Octobre 70: Colette Therrien (28)

Colette Therrien

20 novembre 1970

Colette Therrien demanda la protection de la cour, après quoi elle fut interrogée par Me Jean-Guy Boilard. Dans un premier temps, elle confirma qu’au moment des événements d’octobre elle habitait au 3720 Queen Mary.  Elle y résidait avec Francine Bélisle et son frère, Richard Therrien.  Comme nous l’avons vu plus tôt, Colette étudiait à l’Université du Québec en administration.  Je vous épargnerai ici quelques détails répétitifs et que nous avons déjà vu au cours des chapitres précédents.  Nous pourrons ainsi nous attarder aux moments plus importants de son témoignage.

Colette affirma sous serment avoir vu Francis Simard à son appartement dans la soirée du 10 octobre, ce qui nous porte quelques heures à peine après l’enlèvement de Pierre Laporte.

  • Qu’est-ce qu’il venait faire à votre appartement?, demanda Me Boilard.
  • Il venait me voir, il venait nous voir probablement parce qu’ils étaient partis depuis deux ou trois semaines aux États-Unis, puis ils nous avaient envoyé des cartes postales pendant tout le temps qu’ils avaient été partis.

Il fut ensuite précisé que Colette recevait ses cartes postales de Jacques Rose, alors que Francine en avait reçues de Francis Simard.

  • Est-ce qu’on peut dire que c’étaient vos amis?, demanda le coroner.
  • Moi, je peux dire que c’était mon ami, mais je ne peux pas parler pour Francine.
  • Et est-ce que Simard est resté longtemps le 10?, reprit me Boilard.
  • Il est demeuré à coucher dans l’appartement ce soir-là, puis le lendemain matin, moi, quand je me suis levée, c’était assez tôt, il n’était plus dans le salon.
  • Quelle conversation qui a eu lieu ce soir-là entre vous et Francis Simard?
  • Bien, premièrement, je veux dire, la télévision était ouverte. Donc, ce qui se passait à ce moment-là c’était à propos de l’enlèvement de monsieur Laporte. Je veux dire, premièrement je me suis informée du voyage aux États-Unis. J’ai demandé des nouvelles de Jacques, si j’étais pour le revoir bientôt. Puis ensuite de ça on a discuté de l’événement qui se produisait puis Francis Simard en a discuté avec nous d’une façon tout à fait normale sans accentuer quoi que ce soit, je veux dire, qui pouvait nous laisser croire qu’il pouvait avoir rapport avec cet événement.
  • Seriez-vous allée au café Campus avec Simard, Francine Bélisle et François Bélisle?
  • Je me rappelle d’y être allée mais là pour vous dire la date exacte, je ne pourrais pas.

Bien qu’elle ne se rappelait pas de la date exacte, elle se mit d’accord avec Me Boilard pour dire que cette visite au café Campus s’est effectuée entre le 10 et le 17 octobre, donc au cours de la période où Laporte était détenu sur la rue Armstrong.

Ensuite, Colette avait revu Simard au cours de la soirée du 17 octobre, c’est-à-dire pendant que les autorités retrouvaient le corps de Pierre Laporte à Saint-Hubert.

  • Est-ce qu’il était seul à ce moment-là?
  • Non.
  • Avec qui était-il?
  • Avec Jacques Rose et Paul Rose, étaient aussi dans l’appartement.

Me Boilard se permit d’ouvrir une parenthèse qui offrit à Colette la possibilité d’expliquer que Paul Rose était venu chez elle le vendredi 16 octobre alors qu’elle était encore au lit.

  • Ça a sonné, dit-elle. C’est mon frère qui a répondu puis je n’ai pas reconnu la voix. Tout de suite, donc, je me suis levée et j’ai vu que Paul était à l’appartement.  On a jasé jusqu’à une heure environ puis je suis allée me coucher parce que je devais travailler le lendemain matin.  Je me souviens de l’avoir vu ce soir-là.
  • Et est-ce que Paul Rose est resté chez vous pour passer la nuit ou qu’est-ce qui est arrivé?
  • Le matin quand je me suis levée il était couché dans le salon.
  • Et a-t-il passé la journée suivante?
  • Je ne pourrais pas certifier s’il a passé la journée mais le samedi soir quand je suis arrivée à l’appartement il était là.
  • Il était encore là?
  • Oui.
  • Ça c’est quelle date dites-vous, là, à peu près?
  • Le 16 octobre, le vendredi soir.
  • Alors, dois-je comprendre que Paul Rose aurait été chez vous à compter du 16 octobre?
  • Oui, bien, il a peut-être, il est peut-être venu avant mais moi je ne l’ai pas vu.
  • Vous, à votre connaissance, il aurait été chez vous à compter du 16 octobre et le 17 il aurait été rejoint par Francis Simard et Jacques Rose. Est-ce exact?
  • Oui.

Doit-on comprendre que Colette Therrien poussait l’audace jusqu’à laisser entendre que Paul Rose n’avait pu assassiner Pierre Laporte parce qu’il était resté à son appartement toute la journée du 17 octobre 1970?

  • Et à compter du 17, est-ce que l’on peut dire que Jacques Rose, Paul Rose et Francis Simard ont vécu continuellement à votre appartement?
  • Oui, sauf un samedi soir, le samedi soir où je suis arrivée, où j’avais vu Jacques pour la première fois quand il est revenu des États-Unis, Paul Rose était là, Francis Simard aussi puis je me souviens que Paul Rose est sorti. Quand je me suis couchée il n’était pas revenu mais le lendemain il était là quand même.

Par la suite, les trois hommes auraient vécu chez elle jusqu’au jour des premières arrestations du 6 novembre 1970.

Me Boilard reprit sa stratégie quant aux actualités diffusées dans les médias pour tenter de comprendre la vision de Colette.  Comme les autres avant elle, Colette minimisa ces effets, ajoutant que les frères Rose s’étaient comportés de façon normale devant ces actualités pourtant effrayantes.  Y avait-il un peu de mauvaise foi dans cette atténuation?

Elle admit cependant qu’entre le 17 octobre et le 6 novembre elle avait vu Paul Rose préparer des communiqués ou des lettres.  De ces documents, elle en avait livré deux.

  • À quel endroit?
  • J’en ai livré un au coin de la rue Sherbrooke et McTavish. Ensuite, j’en ai livré un à l’Université de Montréal le soir de la conférence pour les libertés civiles.

Pour ces deux livraisons, elle avoua s’être retrouvée en compagnie de François Bélisle.

  • À quel endroit avez-vous fait des photocopies?
  • À l’Université de Montréal, à la Bibliothèque du Droit puis à la Bibliothèque des sciences sociales.

Il fut question qu’au soir du 29 octobre elle devait livrer quatre communiqués à la demande de Paul Rose, entre autres au Le Devoir, un autre pour le Montréal-Matin et le dernier pour le Journal de Montréal. Toutefois, Colette était revenue à l’appartement avec les quatre documents. Le lendemain, cependant, elle les avait envoyés par la poste.

Le 27 octobre, elle avait aussi livré un autre communiqué qui contenait un passeport et des empreintes digitales pouvant servir d’authenticité.  Elle prétendit n’avoir lu aucun des communiqués.

  • Est-ce qu’à un moment donné vous avez commencé à soupçonner, disons, à défaut d’un meilleur terme, que les trois ou l’un quelconque des trois c’est-à-dire Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard pouvaient être impliqués dans l’affaire Laporte?
  • Je veux dire, les premiers soupçons qui me sont venus, premièrement c’est quand Paul, c’est en apprenant que parmi les deux recherchés il y avait un nommé Paul Rose, un ancien professeur. Avant ça, je n’ai jamais eu aucun doute qui ait pu …

Contrairement aux témoins précédents, Colette eut au moins l’honnêteté d’admettre qu’après l’annonce de la mort de Laporte les fugitifs lui étaient apparus nerveux.

  • Alors, qu’est-ce qui est arrivé à ce moment-là?
  • Là, Jacques, premièrement m’a demandé s’il pouvait rester chez moi. Il m’a dit que ça ne serait pas long, une ou deux semaines, le temps de trouver des vêtements et qu’il devait avoir de l’argent pour s’en aller. Je lui ai alors répondu que moi personnellement, vu que je connaissais quand même assez Jacques, que je pouvais prendre le risque de l’héberger mais que je n’étais pas la seule à vivre au 3720 Queen Mary puis que de plus je n’étais nullement intéressée à mêler mon frère à ça puis que son état de santé, peut-être que mon frère ne pourrait pas supporter une tension aussi grande. Alors j’en ai parlé, je veux dire, je ne veux pas dire que j’ai convaincu personne en fin de compte malgré que moi j’avais un motif peut-être qui était un peu plus fort qu’eux. Eux n’avaient aucune raison de vouloir les héberger chez nous.

Elle admit aussi avoir acheté à la quincaillerie Pascal de la rue Côte-des-Neiges les outils ayant servis à la fabrication de la cachette.

L’enquête devait se poursuivre avec Thérèse Venne, un témoin qui allait apporter un autre éclairage sur les déplacements de Paul Rose entre le 10 et le 17 octobre. Pendant ce temps, la police poursuivait ses recherches. Les trois fugitifs couraient toujours.

 

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Octobre 70: François Bélisle (26)

         Le témoin suivant fut François Bélisle, 19 ans, qui habitait au 4 rue Kirois, à Victoriaville.  Une fois ces informations données au greffier, le jeune homme, représenté par Me François Folot, demanda la protection de la Cour.  Ce fut ensuite à Me Jean-Guy Boilard de l’interroger.

  • Au cours du mois d’octobre 1970, est-ce que vous avez eu l’occasion de vous rendre au 3720 Chemin de la Reine Marie à Montréal, à l’appartement 12?
  • Pourriez-vous dire vers quelle date au mois d’octobre vous êtes arrivé à cet appartement pour la première fois?
  • Je ne suis pas sûr, mais je pense que c’est vers le 5 … c’est un lundi.
  • Le 5 octobre 1970?
  • Oui.
  • Qui habitait l’appartement 12 à ce moment-là?
  • Il y avait Francine Bélisle, il y avait Richard Therrien, il y avait Colette Therrien et puis il y avait Francis Simard.
  • Lorsque vous nous mentionnez Francine Bélisle, je comprends que c’est votre sœur?
  • Oui.
  • Maintenant, lorsque vous mentionnez Colette Therrien et Richard Therrien, je comprends que l’un est le frère de l’autre?
  • Oui.
  • Vous nous parlez de Francis Simard, le connaissiez-vous avant de le rencontrer à l’appartement 12, le 5 octobre 1970?
  • Non, je ne le connaissais pas.
  • Maintenant, quelle était la raison de votre venue à Montréal au début d’octobre 1970?
  • Je commençais à travailler chez un de mes oncles.

Le témoin reconnut Simard sur la photo no. 10 que lui montra Me Boilard.  Bélisle dira ensuite qu’il avait commencé à habiter à l’appartement 12 et que, selon lui, il ne s’était rien produit de spécial cette semaine-là.

