Octobre 70: Francine Bélisle (27)

Francine Bélisle

Après le long témoignage de François Bélisle, l’enquête du coroner reprit ses audiences à 14h15 en appelant la sœur de celui-ci, Francine Bélisle.  Francine dira être âgée de 22 ans. Elle travaillait comme infirmière et habitait au 3720 Queen Mary, appartement 12.  Comme c’était apparemment devenu la coutume, elle demanda à son tour la protection de la Cour.  On accepta également sa demande de pouvoir témoigner en position assise.

Interrogée par Me Boilard, elle expliqua d’abord qu’à l’adresse ci-haut mentionnée elle y habitait avec Colette Therrien et Richard Therrien.  Il n’y avait pas de bail et chacun payait sa part.  À l’époque des faits, elle dira que Colette et Richard étaient des étudiants universitaires.  À l’arrivée de son frère François à Montréal, à une date que Francine fut incapable de préciser, il serait allé habiter à l’appartement du Chemin de la Reine Marie.  C’est aussi là que Francine habitait à cette époque avec Colette et Richard Therrien.  De quoi faire une véritable saga d’adresses.

  • Après l’arrivée de François à Montréal, est-ce que d’autres personnes sont venues loger avec vous à cet appartement de Queen Mary?
  • Oui.
  • Qui?
  • Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard.
  • Est-ce que vous pouvez nous dire, mademoiselle, vers quel moment à peu près sont arrivés Jacques et Paul Rose ainsi que Francis Simard?
  • Le 17.
  • Avant l’arrivée ou avant le 17, devrais-je plutôt dire, est-ce que vous aviez eu la visite de l’un des trois, avant le 17, avant qu’ils ne s’établissent?
  • Oui, ils étaient venus quelques fois, Jacques était venu. Il est venu une ou deux fois avec Francis puis la semaine avant ça Francis était venu aussi.
  • Est-ce que même Francis Simard, la semaine avant le 17 octobre, aurait habité quelques jours, aurait passé quelques jours à l’appartement?
  • Oui, il est venu une ou deux journées.
  • Il est resté en permanence pendant ces deux jours ou trois jours-là?
  • Je sais qu’il est arrivé le soir, moi j’allais travailler, je l’ai rencontré en bas et puis il est monté. Puis quand je suis arrivée le matin il n’était pas là, il est parti le lendemain, je pense.
  • Alors en bref, d’après votre témoignage, ce serait à compter du 17 octobre que Jacques Rose, Paul Rose ainsi que Francis Simard ont commencé d’habiter en permanence à l’appartement que vous aviez sur le Chemin de la Reine Marie?
  • Oui.
  • À quel moment de la journée, si vous vous en souvenez, seraient-ils arrivés à l’appartement le 17?
  • C’est après souper, peut-être 19h00, 20h00, mais à ce moment-là Paul Rose était déjà là. Les deux qui sont arrivés ce soir-là c’est Jacques Rose et Francis Simard.  Moi, quand je suis arrivée samedi, samedi matin, Paul Rose était là.  Je l’ai vu sur le divan, je l’ai reconnu par après, j’ai vu que c’était lui.  Puis le soir, le 17, c’est Jacques Rose puis Francis Simard qui sont arrivés vers 19h00, 19h30, 20h00, quelque chose comme ça.
  • Vous ont-ils dit ou est-ce que l’un des trois vous aurait dit ou aurait dit à quelqu’un en votre présence pour quelle raison tous les trois s’en venaient chez vous pour y habiter?
  • Non, je veux dire, à ce moment-là quand Jacques et Francis sont arrivés moi j’ai trouvé ça normal parce que durant la semaine Francis m’avait dit « On va revenir samedi, durant la fin de semaine on va sortir, tout ça, dans le Vieux Montréal ». Alors, j’ai trouvé ça normal.
  • Mais à compter du 17 octobre 1970 est-ce que vous avez appris pour quelle raison les trois étaient allés à votre appartement du Chemin de la Reine Marie et y avaient séjourné ou y séjournaient?
  • Absolument pas.
  • Vous ne savez pas?
  • Non.
  • Vous aviez un appareil de télévision dans votre appartement?
  • Oui.
  • Vous aviez également un appareil radio?
  • Oui.
  • Vous aviez les journaux?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez regardé la télévision?
  • Oui, le samedi soir j’ai regardé la télévision.
  • Est-ce que vous avez appris par la télévision, la radio, les journaux, que ces trois jeunes gens étaient recherchés par la police à un moment donné?
  • Bien, je l’ai vu dimanche que Paul Rose était recherché.
  • Le dimanche qui suivait le 17?
  • Oui.
  • Et qui serait, sauf erreur de ma part, dimanche le 18?
  • Oui.
  • Soit le lendemain?
  • Oui.

Évidemment, il est clair que Me Jean-Guy Boilard ne croyait plus un seul mot sortant de la bouche de Francine.  Elle affirmait ne pas savoir pourquoi ses trois amis venaient se réfugier chez elle alors que depuis 18h00 ou 19h00, dans la soirée du 17 octobre, la télévision et la radio ne parlaient plus que d’une seule chose : la découverte du corps de Pierre Laporte à Saint-Hubert.  De plus, soulignons qu’elle connaissait l’allégeance politique de ces trois même amis et leur implication au sein du FLQ.

  • Lorsque vous avez vu que les trois étaient recherchés par la police est-ce qu’il en a été question entre vous et eux ou entre d’autres personnes en votre présence?
  • Bien, j’ai demandé à Paul comment ça se fait puis il m’a dit : « c’est parce que ça fait un bout de temps que j’ai disparu de la circulation. Peut-être qu’ils me soupçonnent mais je n’ai rien à voir là-dedans ».  Alors, c’est passé comme ça.  Mais quand même, on leur a demandé de s’en aller puis ils nous ont dit « on va faire quelque chose à cet effet-là ».

Francine affirma ensuite que c’est seulement le 18 octobre qu’elle avait appris que Paul était recherché par les autorités.  Elle aurait quitté l’appartement le 22 octobre avant d’apprendre, cette fois, que les autres étaient également considérés comme des fugitifs.

  • Jeudi 22 octobre vous avez quitté l’appartement pour aller habiter à quel endroit?
  • Sur la rue du Parc Lafontaine, je pense que c’est 3884.
  • Est-ce que vous aviez déjà un appartement à cette adresse-là?
  • Non, c’est un de mes amis qui demeure là.
  • Comment s’appelle-t-il?
  • François Roux.

Me Boilard semblait soupçonner que ces nombreux appartements étaient financés par une certaine organisation – en l’occurrence le FLQ – et que plusieurs témoins appelés sous serment devant le coroner semblaient avoir pour habitude de changer de lieu de résidence assez facilement.  On ne peut évidemment pas accuser quelqu’un au criminel de déménager régulièrement mais ce comportement avait tout de même de quoi éveiller les soupçons, comme un fait qui vient s’emboîter au reste du puzzle.

  • Combien de temps êtes-vous restée à l’appartement ou à la chambre de François Roux?
  • Je suis restée jusqu’au 4 novembre.
  • Du 22 octobre au 4 novembre?
  • Oui.
  • Pendant cette période de temps, du 22 octobre au 4 novembre 70, est-ce que vous êtes néanmoins allée ou êtes-vous retournée à l’appartement du Chemin de la Reine Marie?
  • Oui, je pense que j’y suis retournée une fois parce que je n’avais presque pas de bagages quand je suis partie, je n’avais presque rien apporté, alors je suis retournée chercher du linge.
  • Lorsque vous y êtes retournée dans cet espace de temps du 22 octobre au 4 novembre est-ce que vous y avez vu dans l’appartement Jacques et Paul Rose ainsi que Francis Simard?
  • Oui, ils y étaient.
  • De quelle façon étiez-vous retournée, en ce sens que je veux savoir est-ce que c’était d’abord le matin, l’après-midi, le soir?
  • Ça, je ne me souviens pas si c’est le matin après avoir fini de travailler que je serais allée chercher des choses ou le soir que je serais partie un peu plus tôt pour aller chercher des choses avant d’aller travailler. Je crois que c’est le matin après avoir fini de travailler.

Lors de ce retour, elle avoua avoir utilisé un code pour pouvoir entrer, une exigence des frères Rose et de Simard.  Toutefois, elle prétendit n’avoir jamais utilisé ce code, qu’elle s’entêtait plutôt à utiliser sa clé.  D’autre part, elle reconnut les modifications apportées au placard.  Ce projet de construire une cachette aurait débuté le lundi 19 octobre, journée durant laquelle Francine était sortie pour rendre visite à Angèle Lavallée.  Elle croyait que c’était Jacques Rose qui lui avait annoncé ce qui allait être fait au placard.  Lorsque Francine était rentrée au soir du 19 octobre, les travaux étaient commencés.  Cette nuit-là, elle avait travaillé et le lendemain elle était allée dormir chez Angèle Lavallée en sachant que ces travaux l’empêcheraient sans doute de trouver un sommeil récupérateur.

Et à son retour, elle avait vu la cachette.

  • Est-ce que vous avez vu des gens entrer à l’intérieur de cette cachette-là, appelons ça comme ça?
  • Oui, je veux dire, des fois quand ça sonnait ils s’en allaient là-dedans.
  • Voulez-vous nous expliquer comment ça marchait, comment ça procédait? Quand ça sonnait à la porte qu’est-ce qui se passait?
  • Bien, ils entraient là-dedans.
  • Les trois?
  • Oui.
  • Dans le placard. Et quand les gens qui étaient venus à l’appartement étaient des gens, disons, de la maison ou étaient partis, qu’est-ce que vous faisiez pour les informer que le danger était passé?
  • On leur disait « vous pouvez sortir ».

Francine ne savait cependant rien quant à l’approvisionnement des matériaux de construction qui ont servi à la fabrication de cette planque. Elle prétendra également que les frères Rose ne lui avaient pas dit à quoi servirait cette cachette.

  • Mais vous saviez que c’était pour se cacher?, s’étonna Me Boilard.
  • Ah oui.

À son retour dans l’appartement, le 4 novembre, elle avouera qu’il s’y trouvait une quatrième personne, c’est-à-dire Bernard Lortie. Après cette date, ils avaient continué d’utiliser la cachette dans le placard.

  • Une fois j’ai remarqué qu’ils étaient entré dedans, même ils couchaient là des fois, aussi.

Boilard la ramena ensuite à la journée du 6 novembre 1970, c’est-à-dire le jour où elle avait été arrêtée.

  • Lors de l’arrestation, devons-nous comprendre que les frères Rose, Francis Simard, de même que Lortie étaient à votre appartement?
  • Bien, je veux dire, moi quand ils sont arrivés j’étais couchée. Alors je ne savais pas s’ils étaient sortis ou s’ils étaient dans la cachette. Quand je me suis levée, j’ai eu connaissance qu’ils ont trouvé Bernard Lortie mais les autres je ne savais pas réellement où ils étaient, s’ils avaient pu sortir par en arrière ou s’ils avaient rentré dans la cachette.
  • C’était en fin de journée, je pense, que vous avez été arrêtée?
  • Après souper, je pense, quelque chose comme ça.
  • Est-ce qu’on a frappé? Est-ce qu’on a sonné à votre porte?
  • J’étais couchée, moi. Les policiers sont entrés dans la chambre puis ils m’ont dit « Lève-toi ». Je les ai vus là, mais je ne sais pas de quelle façon ils sont entrés.

L’un des points à éclaircir était de savoir si Francine savait si les frères Rose étaient cachés à ce moment. Puisque les policiers n’avaient pu les trouver lors de cette opération, cela voudrait dire que Francine Bélisle s’était fait complice des fugitifs car en bonne citoyenne elle aurait dû signaler leur présence.

  • Est-ce que vous avez vu Jacques Rose quand les policiers se sont annoncés, savez-vous où il était?
  • Non, je ne le sais pas du tout. J’étais couchée, moi.
  • Depuis combien de temps étiez-vous couchée?, demanda le coroner.
  • Je m’étais couchée dans l’après-midi vers deux heures parce que je travaillais le soir.
  • À quelle heure commenciez-vous à travailler le soir?
  • À 23h00.
  • Mais avant de vous coucher vous les avez quand même vus tous les quatre, ils étaient dans l’appartement?, reprit Me Boilard.
  • Dans l’après-midi.
  • Vous n’avez pas mentionné aux policiers qui se sont trouvés à votre appartement l’existence de cette cachette-là, n’est-ce pas?
  • Non.
  • À quel endroit Bernard Lortie a-t-il été arrêté à votre connaissance?
  • Bien, je l’ai aperçu dans le salon, moi. J’ai vu qu’il était assis dans le salon.

Pour éviter de passer pour une menteuse éhontée, Francine dût admettre qu’à cette époque elle avait entendu parler de la mort de Pierre Laporte.  Elle dira l’avoir appris à la télévision, alors que Francis Simard dormait près d’elle dans le salon. Elle jura qu’aucun commentaire n’a été échangé ce soir-là

  • Est-ce qu’il y a eu des commentaires d’échangés à ce moment-là?
  • Non, absolument pas. Francis s’est réveillé à un moment donné. On lui a dit ça et il a paru tout surpris.

Quant à Paul Rose, toujours selon Francine, il n’aurait rien dit. Voilà un autre élément difficile à imaginer, d’autant plus si on se rappelle le ton utilisé par Simard lui-même dans le livre qu’il publia en 1982. Elle parut encore plus suspecte en tant que témoin lorsqu’elle affirma n’avoir posé aucune question quant à cette cachette et cela tout au long de sa construction. Pourtant, rappelons-le, elle se retrouvait avec les fugitifs les plus recherchés en Amérique du Nord qui, de surcroît, construisaient une cachette dans son placard. A-t-on vraiment d’autre choix que de penser au fait que Francine était soit une jeune femme immensément insouciante ou alors la plus mauvaise des menteuses?

Pourtant, l’instant d’après elle dira avoir quitté son logement le 22 octobre justement parce qu’elle ne voulait pas être mêlée aux affaires de Paul Rose. Elle avouera l’avoir rencontré à l’été 1969 à la Maison du Pêcheur en Gaspésie. Me Boilard lui demanda d’ailleurs pourquoi elle ne s’était pas questionnée lorsque les Rose avaient construit cette cachette dans son appartement. Tout ce qu’elle trouva à répondre, c’est que « par les journaux je me doutais qu’ils avaient peut-être quelque chose à voir avec ça, mais, je veux dire, je ne leur ai rien demandé ».

