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Chapitre 6, L’enquête du coroner

Au matin du vendredi 30 juillet 1920, le détective Lauréat Lacasse se relevait d’une courte maladie dans son logement du 152 rue Fleurie lorsque son téléphone retentit.  C’était son patron, le chef des détectives de la police municipale Tom Walsh.  Sans tarder, celui-ci l’informa de la terrible découverte faite deux jours plus tôt au parc Victoria.  À peine briefé, Lacasse se retrouva en charge de l’enquête.  Peu de temps après, le détective de 40 ans sortit de chez lui pour aller rencontrer quelques proches de la victime, en commençant par les parents adoptifs.  Mais en dépit de cette précieuse récolte d’informations, Lacasse mettra quelques jours avant d’aller examiner la scène de crime.

Après avoir obtenu les résultats de l’autopsie, le Dr Georges William Jolicoeur forma son jury du coroner avec C. Mailly, C. E. Gauthier, F. Vézina, Jean-Baptiste Lamontagne, N. N. St-Cyr et Thos. Blondeau.  Le même matin, sans doute informé des détails relevés par le Dr Marois, La Patrie parla d’un meurtre « des plus révoltants », n’osant visiblement pas parler directement de viol.  En dépit des informations fiables émanant des premières constatations, les journaux continuèrent de spéculer librement en affirmant, par exemple, que la bourse de la victime avait été retrouvée « sur les eaux de la rivière St-Charles » et que « l’on suppose dans ce cas que les assaillants après s’être emparé du contenu auraient jeté la bourse à l’eau ».  Or, il n’est question d’aucune bourse dans le dossier judiciaire, seulement d’un portefeuille.

Les reporters allèrent encore plus loin en écrivant que la police avait déjà arrêté quatre hommes qui « tiennent un restaurant sur le terrain du parc ».  Le 31 juillet, Le Soleil osera même ceci : « on est sur une bonne piste.  Tom Walsh, chef des détectives de la ville, est certain de trouver le meurtrier.  Il dit qu’il est en possession du nom et de l’adresse du meurtrier qui avait un complice.  Il serait allé à cette adresse, mais le meurtrier était parti ».

C’est sur cette même page qu’on assista à la naissance de l’une des rumeurs les plus persistantes : « il est impossible que le crime ait été commis à l’endroit de la découverte du cadavre.  Il n’y a aucune trace à cet endroit.  Morency, gardien du parc, n’a pas entendu de cri ».

Le silence ne sera jamais une garantie d’absence de crime violent.  Des meurtres tout aussi terribles furent commis alors que des gens se trouvaient à proximité[1].

Pour plusieurs témoignages rendus devant le coroner, les dates ne correspondent pas entre les journaux et les documents officiels.  En revanche, on sait que Me Arthur Fitzpatrick, le cousin du premier ministre Taschereau, s’y présenta à titre de procureur de la Couronne.  Le premier témoin appelé fut Michel Baribeau, qui dira avoir adopté Blanche à l’âge de 2 ans.  Quand on lui demanda d’identifier le portefeuille, le charpentier spécifia qu’il ne contenait plus d’argent.  Laissait-il entendre que l’assassin était aussi un voleur?  Ou alors le jeune Boulanger avait-il profité de sa trouvaille pour se faire quelques dollars?  Il n’y aura malheureusement aucune question destinée à approfondir ce point.

Selon Baribeau, Blanche « n’avait pas de cavalier, et je ne connaissais aucun jeune homme qui la visitait depuis deux ans ».  C’est tout ce que nous apprend le document officiel de cette déposition, alors que L’Action Catholique publia l’échange suivant :

  • Jeudi le 22 juillet, elle est parti de chez vous?
  • Oui, en bonne santé et comme d’habitude elle apportait son dîner.
  • Avait-elle un drap dans son paquet?
  • Non, elle n’en avait pas. Je suis certain.
  • Ce n’est que mercredi soir [28 juillet] que vous avez revu son cadavre?
  • On l’a trouvé près du parc Victoria.
  • Votre fille avait-elle des amis?
  • Aucune qui la fréquentait. Je n’en connaissais pas.
  • S’est-elle plainte que quelqu’un la suivait?
  • Non, jamais. Une fois seulement.  Elle a raconté à sa mère qu’en revenant d’un pique-nique elle est arrêtée chez son oncle, J.-H. Delisle et un jeune homme causait avec lui.  Lorsqu’elle a laissé son oncle, le jeune homme qui parlait mal français lui a demandé pour aller la reconduire.  Elle a refusé l’offre.
  • Connaissez-vous ce jeune homme?
  • Elle a dit qu’il boitait et avait une bonne position [emploi] mais qu’elle ne se pressait pas pour sortir.
  • Avant, il y a deux ans, a-t-elle été courtisée?
  • Oui, par un jeune homme de Lévis, mais elle l’a renvoyée. Elle ne l’a pas revu depuis ce temps.