  • Est-ce que vous avez eu l’occasion de parler à ce moment-là à Francis Simard?
  • Comme cela, comme on parle à quelqu’un.
  • Qui vous l’a présenté?
  • Colette.
  • Colette Therrien?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez commencé à travailler immédiatement à partir du 5 octobre?
  • Oui, j’ai commencé le lundi.
  • À quel endroit travailliez-vous, plus précisément?
  • Sur la rue Lebel … Labelle, près de Henri-Bourassa.
  • Quel était le travail que vous faisiez à ce moment-là?
  • J’étais menuisier.
  • Est-ce qu’à la fin de cette semaine du 5 octobre 1970 vous êtes retourné chez vos parents à Victoriaville?
  • Oui.
  • Quand êtes-vous parti?
  • Je suis parti le vendredi.
  • Le vendredi qui, d’après le calendrier, serait quelle date?
  • Le 9 octobre.
  • Êtes-vous revenu à Montréal par la suite?
  • Oui, le 12.
  • Lundi le 12?
  • Oui.
  • Lorsque vous êtes revenu à l’appartement 12 du 3720 Chemin de la Reine-Marie est-ce que Francis Simard s’y trouvait toujours à ce moment-là?
  • Oui, il y était.
  • Et de votre côté, monsieur Bélisle, est-ce que vous avez continué à travailler?
  • Oui, j’ai continué à travailler mais je ne suis pas sûr. Je le crois.
  • Est-ce qu’au cours de cette semaine et plus particulièrement lundi le 12 octobre 1970 vous avez eu dans la soirée l’occasion de sortir avec votre sœur Francine Bélisle et Colette Therrien ainsi que Francis Simard?
  • Oui, on est sorti, on est allé au café Campus.
  • Au Café Campus?
  • Oui.
  • Et vous y êtes restés combien de temps?
  • Jusque vers minuit.
  • Et par la suite, où êtes-vous allés?
  • On est revenu à l’appartement.
  • Est-ce que Francis Simard, dans la semaine du 5 octobre 1970 de même que dans la semaine du 12 octobre 1970, couchait à l’appartement 12?
  • Oui, il couchait là.
  • Au cours de cette semaine du 12 octobre 1970, est-ce que d’autres personnes que, évidemment votre sœur, Mlle Therrien, M. Therrien et Francis Simard, est-ce que d’autres personnes sont allées à l’appartement 12 dans cette semaine du 12 octobre?
  • Je ne crois pas qu’il y en a d’autres qui y soient allés.
  • Alors, devons-nous comprendre que quant à vous cette semaine du 12 octobre s’est passée comme si rien n’était?
  • Oui, c’est cela.
  • Une semaine ordinaire?
  • Oui.
  • Et au cours du week-end de cette semaine est-ce que vous êtes retourné à Victoriaville, chez vous?
  • Oui.
  • Et quand êtes-vous revenu?
  • Le lundi, je crois.
  • Est-ce que c’est possible que ce soit également dans la soirée du dimanche au lundi que vous soyez revenu à Montréal?
  • Oui.
  • Vous êtes-vous rendu à l’appartement 12 à ce moment-là?
  • Oui.
  • Vous souvenez-vous à peu près vers quelle heure dans la soirée?
  • Non.
  • Et quand vous vous êtes rendu à l’appartement 12 est-ce qu’il s’y trouvait des gens?
  • Oui.
  • Qui était là?
  • Il y avait Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard.
  • Où se trouvait Francis Simard?
  • Dans l’appartement.
  • Est-ce que tout le monde était couché ou s’il y avait des gens qui étaient debout?
  • Tout le monde était couché.
  • Vous nous parlez de Paul Rose et de Jacques Rose?
  • Oui.

Me Boilard lui montra alors la photo no. 9, sur laquelle il reconnut aisément Paul Rose.  Sur la photo 11, il reconnut Jacques Rose.

  • Est-ce que vous connaissiez à ce moment-là Jacques Rose et Paul Rose lorsque vous êtes arrivé dans la soirée de dimanche à lundi? Je pense que pour les fins du dossier ce serait le 18 octobre, est-ce que c’est exact?
  • Oui, c’est le 18.
  • Est-ce que vous connaissiez Jacques et Paul Rose à ce moment-là?
  • Je connaissais Jacques pour l’avoir vu l’année passée une fois, chez nous.
  • À Victoriaville?
  • Oui.
  • Et est-ce que vous connaissiez Paul Rose?
  • Non, je ne le connaissais pas.
  • Vous souvenez-vous qui a fait les présentations à ce moment-là, si présentations il y a eu?
  • Il n’y a pas eu de présentation.
  • Vous-même, monsieur Bélisle, est-ce que vous avez continué à travailler à ce moment-là?
  • Cette semaine-là, oui j’ai travaillé… Non, je n’ai pas travaillé parce que mon oncle m’avait dit : « je te rappellerai si j’ai besoin de toi », parce qu’il n’avait pas beaucoup de travail.
  • Et le lundi, le 19, est-ce que vous êtes resté à la maison?
  • Non, j’étais sorti parce que j’avais oublié qu’il fallait qu’il m’appelle, je me suis presque rendu là-bas et je suis revenu.
  • Alors, vous vous êtes rendu pour travailler et vous vous êtes rappelé à ce moment-là que vous ne deviez pas travailler ce lundi-là?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait?
  • J’ai été faire un tour en ville et après cela je suis entré à l’appartement.
  • Vers quelle heure êtes-vous revenu à l’appartement ce lundi 19 octobre?
  • Vers 10h30, 11h00.
  • De l’avant-midi?
  • Oui.
  • Y avait-il des gens à l’appartement quand vous êtes venu?
  • Les mêmes personnes.
  • C’est-à-dire Paul Rose, Jacques Rose, Francis Simard, votre sœur Francine …
  • Oui, elle était là.
  • Est-ce que Colette Therrien était là?
  • Oui.
  • Et Richard Therrien?
  • Oui, aussi.
  • Et qu’est-ce qui s’est passé ce lundi 19 octobre après que vous soyez revenu à l’appartement?
  • Je ne m’en rappelle pas.
  • Est-ce que cette journée-là vous avez eu l’occasion d’aller sur la rive sud?
  • Ah! Oui.
  • Alors, voulez-vous nous raconter ce qui est arrivé exactement relativement à ce voyage?
  • Il fallait que j’aille chercher un permis qui pouvait incriminer Colette.
  • Un permis de quoi, monsieur?
  • Je ne le sais pas, je n’ai pas eu le temps de le regarder.
  • Et qui vous avait demandé d’aller chercher ce permis?
  • Jacques.
  • Jacques Rose?
  • Oui.
  • À quel endroit deviez-vous prendre ce permis?
  • Bien, même dans ma déclaration je n’ai pas pu dire la place exacte.
  • Oui, d’accord, mais est-ce que c’était un permis qui était dans une poubelle, dans une voiture, sur un banc?
  • Dans une voiture.
  • Alors, quelle sorte de voiture, quel genre de voiture?
  • Chevrolet 65. Je crois qu’il était blanc.

Le procureur lui montra une série de six photos déposées sous la cote 24a et qui représentaient une automobile. Évidemment, on imagine que ces clichés devaient représenter cette voiture sous différents angles.

  • Est-ce que c’est l’automobile dans laquelle vous alliez chercher quelque chose, un permis?
  • Oui, c’est dans celle-là.
  • Est-ce que vous aviez eu des indications pour savoir à quel endroit se trouvait l’automobile?
  • Oui, on m’avait donné des indications, des explications.
  • Est-ce que vous êtes parti à la recherche de ce permis-là?
  • Oui.
  • Êtes-vous parti seul ou avec d’autres?
  • Seul, la première fois.
  • Et êtes-vous revenu à l’appartement 12 ensuite?
  • Oui.
  • Combien de temps après votre départ, ç’a duré combien de temps?
  • Ç’a pris deux, trois heures.
  • Quand vous êtes revenu est-ce que vous avez fait rapport à quelqu’un?
  • Oui, j’ai fait rapport à Paul Rose.
  • Qu’est-ce que vous lui avez dit?
  • Que je n’avais pas trouvé le permis.
  • Est-ce que Paul Rose vous a donné de nouvelles instructions?
  • Oui, il m’a donné d’autres explications, que c’était de l’autre bord du pont.
  • Est-ce que vous êtes retourné à ce moment-là?
  • Oui, je suis retourné.
  • Avec qui?
  • Avec Colette.
  • Colette Therrien?
  • Oui.
  • Et est-ce que, de fait, vous avez à ce moment-là localisé l’automobile?
  • Oui, nous l’avons localisée.
  • Où se trouvait-elle?
  • Exactement, je ne peux pas vous dire.
  • En somme, ce que je voudrais savoir …
  • De l’autre bord du pont, près d’un garage.
  • Ce que je veux savoir précisément c’est : est-ce qu’elle était dans une entrée de cour, stationnée sur la rue ou …
  • Sur la rue.
  • Qu’est-ce que vous avez fait?
  • J’ai pris le permis et je suis revenu.
  • Vous êtes revenu avec Colette Therrien?
  • Oui.
  • Maintenant, savez-vous à qui appartenait cette automobile?
  • Non, je n’avais pas posé de questions.
  • Quand vous êtes revenu avec le permis qu’est-ce que vous en avez fait?
  • Je l’ai donné à Paul Rose.
  • Le permis, lorsque vous l’avez remis à Paul Rose, est-ce que vous avez pu voir qu’est-ce qui pouvait être écrit dessus?
  • Non, je n’ai pas vu.
  • Est-ce que vous avez vu cela déjà, monsieur Bélisle, un permis de conduire?
  • Oui, souvent, mais là, la nervosité …
  • Est-ce que ça pouvait ressembler à ce genre de document-là?
  • Oui, ça ressemblait à cela.
  • Et où l’avez-vous trouvé dans la voiture?
  • En avant, à côté du chauffeur, à terre.
  • Par terre?
  • Oui.

Le procureur lui montra la photo 24b qui montrait l’endroit exact dans l’auto où se trouvait le permis.  Toutefois, Bélisle n’était pas sûr, ce qui le poussa à affirmer qu’il n’avait pas pris le temps de bien observer.

Par la suite, le jeune Bélisle expliqua qu’il n’avait pas travaillé non plus le mardi 20 octobre.

  • Est-ce que l’un des frères Rose ou est-ce qu’un des trois, Jacques Rose, Paul Rose ou Francis Simard vous ont demandé de faire quelque chose ce mardi-là?
  • Oui, je crois qu’ils nous ont demandé d’aller chercher du bois à une place, je ne savais pas trop quoi au juste, ils ne m’avaient pas expliqué. Je suis parti avec Colette, on est allé voir dans les magasins, je ne me souviens pas les noms et on a appelé comme quoi ça ne pouvait pas marcher, qu’on ne pouvait pas avoir le bois.
  • Maintenant, qui vous avait demandé en particulier d’aller chercher du bois ce mardi-là?
  • Jacques.
  • Est-ce qu’il vous avait donné des spécifications, des détails?
  • Oui, les mesures du bois.
  • Les mesures du bois?
  • Qu’est-ce que ça prenait.
  • Et qu’est-ce que vous deviez acheter, quel genre de matériaux?
  • C’était des … un plywood, du gyproc, des 2 X 4.
  • Alors, vous avez fait des démarches auprès de certains fournisseurs et ça n’a rien donné?
  • Non.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait?
  • Bien là, on avait appelé ou on est revenu, je ne peux pas vous dire et puis eux autres avaient appelé à un … où ils vendent du bois pour dire qu’on pouvait l’avoir là, qu’ils nous le couperaient, les grandes mesures et que le reste on le couperait nous autres mêmes.
  • Qui avait appelé?
  • Je ne le sais pas.
  • Est-ce que c’est l’un des trois?
  • Oui.
  • Alors, est-ce que vous et Colette Therrien restez à l’appartement ou si vous repartez à ce moment-là?
  • On est reparti pour aller voir pour le bois.
  • Voyagiez-vous toujours à pied ou en automobile?, demanda le coroner. De quelle façon voyagiez-vous?
  • En taxi ou en autobus.
  • De fait, reprit Me Boilard, ce jour du mardi 20 octobre 1970, est-ce que vous en avez trouvé du bois?
  • Oui, il a dit qu’il nous le livrerait soit le lendemain ou dans l’après-midi.
  • Maintenant, à quel endroit le bois ou les matériaux devaient être livrés?
  • Chez la mère de Colette Therrien, parce qu’il fallait les couper.
  • Est-ce que vous avez demandé à Jacques Rose ce qu’il voulait faire avec ce bois-là, ces matériaux-là?
  • Quand on est revenu, j’ai vu qu’il déplaçait le linge dans la garde-robe, tout cela.  Là, je lui ai demandé à quoi ça sert, il a dit : « c’est pour se faire une cachette ».
  • Maintenant, dans la garde-robe, à part avoir remarqué que les vêtements en avaient été sortis, est-ce que vous avez remarqué autre chose aussi?
  • Non, la garde-robe était vide.
  • Est-ce qu’il y avait eu des travaux d’effectués dans la garde-robe?
  • Il avait coupé un chose[1] dans le mur.
  • Un chose dans le mur?
  • Un trou.
  • Un carré?
  • Oui.
  • Avant d’aller plus loin, … ça, c’est la garde-robe qui se trouvait à l’intérieur de l’appartement 12, n’est-ce pas?
  • Oui.