  • Qu’est-ce qui vous a fait revenir à votre appartement le 4 novembre?
  • C’est parce que mon petit frère, je lui avais dit plusieurs fois de sortir de l’appartement, je ne voulais pas qu’il reste là. Il ne voulait rien entendre. Alors en fin de semaine, je suis allé chez nous puis je lui ai dit : « quand tu vas revenir à Montréal tu ne retourneras pas à l’appartement, tu prendras ma chambre ».
  • Et pour quelle raison ne vouliez-vous pas que votre frère, François, retourne à l’appartement de Queen Mary?
  • Parce que je ne voulais pas qu’il soit mêlé dans ça, c’est tout.
  • Mêlé dans quoi?
  • Bien, si jamais, je veux dire, on se faisait arrêter je n’étais pas intéressée à ce qu’il se fasse arrêter.
  • Se faire arrêter pourquoi?
  • Parce qu’il était là.
  • Qui? Paul Rose?
  • Parce que les autres étaient là, puis lui aussi.
  • Mais qu’est-ce que vous craigniez de l’arrestation des autres, à part Paul Rose, si vous ignoriez tout d’eux?
  • Bien oui, mais on se doutait quand même qu’ils devaient avoir quelque chose à voir avec ça puis que …
  • Depuis combien de temps étiez-vous locataire de cet appartement-là?, questionna le coroner.
  • On avait loué au début d’août l’appartement.
  • En 1970?
  • Oui.
  • Puis la dernière fois que vous avez vu Paul Rose c’était en 69 à la Maison du Pêcheur?
  • À la Maison du Pêcheur.
  • Comment ça se fait qu’il est arrivé chez vous tout à coup?
  • Je ne le sais réellement pas.

Cette fois, ce sont les questions soumises par le coroner Trahan lui-même qui semèrent un autre doute. Elle ira jusqu’à dire qu’elle n’avait jamais su à l’avance que les fugitifs viendraient se cacher dans son appartement. Trahan avait aussi remarqué un autre point intéressant, c’est-à-dire le fait que Francine semblait les avoir accepté chez elle.

  • Et vous les avez acceptés?
  • Je ne les ai pas acceptés. On voulait qu’ils s’en aillent mais ils ne voulaient pas sortir, ils avaient peur, je ne sais pas. Ils se sont construit la cachette puis ils ne voulaient pas s’en aller.

Elle niera avoir entendu des conversations compromettantes ou avoir vu Paul Rose rédiger des communiqués. Évidemment, il parait bien plus suspect de tout nier que d’admettre au moins certaines choses. Disons simplement que plusieurs de ses réponses traduisent un comportement étrange.

Francine avouera ensuite avoir contacté François Roux pour le faire venir à l’appartement de Queen Mary le 6 novembre. À l’arrivée de Roux, Jacques Rose lui aurait demandé de se taire. Par ailleurs, elle ne se rappelait pas si Paul Rose s’était absenté le 17 octobre 1970. Évidemment, la Couronne voulait savoir où se trouvait le felquiste au moment où le corps de Laporte avait été transporté juste avant sa découverte.

  • Pendant cette période de temps-là, est-ce qu’il y a eu des discussions entre vous, Colette Therrien et Richard Therrien, surtout après la promulgation de la loi sur les mesures de guerre, est-ce qu’il y a eu des discussions entre vous trois à compter, disons, du 16 octobre pour savoir ce qui pourrait vous arriver à l’un ou à l’autre si les frères Rose et Simard étaient arrêtés chez vous? Est-ce qu’il y a eu des discussions entre vous trois à ce sujet-là?
  • Oui, on avait demandé à Richard vu qu’il étudiait le droit.
  • Qu’est-ce qu’on vous avait dit?
  • Il nous avait dit qu’on pouvait avoir cinq ans.
  • Est-ce qu’après avoir obtenu cette réponse vous avez essayé de clarifier la situation, disons, ou de régler le problème?
  • Je ne comprends pas ce que vous voulez dire.
  • En somme, est-ce que vous avez invité les Rose et Simard à quitter l’appartement?
  • Oui, on leur a demandé.
  • Puis c’est après le 17 qu’ils ont construit une cachette dans votre appartement?
  • Oui.
  • Est-ce que vous étiez intéressée à faire cinq ans?, intervint le coroner Trahan.
  • Non, absolument pas.
  • Alors, est-ce que vous avez pris les moyens pour ne pas les faire?
  • Bien, je n’avais pas envie de me faire descendre non plus.
  • Est-ce que vous avez eu des menaces?
  • Bien, Paul nous avait dit une fois « les délateurs on s’en souvient, on les reconnait ».

Francine ajouta que si les fugitifs ne couchaient pas dans leur cachette, ils dormaient dans le salon.  Encore une fois, elle parut suspecte en affirmant qu’à l’appartement il n’était jamais question du FLQ lors de leurs conversations, qu’ils se renseignaient plutôt à travers les journaux. On comprit qu’elle recevait La Presse directement à l’appartement et que ce quotidien les informait chaque jour sur les événements à l’échelle provinciale. Après lui avoir fait admettre que dans ce journal elle n’avait vu que le nom de Paul Rose comme suspect, Me Boilard tenta de la faire parler davantage.

  • Et c’est à cause du fait que vous avez vu le nom de Paul Rose que vous nous dites aujourd’hui sous serment avoir quitté votre appartement le 22 octobre?
  • Oui.
  • Y être revenu le 4 novembre?
  • Oui.
  • Et y avoir été arrêtée le 6 novembre?
  • Oui.
  • Alors que vous saviez le 6 que les trois mêmes individus plus un autre étaient encore à votre appartement?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez cessé d’avoir peur à partir du 4 novembre?
  • Non, justement, j’étais supposée d’aller me chercher un autre appartement le samedi. J’étais supposée d’aller voir pour une autre chambre.
  • Mais vous nous avez dit tout à l’heure que la principale raison, et corrigez-moi si je fais erreur, que la principale raison de votre retour le 4 novembre était de convaincre votre frère, François, de quitter la maison, l’appartement de Queen Mary. Est-ce que j’ai bien saisi votre témoignage?
  • C’est-à-dire que la fin de semaine, cette fin de semaine-là, je suis allée chez nous, chez moi, mon frère était là aussi puis je lui ai dit que quand il reviendrait de Victoriaville qu’il prendrait ma chambre puis que moi je retournerais là-bas jusqu’à ce que je trouve autre chose.

On établit clairement qu’avant le 17 octobre les frères Rose et Simard n’habitaient pas à l’appartement de Queen Mary. Cet élément correspondait d’ailleurs aux faits que nous connaissons aujourd’hui, à savoir que ces hommes-là étaient occupés à gérer la séquestration de Pierre Laporte. Toutefois, cela n’empêche pas plusieurs questions de subsister après toutes ces années quant aux détails des allées et venues des frères Rose, Simard et Lortie entre le 10 et le 17 octobre 1970. Sont-ils demeurés constamment auprès de Laporte? Ont-ils circulé hors de la maison de la rue Armstrong? Si oui, où sont-ils allé? Qui ont-ils visité?

Évidemment, Francis Simard ne dit pas un seul mot sur cette question dans son livre de 1982.

Francine Bélisle finit par dire que le 11 octobre, alors qu’elle était parfaitement au courant de l’enlèvement de Pierre Laporte, que Paul Rose était venu chez elle. Mais, étrangement, Rose serait resté une trentaine de minutes sans prononcer le moindre mot. Évidemment, nous ne sommes pas les premiers à trouver cette réponse insolite.

  • Est-ce que ça veut dire ça, mademoiselle, que n’importe qui peut entrer chez vous comme ça, s’asseoir puis partir sans qu’il y ait quoi que ce soit qui se dise?
  • Bien non, il m’a dit qu’il attendait quelqu’un.
  • Qu’il attendait qui?
  • Qu’il attendait Francis Simard. Alors je lui ai dit de s’asseoir.
  • Pour quelle raison attendit-il Francis Simard?
  • Je ne le sais pas.
  • Il ne vous l’a pas dit?
  • Non.
  • Vous ne lui avez pas demandé?
  • Non plus.
  • Ça ne vous a pas surprise que Paul Rose vous dise qu’il s’en allait chez vous pour attendre Francis Simard?
  • Justement, ça m’a surprise, mais il m’a dit : « j’attends Francis », alors je l’ai laissé faire.

Sans trop de surprise, elle ira jusqu’à dire qu’elle ne connaissait pas la rue Armstrong et il parut étrange de l’entendre hésiter à savoir comment elle avait appris la découverte du corps de Laporte alors que la majorité des Québécois avaient été marqué par cette nouvelle. De plus, elle avait clairement répondu quelques minutes plus tôt l’avoir appris par la télévision, assise dans le salon avec Simard allongé près d’elle.

  • Saviez-vous où il habitait Paul Rose avant qu’il vienne chez vous à votre appartement?, questionna Me Boilard.
  • Non, je ne le savais pas.
  • Quand, la dernière fois, l’aviez-vous vu avant, semble-t-il, le 11 octobre 70?
  • Je l’avais vu à la Maison du Pêcheur.
  • En quelle année?
  • En 69.

Entre janvier et octobre 1970, le seul qu’elle avait revu était Jacques Rose puisqu’il fréquentait Colette Therrien.

  • Est-ce que vous avez déjà rencontré une jeune fille du nom de Lise Balcer? Je ne parle pas ici, je parle avant votre arrestation du 6 novembre 70?
  • Je pense que Colette avait déjà mentionné ce nom-là, Lise, mais …
  • Je parle de vous, là?
  • Non, moi je ne la connaissais pas.

À la fin de son témoignage, il fut question qu’elle était détenue, tout comme Colette Therrien, dans le célèbre immeuble de la rue Parthenais à Montréal, là où on avait centralisé la Sûreté du Québec et le laboratoire de médecine légale depuis juin 1968.

  • Est-ce que vous connaîtriez un livre intitulé La lumière des justes?
  • J’en ai de ces livres-là dans ma cellule.
  • Est-ce que vous auriez récemment, plus particulièrement le 8 novembre, tenté de prêter ou de faire parvenir l’un de ces livres à mademoiselle Therrien?
  • Oui.
  • Dans ce livre-là il y avait un message, n’est-ce pas?
  • Oui.
  • Qui disait quoi?
  • Je ne me souviens pas exactement.
  • Je vais essayer de vous aider. Vous me direz si c’est vrai, si c’est exact. Je cite : « pas vu J. ni F. depuis fin septembre… ». Est-ce que je dois comprendre que J. c’est pour Jacques Rose et F. pour Francis Simard?
  • Oui.
  • « …quand M. du P… », j’imagine que c’est Maison du Pêcheur?
  • Oui.
  • « …a brûlé. Vu P… », serait-il exact de dire que c’est Paul Rose?
  • Oui.
  • « …pour la dernière fois le lendemain de l’enlèvement de Laporte à cause de mes parents qui y étaient. Je n’ai pas dit que j’étais demeurée en chambre 2-3 semaines mais je vais le dire à l’avocat. Je ne voulais pas dire le nom de François mais ça peut aider s’il veut témoigner que j’ai demeuré là. vu Ben … », j’imagine que c’est pour Bernard Lortie. « … une fois auparavant à l’appartement avec J. »  J’imagine pour Jacques Rose. « As-tu dit que j’étais demeurée en chambre? Tu effaceras tout ça avec tes doigts ».  Est-ce que ça pourrait être le message que vous avez voulu faire parvenir à mademoiselle Therrien?
  • Oui.
  • Pour quelle raison?
  • Parce qu’à ce moment-là on n’avait pas dit qu’ils étaient encore à l’appartement. C’était vrai aussi qu’avant de revenir dans l’appartement c’est les dernières fois que je les avais vus.
  • Est-ce que c’était également pour tenter d’induire mademoiselle Therrien à dire des choses ou ne pas dire des choses?
  • Non, absolument pas. C’est ce qu’elle avait dit de toute façon.
  • Mais quel était le motif, là, la vraie raison de tout ça? On ne se contera pas de blagues, là. Pour quelle raison un message dans un livre à Colette Therrien pendant que vous êtes détenue?
  • Bien, parce que justement on n’avait pas dit qu’ils étaient encore à l’appartement, je veux dire, moi je ne savais pas s’ils étaient sortis ou s’ils étaient encore dans la cachette. Puis je ne voulais pas le révéler parce que je n’avais pas envie de me faire descendre, ils auraient peut-être pu me descendre, je ne sais pas.
  • Qui aurait pu vous descendre?
  • Bien, eux autres, les types qui étaient à l’appartement, parce que Paul nous avait dit : « les délateurs on s’en souvient ». Alors, je n’étais pas intéressée à …
  • Est-ce que c’est parce que vous pensez que Paul se souvient des délateurs que vous avez fait passer ce message-là?
  • À ce moment-là, je n’avais pas dit qu’ils étaient encore à l’appartement, je ne voulais pas le dire parce que j’avais peur justement.
  • Vous ne vouliez pas non plus que mademoiselle Therrien le dise?
  • Bien non, c’est parce qu’elle m’avait dit justement, elle aussi, qu’elle les avait vus les dernières fois, on les avait vus aux mêmes moments sauf les dernières fois qu’on n’avait pas dit qu’ils étaient revenus le 17.
  • Vous ne vouliez pas dire que les frères Rose et Simard avaient habité à votre appartement? Est-ce que c’est ça?
  • On ne voulait pas le dire justement parce que je ne savais pas s’ils étaient encore dans la cachette ou s’ils étaient encore en liberté, rien.

 

Publicités

Octobre 70: François Bélisle (26)

         Le témoin suivant fut François Bélisle, 19 ans, qui habitait au 4 rue Kirois, à Victoriaville.  Une fois ces informations données au greffier, le jeune homme, représenté par Me François Folot, demanda la protection de la Cour.  Ce fut ensuite à Me Jean-Guy Boilard de l’interroger.

