La marâtre: les années d’incarcération (2/5)

Victor Cavendish, duc du Devonshire, était Gouverneur Général du Canada au moment où il fallut décider du sort de Marie-Anne Houde. C’est à lui que la marâtre doit la vie, puisque sa sentence de mort a été commuée en emprisonnement à vie 48 heures avant sa pendaison.
Cavendish s’est éteint en 1938, soit deux ans après la marâtre.

Le 17 septembre 1920, moins de deux semaines avant la date prévue pour l’exécution de la marâtre, Robert Bickerdike, grand défenseur de l’abolition de la peine de mort et président de la Canadian Prisoners Welfare Association (ci-après la CPWA), réécrivait au ministre de la Justice, Charles Doherty. La lettre était accompagnée d’une pétition contenant des signatures provenant de toutes les classes de la société. Les signataires étaient d’avis que Marie-Anne Houde n’était peut-être pas saine d’esprit. Décidément, les auteurs de ce commentaire n’avaient pas assisté au procès. Ils auraient sans doute vu à quel point la théorie de la défense ne tenait pas la route.

Cette pétition, qui s’échelonne sur 28 pages, englobe des signataires de Longueuil, de Saint-Lambert, de Montréal, d’Outremont, de Westmount, et même d’Edmonton (Alberta). Pour la majorité, on l’aura deviné, ce sont des canadiens anglophones. Pourquoi les anglophones se sont-ils sentis aussi interpelés par la cause de la marâtre si ce n’est, peut-être, à cause de leur militantisme plus avancé que les Québécois en matière d’abolition de la peine de mort?

Le 22 septembre, Robert Bickerdike réécrivit au ministre Doherty pour lui envoyer une autre partie de la pétition, à croire que les membres de la CPWA s’étaient investis à récolter des signatures tout au long du mois de septembre.  On prit la peine de souligner que le révérend Henderson, principal représentant de l’Église méthodiste au Canada, avait pris la responsabilité de ces pétitions.  Bickerdike soulignait que « dont you think, sir, it would be something awful to hang this woman while she is still nursing those twins? ».

On a vu dans le premier article de cette série à quel point on se servait de l’argument selon lequel Marie-Anne Houde avait deux jeunes bouches à nourrir. Rapidement, cet argument s’est retrouvé dans la bouche de tous ceux et celles qui se prononcerait en faveur de la commutation de peine. La marâtre elle-même finirait par l’englober à son propre discours, comme nous le verrons bientôt.

Le 24 septembre 1920, c’est Madame J. A. Beaubien, une résidente du 51 Claire-Fontaine à Québec, qui s’identifiait elle-même comme « une mère de famille de Québec », qui se permit d’écrire au ministre. Cette lettre dactylographiée, je la reproduis ici dans son intégralité avec ses erreurs :

Dans huit jours Québec aura à enregistrer dans ses annales de 1920, la pendaison d’une femme, une mère de famille, la femme Gagnon.

N’est-ce pas quelque chose qui porte à la répulsion et qui fait passer dans tous les membres de chaque individu ce frisson glacial dont on se désempare difficilement. Cette pauvre misérable meurt déjà à chaque lever du jour, lorsque le soleil lui annonce une journée de moins à vivre par la pensée de la date finale de son existence.

Son crime a été odieux vous allez me dire, en faisant mourir à petit feu la petite martyre que l’on ne pourra jamais oublier.  J’en conviens, et c’est en mémoire de cette enfant que j’admets que toute âme bien née doit vouloir à son ou plutôt ses bourreaux, un châtiment bien mérité, sans pour cela rendre le mal pour le mal en enlevant la vie.

Nous vivons dans une province essentiellement catholique, et du haut des chaires de vérité, l’on entend sans cesse ceux qui nous dirigent développer les paroles de Dieu : « Tu rendras le bien pour le mal; Tu donneras si tu veux être pardonné ». Dieu a dit aussi; « Tu ne tueras point ». Il n’a pas dit : « Tu tueras celui qui aura tué ».

Enfin, dans notre pays comme dans bien d’autres que l’on dit civilisés, la loi veut la peine de mort, alors je m’incline devant elle tout en demeurant réfractaires de conviction. Seulement, il m’est bien permis de crier contre l’injustice apparemment commise, lorsque le compagnon de vie de la condamnée jouit de l’esistence [sic] au pénitencier, et qui, après avoir juré à l’autel de la protéger contre le mal, non seulement pour servir ses intérêts personnels, mais pour la sauvegarder elle-même, n’a pas su crier vengeance en présence de semblables cruautés infligées à son enfant propre, avant même qu’ellesf[1] fussent poussées jusqu’au crime.

On lui laisse la vie à cette brute de haute stature en face d’une femme de taille plutôt dérisoire (on a prétexté crainte pour la sauver) et n’était-ce pas lui qui devait la ramener à la raison et lui faire reconnaître son erreur lorsqu’en revenant de son travail, il trouvait la chair de sa chair couverte de plaies hideuses?

N’était-ce pas lui qui devait compren– sain de santé, n’ignorait pas dans quelle situation était sa femme? N’était-ce pas lui qui devait comprendre que par l’œuvre de Dieu les nerfs de cette femme étaient plus que jamais surrexcités [sic], alors qu’il aurait dû lui enlever sa proie et la placer en lieu sûr à l’abri de toute attaque? Il a cessé de frapper lui-même parce qu’il constatait que l’enfant devait en recevoir assez de sa belle-mère.

Je n’ai pas à refaire le procès du père à qui l’on a donné la liberté de vivre, j’admire plutôt son avocat, digne défenseur, dont l’éloquence aurait dû tout aussi bien toucher les jurés dans le cas de sa cliente; mais, s’il doit y avoir justice faite, que ce soit justice égale, et si le père de la victime a le droit de vivre, qu’il en soit ainsi de la pauvre désiquilibrée [sic].

Pouvons-nous compter bien des familles qui n’ont pas eu à souffrir de la non-responsabilité de la mère en temps importuns, que ce fut causé par l’excès de travail, l’absence de force physique, ou l’abattement complet du moral par la venue trop rapprochée d’un grand nombre d’enfants?

Que de mères sous l’œuvre de la création, ont eu à déplorer par la suite, la souvenance d’impatiences sans nombre parfois poussées à l’excès par plusieurs d’entre elles à l’égard de leur propres enfants.  Elles avaient peine à se reconnaître elles-mêmes tant leur nature était transformée; de même cette pauvre malheureuse a agi sous l’effet d’une dépression mentale.  Heureuses sont les familles pour qui ces moments regrettables n’ont été que passagers, tandis que bien d’autres se sont vues forcées de confier aux asiles ces pauvres mères qui ne devaient plus compter au foyer.

Il n’y a certainement pas de rapprochement à faire avec les monstruosités dont la femme Gagnon s’est rendu coupable, mais si l’on considère combien souventes fois ces humeurs massacrantes se sont faires sentir chez des personnes bien douées au point de vue du sens moral, on peut s’expliquer cette espèce de barbarie chez celle dont l’esprit est demeuré inculte; de son état normal à la folie, il n’y avait qu’un pas à faire, et c’est ainsi que cette femme, avec un sang-froid qui ne se rencontre que chez des dépourvus de toute lucidité d’esprit, a pu voir de ses yeux pendant des mois, les plaies qui résultaient des coups administrés par elle sur cette chair d’enfant qui demandait grâce.