Me Boilard lui montra alors la photo 54f, mais Bélisle y reconnut plutôt les modifications apportées à une autre garde-robe.  Il reconnut cependant ce dont on venait de parler sur la photo 54j.  Ces deux placards étaient collés l’un sur l’autre.

Le mercredi 21 octobre, Bélisle n’avait pas travaillé et ce matin-là il se souvenait avoir été réveillé par quelqu’un, sans pouvoir se souvenir qui.  Après le déjeuner, il s’était rendu chez la mère de Colette en compagnie de celle-ci.

  • Qu’est-ce que vous avez fait chez la mère de Colette Therrien?, questionna Me Boilard.
  • J’ai coupé le bois.
  • Est-ce que vous aviez toujours à ce moment-là les spécifications de Jacques Rose?
  • Oui.
  • Où avez-vous pris les outils pour effectuer ce travail de coupage?
  • On les a acheté.
  • À quel endroit?
  • C’est Colette qui a été les acheter.
  • Le mercredi, cela?
  • Oui.
  • Le même jour?
  • Oui.
  • Et une fois que vous ayez eu coupé le bois, qu’est-ce que vous avez fait ensuite?
  • Son père est venu nous reconduire.
  • Le père de Colette?
  • Oui.
  • A été vous reconduire où?
  • À l’appartement.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait des morceaux de bois que vous aviez coupés?
  • Je leur ai donnés.
  • Dois-je comprendre en définitive que le père de Colette serait allé vous reconduire, vous et Colette, à l’appartement?
  • Oui, on a débarqué le bois sur la pelouse et puis il est reparti et nous autres on l’a monté.
  • Alors, en somme, le bois a été transporté à l’appartement ou à l’extérieur de l’appartement dans la voiture du père de Colette Therrien?
  • Oui.
  • Et qui a monté le bois à l’appartement?
  • C’est moi et Colette.
  • Et une fois rendu à l’appartement, qu’est-ce que l’on a fait avec ces matériaux-là?
  • On a commencé à installer les madriers sur le mur.
  • Qui effectuait les travaux?
  • C’est Jacques qui vissait le bois.
  • Jacques vissait le bois?
  • Oui.
  • Est-ce que d’autres personnes l’aidaient?
  • Francis et Paul.
  • Maintenant, est-ce que vous leur avez donné un coup de main à l’occasion?
  • Oui, quelque peu, oui.
  • Maintenant, à quel moment de la journée à peu près avez-vous apporté ce bois, avez-vous apporté ces matériaux dans la maison?
  • C’est le matin vers l’heure du dîner.
  • Et on a commencé la construction tout de suite?
  • Oui.
  • Et ç’a duré combien de temps la construction de cette cachette-là?
  • Jusqu’à peu près vers 18h00.
  • Maintenant, une fois qu’on eut fait la charpente, qu’on eut fait la construction est-ce qu’on a fait autre chose?
  • Ils ont tapissé le [sic] garde-robe.
  • Est-ce qu’on a également utilisé de la peinture?
  • Pour les planches sur la garde-robe, des planches comme cela, elles ont été peinturées, celui de l’entrée.

Sur la photo 54f, le témoin reconnut la planche en question.