  • Au cours du mois d’octobre 1970, est-ce que vous avez eu l’occasion de vous rendre au 3720 Chemin de la Reine Marie à Montréal, à l’appartement 12?
  • Pourriez-vous dire vers quelle date au mois d’octobre vous êtes arrivé à cet appartement pour la première fois?
  • Je ne suis pas sûr, mais je pense que c’est vers le 5 … c’est un lundi.
  • Le 5 octobre 1970?
  • Oui.
  • Qui habitait l’appartement 12 à ce moment-là?
  • Il y avait Francine Bélisle, il y avait Richard Therrien, il y avait Colette Therrien et puis il y avait Francis Simard.
  • Lorsque vous nous mentionnez Francine Bélisle, je comprends que c’est votre sœur?
  • Oui.
  • Maintenant, lorsque vous mentionnez Colette Therrien et Richard Therrien, je comprends que l’un est le frère de l’autre?
  • Oui.
  • Vous nous parlez de Francis Simard, le connaissiez-vous avant de le rencontrer à l’appartement 12, le 5 octobre 1970?
  • Non, je ne le connaissais pas.
  • Maintenant, quelle était la raison de votre venue à Montréal au début d’octobre 1970?
  • Je commençais à travailler chez un de mes oncles.

Le témoin reconnut Simard sur la photo no. 10 que lui montra Me Boilard.  Bélisle dira ensuite qu’il avait commencé à habiter à l’appartement 12 et que, selon lui, il ne s’était rien produit de spécial cette semaine-là.

  • Est-ce que vous avez eu l’occasion de parler à ce moment-là à Francis Simard?
  • Comme cela, comme on parle à quelqu’un.
  • Qui vous l’a présenté?
  • Colette.
  • Colette Therrien?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez commencé à travailler immédiatement à partir du 5 octobre?
  • Oui, j’ai commencé le lundi.
  • À quel endroit travailliez-vous, plus précisément?
  • Sur la rue Lebel … Labelle, près de Henri-Bourassa.
  • Quel était le travail que vous faisiez à ce moment-là?
  • J’étais menuisier.
  • Est-ce qu’à la fin de cette semaine du 5 octobre 1970 vous êtes retourné chez vos parents à Victoriaville?
  • Oui.
  • Quand êtes-vous parti?
  • Je suis parti le vendredi.
  • Le vendredi qui, d’après le calendrier, serait quelle date?
  • Le 9 octobre.
  • Êtes-vous revenu à Montréal par la suite?
  • Oui, le 12.
  • Lundi le 12?
  • Oui.
  • Lorsque vous êtes revenu à l’appartement 12 du 3720 Chemin de la Reine-Marie est-ce que Francis Simard s’y trouvait toujours à ce moment-là?
  • Oui, il y était.
  • Et de votre côté, monsieur Bélisle, est-ce que vous avez continué à travailler?
  • Oui, j’ai continué à travailler mais je ne suis pas sûr. Je le crois.
  • Est-ce qu’au cours de cette semaine et plus particulièrement lundi le 12 octobre 1970 vous avez eu dans la soirée l’occasion de sortir avec votre sœur Francine Bélisle et Colette Therrien ainsi que Francis Simard?
  • Oui, on est sorti, on est allé au café Campus.
  • Au Café Campus?
  • Oui.
  • Et vous y êtes restés combien de temps?
  • Jusque vers minuit.
  • Et par la suite, où êtes-vous allés?
  • On est revenu à l’appartement.
  • Est-ce que Francis Simard, dans la semaine du 5 octobre 1970 de même que dans la semaine du 12 octobre 1970, couchait à l’appartement 12?
  • Oui, il couchait là.
  • Au cours de cette semaine du 12 octobre 1970, est-ce que d’autres personnes que, évidemment votre sœur, Mlle Therrien, M. Therrien et Francis Simard, est-ce que d’autres personnes sont allées à l’appartement 12 dans cette semaine du 12 octobre?
  • Je ne crois pas qu’il y en a d’autres qui y soient allés.
  • Alors, devons-nous comprendre que quant à vous cette semaine du 12 octobre s’est passée comme si rien n’était?
  • Oui, c’est cela.
  • Une semaine ordinaire?
  • Oui.
  • Et au cours du week-end de cette semaine est-ce que vous êtes retourné à Victoriaville, chez vous?
  • Oui.
  • Et quand êtes-vous revenu?
  • Le lundi, je crois.
  • Est-ce que c’est possible que ce soit également dans la soirée du dimanche au lundi que vous soyez revenu à Montréal?
  • Oui.
  • Vous êtes-vous rendu à l’appartement 12 à ce moment-là?
  • Oui.
  • Vous souvenez-vous à peu près vers quelle heure dans la soirée?
  • Non.
  • Et quand vous vous êtes rendu à l’appartement 12 est-ce qu’il s’y trouvait des gens?
  • Oui.
  • Qui était là?
  • Il y avait Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard.
  • Où se trouvait Francis Simard?
  • Dans l’appartement.
  • Est-ce que tout le monde était couché ou s’il y avait des gens qui étaient debout?
  • Tout le monde était couché.
  • Vous nous parlez de Paul Rose et de Jacques Rose?
  • Oui.

Me Boilard lui montra alors la photo no. 9, sur laquelle il reconnut aisément Paul Rose.  Sur la photo 11, il reconnut Jacques Rose.

  • Est-ce que vous connaissiez à ce moment-là Jacques Rose et Paul Rose lorsque vous êtes arrivé dans la soirée de dimanche à lundi? Je pense que pour les fins du dossier ce serait le 18 octobre, est-ce que c’est exact?
  • Oui, c’est le 18.
  • Est-ce que vous connaissiez Jacques et Paul Rose à ce moment-là?
  • Je connaissais Jacques pour l’avoir vu l’année passée une fois, chez nous.
  • À Victoriaville?
  • Oui.
  • Et est-ce que vous connaissiez Paul Rose?
  • Non, je ne le connaissais pas.
  • Vous souvenez-vous qui a fait les présentations à ce moment-là, si présentations il y a eu?
  • Il n’y a pas eu de présentation.
  • Vous-même, monsieur Bélisle, est-ce que vous avez continué à travailler à ce moment-là?
  • Cette semaine-là, oui j’ai travaillé… Non, je n’ai pas travaillé parce que mon oncle m’avait dit : « je te rappellerai si j’ai besoin de toi », parce qu’il n’avait pas beaucoup de travail.
  • Et le lundi, le 19, est-ce que vous êtes resté à la maison?
  • Non, j’étais sorti parce que j’avais oublié qu’il fallait qu’il m’appelle, je me suis presque rendu là-bas et je suis revenu.
  • Alors, vous vous êtes rendu pour travailler et vous vous êtes rappelé à ce moment-là que vous ne deviez pas travailler ce lundi-là?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait?
  • J’ai été faire un tour en ville et après cela je suis entré à l’appartement.
  • Vers quelle heure êtes-vous revenu à l’appartement ce lundi 19 octobre?
  • Vers 10h30, 11h00.
  • De l’avant-midi?
  • Oui.
  • Y avait-il des gens à l’appartement quand vous êtes venu?
  • Les mêmes personnes.
  • C’est-à-dire Paul Rose, Jacques Rose, Francis Simard, votre sœur Francine …
  • Oui, elle était là.
  • Est-ce que Colette Therrien était là?
  • Oui.
  • Et Richard Therrien?
  • Oui, aussi.
  • Et qu’est-ce qui s’est passé ce lundi 19 octobre après que vous soyez revenu à l’appartement?
  • Je ne m’en rappelle pas.
  • Est-ce que cette journée-là vous avez eu l’occasion d’aller sur la rive sud?
  • Ah! Oui.
  • Alors, voulez-vous nous raconter ce qui est arrivé exactement relativement à ce voyage?
  • Il fallait que j’aille chercher un permis qui pouvait incriminer Colette.
  • Un permis de quoi, monsieur?
  • Je ne le sais pas, je n’ai pas eu le temps de le regarder.
  • Et qui vous avait demandé d’aller chercher ce permis?
  • Jacques.
  • Jacques Rose?
  • Oui.
  • À quel endroit deviez-vous prendre ce permis?
  • Bien, même dans ma déclaration je n’ai pas pu dire la place exacte.
  • Oui, d’accord, mais est-ce que c’était un permis qui était dans une poubelle, dans une voiture, sur un banc?
  • Dans une voiture.
  • Alors, quelle sorte de voiture, quel genre de voiture?
  • Chevrolet 65. Je crois qu’il était blanc.

Le procureur lui montra une série de six photos déposées sous la cote 24a et qui représentaient une automobile. Évidemment, on imagine que ces clichés devaient représenter cette voiture sous différents angles.

  • Est-ce que c’est l’automobile dans laquelle vous alliez chercher quelque chose, un permis?
  • Oui, c’est dans celle-là.
  • Est-ce que vous aviez eu des indications pour savoir à quel endroit se trouvait l’automobile?
  • Oui, on m’avait donné des indications, des explications.
  • Est-ce que vous êtes parti à la recherche de ce permis-là?
  • Oui.
  • Êtes-vous parti seul ou avec d’autres?
  • Seul, la première fois.
  • Et êtes-vous revenu à l’appartement 12 ensuite?
  • Oui.
  • Combien de temps après votre départ, ç’a duré combien de temps?
  • Ç’a pris deux, trois heures.
  • Quand vous êtes revenu est-ce que vous avez fait rapport à quelqu’un?
  • Oui, j’ai fait rapport à Paul Rose.
  • Qu’est-ce que vous lui avez dit?
  • Que je n’avais pas trouvé le permis.
  • Est-ce que Paul Rose vous a donné de nouvelles instructions?
  • Oui, il m’a donné d’autres explications, que c’était de l’autre bord du pont.
  • Est-ce que vous êtes retourné à ce moment-là?
  • Oui, je suis retourné.
  • Avec qui?
  • Avec Colette.
  • Colette Therrien?
  • Oui.
  • Et est-ce que, de fait, vous avez à ce moment-là localisé l’automobile?
  • Oui, nous l’avons localisée.
  • Où se trouvait-elle?
  • Exactement, je ne peux pas vous dire.
  • En somme, ce que je voudrais savoir …
  • De l’autre bord du pont, près d’un garage.
  • Ce que je veux savoir précisément c’est : est-ce qu’elle était dans une entrée de cour, stationnée sur la rue ou …
  • Sur la rue.
  • Qu’est-ce que vous avez fait?
  • J’ai pris le permis et je suis revenu.
  • Vous êtes revenu avec Colette Therrien?
  • Oui.
  • Maintenant, savez-vous à qui appartenait cette automobile?
  • Non, je n’avais pas posé de questions.
  • Quand vous êtes revenu avec le permis qu’est-ce que vous en avez fait?
  • Je l’ai donné à Paul Rose.
  • Le permis, lorsque vous l’avez remis à Paul Rose, est-ce que vous avez pu voir qu’est-ce qui pouvait être écrit dessus?
  • Non, je n’ai pas vu.
  • Est-ce que vous avez vu cela déjà, monsieur Bélisle, un permis de conduire?
  • Oui, souvent, mais là, la nervosité …
  • Est-ce que ça pouvait ressembler à ce genre de document-là?
  • Oui, ça ressemblait à cela.
  • Et où l’avez-vous trouvé dans la voiture?
  • En avant, à côté du chauffeur, à terre.
  • Par terre?
  • Oui.

Le procureur lui montra la photo 24b qui montrait l’endroit exact dans l’auto où se trouvait le permis.  Toutefois, Bélisle n’était pas sûr, ce qui le poussa à affirmer qu’il n’avait pas pris le temps de bien observer.

Par la suite, le jeune Bélisle expliqua qu’il n’avait pas travaillé non plus le mardi 20 octobre.

  • Est-ce que l’un des frères Rose ou est-ce qu’un des trois, Jacques Rose, Paul Rose ou Francis Simard vous ont demandé de faire quelque chose ce mardi-là?
  • Oui, je crois qu’ils nous ont demandé d’aller chercher du bois à une place, je ne savais pas trop quoi au juste, ils ne m’avaient pas expliqué. Je suis parti avec Colette, on est allé voir dans les magasins, je ne me souviens pas les noms et on a appelé comme quoi ça ne pouvait pas marcher, qu’on ne pouvait pas avoir le bois.
  • Maintenant, qui vous avait demandé en particulier d’aller chercher du bois ce mardi-là?
  • Jacques.
  • Est-ce qu’il vous avait donné des spécifications, des détails?
  • Oui, les mesures du bois.
  • Les mesures du bois?
  • Qu’est-ce que ça prenait.
  • Et qu’est-ce que vous deviez acheter, quel genre de matériaux?
  • C’était des … un plywood, du gyproc, des 2 X 4.
  • Alors, vous avez fait des démarches auprès de certains fournisseurs et ça n’a rien donné?
  • Non.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait?
  • Bien là, on avait appelé ou on est revenu, je ne peux pas vous dire et puis eux autres avaient appelé à un … où ils vendent du bois pour dire qu’on pouvait l’avoir là, qu’ils nous le couperaient, les grandes mesures et que le reste on le couperait nous autres mêmes.
  • Qui avait appelé?
  • Je ne le sais pas.
  • Est-ce que c’est l’un des trois?
  • Oui.
  • Alors, est-ce que vous et Colette Therrien restez à l’appartement ou si vous repartez à ce moment-là?
  • On est reparti pour aller voir pour le bois.
  • Voyagiez-vous toujours à pied ou en automobile?, demanda le coroner. De quelle façon voyagiez-vous?
  • En taxi ou en autobus.
  • De fait, reprit Me Boilard, ce jour du mardi 20 octobre 1970, est-ce que vous en avez trouvé du bois?
  • Oui, il a dit qu’il nous le livrerait soit le lendemain ou dans l’après-midi.
  • Maintenant, à quel endroit le bois ou les matériaux devaient être livrés?
  • Chez la mère de Colette Therrien, parce qu’il fallait les couper.
  • Est-ce que vous avez demandé à Jacques Rose ce qu’il voulait faire avec ce bois-là, ces matériaux-là?
  • Quand on est revenu, j’ai vu qu’il déplaçait le linge dans la garde-robe, tout cela.  Là, je lui ai demandé à quoi ça sert, il a dit : « c’est pour se faire une cachette ».
  • Maintenant, dans la garde-robe, à part avoir remarqué que les vêtements en avaient été sortis, est-ce que vous avez remarqué autre chose aussi?
  • Non, la garde-robe était vide.
  • Est-ce qu’il y avait eu des travaux d’effectués dans la garde-robe?
  • Il avait coupé un chose[1] dans le mur.
  • Un chose dans le mur?
  • Un trou.
  • Un carré?
  • Oui.
  • Avant d’aller plus loin, … ça, c’est la garde-robe qui se trouvait à l’intérieur de l’appartement 12, n’est-ce pas?
  • Oui.