Tout comme son défenseur, je plaide folie momentanée, et au nom de toutes celles qui ont eu à subir plus d’une fois les angoisses de la maternité, j’implore pour l’existence de la condamnée.  À l’exemple de Dieu qui lui pardonne il y a déjà longtemps, qu’on lui laisse ce qu’Il a laissé à l’humanité condamnée à mourir; l’incertitude de l’heure et [du] jour, qui une fois connus, fait de l’attente de la mort, la pire torture morale.

On dit que Québec ne s’est pas montrée favorable à la requête en faveur de la commutation de la peine de mort, à en juger par la feuille qui est restée presque blanche.  Si ceux ou celles chargés de la produire ont brillé partout par leur absence, comme il en a été fait auprès de moi et de mon entourage, il n’y a rien d’étonnant que l’on n’en ait retiré que de l’insuccès.

J’aurais été heureuse ainsi que bien d’autres de signer une requête aussi humanitaire.

J’espère encore, et je crois être l’interprète de la majorité des femmes de Québec en implorant pour celle qui aurait pendant toute sa vie au pénitencier, le remords d’avoir fait d’un de ces anges que Dieu nous envoie, la petite martyre que fût Aurore Gagnon.

Pitié pour ceux à qui elle a donné le jour sous les murs d’une géole.  Que le souffle de vie qu’elle leur a inculqué lui soit transmis et qu’elle vive!

Une mère de famille de Québec.

Extrait du bottin Marcotte pour la Ville de Québec, 1920.

Difficile de rester sans commentaire devant cette lettre d’une autre époque. Tout d’abord, en vérifiant l’annuaire Marcotte de la ville de Québec, on constate que l’auteure de cette missive disait la vérité quant à son identité. Selon l’annuaire, à l’adresse 51 de la Claire-Fontaine, on retrouvait « Beaubien J. A., Lt-Col. 9e Regt. ».  La « mère de famille » était donc une épouse de militaire.

Selon le Guide des sources pour les unités du Corps expéditionnaire canadien, produit par Bibliothèque et Archives Canada (BAC), le Lieutenant-Colonel J. A. Beaubien a commandé le 5e Bataillon de la garnison Canadienne. Ce régiment a été créé en avril 1918 dans le District Militaire 5 avant d’être démantelé le 30 septembre 1919.  Beaubien était certes un militaire de carrière puisqu’on croise son nom en 1904 alors qu’il donnait sa démission avec plusieurs autres comparses pour des raisons que, toutefois, nous ignorons[2].

On aura aussi compris qu’il faut être prudent envers le discours religieux. Il est toujours risqué d’appuyer ses propos en citant la Bible, ce recueil de 72 livres différents qui sont loin d’être des documents de référence en Histoire. Certains de ses arguments prouvent aussi qu’elle n’a pas assisté au procès. D’autre part, son opinion contre la peine de mort reste respectable en comparaison aux autres lettres contenues dans le dossier judiciaire.

C’est aussi le 24 septembre qu’une lettre inusitée fut adressée au ministère de la Justice. Elle portait cet en-tête peu banal: « Professor Wm. H. Maccabee, Occult Investigator of Crime, Missing Persons Located, Mysteries Solved ». La lettre provenait de Brooklyn.  Ce personnage voulait obtenir les détails à propos des naissances des jumeaux pour un besoin astrologique, afin de savoir ce que le futur allait leur réserver.  Il prétendait que ces informations seraient d’une aide précieuse pour des professeurs qui enseignaient les sciences occultes.  Bref!

Le 25 septembre, le Dr R. Fortier informa le ministre qu’il avait examiné les deux enfants de Houde et que le fait de supprimer l’allaitement maternel par un allaitement artificiel « serait de nature à compromettre leur santé parce qu’un allaitement artificiel est toujours préjudiciable à l’enfant avant le sixième mois.  De plus, parce que les soins donnés par la mère valent toujours mieux que ceux donnés par n’importe quelle mercenaire ».

Le 27 septembre, c’est une lettre de la St.Mary’s Rectory de Montréal qui arrivait sur le bureau du ministre Doherty. En anglais, on demandait la clémence sans toutefois minimiser l’horreur du crime commis. R. Y. Overing, recteur de la St.Mary Church, se permettait d’écrire : « j’ai été convaincu depuis que j’ai lu les rapports du procès que la femme n’est pas normale. En ma capacité de membre du clergé je suis venu en contact avec la nature humaine dans des manifestations variées et j’ai vu le bon côté de l’existence ».

De quels « rapports » parlait-il?  Des comptes rendus des journaux? Avait-il lu uniquement les rapports des experts de la défense?

Évidemment, il est facile mais inexacte de déclarer quelqu’un anormal simplement en lisant des articles de presse. Il en va de même en se fiant uniquement sur des rapports préparés pour la défense. Ce n’est là qu’étudier une seule facette du problème. Pour obtenir un point de vu éclairé et surtout honnête, il faut assister au procès et en étudier toutes les subtilités.

Le 27 septembre, à 23h10, un certain Thomas Vien envoya un télégramme au ministre Doherty pour lui demander s’il serait à Ottawa le lendemain afin de lui parler de l’affaire Marie-Anne Houde.

Le 28 septembre, c’est une lettre signée par Mary Hunt Johnson de l’Ontario qui partageait au ministre son opinion selon laquelle la justice devrait plutôt suivre son cours, car ce serait la meilleure façon de prévenir d’autres actes horribles que pourrait commettre la marâtre.

Le 29 septembre, M. F. Gallagher, chef du Services des Pardons, envoya un memo au ministre de la Justice pour lui signaler qu’il se sentait enclin à recommander la commutation de la sentence. Pour en arriver à cette décision, il utilisait le fait qie Marie-Anne Houde avait enfanté en juillet et que ces poupons n’avaient pas encore atteint l’âge de 3 mois. Selon une note manuscrite apparaissant dans la marge, cette première opinion venant d’un officiel fut transmise au Gouverneur Général à 19h00 au soir du 29 septembre. L’urgence commençait à se faire sentir puisque la pendaison de la marâtre était prévue pour le 1er octobre.

Toujours le 29 septembre, Thomas Mulvey, sous-secrétaire d’État, envoya un télégramme au Shérif du district de Québec pour l’informer que « Son Excellence le Gouverneur Général s’est montré en faveur pour commuer en emprisonnement à vie la sentence de mort passée par M. le Juge Pelletier sur Marie-Anne Houde ou Gagnon. » Le tout annonçait qu’il y aurait confirmation par lettre le lendemain. Malheureusement, l’heure de transmission du télégramme, effectuée par la Great North Telegraph Company of Canada, n’est pas indiquée. Mais en sachant que le Gouverneur Général a reçu l’avis de Gallagher à 19h00, on peut imaginer que ce télégramme a été envoyé d’urgence dans les quelques heures qui ont suivis. À tout le moins avant minuit.

Simultanément, Mulvey envoya aussi un télégramme au Juge Pelletier pour l’informer de la commutation de peine. On imagine, en regard de ce qu’il avait exprimé dans une lettre, sa déception. Marie-Anne Houde, reconnue coupable du meurtre d’Aurore Gagnon, évitait donc la pendaison.