  • Ça été peinturé, ça?
  • Oui.
  • Où vous étiez-vous procuré la tapisserie dont vous vous êtes servi?
  • Chez Pascal[2], sur la même rue.
  • Qui l’a achetée?
  • C’est moi.
  • Est-ce que quelqu’un vous avait demandé de faire cette course-là?
  • Oui.
  • Qui?
  • Jacques.
  • Jacques Rose?
  • Oui.
  • Est-ce que quelqu’un vous avait également remis les argents nécessaires pour l’achat?
  • Oui, Jacques.
  • Jacques Rose?
  • Oui.
  • Maintenant, le jeudi 22 octobre est-ce que vous avez vu à l’appartement 12 Richard Therrien?
  • Oui, je l’ai vu.
  • Est-ce qu’à votre connaissance on aurait demandé à Richard Therrien de faire quelque chose ce jour-là, d’acheter des choses?
  • Je ne m’en rappelle pas.
  • Est-ce qu’à votre connaissance il a été question à un moment donné de contre-plaqué ou de plywood pour faire des tablettes?
  • Oui.
  • Qui en a parlé?
  • Je ne le sais pas. Je sais qu’il est arrivé avec cela.
  • Qui est arrivé avec cela?
  • Richard
  • Richard Therrien?
  • Oui.
  • Richard Therrien est arrivé avec du contre-plaqué?
  • Oui.
  • Est-ce que c’était du contre-plaqué qui était déjà coupé, taillé?
  • Oui.
  • Est-ce que … qu’est-ce qu’il a fait avec ces morceaux de contre-plaqué?
  • Il les a donnés à Jacques.
  • Et qu’est-ce que Jacques Rose a fait avec ces morceaux?
  • Il a été en dedans de la cabane et s’est arrangé avec.
  • La cabane, la cachette?
  • Oui.
  • Et il s’est arrangé avec?
  • Oui.
  • Savez-vous ce qu’il faisait avec cela?
  • Je pense que c’était pour s’asseoir dessus.
  • Faire des tablettes, des sièges?
  • Oui.
  • Est-ce que vous l’avez aidé un peu pour faire cela?
  • Non, il n’y avait pas de place.
  • Maintenant, quand Jacques Rose eut terminé l’installation des tablettes est-ce qu’à votre connaissance des essais ont été faites?
  • Oui, ils en ont fait.
  • Quel genre d’essais, qu’est-ce qu’ils ont fait au juste?
  • Ils entraient dedans.
  • Et en ressortaient?
  • Oui.
  • Y êtes-vous allé, vous, à l’intérieur?
  • Non.
  • À quelle heure du jour Therrien a-t-il apporté les planches de plywood?, questionna le coroner.
  • Vers le soir, je crois.
  • Maintenant, reprit Me Boilard, à votre connaissance, en somme vous avez été témoin, vous, j’imagine des essais que l’on a pu faire dans cette cabane, dans cette cachette?
  • Oui.
  • Est-ce que ça prenait du temps pour entrer?
  • Pas tellement.
  • C’était assez vite?
  • Oui.
  • Sans évidemment avoir chronométré toute cette affaire-là ç’aurait pu prendre combien de temps d’après vous?
  • Une minute, peut-être moins.
  • Pour entrer combien de personnes, cela?, demanda le coroner.
  • Trois.
  • Maintenant, reprit encore Me Boilard, jusqu’à venir au 22 octobre 1970 est-ce que l’on doit comprendre que votre sœur Francine habitait toujours à l’appartement 12?
  • Non, elle n’habitait plus là.
  • Elle avait quitté?
  • Durant la semaine.
  • Dans la semaine de ce 22 octobre?
  • Oui, je crois que c’est cela.
  • Elle avait quitté l’appartement pour aller à quel endroit?
  • Sur la rue Parc Lafontaine.
  • Pour quelle raison?
  • Je ne le sais pas, elle était nerveuse quelque chose comme cela, elle avait peur, elle est partie.
  • Dois-je comprendre qu’elle logeait dans un appartement sur la rue …
  • Oui, une chambre je crois.
  • Sur la rue Parc Lafontaine?
  • Oui.
  • Maintenant, savez-vous qui occupait avant cette chambre-là, c’était la chambre de qui cela sur la rue Parc Lafontaine?
  • Je ne suis pas sûr, mais je crois que c’était François Roux.
  • François Roux, le connaissiez-vous, monsieur Bélisle?
  • Oui, je le connaissais parce qu’il avait déjà resté à Victoriaville, ça fait longtemps… il était ami avec ma sœur.
  • Maintenant, est-ce que vous êtes allé à Victoriaville cette semaine-là?
  • J’y ai été durant la fin de semaine, à toutes les fins de semaine j’y ai été.
  • Et quand êtes-vous revenu après cette semaine-là à l’appartement 12?
  • Lundi, je crois.
  • Le lundi, ce serait le 26 octobre?
  • Oui.
  • D’après votre calendrier?
  • C’est cela.
  • Et lorsque vous êtes arrivé ce jour-là…
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez vu votre sœur Francine à l’appartement 12?
  • Non… Bien, je crois qu’elle y était mais je ne suis pas sûr.
  • Vous êtes arrivé à quel moment de la journée, lundi?
  • Dans l’après-midi.
  • Lorsque vous êtes arrivé dans l’appartement avez-vous vu à l’intérieur?
  • Les trois mêmes personnes, plus Colette.
  • Mais quand vous êtes entré immédiatement dans l’appartement est-ce que les frères Rose et Francis Simard étaient à l’extérieur de leur cachette?
  • Je ne peux pas me rappeler s’ils étaient à l’intérieur ou à l’extérieur.
  • Vous avez habité l’appartement 12 pour un certain temps … est-ce que vous avez vu, disons par exemple lorsque l’on sonnait à la porte ou que l’on frappait à la porte qu’est-ce qui se passait à ce moment-là?
  • Si c’était un inconnu, ils se cachaient. Si c’était Colette ou moi ou Richard ou Francine disons, ils restaient là.
  • Et qui les avertissait de sortir ou comment les avertissait-on de sortir?
  • Bien, il y avait une espèce de corde pour sonner…
  • Est-ce que vous avez dit une espèce de code ou de corde?
  • De code.
  • Et quel était ce code-là?
  • C’était six coups moyens.
  • De sonnette?
  • Oui.
  • Mais quand on était dans l’appartement et que l’on se rendait compte que c’était Richard Therrien ou Colette Therrien qui entrait ou votre sœur qui entrait, de quelle façon préveniez-vous les gens qui étaient dans la cachette qu’ils pouvaient sortir?
  • On cognait sur la porte et ils sortaient.
  • Est-ce que vous, vous avez déjà informé en cognant sur le mur de la cachette que les gens pouvaient sortir?
  • Oui.
  • Est-ce qu’à votre connaissance Colette Therrien …
  • Oui.
  • Colette Therrien l’a fait?
  • Oui.
  • Et votre sœur Francine?
  • Francine, je ne crois pas.
  • Richard Therrien?
  • Oui.
  • En somme, c’était quand même quelque chose qui était coutumier, il n’y avait rien de spécial, en somme celui ou celle qui était sur les lieux le faisait?
  • Oui.
  • Le mardi, je pense que ce serait le 27 octobre 1970 …
  • Qui avait inventé cette méthode-là?, demanda encore le coroner Trahan.
  • C’était eux autres,
  • Qui eux autres?
  • Les trois.
  • Est-ce que vous parlez de Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard?, reprit Me Boilard.
  • Bien, je sais que c’était eux autres qui …
  • Le groupe?
  • Oui.
  • Et qui vous avait dit à vous de faire cela?, questionna encore le coroner.
  • Je ne me souviens pas.
  • Mardi le 22 octobre?, fit Me Boilard.
  • Oui.
  • Est-ce que vous êtes allé travailler cette journée-là?
  • Non.
  • Est-ce que Paul Rose vous avait demandé d’aller faire une commission, une course?
  • Oui, il m’a demandé d’aller acheter un lettre à set.
  • Qu’est-ce que c’est cela?
  • C’est une feuille transparente avec des lettres en plastique, tu le mets sur la feuille et puis à l’envers tu barbouilles sur l’autre feuille et puis ça colle sur l’autre.
  • En somme, c’est un machin quelconque pour imprimer des lettres?
  • Oui.
  • Ou dessiner des lettres?
  • Oui.
  • Et de fait y êtes-vous allé l’acheter?
  • Oui, j’y ai été.
  • Et à qui l’avez-vous remis ce lettre à set?
  • À Paul Rose.
  • Vous rappelez-vous où vous avez acheté cela?
  • Dans une papeterie pas loin d’où on restait.
  • Alors, quand vous avez remis ce lettre à set à Paul Rose qu’est-ce qu’il faisait Paul Rose à ce moment-là?
  • Il écrivait quelque chose sur un papier.
  • Il écrivait quoi?
  • Je suppose que c’était un communiqué.
  • Et quand vous lui avez remis ce lettre à set qu’est-ce qu’il en a fait de ce lettre à set?
  • Il a imprimé quelque chose sur sa feuille.
  • Il a imprimé quoi?
  • Je crois que c’était FLQ.
  • Et après avoir fait cela qu’est-ce qu’il a fait du communiqué ou de la lettre qu’il écrivait?
  • Il l’a mis dans une enveloppe.
  • Et à qui a-t-il donné cette enveloppe-là, s’il l’a donnée à quelqu’un?
  • À moi.
  • Et il vous a demandé de faire quoi avec?
  • De l’apporter pour qu’un poste de radio puisse la prendre.
  • Est-ce que Paul Rose vous a mentionné l’endroit où vous deviez aller porter cette lettre-là?
  • Il m’avait dit dans le bout de la gare.
  • Quelle gare?
  • La gare Centrale d’autobus pour le Provincial, je crois. L’autobus Provincial.
  • C’était où, cela?
  • Je ne me souviens pas.
  • Est-ce que c’était le terminus où se trouve, qui se trouve sur Dorchester?
  • Je ne le sais pas, je ne peux pas dire.
  • Ou sur Berri?
  • Je ne peux pas dire.
  • Vous ne le savez pas?
  • Oui.
  • Et de fait, y êtes-vous allé?
  • Oui, j’y ai été.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait de l’enveloppe que Paul Rose vous avait remise?
  • Je l’ai mise dans une poubelle.
  • Et ensuite?
  • Rien d’autre.
  • De quelle façon vous êtes-vous rendu là?, demanda le coroner Trahan.
  • En métro et en autobus.
  • Après avoir déposé la lettre à l’endroit que vous avait indiqué Paul Rose, reprit Me Boilard, est-ce que ce dernier vous avait également demandé de faire autre chose?
  • Oui, de téléphoner.
  • De téléphoner où?
  • Au poste de radio CKAC, je crois.
  • Et qu’est-ce que vous deviez leur dire à ce moment-là?
  • Je devais leur dire que le communiqué était à une telle place dans une poubelle.
  • C’était quel genre d’enveloppe?
  • C’était une enveloppe rose.
  • Savez-vous d’où ça provenait?
  • C’était à ma sœur, elle en avait beaucoup avec des feuilles pour écrire.
  • Après avoir ainsi déposé le communiqué à cet endroit, est-ce que vous êtes revenu à l’appartement 12?
  • J’ai attendu un bout de temps parce qu’il m’avait dit de téléphoner et comme je ne voulais pas m’embarquer dans des choses comme cela j’ai attendu et …
  • Et après avoir attendu quelque temps êtes-vous revenu à l’appartement 12?
  • Oui.
  • Est-ce que vous y avez vu Paul Rose?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous lui avez dit?
  • Je lui ai dit que ça n’avait pas marché, qu’ils n’avaient pas trouvé le communiqué.
  • Alors, qu’est-ce que Paul Rose a fait à ce moment-là?
  • Il a commencé à en écrire un autre, je crois.
  • Est-ce qu’il s’est à ce moment-là encore une fois servi de lettre à set?
  • Oui.
  • Que vous aviez acheté?
  • Oui.
  • Maintenant, est-ce que vous pourriez … vous les avez vus ces communiqués-là?
  • Non, je ne les ai pas lus.
  • Mais sans lire vous avez pu voir quel genre de papier c’était?
  • Oui.
  • Avez-vous remarqué quelque chose de particulier sur le papier dont se servait Paul Rose?
  • Non, c’était du papier blanc.
  • Est-ce qu’il y avait un tracé, des couleurs?
  • Non, il n’y avait rien, c’était blanc.
  • Alors, le deuxième communiqué que Paul Rose s’est mis à écrire après votre retour comme vous nous l’avez décrit qu’est-ce qu’il en a fait?
  • Il a fait la même chose et puis il a mis son passeport, je crois, ou quelque chose comme cela dedans et c’est tout.
  • Et à qui a-t-il remis ce communiqué-là?
  • À Colette.
  • Et qu’est-ce que Colette devait faire avec ce deuxième communiqué?
  • Je crois que c’était la même chose que moi.
  • Et est-ce que de fait Colette est sortie de l’appartement?
  • Oui.
  • Est-ce qu’elle est partie seule ou en compagnie d’une autre personne?
  • Seule.
  • Et est-ce qu’elle est revenue à l’appartement après?
  • Oui.
  • Combien de temps après son départ, à peu près?
  • Deux heures.
  • Est-ce qu’il a été question également entre l’un des frères Rose par exemple et Colette Therrien de photocopie de communiqué?
  • Je crois que oui.
  • Alors, voulez-vous raconter à monsieur le coroner ce qui est arrivé?
  • Bien, je ne le sais pas, il s’est expliqué avec elle qu’il voulait avoir je crois des copies de son communiqué, il s’est arrangé avec.
  • Et à votre connaissance, est-ce que des photocopies ont été faites de ce communiqué?
  • Oui.
  • Est-ce que c’était le premier ou le deuxième cela?
  • Je ne m’en rappelle pas.
  • Et toujours à ce moment-là est-ce que l’on vous a remis à vous, monsieur Bélisle, une copie de ce communiqué-là?
  • Non.
  • Et à votre connaissance en aurait-on remis une copie à Colette Therrien?
  • Je ne m’en rappelle pas.
  • Vous souvenez-vous qu’à cette époque-là il aurait eu une réunion là à l’Université de Montréal?
  • Oui, pour les droits de l’homme.
  • Êtes-vous allé à cette réunion-là, monsieur Bélisle?
  • Oui.
  • Avec qui?
  • Seul, la première fois.
  • Et la deuxième fois?
  • J’y étais allé pour aller sonder pour voir si c’était possible d’aller porter un communiqué.
  • Et y êtes-vous allé une deuxième fois?
  • Oui, j’y suis retourné.
  • Avec qui?
  • Avec Colette.
  • Quand vous y êtes allé la première fois, est-ce que c’était à la demande et la suggestion de quelqu’un?
  • À la demande de Paul Rose.
  • Et lorsque vous y êtes retourné une deuxième fois avec Colette Therrien est-ce que vous êtes en possession de quelque chose à ce moment-là?
  • Oui, un communiqué.
  • Et qu’est-ce que vous en faites?
  • On le dépose près d’une boîte à malle, c’est marqué affranchi et non affranchi, c’est près de la salle et là j’ai téléphoné pour dire où il était.
  • À qui … vous avez téléphoné à qui?
  • À quelqu’un qui répondait, j’avais demandé à une personne qui parlait en avant mais …
  • Vous aviez demandé un des conférenciers?
  • Comme il ne pouvait pas se déranger c’est à quelqu’un là qui a répondu et puis il a dit que c’était correct.
  • Mais qu’est-ce que vous avez dit, vous?
  • J’ai dit qu’il y avait un communiqué près de la boîte à malle et tout cela et il est allé le chercher.
  • Quand vous avez appelé pour ce communiqué-là, intervint le coroner Trahan, est-ce que vous étiez à l’université même?
  • Non, j’étais dans une boîte téléphonique.
  • En dehors de l’université?
  • Oui.
  • Ce soir-là, reprit Me Boilard, le soir de la réunion à l’Université et du communiqué etc., est-ce qu’il est arrivé un incident, une erreur de numéro de téléphone, question de monnaie également de 10¢ qui disparaissaient, que vous n’aviez plus?
  • Oui, il me manquait un dix sous, je m’étais trompé de numéro.
  • Est-ce que vous avez dit cela, est-ce que vous en avez informé Colette Therrien que vous vous étiez trompé?
  • Oui, je suis retourné pour lui dire que je n’avais pas pu téléphoner et tout cela, et là elle m’a donné un autre dix sous et j’ai été téléphoner.
  • Où était-elle Colette Therrien à ce moment-là?, questionna le coroner.
  • Elle était à l’université.
  • Maintenant, reprit Me Boilard, ce que vous deviez dire lors de cette conversation, de ce téléphone plutôt à l’Université qui vous avait [dit] de dire cela, vous avait dit quoi de dire?
  • C’était Paul Rose.
  • Est-ce que Colette Therrien était avec vous lors de ce téléphone-là?
  • Non, elle était à l’Université pour voir s’il passerait ou non.
  • Maintenant, est-ce qu’elle vous avait dit ou demandé de faire quelque chose relativement toujours au communiqué de l’Université?
  • Non.
  • Ce n’est pas elle qui vous avait dit : « tu diras cela lorsque tu téléphoneras ou tu parleras à untel »?
  • Non.
  • L’erreur du numéro de téléphone maintenant… Est-ce que vous l’aviez noté ce numéro de téléphone-là?
  • Non, je l’avais dans ma mémoire.
  • Et est-ce que vous avez mentionné à Colette Therrien que …
  • Oui, je lui ai dit, on est ressorti ensemble et là j’ai été téléphoner.
  • Est-ce que c’est parce que vous aviez un blanc de mémoire ou si vous étiez nerveux à ce moment-là?
  • J’étais nerveux.
  • Et à ce moment-là, vu votre nervosité, est-ce que Colette vous a donné des instructions ou vous a suggéré de faire des choses, de dire des choses?
  • Non, elle ne m’a rien suggéré, j’ai refait un autre téléphone.
  • Et cette fois-ci, sans vous tromper de numéro?
  • Oui.
  • Maintenant, le jeudi de la même semaine, je pense que ça serait le 29 octobre, c’est cela?
  • Plutôt le 30 … non … le 30, oui. Le 29, oui.
  • Je 29 octobre, jeudi?
  • Oui.
  • Quand vous vous êtes levé le matin est-ce que Colette Therrien était à l’appartement?
  • En d’autres termes, disons, peut-être pour vous aider là, est-ce que vous auriez eu un téléphone de Colette Therrien le matin du 29 octobre 1970 relativement à un communiqué?
  • Non, je ne crois pas en avoir eu … je n’ai peut-être pas compris.
  • Je vais essayer de vous aider, est-ce que ce jeudi le 29 octobre 1970, dans la journée de jeudi le 29, est-ce que vous auriez parlé avec Colette Therrien au téléphone relativement à un communiqué qu’elle avait livré?
  • Je ne m’en rappelle pas.
  • Vous ne vous en souvenez pas?
  • Non.
  • Est-ce qu’au cours de cette journée-là vous avez vu Colette Therrien à l’appartement toujours …
  • Le soir.
  • De quoi a-t-il été question entre vous et elle?
  • Rien de spécial.
  • Est-ce qu’il a été question de communiqué dans la soirée du 29?
  • Oui, il voulait qu’elle aille porter je crois des communiqués à tous les postes de radio et comme c’était pas possible elle a appelé… elle avait appelé pour dire qu’elle était trop fatiguée.
  • Qui lui avait demandé d’aller porter des communiqués?
  • Paul Rose.
  • Est-ce que cette journée-là toujours votre sœur Francine se trouvait à l’appartement?
  • Je ne peux pas dire.
  • Vous, lui avez-vous parlé?
  • Non, je ne lui ai pas parlé.
  • Est-ce qu’il a été question d’une certaine Micheline, que vous changiez de place pour …
  • Ah! Oui, le soir moi-même j’ai été coucher chez elle.
  • Qui vous avait demandé …
  • C’est Francine qui avait appelé.
  • Votre sœur Francine vous avait appelé à l’appartement?
  • Elle avait appelé Colette.
  • Et elle voulait que vous alliez coucher chez cette amie?
  • Oui.
  • Micheline?
  • Oui.
  • Et est-ce que de fait vous y êtes allé?
  • Oui.
  • Vous êtes resté combien de temps chez Micheline?
  • Je suis parti le vendredi pour aller à Victoriaville.
  • Est-ce que vous êtes revenu à Montréal la semaine suivante qui serait le lundi 2 novembre?
  • Oui, je suis revenu.
  • Et où êtes-vous allé, à l’appartement?
  • Je suis allé à la chambre où Francine restait.
  • Sur le parc Lafontaine?
  • Oui.
  • Francine s’y trouvait toujours?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait?
  • Francine avait beaucoup de bagages et puis fallait qu’elle retourne à l’appartement alors …
  • À l’appartement sur Reine Marie?
  • Oui.
  • Et lui avez-vous aidé à retourner?
  • Oui, je lui ai aidé. Il a fallu que j’aille chercher les bagages.
  • Quand vous êtes arrivé à l’appartement sur Reine Marie?
  • Oui.
  • Qui y avez-vous vu?
  • J’ai vu Paul Rose, Jacques Rose ainsi que Francis Simard et Lortie.
  • Lortie était là?
  • Oui.
  • Bernard Lortie?
  • Oui.
  • Est-ce que vous le connaissiez avant ce jour-là?
  • Non.