Le gardien du parc Édouard Morency confirma avoir vu passer Blanche entre 18h45 et 19h00 alors qu’elle se dirigeait vers les rails de tramway, en direction de Stadacona.  Elle rentrait donc chez elle.  Détail important, il dira n’avoir entendu aucun cri le soir de la disparition, et pourtant il ajoutera être resté dans ce secteur du parc durant une bonne heure.  Puis il capta l’attention de tous lorsqu’il parla de cet inconnu qui la suivait à une distance d’environ 80 pieds.  Encore une fois, l’échange suivant est tiré de L’Action Catholique, qui nous en offre davantage que le document officiel :

  • Un jeune homme?
  • Oui, environ 20 à 22 ans. Il marchait vite.  Il était habillé en bleu ou en noir et portait un chapeau noir.

Dans la déclaration officielle, il est toutefois question d’un habit « bleu marin ou noir et un chapeau mou noir ».

  • Boitait-il?
  • Je n’ai pas remarqué, et ne lui ai pas parlé.
  • L’avez-vous [vu] revenir?
  • Non.
  • Vous connaissez presque tout le monde qui passe par cette route?
  • Entre 18h00 et 18h30, il passe beaucoup de monde.  Mais vers 19h00 il n’y a presque personne.
  • Y a-t-il passé d’autres personnes?
  • Non, pas dans ce moment. Je n’en ai pas vu d’autre.
  • Quelle taille avait ce jeune homme?
  • Cinq pieds et trois environ et pouvait peser 140 livres.
  • L’endroit où le cadavre a été trouvé est isolé?
  • Oui, c’est du côté en bas, où les enfants vont jouer.

La déclaration de Morency stipule aussi que « je n’ai pas vu d’autres personnes prendre la même direction que ce jeune homme pendant que j’étais dans le parc.  Je ne pourrais pas l’identifier non plus.  […]  Quand il a passé devant moi il marchait vite ».

Lors d’une enquête de coroner les détails relatifs à l’autopsie sont primordiaux.  Voici donc l’intégral de la déposition officielle rendue par le Dr Marois.

  • Hier, le 29 juillet, j’ai fait l’autopsie du cadavre, sujet de cette enquête. Le cadavre est celui d’une fille de 21 ans, de 5 pieds et 5 pouces de taille.  La décomposition était déjà avancée.  Le cadavre portait une robe en plaid[2] carreauté noir et blanc.  Le corsage était encore attaché, mais relevé jusqu’au-dessus des seins, et la robe était relevée jusqu’au bas du ventre; un jupon en satin relevé jusqu’au-dessus des genoux; une chemise en coton blanc, toute déboutonnée et relevée jusqu’au bas ventre; un cache corset qui ne tenait que par un bouton en bas; un corset qui était ouvert et ramené sur les côtés; une paire de souliers à talon français, le soulier droit est intact et le talon du soulier gauche manque en partie; une paire de bas en cachemire noire, le gauche descendu en bas du genoux, le droit en-dessus du genou et maintenu par une jarretière au corset.  On me remit aussi les effets suivants trouvés auprès du cadavre : une paire de pantalons de femme, en coton, déchirés, la ceinture arrachée, maculée de sang et avec des taches que l’analyse seule peut déterminer.  Une matinée en coton, des manches de robes en réparation, une ceinture en toile et une ceinture en tweed, un mouchoir de dame avec les initiales H. D., un chapeau, des morceaux de ruban; un morceau de coton; un drap trouvé sur le cadavre et le recouvrant de la tête aux genoux.  À l’examen interne on constate un gonflement assez marqué du côté droit de la tête.  La décomposition est tellement avancée que l’on ne peut apprécier s’il y a eu des lésions du côté de la peau.  Cependant, on remarque que sur la face, à partir des sourcils au menton, la peau est entièrement noirâtre.  On remarque cette coloration également au bas ventre depuis le nombril à la partie supérieure des cuisses.  On remarque du côté de la vulve que la peau est brisée, déchiquetée et décollée.  À l’examen interne, en faisant la section du cuir chevelu, on constate que vis-à-vis le gonflement déjà mentionné il y a une ecchymose marquée du côté droit.  En ouvrant le crâne, la décomposition du cerveau est complète.  Correspondant à l’ecchymose mentionnée à la partie postérieure il y a une fracture (fêlure) du crâne de un pouce et demie de longueur.  Elle était surtout apparente en dehors.  En faisant la dissection du cou, j’ai constaté dans l’épaisseur des muscles un épanchement sanguin profond, surtout marqué à gauche, et en ouvrant le larynx et la trachée on constate que la muqueuse est rouge formée jusqu’à la bifurcation des bronches, ce qui indiquerait des tentatives de strangulation.  Je n’ai pu constater rien de particulier du côté des poumons ou du cœur.  L’estomac contenait trois ou quatre onces de résidu alimentaire semi-fluide.  Les intestins, le foie, la rate et le rein ne présentent rien en particulier à mentionner.  J’ai enlevé les organes génitaux tout d’une pièce pour pouvoir les examiner.  La vulve présentait un délabrement marqué de la peau et des tissus dans lesquels étaient des milliers de vers qui pénétraient dans le vagin.  Je n’ai pu constater de traces de l’hymen.  L’utérus et les ovaires étaient en putréfaction.  J’ai recueilli des sécrétions dans le vagin pour examens microscopiques.  En faisant la section de la peau de la cuisse, on trouve des ecchymoses profondes.  Cause de la mort : asphyxie par strangulation.