Le 30 septembre, Robert Bickerdike envoya une pétition au ministère de la Justice. Bel effort, mais son souhait avait déjà été réalisé la veille au soir. Peu après, le Shérif Cléophas Blouin renvoya un télégramme à Mulvey pour confirmer avoir reçu la décision du Gouverneur. À cette époque, le Gouverneur Général du Canada était Victor Cavendish, duc du Devonshire. Il occuperait cette fonction jusqu’au 19 juillet 1921. C’est donc à lui que Marie-Anne Houde devait la vie.

Télégramme annonçant la décision du Gouverneur Général Cavendish sur la question de la commutation de la peine de Marie-Anne Houde.

Le lendemain, Thomas Mulvey écrivit une confirmation selon laquelle on pouvait annoncer publiquement que la marâtre évitait la corde.

Le 30 septembre, le public pouvait lire la nouvelle à la dernière page de L’Action catholique. On y soulignait que le bourreau Arthur Ellis se trouvait déjà à Québec dans le but de préparer l’exécution. Selon cet article, on apprend que c’est Me Francoeur, dans la soirée du 29 septembre, qui s’était rendu à la prison pour annoncer la nouvelle à sa cliente. Et ainsi « la femme Gagnon éclata en sanglots et au milieu de ses larmes elle disait : « je suis heureuse pour mes enfants ».  Depuis quelques semaines la femme Gagnon réalisait  très bien sa pénible position mais elle ne se plaignit jamais elle-même. L’avenir de ses enfants la préoccupait continuellement et à plusieurs occasions elle dit à ceux qui lui rendaient visite : Si mes enfants sont placés dans des familles privées, je mourrai heureuse ».

Le fait qu’on précise qu’elle ne se plaignait pas est un fait qui allait changer avec les années, comme on le verra dans les lettres qu’elle nous a laissées.

C’est Thomas Vien, membre du bureau légal Francoeur, qui se trouvait à Ottawa pour intercéder en faveur de Houde, qui a appris la bonne nouvelle.  « Questionné ce matin au sujet de cet événement, M. Francoeur dit que ce qui a aidé fortement à obtenir la commutation de sentence c’est le fait que dix sur les douze jurés, qui avaient rendu un verdict de coupable contre la femme Gagnon, ont signé une requête demandant au Gouvernement de changer la sentence ».

On rapportait d’Ottawa que le cabinet des ministres s’était réunis pour en venir à décider qu’il était préférable de commuer la sentence.  L’article prévoyait, avec une exactitude surprenante, que Houde passerait encore quelques mois en prison avant d’être transférée dans un pénitencier fédéral à Kingston et que : « une famille de Québec s’est offerte à adopter les deux enfants et il semble certain que le désir de la femme Gagnon sera accompli ».

Dès qu’il a appris la nouvelle, c’est-à-dire le 30 septembre, le juge Pelletier envoya une petite note à Thomas Mulvey pour lui signaler qu’il avait bien été mis au courant, tout en se permettant, en anglais, le commentaire suivant : « je suppose que la seule chose logique à faire maintenant serait d’amender le statut pour exempter les femmes de la peine capitale ».

On serait tenté d’imaginer le stress éprouvé par Marie-Anne Houde dans l’attente de son exécution. Malheureusement, dans les lettres écrites de sa main conservées dans les archives, elle n’en fait aucune allusion. Ces lettres, que nous verrons de plus près à partir de la semaine prochaine, nous dévoileront une autre partie de sa personnalité.

La marâtre était-elle une manipulatrice meurtrière ou finirait-elle par regretter réellement son geste?


[1] Les mots ou les lettres raturés sont retranscris tel que vu dans le document original.

[2] Cette information est tirée du journal des débats de la Chambre des communes du Canada, 1904, Vol. 38, no. 6, documents de la session 12-16.

Publicités

Un autre roman qui critique la justice?

juge-fouDans son roman Une justice à la dérive, l’auteure Claire Bergeron se permet une critique sévère du système judiciaire.  Dans le résumé apparaissant en quatrième de couverture, elle parle même de procès bâclé.  En plus d’un titre qui se veut lui aussi très critique, elle présente la dédicace suivante : « à chacun d’entre vous qui fut le témoin ou la victime d’une justice aveugle ».

Ce n’est pas tout.  Le ton s’amplifie avec une dédicace de Montesquieu qui se veut toujours aussi cinglante : « il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec la couleur de la justice ».

Je le concède : tout cela donne envie d’aller voir plus loin, de comprendre les faits qui ont poussés l’auteure à offrir ce regard d’opinion.  Mais ça rebute aussi les esprits rationnels qui cherchent encore les arguments solides pour appuyer cette idée.  Ça me rappelle le documentaire Novembre 84 qui dès son ouverture critiquait vertement le travail policier avant même qu’on sache de quoi on allait parler.

Manque de profondeur ou d’objectivité?  Attendons de voir un peu.

On en arrive à la page suivante, c’est-à-dire la note de l’auteure, laquelle se lit intégralement comme ceci : « ce roman est inspiré d’une histoire réelle.  Mais les personnages et les circonstances ont été modifiés au gré de mon imagination; Une justice à la dérive est une œuvre de fiction.  Ce que j’ai retenu des divers documents consultés à Bibliothèque et Archives Canada, à Ottawa, est, que si le jury est le pilier de notre système judiciaire pénal, il n’en demeure pas moins qu’il est composé de douze personnes que rien dans leur existence n’a préparées à cette tâche cruciale et qu’elles délibèrent uniquement à partir de faits portés à leur connaissance.  La mort étant irréversible, la peine capitale ne devrait plus, dans aucun pays, constituer une condamnation admissible ».

Cette dernière phrase est une belle façon de dénoncer la peine de mort, mais peut-être devrait-on rappeler à Mme Bergeron qu’elle a été aboli au Canada il y a maintenant plus de 40 ans!

Le reste du livre laisse place au roman, sans aucune autre note pouvant nous permettre d’identifier clairement « l’histoire vraie » qui se cache derrière cette inspiration.

1675191-gfUne critique saine envers le système judiciaire, je veux bien.  Mais pour cela, il faut présenter des arguments solides, comme l’a fait, par exemple, Me Clément Fortin en parlant de « fraude judiciaire » après avoir étudié l’ensemble du dossier concernant le meurtre de l’hôtelière de Percé en 1969[1].

Tout d’abord, le titre que Claire Bergeron donne à son œuvre est très explicite.  En un mot, elle qualifie la justice de système « à la dérive ».  Ce n’est pas rien, car cette interprétation laisse entendre qu’il se dégrade continuellement et qu’il est pratiquement irrécupérable.  En plus de cette citation soigneusement choisie, elle s’attaque sévèrement au rôle des jurés.  Quels sont ses arguments?  Puisque le reste de son roman est une « fiction », comment peut-on prétendre apporter des arguments valables pour remettre en question un système qui a fait ses preuves depuis des siècles et que, de toute évidence, elle ne semble pas s’être donné la peine de comprendre?

En principe, nous devrions en rester là.  Son argumentation est non seulement faible mais carrément inexistante.  Pour une critique honnête, on s’attendrait plutôt à un récit des faits de cette affaire criminelle qu’elle a consulté dans les archives.  En reconstituant fidèlement le véritable procès, sa critique aurait-elle été la même?

