L’asile de Sainte-Clothilde-de-Horton : hanté ou archivé?

         Récemment, un jugement prononcé par le juge Clément Samson de la Cour Supérieure tranchait en faveur de la municipalité de Sainte-Clothilde-de-Horton en ordonnant la fermeture du bâtiment abandonné qu’on surnomme allégrement l’asile de Sainte-Clothilde.  Immédiatement, la nouvelle a créé plusieurs réactions, en particulier chez les amateurs de phénomènes paranormaux.  Certains d’entre eux sont allé jusqu’à démarrer des pétitions pour garder l’accès au bâtiment.

Selon des rumeurs, qui semblent prendre de l’ampleur au fil des ans, le bâtiment aurait fait des victimes lors de deux incendies.  Si on doit se fier à certains comptes rendu qu’on retrouve sur le Web, il y aurait eu un premier incendie meurtrier en 1958 ou 1959, et un autre en 1988.  Lors de ce dernier drame, huit ou neuf pensionnaires auraient perdus la vie.

Soulignons au passage que dans son jugement du 18 octobre 2017, le juge Samson mentionne que « les rumeurs, fondées sur des histoires qui remontent à plusieurs dizaines d’années, attribuent à ce bâtiment des qualités qui s’apparentent à celles d’une maison hantée, d’où l’intérêt pour les personnes avides de phénomènes paranormaux.  Au lieu de repousser les visiteurs, le bâtiment les attire et c’est là le drame ».

Le jugement nous apprend également que Roger Thivierge est propriétaire de l’endroit depuis 2009, date à laquelle il l’a acheté à l’Église adventiste du septième jour.  Celle-ci exploitait le lieu comme un espace pour le camping et autres types d’hébergements.  « Quant au bâtiment, il aurait servi à des visites touristiques payantes organisées par l’Église adventiste du septième jour », précise encore le juge Samson.  Au moment de l’acheter en 2009, Thivierge jura qu’il ne savait rien à propos de la popularité du bâtiment.  Plutôt que de profiter des lieux, il l’avait d’abord placardé.

Toutefois, la popularité des lieux et le manque de respect des amateurs en sensations fortes n’ont jamais cessé.  Plusieurs d’entre eux se sont présentés sur place afin d’y prendre des photos ou d’y tourner des vidéos.

Incapable de régler ce problème, le propriétaire se serait alors résigné à engager un agent de sécurité en plus de charger un prix d’entrée de 10$ par personne.  Le juge ajoute qu’entre « janvier 2011 et septembre 2017, en se fondant sur la déclaration de Monsieur Raymond Moreau de la Sûreté du Québec, les forces de l’ordre ont été appelées à intervenir à 28 reprises sur les lieux, notamment en regard d’introductions par effraction, de la présence de personnes suspectes ou de débuts d’incendie ».  Pour sa part, le policier y alla d’une déclaration judicieuse : « si cet endroit fut le théâtre de plusieurs décès au cours d’un seul incendie en 1988 alors que l’endroit était habité par une institution reconnue, je comprends difficilement comment il pourrait actuellement être plus sécuritaire dans cet état ».

La municipalité décide d’intervenir le 18 mai 2017, principalement pour exiger une expertise structurale du bâtiment qui devait être faite par un ingénieur et l’installation d’une clôture.  Le 8 juin 2017, la municipalité déposait une mise en demeure, non seulement pour demander l’érection de la clôture mais aussi pour exiger le nettoyage des lieux.  Certains travaux furent complétés par le propriétaire mais ils seront jugés insuffisants.

Dans sa conception rationnelle des choses et surtout son instinct de continuellement remonter à la source, Historiquement Logique a ouvert son propre dossier sur l’affaire.  Car si ces amateurs ou pseudo-enquêteurs en phénomènes paranormaux prétendent faire de l’histoire, on constate, après un léger survol des comptes rendus disponibles sur le Web, que ces enquêtes sont plutôt incomplètes.  Elles s’intéressent presque exclusivement aux phénomènes sulfureux des ombres blanches et autres manifestations étranges – qui, soit-dit en passant, sont loin d’être prouvées scientifiquement – sans aucune intention sincère de vouloir en savoir plus sur les victimes et les drames qui sont justement à l’origine de toute cette popularité.

Or, il m’a suffi de quelques minutes de recherches pour identifier les huit victimes de l’incendie de 1988.  Dans une vidéo fortement subjective on parle de neuf victimes.  Il semble que ce soit une erreur. On y raconte même que l’incendie de 1988 aurait été causé par la manipulation d’un briquet avant d’évoquer un suicide, sans toutefois préciser de date.  Le suicidé se nommait apparemment James!  James qui?  On l’ignore, évidemment.

Une femme membre d’APPA Paranormal explique aussi, après avoir brièvement évoqué les deux précédents cas, que c’est là « l’historique de ce qui s’est produit ici ».  L’historique?  Vraiment?

Si on avait réellement eu l’intention de dresser un portrait historique, pourquoi ne pas avoir consulté et présenter des articles de journaux?  Ou des documents légaux, comme une enquête de coroner?

