Prenez l’autre route!

John King Fisher
John King Fisher

Si on pouvait remonter le temps et se balader à cheval dans une certaine région du Texas, vous croiseriez probablement une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « this is King Fisher’s road.  Take the other one » (Ceci est la route de King Fisher.  Prenez l’autre route).  Et, croyez-moi, il vaudrait mieux suivre le conseil.

John King Fisher a vu le jour en 1854 à Fannin, dans le Collin County, au Texas.  Au cours de son enfance, son père, qui travaillait comme camionneur, l’a souvent amené avec lui pour lui faire découvrir pratiquement tous les recoins du Texas.  En 1869, pour des raisons qu’on ignore, son père l’envoya vivre avec des amis qui habitaient près de Florence, Texas.  John était apparemment un garçon calme et apprécié de tous, mais il a cependant fini par violer la loi en prenant le cheval d’un homme, soi-disant pour le « libérer », peut-être parce que l’animal était maltraité.  Arrêté, il s’évada peu de temps après pour fuir la région.  Il n’y a jamais remis les pieds.

À l’automne de 1870, c’est en compagnie d’un complice que King Fisher s’introduisit dans une maison pour y commettre un vol.  En dépit de ses 16 ans, il fut condamné à deux ans de détention à la Rusk Prison de Huntsville.  Heureusement pour lui, il se mérita un pardon après seulement quatre mois d’incarcération.

Peu temps après, il semble que son audace et sa dextérité avec les armes à feu lui ait mérité un emploi.  Engagé par des ranchers, il devait maintenant traquer les voleurs de bétail.  À cette époque, il s’agissait d’un emploi presque suicidaire puisque la région était infestée de dangereux voleurs prêts à tout pour ne pas se faire prendre et les Mexicains étaient nombreux à franchir la frontière pour venir prendre leur part du gâteau.

Quoi qu’il en soit, il fallut peu de temps à Fisher pour se faire respecter et son nom devint rapidement synonyme de terreur pour les voleurs de bétail.  Graduellement, le taux de criminalité diminua et c’est à cette époque qu’on racontait qu’il lui suffisait d’installer une pancarte portant son nom pour éloigner les durs à cuire à tout acabit.

Physiquement, Fisher mesurait environ 6 pieds et pesait 185 livres.  On disait de lui qu’il avait l’habitude de porter de belles chemises, ainsi qu’une veste brodée de fil doré.  Une rumeur plus farfelue le décrivait aussi avec des chaps (chapajeros ou jambières de cuir) en peau de tigre.

Bien qu’aujourd’hui il reste connu comme ayant été un homme terrain, on disait de lui qu’il avait de bonnes manières et se faisait facilement des amis.  Évidemment, ceux qui le connaissaient bien savaient pertinemment qu’il pouvait aussi se transformer en homme impitoyable.  Par exemple, le jour de Noël 1876 il aurait tué un dénommé William Donovan, et peu après aurait refroidi trois hommes lors d’un seul incident.  Ceux-ci avaient eu le malheur de sous-estimer ses talents au revolver.

Mais Fisher n’était pas un incorruptible et les Texas Rangers commencèrent à enquêter sur lui, le soupçonnant de s’adonner lui-même au vol de bétail.  En peu de temps, ils accumulèrent 21 chefs d’accusation.  Malgré tout, King Fisher passa seulement cinq mois derrière les barreaux à San Antonio.  Après sa libération, il démontra une réelle volonté de rester dans le droit chemin.  Il se maria et devint père de trois enfants.  De plus, il décrocha un poste de shérif adjoint dans l’Uvalde County, Texas.  Une fois de plus, il se remit à pourchasse les voleurs de bétail, à seule différence que cette fois il portait l’insigne de représentant de l’ordre.

En 1883, les hors-la-loi Tom et Jim Hannehan attaquèrent une diligence entre San Antonio et El Paso.  Après s’être lancé à leurs trousses, King Fisher les localisa finalement sur un ranch et ne tarda pas à les confronter.  Décidé à résister à son arrestation, Tom tenta de sortir son arme mais Fisher le refroidit en l’espace d’un seul clin d’œil.  Devant la mort de son frère, Jim rendit alors les armes.