Devant un roman, le lecteur ne peut évidemment pas se faire une opinion sur des faits qui ont été modifiés, transformés ou effacés.  L’approche est incorrecte et biaisé.  Tout de même, j’ai eu la curiosité de me mettre au défi de découvrir la véritable affaire criminelle qui se cache derrière ce roman.  Pour cela, il faut d’abord en extraire les points importants qui peuvent être comparés à des faits connus.

Dès le premier chapitre, il est question d’un verdict de culpabilité pour meurtre prémédité prononcé à Amos le 6 octobre 1944.  Le condamné se nomme Florent Lamonde.  Il a 20 ans.  Son crime?  Un double meurtre.  En fait, il a tué une femme enceinte dans des circonstances que l’on découvre seulement plus loin.  L’avocat de la défense a pour nom Félix-Xavier Gagnon, alors que le juge s’appelle Adjutor Blondeau.  Le ton utilisé laisse également entendre une critique sur la durée des délibérations : 19 minutes.  D’ailleurs, le premier point qu’elle remet en question, par l’entremise d’un personnage qui se fait journaliste, est justement la brièveté de cette délibération.   Elle la considère comme une première preuve d’un procès bâclé.  Sans doute faudrait-il rappeler qu’à cette époque, et même pour la période où l’on pendait au Canada, c’est-à-dire de 1867 à 1976, les délibérations qui ont durées plus de quelques heures ont été rares.  Elle oublie que les jurés ne forgent pas uniquement leur opinion lors de cette dernière étape, mais tout au long du procès, que ce soit en écoutant attentivement les témoins ou les plaidoiries des procureurs.  Cet argument est donc vide de sens.

            Par la suite, le personnage de Florent tombe amoureux d’une belle polonaise prénommée Irena.  Mais l’argent qu’il gardait pour l’épouser, il doit le sacrifier pour placer son jeune frère malade de tuberculose dans un sanatorium, ce qui repousse le mariage d’une autre année puisque Florent peut seulement amasser sa fortune sur les chantiers.  Mais voilà.  La belle Irena ne le prend pas et décide de le quitter.  Désemparé, Florent se tourne alors vers le dernier moyen à sa portée : le vol.  C’est donc en cambriolant ses voisins, les Sicard, que les choses tournent mal et Mme Sicard, enceinte, perd la vie.  À retenir : les Sicard prévoyaient s’installer dans une nouvelle maison puisqu’ils habitaient une cabane plutôt désuète et inconfortable.

            Voilà donc la version romantique, à peu de choses près.

Puisque le personnage de Florent Lamonde est condamné à être pendu, je me suis dit qu’il était sans doute possible de retracer le cas réel qui se cache derrière ce roman.  Nous avons donc un jeune homme de 20 ans condamné pour double meurtre à Amos devant un juge nommé Blondeau en 1944.

 Parmi tous les condamnés à mort que le Québec a connu depuis la Confédération de 1867 jusqu’à l’abolition de 1976, celui qui semble correspondre le plus au profil s’appelait Laurent Lamirande.  Lui aussi avait 20 ans lorsqu’il commit un double meurtre à Authier, en Abitibi, dans la nuit du 25 au 26 mars 1942.  Ses victimes étaient Mme Richard et Paulette Richard, cette dernière étant âgée de 9 ans.  Le procès de Lamirande a eu lieu à Amos devant le juge Noël Belleau, du 29 septembre au 2 octobre 1942.

ScreenHunter_682 May. 26 20.23Dans La Gazette du Nord, voici ce qu’on racontait le 3 avril 1942 à propos du crime : « Jeudi, le 26 mars, la paroisse St-Jude d’Authier fut plongée dans l’émoi par la mort tragique et accidentelle de madame Henri Richard et de sa jeune fille de 8 ans.  C’est un des voisins, M. Adélard Bergeron, qui, à l’aube du jour, trouva les restes des deux victimes dans un brasier fumant, la maison qui les abritait ayant été brûlée de fond en comble.  Madame Richard vivait seule avec sa jeune fille, dans sa demeure, sur le lot de terrain que la famille Richard a acquis il y a 25 ans; son époux travaillait à l’extérieur depuis plusieurs mois dans le but de se faire des épargnes pour se bâtir une maison qui aurait remplacé le « shack » primitif, chacun de son côté s’imposait les sacrifices nécessaires pour arriver au but projeté; on se réjouissait, à l’avance, à la pensée que l’on pourrait enfin jouir dans une maison confortable.  Hélas!  La Providence y a mis son doigt, dans une nuit affreuse et malheureuse, nous avons vu disparaître, l’épouse, la fille et l’argent, tout est brûlé avec le modeste logis, tout est consumé.  Le chef abandonnera sa paroisse pour aller continuer son travail près de Val d’Or où il demeurera avec sa fille et son gendre M. Foreagin ».

Quoique l’incident passa d’abord pour un incendie accidentel, l’enquête policière détermina qu’il s’agissait d’un double meurtre.

On retrouve un autre point où le roman rejoint la réalité, lorsque La Gazette du Nord écrivait, le 2 octobre 1942, que « l’accusé est un jeune homme de 20 ans à l’air calme et placide, d’un aspect plutôt sympathique.  Rasé de frais, il est vêtu avec élégance et n’a rien de la plupart des figures qui défilent à la barre des accusés ».  Le personnage de la romancière passait également pour un bon et beau garçon.

Lors du véritable procès, la Couronne était représentée par Me Gérald Fauteux de Montréal, et assisté de Me Henri Drouin, d’Amos.  Quant à l’accusé, il était défendu par Me Lucien Gendron.

Cet article nous apprend aussi que le canon brûlé d’une carabine a été retrouvé dans le brasier et qu’il y avait une somme d’argent considérable dans la maison.  De plus, le socle de la lampe au kérosène aurait été retrouvé à bonne distance de ses autres pièces, ce qui semblait éliminer la possibilité de l’avoir accroché accidentellement, comme le prétendra la défense.

Dans la parution du 9 octobre 1942 du même journal on apprend, ô surprise, que les délibérations s’échelonnèrent sur 55 minutes.  Henri-Julien Richard, le mari et le père des victimes, s’était éteint à l’âge de 61 ans le 13 juin, quelques mois seulement après le drame.  Malgré l’absence de ce témoin potentiel, la Couronne arriva à prouver que celui-ci avait envoyé, depuis les chantiers, la somme de 400$ ou 450$ à sa femme.  « Cet argent était destiné à la construction d’une maison plus grande et plus confortable qui devait remplacer la modeste maison de bois de sa famille ».  Voilà donc un autre détail qui confirme la chose : la romancière s’est inspirée de l’affaire Lamirande.

