa propre chambre pour tenter de faire sortir le forcené, mais celui-ci refusa; et avec raison.  Ensuite, il aurait suggéré d’incendier le bâtiment, une autre idée à laquelle Blazer s’opposa farouchement.  « Brewer devenait fou », expliqua Frank.  « Il ne voulait pas donner le temps à Roberts de mourir et voulait le tuer pour avoir, si possible, le dessus sur lui au moins une fois ».

Sous le couvert de ses copains, Brewer rampa jusqu’à une corde de bois lui permettant de se retrouver directement en face de la fenêtre où se tairait le récalcitrant, à une centaine de verges.  De cet endroit, il aurait tiré deux ou trois coups avec une arme dont le type n’a pas été spécifié par Frank Coe.  Ce dernier dira cependant qu’on avait vu les impacts de balle atteindre le plâtre sur le mur du fond de la chambre, mais sans résultat ni la moindre riposte.  C’est alors que, croyant probablement que Roberts avait eu son compte, Brewer sortit doucement sa tête au-dessus des bûches.  « Roberts était parvenu à mettre sa carabine Sharp sur le rebord de la fenêtre et attendait le bon moment, et il a laissé aller une balle frapper Brewer au milieu du front, ce qui lui a fait éclater le dessus de la tête ».  Brewer fut tué sur le coup.

Probablement paniqués et sachant que leur suspect ne s’en sortirait pas, les Régulateurs commencèrent à organiser leur départ.  Ils installèrent Middleton sur un brancard et se rendirent jusqu’au ranch de Frank Coe, situé sur la rivière Ruidoso.  Le lendemain, sur la route de Roswell, ils auraient croisé un médecin que Frank n’identifiait pas.  Nolan dira qu’il s’agissait du Dr Daniel Appel, celui-là même qui avait contredit les conclusions du Dr Ealy à propos de l’examen de la dépouille de Tunstall[4].  Après avoir fait ce qu’il avait pu pour Middleton et Coe, le Dr Appel se pressa ensuite vers Blazer’s Mill.  Selon Frank Coe, Middleton aurait mis plusieurs semaines avant de connaître une guérison satisfaisante.

Les versions se contredisent également sur l’état de Buckshot Roberts au moment de l’arrivée du Dr Appel.  Certains ont dit qu’il était déjà mort.  « C’était la nuit lorsqu’il arriva sur place », écrit Nolan.  « Brewer avait déjà été enterré dans le cimetière de Blazer, et Roberts était mourant.  La balle de Bowdre était entrée juste au-dessus de l’os de la hanche gauche et s’est tracé un chemin vers le bas jusqu’à l’aine; il n’y avait rien qu’Appel pouvait faire pour lui ».  Vers la fin, Roberts souffrait tellement qu’il aurait fallu deux hommes pour le maîtriser.  Selon Nolan, il aurait finalement rendu l’âme le lendemain, un peu avant midi.

À l’époque, la rumeur voulait que les corps de Brewer et de Roberts aient été inhumés dans la même fosse, mais on expliqua plus tard qu’ils auraient eu droit à leur tombe respective.  Toutefois, aucune inscription n’y sera installée avant longtemps.  En fait, il fallut attendre jusqu’en 1991 pour identifier clairement le site de leur dernier repos et on profita évidemment de l’occasion pour y placer des croix en bois.  Certains descendants de la famille Brewer installèrent une pierre tombale en marbre pour rappeler le dernier repos de leur ancêtre.

Dans l’Outlaw Gazette de décembre 1993, on apprenait également l’érection d’un monument à Boaz, dans le Wisconsin, en l’honneur de Dick Brewer.  C’était sa région natale.  L’une de ses descendantes, Lisa Muth, était à l’origine du projet qui avait été approuvé le 12 mars 1993 par le Wisconsin Historical Markers Council.