Le témoin suivant fut Émilie Sansfaçon, qui expliquera que depuis son adoption à l’âge de 5 ans Blanche était toujours demeurée chez eux.  Cette fille à la sagesse sans reproche « n’est jamais sortie seule le soir » dit-elle, car elle avait l’habitude de revenir entre 18h30 et 18h45.  Au soir du 22 juillet, c’était la première fois qu’elle ne revenait pas dormir à la maison.  On verra toutefois qu’Émilie sera contredite sur ce point.

  • D’un autre côté, comme elle m’avait dit, quelques jours avant, que si sa tante, Mme Hector Delisle, qui demeurait à St-Sauver, faisait son tapissage qu’elle irait l’aider. J’ai cru qu’elle était restée là.

Si Émilie affirma être la dernière personne à avoir lavé le mouchoir, sa comparution n’apporta aucune explication aux fameuses initiales H. D.  Que signifiaient ces deux lettres?  Étaient-ce les initiales du tueur?  Peut-être oublia-t-on partiellement ce détail lorsque sortirent de sa bouche des éléments susceptibles d’identifier un premier suspect.

  • Quelque temps avant sa disparition, elle m’a dit qu’un jeune homme, que je ne connais pas moi-même, lui avait demandé pour aller la reconduire, mais elle avait refusé malgré ses instances. Quelques jours plus tard, elle me dit que le même jeune homme était allé au magasin Rousseau lui demander de nouveau pour sortir avec lui, mais qu’elle avait encore refusé.  Elle ne m’en a pas reparlé après ça.  Elle m’a dit aussi que ce jeune homme boitait un peu, et qu’il était châtain.

Sans même le savoir, Émilie fournissait un premier mobile à ce meurtre.  Pour avoir été éconduit à au moins deux reprises, ce jeune boiteux aurait-il eu l’idée de rétablir son honneur par la violence?

Selon L’Action Catholique, Émilie Baribeau aurait plutôt témoigné au matin du 4 août, et l’une de ses réponses aurait pu laisser croire que les Baribeau avaient contacté la police dès le 23 juillet.  Ultérieurement, d’autres indices viendront apporter un peu de lumière à ce sujet.

Pendant ce temps, Joseph Hudon, assistant procureur suppléant, entrait en contact avec Dieudonné Daniel « Dan » Lorrain, chef des détectives de la Police provinciale depuis 1917 à Montréal, pour le mettre au courant de l’affaire.   Sans tarder, Lorrain envoya à Québec le détective Brissette, qui se rapporta à Hudon dès le 31 juillet avant qu’on lui présente le chef des détectives de Québec, Thomas Walsh.  Brissette se rendit chez Hector Delisle pour l’interroger, mais l’oncle par alliance de la victime se rendit compte assez rapidement que le policier était en état d’ivresse avancé.  De plus, lorsque Delisle lui parla du mouchoir, qu’il croyait être le sien puisque les initiales correspondaient à son nom, Brissette refusa de lui montrer l’objet qu’il prétendait pourtant cacher dans sa poche.

Peu après, Brissette sauta dans une voiture pour conduire jusque chez les Baribeau.  Mais son ivresse était telle qu’il tomba carrément endormi devant eux, la tête contre la table de la cuisine.  Probablement rappelé par le chef Lorrain, ce sera la dernière fois qu’on verra Brissette dans cette affaire.  Il disparut à tout jamais de cette enquête et on ne trouva personne pour s’en plaindre.  Pour une première implication de la Police provinciale dans le meurtre de Blanche Garneau, ce fut assez peu rassurant.

Pendant que Jolicoeur ajournait son enquête au 4 août, L’Action Catholique se questionnait à savoir si le meurtrier était fou.  Inspiré par le témoignage du Dr Marois, on put lire que la victime « a été frappée sur la tête, puis elle a été étranglée et outragée [violée] de la manière la plus atroce […] ».  Toutefois, rien ne confirmait pour l’instant que ces trois actions puissent avoir été commises dans cet ordre.  Le Soleil, qui présentait à ce moment-là un feuilleton intitulé L’inexplicable crime[3], se questionnait également sur l’état mental d’un tel meurtrier.  Tout cela sans argument solide, bien sûr.

Le 2 août, le Dr Wilfrid Derome informa le coroner Jolicoeur par courrier du résultat de ses analyses.  Des spermatozoïdes furent identifiés « dans les sécrétions déposées sur les lames de verre; je n’en ai pas trouvé ailleurs ».  De plus, la réaction de Florence (réaction chimique à l’albumine et prouvant très probablement la présence de sperme) s’était manifestée sur une partie du caleçon.

Le jour même, L’Action Catholique souligna que « contrairement aux rumeurs qui circulent depuis samedi, la police n’a encore fait aucune arrestation en rapport avec la terrible tragédie du Parc Victoria, et il semble qu’elle n’est pas près d’en faire car elle poursuit ses recherches sur des indices bien vagues.  Elle ne désespère pas cependant arriver à éclairer ce mystère, et elle a confiance que les quelques indices qu’elle possède la conduiront bientôt à la découverte des coupables ».