Les citoyens de la région furent impressionnés par les talents de King Fisher, si bien que les rumeurs se multiplièrent concernant ses chances d’être élu shérif aux prochaines élections de 1884.  L’ancien voyou semblait donc être sur la route de la réhabilitation.

L’apparition des nouvelles lois concernant l’arrivée du fil barbelé, qui prévoyait déjà la fin des grandes expéditions de bétail et les immenses troupeaux gardés en liberté, força Fisher à réaliser la complexité du problème.  Tourné vers l’avenir, il décida alors de se rendre jusqu’à la capitale d’Austin afin d’y étudier les lois en lien avec sa profession de représentant de l’ordre.  Sur place, il retrouva son vieil ami Ben Thompson, qui lui aussi s’était rendu célèbre par ses prouesses avec les armes.

Pour célébrer leurs retrouvailles, Fisher et Thompson firent la tournée des saloons.  Au soir du 11 mars 1884, les deux amis entrèrent au Turner Opera House de San Antonio pour y prendre quelques consommations.  Quelques minutes plus tard, Joe Foster, Billy Simms et Jake Coy, tous trois armés, s’approchèrent.  Ces trois voyous avaient l’intention de venger un de leurs amis qui avait été tué par Thompson.

Une violente fusillade éclata.  Lorsque la fumée se dissipa enfin à l’intérieur de l’établissement, John King Fisher et Ben Thompson gisaient sur le plancher, morts.  Foster succomba à ses blessures peu de temps après.  Fisher avait été atteint de 13 projectiles et n’avait apparemment pas eu le temps de se servir de son revolver.  Étrangement, il perdait la vie dans une affaire qui ne le concernait pas.

 

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James Madison Brown

(Illustration: E. Veillette 2008)
(Illustration: E. Veillette 2008)

Au Far West, la ligne séparant la loi de la criminalité pouvait s’avérer être très mince, et parfois même inexistante.  L’un des personnages qui représente sans doute le mieux cette situation est James Madison Brown, une personnalité parfois difficile à cerner et qui, malheureusement, n’a laissé aucune photo connue de son apparence physique.

Né vers 1838, Brown occupa le poste de shérif du Lee County, au Texas, du 15 février 1876 jusqu’au 4 novembre 1884.  Au cours de ces huit années il eut l’opportunité de confronter plus d’un criminel et de commettre quelques meurtres au nom de la loi, ce qui était souvent considéré à l’époque comme une nécessité.  Son expérience au cours de la Guerre de Sécession n’était pas à dédaigner, d’autant plus qu’il avait aussi travaillé comme policier d’État et milicien dans le Washington County.  Avec un tel bagage il bénéficiait d’une bonne réputation.  Reste à voir ce qu’il allait en faire.

Sa première victime en devoir fut Hugh McKeown, le marshal de la ville de Giddings, siège social du Lee County, Texas.  Le 4 mai 1877, c’est à bout portant que le Shérif Brown lui aurait tiré une décharge de fusil de chasse en pleine tête.  Malheureusement, le motif exact de l’affrontement demeure inconnu.  McKeown se trouvait avec son fils sur la galerie d’une boutique lorsque Brown s’est approché pour lui demander calmement d’écarter son fils.  Lorsque le jeune garçon fit quelques pas pour sortir du champ de vision de Brown, ce dernier pressa froidement la détente.  Les journaux parlèrent de cette exécution comme étant le résultat d’une vieille querelle.  Le Shérif Brown eut évidemment droit à un procès au terme duquel il fut acquitté, probablement en raison de la peur qu’il entretenait face aux jurés.

Le 21 mai 1878, à l’intérieur même du palais de justice du San Saba County, le procureur Thomas G. T. Kendall tua William A. Brown, le frère du Shérif Brown.  À une époque où les avocats se présentaient parfois devant les tribunaux avec un revolver sous leur veste, Kendall aurait agis par une certaine forme de légitime défense puisque William Brown aurait eut l’intention d’abattre un autre procureur nommé S. S. Brooks.  Bien entendu, James Madison Brown jura de venger la mémoire de son frère.