En 1960, l’auteur Ramon F. Adams ne remettait pas en cause les témoignages des cousins Coe mais précisait seulement que la balle de Bowdre avait atteint Buckshot Roberts à l’estomac plutôt qu’à la poitrine.  Ce n’était là qu’une troisième version de la localisation de la blessure par balle.  Adams ajouta que le Dr Ealy avait dû amputer le pouce et l’index de la main droite de George Coe suite à la blessure qu’il avait reçue.  Toutefois, sur une photo prise en 1927, on constate que l’index est effectivement absent mais qu’il avait conservé son pouce.

Selon certains auteurs, le Kid aurait pris le contrôle des Régulateurs après la mort de Brewer, mais les faits ne démontrent pas nécessairement que Billy ait été un leader, même si certains de ses amis ont pu voir en lui une forme d’héroïsme.  Quoi qu’il en soit, les jeunes vengeurs avaient rencontrés ce jour-là un homme capable de leur tenir tête.

Pour les curieux, je vous invite à visionner l’interprétation quelque peu simpliste que fit le cinéma de cette fusillade du 4 avril 1878 dans le film Young Guns en 1988 à l’adresse suivante : http://www.youtube.com/watch?v=UqvuJLOCSxc

Vous pouvez également consulter la Boutique d’Historiquement Logique.


[1] Pour en savoir plus à propos de William H. Roberts : https://historiquementlogique.com/2010/12/28/le-deces-controverse-de-billy-the-kid/

[2] Frederick Nolan, The West of Billy the Kid, 1998.

[3] Officiellement, le surnom complet de « Billy the Kid » fut utilisé pour la première fois en 1881.  On comprend que le témoignage de Frank Coe a été recueilli plusieurs années après les faits et qu’alors il était pour lui normal d’utiliser le surnom au complet.  En 1878, pour être plus précis, le jeune homme se faisait appeler « William H. Bonney » ou « the Kid ».

[4] Le Dr Taylor Ealy, un nouveau venu dans le comté de Lincoln, avait constaté que le corps de Tunstall avait été mutilé, tandis que le Dr Daniel Appel du Fort Stanton, soupçonné d’être à la solde du clan adverse, avait nié toute présence de mutilation.

Sergio Leone s’est-il inspiré de la réalité?

Scène finale dans Le Bon, la brute et le truand, mettant en vedette (de gauche à droite) Eli Wallach, Clint Eastwood et Lee Van Cleef.
Scène finale dans Le Bon, la brute et le truand, mettant en vedette (de gauche à droite) Eli Wallach, Clint Eastwood et Lee Van Cleef.

Tout jeune, les westerns spaghetti de l’inoubliable cinéaste Sergio Leone me fascinaient.  Je n’en connaissais pourtant pas encore le succès planétaire.  La magie des personnages, les gros plans, les longs silences, et la musique de Morricone représentaient autant d’éléments marquant pour immortaliser cette recette gagnante.  Bref, je n’ai certainement pas été le seul à me laisser bercer par cette grande aventure visuelle, mais j’étais surtout loin de me douter à l’époque de la possibilité que Leone ait pu s’inspirer d’un fait réel pour mettre en scène la finale de son troisième western.

À la fin du film Le Bon, la Brute et le Truand on assiste à un duel triple où s’affrontent les personnages incarnés par Clint Eastwood, Eli Wallach et Lee Van Cleef.  L’idée semblait innovatrice pour le cinéma des années 1960, mais il se pourrait bien qu’on ait pu s’inspirer d’un affrontement similaire survenu en 1876.

L’historien Bill O’Neal a révélé il y a quelques décennies l’existence d’un dénommé Jack Johnson, également surnommé « Turkey Creek ».  Ce dernier aurait connu une dispute avec ses deux associés dans le domaine de la prospection minière en 1876, à Deadwood, sur le Territoire du Dakota.  Désireux de régler leur différent au plus vite, les trois hommes se seraient déplacés jusqu’au cimetière, suivis d’une foule de curieux.  À une distance « considérable » selon O’Neal, les deux associés auraient ouvert le feu, effleurant Johnson « qui les a calmement abattus ».  Johnson aurait d’ailleurs déboursé les frais funéraires pour pouvoir inhumer ses deux anciens associés.  O’Neal raconta aussi on avait dû utiliser de la dynamite pour creuser le sol gelé du cimetière.