Pour être certain qu’on parlait du même individu, Me Boilard montra au témoin la photo cotée 17 et le témoin y reconnut aisément Bernard Lortie.

  • Et là, est-ce que quelqu’un vous l’a présenté, Lortie?
  • Non, je l’avais vu dans les journaux.
  • À cette époque-là, on est disons au 2 novembre 1970, est-ce que vous saviez, monsieur Bélisle, que Paul Rose était recherché par la police?
  • Est-ce que vous saviez également que Lortie était recherché par la police?
  • Oui.
  • Saviez-vous que Simard était recherché?
  • Oui.
  • Également Jacques Rose?
  • Oui.
  • Durant le temps où ces trois personnes à l’exception de Lortie, étaient à l’appartement et à compter du 2 novembre lorsque Lortie y est arrivé est-ce que vous écoutiez les émissions de télévision?
  • Oui, les émissions de télévision, de radio.
  • Est-ce que vous écoutiez les bulletins de nouvelles?
  • Oui.
  • Est-ce que vous auriez vu par exemple, à la télévision les photographies …
  • Non, je n’en ai pas vu à la télévision.
  • Dans les journaux peut-être?
  • Oui.
  • Alors ça c’était … vous le saviez, vous?
  • Oui, je savais que ma sœur était là aussi.
  • Était à l’appartement sur Reine Marie?
  • Oui.
  • Combien y avait-il de chambres à coucher dans cette maison-là?, demanda le coroner Trahan.
  • Deux, un salon, une cuisine et puis une espèce de hall d’entrée.
  • Est-ce que tout le monde se couchait en même temps ou s’il y en avait qui faisaient la garde?
  • Quand vous êtes entré le 2 novembre 1970 à l’appartement du chemin de la Reine Marie vous accompagniez Francine votre sœur?, reprit Me Boilard.
  • Oui.
  • Vous lui aidiez à apporter ses bagages?
  • Oui.
  • Lorsque vous êtes entré dans l’appartement est-ce que les quatre c’est-à-dire les deux frères Rose, Simard et Lortie étaient dans l’appartement ou sinon où étaient-ils?
  • Ils étaient cachés.
  • Est-ce qu’à un moment donné ils sont sortis de leur cachette?
  • Oui.
  • Qui les a informés?
  • Ha! Je ne le sais pas.
  • Après avoir reconduit votre sœur Francine à l’appartement toujours ce 2 novembre êtes-vous resté, vous, à l’appartement 12?
  • Non, j’ai pris mes bagages et je suis parti à la chambre qu’elle avait eue …
  • À la chambre de Francine?
  • Oui.
  • Sur la rue Parc Lafontaine?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait dans cette semaine du 2 novembre?
  • J’ai peinturé ma chambre.
  • La chambre sur Parc Lafontaine?
  • Oui.
  • Et vous êtes resté à cette chambre-là jusqu’à quelle date à peu près?
  • Jusqu’au vendredi.
  • Ça se trouvait vendredi, 6 novembre?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait ce vendredi-là?
  • Je suis monté à Victoriaville.
  • Et est-ce que vous avez passé le week-end là?
  • Oui.
  • Et êtes-vous revenu le 9 novembre?
  • Non … oui, je suis revenu.
  • Vous êtes revenu le 9 novembre?
  • Oui.
  • Et où êtes-vous allé?
  • J’ai été chercher mes bagages.
  • À la chambre sur Parc Lafontaine?
  • Oui.
  • Et êtes-vous resté longtemps chez Micheline?
  • Non, je suis parti le mardi.
  • Pour Victoriaville?
  • Oui.
  • Et êtes-vous revenu à Montréal subséquemment?
  • Non.
  • Pendant votre séjour sur Queen Mary est-ce qu’il a été question entre vous et l’un quelconque des trois et à compter du 2 novembre l’un des quatre Rose, Lortie, Simard …
  • Je n’ai pas demeuré avec l’autre, avec les trois.
  • Avec les trois, d’accord. Est-ce qu’il a été question par exemple de l’enlèvement de monsieur Laporte?
  • Non, il n’a pas été question de cela.
  • Est-ce que l’un des frères Rose ou Simard aurait passé en votre présence des commentaires disons suite à des bulletins de nouvelles à la télévision ou à la radio ou suite à des informations dans les journaux?
  • Bien, des commentaires parce qu’ils étaient recherchés, c’est évident.
  • Est-ce que l’on aurait parlé en votre présence durant cette période-là de monsieur Cross?
  • Non, il n’a pas été question de monsieur Cross.
  • À cette époque-là, à ce moment-là?
  • Non.
  • En votre présence toujours?
  • Non.
  • À votre connaissance, est-ce qu’il y aurait eu des armes pendant le moment là où les frères Rose et Francis Simard étaient à l’appartement 12, est-ce que vous y auriez vu des armes à feu?
  • Non, je n’ai pas vu d’armes, j’ai vu des boîtes.
  • Des boîtes qui se trouvaient où?
  • Dans la cachette?
  • Oui.
  • Vous n’avez pas vu ce qu’il y avait dedans?
  • Non.
  • Vous n’auriez pas vu disons ouvertement là, comme je vous montre mon stylo, une arme à feu, revolver, pistolet ou quoi que ce soit?
  • Non.

Questionné par le coroner, Bélisle précisera que cette boîte avait une dimension d’environ 7 X 12 pouces.

  • Est-ce qu’il aurait été question, sans évidemment les voir mais est-ce qu’on aurait mentionné en votre présence toujours à l’appartement 12, qu’il s’y trouvait des armes à feu dans l’appartement?
  • Quand j’ai vu cela, les boîtes, on m’a dit que c’était des armes.
  • Qui vous a dit cela?
  • Jacques.
  • Jacques Rose?
  • Oui.
  • Est-ce que l’on a spécifié quelle sorte d’armes ça pouvait être?
  • Non.
  • Une .22 ou un fusil de chasse?
  • Non, pas clairement.
  • Bien, si pas clairement …
  • On a dit que c’était des armes.

Me Boilard lui demanda ensuite de regarder la jeune femme qui venait d’entrer dans la salle et le témoin l’identifia comme étant sa sœur, Francine Bélisle.  Peu de temps après, il lui demanda d’identifier Colette Therrien et Richard Therrien.  Une fois ces faits établis, Me Boilard annonça en avoir terminé avec le témoin François Bélisle.  La cour s’ajourna pour la pause du midi.

Je suis conscient que la lecture d’un témoignage aussi long peut s’avérer ennuyeux par moment, mais cette présentation répond à un besoin de transparence. On ne pourra pas m’accuser de mal résumer un témoignage ou de créer des citations hors contexte. Les témoignages sous serment étant de la preuve légale, il est parfois nécessaire de bien s’en imprégner pour tenter de se rapprocher le plus possible du contexte de l’époque.

Le témoignage suivant sera celui de Francine, la sœur de François Bélisle.


[1] Retranscris tel que lu dans les transcriptions sténographiques.  Par « un chose » au lieu de « une chose », le témoin voulait certainement dire « un truc ».

[2] Nom d’une quincaillerie en vogue à cette époque.

Octobre 70: La mère des frères Rose (23)

7 novembre 1970

En après-midi, les audiences reprirent, cette fois avec le témoignage du Dr Jean Hould, médecin pathologiste rattaché à l’Institut médico-légal de Montréal.  Son apparition fut assez brève car on lui demanda seulement s’il corroborait le témoignage de son collègue, le Dr Valcourt.  Une fois la chose faite, on le remercia et le Dr Hould put retourner à ses occupations.

On appela alors Yvon Prévost, médecin qui avait vu le corps de Laporte dans la nuit du 17 au 18 octobre près du hangar no. 12 de la base militaire de Saint-Hubert.  Étant donné qu’il était présent le matin même pour entendre le témoignage du Dr Valcourt, lui aussi fut en mesure de corroborer ses explications, ce qui permettait à tout le monde de sauver du temps.

Le témoin suivant, Michel Therrien, était lui aussi médecin.  Vers 1h00 dans la nuit du 18 octobre 1970, il avait vu le cadavre.  Point sans doute important pour défaire certaines théories loufoques mises en place par des conspirationnistes, soulignons que les docteurs Prévost et Therrien ne se connaissaient pas.

  • Je l’ai vu [le cadavre] après le docteur Prévost. Quand je l’ai constaté le docteur Prévost était à côté de moi mais je n’étais pas au courant qu’il était médecin à ce moment-là.
  • Vous n’étiez pas au courant qu’il était médecin, répéta Me Jacques Ducros. Vous étiez deux médecins et vous ne vous connaissiez pas?
  • Du tout.
  • Vous avez entendu le témoignage du Dr Valcourt, du Dr Hould et du Dr Prévost. Alors, je vous demande : est-ce que vous avez quelque chose que vous aimeriez ajouter ou retrancher à ces témoignages?
  • Non, monsieur.
  • Vous êtes parfaitement d’accord sur les conclusions qui ont été prononcées par ces trois médecins?
  • Parfaitement d’accord.

Avant de le remercier, le coroner Trahan eut une dernière question pour lui.

  • Juste une question, docteur. Quand vous êtes arrivé sur les lieux, vous, est-ce que vous pouvez nous dire quelle était la rigidité cadavérique?
  • Elle n’était certainement pas tellement avancée puisque j’ai, avant de constater qu’il avait des bandages autour des poignets, j’ai voulu prendre le bras qui était au-dessus de la tête, le bras droit, et j’ai pu le bouger sans effort exagéré. Je ne peux pas apprécier le degré de rigidité à ce moment-là mais il n’était certainement pas rigide très avancé.

Le témoin suivant fut Rosa Rose, la mère des frères Rose.

  • Votre occupation?, lui demanda le greffier.
  • Maîtresse de maison, mais je travaille le soir.
  • Votre adresse?
  • 1360 Beauchamp.

Ce fut ensuite à Me Yves Fortier de l’interroger.  Le public pourrait-il apprendre des détails croustillants de la bouche de la mère des principaux suspects?

  • Madame Rose, est-ce que vous êtes mariée?
  • Oui, monsieur.

Le coroner lui donna la protection de la Cour tout en lui expliquant que, pour pouvoir en bénéficier, elle devait dire la vérité.

  • Alors, madame Rose, reprit Me Fortier, depuis combien de temps êtes-vous mariée?
  • 28 ans, je crois, 29.
  • Est-ce que votre mari vit encore?
  • Oui.
  • Quel est son nom?
  • Paul Rose, Jean-Paul Rose.
  • Jean-Paul Rose. Est-ce que vous avez eu des enfants, madame Rose?
  • Oui, cinq, sept.
  • Vous avez eu sept enfants. Est-ce que vous pourriez s’il vous plaît les nommer et donner leur âge au coroner?
  • Paul, Lise … Voulez-vous que je donne l’âge à mesure?
  • S’il vous plaît, puis?
  • Paul, 27 ans; Lise, 24 ou 25, je pense, 25; Jacques, 23; Suzanne, 17; Claire, 11.

Sur la photo cotée 9 elle identifia son fils Paul et sur la photo no. 11 elle y reconnut facilement Jacques.  C’est ensuite que Me Fortier lui montra une photo de Bernard Lortie.

  • Oui, c’est Ben, dit-elle.
  • Pardon?
  • C’est Ben. Il est venu manger chez nous déjà.
  • Ben, ça c’est … Est-ce que vous savez son nom?
  • Je ne le savais pas son deuxième nom. Maintenant ils l’ont dit sur les journaux, c’est Bob…
  • Ben Lortie?
  • … Ben, Ben Lortie.
  • Bernard Lortie?
  • Oui.
  • Vous le connaissez ce monsieur-là?
  • Je l’ai vu parce qu’il est venu manger déjà chez nous avec mon fils.

Cette dernière photo fut déposée sous la cote 17.  Sur une autre photo, elle reconnut facilement Francis Simard.