Puisque Thomas Kendall fut arrêté par les Texas Rangers en lien avec l’incident du 21 mai, Brown décida de concentrer sa colère vers Brooks.  Le 18 septembre 1878, 13 jours après son acquittement pour le meurtre de McKeown, Brown passa de nouveau à l’action.  Trois hommes à cheval débarquèrent chez Brooks, qui fut abattu en essayant de prendre la fuite.  Toutefois, avant de succomber à ses blessures, il parvint à identifier l’un de ses agresseurs : le Shérif Brown.  Malgré cela, la justice considéra qu’on manquait de preuve et aucune accusation ne fut déposée contre Brown.

Bill Longley, le tueur notoire du Texas qui affirmait avoir refroidi 32 hommes, fut arrêté en Louisiane le 13 juin 1877.  Ce sera cependant au Texas qu’il sera jugé et condamné à la pendaison.  Le 11 octobre, ce fut le Shérif Brown lui-même qui se fit un malin plaisir d’ajuster le nœud autour du cou de Longley, en plus d’actionner la manette ouvrant la trappe sous les pieds du condamné.  Brown se chargea également de l’enterrer au cimetière de Giddings avant d’envoyer sa facture à l’administration du comté.

Dans notre société contemporaine qui se fait beaucoup plus critique sur le comportement humain on pourrait évidemment s’étonner devant la confiance que les citoyens du Lee County éprouvaient pour le Shérif Brown car ceux-ci votèrent encore pour lui le 20 novembre 1878, lui ouvrant les portes d’un second mandat.

Moins de deux ans plus tard, le 10 janvier 1880, un dénommé Sam Sparks, dont le frère aurait participé à un attentat contre Brown en 1876, fut mystérieusement assassiné dans une rue de Giddings.  Selon toute vraisemblance, Brown n’était pas présent sur les lieux du meurtre de Sparks, mais on croit qu’il aurait engagé John Carlisle et Ed Myers pour exécuter la sale besogne.  Bref, d’une manière ou d’une autre, James Madison Brown semblait être le genre d’homme qui finissait toujours par régler ses comptes.

En avril 1881, c’est dans un contexte « plus respectable » de son travail que Brown et ses adjoints durent abattre un homme en fuite du nom de Wessen qui avait tenté de tuer son ex-femme et l’amant de celle-ci lors d’une violente crise de rage.  La scène se déroula dans un champ de maïs, où Wessen refusa de se rendre tout en ouvrant le feu sur les représentants de l’ordre.  Brown et ses compagnons ripostèrent aussitôt pour le trouer de cinq projectiles.

En 1884, Lucy, la fille de 15 ans de Brown, tomba amoureuse d’un garçon nommé Owens.  Bien entendu, le shérif désapprouva cette relation.  Comme dans certaines histoires d’amour, le jeune couple planifia sa fuite tandis que Brown se trouvait hors de la ville.  Ce que les jeunes inséparables n’avaient cependant pas prévu, c’est que la mère de Lucy envoya un télégramme à son dangereux mari pour lui signaler de revenir à la maison le plus tôt possible.  Peu de temps après, Brown revenait chez lui pour abattre Owens de cinq projectiles.  Le shérif expérimenté sur les deux côtés de la ligne séparant l’ordre de la criminalité, expliqua plus tard qu’en rentrant chez lui il s’était dirigé vers sa grange pour y vérifier un bruit suspect.  Lorsqu’un tir provenant de l’intérieur lui avait effleuré le côté, il avait alors riposté en tirant à cinq reprises.  La question était de savoir s’il s’agissait d’une mise en scène ou d’un acte réel de légitime défense.  Quoi qu’il en soit, la Justice préféra sa version et aucune accusation ne fut portée.