Légende ou réalité?  Quoiqu’il en soit, on imagine assez facilement la ressemblance avec la scène finale du célèbre film de Sergio Leone.

Malheureusement, on ne connaît aucune photo de Johnson.  Son passé demeure également très vague, pour ne pas dire inexistant.  Toutefois, quelques années après ce curieux duel, on le retrouva comme mercenaire engagé par le célèbre justicier Wyatt Earp.  Ainsi, Turkey Creek Jack Johnson participa à la croisade vengeresse des frères Earp, en particulier dans les meurtres de Frank Stilwell et de Florentino Cruz en 1882 dans la région de Tombstone, en Arizona.

Après cette croisade, O’Neal prétend que Johnson serait parti en direction de l’Utah ou du Texas en compagnie d’un autre mercenaire nommé Sherman McMasters.  En réalité, on ignore ce qu’il est devenu.

Voilà une autre histoire qui fait seulement partie de ces mystères de l’ouest et de l’image immortelle du héros solitaire s’éloignant à dos de cheval.

Bibliographie :

O’NEAL, Bill.  Encyclopedia of Western Gunfighters.  University of Oklahoma Press, Norman, 1979, 386 p.

Le premier duel de Wild Bill Hickok

James B. « Wild Bill » Hickok (1837-1876). Après avoir été éclaireur pour l’armée il devint l’un des plus efficaces représentants de l’ordre du Far West.

Au cours de l’été 2008, Barack Obama prononçait un discours à Springfield, Missouri, annonçant fièrement être un descendant, de par sa mère, du légendaire représentant de la loi James B. « Wild Bill » Hickok.

Or, c’est à Springfield que Wild Bill se rendit célèbre en participant à un duel qui influença à jamais le cinéma western.

Un anthropologue aux compétences douteuses

Précisons tout de suite un détail qui pourrait induire en erreur.

En 2002, l’anthropologue québécois Bernard Arcand écrivait ceci : « Les duels à coups de pistolets dans la rue principale ont été inventés par Hollywood qui les trouvait magnifiques sur grand écran. »[1]

Prétendre que les duels sont l’invention des cinéastes relève d’un prodigieux exploit mûri dans l’ignorance, à croire que sa bibliographie était truffée de références à Lucky Luke.

Justement, parlant de bibliographie, les deux seuls ouvrages américains apparaissant dans le livre qu’il écrivait en collaboration avec Serge Bouchard concernent la musique country.  On voit donc dans quelles directions ont été investis les efforts des auteurs.

Bernard Arcand n’est plus de ce monde pour défendre ses propos[2], mais voyons ensemble qu’un anthropologue diplômé peut parfois se tromper.  Car les duels, il y en a eu!

Les faits!

L’événement s’est déroulé le 21 juillet 1865 sur le carré public de Springfield, Missouri.  Wild Bill a affronté un dénommé Dave Tutt et c’est ce dernier qui fut emporté par la précision du tir de son adversaire.

En 1964, Joseph G. Rosa, spécialiste de la carrière de Hickok, écrivait que les deux duellistes se connaissaient déjà depuis un certain temps.  Par le passé, Tutt aurait participé à une guerre de clans opposant deux familles et qui aurait coûté la vie à 45 personnes, dont son père.

La théorie du triangle amoureux

Pour expliquer le motif de ce duel, Rosa prêtait à Wild Bill une liaison avec Susannah Moore.  Suite à une dispute de couple, Dave Tutt aurait profité de la situation pour se glisser dans le lit de Susannah.  À son tour, par vengeance, Wild Bill aurait soulevé le jupon de la sœur de Tutt.

Une histoire de couchette est-elle vraiment à l’origine de ce duel?

Rien ne le prouve.