Me Boilard lui montra alors la photo 54f, mais Bélisle y reconnut plutôt les modifications apportées à une autre garde-robe.  Il reconnut cependant ce dont on venait de parler sur la photo 54j.  Ces deux placards étaient collés l’un sur l’autre.

Le mercredi 21 octobre, Bélisle n’avait pas travaillé et ce matin-là il se souvenait avoir été réveillé par quelqu’un, sans pouvoir se souvenir qui.  Après le déjeuner, il s’était rendu chez la mère de Colette en compagnie de celle-ci.

  • Qu’est-ce que vous avez fait chez la mère de Colette Therrien?, questionna Me Boilard.
  • J’ai coupé le bois.
  • Est-ce que vous aviez toujours à ce moment-là les spécifications de Jacques Rose?
  • Oui.
  • Où avez-vous pris les outils pour effectuer ce travail de coupage?
  • On les a acheté.
  • À quel endroit?
  • C’est Colette qui a été les acheter.
  • Le mercredi, cela?
  • Oui.
  • Le même jour?
  • Oui.
  • Et une fois que vous ayez eu coupé le bois, qu’est-ce que vous avez fait ensuite?
  • Son père est venu nous reconduire.
  • Le père de Colette?
  • Oui.
  • A été vous reconduire où?
  • À l’appartement.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait des morceaux de bois que vous aviez coupés?
  • Je leur ai donnés.
  • Dois-je comprendre en définitive que le père de Colette serait allé vous reconduire, vous et Colette, à l’appartement?
  • Oui, on a débarqué le bois sur la pelouse et puis il est reparti et nous autres on l’a monté.
  • Alors, en somme, le bois a été transporté à l’appartement ou à l’extérieur de l’appartement dans la voiture du père de Colette Therrien?
  • Oui.
  • Et qui a monté le bois à l’appartement?
  • C’est moi et Colette.
  • Et une fois rendu à l’appartement, qu’est-ce que l’on a fait avec ces matériaux-là?
  • On a commencé à installer les madriers sur le mur.
  • Qui effectuait les travaux?
  • C’est Jacques qui vissait le bois.
  • Jacques vissait le bois?
  • Oui.
  • Est-ce que d’autres personnes l’aidaient?
  • Francis et Paul.
  • Maintenant, est-ce que vous leur avez donné un coup de main à l’occasion?
  • Oui, quelque peu, oui.
  • Maintenant, à quel moment de la journée à peu près avez-vous apporté ce bois, avez-vous apporté ces matériaux dans la maison?
  • C’est le matin vers l’heure du dîner.
  • Et on a commencé la construction tout de suite?
  • Oui.
  • Et ç’a duré combien de temps la construction de cette cachette-là?
  • Jusqu’à peu près vers 18h00.
  • Maintenant, une fois qu’on eut fait la charpente, qu’on eut fait la construction est-ce qu’on a fait autre chose?
  • Ils ont tapissé le [sic] garde-robe.
  • Est-ce qu’on a également utilisé de la peinture?
  • Pour les planches sur la garde-robe, des planches comme cela, elles ont été peinturées, celui de l’entrée.

Sur la photo 54f, le témoin reconnut la planche en question.

  • Ça été peinturé, ça?
  • Oui.
  • Où vous étiez-vous procuré la tapisserie dont vous vous êtes servi?
  • Chez Pascal[2], sur la même rue.
  • Qui l’a achetée?
  • C’est moi.
  • Est-ce que quelqu’un vous avait demandé de faire cette course-là?
  • Oui.
  • Qui?
  • Jacques.
  • Jacques Rose?
  • Oui.
  • Est-ce que quelqu’un vous avait également remis les argents nécessaires pour l’achat?
  • Oui, Jacques.
  • Jacques Rose?
  • Oui.
  • Maintenant, le jeudi 22 octobre est-ce que vous avez vu à l’appartement 12 Richard Therrien?
  • Oui, je l’ai vu.
  • Est-ce qu’à votre connaissance on aurait demandé à Richard Therrien de faire quelque chose ce jour-là, d’acheter des choses?
  • Je ne m’en rappelle pas.
  • Est-ce qu’à votre connaissance il a été question à un moment donné de contre-plaqué ou de plywood pour faire des tablettes?
  • Oui.
  • Qui en a parlé?
  • Je ne le sais pas. Je sais qu’il est arrivé avec cela.
  • Qui est arrivé avec cela?
  • Richard
  • Richard Therrien?
  • Oui.
  • Richard Therrien est arrivé avec du contre-plaqué?
  • Oui.
  • Est-ce que c’était du contre-plaqué qui était déjà coupé, taillé?
  • Oui.
  • Est-ce que … qu’est-ce qu’il a fait avec ces morceaux de contre-plaqué?
  • Il les a donnés à Jacques.
  • Et qu’est-ce que Jacques Rose a fait avec ces morceaux?
  • Il a été en dedans de la cabane et s’est arrangé avec.
  • La cabane, la cachette?
  • Oui.
  • Et il s’est arrangé avec?
  • Oui.
  • Savez-vous ce qu’il faisait avec cela?
  • Je pense que c’était pour s’asseoir dessus.
  • Faire des tablettes, des sièges?
  • Oui.
  • Est-ce que vous l’avez aidé un peu pour faire cela?
  • Non, il n’y avait pas de place.
  • Maintenant, quand Jacques Rose eut terminé l’installation des tablettes est-ce qu’à votre connaissance des essais ont été faites?
  • Oui, ils en ont fait.
  • Quel genre d’essais, qu’est-ce qu’ils ont fait au juste?
  • Ils entraient dedans.
  • Et en ressortaient?
  • Oui.
  • Y êtes-vous allé, vous, à l’intérieur?
  • Non.
  • À quelle heure du jour Therrien a-t-il apporté les planches de plywood?, questionna le coroner.
  • Vers le soir, je crois.
  • Maintenant, reprit Me Boilard, à votre connaissance, en somme vous avez été témoin, vous, j’imagine des essais que l’on a pu faire dans cette cabane, dans cette cachette?
  • Oui.
  • Est-ce que ça prenait du temps pour entrer?
  • Pas tellement.
  • C’était assez vite?
  • Oui.
  • Sans évidemment avoir chronométré toute cette affaire-là ç’aurait pu prendre combien de temps d’après vous?
  • Une minute, peut-être moins.
  • Pour entrer combien de personnes, cela?, demanda le coroner.
  • Trois.
  • Maintenant, reprit encore Me Boilard, jusqu’à venir au 22 octobre 1970 est-ce que l’on doit comprendre que votre sœur Francine habitait toujours à l’appartement 12?
  • Non, elle n’habitait plus là.
  • Elle avait quitté?
  • Durant la semaine.
  • Dans la semaine de ce 22 octobre?
  • Oui, je crois que c’est cela.
  • Elle avait quitté l’appartement pour aller à quel endroit?
  • Sur la rue Parc Lafontaine.
  • Pour quelle raison?
  • Je ne le sais pas, elle était nerveuse quelque chose comme cela, elle avait peur, elle est partie.
  • Dois-je comprendre qu’elle logeait dans un appartement sur la rue …
  • Oui, une chambre je crois.
  • Sur la rue Parc Lafontaine?
  • Oui.
  • Maintenant, savez-vous qui occupait avant cette chambre-là, c’était la chambre de qui cela sur la rue Parc Lafontaine?
  • Je ne suis pas sûr, mais je crois que c’était François Roux.
  • François Roux, le connaissiez-vous, monsieur Bélisle?
  • Oui, je le connaissais parce qu’il avait déjà resté à Victoriaville, ça fait longtemps… il était ami avec ma sœur.
  • Maintenant, est-ce que vous êtes allé à Victoriaville cette semaine-là?
  • J’y ai été durant la fin de semaine, à toutes les fins de semaine j’y ai été.
  • Et quand êtes-vous revenu après cette semaine-là à l’appartement 12?
  • Lundi, je crois.
  • Le lundi, ce serait le 26 octobre?
  • Oui.
  • D’après votre calendrier?
  • C’est cela.
  • Et lorsque vous êtes arrivé ce jour-là…
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez vu votre sœur Francine à l’appartement 12?
  • Non… Bien, je crois qu’elle y était mais je ne suis pas sûr.
  • Vous êtes arrivé à quel moment de la journée, lundi?
  • Dans l’après-midi.
  • Lorsque vous êtes arrivé dans l’appartement avez-vous vu à l’intérieur?
  • Les trois mêmes personnes, plus Colette.
  • Mais quand vous êtes entré immédiatement dans l’appartement est-ce que les frères Rose et Francis Simard étaient à l’extérieur de leur cachette?
  • Je ne peux pas me rappeler s’ils étaient à l’intérieur ou à l’extérieur.
  • Vous avez habité l’appartement 12 pour un certain temps … est-ce que vous avez vu, disons par exemple lorsque l’on sonnait à la porte ou que l’on frappait à la porte qu’est-ce qui se passait à ce moment-là?
  • Si c’était un inconnu, ils se cachaient. Si c’était Colette ou moi ou Richard ou Francine disons, ils restaient là.
  • Et qui les avertissait de sortir ou comment les avertissait-on de sortir?
  • Bien, il y avait une espèce de corde pour sonner…
  • Est-ce que vous avez dit une espèce de code ou de corde?
  • De code.
  • Et quel était ce code-là?
  • C’était six coups moyens.
  • De sonnette?
  • Oui.
  • Mais quand on était dans l’appartement et que l’on se rendait compte que c’était Richard Therrien ou Colette Therrien qui entrait ou votre sœur qui entrait, de quelle façon préveniez-vous les gens qui étaient dans la cachette qu’ils pouvaient sortir?
  • On cognait sur la porte et ils sortaient.
  • Est-ce que vous, vous avez déjà informé en cognant sur le mur de la cachette que les gens pouvaient sortir?
  • Oui.
  • Est-ce qu’à votre connaissance Colette Therrien …
  • Oui.
  • Colette Therrien l’a fait?
  • Oui.
  • Et votre sœur Francine?
  • Francine, je ne crois pas.
  • Richard Therrien?
  • Oui.
  • En somme, c’était quand même quelque chose qui était coutumier, il n’y avait rien de spécial, en somme celui ou celle qui était sur les lieux le faisait?
  • Oui.
  • Le mardi, je pense que ce serait le 27 octobre 1970 …
  • Qui avait inventé cette méthode-là?, demanda encore le coroner Trahan.
  • C’était eux autres,
  • Qui eux autres?
  • Les trois.
  • Est-ce que vous parlez de Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard?, reprit Me Boilard.
  • Bien, je sais que c’était eux autres qui …
  • Le groupe?
  • Oui.
  • Et qui vous avait dit à vous de faire cela?, questionna encore le coroner.
  • Je ne me souviens pas.
  • Mardi le 22 octobre?, fit Me Boilard.
  • Oui.
  • Est-ce que vous êtes allé travailler cette journée-là?
  • Non.
  • Est-ce que Paul Rose vous avait demandé d’aller faire une commission, une course?
  • Oui, il m’a demandé d’aller acheter un lettre à set.
  • Qu’est-ce que c’est cela?
  • C’est une feuille transparente avec des lettres en plastique, tu le mets sur la feuille et puis à l’envers tu barbouilles sur l’autre feuille et puis ça colle sur l’autre.
  • En somme, c’est un machin quelconque pour imprimer des lettres?
  • Oui.
  • Ou dessiner des lettres?
  • Oui.
  • Et de fait y êtes-vous allé l’acheter?
  • Oui, j’y ai été.
  • Et à qui l’avez-vous remis ce lettre à set?
  • À Paul Rose.
  • Vous rappelez-vous où vous avez acheté cela?
  • Dans une papeterie pas loin d’où on restait.
  • Alors, quand vous avez remis ce lettre à set à Paul Rose qu’est-ce qu’il faisait Paul Rose à ce moment-là?
  • Il écrivait quelque chose sur un papier.
  • Il écrivait quoi?
  • Je suppose que c’était un communiqué.
  • Et quand vous lui avez remis ce lettre à set qu’est-ce qu’il en a fait de ce lettre à set?
  • Il a imprimé quelque chose sur sa feuille.
  • Il a imprimé quoi?
  • Je crois que c’était FLQ.
  • Et après avoir fait cela qu’est-ce qu’il a fait du communiqué ou de la lettre qu’il écrivait?
  • Il l’a mis dans une enveloppe.
  • Et à qui a-t-il donné cette enveloppe-là, s’il l’a donnée à quelqu’un?
  • À moi.
  • Et il vous a demandé de faire quoi avec?
  • De l’apporter pour qu’un poste de radio puisse la prendre.
  • Est-ce que Paul Rose vous a mentionné l’endroit où vous deviez aller porter cette lettre-là?
  • Il m’avait dit dans le bout de la gare.
  • Quelle gare?
  • La gare Centrale d’autobus pour le Provincial, je crois. L’autobus Provincial.
  • C’était où, cela?
  • Je ne me souviens pas.
  • Est-ce que c’était le terminus où se trouve, qui se trouve sur Dorchester?
  • Je ne le sais pas, je ne peux pas dire.
  • Ou sur Berri?
  • Je ne peux pas dire.
  • Vous ne le savez pas?
  • Oui.
  • Et de fait, y êtes-vous allé?
  • Oui, j’y ai été.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait de l’enveloppe que Paul Rose vous avait remise?
  • Je l’ai mise dans une poubelle.
  • Et ensuite?
  • Rien d’autre.
  • De quelle façon vous êtes-vous rendu là?, demanda le coroner Trahan.
  • En métro et en autobus.
  • Après avoir déposé la lettre à l’endroit que vous avait indiqué Paul Rose, reprit Me Boilard, est-ce que ce dernier vous avait également demandé de faire autre chose?
  • Oui, de téléphoner.
  • De téléphoner où?
  • Au poste de radio CKAC, je crois.
  • Et qu’est-ce que vous deviez leur dire à ce moment-là?
  • Je devais leur dire que le communiqué était à une telle place dans une poubelle.
  • C’était quel genre d’enveloppe?
  • C’était une enveloppe rose.
  • Savez-vous d’où ça provenait?
  • C’était à ma sœur, elle en avait beaucoup avec des feuilles pour écrire.
  • Après avoir ainsi déposé le communiqué à cet endroit, est-ce que vous êtes revenu à l’appartement 12?
  • J’ai attendu un bout de temps parce qu’il m’avait dit de téléphoner et comme je ne voulais pas m’embarquer dans des choses comme cela j’ai attendu et …
  • Et après avoir attendu quelque temps êtes-vous revenu à l’appartement 12?
  • Oui.
  • Est-ce que vous y avez vu Paul Rose?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous lui avez dit?
  • Je lui ai dit que ça n’avait pas marché, qu’ils n’avaient pas trouvé le communiqué.
  • Alors, qu’est-ce que Paul Rose a fait à ce moment-là?
  • Il a commencé à en écrire un autre, je crois.
  • Est-ce qu’il s’est à ce moment-là encore une fois servi de lettre à set?
  • Oui.
  • Que vous aviez acheté?
  • Oui.
  • Maintenant, est-ce que vous pourriez … vous les avez vus ces communiqués-là?
  • Non, je ne les ai pas lus.
  • Mais sans lire vous avez pu voir quel genre de papier c’était?
  • Oui.
  • Avez-vous remarqué quelque chose de particulier sur le papier dont se servait Paul Rose?
  • Non, c’était du papier blanc.
  • Est-ce qu’il y avait un tracé, des couleurs?
  • Non, il n’y avait rien, c’était blanc.
  • Alors, le deuxième communiqué que Paul Rose s’est mis à écrire après votre retour comme vous nous l’avez décrit qu’est-ce qu’il en a fait?
  • Il a fait la même chose et puis il a mis son passeport, je crois, ou quelque chose comme cela dedans et c’est tout.
  • Et à qui a-t-il remis ce communiqué-là?
  • À Colette.
  • Et qu’est-ce que Colette devait faire avec ce deuxième communiqué?
  • Je crois que c’était la même chose que moi.
  • Et est-ce que de fait Colette est sortie de l’appartement?
  • Oui.
  • Est-ce qu’elle est partie seule ou en compagnie d’une autre personne?
  • Seule.
  • Et est-ce qu’elle est revenue à l’appartement après?
  • Oui.
  • Combien de temps après son départ, à peu près?
  • Deux heures.
  • Est-ce qu’il a été question également entre l’un des frères Rose par exemple et Colette Therrien de photocopie de communiqué?
  • Je crois que oui.
  • Alors, voulez-vous raconter à monsieur le coroner ce qui est arrivé?
  • Bien, je ne le sais pas, il s’est expliqué avec elle qu’il voulait avoir je crois des copies de son communiqué, il s’est arrangé avec.
  • Et à votre connaissance, est-ce que des photocopies ont été faites de ce communiqué?
  • Oui.
  • Est-ce que c’était le premier ou le deuxième cela?
  • Je ne m’en rappelle pas.
  • Et toujours à ce moment-là est-ce que l’on vous a remis à vous, monsieur Bélisle, une copie de ce communiqué-là?
  • Non.
  • Et à votre connaissance en aurait-on remis une copie à Colette Therrien?
  • Je ne m’en rappelle pas.
  • Vous souvenez-vous qu’à cette époque-là il aurait eu une réunion là à l’Université de Montréal?
  • Oui, pour les droits de l’homme.
  • Êtes-vous allé à cette réunion-là, monsieur Bélisle?
  • Oui.
  • Avec qui?
  • Seul, la première fois.
  • Et la deuxième fois?
  • J’y étais allé pour aller sonder pour voir si c’était possible d’aller porter un communiqué.
  • Et y êtes-vous allé une deuxième fois?
  • Oui, j’y suis retourné.
  • Avec qui?
  • Avec Colette.
  • Quand vous y êtes allé la première fois, est-ce que c’était à la demande et la suggestion de quelqu’un?
  • À la demande de Paul Rose.
  • Et lorsque vous y êtes retourné une deuxième fois avec Colette Therrien est-ce que vous êtes en possession de quelque chose à ce moment-là?
  • Oui, un communiqué.
  • Et qu’est-ce que vous en faites?
  • On le dépose près d’une boîte à malle, c’est marqué affranchi et non affranchi, c’est près de la salle et là j’ai téléphoné pour dire où il était.
  • À qui … vous avez téléphoné à qui?
  • À quelqu’un qui répondait, j’avais demandé à une personne qui parlait en avant mais …
  • Vous aviez demandé un des conférenciers?
  • Comme il ne pouvait pas se déranger c’est à quelqu’un là qui a répondu et puis il a dit que c’était correct.
  • Mais qu’est-ce que vous avez dit, vous?
  • J’ai dit qu’il y avait un communiqué près de la boîte à malle et tout cela et il est allé le chercher.
  • Quand vous avez appelé pour ce communiqué-là, intervint le coroner Trahan, est-ce que vous étiez à l’université même?
  • Non, j’étais dans une boîte téléphonique.
  • En dehors de l’université?
  • Oui.
  • Ce soir-là, reprit Me Boilard, le soir de la réunion à l’Université et du communiqué etc., est-ce qu’il est arrivé un incident, une erreur de numéro de téléphone, question de monnaie également de 10¢ qui disparaissaient, que vous n’aviez plus?
  • Oui, il me manquait un dix sous, je m’étais trompé de numéro.
  • Est-ce que vous avez dit cela, est-ce que vous en avez informé Colette Therrien que vous vous étiez trompé?
  • Oui, je suis retourné pour lui dire que je n’avais pas pu téléphoner et tout cela, et là elle m’a donné un autre dix sous et j’ai été téléphoner.
  • Où était-elle Colette Therrien à ce moment-là?, questionna le coroner.
  • Elle était à l’université.
  • Maintenant, reprit Me Boilard, ce que vous deviez dire lors de cette conversation, de ce téléphone plutôt à l’Université qui vous avait [dit] de dire cela, vous avait dit quoi de dire?
  • C’était Paul Rose.
  • Est-ce que Colette Therrien était avec vous lors de ce téléphone-là?
  • Non, elle était à l’Université pour voir s’il passerait ou non.
  • Maintenant, est-ce qu’elle vous avait dit ou demandé de faire quelque chose relativement toujours au communiqué de l’Université?
  • Non.
  • Ce n’est pas elle qui vous avait dit : « tu diras cela lorsque tu téléphoneras ou tu parleras à untel »?
  • Non.
  • L’erreur du numéro de téléphone maintenant… Est-ce que vous l’aviez noté ce numéro de téléphone-là?
  • Non, je l’avais dans ma mémoire.
  • Et est-ce que vous avez mentionné à Colette Therrien que …
  • Oui, je lui ai dit, on est ressorti ensemble et là j’ai été téléphoner.
  • Est-ce que c’est parce que vous aviez un blanc de mémoire ou si vous étiez nerveux à ce moment-là?
  • J’étais nerveux.
  • Et à ce moment-là, vu votre nervosité, est-ce que Colette vous a donné des instructions ou vous a suggéré de faire des choses, de dire des choses?
  • Non, elle ne m’a rien suggéré, j’ai refait un autre téléphone.
  • Et cette fois-ci, sans vous tromper de numéro?
  • Oui.
  • Maintenant, le jeudi de la même semaine, je pense que ça serait le 29 octobre, c’est cela?
  • Plutôt le 30 … non … le 30, oui. Le 29, oui.
  • Je 29 octobre, jeudi?
  • Oui.
  • Quand vous vous êtes levé le matin est-ce que Colette Therrien était à l’appartement?
  • En d’autres termes, disons, peut-être pour vous aider là, est-ce que vous auriez eu un téléphone de Colette Therrien le matin du 29 octobre 1970 relativement à un communiqué?
  • Non, je ne crois pas en avoir eu … je n’ai peut-être pas compris.
  • Je vais essayer de vous aider, est-ce que ce jeudi le 29 octobre 1970, dans la journée de jeudi le 29, est-ce que vous auriez parlé avec Colette Therrien au téléphone relativement à un communiqué qu’elle avait livré?
  • Je ne m’en rappelle pas.
  • Vous ne vous en souvenez pas?
  • Non.
  • Est-ce qu’au cours de cette journée-là vous avez vu Colette Therrien à l’appartement toujours …
  • Le soir.
  • De quoi a-t-il été question entre vous et elle?
  • Rien de spécial.
  • Est-ce qu’il a été question de communiqué dans la soirée du 29?
  • Oui, il voulait qu’elle aille porter je crois des communiqués à tous les postes de radio et comme c’était pas possible elle a appelé… elle avait appelé pour dire qu’elle était trop fatiguée.
  • Qui lui avait demandé d’aller porter des communiqués?
  • Paul Rose.
  • Est-ce que cette journée-là toujours votre sœur Francine se trouvait à l’appartement?
  • Je ne peux pas dire.
  • Vous, lui avez-vous parlé?
  • Non, je ne lui ai pas parlé.
  • Est-ce qu’il a été question d’une certaine Micheline, que vous changiez de place pour …
  • Ah! Oui, le soir moi-même j’ai été coucher chez elle.
  • Qui vous avait demandé …
  • C’est Francine qui avait appelé.
  • Votre sœur Francine vous avait appelé à l’appartement?
  • Elle avait appelé Colette.
  • Et elle voulait que vous alliez coucher chez cette amie?
  • Oui.
  • Micheline?
  • Oui.
  • Et est-ce que de fait vous y êtes allé?
  • Oui.
  • Vous êtes resté combien de temps chez Micheline?
  • Je suis parti le vendredi pour aller à Victoriaville.
  • Est-ce que vous êtes revenu à Montréal la semaine suivante qui serait le lundi 2 novembre?
  • Oui, je suis revenu.
  • Et où êtes-vous allé, à l’appartement?
  • Je suis allé à la chambre où Francine restait.
  • Sur le parc Lafontaine?
  • Oui.
  • Francine s’y trouvait toujours?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait?
  • Francine avait beaucoup de bagages et puis fallait qu’elle retourne à l’appartement alors …
  • À l’appartement sur Reine Marie?
  • Oui.
  • Et lui avez-vous aidé à retourner?
  • Oui, je lui ai aidé. Il a fallu que j’aille chercher les bagages.
  • Quand vous êtes arrivé à l’appartement sur Reine Marie?
  • Oui.
  • Qui y avez-vous vu?
  • J’ai vu Paul Rose, Jacques Rose ainsi que Francis Simard et Lortie.
  • Lortie était là?
  • Oui.
  • Bernard Lortie?
  • Oui.
  • Est-ce que vous le connaissiez avant ce jour-là?
  • Non.