  • Maintenant, monsieur Simard, Francis Simard, et puis Ben Lortie il y a combien de temps que vous les avez rencontrés?
  • Ben ça fait longtemps mais Francis j’ai été faire un voyage avec eux autres il n’y a pas longtemps, avec mes deux fils et puis Francis.
  • Ce voyage-là que vous avez fait avec Paul, Jacques et Francis Simard quand est-ce qu’il a pris place?
  • Là, je ne peux pas dire la date exacte. Je crois que c’est … en tout vas c’est un jeudi.
  • Oui, mais est-ce que c’est récemment?
  • Oui, avant, j’ai été quinze jours partie en tout cas.
  • Est-ce que c’est au mois de septembre 1970?
  • En tous les cas, oui, oui, oui.
  • Est-ce que ce pourrait être le 23 septembre 1970, environ?
  • C’est un jeudi, ça?
  • Oui.
  • Oui, bien, c’est ça.
  • Je vais vous montrer ici un calendrier.
  • C’est parce que les dates, je ne suis pas très, très bonne. Je sais que c’est un jeudi soir.  On est parti vers 18h30, alentour de ça.

Le coroner les corrigea en disant que si c’était réellement un jeudi soir, ce ne pouvait être un 23 mais plutôt un 24.

  • Ça serait le 24, oui, confirma Me Fortier. Alors, je vais rappeler à madame Rose que le 21, vous vous rappelez que le 21 octobre de cette année vous avez signé une déclaration, n’est-ce pas?
  • Oui.

Me Fortier lui présenta alors le document en question et Mme Rose confirma qu’il s’agissait bien de la déclaration qu’elle avait faite à la police.  Elle y reconnut également sa signature.

  • Ça c’est une déclaration que vous avez fait librement et volontairement aux officiers de police qui vous ont interrogé?
  • Oui, oui.
  • Alors, est-ce que vous … Je lis ici que le 23 septembre 1970 vous seriez partie en voyage avec Paul …
  • Jacques.
  • … Jacques et puis Francis Simard?
  • C’est ça.
  • Alors, est-ce que vous pourriez s’il vous plaît, nous expliquer les circonstances de ce voyage-là? Comment est-ce que vous en êtes venue à aller faire un voyage avec vos fils?
  • Mes fils sont venus chez nous, ils m’ont demandé si je voulais aller … avant ils avaient reçu, Jacques avait reçu un chèque de 600$ de, vous savez, comment qu’ils appellent ça, du CN. En tout cas, qu’est-ce qu’il a payé durant tant d’années qu’il avait travaillé, là.  C’est comme …
  • Il avait reçu un chèque de 600$?
  • Oui, de 600$, et puis c’est moi qui a été l’échanger à la Caisse Populaire puis ils m’ont demandé si je voulais aller avec eux autres. Ils voulaient s’en aller aux États-Unis tous les deux.  Ils ne m’ont pas parlé de Francis Simard pour le moment.
  • Alors, qui est-ce qui devait être du voyage?
  • Paul, Jacques, et puis Francis ils ne m’en ont pas parlé. Après j’ai vu Francis quand on a été se rencontrer pour s’en aller.
  • Alors, quand vous vous êtes rencontrés pour partir, là, où est-ce que cette réunion…?
  • Chez ma fille.
  • Excusez-moi. Laissez-moi finir ma question.  Où est-ce que cette réunion-là a eu lieu?
  • Pas une réunion.
  • Où est-ce que la rencontre a eu lieu?
  • Bien, ils m’ont attendue chez ma fille et puis moi j’ai monté…
  • Ça c’est quelle fille, ça, madame?
  • C’est Lise.
  • C’est votre fille, Lise Rose?
  • Oui.
  • Alors, vous vous êtes rendue chez votre fille?
  • Oui, et puis ils m’attendaient. Moi j’ai monté chez ma fille pour lui dire … parce que ma fille elle mange chez nous tous les soirs, hein, elle vient souper chez nous.
  • Où demeure-t-elle votre fille Lise?
  • Sur la rue Dorion dans Longueuil.
  • Est-ce que vous vous rappelez de l’adresse exacte sur la rue Dorion?
  • Non, je ne sais pas son numéro mais c’est 11, je ne sais pas quoi, là. En tout cas c’est sur la rue Dorion.
  • Alors là, vous vous êtes rendue là chez votre fille Lise. Est-ce que vous étiez seule quand vous y êtes allée ou si vous étiez accompagnée?
  • J’étais avec Lise, j’étais avec Suzanne et j’étais avec Claire.
  • Alors, c’était donc toutes les filles de la famille Rose?
  • Oui, qui s’en allaient chez Lise. Lise soupe chez nous, vous savez.  Elle revient de son ouvrage puis après son ouvrage elle vient souper chez nous tous les soirs, parce qu’elle me donne 25$ par semaine, elle ne reste pas chez nous mais elle vient souper chez nous, ensuite je vais la mener chez elle tous les soirs.  Là j’ai été la mener comme d’habitude parce qu’après je ne voulais pas partir de chez nous parce qu’on ne voulait pas le dire à mon mari tout de suite, il n’aurait peut-être pas aimé…
  • L’idée du voyage?
  • Oui, c’était ça.
  • Alors vous vous êtes rendue chez Lise avec elle?
  • Je me suis rendue chez Lise. Nous autres on est parti avec … il y avait Francis, là, et puis mon garçon a dit « on va emmener Francis mais parles-en pas ».
  • Parlez-en pas?
  • Pour le moment.
  • Ça c’est Francis Simard, hein?
  • Oui.
  • Vos fils Paul et Jacques ont dit « Parlez-en pas qu’on emmène Francis », mais « parlez-en pas » à qui?
  • À personne. Ils ont dit « parles-en pas à personne, on va l’emmener, dis-le pas à papa non plus, ce n’est pas nécessaire qu’il le sache ».
  • Est-ce qu’ils vous ont dit pourquoi ils vous demandaient de …?
  • Pourquoi qu’ils voulaient, qu’ils s’en allaient? Ils m’ont dit qu’ils s’en allaient…
  • Non, est-ce qu’ils vous ont dit pourquoi ils vous demandaient de ne pas dévoiler que Francis Simard allait être du voyage?
  • Non, non, j’ai pensé peut-être parce qu’il voulait se sauver de chez eux, je ne sais pas.
  • Aviez-vous raison de croire qu’il voulait se sauver?
  • Ah, peut-être, je ne sais pas. Je sais que c’est un type qui voyageait souvent.
  • Alors là, vous êtes donc rendue chez votre fille Lise et puis le voyage …?
  • Là on a parti.
  • …se prépare?
  • Oui.
  • Dans quelle voiture est-ce que vous êtes partis?
  • Dans mon char.
  • Votre automobile à vous?
  • Oui, oui.
  • Pouvez-vous décrire cette automobile-là?
  • C’est une … c’est jaune, la licence je ne m’en souviens pas.
  • Quelle sorte de voiture est-ce?
  • Valiant
  • Vous êtes partie en voyage le ou vers le 23, 24 septembre 1970?
  • Oui.
  • Est-ce qu’il y avait quelque chose sur le toit de la voiture?
  • Non, sur ma voiture à moi?
  • Oui?
  • Non, pas du tout.
  • Est-ce que vous saviez, madame Rose, quel était le but de ce voyage que vos fils entreprenaient aux États-Unis?
  • Mes fils ont dit qu’ils voulaient s’installer là, qu’ils avaient un montant d’argent … parce qu’ils doivent beaucoup vous savez, dans les finances, ces affaires-là, ils voulaient s’en aller.
  • Ils voulaient s’en aller?
  • C’est ce qu’ils m’ont dit. J’étais bien contente qu’ils s’en aillent parce que ça faisait deux ans qu’on était bien inquiète pour eux autres.
  • Alors vous avez accepté d’aller avec eux?
  • Oui, j’étais fière qu’ils se débarrassent de cette vie-là.
  • Alors jusqu’où êtes-vous allés?
  • On a été jusqu’au Texas.
  • Jusqu’au Texas?
  • Oui.
  • Et en cours de route, avant d’arriver au Texas, est-ce qu’ils vous disaient toujours qu’ils voulaient s’en aller pour ne pas revenir?
  • Ils avaient toujours cette idée-là mais seulement … c’est assez dur à dire. Ils ont arrêté à plusieurs places pour s’acheter des revolvers.  Ils voulaient s’acheter chacun un revolver, je leur ai demandé pourquoi.  Ils m’ont dit que là dans cette place-là tous les Américains avaient des revolvers.
  • Alors durant le voyage ils se sont …
  • Non, ils n’en n’ont pas acheté. Personne n’a voulu leur en vendre, j’étais bien contente.  Ils ont arrêté à bien des places pour en acheter.
  • Ils n’ont pas eu de succès?
  • Non.
  • Qu’est-ce que c’est qui est arrivé, madame Rose, qui a causé le retour à un moment donné?
  • Hélas, le retour, s’ils étaient restés là probablement … En tout cas, c’est que quand on était au Texas on a entendu dans la radio qu’il y avait un type qui s’était fait enlever, monsieur Cross.
  • Monsieur Cross … ça, vous avez entendu cela à la radio?
  • Oui, je crois que c’était dans la nuit et là ils ont résolu de s’en venir à toute vitesse et puis là, mon fils Paul a dit : « c’est-tu pas épouvantable, c’est-tu pas fou, des beaux niaiseux… ». Une chose comme cela, ils savent bien que le gouvernement ne pliera pas pour un homme comme cela, voyons donc.  Ça, c’est ça qu’ils ont … ils sont retournés, maintenant ils ont résolu de s’en venir.
  • Durant le voyage, madame Rose, le retour, est-ce qu’en aucun temps ils ont devant vous, soit Francis, Jacques ou Paul, émis des opinions à savoir qui aurait pu enlever monsieur Cross?
  • Ils ont dit que c’était peut-être, mais oubliez pas là je ne veux pas accuser personne, eux autres aussi ont fait des hypothèses comme moi je peux en faire. Ils ont dit que ça pouvait être probablement Jacques, Pierre et Alain, c’est probablement eux autres.
  • Jacques, Pierre et Alain?
  • Peut-être, c’était simplement des hypothèses.
  • Ils n’en ont pas dit plus que cela?
  • Non, ils n’ont pas dit que c’était eux autres mais ils ont dit que ça doit être …
  • Alors vous êtes donc revenus au Québec?
  • Oui, en peu de temps je vous le jure.
  • Est-ce que vous conduisiez presque …
  • Non.
  • Est-ce que vos fils conduisaient …
  • Oui, chacun leur tour.
  • Est-ce que vous étiez en voiture presque 24 heures par jour?
  • Oui, presque toujours, oui.
  • Et quand vous êtes revenus au Québec, quand vous êtes revenus dans la province de Québec qu’est-ce que vous avez fait?
  • On est arrivé à Woolco[1], chez Woolco vers le matin, au petit jour, j’ai été déjeuner avec eux autres, on est allé déjeuner tous les quatre.
  • Vous rappelez-vous de la date à laquelle vous êtes revenus, vous êtes arrivés?
  • Un jeudi aussi.
  • C’était le jeudi après l’enlèvement…?
  • Quinze jours après.
  • Alors, le jeudi après l’enlèvement de monsieur Cross?
  • Oui.
  • Alors, on serait le jeudi 8 octobre 1970?
  • Ça doit. Je n’avais pas regardé…
  • Qu’est-ce que vous avez fait quand vous êtes arrivée?
  • J’avais hâte de retourner chez nous. J’ai été déjeuner … je ne voulais pas déjeuner mais eux autres voulaient déjeuner et puis ensuite eux autres m’ont demandé si je voulais leur passer le char pour qu’ils aillent se chercher une chambre.  On est resté en dedans moi et ma petite fille, ils sont partis avec le char, je ne sais pas s’ils s’en sont trouvé une, en tous les cas Jacques est revenu et il m’a donné 20$ américain, il m’a dit : « Maman, vos springs sont pas mal à terre, vous ferrez réparer vos springs » et puis il m’a fait, il m’a dit ses adieux, bonjour et il est parti.
  • Ça, c’est Jacques?
  • Oui, ça c’est Jacques.
  • Est-ce que vous l’avez revu depuis le 8 octobre, Jacques Rose, votre fils?
  • Ils sont venus un mercredi, un mercredi ils sont venus tous les deux.
  • Est-ce que ce serait …?
  • Ils n’ont pas été longtemps par exemple et puis ils n’avaient pas l’air énervés du tout, rien. Ça n’avait pas l’air qu’ils avaient eu quelque chose de grave.  En tous les cas, ils sont venus, ils se sont pris chacun un coat, un windbreaker [coupe-vent] et puis ils se sont en allés, ils m’ont dit bonjour, ils ont été je pense … ils étaient arrivés dans l’après-midi vers 14h00, 14h30, peut-être 15h00.  Je ne peux pas vous dire au juste mais ils n’ont pas soupé chez nous, ils sont partis.
  • Ils étaient seuls, Paul et Jacques?
  • Oui, seuls.
  • Et ça, c’est le mercredi dans la semaine qui a suivi votre retour des États-Unis?
  • Oui, je le crois, la semaine d’ensuite, je le crois.
  • Mercredi le 14 octobre?
  • Oui, ça doit être cela, je ne peux pas certifier par exemple si c’était mercredi ou jeudi, je ne m’en souviens pas bien, bien, mais dans ces jours-là.
  • Est-ce qu’ils sont arrivés à pied ou en voiture?, demanda le coroner.
  • À pied. Des voitures, je pense qu’ils ne pouvaient plus en avoir parce qu’ils étaient tous les deux … ils ne pouvaient plus avoir de char, ils avaient eu des accidents je pense, quelque chose comme cela.
  • Est-ce que c’est la seule fois, madame Rose, que vous avez vu vos fils?
  • Oui, c’est la dernière fois.
  • Est-ce que vous leur avez parlé au téléphone?
  • Oui, une fois, Paul m’a appelé une fois. Il était chez Mme Venne.
  • Est-ce que vous vous rappelez de la date de cet appel?
  • Non, je ne m’en souviens pas mais je sais qu’il m’a appelée une soirée, il m’a dit : « maman, bonjour, comme[nt] ça va. Il dit « je suis chez Mme Venne ».  Je lui ai dit : « pourquoi tu ne viens pas me voir? ». Il m’a dit : « pas tout de suite, j’irai, ne soyez pas inquiète, ne parlez pas à personne que j’ai appelé ».  C’est cela qu’il m’a dit.
  • Ne parlez pas à personne…?
  • Ne dites pas à personne que j’ai appelé.
  • Est-ce qu’il vous a demandé quelque chose durant cette conversation-là?
  • Non, il m’a dit bonjour, simplement. Il m’a demandé si ça allait bien, c’est tout.
  • Est-ce qu’il vous a donné des nouvelles de Jacques?
  • Non, aucune nouvelle de Jacques, il ne m’a pas donné de nouvelles du tout et Jacques je ne l’ai pas revu, rien depuis le mercredi.
  • Madame Rose, je vous montre ici un gilet qui a été coté plus tôt ce matin comme pièce numéro 3, est-ce que vous pourriez s’il vous plaît en prendre connaissance et dire au coroner si vous avez déjà vu ce gilet-là?
  • C’est à un de mes fils, c’est-à-dire que les deux portent presque toujours … c’est-à-dire qu’ils changent de linge, ils vivent en gang ça fait qu’ils se prêtent leur linge mais c’est à un de mes fils.
  • Pourquoi dites-vous qu’il appartient à un de vos fils?
  • Parce que je le reconnais, il y a de petites affaires de déchirures quelque part, je ne sais pas où.
  • Prenez votre temps. Regardez le gilet.
  • Bien, vous savez, je pense qu’ils en avaient deux, trois semblables comme cela mais c’est à un de mes fils.
  • Vous êtes certaine que c’est à un de vos fils?
  • Ah! Oui.
  • Est-ce que vous vous rappelez quand vous … est-ce que vous vous rappelez quand ce gilet-là aurait été remis à un de vos fils? Est-ce que c’est durant la période qui a précédé votre voyage au Texas?
  • Non, je crois … c’est que je leur voyais sur le dos des fois … sur eux autres.