En effet, il peut sembler facile d’utiliser ce bon vieux classique du triangle amoureux, comme ce fut le cas dans un film de 1995[3], pour expliquer nombre de bagarres aux motifs nébuleux.

Le 27 juillet 1865, moins d’une semaine après l’incident, le Missouri Weekly Patriot expliquait plutôt que « David Tutt, de Yellville, Ark., a été tiré sur le carré public, à 18h00[4], vendredi dernier, par James B. Hickok, mieux connu dans le sud-ouest du Missouri comme « Wild Bill ».  Le problème est survenu durant une partie de cartes. »

Selon Rosa, cette partie de cartes se serait déroulée dans le Old Southern Hotel ou au Lyon House, « à un coin de rue du carré public. »

La théorie de la dette

Puis entre en scène le mystérieux « Captain Honesty[5] », dont le pseudonyme laisse quelque peu perplexe.  George Ward Nichols, auteur d’un flamboyant article destiné à immortaliser à tout jamais l’histoire de Hickok[6], prétendait que Captain Honesty, identifié plus tard comme étant le Capitaine R. B. Owens, était sa principale source d’informations à propos de l’incident du 21 juillet 1865.

Or, celui-ci affirmait que Wild Bill avait ultérieurement tué un ami de Tutt, ce qui aurait alors fourni à ce dernier un motif de vouloir la mort de son rival.  De plus, Tutt n’en était apparemment pas à sa première provocation envers Hickok.  Tout cela, cependant, ne repose sur rien de concret.

Là où la version de Captain Honesty rejoint la réalité, c’est à propos de la partie de cartes, au soir du 20 juillet.  Tutt aurait alors rappelé à Hickok une dette de 40$ concernant la vente d’un cheval et Wild Bill l’aurait immédiatement remboursé.  Toutefois, Tutt lui réclama aussitôt un 35$ supplémentaire.  Wild Bill se montra en total désaccord, ajoutant qu’il s’agissait plutôt d’un montant de 25$.  En guise de réponse, Tutt s’empara de la montre de marque Waltham de Hickok en expliquant qu’il la conserverait aussi longtemps que la dette ne serait pas réglée.

Le lendemain, 21 juillet, les deux hommes se croisèrent sur le carré public.  Tutt, qui portait apparemment la montre, aurait dégainé le premier mais Wild Bill fut tellement rapide que les deux coups de feu n’en produisirent qu’un seul.  Toujours selon Owens, Hickok aurait aussitôt pivoté sur ses talons pour braquer les amis de sa victime en leur disant « n’êtes-vous pas satisfait, messieurs », les obligeant ensuite à déposer leurs armes et à rentrer chez eux.

Wild Bill ne faisait pas l’unanimité

Le vainqueur du duel eut droit à un procès, les 5 et 6 août 1865, mais son acquittement pour légitime défense ne fit pas l’unanimité, comme l’écrivit le Missouri Weekley Patriot en date du 10 août 1865 : « Les citoyens de cette ville ont été sous le choc et terrifiés à l’idée qu’un homme puisse s’armer et prendre position au coin du carré public, au centre de la ville, et attendre l’approche de sa victime durant une heure ou deux, et l’engageant alors dans un conflit qui résulte en sa mort instantanée […] »

L’auteur anonyme de cet article donne l’impression de ne pas avoir assisté au procès car il est le seul à décrire l’événement comme un guet-apens et non un duel.  On pourrait même se demander si cet auteur n’était pas un ami de Dave Tutt afin de ternir la réputation de Wild Bill.

De plus, quand on analyse les autres faits d’armes de Hickok, on ne reconnaît pas son style dans cette description, c’est-à-dire qu’il a toujours affronté ses adversaires de face et sans se défiler, ni même se cacher.

Duel en règle

Ce fut bel et bien un duel, dans le sens où les deux hommes se trouvaient face à face et à découvert.  Toutefois, rien ne prouve que les deux duellistes étaient consentants, même à quelques secondes des deux coups de feu.  On semble croire que Tutt dégaina le premier, signe de provocation et de tentative de meurtre, et non d’égalité dans un duel accepté par les deux partis.  Il n’y eut donc pas d’entente formelle établis quelque temps auparavant, comme ce fut souvent le cas au 19ème siècle.