Lamirande aurait fait une première confession en affirmant que deux inconnus lui auraient emprunté sa carabine pour aller commettre un vol chez les Richard.  Pour son aide, on lui aurait donné 100$.  Mais le lendemain, il livrait une autre version aux détectives et selon laquelle entre 23h00 et minuit il s’était rendu chez les Richard « la porte de la maison n’étant pas verrouillée, il y est entré et a pénétré dans la chambre de Madame Richard éclairée par une lampe basse. Madame Richard s’est levée.  Lamirande lui a lancé sa carabine d’une distance de trois ou quatre pieds et Madame Richard est tombée sur son lit, pour ne pas se relever.  La fillette Paulette Richard ne s’est pas réveillée.  L’accusé se serait alors emparé de l’argent contenu dans la saccoche [sic] qui reposait sur le bureau, environ 200$ mais qu’en faisant un faux mouvement il aurait renversé la lampe allumée.  Rentré chez lui il aurait caché l’argent entre le moteur à essence et le moulin à faucher dans la grange de son père, se serait couché et serait ensuite allé au feu »[2].

noc3abl-belleau
Le juge Noël Belleau, qui prononça la sentence de mort contre Laurent Lamirande en 1942.

 Dans une troisième version, il avoua : « j’ai fait l’incendie des Richard, par découragement, par découragement d’amour, je voulais me marier et je n’avais pas d’argent ».  C’est apparemment cette dernière déclaration qui a convaincu le jury de le déclarer coupable de meurtre avec préméditation et non d’homicide involontaire.  D’après ce compte rendu, il n’y a donc pas matière à crier à l’injustice, et encore moins de parler de « dérive ».  Encore faudrait-il une étude exhaustive de tout le dossier pour en avoir le cœur net.

Par tous les moyens, la défense tenta de sauver la vie de son client, mais le 13 avril 1943 la Cour d’appel confirma le verdict et renvoya le condamné subir sa sentence.  Le 4 juin 1943, Lamirande devint le premier condamné canadien à être pendu de nuit, à 0h30 plus précisément.  Son décès fut constaté à 0h49.  La veille, « il pleura à plusieurs reprises dans la soirée, disant regretter son crime », pourra-t-on lire dans La Patrie.

Quand je pense à d’autres romanciers comme André Mathieu, qui a fortement critique le procès de Marie-Anne Houde sans jamais l’avoir lu, je me demande jusqu’à quel point il n’existe pas une culture visant à critiquer le système judiciaire sans même se donner la peine de le connaître?


[1] Voir : https://historiquementlogique.com/2012/11/22/mesrine-le-tueur-de-perce-une-fraude-judiciaire/

[2] La Gazette du Nord, 9 octobre 1942.

Le tueur de Cédrika se serait-il inspiré de l’affaire Ranucci?

Et voilà! L’abcès est crevé. On l’a arrêté, on l’accusé de possession et de distribution de pornographie juvénile, et, surtout, on l’a nommé. Puis les journalistes n’ont pas tardé à le mettre en lien avec l’affaire Cédrika Provencher. Il s’appelle donc Jonathan Bettez.

La rumeur publique avait donc vu juste sur l’identité du suspect no. 1. Mais soyons précis sur les termes : cela ne fait pas de lui un accusé, et encore moins un coupable de meurtre. Il faudra donc attendre une preuve plus solide ou des aveux. À moins qu’il faille chercher l’assassin dans une autre direction.

Cela étant dit, il y a un détail que je retiens depuis longtemps dans cette affaire, et je parle ici de ce que nous savons précisément de l’enlèvement de Cédrika. Il y a toutes sortes de stratégies utilisées pour enlever des enfants, mais la technique consistant à demander à des mineurs de rechercher un chien n’est certainement pas courante. À travers toutes mes lectures et autres recherches sur les dossiers criminels, je n’ai vu cela qu’une seule fois. Ça se passait en France en 1974.

Pour mieux comprendre, arrêtons-nous un moment à l’extrait suivant tiré du livre Le pull-over rouge, de Gilles Perrault, publié en 1978, et qui décrivait ainsi la scène de l’enlèvement de la petite Marie-Dolorès Rambla, enlevée le 3 juin 1974 :

Marseille est vide. La chaleur et les trois jours de vacances de la Pentecôte ont drainé sa population vers les plages. Ce lundi 3 juin 1974, le soleil brille et un vent chaud balaie la ville. Marie-Dolorès Rambla, dont on a fêté la semaine précédente le huitième anniversaire, joue avec son frère Jean, six ans, dans une cour de la cité Sainte-Agnès, située dans le quartier des Chartreux, est constituée par un ensemble de bâtiments moroses. Elle donne sur la rue Albe, À moins de cent mètres, c’est la rocade du Jarret, l’une des principales artères d’accès à Marseille.

Comme la plupart des cités populaires de la ville, celle-ci est dépourvue de terrains de jeux ou de sport. Les enfants doivent s’ébattre dans les cours. Une pancarte comminatoire indique que les patins sont interdits, de même que les jeux de ballon et, d’une manière générale, les jeux bruyants. En cas d’infraction, le gardien assermenté verbalisera.

Mme Rambla est dans son logement, au premier étage du bâtiment C-7, avec ses deux plus jeunes enfants. Elle sait que les aînés s’amusent dans la cour avec deux petits voisins, compagnons de jeux habituels. Vers onze heures, elle jette un coup d’œil par la fenêtre de la salle à manger. Marie-Dolorès et Jean sont seuls. Elle se penche et leur demande de remonter. Marie-Dolorès répond : « Encore un petit moment … ». Quelques minutes plus tard, et regardant cette fois par la fenêtre de la cuisine, qui s’ouvre sur l’autre côté du bâtiment, elle aperçoit Jean et lui demande où est sa sœur. « Elle cherche le chien », répond l’enfant. Mme Rambla ignore de quel chien il peut s’agir et croit à un jeu. Encore quelques minutes et elle aperçoit de nouveau le petit Jean par la fenêtre de la cuisine. Elle lui redemande où est Marie-Dolorès. L’enfant répond : « je ne la trouve pas ».

Un homme, qui conduisait apparemment une voiture de type Simca 1100 avait demandé au petit Jean de chercher son chien de l’autre côté d’un immeuble pendant qu’il cherchait dans l’autre direction avec sa grande sœur. Mais Marie-Dolorès ne fut jamais revue vivante après qu’il eut été question du chien. On retrouva son corps deux jours plus tard. On lui avait fracassé le crâne en plus de la poignarder à quinze reprises.

Christian Ranucci, un jeune homme dans la vingtaine, fut rapidement arrêté en lien avec cette affaire. Il sera jugé et guillotiné pour ce crime en 1976. Plusieurs, dont l’auteur Gilles Perrault, crièrent ensuite à l’injustice en affirmant que l’exécution de Ranucci fut une grave erreur judiciaire, alors que d’autres présentèrent un dossier qui ne laisse aucun doute sur sa culpabilité. Mais la question n’est pas de savoir qui a raison dans ce débat d’auteurs et d’opinion publique.

Il n’en reste pas moins que la technique du chien est la même. À moins que certains lecteurs me viennent en aide pour énumérer d’autres cas similaires, je crois savoir qu’il s’agit du seul cas du genre. Mais alors? Qu’est-ce que cela change à l’affaire Cédrika Provencher?

En fait, je me suis demandé si son assassin n’aurait pu, par exemple, s’inspirer de l’affaire Ranucci. Après tout, on en a fait des livres, une pièce de théâtre et deux films depuis les années 1970. Si par exemple le tueur avait étudié en littérature ou décidé de lire sur le sujet pour satisfaire sa curiosité personnelle, pourrait-il y avoir un lien? Les détectives devraient-ils rechercher dans les affaires de Bettez un exemplaire du livre de Perrault ou une trace sur son ordinateur qu’il ait un jour visionné l’un des deux films sur le Web?