Le 3 août, c’est en compagnie du détective Larivière que le chef Dan Lorrain débarquait à Québec.  Le lendemain, l’enquête du coroner reprit avec le témoignage d’Edesse May Boucher, qui confirma d’abord sa proximité avec Blanche en disant qu’elle la voyait « tous les jours ».  Dans la soirée du 22 juillet, elle l’avait rejoint à la boutique Rousseau avant de quitter toutes les deux vers 18h45.

  • Nous avons pris la rue Ste-Catherine puis la rue St-Ambroise jusqu’à l’avenue Parent. Nous avons causé quelques minutes, puis la défunte a pris le chemin du parc pour s’en aller chez elle comme elle le faisait tous les soirs.  Je l’ai regardé marcher quelques minutes puis je me suis en allé chez moi.  Pendant que j’étais arrêté au coin de l’avenue Parent et de la rue St-Ambroise, regardant aller la défunte, je n’ai vu personne s’en aller dans la même direction qu’elle.

À sa sortie de la boutique La Perfection, situé au 91 rue St-Joseph, Edesse May avait reconnu Martin Griffin à la porte du Café Childs[4].  Les enquêteurs s’étaient rapidement intéressés à ce jeune homme, à la fois parce qu’il habitait sur le trajet de Blanche, au 76 St-Ambroise, mais aussi parce qu’il boitait.

  • Je l’ai salué mais je ne lui ai pas parlé. Vendredi et samedi, après la disparition de la défunte, j’ai téléphoné à Martin Griffin, à la résidence de son père et lui ai demandé s’il y avait longtemps qu’il avait vu Mademoiselle Garneau.  Il m’a répondu qu’il l’avait vue au magasin le mardi soir, le 20 juillet, et qu’il devait y retourner de nouveau.  Je ne lui ai pas parlé de la disparition de la défunte et il ne m’en a pas parlé.

Le jour même de la disparition, Blanche aurait confié à Edesse May que Griffin devait aller la voir à la boutique pour venir chercher les photos prises à la dinette du 11 juillet.

  • C’est à ce pique-nique qu’elle avait rencontré Griffin pour la première fois. Je suis retourné au magasin Rousseau après la disparition de la défunte.  J’ai demandé à Mlle Yvonne Drolet, qui remplace la défunte, si quelqu’un était allé s’informer si on avait eu des nouvelles de la défunte.  Elle m’a dit que non.

Le fait qu’Edesse May Boucher confirmait la présence de Martin Griffin dans les parages au soir du 22 juillet amplifiait les soupçons à son endroit.  Mais selon le document officiel, Edesse May ne fit aucune mention de l’incident où Griffin était passé en voiture.  Encore une fois, l’article de L’Action Catholique fut plus explicite :

  • Le lendemain, avez-vous appris sa disparition?
  • Je suis allé au magasin, mais Blanche n’y était pas. J’ai appris, le soir, qu’elle était disparue.
  • Avait-elle des amis?
  • Êtes-vous allé au pique-nique de la Chorale Gounod avec elle?
  • Elle a rencontré un jeune homme blond du nom de Griffin.  Blanche m’a dit qu’elle l’avait trouvé gentil.

Le coroner demanda alors à Martin Griffin d’entrer dans la pièce afin de permettre au témoin de l’identifier.

  • Le soir, Mlle Amanda Michaud devait aller lui donner une leçon de musique, poursuivit Edesse May.

Autre différence avec le document officiel, après que Griffin lui ait parlé au téléphone de son intention d’aller voir Blanche à la boutique, Edesse May lui aurait répondu : « allez-y donc.  Ça lui fera plaisir ».  Cependant, elle expliqua au coroner que « je ne lui ai pas dit qu’elle était disparue ».  Pourquoi lui avoir caché cette information?

Devant ces nouveaux renseignements, pas étonnant que le témoin suivant fut nul autre que Martin Griffin, 20 ans[5].  Il habitait au 76 rue St-Ambroise avec ses parents, Thomas F. Griffin, conducteur de chars électriques, et sa mère Maggie Martin, ainsi que quelques frères et sœurs.  Selon Bertrand, son entrée dans la salle créa une véritable commotion, probablement parce que son boitillement fit comprendre aux spectateurs qu’il s’agissait du suspect mentionné plus tôt par la mère adoptive, et que par conséquent il était peut-être l’assassin.

C’est en anglais que Griffin avouera avoir rencontré Blanche le dimanche 11 juillet lors du pique-nique organisé à Beaupré.  Selon lui, Blanche lui aurait téléphoné dans la soirée du 15 juillet à propos des photos prises lors de cette activité en plein air.  Le lendemain, il s’était empressé d’aller la voir entre 18h00 et 18h30 à la boutique Rousseau.

  • Elle m’a dit qu’elle était désolée mais que la photo était manquée. Ce soir-là, elle m’a dit que le dimanche suivant ce serait bien d’aller au parc Victoria pour prendre une autre photo.  Je lui ai dit que ce dimanche-là je serais hors de la ville et en fait je suis parti le samedi après-midi pour Stoneham et je suis revenu le lundi matin.  Le lundi soir, quelques minutes avant 18h00, le 19 juillet, je suis retourné à la boutique.  Elle m’a alors dit qu’elle avait pris d’autres photos et je désirais y retourner en prendre mercredi, le 21, que je serais prêt.  Je n’y suis pas allé et je ne l’ai pas revu depuis.