Nichols affirmait que la distance séparant les deux hommes était de 50 pas ou 50 verges, une variation importante, mais d’autres ont aussi avancé la distance de 75 verges, écrivait Rosa en 1964, ce qui semble nettement exagéré pour un duel au revolver.

L’Histoire n’a malheureusement pas retenu le modèle de l’arme utilisé par Tutt, mais Rosa indiquait dans son premier livre que de nombreux auteurs ont prétendu que l’arme de Wild Bill était un Colt Dragoon de calibre .44, tandis que d’autres ont avancé la candidature du Smith & Wesson No 2 Army de calibre .32.  Quant à Nichols, il privilégiait l’idée du Colt Navy.

Un héros qui fuyait la publicité

C’est lors d’une rencontre en septembre 1865 que Wild Bill aurait confié à Nichols l’existence d’un autre motif, mais sans ajouter quoi que ce soit.  Mais l’article de Nichols n’est pas un exemple de fiabilité ou de rigueur historique.  Par exemple, il décrivait des exploits invraisemblables, ajoutant que son héros avait plus d’une centaine de victimes à son palmarès.  On comprend maintenant pourquoi Hickok détesta cet article qui pourtant le rendit célèbre.

C’est que Wild Bill fuyait les projecteurs.  C’était un homme de terrain avare de commentaires.  Après son expérience avec Nichols, une histoire veut que Ned Buntline, le journaliste ayant immortalisé Buffalo Bill Cody[7] par ses écrits, soit entré dans un saloon en marchant vers Wild Bill tout en lançant spontanément : « Tiens!  Voilà mon homme! ».  Sur ce, croyant qu’un de ses ennemis l’interpellait pour venir régler ses comptes, Wild Bill pointa ses armes sur Buntline, qui déguerpit à toute vitesse, manquant de pisser dans son pantalon.

Les deux hommes ne devaient plus jamais se revoir.

Documents retrouvés

En 1996, Joseph G. Rosa récidivait avec un second livre sur le sujet, expliquant que « aussi loin qu’en 1957 on rapportait que les transcriptions du procès étaient dans les dossiers au palais de justice mais qu’ils avaient disparus quand l’endroit a été visité par un groupe d’auteurs. »

On croyait bien que les papiers avaient été égarés ou détruits à tout jamais.  Heureusement, une surprise de taille attendait non seulement les admirateurs de Wild Bill mais tous les passionnés de l’Histoire.

« En 1994-1995, lorsque les archives du Green County furent reclassés et qu’un certain nombre de boîtes intouchées depuis plus d’un siècle furent ouvertes, plusieurs documents importants concernant le duel furent mis en lumière », nous dit Rosa.

On apprend donc qu’une enquête du coroner fut réalisée dans les heures suivant la mort de Tutt.  Rosa précise aussi que dans ces documents on y écrit maladroitement le nom du protagoniste comme « Bill[8] Haycock ».     Huit hommes ont témoignés devant le coroner et, dit Rosa, il semble que l’animosité qu’on prêtait aux deux duellistes depuis longtemps soit fausse, et que « la situation semble plus tragique que conflictuelle. »

En gros, l’histoire de la partie de cartes au Lyon House au soir du 20 juillet était vraie.  Wild Bill aurait perdu, mais Tutt lui rappela sa dette de 35$.  Hickok se montra en désaccord, revoyant ce montant à la baisse, soit à 25$, stipulant qu’un peu plus tôt il lui avait remis 10$.  Mais Dave se montra inflexible.  « Hickok a retiré sa montre et l’a déposée sur la table », précise Rosa.  Tutt la prit et Hickok lui suggéra « de descendre au rez-de-chaussée pour consulter son carnet de notes.  S’il devait autant d’argent à Tutt, il l’aurait remboursé. »