Lorsque son quatrième mandat prit fin en novembre 1884, James Madison Brown étonna tout le monde en décidant de changer de carrière.  Convaincu qu’il pouvait réussir dans le domaine de l’élevage des chevaux en raison de son flair pour repérer les bêtes gagnantes, on raconte qu’il aurait réussi à amasser une véritable fortune en pariant aux courses.  Avec ses propres chevaux, il fréquenta les pistes de course de Memphis, Nashville, Lexington, St. Louis et Chicago.  Cette nouvelle routine semblait indiquer qu’il avait enfin tiré un trait définitif sur son passé teinté de violence.  Le problème, cependant, c’est qu’il avait commis une erreur qui allait bientôt le rattraper.

Ike Sparks, le frère de Sam assassiné par Brown en 1880, refit surface dans le seul but d’assouvir sa vengeance.  Ike était devenu représentant de la loi mais, contrairement à l’assassin de son frère, il opta pour la méthode légale et fit une requête officielle afin d’obtenir un mandat d’arrestation contre Brown.  Ses démarches poussèrent les autorités à réagir.  Le 2 septembre 1892, le chef de la police de Chicago, un dénommé McClaughry, dirigea une descente sur la piste de course du Garfield Park.  On y procéda à l’arrestation de 33 personnes, dont des officiels, des jockeys et même des agents Pinkerton engagés pour la sécurité du site.  Le 3 septembre, une autre descente impliquant 150 policiers se déroula au même endroit.  On semblait déterminé à enrayer les actes illégaux et la corruption entourant les courses de chevaux, tout en espérant également prendre Brown dans les filets.

Le 5 septembre, ce fut une force massive composée de 500 policiers qui frappa et le lendemain une autre impliqua cette fois les 300 meilleurs policiers de la ville.  Jusque là, les opérations s’étaient bien déroulé, mais celle du 6 septembre tourna rapidement au vinaigre pour une seule raison : la présence de James Madison Brown.

Brown avait déclaré un peu plus tôt que la police n’arriverait jamais à le prendre vivant et qu’il n’hésiterait pas à ouvrir le feu sur tous les agents qui oseraient tenter de l’approcher.  Malheureusement, l’ancien shérif texan tint promesse.

Lorsque la descente débuta, Brown se trouvait sur le toit d’une écurie pour observer le déroulement des courses et c’est ainsi qu’il regarda calmement les premiers mouvements des autorités.  Peu après le début de l’intervention, un policier se serait approché pour lui demander de se soumettre à son arrestation et, bien entendu, Brown refusa d’un ton nonchalant.  Aussitôt, le policier se réfugia sur le toit du hangar voisin afin de se protéger de Brown qui avait dégainé son lourd revolver de calibre .44.  À son tour, l’agent s’empara de son arme et ameuta ses collègues avec son sifflet.Avant d’être encerclé, Brown sauta du toit pour s’enfuir en courant.  Avec quelques policiers à ses trousses, il tira derrière lui et, bientôt, se retrouva poursuivit par une foule de constables en uniforme.  Powell et McDowell, deux policiers de Chicago, se rapprochèrent du fugitif, ce qui les amena en zone de danger immédiat, eux qui ignoraient la réputation texane de leur suspect.  Powell fut touché le premier par une balle qui lui traversa la main pour aller ensuite se loger dans son bras.  Un deuxième projectile le heurta à l’estomac, ce qui allait lui être fatal.

Brown tourna ensuite sa colère vers McDowell, qui fut gravement atteint.  Toutefois, avant de succomber il tenta un dernier tir vers le fugitif, qui s’écroula instantanément.  Brown avait été atteint directement au cœur.  Powell s’éteignit sur le terrain, tandis que McDowell succomba quelques heures plus tard.

James Madison Brown était âgé de 54 ans.  Malgré ses exploits d’homme de loi dans l’histoire de l’Ouest, tout indique qu’il ne s’est jamais mérité le statut de légende au sein du folklore américain; et pour cause, diront certains.  Ce qui est sûr, c’est qu’à force de déambuler sur une ligne aussi mince il a fini par trébucher.

L’attaque du train de Wharton, Oklahoma

Emmett Dalton, le cadet du groupe.
Emmett Dalton, le cadet du groupe.