Pour être certain qu’on parlait du même individu, Me Boilard montra au témoin la photo cotée 17 et le témoin y reconnut aisément Bernard Lortie.

  • Et là, est-ce que quelqu’un vous l’a présenté, Lortie?
  • Non, je l’avais vu dans les journaux.
  • À cette époque-là, on est disons au 2 novembre 1970, est-ce que vous saviez, monsieur Bélisle, que Paul Rose était recherché par la police?
  • Est-ce que vous saviez également que Lortie était recherché par la police?
  • Oui.
  • Saviez-vous que Simard était recherché?
  • Oui.
  • Également Jacques Rose?
  • Oui.
  • Durant le temps où ces trois personnes à l’exception de Lortie, étaient à l’appartement et à compter du 2 novembre lorsque Lortie y est arrivé est-ce que vous écoutiez les émissions de télévision?
  • Oui, les émissions de télévision, de radio.
  • Est-ce que vous écoutiez les bulletins de nouvelles?
  • Oui.
  • Est-ce que vous auriez vu par exemple, à la télévision les photographies …
  • Non, je n’en ai pas vu à la télévision.
  • Dans les journaux peut-être?
  • Oui.
  • Alors ça c’était … vous le saviez, vous?
  • Oui, je savais que ma sœur était là aussi.
  • Était à l’appartement sur Reine Marie?
  • Oui.
  • Combien y avait-il de chambres à coucher dans cette maison-là?, demanda le coroner Trahan.
  • Deux, un salon, une cuisine et puis une espèce de hall d’entrée.
  • Est-ce que tout le monde se couchait en même temps ou s’il y en avait qui faisaient la garde?
  • Quand vous êtes entré le 2 novembre 1970 à l’appartement du chemin de la Reine Marie vous accompagniez Francine votre sœur?, reprit Me Boilard.
  • Oui.
  • Vous lui aidiez à apporter ses bagages?
  • Oui.
  • Lorsque vous êtes entré dans l’appartement est-ce que les quatre c’est-à-dire les deux frères Rose, Simard et Lortie étaient dans l’appartement ou sinon où étaient-ils?
  • Ils étaient cachés.
  • Est-ce qu’à un moment donné ils sont sortis de leur cachette?
  • Oui.
  • Qui les a informés?
  • Ha! Je ne le sais pas.
  • Après avoir reconduit votre sœur Francine à l’appartement toujours ce 2 novembre êtes-vous resté, vous, à l’appartement 12?
  • Non, j’ai pris mes bagages et je suis parti à la chambre qu’elle avait eue …
  • À la chambre de Francine?
  • Oui.
  • Sur la rue Parc Lafontaine?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait dans cette semaine du 2 novembre?
  • J’ai peinturé ma chambre.
  • La chambre sur Parc Lafontaine?
  • Oui.
  • Et vous êtes resté à cette chambre-là jusqu’à quelle date à peu près?
  • Jusqu’au vendredi.
  • Ça se trouvait vendredi, 6 novembre?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait ce vendredi-là?
  • Je suis monté à Victoriaville.
  • Et est-ce que vous avez passé le week-end là?
  • Oui.
  • Et êtes-vous revenu le 9 novembre?
  • Non … oui, je suis revenu.
  • Vous êtes revenu le 9 novembre?
  • Oui.
  • Et où êtes-vous allé?
  • J’ai été chercher mes bagages.
  • À la chambre sur Parc Lafontaine?
  • Oui.
  • Et êtes-vous resté longtemps chez Micheline?
  • Non, je suis parti le mardi.
  • Pour Victoriaville?
  • Oui.
  • Et êtes-vous revenu à Montréal subséquemment?
  • Non.
  • Pendant votre séjour sur Queen Mary est-ce qu’il a été question entre vous et l’un quelconque des trois et à compter du 2 novembre l’un des quatre Rose, Lortie, Simard …
  • Je n’ai pas demeuré avec l’autre, avec les trois.
  • Avec les trois, d’accord. Est-ce qu’il a été question par exemple de l’enlèvement de monsieur Laporte?
  • Non, il n’a pas été question de cela.
  • Est-ce que l’un des frères Rose ou Simard aurait passé en votre présence des commentaires disons suite à des bulletins de nouvelles à la télévision ou à la radio ou suite à des informations dans les journaux?
  • Bien, des commentaires parce qu’ils étaient recherchés, c’est évident.
  • Est-ce que l’on aurait parlé en votre présence durant cette période-là de monsieur Cross?
  • Non, il n’a pas été question de monsieur Cross.
  • À cette époque-là, à ce moment-là?
  • Non.
  • En votre présence toujours?
  • Non.
  • À votre connaissance, est-ce qu’il y aurait eu des armes pendant le moment là où les frères Rose et Francis Simard étaient à l’appartement 12, est-ce que vous y auriez vu des armes à feu?
  • Non, je n’ai pas vu d’armes, j’ai vu des boîtes.
  • Des boîtes qui se trouvaient où?
  • Dans la cachette?
  • Oui.
  • Vous n’avez pas vu ce qu’il y avait dedans?
  • Non.
  • Vous n’auriez pas vu disons ouvertement là, comme je vous montre mon stylo, une arme à feu, revolver, pistolet ou quoi que ce soit?
  • Non.