 

Bibliographie suggérée :

Mon compte rendu du livre de Gilles Perrault, publié le 12 octobre 2014

L’affaire Ranucci, le combat d’une mère (2006)

Le pull-over rouge (1979)

L’impardonnable crime de John Morrison

axe-116677_1280Dans la nuit du 9 juin 1900, vers 0h30, un terrible drame survint dans le village de Welwyn, en Territoire du Nord-Ouest. Nous avons récemment abordé le sujet dans Le massacre de la rue Laurier, mais ces tueries de masse commises avec des armes blanches nous rappellent que les familicides ou autres crimes du genre ne sont pas nouveaux. Et qu’on ne peut non plus les relier uniquement à la dangerosité déjà reconnue des armes à feu. Parfois, ce sont les outils plus communs qui suscitent l’horreur.

Cette nuit-là, donc, John Morrison, un employé agricole de 27 ans, décida de s’en prendre à la famille de son employeur, Alex McArthur. Pendant que tous dormaient, Morrison s’empara d’une hache et se livra à son massacre. De sang-froid, il assassina McArthur, sa femme et trois de leurs sept enfants. À l’étage, il s’en prit d’abord à un garçon de 13 ans avec lequel il avait l’habitude de partager la chambre. Tout indique qu’il avait l’intention d’éliminer toute la famille, puisqu’il blessa aussi trois autres enfants.

Dans le journal The Clinton Morning Age du 12 juin 1900 on annonçait les meurtres d’Alex McArthur, maître de poste, sa femme, Dempsey 12 ans, Charles 8 ans, et Russell 4 ans. Le nom du suspect était publié mais aucun mot sur l’arme. On laissait également entendre que Maggie était la seule survivante de ce drame épouvantable.

Ainsi, on apprit que Morrison aurait réveillé Maggie pour lui dire qu’il venait de tuer tout le monde dans la maison, mais qu’il l’avait épargnée. Devant les yeux de la jeune fille, il aurait agrippé le petit Russell pour le mettre en pièces avec une hache. Peu après, Morrison serait sorti de la maison en disant qu’il allait se suicider. Maggie aurait alors inspecté la maison pour découvrir que quatre autres membres de la famille étaient morts, tandis que trois autres étaient blessés et laissés pour morts.

Les journaux ne parlaient d’aucun mobile. On précisait cependant que Morrison était originaire de Glasgow et qu’il se trouvait au Canada depuis quelques années. L’article se terminait en disant : « la seule théorie logique est l’attaque passagère d’un meurtrier fou. Il récupérera probablement de sa blessure ».

Dans le True Republican du 16 juin, on reprenait sensiblement les mêmes propos déjà publiés dans The Clinton Morning Age.

Alex McArthur s’accrocha à la vie durant des heures avant de rendre l’âme, vers 19h00. Son fils Russell survécut jusqu’à 11h00 au matin du 10 juin. Selon ce qu’écrivit le Winnipeg Tribune le lendemain, les autorités locales retrouvèrent l’assassin dans l’étable, portant une blessure qui prouvait sa tentative de suicide commise peu de temps après la tuerie. Près de lui se trouvaient un revolver dont le barillet contenait trois cartouches, un fusil dont l’un des deux canons était déchargé et finalement une hache ensanglantée. On craignit d’abord pour sa survie, mais des soins appropriés lui permirent de se rétablir afin de faire face à la justice.

Quand on lui demanda pourquoi il avait fait ça, Morrison aurait simplement répondu qu’il n’en savait rien, avant d’insister pour dire qu’il n’était pas fou. Selon le Winnipeg Tribune, cinq victimes sur les neuf membres de la famille étaient mortes. Trois autres, mutilées, avaient cependant peu de chance de survivre.

Pour les crimes horribles, en particulier quand on y retrouve une connotation sexuelle, les journaux de l’époque s’imposaient certains tabous. Mais pour mieux comprendre la criminologie de certains drames, les détails sont nécessaires et il faut alors se tourner vers le dossier judiciaire. C’est donc dans ce dernier, que j’ai consulté à Ottawa en avril 2015, qu’on retrouve une version beaucoup plus complète des événements.

Les journaux racontaient principalement que Maggie, 15 ans, avait réussi à fuir les lieux après avoir été éveillée par les gémissements de l’un de ses frères, ce qui lui avait permis de courir jusque chez le voisin William Jamieson, à un mile et demi plus loin. Selon ce qui reste du dossier judiciaire – les transcriptions sténographiques du procès ont malheureusement été détruites – on apprend que c’est à la suite du prononcé de sa sentence à mort que Morrison accepta de faire des aveux à un inspecteur de la GRC (RCMP) du nom de McGinnis. Dans une lettre du 12 décembre 1900, celui-ci informa le ministère de la Justice à Ottawa de la teneur de cette déclaration.

Ainsi, Morrison ressentait des remords sur le fait que, peu de temps avant le crime, il avait dépensé beaucoup d’argent. Engagé pour couper des buissons sous une température très chaude, il avait commencé à développer une sorte de dégoût vis-à-vis sa piètre situation. Initialement, son intention aurait été de se suicider avant de croire en ses chances de pouvoir prendre la fuite avec la fille qu’il aimait, à savoir la jeune Maggie, qui ne semblait pas au courant de ces sentiments. Ainsi, le père de Maggie devenait un obstacle à son projet.

Le 8 juin 1900, il avait décidé de mettre son plan à exécution. Comme à chaque soir, il ramena la hache à la maison sous prétexte qu’elle avait besoin d’être affilée. Il dira à l’inspecteur s’être mis à détester la nature de son projet lorsque les enfants étaient venus jouer avec lui. Qu’à cela ne tienne, il décida d’aller de l’avant. À son dernier retour au bureau de poste, trempé par la pluie, il découvrit la maisonnée endormie. Il prit aussi son revolver, qui servirait à son suicide. Voulait-il se suicider après avoir tué tout le monde ou alors se sauver avec Maggie?

Pour s’assurer que tous les McArthur dormaient, il souffla la lampe qui brûlait toujours dans la cuisine. Puisque personne ne s’éveilla, il pénétra dans la chambre des parents pour y commencer son massacre. « Madame McArthur s’est évidemment partiellement réveillée par le coup, s’est assise et a dit « oh » », écrivit l’inspecteur McGinnis dans son rapport. Morrison ne se laissa pas attendrir et la frappa violemment à au moins deux reprises.

Quelques enfants s’éveillèrent, mais tous furent frappés par la rage meurtrière de Morrison. En montant à l’étage, il tua Dempsey avant de s’en prendre à une fillette et Charlie, qui dormaient dans une autre pièce. Il aurait ensuite tenté de violer Maggie, mais celle-ci serait parvenu à le raisonner temporairement. Devant elle, il aurait tenté de se tirer une balle dans la tête mais le revolver refusa de fonctionner. Finalement, il sortit pour se rendre à l’étable. Là, il se servit du revolver pour presser les détentes du fusil de chasse mais un seul canon accepta de libérer sa décharge. Gravement blessé, c’est dans cette position que les autorités le retrouvèrent un peu plus tard.