Si on doit en croire cette déclaration, on ne lui soumit aucune question à savoir s’il lui avait réellement demandé de sortir avec lui.  Et à quel moment de la journée prévoyaient-ils refaire ces photos dans le parc Victoria?  Cette activité aurait-elle mis Blanche en retard?

  • Jeudi, je suis revenu du travail vers 18h00, le 22 juillet, et à 18h15 j’étais à la maison. J’ai soupé avec mes sœurs, Margaret et Henriette, âgées respectivement de 16 et 17 ans.  Quelques minutes après 19h00, j’ai quitté la maison pour demeurer au coin des rues St-Ambroise et Bédard et je revenais à la maison à 19h15.  Je portais un habit bleu marin et une casquette verte ce soir-là.  J’ai retiré ma veste et je suis sorti à nouveau au même endroit et fais de la bicyclette à l’intersection.  J’ai fait ça jusqu’à 20h15 et alors je suis allé vers St-Roch.  Je suis revenu et vers 22h00 je suis rentré à la maison.  Depuis le 22 juillet j’ai travaillé tous les jours.  Pour mon travail je quitte généralement Québec à 9h00 et je reviens à 18h00.  Je connais Mlle Boucher et je me souviens l’avoir vu le mercredi soir le 21 juillet pendant que j’étais à la porte du Childs Café, rue St-Joseph, mais je ne l’ai pas vu le 22, au soir du jeudi.  À environ 21h00, j’ai rencontré un ami Georges Nadeau, et nous avons parlé ensemble durant environ une heure.

Contrairement à Edesse May, c’est au soir du 21 juillet qu’il plaçait cet épisode où elle l’aurait vue sortir du café.  En témoignant plus d’une dizaine de jours après les événements, la jeune femme avait-elle commis une erreur?  De plus, le compte rendu publié par L’Action Catholique stipula que Griffin, contrairement à ce qui apparaît sur sa déclaration officielle, n’avait pas travaillé le 26 juillet.  Malheureusement, on ne connaîtra jamais son emploi du temps pour cette journée-là.

  • Comment l’avez-vous rencontré au pique-nique?
  • On avait formé des équipes de football et elle en faisait partie. On a pris des photographies et je suis allé les chercher au magasin, le 16 juillet.

Griffin se souvenait des deux appels téléphoniques d’Edesse May, dont le second avait été effectué après la disparition.  À ce moment-là, dira-t-il, il ne savait pas que Blanche avait disparue.  Encore une fois, il semble que le coroner ou le procureur – on apprendra plus tard que Me Arthur Fitzpatrick était présent – ait manqué une belle occasion de soumettre certaines questions.

Joseph Boulanger, du 157 rue St-Ambroise, raconta sa mésaventure du 28 juillet alors qu’il revenait du terrain de l’Exposition.  En voyant le cadavre recouvert d’un drap blanc, l’adolescent de 15 ans avait eu très peur.  Il mentionnera également que les herbes étaient piétinées autour de la scène et qu’il y avait même des branches cassées.  Un peu plus tôt dans la journée, ce furent d’ailleurs ces constatations qui l’avaient convaincu de se déplacer d’une cinquantaine de pieds pour aller se baigner.

  • J’ai ouvert le porte-monnaie qui était mouillé, et j’en ai regardé le contenu. Je le produis à l’enquête, tel que je l’ai trouvé, à l’exception de quelques portraits sur zinc qui étaient complètement effacés et que j’ai jetés.  Le lendemain, quand j’ai vu que la défunte avait été retrouvée à cet endroit-là, je suis allé porter le porte-monnaie, ici à la morgue.

Jean Benjamin Rousseau, 66 ans, habitait au 95 Chemin Ste-Foy.  Le commerçant, né à St-Michel de Bellechasse le 20 octobre 1853 et marié à Marie-Anne De Beaumont le 28 juin 1884, possédait trois boutiques de thé, café et porcelaine chinoise.  La principale se trouvait au 235 St-Joseph, la seconde au 290 de la même rue et finalement la dernière succursale au 796 St-Vallier, où travaillait Blanche.  Rousseau la décrivit d’ailleurs comme une « bonne personne, honnête et qui avait toute ma confiance ».  Son témoignage permit d’éclaircir un détail concernant la scène de crime puisqu’il reconnut le drap blanc comme étant un objet appartenant à son magasin.  « Je suppose qu’elle le rapportait chez elle pour le faire laver comme [elle] le faisait habituellement », dira-t-il.  Ainsi, exception faite du sperme et peut-être du mouchoir, aucun objet n’avait été laissé par le ou les assassins sur la scène du crime.  Voilà qui était loin de faciliter le travail des enquêteurs.