Bref, cela manque cruellement de précisions.  Comment ne pas douter devant des constatations aussi sommaires et erronées?

Autre fait qui pourrait s’avérer problématique, on prétend avoir capté des voix d’enfants, si bien qu’on aurait ensuite fait entendre des dessins animés à l’intérieur de l’ancien asile pour tenter « d’entrer en contact » avec de supposées entités d’enfants.  Or, si on croit que la hantise qui englobe cette bâtisse a un lien avec les huit décès tragiques de 1988, il faudrait peut-être regarder ailleurs.  En effet, les huit victimes que j’ai pu identifier étaient toutes âgées entre 28 et 50 ans!

Pour le moment, je tairai les noms de ces huit victimes.  Toutefois, j’ai récemment fait une demande pour obtenir copie de l’enquête de coroner concernant l’une de ces victimes.  La photo accompagnant le présent article montre d’ailleurs la réponse datée du 23 octobre 2017 et que j’ai reçue vendredi, le 27 octobre.  On y indique clairement qu’il faudra encore un peu de temps au coroner pour rassembler les documents nécessaires.  C’est donc qu’il y a de l’espoir d’obtenir un dossier détaillé.

Mais ne versons pas dans les suppositions.  Attendons plutôt de voir la suite.

À suivre …


Bibliographie :

http://www.lanouvelle.net/faits-divers/justice/2017/10/19/fini-l-acces-a-l-asile-de-sainte-clotilde-de-horton.html

Jugement du 18 octobre 2017, sous la présidence de l’honorable Clément Samson, J.C.S., Municipalité de Ste-Clothilde-de-Horton c. 9203-6441 Québec Inc.

https://www.youtube.com/watch?v=AW6Zc1VgSYU&t=310s

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Mackenzie King et le spiritisme

William Lyon Mackenzie King

Que diriez-vous si le premier ministre actuel était un adepte convaincu des sciences occultes et conversait régulièrement avec les esprits?

Impensable, direz-vous?

Il y a quelques décennies, c’est pourtant ce qui s’est produit avec le Premier ministre canadien William Lyon Mackenzie King.

En 1933, alors que le chômage était catastrophique au Canada suite au légendaire crash boursier de 1929, King ne s’intéressait qu’à sa réélection et s’adonnait aussi à son loisir favori : le spiritisme.  Après avoir consulté des médiums dans le but de parler avec des disparus, en particulier sa défunte mère, il fit l’acquisition d’une table lui permettant, paraît-il, de communiquer avec l’au-delà!

« Mackenzie King pouvait-il vraiment communiquer avec les esprits? », questionnait Luc Bertrand en 2000. « Les historiens qui ont étudié sa vie ne le croient pas.  Selon eux, ce prétendu pouvoir n’était que le fruit de son imagination, et les coups que Joan Patteson [son amie] et lui entendaient étaient probablement portés par un ou l’autre sans qu’ils ne s’en rendent compte. »

De toute façon, les réponses obtenues de l’au-delà allaient dans le sens de sa pensée et quand une prédiction s’avérait fausse, c’était évidemment la faute des mauvais esprits.

Mais la question est de savoir si une telle croyance peut nuire aux qualités d’un Premier ministre!?

Avec le recul, on sait que sa superstition extrême et son goût de l’occultisme ne lui enlèvent en rien son génie politique ni sa sensibilité envers un dossier comme celui des travailleurs, par exemple.  Tout le monde s’entend pour dire qu’il fut un Premier ministre remarquable au cours d’une période difficile.

On pourrait aussi se demander comment un homme aussi sérieux et efficace politiquement ait pu se permettre ce dérapage moral.  Était-ce un exutoire derrière l’image d’une trop grande perfection?

Sans remettre en question l’efficacité de sa carrière politique, il se pourrait bien que cette fantaisie spirituelle ait influencé son jugement au moins une fois.  En 1937, Mackenzie King fit la rencontre d’Adolf Hitler à Berlin, en Allemagne.  Peu de temps après, il écrivit : « Je suis convaincu qu’Hitler est un spirite et que, comme moi, il fait appel à l’esprit de ses parents et amis décédés.  Je crois qu’il est dévoué à sa mère, comme je le suis à la mienne.  Je crois que le monde va connaître un très grand homme en Hitler.  Je ne comprends pas toute sa pensée, ni sa cruauté envers les Juifs, mais Hitler lui-même n’est qu’un paysan.  Je dirais même qu’il atteindra un jour le même rang que Jeanne d’Arc comme libérateur de son peuple et s’il est le moindrement prudent, il peut devenir le libérateur de toute l’Europe. »[1]

Bibliographie :

–          Bertrand, Luc.  L’énigmatique Mackenzie King.  Montréal, les Éditions l’Interligne, 2000.  154 p.

–          L’Encyclopédie Canadienne.  William Lyon Mackenzie King.  [en ligne] consulté 10 octobre 2010.  www.thecanadianencyclopedia.com


[1] Tel que cité dans le livre de Luc Bertrand.