Le coroner A. J. Rutledge ouvrit son enquête le 9 juin à Moosomin. Après que les six jurés[1] eurent inspectés les corps, l’enquête fut immédiatement ajournée avant de se réunir à nouveau les 11 et 12 juin. Maggie McArthur décrira ses jeunes frères et sœurs comme Dempsey, Charlie, Mamie, Henry et « le bébé ».

Le témoignage de Maggie est d’ailleurs un peu plus explicite. Elle dira s’être mis au lit à 22h00. Ses parents, ainsi que Russell, Mamie, Henry et le bébé, dormaient tous dans une chambre située dans la partie nord-ouest de la maison, au rez-de-chaussée, juste au côté de la cuisine. Ils furent les premières victimes dès l’extinction de la lampe. Charlie dormait en haut de l’escalier avec Maggie, tandis que Dempsey dormait lui aussi à l’étage mais dans une autre chambre. C’est lui qui partageait normalement cette pièce avec John Morrison.

« John Morrison n’était pas à la maison quand je suis allée au lit », dit-elle. Maggie précisera que la famille avait pris l’habitude de garder cette lampe allumée durant la nuit depuis la naissance du dernier, il y avait environ deux semaines. « Cette nuit-là la lampe était dans une position qui permettait à n’importe qui entrant dans la cuisine de voir mon père et ma mère ». Le père et Russell dormaient du côté nord-est de la chambre, tandis que la mère, Mamie et le bébé dormaient ensemble du côté sud-ouest. Henry dormait entre les deux.

Maggie dira également ne jamais avoir rien noté d’étrange à propos de Morrison, au point de ne lui connaître aucune dispute avec qui que ce soit. « J’ai été réveillé par l’employé [Morrison] qui prenait mon frère Charlie hors de son lit et qui semblait le tuer en même temps. Charlie criait de toutes ses forces. Je l’ai entendu gargouiller et faire du bruit comme si Charlie s’étranglait. Peu après j’ai entendu les coups de la hache, apparemment contre la tête de Charlie. C’était si sombre que je voyais seulement les visages ».

Après que Charlie se soit effondré sur le plancher, Morrison s’assied au bord du lit pour jouer avec son revolver durant un moment. Se décidant à poser l’arme sur une table de chevet, il commença à retirer ses vêtements. « Je pense qu’il a enlevé ses pantalons avant de se glisser dans le lit, et je pense aussi son manteau », dit-elle. C’est alors qu’il « me dit qu’il m’avait toujours aimé ». Il aurait aussi ajouté qu’elle n’avait pas été très gentille avec lui au cours des derniers jours avant de s’allonger sur son corps pour ensuite relever sa robe de nuit le long de ses jambes. Maggie résista, mais elle expliqua au coroner que Morrison s’est alors battu avec elle durant une quinzaine de minutes.

Morrison lui confia ensuite son projet suicidaire, ajoutant qu’il avait le choix entre la mort ou le pénitencier. Il se rhabilla et quitta la chambre. Mais l’adolescente de 15 ans dira au coroner être demeurée immobile dans son lit jusqu’à ce qu’elle entende un coup de feu en provenance de l’étable. Le tueur venait de tenter de s’annihiler.

C’est à la prison de Regina, en Territoire du Nord-Ouest, que John Morrison fut pendu le 17 janvier 1901.

Matt Colville, le frère de Mme McArthur, reprit le bureau de poste mais, peu de temps après, la petite localité de Welwyn fut déplacée à deux miles plus à l’Ouest. En 1907, Welwyn obtint le statut officiel de village.

Les dépouilles de la famille McArthur furent inhumées dans le cimetière Moosemin North. Parmi les trois enfants blessés, un seul atteignit l’âge adulte. Quant à Maggie, elle finit par s’exiler aux États-Unis.

 

 

[1] F. I. Collyer, Amos Kinsey, W. Wright, W. Purdy, Robert Hislop et W. J. Thompson.

Une stratégie pour sauver la tête d’Alexandre Lavallée?

Alexandre Lavallée
Alexandre Lavallée

Dans un article du 8 mars dernier (voir L’affaire Alexandre Lavallée), j’ai résumé cette affaire de meurtre qui a marqué la région de la Mauricie au milieu des années 1920. Ce drame évoque l’histoire d’un cultivateur septuagénaire pendu en 1927 pour le meurtre de sa propre fille survenu à St-Étienne-des-Grès. En effet, Rose-Anna Lavallée de Vaudreuil, dont le mari travaillait sur des chantiers en Ontario, a été retrouvée morte dans des circonstances sanglantes en août 1926.

Ma récente escapade aux Archives nationales du Canada à Ottawa m’a permis non seulement de découvrir le visage de ce vieux criminel (voir photo ci-contre), mais aussi de comprendre que le véritable mobile du crime, selon l’avis du Dr Rosario Fontaine, expert en science judiciaire et alors jeune protégé du célèbre Dr Wilfrid Derome, fut l’agression sexuelle. Au procès, le Dr Fontaine fut d’ailleurs incapable d’établir si le viol avait eu lieu avant ou après le décès. Or, le dossier de première instance préservé aux Archives nationales de Trois-Rivières, ainsi que celui de la Cour d’appel à Québec, ne me permettaient pas de confirmer quoi que ce soit à propos du mobile du crime.

Puis on découvre également que le 21 juillet 1927, à moins d’un mois de la date prévue pour l’exécution, le sénateur Jacques Bureau, qui avait lui-même été solliciteur général quelques années auparavant, adressa une lettre à l’honorable Lucien Cannon, le solliciteur-général d’Ottawa. Bureau lui souligna que « j’ai ici deux de mes amis, Jean-Marie Bureau[1] et Léopold Pinsonneault, qui ont défendu un vieux vaurien du nom de Lavallée qui ne vaut pas la corde pour le pendre. Je te dis cela sérieusement et c’est pour cela que je te demande à commuer sa sentence parce que ce serait une dépense inutile que d’acheter une corde pour débarrasser l’univers d’un pareil individu. […] Il est âgé de 73 ans et Léopold Pinsonneault et Jean-Marie Bureau m’affirment que le bonhomme est absolument dégénéré. Je ne crois pas qu’il y ait de mal à incarcérer le bonhomme jusqu’à la fin de ses jours et il n’y aurait pas de révolution dans le diocèse si sa sentence était commuée. Je crois même, d’après certaines conversations que j’ai entendus, que tous les membres du clergé verraient ça d’un œil favorable ».

Difficile à croire, mais Lavallée trouvait quelques supporters sensibles à sa cause, ou du moins à la préservation de ses vertèbres cervicales puisque le 28 juillet une pétition signée par quelques dizaines de trifluviens fut adressée à Lucien Cannon. On y prétextait qu’aucune preuve directe n’avait été apportée contre lui lors du procès et qu’il n’y avait pas eu d’exécution dans le district « depuis 75 ans », ce qui nous reporte alors à 1852. C’était faux, bien sûr, puisque c’était là oublier l’exécution de William Brainard en 1860.

Le Dr Napoléon Lambert de Trois-Rivières se mit également de la partie en écrivant que, selon lui, Lavallée « ne jouit pas de ses facultés mentales. Maladie : érotisme ». Peut-être qu’aujourd’hui on parlerait plutôt de perversion sexuelle, qui sait!?