Avant de quitter, Rousseau ajouta : « je ne connaissais aucun ami qui la fréquentait au magasin.  J’ai trouvé sur une filière du magasin, ces jours derniers, une note que je produis à l’enquête, ainsi qu’un petit papier, avec numéro de téléphone.  Je ne connais rien de la disparition de la défunte ».

Albert Latulippe, qui habitait au 58 d’Argenson, raconta essentiellement ce qu’on savait déjà de la découverte du corps.  Pour désigner l’endroit, il parlera d’une « distance de 7 à 8 poteaux de la ligne des chars ».

Après un autre ajournement, Jolicoeur poursuivit son enquête le mercredi 11 août en appelant le détective montréalais Ephrem Larivière, 44 ans, qui se trouvait en ville depuis deux jours.  En compagnie du photographe W. B. Edwards, Larivière s’était aventuré sur les lieux de la scène de crime au cours de la journée du 9 août.  Avec son appareil, Edwards en avait pris quelques clichés, dont six furent déposés en preuve devant le coroner[6].

Selon le document officiel de sa déclaration, Larivière dira que la première de ces photos avait été prise « vis-à-vis de l’endroit où la défunte a été trouvé et regardant vers Stadacona sur la voie du tramway.  De cet endroit on peut voir, sur la voie, à une distance de 170 pieds environ ».  La deuxième aurait été capté au même endroit mais cette fois avec une vue « vers la ville.  De l’endroit où la photographie a été prise jusqu’à l’endroit où l’on peut voir quelqu’un sur la voie.  Il y a une distance d’environ 330 pieds ».  Il tint à préciser que pour réaliser ces deux clichés, le photographe se tenait directement sur la voie et vis-à-vis de l’endroit où on avait retrouvé le corps, à 15 ou 18 pieds des rails.

La troisième photo comportait une croix « à gauche [qui] indique à peu près l’endroit où le cadavre a été trouvé dans un buisson à 15 pieds de la rail gauche ».  La quatrième représentait le « buisson où le corps a été trouvé »; la cinquième « du même buisson, mais près du bord de la grève » et sur laquelle la présence d’une petite valise indiquait l’endroit où se trouvait le corps; et finalement la sixième, prise « où était le corps en regardant vers la ville ».  Larivière, qui ne semblait pas avoir participé à aucune autre démarche que celle faite le 9 août, se leva pour laisser la place au témoin suivant.

Le constable spécial Joseph Mallard, 59 ans, habitait au 110 rue Bagot.  Même s’il connaissait Blanche Garneau de vue et qu’il était de garde au soir de la disparition, il témoigna surtout sur les événements du 28 juillet.  Selon lui, un service de tramway en provenance de Stadacona passait toutes les quinze minutes.  On assistait à une première heure de pointe entre 18h30 et 19h15, puis une seconde après 19h30.  C’est à 21h00 que les deux garçons étaient venus le trouver et qu’il s’était rendu sur les lieux, suivi par une cinquantaine de curieux.

  • En arrivant au buisson, j’ai vu le cadavre d’une fille ou d’une femme, recouverte d’un drap blanc. L’endroit par où j’ai atteint le buisson n’avait [pas] été piété.  Mon compagnon, Théophile Trudel, est venu garder la place pendant que j’allais téléphoner aux autorités à Québec, de l’endroit où le corps a été trouvé jusqu’aux portes où je me tiens, il y a une distance d’environ quatre arpents.

Encore une fois, L’Action Catholique se montra plus précis en écrivant que Mallard avait ajouté ses propres réflexions quant à l’état apparemment intact des herbes : « d’après moi, il a fallu que le meurtrier soit venu du bord de la grève porter le cadavre dans les arbres ».  Cette déduction hâtive amena L’Action Catholique à cette question qui fit les gros titres : « Blanche Garneau a-t-elle été assassinée au parc? […]  on commence à croire qu’elle a été enlevée par des bandits venus de la rivière […]  M. Mallard raconte qu’il y a 2 ans, une jeune fille du nom de Marie Bilodeau, avait été poursuivie par un jeune homme ».

On y rapporta un autre détail que l’on ne retrouve nulle part dans le dossier judiciaire, à savoir que les chaussures de Blanche « portaient des traces de vase, ceci laisse encore supposer que le cadavre a pu être traîné sur la grève ».  La question était de savoir si on avait alors tenu compte des marées ou si cette information était fiable.  Ce qui est sûr, c’est que la prétention de Mallard venait de donner naissance à une rumeur qui, près d’un siècle plus tard, continue de se propager.  Les ragots prirent d’ailleurs une proportion si grande qu’avant même la fin de l’enquête du coroner on ciblait deux fils de députés.  Il ne restait donc plus qu’un pas à franchir avant de parler de complot politique.  Les mauvaises langues avaient la réputation de conclure plus rapidement que les autorités compétentes.

Le jeudi 19 août, les jurés du coroner se déplacèrent sur la scène de la découverte pour mieux comprendre la disposition des lieux.  Il s’était écoulé presque un mois depuis la disparition, date que l’on associait également à celle du meurtre.  Après leur retour à la morgue, le détective Delphis Bussières, qui habitait au 260 d’Aiguillon, confirma la version selon laquelle Michel Baribeau s’était présenté dans son bureau au matin du 27 juillet.  Le lendemain soir, on découvrait le cadavre.  Par la suite, l’enquête avait été confiée aux détectives Defoy et Lacasse.