On connaît évidemment les frères Dalton pour leur courte carrière criminelle, de même que pour la bande dessinée, mais on se questionne assez peu sur leurs motivations réelles les ayant poussées à se lancer sur la route du crime, une entreprise risquée au 19ème siècle.

C’est en travaillant sur le ranch de Jim Riley, en Oklahoma, que trois des frères Dalton planifièrent une de leurs premières attaques de train.  Puisque ce ranch se situait à bonne distance des voies ferroviaires, la nécessité de bénéficier de bons cavaliers pour couvrir les longues distances s’était rapidement avérée nécessaire.  Qu’à cela ne tienne.  Les Dalton travaillaient comme cow-boys depuis quelques années déjà et ils s’étaient endurcis sur le dos d’un cheval.  Puisque le salaire du cow-boy était médiocre et que les Dalton avaient eu du mal à se faire payer à une époque où ils avaient choisi de travailler comme représentants de l’ordre, il semble que leur motivation principale était la cupidité, tout simplement.

Les aspirants hors-la-loi avaient été informés qu’un transport d’argent liquide destiné à la ville de Guthrie arriverait par le Texas Express du Santa Fe Railroad le 8 mai 1891.  L’horaire prévoyait un passage dans la petite municipalité de Wharton, Oklahoma, à 22h50.  C’est là qu’ils avaient décidé de passer à l’action.

Le moment venu, Bob et Emmett Dalton chevauchèrent jusqu’à Wharton en compagnie de quelques complices.  Ils attachèrent leurs chevaux de sorte qu’ils ne soient pas visibles depuis la petite gare avant d’attendre patiemment l’arrivée du train.  Bill Powers, un de leurs amis, avait été désigné pour garder les montures.

À l’heure prévue, le train se pointa à la gare en ralentissant doucement pour s’immobiliser à la hauteur du réservoir d’eau, question de faire le plein.  Bob Dalton et Bitter Creek Newcomb, qui se cachaient justement derrière les piliers de ce réservoir, sortirent de leur cachette pour grimper directement à bord de la cabine de la locomotive.  Dégainant leurs revolvers, ils ordonnèrent aussitôt à l’ingénieur de faire avancer son engin de plusieurs centaines de mètres, question de l’éloigner de la gare et ainsi de l’isoler.  Pendant ce temps, Emette Dalton et « Black-Faced » Charley Bryant, arme au point, s’assuraient que personne ne sorte des wagons pour venir troubler leur délicate opération.

À bord de la voiture express, où on transportait ce qui avait le plus de valeur, le messager se douta immédiatement de quelque chose et jeta un coup d’œil à l’extérieur pour comprendre immédiatement ce qui se passait.  Il referma sa lourde porte en la verrouillant avant de cacher les objets de valeur qu’on lui avait confiés.

Une fois la locomotive immobilisée, Bob Dalton ordonna à l’ingénieur de descendre de la cabine, laissant à Broadwell le soin de surveiller le chauffeur et un autre employé.  Bitter Creek et Bob se dirigèrent alors vers la voiture express en compagnie de leur otage.  Après une certaine résistance, le messager accepta finalement d’ouvrir sa porte.  Aussitôt, les hors-la-loi pénétrèrent dans la voiture, s’emparant de plusieurs sacs.  La majeure partie de l’argent, toutefois, avait été bien dissimulé par le messager et échappa ainsi aux fouilles hâtives des cambrioleurs.

La compagnie ferroviaire Santa Fe Railroad rapporta que le montant du vol avait atteint 1,500$ et qu’aucun passager n’avait été importuné par les criminels.  Les hors-la-loi déposèrent leur recette de la soirée dans leurs sacoches de selle et quittèrent les lieux au grand galop.        Grâce à leur résistance acquise au cours de ces longues journées passées en selle, les Dalton échappèrent facilement aux recherches.  Ils s’empressèrent même de planifier un autre coup.  Ces jeunes hommes n’étaient pas du genre à rester en place très longtemps.