Le document le plus étonnant apparut le 29 juillet 1927. La déclaration de Georges alias Alphonse Boucher, un homme de 28 ans alors incarcéré pour viol à la prison de Bordeaux, eut des choses intéressantes à dire. Dans cette déclaration faite devant le gouverneur Séguin de la même prison, il s’incriminait avec un complice de nom de Tony, affirmant que le 10 août 1926 ils avaient tous deux quitté Montréal pour la région de Trois-Rivières. Voici un extrait de cette déclaration :

Aux Trois-Rivières, nous avons dîné au Café du Platon. Après le dîner nous sommes allés à l’hôtel Martin. Tony connaissait le père Lavallée. Il l’a rencontré là et m’a dit lui avoir donné une dose d’héroïne.

De l’hôtel Martin, nous sommes partis pour St-Étienne. Nous avons laissé notre voiture dans le bois à la station de Marchand. De là nous nous sommes rendus chez Lavallée à pieds.

C’était la quatrième ou la cinquième fois que j’allais chez Lavallée.

La première fois j’y étais allé au mois de mai 1926. À cette date-là, je passais dans le 4ème rang, et étais arrêté du magasin de Milot pour y prendre un verre de liqueur. Le sucre de la liqueur m’était resté dans la gorge et je suis arrêté chez Lavallée pour demander un verre d’eau. Madame de Vaudreuil [la victime] m’a donné une tasse de lait. J’ai causé avec elle.

Je suis retourné deux ou trois fois par la suite chez Lavallée pour rencontrer Madame de Vaudreuil. […]

À mon deuxième voyage j’avais eu des relations charnelles avec Madame de Vaudreuil. De même aussi pour le troisième et le quatrième voyage.

Le jour du meurtre je me suis d’abord rendu seul chez Lavallée. J’ai causé avec Madame de Vaudreuil. À un moment je suis sorti et suis allé dans un hangar au côté de la maison. Durant ce temps des gens sont passés et ont parlé à Madame de Vaudreuil. Je ne sais pas ce dont il a été question entre eux.

En rentrant dans la maison j’ai demandé à Madame de Vaudreuil si elle avait dit à ces gens que j’étais là.

Tony est ensuite arrivé. Nous avons voulu avoir des relations avec Madame de Vaudreuil en lui disant que nous l’amènerions avec nous à Montréal et qu’elle demeurerait au numéro 247 rue Sherbrooke.

Elle a refusé en disant qu’elle était honnête et avait assez de misère avec son mari qui était une brute pour ne pas venir à Montréal. J’ai voulu la prendre de force et elle m’a donné un coup de couteau à pain. Vous voyez la marque ici.

Quand elle m’a donné un coup de couteau, je l’ai frappée sur la jambe et ensuite dans le bas du corps.

Elle est tombée par terre. Je l’ai transportée sur son lit et là je l’ai frappé avec un « crowbar », un petit crowbar, un[e] pince-monseigneur. Je l’ai aussi frappée avec un « post » de cordonnier que Tony avait emporté.

Nous l’avons ensuite violé. […]

Avec le peu que nous sachions sur cette affaire, puisque les transcriptions du procès demeurent manquantes, cette déclaration peut aujourd’hui paraître tout à fait plausible. Est-ce que la justice s’est trompée? A-t-on pendu un innocent à Trois-Rivières?

Me Jean-Marie Bureau, qui avait son cabinet d’avocat dans l’édifice de la Banque Canadienne de Commerce à Trois-Rivières, écrivit une lettre le 1er août 1927 à l’honorable Lucien Cannon, alors ministre intérimaire de la Justice à Ottawa. Dans cette lettre de 11 pages, Bureau voulut attirer son attention sur cette confession de Boucher. Probablement au courant que l’enquête déclenchée par la Couronne à la suite de cette déclaration en venait à la conclusion d’un énorme mensonge, Me Bureau insista en affirmant que les affirmations du patron de Boucher, dont le témoignage permettait d’établir qu’il était impossible pour ce violeur de se trouver à St-Étienne-des-Grès au moment du meurtre de Rose-Anna, n’étaient pas dignes de foi. Le criminaliste trifluvien ira même jusqu’à prétendre que cet employeur, un dénommé Morris, était un ami de Boucher et qu’il couchait avec sa femme.

Il ajoutait à propos du complice présumé de Boucher que « Tony aurait été arrêté dernièrement par la police de Montréal, au cours d’une partie de cartes, précisément avec le patron de Boucher, un juif du nom de Morris ».

Me Bureau écrivit que « dans les circonstances, monsieur le ministre, je me demande s’il serait raisonnable de procéder le 12 du mois courant à l’exécution du vieillard Lavallée, contre lequel, il faut le dire, on n’a apporté que des preuves de circonstances, des preuves de nature telles que le juge Rivard de la Cour d’Appel nous disait que s’il avait été juré il n’aurait pas condamné Lavallée. […] Il me paraît que dans les circonstances le plus sage serait de conserver la vie à Lavallée afin que l’irréparable ne se soit pas produit si un jour la Justice devenait convaincue de la culpabilité de celui qui fait aujourd’hui une confession aussi extraordinaire ».

Malheureusement pour l’avocat et son client, ni la Couronne ni le ministère de la Justice ne prit cette confession au sérieux. Mais alors, comment Boucher aurait-il pu décrire l’intérieur de la maison de Lavallée et donner des détails aussi impressionnants? De plus, la pince-monseigneur mentionnée par Alphonse Boucher pouvait correspondre à l’arme du crime, quoi que celle-ci ne fut jamais retrouvée. Est-ce que Bureau voulait sauver la tête de son client à tout prix au point d’élaborer une entente avec un détenu de la trempe de Boucher?

Le 3 août 1927, Arthur Bettez, maire de Trois-Rivières, mentionna à son tour que « le cas de Lavallée me paraît un de ceux qui autorisent une commutation tant à cause de l’âge du condamné que de l’absence de preuves directes au procès ». Le 4 août, Bettez écrivait cette fois au premier ministre William Lyon Mackenzie King pour tenter de le convaincre d’intervenir en faveur d’une commutation de peine. Bettez soulignait entre autres que « la Couronne n’a pas amené de preuves directes de sa culpabilité. Il a été condamné simplement sur les preuves de circonstances ».

L'Action Catholique, édition du 12 août 1927.
L’Action Catholique, édition du 12 août 1927.

Toutefois, comme certaines autres affaires criminelles ont pu le démontrer, la preuve de circonstance peut parfois s’avérer plus solide qu’une preuve directe.

La déclaration de Boucher fut étudiée et enquêtée par le procureur Ernest Bertrand et certains détectives de la Police provinciale agissant sous les ordres du chef Lorrain. Selon Bertrand, il était impossible que Boucher se soit retrouvé à St-Étienne-des-Grès le jour du meurtre. En haut lieu, on croyait donc que Lavallée était un « maniaque » et que la justice devait donc suivre son cours.

Alexandre Lavallée était donc responsable de l’horrible assassinat de sa fille Rose-Anne. Et selon les lois en vigueur à l’époque, il en paya de sa vie dans l’enceinte de la prison de Trois-Rivières le 12 août 1927.

[1] Il ne m’a pas été possible d’établir s’il y avait un lien de parenté entre Jacques et Jean-Marie Bureau.