L’arrivée du témoin Gaudiose Cinq-Mars créa toute une surprise.  Ce conducteur de tramway âgé de 27 ans qui était à l’emploi de la Québec Railway Light, Heat & Power Company, habitait au 71 rue Marie-Louise.  Au soir du 23 juillet, il travaillait sur le circuit de la Côte de la Couronne et du quartier Limoilou, revenant vers le parc Victoria, lorsqu’il était tombé sur deux clients au comportement étrange.  C’était vers 21h00 et son tramway s’approchait de la rue Dorchester.  Cinq-Mars dira que ces « deux individus à l’air très excités sont montés dans le char, l’un parlant un mauvais français et l’autre en anglais.  Tous les deux étaient de moyenne taille, et âgés d’environ 24 à 21 ans ».

Les deux individus lui avaient présenté des billets incompatibles pour ce trajet, ce qui avait forcé Cinq-Mars à leur demander d’où ils venaient.  Dans un mauvais français, l’un deux avait répondu « Stadacona », ajoutant qu’il pensait avoir acheté le billet adéquat pour se rendre dans Limoilou.  Cinq-Mars, qui décrivit deux fois plutôt qu’une ces deux énergumènes comme étant « très excités », précisa que le plus grand, parlant français, aurait dit à son compagnon de payer pour se débarrasser de cette affaire.  Le conducteur se montra confiant en se disant capable de les identifier si on venait qu’à les arrêter.  D’ailleurs, il décrivit le plus grand avec un habit noir et l’autre en « gris fer ».

  • Ils m’avaient l’air tellement étranges que j’en ai fait la remarque aux autres passagers qui étaient en arrière du char.

Le problème avec cette version, c’est que Cinq-Mars la situait au soir du 23 juillet, c’est-à-dire 24 heures après la disparition.  Les deux individus l’avaient-ils enlevée pour profiter d’elle avant de venir se débarrasser de son corps le lendemain soir en passant par la rivière?  Dans l’éventualité d’un tel scénario, il devenait possible que Cinq-Mars ait alors croisé les assassins.  Certes, ce témoin venait alimenter la rumeur née du témoignage du gardien Mallard.

Selon L’Action Catholique, Cinq-Mars aurait aussi confié au coroner que les deux suspects, qui paraissaient ivres, lui avaient dit être en direction de la Haute-Ville.  Ces détails n’apparaissent toutefois pas dans le document officiel.

Joseph Plamondon, un garde-moteur de 34 ans qui résidait au 284 Marie de l’Incarnation, fut le dernier témoin à comparaître devant le coroner.  Au soir du 22 juillet, vers 19h20, son tramway avançait tranquillement sur la voie du parc Victoria, devant l’endroit destiné à devenir la scène de crime, lorsqu’il avait aperçu une jeune femme en compagnie de deux hommes.  Celle-ci lui faisait face, au point d’avoir croisé son regard un bref instant, pendant que les deux autres individus lui parlaient.  Selon Plamondon, elle était « vêtue en noir avec un grand chapeau.  Elle était assez forte et un peu plus courte que les jeunes gens.  Elle avait un petit paquet sous le bras ».

Pour décrire les deux hommes, Plamondon dira que l’un d’eux était habillé « en noir ou en bleu marin et coiffé d’un chapeau mou noir.  Je n’ai pas remarqué l’autre ».  Malheureusement, il ne l’avait pas observé suffisamment pour pouvoir être en mesure de le reconnaître.  Selon L’Action Catholique, on aurait présenté à Plamondon une photo de Blanche Garneau, ce qui le poussa à dire qu’il croyait y reconnaître la jeune femme qu’il avait vu ce soir-là.  Mais en était-il certain?

Pour une raison que l’auteur Bertrand ne s’expliquait pas, le juré Jean-Baptiste Lamontagne refusa de signer le verdict du coroner.  En quoi était-il dissident?  Bertrand l’ignorait, alors que la Commission royale d’enquête y apporterait une réponse deux ans plus tard.  Pour l’instant, tenons-nous-en à la chronologie des événements et retenons que cet autre incident qui ajouta de l’huile sur le feu des légendes urbaines.  Si ce juré refusait de signer, alors c’est qu’il se tramait nécessairement quelque chose, disait-on.

L’Action Catholique révéla que « M. J.-B. Lamontagne de nouveau dit qu’il y a eu des retards impardonnables dans cette affaire ».  Le 1er septembre, le même quotidien spécifiait qu’au moment de signer le verdict Lamontagne aurait lancé cette boutade : « on a soupçonné certaines personnes, pourquoi ces personnes ne sont-elles pas venues ici se disculper comme un jeune homme [Griffin] l’a fait?  On va jusqu’à dire que l’argent a parlé dans cette affaire-là […].  Je ne peux pas consciencieusement rendre un verdict ouvert.  On a joué au cache-cache depuis le commencement du drame ».