Questionné par le coroner, Bélisle précisera que cette boîte avait une dimension d’environ 7 X 12 pouces.

  • Est-ce qu’il aurait été question, sans évidemment les voir mais est-ce qu’on aurait mentionné en votre présence toujours à l’appartement 12, qu’il s’y trouvait des armes à feu dans l’appartement?
  • Quand j’ai vu cela, les boîtes, on m’a dit que c’était des armes.
  • Qui vous a dit cela?
  • Jacques.
  • Jacques Rose?
  • Oui.
  • Est-ce que l’on a spécifié quelle sorte d’armes ça pouvait être?
  • Non.
  • Une .22 ou un fusil de chasse?
  • Non, pas clairement.
  • Bien, si pas clairement …
  • On a dit que c’était des armes.

Me Boilard lui demanda ensuite de regarder la jeune femme qui venait d’entrer dans la salle et le témoin l’identifia comme étant sa sœur, Francine Bélisle.  Peu de temps après, il lui demanda d’identifier Colette Therrien et Richard Therrien.  Une fois ces faits établis, Me Boilard annonça en avoir terminé avec le témoin François Bélisle.  La cour s’ajourna pour la pause du midi.

Je suis conscient que la lecture d’un témoignage aussi long peut s’avérer ennuyeux par moment, mais cette présentation répond à un besoin de transparence. On ne pourra pas m’accuser de mal résumer un témoignage ou de créer des citations hors contexte. Les témoignages sous serment étant de la preuve légale, il est parfois nécessaire de bien s’en imprégner pour tenter de se rapprocher le plus possible du contexte de l’époque.

Le témoignage suivant sera celui de Francine, la sœur de François Bélisle.


[1] Retranscris tel que lu dans les transcriptions sténographiques.  Par « un chose » au lieu de « une chose », le témoin voulait certainement dire « un truc ».

[2] Nom d’une quincaillerie en vogue à cette époque.

Octobre 70: La perquisition (24)

7 novembre 1970

Raymond Bellemare était capitaine pour la Sûreté du Québec.  Le 17 octobre 1970, il avait eu l’occasion de se rendre à Saint-Hubert participer à la découverte du corps de Pierre Laporte.

  • Je me suis rendu à Saint-Hubert le 17 octobre 1970 aux environs de 23h45, plus précisément près d’un hangar identifié Wondsi [??] Aviation qui se trouve à environ un quart de mille au sud du chemin de la Savanne, tout près de l’aéroport de Saint-Hubert.
  • Et une fois rendu à cet endroit, capitaine, qu’est-ce que vous avez trouvé?, questionna Me Jean-Guy Boilard.
  • À cet endroit-là j’ai trouvé une Chevrolet 1968 immatriculée pour Québec 1970 9J-2420, cette voiture était de couleur bleue avec toit en vinyle noir. Les plaques d’immatriculation avant portaient le même numéro que la plaque d’immatriculation arrière.
  • En d’autres termes, les deux plaques minéralogiques étaient identiques?
  • Oui, absolument.
  • Alors, une fois que vous avez localisé cette automobile que vous venez de nous décrire, qu’est-ce que vous avez fait?
  • Une fois cette automobile localisée, j’ai fait appel à l’armée après inspection assez sommaire des lieux.
  • Pour quelle raison avez-vous fait appel à l’armée à ce moment-là?
  • Voici, nous étions informés que dans cette voiture il pourrait peut-être y avoir de la dynamite, qu’elle aurait pu être piégée.
  • Et suite à votre appel à l’armée est-ce que l’armée a répondu? Est-ce qu’ils se sont présentés sur les lieux où vous vous trouviez?
  • Oui, aux environs, disons, à peu près de trois quarts d’heure, une heure après.
  • Et qu’est-ce qui est arrivé à ce moment-là, capitaine?
  • À ce moment-là, nous avons forcé la porte du coffre à bagages de cette voiture en question.
  • Et à un certain moment, est-ce que cette porte de coffre à bagages s’est ouverte?
  • Oui, absolument.
  • Et une fois ouverte, qu’est-ce que vous avez fait, capitaine?
  • Une fois ouverte, j’ai examiné l’intérieur pour y apercevoir le cadavre d’une personne.
  • Maintenant, à cette époque-là, capitaine, tenant compte des connaissances que vous aviez comme officier de police, est-ce que vous avez pu reconnaître l’identité de ce cadavre?
  • Oui, j’ai reconnu l’honorable ministre du Travail monsieur Pierre Laporte.
  • Qui était dans le coffre à bagages de l’automobile que vous venez de nous décrire?
  • Oui, Votre Seigneurie.
  • Qu’est-ce que portait monsieur Laporte à ce moment-là et j’exclus immédiatement le pantalon et tout ce qui peut être au bas de la ceinture?
  • Monsieur Laporte portait un gilet ample assez loose, un gilet de lainage.
  • De quelle couleur?
  • D’une couleur … comment je pourrais m’exprimer, dans les couleurs je ne suis pas tellement bon.
  • C’était blanc, rouge ou …
  • Non, absolument pas. C’était une couleur foncée.

Le procureur lui montra le gilet déposé en preuve sous la cote 3 et le capitaine Bellemare le reconnut facilement. C’était bien le chandail que portait Laporte au moment d’être découvert dans le coffre de la Chevrolet.

On lui montra ensuite la couverture déposée sous la cote 18, ce qui fera dire au capitaine que « cette couverture ou … était en dessous du corps de monsieur Laporte dans le coffre arrière de la voiture Chevrolet 1968 9J-2420 ».

Le témoin fut aussitôt remercié et libéré de ses obligations en ce qui concernait l’enquête du coroner.

Jean-Claude Simard, agent pour la Sûreté du Québec, vint aussitôt le remplacer dans le box des témoins.  Le 19 octobre, ce dernier s’était rendu au 5630 de la rue Armstrong à Saint-Hubert pour y retourner quelques jours plus tard.

  • À cet endroit et à l’intérieur de cette maison, y avez-vous trouvé certains objets?
  • Plusieurs objets.
  • Plus particulièrement, monsieur Simard, j’aimerais vous montrer une paire de bottes qui ont été numérotées sous la cote 21 pour fins d’identification. Voulez-vous les examiner et dire à monsieur le coroner si vous les avez vues avant cet après-midi?
  • Oui, monsieur le coroner.
  • À quel endroit et à quelle date?
  • Le 22 octobre.
  • À quel endroit avez-vous vu ces bottes?
  • Au 5630 rue Armstrong à Saint-Hubert, les bottes étaient précisément dans la chambre arrière … si l’on part de l’avant de l’adresse ce serait la chambre arrière du côté gauche.
  • Je vous exhibe également une autre pièce de tissu déjà numérotée pour fins d’identification numéro 20, est-ce que vous avez vu cette pièce de tissu avant cet après-midi?
  • Oui.
  • À quel endroit?
  • À 5630 rue Armstrong.
  • À quelle date?
  • Le 21 octobre 1970.
  • À quel endroit dans la maison?
  • Cette tenture déchirée bleu et blanc avec motif est retrouvées dans le garage.
  • Je vous exhibe également une autre pièce de tissu qui cette fois-ci a été identifiée sous le numéro 19, voulez-vous l’examiner et dire à monsieur le coroner si vous l’avez vu avant cet après-midi?
  • Oui.
  • À quel endroit?
  • Au 5630 Armstrong.
  • À quelle date?
  • Le 21 octobre 1970.
  • À quel endroit dans la maison?
  • Cet exhibit a été retrouvé dans le garage.

Après ce témoignage, les procureurs demandèrent un ajournement afin de se reposer et probablement aussi d’étudier leurs dossiers. On imagine assez facilement que de nouvelles informations leur parvenaient de jour en jour.

Photos de l’intérieur de la maison de la rue Amstrong, tirées du livre de Pierre Vallières.

Le 12 novembre 1970, lorsque l’enquête du coroner Trahan reprit, Me Jacques Ducros demanda à ce que l’enquête soit reportée au 20 novembre. Encore une fois, Trahan donna son accord.

On aura cependant compris qu’avec le témoignage du policier Jean-Claude Simard on venait d’aborder certains objets trouvés lors de la perquisition de la maison de la rue Armstrong, là où Pierre Laporte avait été détenu durant une semaine. Revenons un instant sur cette perquisition.

Dans son livre publié en 1977, le felquiste Pierre Vallières a reproché aux autorités d’avoir provoqué un désordre dans la maison de la rue Armstrong lors de la perquisition. Vraiment?

La police était sur les dents depuis quelques semaines. L’armée avait été appelée en renfort. Le FLQ, en plus de poser des bombes et de piller des banques depuis 1963, avait enlevé un diplomate et un ministre. Et l’on voudrait que les policiers restent tendres au moment de perquisitionner la maison des suspects?

Ce commentaire est très présomptueux, d’autant plus que les milieux juridique et policier sont soumis au droit de réserve. Les dossiers de police et les procès intentés au FLQ sont scellés jusqu’en 2070, ce qui nous empêche de récolter la version policière et de la confronter correctement à celle de Vallières.

D’ailleurs, comme en font foi les deux photos utilisés pour le présent article et qui sont justement tirés du livre de Vallières, je me demande jusqu’à quel point les policiers sont responsables de ce désordre. S’il y avait eu saccage, les chaises et les tables n’auraient-elles pas été renversées elles aussi? A-t-on déjà oublié que l’enquête du coroner nous permet justement de comprendre que ces jeunes terroristes habitaient en commune? Qu’ils avaient loué cette maison pour leur forfait et non pour l’habiter confortablement?

De plus, comme le meurtre de Laporte a eu lieu dans cette maison, le fait qu’on devait la considérer comme une scène de crime aurait obligé les enquêteurs à procéder avec prudence.

Bref, avant d’apporter des commentaires insipides comme l’a fait Vallières, il faut tout mettre en perspectives.

 

La théorie du complot pour les nuls

Daniel Johnson

Il y a toujours une face cachée à nos passions.  Pour le blogue Historiquement Logique, que j’ai fondé en 2010, j’ai écrit des centaines d’articles dont plusieurs sur des histoires de crimes commis au Québec.  Je ne suis pas un analyste ou un chroniqueur très connu et pourtant j’ai droit à des confidences fascinantes, mais aussi des commentaires parfois loufoques, menaçants ou carrément fous.  Normalement, je conserve ces choses-là pour moi, considérant que cela fait partie de la face cachée du « métier », si je puis dire.

Mais cette fois, je ferai exception.  Non pas pour me moqueur d’une ou plusieurs personnes en particulier, mais pour vous montrer à quel point le phénomène existe.  Il y a des personnes, même confrontées aux preuves les plus irréfutables, qui ne desserreront jamais les dents de leur théorie.  Cela reviendrait à essayer de convaincre le pape que Dieu n’existe pas.  C’est peine perdue!

Évidemment, les noms et les lieux ont été changés dans le texte qui suit.  J’essaierai de me faire le plus clair possible.  Car par moment, l’histoire peut être complexe.

Alors, allons-y!

Tout commence par un article assez banal à propos d’un crime commis dans les années 1950 que j’ai publié sur mon blogue.  Un homme (V. L.) tue sa femme (R. M.) avant de se diriger dans une zone isolée pour s’enlever la vie.  Son corps ne fut jamais retrouvé, ce qui explique pourquoi ce cas demeure officiellement non résolu.

Soudainement, comme c’est souvent le cas, l’article mit plusieurs mois avant de capter l’attention d’une personne qui se sentit réellement concernée.  Cette personne, que nous appellerons ici Mme Fabliau, m’écrit tout bonnement, sans aucun préambule : « le « mystère »[1] de V. L. et R. M. est résolu ».

Voilà de quoi capter mon attention, évidemment.  Ai-je oublié quelque chose dans ma recherche avant d’écrire mon article?  Un détail m’a-t-il échappé?  L’affaire fut-elle réellement résolue sans que je le sache?  Ce sont là les questions qui me vinrent tout de suite à l’esprit.

Mais mon p’tit doigt me disait aussi d’attendre la suite.  Et comme de fait, Mme Fabliau versa bien vite dans une théorie gravissime en me disant que V. L. et R. M. ont fréquenté des personnages politiques importants de leur époque, dont le premier ministre Daniel Johnson.  Le double meurtre aurait donc été organisé par des politiciens qui se chargèrent d’engager des tueurs à gage.  Oh!, me dis-je.  Ça commence à être gros cette affaire-là!  Si gros que, en fait, je me méfiais de plus en plus.  Quand on a été vacciné comme moi contre les théories du complot en passant à travers l’affaire Dupont, pas étonnant qu’on reste sur nos gardes.

Puis Mme Fabliau me parle d’un personnage qui aurait fait des confessions sur son lit de mort en 2005.  Un autre se serait pendu, apparemment rongé par les remords.  À ceci, je me contentai de lui répondre en lui demandant si elle avait des preuves concrètes de ce qu’elle avançait, une copie de l’enquête du coroner par exemple.