Mais Dave demanda alors 45$.  « J. W. Orr, sous serment, a déclaré que lorsque Tutt est sorti dehors, Hickok s’est tourné vers Orr et lui a demandé de dire à Tutt de lui ramener sa montre dans une heure et qu’il lui donnerait alors 25$.  S’il ne le faisait pas, « quelque chose allait être fait ». »[9]

Le lendemain après-midi, Hickok, Orr et Tutt se retrouvèrent à discuter sur le carré public et la mésentente se poursuivit à propos de la dette.  Selon le témoin Eli J. Armstrong, Hickok aurait alors dit à Tutt ce qui ressemble à ceci : « N’importe qui d’autre en ville t’aurait causé des problèmes pour moins que ça, alors que c’est pas la première fois que je t’emprunte de l’argent et nous n’avons jamais eu de dispute. »

Si Wild Bill a vraiment prononcé ces paroles, on est en droit de comprendre que le comportement de Dave Tutt avait changé de manière radicale.  Pourquoi?

Tutt aurait dit ne pas vouloir chercher les problèmes, bien que le reste de l’histoire démontre l’inverse.

Finalement, Tutt les quitta pour marcher jusqu’à une écurie de location avant de se rendre devant le palais de justice.

John Tutt vint alors dire à Wild Bill que s’il acceptait de venir voir son frère le problème serait réglé.  « Hickok s’est alors dirigé vers la boutique de Crenshaw. »[10]

Toujours selon Rosa, qui décrivait ces nouveaux documents, Tutt se trouvait à environ 30 pas du palais de justice quand Hickok, se tenant à 120 pas de l’autre côté du carré public, l’a interpellé pour lui rappeler qu’il avait sa montre.  « La réaction de Tutt fut de mettre sa main derrière lui, d’attraper son revolver et de dégainer.  Hickok a promptement dégainé le sien, et les deux hommes ont tiré.  Plusieurs des témoins ont pensé que seulement un coup avait été tiré. »[11]

Les témoins semblaient tous d’accord sur le fait que Tutt tituba en se dirigeant vers le palais de justice avant de s’effondrer en face de celui-ci.

Le plus intéressant, toutefois, réside dans le rapport que fit le Dr Edwin Ebert suite à l’examen du corps, fait au soir du 21 juillet.  Selon ce document, la balle serait entrée par le côté droit entre la 5ème et 7ème côte avant de passer à travers la cage thoracique pour finalement ressortir par le côté gauche, encore une fois entre la 5ème et 7ème côte.

Rosa ne manqua pas d’indiquer que ce détail signifie que Tutt faisait face à Wild Bill en lui présentant son côté droit, selon la « mode des duels », offrant ainsi une surface réduite aux tirs de l’adversaire.  Donc, ce résultat confirme les réflexes et les talents déjà légendaires de Wild Bill en matière de tir, d’autant plus que son geste n’était pas planifié.

En dépit de la tension du moment, les archives démontrent donc un tir parfait.

Reste à savoir si la distance entre les deux duellistes n’a pas été exagérée.  Doit-on parler de 50 ou 120 pas?

À quelle distance doit-on tirer pour qu’une balle de revolver propulsée par la poudre noire puisse traverser un corps de pare en pare dans le sens de la largeur?

Il faudrait poser la question à un spécialiste de la balistique.

Le motif du conflit

Préalablement à cette journée du 21 juillet 1865, les documents démontrent que Hickok avait été accusé pour jeu illégal, ce qui semblait courant pour l’époque.  Ce fut le cas pour plusieurs autres représentants de l’époque car les lois sur le jeu étaient loin d’être claires.

Toutefois, en décembre 1864, Tutt avait été accusé pour avoir résisté à une arrestation.  Le 20 juillet 1865, soit la veille du duel, il se présenta au tribunal pour répondre de cette accusation.  On le condamna à une amende de 100$, plus les frais.  Incapable de payer, on le conduisit en cellule mais Thomas G. Martin, ancien partenaire éclaireur de Hickok, vint à son secours pour le faire libérer.