  • Qui a joué ainsi?, lui aurait demandé Jolicoeur.
  • Vous le savez, monsieur le coroner, et vous avez vous-même été maltraité.
  • Oui, mais je ne m’en plains pas parce que j’ai fait mon devoir. On ne nous a rien produis car ce que l’on nous a donné n’est rien.  Nous avons fait notre devoir et si d’autres ont fait des fautes qu’ils en portent la responsabilité.
  • Pensez-vous qu’après cinq semaines on n’aurait pas pu trouver quelque chose?
  • Ne me demandez pas mon opinion là-dessus. Je crois que Blanche Garneau a été tuée par un seul homme.  Ce qui nous manque c’est un détective attaché au département du coroner.  Si on avait eu le soir de la découverte du cadavre un homme habile au lieu de laisser tout le monde piétiner le terrain, on aurait probablement pu trouver quelque chose.

En se tournant vers les procureurs Aimé Marchand et Lucien Cannon, dont l’implication dans l’affaire ne faisait que commencer, Lamontagne fut à l’origine d’un deuxième échange intéressant.

  • A-t-on le droit, comme juré de faire comparaître ici ceux qui sont soupçonnés?
  • Oui, dit le coroner.
  • Pourquoi n’a-t-on pas amené ceux contre qui on avait des soupçons?
  • Il faut avoir de la mesure et du jugement dans ces affaires.
  • Y a-t-il deux justices ou une seule justice? Un détective nous a dit que la police avait découvert une piste et cependant on n’a rien vu et rien [n’] a marché.  Pourquoi n’a-t-on pas produit ce que l’on a trouvé?
  • Nous avons trouvé un livret de banque, répliqua alors le détective Lacasse. À la banque, on nous a dit que ce livret avait appartenu à un grec.  Ce grec a retiré tout son argent et le livret est resté à la banque, qui l’a jeté aux dangers [rebus].  Les vidanges ont été jetées à la rivière St-Charles d’où l’eau a transporté le livret sur la rive près de l’endroit où le cadavre de Blanche Garneau a été trouvé.  Une épinglette aussi a été trouvée près du même endroit et malgré qu’un grand nombre de personnes l’ont vue, aucune n’a pu la reconnaître encore.

Lamontagne aurait ensuite parlé d’une lettre anonyme en provenance de Montréal reçu au cours de l’enquête et dans laquelle on lui demandait de se rendre dans une certaine maison à 23h00.  Craignant le piège, Lamontagne avait choisi d’esquiver ce rendez-vous.  Pourquoi alors n’avait-il pas contacté la police?

  • Si on soupçonnait un ouvrier, fit un autre juré, qui n’aurait pas d’argent, on l’arrêterait.
  • C’est un ouvrier qui est soupçonné, fit le coroner. Il est ici mais on ne peut le mettre en accusation sans avoir de preuves suffisantes.
  • C’est une comédie et une farce, trancha Lamontagne.

Selon cet article, Lamontagne reprochait à un juré d’avoir retardé l’enquête pour s’être rendu à des courses de chevaux.  Finalement, le document fut signé par les autres jurés, non sans que Jolicoeur déclare qu’en 16 ans de pratique c’était la première fois qu’il rendait un verdict ouvert dans une cause de mort violente.

Ces rumeurs étaient-elles fondées ou assistait-on simplement à un dialogue de sourds alimenté par l’incompréhension et la pression populaire de vouloir retrouver à tout prix celui ou ceux qui avaient commis ce crime odieux?


[1] En 1969, à Gaspé, Evelyne LeBouthillier a été étranglée dans son motel alors que sa nièce dormait à l’étage.  L’avocat de la défense, Me Raymond Daoust, s’est malhonnêtement servi de cet argument pour rejeter les soupçons sur la nièce, Irène LeBouthillier.  Le crime le plus signification dans ce domaine reste sans aucun doute celui de Caroline Dickinson, assassinée et violée en France en juillet 1996 alors qu’elle dormait dans une chambre occupée par plusieurs de ses copines.  Pourtant, celles-ci n’ont rien entendu.  Et que dire d’Andrew Day qui, en décembre 1929, a utilisé une hache pour assassiner sa femme et ses sept fils en pleine nuit alors qu’aucun d’entre eux n’a eu le temps de s’éveiller?

[2] Selon Larousse : « grande pièce de tissu de laine à carreaux, qui tient lieu de manteau dans le costume national écossais ».

[3] Les auteurs en étaient Paul De Garros et Henri De Montfort.

[4] Tout au long du dossier judiciaire, le nom de ce commerce est écrit de différentes façons.  J’ai choisi celle qui me semble la plus logique.

[5] Il est né dans Saint-Sauveur le 4 novembre 1899.

[6] Selon l’annuaire Marcotte de la ville de Québec en 1919-1920, on retrouve W. B. Edwards listé comme photographe et dont le studio se situait au 217 rue St-Jean.  Sa résidence se trouvait, quant à elle, au 37 d’Aiguillon.  Selon l’auteur Réal Bertrand, les négatifs des clichés pris par Edwards furent plus tard détruits dans l’incendie de son studio.  On se demande alors pourquoi il reste toujours, au moment d’écrire ces lignes, deux photos de la scène dans le dossier judiciaire préservé à BANQ Québec (voir Index Photos).