Peu après, elle me répondit en m’avouant qu’elle ne possédait aucune preuve concrète.  Étant donné que nous vivons dans une société de droit, et que cela implique automatiquement la présence de documents – et en particulier légaux dans le cas de cette affaire – difficile de prétendre à une résolution de crime sans la moindre preuve tangible.

Pendant cette correspondance, je prenais soin de faire la demande auprès de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) afin d’obtenir justement une copie de l’enquête du coroner.  Mais avant d’être mieux outillé pour lui répondre, Mme Fabliau continuait d’élaborer sa théorie du complot.  La question était de savoir quelle était sa source d’information?

Dans un premier temps, elle expliqua avoir trouvé les trois pierres tombales des hommes impliqués dans le « double meurtre ».  Le premier se serait pendu en 1972, tout comme le fera le deuxième en 1987.  Quant au troisième, décédé en 1997, il aurait avoué son crime à son propre fils sur son lit de mort.  Je vous fais remarquer au passage qu’on passe maintenant d’une confession de lit de mort de 2005 à 1997!

Une telle contradiction n’est jamais bien vue lorsqu’on cherche à convaincre!

Autre détail important, Mme Fabliau admet ne pas avoir connu V. L. puisqu’elle a vu le jour après le drame.  Elle n’est donc pas une contemporaine des faits, ce qui l’oblige à puiser dans les versions d’autrui, à savoir le ouï-dire.  Sa source principale d’information est une cousine qui avait 7 ans au moment du drame.  Oui, vous avez bien lu.  7 ans!  Elle aussi n’est pas une personne contemporaine des faits.  Tout ce qu’elle sait, elle l’a forcément entendu.  Mais de qui?  De quoi?

Tout cela ressemble donc à du ouï-dire, ce qui n’est pas sans me rappeler Jesse James Jr qui a écrit un livre sur les « exploits » de son célèbre père hors-la-loi aux États-Unis.  Lui aussi avait 7 ans à la mort de son père.  Comment pouvait-il se permettre de raconter dans les moindres détails des exploits auxquels il n’avait pas participé et qu’il s’était probablement fait raconter par des adultes enclins à embellir l’image de son père?[2]

Bref!

Pour résoudre officiellement un crime non résolu, il faut un verdict, et par conséquent un procès.  Et ce n’est pas avec du ouï-dire qu’on arrive à conclure une affaire.  Le ouï-dire est inacceptable en preuve et avec raison.  Sinon, nous aurions droit à des condamnations loufoques comme à l’époque du Moyen Âge ou de l’Inquisition, sans compter que cela coûterait une fortune à l’État en engorgerait nos tribunaux déjà débordés.

Évidemment, si Mme Fabliau souhaite croire sans preuve c’est son droit le plus légitime.

Toujours est-il que cette cousine aurait confié à Mme Fabliau que « l’histoire a été étouffée […] les enfants ne voulaient pas revenir là-dessus ».  Encore une fois, c’est mince et cela ne veut rien dire.  Il se trouve plein de gens qui ont vécu des drames qui ont été résolus et qui pourtant refusent d’en parler.  Je dirais même que certaines personnes gardent le silence sur des choses très personnelles qui publiquement paraîtraient banales, alors il ne faut certainement pas interpréter tous les silences comme une « preuve » de complot.

Parce que Mme Fabliau m’a envoyé une copie de son dialogue facebookien avec sa cousine, je peux me permettre de voir comment s’est formé une partie de cette histoire.  Selon l’extrait suivant, c’est toujours sans argument ni fondement qu’elle écrit à cette cousine en parlant d’une « lettre disparue au poste de police ».  Voici la suite :

  • Plus les personnes du gouvernement conservateur. Daniel Johnson.
  • Est-ce que mon oncle V. L. était dans la politique?, demande Mme Fabliau. Daniel Johnson, c’était qui exactement?
  • Oui, une personne a payé pour la faire disparaître??? Le premier ministre du Québec.
  • Quoi!!??? Le premier ministre du Québec Daniel Johnson a payé les trois pour tuer mon oncle V. L. et son épouse?
  • L. était pas dans la politique. C’était sa femme R. qui lui servait pour ses désirs de sexe à beaucoup [de monde].
  • Là je commence à comprendre pourquoi les enfants ne veulent pas en parler …
  • Oui, c’est ça, car V. était sur le point de découvrir le tout car il avait suivi R. cette journée. avait raison d’être jaloux tu sais…  Avec tous ses enfants c’était pas facile pour lui.  D’ailleurs [les] 2 dernières ne sont pas de lui.
  • Ben, je comprends. J’aurais fais la même chose à sa place… Donc, elle [R.] le trompait.  Mon Dieu… notre pauvre mon oncle V.  … Mamie m’en a jamais parlé… ça dû être trop douloureux…
  • Il était malheureux. Ils l’ont fait disparaître assez vite.
  • J’ai la rage au cœur à entendre ça… Mon oncle V. avait certainement un bon caractère… et souffrir comme ça. Qu’est-ce qui est devenu de son corps?  A-t-il une place au cimetière?
  • Jeté dans la mine de […] et ils l’ont brûlé. Non juste R. est au cimetière.  C’est le bonhomme qui s’est pendu qui s’occupait de la mine à tous les jours et travaillait pour le gouvernement.
  • Mon Dieu, mais c’est horrible, quel monde de sang froid et ignoble pour commettre une telle atrocité!!! Je déteste les politiciens … gang de corrompus…  Pauvre oncle V.  Même pas de place au cimetière [pour] reposer en paix.

Mais où sont les preuves?

Ce que les théoriciens du complot ne comprennent pas, la plupart du temps, c’est qu’il faut des preuves pour étayer une telle histoire, surtout lorsqu’elle a la prétention d’impliquer des noms aussi importants.  La signification même d’une preuve leur semble abstraite, la confondant souvent avec le simple indice.  Lorsqu’il est question par exemple des affirmations d’une personne, ce n’est pas une preuve mais un indice.  Tout ceci devient de de la preuve légale si un juge l’accepte devant lui lors d’un procès.

Pour le reste, afin de pouvoir donner du crédit à une telle affaire, il faut se tourner vers les documents disponibles au public.  Et quels sont-ils?  Dans ce cas-ci, puisqu’il ne semble n’y avoir eu aucun procès ni autre procédure judiciaire, il faut se tourner vers le fonds des enquêtes de coroner.

Malheureusement pour Mme Fabliau et sa cousine, j’ai consulté l’enquête du coroner.  La cause officielle du décès s’y lit comme suit : « violente, mauvais traitements ».

Voilà qui laisse entendre que R. M. était peut-être victime de mauvais traitements depuis un certain temps, ce qui nous fait davantage pencher vers une hypothèse de violence conjugale.  L’autopsie a également démontré l’enfoncement du crâne.

Le document n’en dit pas plus, au grand damne des conspirationnistes.  Mais selon les journaux de l’époque, V. L. est ensuite allé se jeter dans une profonde mine.  Contrairement aux dires de la cousine, il n’a jamais été question de feu.  Les recherches ont été abandonnées parce qu’il aurait coûté trop cher pour récupérer le corps (il aurait fallu des années pour pomper l’eau hors de la mine).

L’absence du corps a certainement contribué à alimenter les ragots.  Mais d’après les seuls documents dont nous disposons, le drame ressemble davantage à un drame familiale – meurtre suivi d’un suicide – plutôt que d’un terrible complot politique.

D’après ce qu’il nous reste en matière de documents, la thèse la plus plausible demeure donc celle du meurtre suivi d’un suicide.  Un vulgaire et triste drame familiale que l’on ne souhaite pas à son pire ennemi.

Comment expliquer que les membres d’une famille en arrivent à croire en des histoires aussi tordues?

Au milieu d’un tel tourbillon de rumeurs, il serait sans doute utopique de tenter de trouver l’origine exacte de cette idée du complot.  Pour certaines personnes, on devine dans leur regard leur prédisposition innée à voir découvrir des complots derrière chaque poteau de téléphone.  D’autres le font sans doute par déni ou par amour de se rebeller contre le pouvoir en place.  Bref, laissons cette partie-là de l’affaire aux psychiatres.

Bien sûr, plusieurs personnes se disent : « et si c’était vrai? ».  Cette simple question démontre un manque d’objectivité, car le bon chercheur ou le scientifique attend plutôt d’obtenir des documents (preuves) pour appuyer une version ou une autre.  Il n’a rien à gagner ni à perdre dans une telle affaire : il livrera simplement le résultat de ses recherches pour laisser aux autres le soin de les interpréter.

Il est tout à fait possible que V. L. ait eut des amis politiques – mon propre grand-père en a eu – mais d’après le seul document qui nous permet aujourd’hui de débuter une enquête sérieuse il faut garder la tête froide et éviter d’aller au-delà de ce que nous ne pouvons pas interpréter.

Quant à ceux et celles qui croient en cette affaire de complot, il vous suffit de prendre des vacances de quelques mois pour lire le fonds consacré à Daniel Johnson préservé par BAnQ : il représente 1,69 m d’épaisseur.


[1] Ces guillemets ne sont pas de moi.

[2] Jesse James Jr a écrit son livre en 1899 alors que son père est mort assassiné en 1882.  Pour plus de détails, je vous invite à lire mon compte rendu de ce livre : https://historiquementlogique.com/2011/01/30/jesse-james-my-father-par-jesse-james-jr/

Ils étaient cinq!

            À travers toute l’histoire judiciaire du Québec, on retrouve des drames inoubliables par leur ampleur, leur cruauté ou tout autre aspect qui font en sorte qu’il est pratiquement impossible de les effacer de notre mémoire collective.  Le 26 juin 1977, l’un de ces cas s’est produit lorsque cinq jeunes personnes ont été tuées d’un seul coup.  Pourquoi cette tragédie s’est-elle effacée de la mémoire collective?  Est-ce en raison du fait que le sort a frappé dans une région éloignée en plus de viser un peuple que nous laissons de côté?

Dans un premier temps, cet oubli pourrait s’expliquer par le fait que les cinq victimes étaient des autochtones.  En fait, cette amnésie sociale pourrait découler de la couverture médiatique de l’époque qui s’est avérée très pauvre.  Les journalistes de 1977 craignaient-ils à ce point les mouches noires qu’ils ont préféré demeurer dans le confort de leurs villes?  Pourtant, ce n’est pas tous les jours que cinq personnes trouvent la mort simultanément, et surtout dans des circonstances criminelles, comme nous allons le voir plus bas.

Le Petit Journal a probablement été le seul média de l’époque à rapporter les faits.  Et encore!  L’article qu’on peut lire dans la parution de la semaine du 2 au 8 juillet 1977 est horriblement bref.  On n’y retrouve que deux paragraphes, le premier évoquant un autre drame par noyade.  Par souci de transparence, voici les deux paragraphes dans leur intégralité :

            Au cours du mois dernier, pas moins de huit Amérindiens[1] de la réserve de la Manouane, au Nord de Saint-Michel des Saints, ont péri par la noyade à la suite de deux accidents de la circulation.  Il y a trois semaines de cela, un couple marié, leur petit enfant, ainsi qu’un adolescent, se retrouvaient dans le lac Madon, suite à une perte de contrôle du véhicule qu’ils occupaient.  La mère tenta de sauver son enfant en agrippant ce dernier pour faire surface.  Mais le père voulu[t] aider les siens et empoigna son fils pour que son épouse s’échappe.  Il sombra au fond avec le bébé, l’adolescent, assommé, demeura coincé dans le véhicule tandis que la pauvre femme regagnait tant bien que mal la rive.

            Plus précisément encore, c’était au tour de cinq autres Indiens [sic], tous des jeunes, de périr de façon similaire, non loin de là, dans la rivière du Milieu, située à une douzaine de milles de Saint-Michel-des-Saints.  Comme on [sic] fait foi notre photo, le spectacle fut des plus macabres.  Dans un chemin de gravier qui longe le cours d’eau, une camionette [sic] transporta sept personnes dont deux blancs quitta la route pour tomber dans environ deux mètres et demi d’eau.  Après avoir brisé un carreau, les deux blancs gagnèrent la berge, mais les Indiens, pris de panique, devaient y rester, du moins jusqu’à l’arrivée des hommes-grenouilles de la Sûreté du Québec.  L’une des victimes étaient parente avec le père et l’enfant noyés lors du premier accident!

Voilà!  Au cours de l’été 1977, c’est tout ce dont eut droit le public, à savoir une rubrique trop brève qui ne sut attirer l’attention d’à peu près personne.  Pas un seul mot sur les « deux blancs » ni même sur l’enquête de coroner qui avait pourtant été complétée au moment de cette publication.  Mince consolation, Le Petit Journal, en dépit d’un texte dépourvu de rigueur et bourré de fautes, avait dépêché un photographe sur place, ce qui nous vaut aujourd’hui un souvenir iconographique permettant une compréhension limitée de la scène de la découverte des corps.

Photo parue dans Le Petit Journal en juillet 1977.

Avec le recul dont nous disposons aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de croire que si ce drame était survenu chez les « blancs », dans une ville « plus civilisée », les échos auraient été drôlement plus importants.  C’est évident!  D’autant plus que l’enquête du coroner a conclu que ce quintuple homicide était le résultat d’un acte criminel.

Historiquement Logique a voulu en savoir davantage en demandant une copie de l’enquête du coroner.  Tout d’abord, on apprend que les cinq victimes étaient Denis Eddy Petiquay, 18 ans; Thérèse Flamand Ottawa, 34 ans; Lionel Jean-Claude Petiquay, 19 ans; Nicole Marie Petiquay, 15 ans; et Marie Juliana Quitich, 24 ans.

Selon les documents obtenus, le corps de Denis Petiquay, réclamé par sa mère, portait une chaînette en or.  Jean-Claude Petiquay, dont le corps a été identifié par son père, portait lui aussi une chaînette en or « avec une breloque 1 médaillon ».  Marie-Juliana Quitich, quant à elle, identifiée par sa mère, ne portait apparemment rien de distinctif.  Nicole Petiquay portait aussi une chaîne en or, un jonc, une montre et deux bagues.  Quant à Thérèse Flamand Ottawa, elle ne portait apparemment aucun objet sur elle.