Quelques semaines après l’attaque de Wharton, cependant, Charley Bryant fut capturé par un homme de loi et tué alors qu’il tentait de s’échapper.

Bob et Emmett Dalton n’en étaient cependant pas à leur première attaque.  Ils s’étaient déjà attaqués à un train en Californie, en février 1891, mais sans grand résultat.  Leur frère aîné Grat avait été arrêté en relation avec ce crime qui avait d’ailleurs coûté la vie au chauffeur.  Grat Dalton ne pouvait donc pas avoir été à Wharton avec ses frères, mais il remédia rapidement à cette situation.  Emprisonné à Visalia, en Californie, il s’évada en septembre 1891 pour retourner tout droit en Oklahoma frères.  Ensemble, au cours de l’année 1892, les trois frères Dalton terrorisèrent littéralement l’Oklahoma et le Kansas, jusqu’à ce qu’ils connaissent une fin tragique à Coffeyville.  Ils ont eu une carrière assez courte mais leur nom s’est gravé à jamais dans le folklore américain.

La carabine Sharps

                Les armes à feu sont toujours d’actualité, que ce soit par le débat actuel sur le registre canadien, par les drames amplifiés par les médias ou tout simplement par intérêt dans le monde de la villégiature.  Ces outils ont aussi une histoire.  Leur nombre et leur variété ne cesse de fasciner de nombreux amateurs.

La carabine Sharps, quant à elle, s’est retrouvée au cœur d’un développement national et économique important, celui de la Conquête de l’Ouest.

Né dans le New Jersey en 1811, Christian Sharps a d’abord fait son apprentissage avec un armurier local avant de travailler pour la Harpers Ferry Armory en Virginie à partir de 1830.  C’est là qu’il obtint son premier contrat pour la fabrication de carabines dont le chargement s’effectuait par la culasse, et non par la bouche du canon comme c’était le cas depuis déjà quelques siècles.

En 1844, Sharps s’installa à Cincinnati, où il développa son propre mécanisme de culasse coulissante qui fut breveté le 12 septembre 1848 (U.S. Patent No. 5763).  Son arme fut testée pour la première fois en 1850 alors qu’il se trouvait à l’aube de la quarantaine.

Avant 1861, l’armée américaine acheta à elle seule 5,540 Sharps à chargement par la culasse.  La même année, la Guerre de Sécession éclatait, ce qui transforma radicalement les besoins en armes à feu.  L’armée nordiste passa une commande minimale de 89,654 exemplaires.  La réputation de la carabine de Christian Sharps fut telle que les tireurs d’élite nordistes qui en étaient armés furent surnommés les sharpshooters[1].

Le 30 novembre 1861, quelques mois après les premières batailles, la puissante carabine se mérita une importante publicité lorsque le Colonel Hiram G. Berdan la choisit pour armer son régiment spécial d’infanterie légère, la 1ère et 2ème U.S. Sharpshooters.

Au cours de ces quatre années de guerre sanglante, la carabine Sharps utilisait des balles coniques et des cartouches de papier ou en tissu.  Dès 1865 et 1866, son apparence s’adapta afin de pouvoir contenir des cartouches en cuivre.  Quelques carabines du New Model 1866 furent fabriquées mais Sharps reçut un contrat plus lucratif en novembre 1867 qui l’obligea à convertir les armes que possédait le gouvernement afin d’utiliser le calibre .50-70[2] à percussion latérale.  Plus tard, on y adapta également les cartouches de cuivre à percussion centrale.

La firme de Sharps élabora d’autres modèles jusqu’à l’apparition de leur première vraie arme sportive à succès : le Model 1869.  En janvier 1871, un autre modèle plus puissant fit son apparition sur le marché afin de répondre aux besoins des chasseurs de bison.  La Sporting Sharps connut cependant de nombreuses variations pour les besoins des consommateurs, ce qui eut pour effet de semer la confusion.  Il arrivait donc de voir une Sharps avec un canon cylindrique ou octogonal.  Habituellement, les chasseurs recherchaient les canons longs et lourds, donc plus résistants à la surchauffe des tirs répétés.  Les histoires sont nombreuses à propos de chasseurs ayant abattus des centaines de bisons en une seule journée.  Avec autant de tirs en quelques heures, il fallait donc compter sur une arme fiable.  Pour remédier au problème, la compagnie développa des canons d’une longueur de 26 à 30 pouces (0,66 à 0,76m) dont le poids variait de 8 à 15 livres (3,6 à 6,8 kg).