En lui montrant à nouveau le gilet, le procureur constata la présence d’un trou dans la manche droite.

  • Est-ce que vous avez déjà eu l’occasion de constater ce trou durant les journées précédentes et … est-ce que ça vous rappelle quelque chose ce trou-là?
  • C’est un petit trou, bien petit mais … c’est parce que … quand c’est à Jacques ça sent le gaz mais lui ne sent pas tellement, mais je crois que c’est à eux autres.

Le procureur offrit ensuite au témoin de s’asseoir, ce qu’elle accepta.  Il lui montra un couvre-pied qu’elle avait confectionné elle-même.

  • C’est un couvre-pied que j’avais mis sur mon char pour aller reconduire un canot qu’ils étaient venus chercher dans ma cour, un de leurs canots. Pour ne pas grafigner le dessus du char j’avais mis ce couvre-pied-là.
  • C’est un couvre-pied que vous avez donné à vos enfants?
  • Oui.
  • Paul et Jacques?
  • Oui.

Le couvre-pied fut déposé sous la cote 18.  Puis il lui en présenta un autre, qu’elle reconnut aussitôt.

  • C’est moi qui l’ai faite mais cela ça fait longtemps qu’ils l’ont, depuis la Maison du Pêcheur, je leur avais donné.
  • C’était un effet que vous avez donné à Paul et à Jacques?
  • Oui.

Ce deuxième couvre-pied fut déposé en preuve sous la cote 19.  Il lui fit reconnaître un rideau qui sera déposé sous la cote 20.  On lui montra ensuite une paire de bottes, qu’elle identifia comme appartenant à ses enfants.

  • C’est à Paul ou à Jacques, parce qu’ils les mettaient tous les deux individuellement. Ils se prêtaient leurs affaires.

Les bottes furent déposées sous la cote 21 avant de lui montrer un couvre-lit.

  • Non, ce n’est pas à moi, ça. Je n’ai jamais fait cela.  Je n’ai pas de métier [à tisser], moi.  C’est fait au métier.
  • Alors, cela vous ne reconnaissez pas cela?
  • Non, ce n’est pas à moi cela.
  • L’avez-vous déjà vu en possession de vos deux fils?, demanda le coroner.
  • Non, jamais.
  • Est-ce que vous reconnaissez ce qui semble être des serviettes, ici?, reprit Me Fortier.
  • Est-ce que vous êtes capable d’identifier cela?
  • Ça, je regrette mais ce n’est pas à moi.
  • Est-ce que vous avez déjà eu l’occasion de donner des taies d’oreiller à vos fils Paul ou Jacques?
  • Ah! Peut-être qu’ils en ont pris, ça se peut des fois parce que des fois ils venaient coucher à la maison mais … quand ils faisaient des voyages en machine des fois, ils prenaient un couvre-pied ou un oreiller.
  • Est-ce que vous pouvez identifier cet oreiller comme étant un oreiller qui vous aurait déjà appartenu?
  • Non, je ne le crois pas. Je ne me souviens pas mais…  Non, non.  Je n’en ai pas eu comme cela, de ce genre-là.
  • Madame Rose, je vous montre encore une fois le gilet que vous avez identifié plus tôt sous la cote numéro 3, est-ce que vous vous rappelez que le 21 octobre de cette année il y a des policiers qui vous ont montré ce gilet-là et que vous l’avez regardé, vous l’avez senti et vous l’avez identifié positivement comme ayant appartenu à Paul ou à Jacques?
  • Oui, mais j’ai dit que … lui sentait le gaz, hein! Ses affaires à Jacques, mais j’ai dit que je ne pouvais pas dire si c’était à Jacques ou à Paul parce qu’ils en avaient …
  • Ah bon! Mais vous l’avez identifié comme …
  • Comme étant à mes enfants.
  • À soit Paul ou à Jacques?
  • Oui.

La mère des frères Rose fut ensuite remerciée. Son apparition devant le coroner n’avait toujours pas permis d’éclaircir les circonstances de ce mystérieux voyage aux États-Unis.


 

[1] Ancien magasin à grande surface.

Octobre 70: Meurtre ou accident? (19)

Photo judiciaire du corps de Pierre Laporte, tel qu’il a été retrouvé dans un coffre de voiture au soir du 17 octobre 1970.

Samedi, 17 octobre 1970

C’est au cours de la soirée du 17 octobre que le FLQ laissera savoir à la station CKAC « que Pierre Laporte a été « exécuté » à 18h18 et que son corps repose dans le coffre arrière d’une voiture, au parc de stationnement de l’aéroport de Saint-Hubert.  Les reporters se rendent sur les lieux, repèrent la voiture, appellent un photographe et la police qui, environ vingt-quatre minutes après minuit, ouvre le coffre de l’automobile et y découvre le corps inanimé de Pierre Laporte »[1].  Le communiqué daté du même jour se terminait par cette autre menace : « P.-S. Les exploiteurs du peuple québécois n’ont qu’à bien se tenir ».

Dans son numéro du lundi 19 octobre, le premier à paraître suite à la découverte du corps, La Presse annonçait que les autorités étaient déjà à la recherche de Paul Rose, 27 ans, et de Marc Carbonneau, 37 ans.  On délivra contre eux des mandats d’amener à travers tout le Canada et les États-Unis.  Les deux individus étaient connus des policiers.  Carbonneau avait été blessé d’une décharge d’arme à feu lors de la fusillade de Murray Hill, le 7 octobre 1969, alors qu’il était en compagnie de Jacques Lanctôt, autre membre du MLT (Mouvement de Libération des Taxi).  Il aurait été identifié par Mme Cross comme étant l’un des ravisseurs de son mari.  « Quant à Paul Rose, il s’est fait connaître comme membre fondateur de la Maison du pêcheur à Percé, qui avait tenu les policiers et la population de Percé en état d’alerte presque continuellement au cours des mois de juillet et août »[2].  De plus, Rose avait été impliqué dans les émeutes survenues l’automne précédent à Saint-Léonard.

Selon un article de Michel Auger, c’est au matin du 19 octobre qu’on découvrit la maison où avait été détenu Laporte.  « Cette maison située dans une petite rue, à quelques centaines de pieds du lieu de la découverte de son cadavre, samedi soir, n’était pas piégée », précisa Auger.  « C’est une équipe de détectives de l’escouade de sécurité de la Sûreté du Québec, dirigée par le sergent Albert Lisacek, qui a localisé la maison, vers 2h ce matin, au 5630 de la rue Armstrong, à Saint-Hubert ».

C’est Lisacek lui-même, qui deviendrait un policier vedette quelques années plus tard, entre autres pour avoir pourchassé le truand Richard Blass, qui aurait été le premier à entrer après avoir défoncé la porte.  Quand il a aperçu une malle suspecte dans le salon, une brigade de déminage fut appelée sur les lieux.  Il fallut une heure de travail pour comprendre que, finalement, elle ne contenait aucune bombe.

On aura compris que la mort de Pierre Laporte était confirmée et qu’on recherchait déjà des suspects.

Dans son livre de 1977, Pierre Vallières écrivait que « les médias du monde entier annonçaient « l’exécution » de Pierre Laporte ».  La Presse, qui annonça la nouvelle seulement le lundi 19 octobre, en raison de l’absence de publication le dimanche, n’utilisa pourtant pas le terme d’exécution.  Le gros titre en première page se lisait plutôt comme suit : « la maison où était détenu Laporte est trouvée, vide ».  La Presse utilisait plutôt le mot « assassiné » pour décrire le crime.  Quant à lui, Le Devoir parlerait de « meurtre ».

D’ailleurs, c’aurait été un énorme manque d’objectivité de la part des médias que de décrire la mort de Laporte comme une « exécution », un mot sur lequel Vallières insista à plusieurs reprises et dont il ne comprenait visiblement pas l’origine ni la signification.  Le terme d’exécution provient du mot latin executio, qui signifie achèvement. Et Larousse de préciser qu’on parlerait de la mise à mort d’un condamné.  Or, Laporte n’a jamais été condamné par un système de justice.

Le plus étonnant, c’est de voir Vallières écrire : « jamais d’ailleurs, comme on l’a vu précédemment, le FLQ n’avait eu l’initiative des événements.  Il était tombé tête baissée dans le piège qu’on lui avait tendu »[3].  Faudrait-il supposer que les membres du FLQ sont tombés dans un piège en commettant le crime de deux enlèvements?  Le fait d’avoir tué Pierre Laporte était-il un autre piège?  Les felquistes étaient encore de pauvres victimes?

Certes, il faut un culot étonnant pour affirmer que le FLQ n’avait eu aucune initiative dans ces « événements ».  Et de plus, doit-on faire remarquer que Vallières, en aucun temps, ne transmet une quelconque part de sympathie pour les membres de la famille Laporte?