L’enquête de coroner fut conduite par un médecin du nom d’Ulysse Laferrière, qui avait ses bureaux à Berthierville.  Les documents relatifs à cette enquête se traduisent par quelques pages.  C’est dans le cas de la victime Thérèse Flamand Ottawa que nous en apprenons davantage.  Laferrière y résume l’affaire dans ce petit paragraphe : « dans le cas présent, cinq indiens [sic] et indiennes montent dans une camionnette à la Manouan [sic] pour se rendre à St-Michel des Saints.  La camionnette est la propriété de Ronald Sobczynski qui est le conducteur.  Ce dernier est accompagné de Florent Barthe.  Ces deux amis font une partie de pêche et ont les facultés affaiblies.  Barthe est à l’arrière et Sobczynski conduit à gauche[2] et le camion tombe à la rivière.  Les deux blancs sortent du camion et parvienne[nt] à la terre ferme.  Les cinq indiens demeurent dans le camion et se noient ».

Voilà tout ce que le coroner écrira, excepté le fait qu’il attribua la mort de Thérèse Flamand Ottawa à une « asphyxie parnoyade [sic] ».  Son corps fut identifié par son mari, Santerre Flamand, un trappeur qu’elle avait épousé en 1957.

Que penser de ce court paragraphe?  Était-ce la pratique courante pour l’époque ou la preuve d’un travail bâclé?

Avant la nouvelle loi sur les coroners, en vigueur depuis le 3 mars 1986, le moins qu’on puisse dire c’est que la qualité de ces enquêtes était très aléatoire.  On laissait aux coroners la discrétion de conclure par un simple cas de recherche, ce qui se résumait normalement en une seule feuille officialisant la cause du décès, ou une véritable enquête qui se soldait par un mini-procès avec témoignages et prise de notes sténographiques.

Il est difficile d’inclure le coroner Laferrière dans une hypothèse de complot, car dans un tel cas on l’imagine plus facilement en train de conclure à une mort accidentelle.  Dans le cas présent, il en arrive à un acte criminel, pour des raisons que nous verrons plus bas.  Il faut donc rendre à César ce qui appartient à César!

Toutefois, je pense qu’il y a un problème évident de manque de précisions.  Ce paragraphe ne rend visiblement pas justice à la nature de cette cause.  Devant cinq victimes tuées dans des circonstances criminelles, il aurait fallu une enquête complète avec des témoignages et des notes sténographiques.  Hors, il n’y a rien de tout cela.  Et pourtant, il est étonnant de voir parmi les documents une feuille qui atteste de la présence d’au moins dix témoins.  Que sont devenus leurs témoignages?  Ont-ils seulement été immortalisés par un sténographe?

D’un autre côté, il ne s’agit pas de la seule enquête bâclée, du moins pour le point de vue du chercheur qui préfère évidemment les dossiers complets afin de reconstituer les faits dans leurs moindres détails.  À titre d’exemple, Historiquement Logique a souligné en 2012 les circonstances de l’affaire Alarie, cette mère de famille qui a péri avec ses sept enfants lors d’un incendie survenu à Trois-Rivières en 1967[3].  De ce drame important, les archives n’ont conservés qu’une seule feuille où la cause des huit décès a été résumée par un seul mot : « asphyxie ».  Aucune mention d’un quelconque incendie.  Il faut recouper l’information par les journaux pour comprendre que cette tragédie a été causée par les flammes.

Il ne faut pas non plus chercher les notes sténographiques.  Pourtant, les articles parus en 1967 dans le quotidien Le Nouvelliste font état de la tenue d’une véritable enquête de coroner, à laquelle plusieurs témoins ont été entendus.

Mais revenons à l’affaire qui nous concerne.  Le simple fait que la déclaration du conducteur de la fourgonnette[4] ait été prise de façon manuscrite nous renseigne sur le fait qu’il n’y eut probablement aucun sténographe sur place.

Puisqu’elle apporte plus de détails que le paragraphe peu inspirée du coroner Laferrière, voyons le contenu de la déclaration de Ronald Sobczynski.  Le document permet de comprendre qu’il travaillait comme « vitrier d’automobile ».  Voici maintenant le contenu intégral de sa déclaration :

Je suis parti de Montréal vendredi le 24 juin vers 2heures pour St-Michel où je suis arrivé vers 5heures.  Je conduisais une petite vanne, mon épouse me suivant avec sa voiture.  Nous avons soupé chez Florent Barthe, un ami.  Nous avons passé la journée de samedi à la pêche et nous descendions à St-Michel moi et Florent Barthe lorsque les cinq indiens et indiennes sont montées [sic] dans ma vanne.  Ils nous ont dit : dépêche toi, la police est sévère.  Nous sommes partis vers St-Michel.  Il faisait noir, mais je voyais bien le chemin.  Arrivé à une fourche de chemin je suis allé à gauche au lieu de tout droit.  Une femme criait en arrière; je me suis tourné pour lui dire tais-toi.  Au même instant mon camion tassait vers la gauche; j’ai essayé en vain de le ramener, j’ai appliqué les freins mais je suis tombé dans la rivière.

Un des jeunes était assis en avant avec moi et Florent Barthe était assis avec les autres en arrière.  Florent a brisé la vitre de la porte arrière et a crié : restez pas en arrière.  Florent est resté et j’ai crié suivez-moi et je suis aussi sorti par en arrière.  Florent est monté sur le toit du camion en sortant j’ai crié une fois sorti et Florent m’a tiré par le bras et j’ai aussi monté sur le toit.  Il faisait très noir.  Nous avons regardé en vain si nous ne verrions pas les autres, après nous être [illisible] nous avons nagé vers le rivage.  Nous sommes parvenu à allumer un petit feu au bout de 1 heure et nous sommes restés là jusqu’au matin.  Nous sommes descendus à St-Michel à pied (12 milles).  Nous avons pris un café et nous avons averti la Sûreté du Québec.

Samedi, à partir du matin jusqu’à 7 heures j’ai pris 12 petites bierres [sic] tranquillement; j’ai aussi pris 6 petites bierres de 7 heures au moment de l’accident.  Nous avons mangé tout en prenant notre bierre tranquillement.  Je me sentais pas les facultés affaiblies.

Cette déclaration, signée le 27 juin 1977, fut corroborée par son copain Florent Barthe, qui habitait alors au 661 Matawin à St-Michel des Saints.

Cette déclaration détonne sur plusieurs points, d’abord par le fait que cette version est celle de l’homme que le coroner tient pour criminellement responsable.  Quelle valeur peut-on accorder à cette parole?  Les cinq victimes ne pouvaient évidemment plus parler pour leur défense.

En fait, cette déclaration soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.

Sobczynski affirmait que sa femme l’avait suivi dans une autre voiture, en route vers Saint-Michel des Saints, mais sans préciser le rôle qu’elle a joué par la suite.  Faisait-elle partie de la seconde portion du voyage?  Si oui, fut-elle témoin de quelque chose?

Difficile aussi de comprendre les circonstances dans lesquelles les cinq jeunes autochtones sont montés à bord de la fourgonnette, et surtout pourquoi ils auraient demandé au conducteur de se dépêcher.  Le fait de mentionner que « la police est sévère » sans autre précision ne renseigne sur rien du tout.  Au contraire, ce détail amplifie le mystère.

Et cette femme qui « criait à l’arrière » était-ce Thérèse, Nicole ou Marie?  À moins que ce détail provienne de l’imagination du conducteur?  Après tout, ce dernier semble attribuer sa perte de contrôle au fait que sa conduite ait été perturbée par le comportement d’une passagère.  Il n’assumait visiblement pas son ivresse.  Après tout, il admet lui-même avoir bu 18 bières dans les heures qui ont précédées le drame.  Et à cela, il a le culot d’utiliser à deux reprises le qualificatif « tranquillement » pour décrire sa consommation.  Qu’on les prenne « tranquillement » ou non, le fait d’ingurgiter 18 bières en quelques heures tout en conduisant une fourgonnette se rapproche davantage d’un comportement alcoolique plutôt que de celui d’un conducteur responsable.  Personnellement, je ne bois même pas 18 verres d’eau en une seule journée!

Et comment interpréter ses propos quand il essaie de raconter comment il a tenté de sauver ses cinq passagers.  Cherchait-il à minimiser encore une fois sa responsabilité?

Sans vouloir jeter la pierre à qui que ce soit, ce sont-là de simples questions d’intérêt public.

Évidemment, comme l’ont fait remarquer dernièrement les familles et amis des victimes dans les médias, un autre détail vient s’ajouter à la liste des éléments étranges : sur les sept personnes qui prenaient place à bord du véhicule, les deux seuls survivants, comme par hasard, étaient les seuls Blancs.

En 2016, suite à la diffusion d’un reportage de Radio-Canada, la Sûreté du Québec acceptait de rouvrir l’enquête.  Lors de cette annonce, selon ce qu’a appris Historiquement Logique, Florent Barthe serait mort subitement.

En septembre 2017, Radio-Canada couvrait à nouveau l’événement, mais cette fois pour expliquer que le DPCP venait de se déplacer jusqu’à Saint-Michel-des-Saints pour dévoiler à la Nation Atikamekw qu’il n’y aurait finalement aucune accusation de portée contre le conducteur.  Il semblerait que sa déclaration soit insuffisante pour porter des accusations au criminel puisqu’il n’y a aucune garantie que celle-ci soit acceptée en preuve lors d’un éventuel procès.  Et si le dossier ne comporte aucune autre preuve solide, il serait effectivement très risqué d’entamer un procès criminel reposant sur une seule déclaration dont l’admissibilité n’est pas assurée à l’avance.  D’ailleurs, le conducteur de la fourgonnette aurait refusé de collaborer avec les policiers.

Et puisque notre système judiciaire défend le principe fondamental de l’innocence jusqu’à preuve du contraire, il nous faut respecter cette décision.  La question est maintenant de savoir s’il y a eu des lacunes ailleurs.

Nancy Roy, avocate et directrice générale de l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues, a déclaré que, selon elle, le coroner et les enquêteurs de l’époque n’avaient pas bien fait leur travail.  Constant Awashish, grand chef du Conseil de la Nation Atikamekw, demande quant à lui des excuses publiques.  S’il est impossible de détailler le déroulement de l’enquête policière sans le dossier de police, il semble que la moindre des choses serait d’accorder cette mince consolation demandée par M. Awashish.

D’autre part, le chef de Manawan, Jean-Roch Ottawa, s’est offusqué que cette rencontre avec le DPCP ce soit tenue à Saint-Michel-des-Saint et non à la Manawan, où habitaient les cinq victimes.

Aujourd’hui, il apparaît évident que la couverture médiatique de 1977 a été défaillante et que l’enquête du coroner Laferrière semble anormalement anorexique comparativement à des affaires impliquant moins de victimes et parfois même des décès réellement accidentel.  Bref, il a visiblement manqué de rigueur.

À titre de comparaison, revenons sur l’affaire Sclater, ce meurtre commis en Haute Mauricie en 1905.  Nous étions alors à une époque où la civilisation québécoise était moins bien développée qu’en 1977 et pourtant tous les grands journaux de l’époque ont dépêchés un représentant à Trois-Rivières, dont celui de La Patrie qui a accompagné un policier jusqu’à Grande Anse.  Lorsque « la bonne histoire » est flairée, on ne peut donc pas dire que c’est la distance qui fait peur aux journalistes.  Faudrait-il en déduire un manque d’intérêt pour les nations autochtones?  Un racisme médiatique?

Et comme si ce n’était pas assez, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a permis à Historiquement Logique d’apprendre que trois mois après le drame de juin 1977, le père d’une des victimes, Jérôme Petiquay, était à son tour victime d’un drame horrible.  Encore une fois, c’est le coroner Ulysses Laferrière qui conduisit l’enquête qui se résume … en quatre pages.  Et cette fois il atteignait le comble du ridicule.  Dans la zone réservée au moyen d’identifier le corps, il répond : « en le voyant ».

Malgré tout, le document nous apprend que Jérôme Petiquay a été tué le 22 septembre 1977.  Encore une fois, le coroner se fit très imprécis dans son résumé : « dans le cas présent il s’agit du meutre [sic] de Jérôme Gilbert Petiquay commis par Jean louis Quitish.  Je n’ai pas vu le cadavre qui fut envoyé à la morgue.  Le procureur de la couronne a obtenu de Québec la permission de traduire directement Quitish en cours criminelle sans passer par le coroner, et cela à cause de dépenses considérables que nécessiterait cette enquête avec des indiens.  Je n’ai vu que le criminel et l’escouade de la sûreté du Québec, section des crimes contre la personne »[5].

Extrait de l’enquête de coroner sur la mort de Jérôme Petiquay en septembre 1977.

Certes, le coroner Laferrière ne maniait pas la plume aussi aisément qu’un Stephen King ou un Stéphane Bourgoin en matière de description de scène de crime.

Devant une affaire aussi mystérieuse et inquiétante d’un point de vu de couverture médiatique et policier, il est difficile de ne pas soulever des questions lourdes de sens.  Y a-t-il une justice à double vitesse?  Le multiculturalisme québécois envers les pays étrangers témoigne-t-il de notre hypocrisie, puisque nous levons le nez sur ces communautés qui occupaient cette terre bien avant l’arrivée de Samuel de Champlain?

(si vous possédez de l’information dans ce dossier ou tout autre histoire semblable touchant la communauté Atikamekw, n’hésitez pas à m’écrire : eric.veillette@hotmail.ca)

 


 

 

[1] Étrangement, l’article utilise d’abord le terme Amérindien avant d’utiliser ce lui de « Indien », un mot aujourd’hui considéré comme plus péjoratif et inapproprié.

[2] Joli pléonasme.

[3] Pour en savoir davantage, je vous invite à lire mon article sur l’affaire Alarie de 1967 : https://historiquementlogique.com/2012/07/20/laffaire-alarie-et-le-coroner-marcel-chartier/

[4] Si dans l’article du Petit Journal et dans les documents relatifs à l’enquête du coroner on utilise de manière inappropriée les mots « camionnette », « vanne » ou « camion », le terme le plus précis est celui de fourgonnette.  Une camionnette réfère à un véhicule de style pick-up, donc à boîte ouverte, tandis qu’un camion relève plutôt de la catégorie des poids lourds.

[5] Les fautes sont retranscrites tel que vu dans le document, incluant l’absence de lettres majuscules aux endroits appropriés.