Ce n’est donc pas Wild Bill Hickok qui avait un problème d’argent, semble-t-il!

N’oublions pas que le même soir du 20 juillet, Tutt se disputa avec Hickok à propos de cette dette.  Mais cette fois, on a un élément nouveau, cette autre dette de 100$, ce qui peut largement expliquer l’empressement et l’anxiété de Tutt.  De ce fait, pourrait-on tirer une conclusion immuable à l’effet qu’il a provoqué tout cela en raison de son inquiétude à vouloir rembourser cette dette au plus vite?

Bibliographie :

–          Arcand, Bernard et Serge Bouchard.  Cow-boy dans l’âme.  Montréal, Les Éditions de l’Homme, 2002.  235 p.

–          Carter, Robert A.  Buffalo Bill Cody, the man behind the legend.  New York, John Wiley & Sons, 2000.  496 p.

–          Hill, Walter.  Wild Bill.  Un film cinématographique de Walter Hill, 1995.  United Artists Pictures, 115 min.  DVD.  Jeff Bridges semble juste dans son rôle de Wild Bill, mais le film n’accorde aucun respect aux faits historique, comme la relation du personnage avec Calamity Jane, alors qu’en réalité Wild Bill a à peine croisé Calamity Jane.

–          Reedstrom, E. Lisle.  « 6 Legendary poker hands ».  Wild West Magazine, vol. 7, no 6 (avril 1995) : 34-38.

–          Rosa, Joseph G.  They Called him Wild Bill, the life and adventures of James Butler Hickok.  Norman, University of Oklahoma Press, 1964.  278 p.

–          Rosa, Joseph G.  Wild Bill Hickok, the man and the myth.  Lawrence, University Press of Kansas, 1996.  276 p.

–          Varga, Jon.  « The Davis Tutt-Wild Bill Hickok showdown had dramatic buildup and face-to-face action ».  Wild West Magazine, vol. 9, no 2 (août 1996) : 22-26, 82-85.


[1] Cow-boy dans l’âme, de Bernard Arcand et Serge Bouchard, Montréal, les Éditions de l’Homme, 2002.

[2] Un cancer l’a emporté le 30 janvier 2009.

[3] Wild Bill, film de Walter Hill, 1995, mettant en vedette Jeff Bridges dans le rôle de Wild Bill.

[4] Mentionné « 6 o’clock p.m. » dans le livre de Rosa.

[5] Captain Honesty, ou Capitaine Honnêteté en français, fut identifié par Rosa lui-même, mais seulement dans son second livre sur le sujet, publié en 1996.  Il s’agissait donc du Capitaine Richard Bentley Owens, qui avait embauché Hickok au cours de la Guerre de Sécession et qui fit appel à ses services quelques mois après l’incident de Springfield afin de « nettoyer » le désordre installé dans l’enceinte du Fort Riley.  Ainsi aurait donc commencé sa carrière de représentant de l’ordre.

[6] L’article de George Ward Nichols fut publié en février 1867 dans le Harper’s New Monthly Magazine sous le titre de « Wild Bill ».

[7] William F. « Buffalo Bill » Cody était un ami personnel de Wild Bill.  Bien qu’ils étaient de caractères opposés, ils entretinrent une relation privilégiée jusqu’à ce que la mort les sépare.

[8] Dans les documents, journaux et livres anciens on le désignait souvent comme William Hickok, son nom de famille étant souvent mal orthographié.  Le fait est qu’il semble avoir reçu son surnom de Wild Bill en premier, et de nombreuses personnes ont certainement crus, logiquement, qu’il se prénommait ainsi car Bill est un diminutif du prénom William.  Or, le véritable nom est James Butler Hickok.  On ignore donc d’où provient l’origine de Wild Bill.

[9] Rosa, Joseph G., Wild Bill Hickok, the man and his myth, 1996.

[10] Id.

[11] Id.