Les variantes de l’arme furent presque aussi nombreuses que les calibres utilisés.  La plus populaire chez les chasseurs, cependant, fit son apparition sur le marché au milieu de l’année 1872, à l’époque où la chasse au bison battait son plein.  La célèbre ville de Dodge City était d’ailleurs en train de prendre forme grâce à ce marché très lucratif.  Ce modèle utilisait des cartouches de calibre .50-90, avec 90 grains de poudre noire et une balle pesant normalement de 473 à 550 grains.  Ce modèle, surnommé « Big 50 » (Big Fifthy) tuait les bisons avec une incroyable facilité.  Pour les jeunes hommes désireux de réaliser un coup d’argent en s’improvisant chasseurs de bison, la Big 50 représentait un incontournable.

Après avoir connu un grand succès manufacturier au cours de la guerre, c’est pendant le second sommet de la réputation de son invention que Christian Sharps s’éteignit le 12 mars 1874.

En 1876, la compagnie Sharps présenta les cartouches de calibre .40-90 et .44-90.  Le .44-90, avec une balle de 520 grains, fut surtout adopté par les chasseurs du Kansas et du Nebraska.  Puisqu’ils tiraient des centaines de fois par jour, les chasseurs rechargeaient souvent eux-mêmes leurs munitions pour une question de coûts.  Avec le temps, les troupeaux de bisons devinrent plus difficiles d’approche et les chasseurs demandèrent plus de puissance.  Il arrivait donc que ceux-ci rechargent eux-mêmes des cartouches de .50-90 pour en faire des .50-100 ou même .50-110.

En raison de la poudre noire, les carabines de cette époque devaient être bien entretenues afin de demeurer fonctionnelles et sécuritaires.  Les chasseurs lavaient donc eux-mêmes le canon avec de l’eau ou de l’urine.  On pouvait même uriner sur le canon pour le refroidir, une technique répétée durant la Guerre du Vietnam pour refroidir les canons des mitrailleuses M-60.

La vélocité à la sortie du canon d’une Sharps variait de 1,200 à 1,400 pieds par seconde.  Ça ne semble pas beaucoup car de nos jours certains calibres .22 peuvent atteindre cette vitesse, mais les vieux chasseurs affirmaient qu’avec une bonne mire il était possible d’atteindre des cibles situées entre 500 et 1,000 verges, et parfois davantage.  La meilleure preuve de cette affirmation se produisit en juin 1874 lors de la bataille d’Adobe Walls, au Texas, lorsque des chasseurs de bisons furent assiégés par des Indiens.  Parmi ces chasseurs on retrouvait Billy Dixon et Bat Masterson, un québécois d’origine sur le point de devenir un célèbre représentant de l’ordre.  Alors que les Indiens attendaient à bonne distance après quelques attaques repoussées, Dixon aurait tenté un tir avec sa Sharps .50-90 et abattit un guerrier Comanche qui s’écroula de son cheval.  La distance du tir fut plus tard confirmée à 1,538 verges.  Son projectile n’eut cependant pas la puissance nécessaire pour tuer le guerrier, mais le fit tout de même tomber de sa monture.  Ce jour-là, le nom de Billy Dixon se grava dans l’histoire en même temps que celui de la Big 50.

L’un des mythes les plus sombres à propos de la carabine Sharps est qu’on croit qu’elle a presque exterminé les bisons à elle seule.  Lorsqu’on aborde le sujet de l’extermination presque complète de ces bêtes sauvages, la Sharps se retrouve facilement au banc des accusés.  Certains estiment toutefois qu’elle arriva à un moment où le destin du bison était déjà scellé.  Après tout, doit-on remettre la faute sur une arme ou alors sur le gouvernement qui avait haussé le prix des peaux justement pour inciter les jeunes chasseurs à se lancer sur les plaines?

Bien évidemment, une stratégie malsaine se cachait derrière tout cela.  On sait maintenant qu’en éliminant les bisons on affamait aussi les tribus nomades des plaines.  Ce serait donc ridicule de croire qu’une arme en particulier puisse être responsable d’un aussi triste épisode.  Si la Sharps n’avait pas été disponible, les chasseurs se seraient inévitablement tournés vers une autre marque d’arme à feu.

La légende fut surtout amplifiée par les chasseurs qui tombèrent amoureux de cette arme d’une grande efficacité.  Aujourd’hui, pour les amateurs d’armes anciennes, elle est devenue un incontournable aux yeux des nostalgiques des plaines sauvages.

La carabine Sharps (PDF)


[1] Le terme est toujours utilisé en anglais, où il est devenu un synonyme de « tireur d’élite ».

[2] Le premier chiffre représente le calibre (diamètre) de la balle en centième de pouce tandis que le second indique la charge de poudre en grains.

Le 2ème anniversaire d’Historiquement Logique

Le 5 août 2012 soulignera le second anniversaire d’existence du blogue Historiquement Logique.  Avec maintenant près de 50,000 visiteurs, ce qui représente une moyenne de plus de 2,000 par mois, il s’agit là d’un but inespéré.  Pour un sujet aussi peu populaire que l’Histoire, on peut penser que les débuts d’Historiquement Logique sont respectables, et tout cela sans la moindre publicité.

Le blogue a été lancé le 5 août 2010 avec pour objectif de démontrer que l’histoire peut souvent apporter un aspect logique devant le questionnement suscité par certains phénomènes de société.  Trop souvent ai-je entendu des commentaires selon lesquels on considérait des problèmes comme nouveaux, alors qu’en réalité un recul dans le passé permet de les mettre en perspective et de démontrer, par exemple, que le phénomène n’est pas si nouveau.

Il suffit de penser aux guerres, aux religions, et aux phénomènes de société comme la corruption.  Voilà, entre autres, des thèmes « vieux comme le monde », se plaît-on à dire.  En fait, on les retrouve aussi loin que les documents nous permettent de remonter, c’est-à-dire à quelques milliers d’années.  C’est bien connu, l’être humain adore ramener tout à lui-même.  Et pourtant, avant lui la Terre tournait déjà.  L’histoire archéologique, préhistorique et microbiologique pourrait tout aussi bien apporter des perspectives devant lesquelles notre vision du monde risquerait de changer radicalement.

Depuis septembre 2011, j’ai réussi tant bien que mal à entretenir un rythme de publication minimum, alors que je connaissais un sérieux bouleversement personnel, à savoir un horaire bien rempli avec, simultanément, un emploi et un programme d’étude à temps plein.  Loin de moi l’intention d’attirer la sympathie mais seulement de vous informer que ce rythme infernal cessera dans quelques semaines et alors Historiquement Logique se fera de plus en plus présent.

Au cours des derniers mois, j’ai donc dû retarder la parution de plusieurs articles qui demandent des recherches plus poussées.  Certains sujets demandent de bien les étayer.  Bientôt, vous aurez droit à des incursions variés, dont certains se concentreront à dénoncer et à approfondir des dossiers comme l’Affaire Dupont, la controverse entourant Billy the Kid, l’assassinat de John F. Kennedy, et j’en passe.  On assistera aussi à d’autres comptes-rendus de livre pouvant apporter un enrichissement historique et je reviendrai à coup sûr sur mon sujet de prédilection : le Far West.

Je profite de ce deuxième anniversaire pour vous remercier sincèrement, que vous soyez abonné de la liste d’envoi automatique, membre du groupe Facebook ou tout simplement lecteur de passage.  C’est pour vous que je m’efforce constamment de livrer le meilleur de moi-même.

Bonne lecture et au plaisir de lire vos précieux commentaires!

Eric Veillette