         Dans cette même lignée de l’illogisme, il poursuit en disant : « pourtant, le FLQ n’avait aucun intérêt à ce que l’un des otages soit tué ou même meure accidentellement »[4].  Voilà une belle phrase vide de sens qui ne cadre d’ailleurs pas avec les faits.  Il suffit de penser à cette note laissée avec le corps de Laporte – P.-S. Les exploiteurs du peuple québécois n’ont qu’à bien se tenir – qui démontre bien l’absence de regret.  Au contraire, cette phrase démontre à quel point ils souhaitaient poursuivre dans leurs idées délirantes.

Peu importe sa situation, personne n’a intérêt à tuer quelqu’un, et pourtant cela se produit continuellement.  Quant à prétendre que le FLQ n’avait aucun intérêt dans une mort accidentelle, il aurait d’abord fallu avoir l’intelligence d’éviter de se mettre les pieds dans les plats en procédant à un enlèvement.  En prenant la décision de kidnapper Laporte, ces hommes ont eux-mêmes rehaussé le niveau de risque.  Et il ne faudrait pas non plus oublier les armes qu’ils avaient préparées pour commettre leur méfait, ce qui prouvait nettement leur intention criminelle, leur préméditation.  Voilà qui me fait dire que l’ouvrage de Pierre Vallières perd ici le peu de crédibilité qui lui restait dans ce travail de comparaison et de recherche.  Il continuera cependant de nous accompagner puisque les théoriciens du complot fondent beaucoup de confiance en son livre.

Vallières remettait aussi en question le fait que les Rose et Simard aient pu eux-mêmes aller déposer le cadavre à Saint-Hubert en expliquant qu’il y avait des barrages partout, et même sur le chemin de la Savanne.  Pourtant, on vient de voir dans l’article de Michel Auger que la maison de la rue Armstrong se trouvait seulement à quelques centaines de pieds du lieu de la découverte.  Les ravisseurs devaient donc plutôt bien connaître les allées et venues du quartier.  Il n’y a donc rien de surnaturel dans cette partie de l’histoire.

La perversion de Vallières allait jusqu’à laisser entendre que la mort de Laporte faisait partie du méchant complot fédéral, qui prenait de l’ampleur depuis des années : « Pour le FLQ, tuer Laporte équivalait à un suicide politique, sans compter qu’un tel geste mettait en grave danger de répression massive l’ensemble des forces progressistes au Québec.  D’ailleurs, l’imposition, la veille, des Mesures de guerre ne pouvait laisser subsister aucun doute à ce sujet.  Ni le FLQ ni la population n’avaient donc intérêt à ce que Pierre Laporte soit exécuté; par contre, le pouvoir central pouvait profiter d’une mort survenant en un aussi bon moment psychologique »[5].

Facile à dire avec quelques années de recul (il écrivait ceci en 1977), mais au moment des événements il paraît beaucoup plus vraisemblable que ces terroristes se moquaient de la vie ou de la mort de Laporte.

En 1982, Simard écrira : « La certitude, la conviction que tout irait bien a commencé à diminuer jusqu’à ce que soit proclamé la Loi des mesures de guerre et le refus définitif du gouvernement.  Là, Laporte a « craqué » et sans que notre attitude face à lui ne change.  Il ne parlait plus, ne réagissait plus.  Il était comme … sans vie, absent.  Tout comme si on lui avait enlevé la vie.  Autant il a pu être convaincu que le gouvernement allait accepter, autant avec l’annonce du refus et l’envoi de l’armée au Québec il s’est effondré.  La Loi des mesures de guerre a été annoncée durant la nuit du 16 octobre à 4 heures du matin, par le gouvernement fédéral »[6].

Le livre de Simard ne nous aide pas beaucoup à situer précisément les événements dans le temps.  On ignore l’heure où Laporte aurait tenté de s’évader.  Son style littéraire n’est pas clair quant à savoir si le meurtre de Laporte s’est produit le même jour que cette tentative de fuite.  Quoiqu’il en soit, en se fiant aux autres informations, il est certainement plus fiable de continuer de croire que la tentative d’évasion ait eu lieu quelque part au cours de la journée du 16 octobre et que le meurtre eut lieu le lendemain.  Là encore, notre étude plus exhaustive de l’enquête du coroner, que nous verrons au cours des prochaines semaines, viendra nous aider à mettre certains détails en place.

         Parmi les questions qui subsistent, je pense qu’il y a celle où plusieurs personnes se demandent encore si la mort de Laporte a été un meurtre, c’est-à-dire un geste prémédité, ou alors un banal accident.  Pour envisager l’accident, il faudrait placer la tentative d’évasion le même jour et ainsi croire en la possibilité qu’en plus de s’être blessé sur le verre Laporte se serait étranglé par accident avec sa chaîne.  Est-ce possible?

Bien sûr, on sait que pour étrangler quelqu’un il faut au minimum de trois minutes, et puisque Simard a déjà avoué que lui et ses amis s’étaient tout de suite aperçu de la tentative – ils avaient apparemment entendu un bruit – alors il faut prendre en considération que les ravisseurs seraient intervenu sans délai et que si la chaîne causait un dommage quelconque ceux-ci aurait immédiatement aidé Laporte à s’en dégager.  N’oublions pas un fait : selon l’autopsie pratiquée ensuite, il ne fera aucun doute que la mort a été causée par une strangulation à l’aide de la chaînette que Laporte portait à son cou. Il faut donc oublier le scénario de l’accident.

Voilà qui nous oblige à nous tourner vers le seul dénouement possible : le meurtre ou l’homicide involontaire.

Laissons à Simard le soin d’expliquer, ou du moins tenter de le faire, le fil des événements qui ont conduit à la décision ultime : « Nous avions la sensation que Laporte était déjà mort.  Il était comme quelqu’un à qui on a enlevé toute vie.  Il avait l’air complètement « vidé ».  Tu sentais que, pour lui, on l’avait déjà tué.  C’était comme si, pour lui, il était déjà mort »[7].

Dans cette dépersonnalisation de la victime, on semble se donner l’excuse de le considérer déjà comme mort pour minimiser le geste qui allait suivre.  À lire Simard, on a l’impression qu’il s’apprêtait à lui rendre service en le tuant.  Tout simplement odieux!

Après avoir souligné la présence militaire dans les rues et la fin des négociations avec le gouvernement, Simard en arrive au grand questionnement ultime, sans toutefois décrire les débats que l’on devine vaguement entre les trois ravisseurs.  Puis, encore une fois, on remet la faute sur la Loi des mesures de guerre : « on la met en application en pleine nuit, en cachette, en même temps qu’on a envoyé l’armée, pour faire peur.  Mais ça ce n’est pas du terrorisme.  Bien non!  C’est légal!  Avec cette loi-là on arrête sans mandat, on défonce les portes des maisons, on remplit les prisons.  Mais ça, encore une fois, ce n’est pas du terrorisme, c’est la démocratie en pratique!  Tu sais que tu es rendu à l’échéance.  Ça ne vaut plus la peine d’envoyer un autre communiqué.  Tu es rendu au choix : Pierre Laporte va être libéré ou il va mourir »[8].

On le sent sur le point d’avouer, et c’est ce qu’il fait, noir sur blanc.  En dépit de quelques doutes sur son livre, il faut donner à Simard le fait d’avoir écrit ce paragraphe : « après l’enlèvement nous avions envoyé plusieurs communiqués.  Nous exigions du pouvoir une réponse sinon, après un certain délai, Pierre Laporte serait exécuté.  C’est ce que nous disions, écrivions.  Mais même si tu écris ça, même si tu dis ça, c’est humainement impossible d’envisager une chose pareille.  Tu ne peux te figurer une chose comme ça.  Il y a des conséquences que tu peux envisager intellectuellement.  Tu peux les considérer au niveau politique, au niveau théorique.  Au niveau humain c’est impossible.  Tu ne peux pas dire, à moins d’être un monstre, tranquillement : « O.K. le gouvernement refuse, on va répondre… »  Ça ne se peut pas. […].  Nnous nous questionnons.  Nous nous interrogeons.  Il nous faut prendre une décision.  Nous le libérons ou nous ne le libérons pas.  Il faut décider rapidement, nous n’avons plus de temps devant nous.  Le gouvernement a donné sa réponse.  Elle est définitive : c’est la force.  Nous en sommes rendus là.  Ça ne sert à rien d’envoyer d’autres communiqués, le pouvoir a dit non.  Il ne veut pas négocier.  Ça ne sert à rien de tenter encore une fois de parler.  C’est la Loi des mesures de guerre.  Le gros coup est donné… Tu es comme au pied du mur…  Ou bien tu es conséquent avec le geste que tu as posé ou bien tu le libères.  Tu n’as pas d’autres choix.  Et il faut que la décision se prenne maintenant!  Tout de suite!  Dans le temps aussi tu n’as pas le choix »[9].

Finalement, il passe aux aveux, comme il l’avait fait devant les enquêteurs, douze ans plus tôt : « je ne sais pas comment m’exprimer.  C’est la première fois que je dis ça.  La décision que nous avons prise, c’est que nous l’avons tué.  Ce n’est pas du tout un accident.  Ça n’a rien à voir avec ce qu’on a raconté…  Ça s’est fait très vite.  Ça se fait très vite.  C’est fragile une vie humaine.  C’est fragile.  Ne me demandez pas comment nous avons fait ça.  Je ne sais pas.  Je ne sais plus.  Je ne veux pas me souvenir.  Je ne veux pas y penser.  Tout ce que je peux dire c’est que je ne peux croire que j’étais là.  Je suis incapable de croire que nous avons fait ça.  Je ne sais pas comment »[10].

Il n’en dira pas davantage.  Aucun détail.  Aucune précision permettant de deviner lequel du trio a réellement étranglé Laporte.  Il faut donc s’en remettre à sa déclaration qui sera lue lors de l’enquête du coroner.

Selon certains, le meurtre de Laporte aurait été commis à 18h18, soit une semaine précisément après son enlèvement.  Simard n’a rien dit à ce propos, mais si c’est réellement le cas, cela ressemble drôlement à un meurtre planifié depuis un certain temps, comme si les ravisseurs avaient finalement « respecté » un ultimatum précis.  Sinon, une heure aussi précise, ça ne s’invente pas!

Simard se montra assez peu bavard sur la façon de disposer du corps.  Il affirmera cependant que leur trio avait eu l’idée de mettre le feu à la maison de la rue Armstrong pour détruire toutes les preuves.  Encore une fois, il se donnera bonne conscience en prétendant que « nous ne l’avons pas fait parce que nous avons eu peur pour les voisins »[11].

Au soir du 17 octobre, Robert Bourassa « s’était rendu avec ses stratèges dans un bâtiment administratif de Terre des hommes, où une centaine de personnes (avocats et policiers, fonctionnaires et diplomates canadiens, cubains, québécois) préparaient l’opération.  C’est là qu’il apprit que le pire était arrivé : Pierre Laporte avait été retrouvé mort dans le coffre arrière d’une voiture, à Saint-Hubert »[12].

Pour sa part, William Tetley ajoutera que « après l’imposition des Règlements de la Loi sur les mesures de guerre et la mort de Pierre Laporte, les manifestations étudiantes se sont évaporées; ne sont restés que quelques meneurs et activistes endurcis »[13].

D’ailleurs, ces manifestations qui eurent lieu durant les journées fatidiques de la Crise n’avaient pas une grande valeur selon Tetley.  Selon lui, elles étaient menées par quelques étudiants universitaires mais surtout des décrocheurs qui « libres comme l’air, ils étaient prêts à manifester et, comme de nombreux étudiants, agissaient impulsivement plutôt que rationnellement »[14].

 


[1] William Tetley, op. cit., p. 333-334.

[2] La Presse, 19 octobre 1970.

[3] Vallières, p. 70

[4] Ibid., p. 71.

[5] Ibid.

[6] Simard,

[7] Simard, p. 63.

[8] Simard, p. 64.

[9] Simard, p. 65.

[10] Simard, p. 67.

[11] Simard, p. 68.

[12] Germain, op. cit., p. 157.

[13] William Tetley, op. cit., p. 51.

[14] Ibid.

Octobre 70: La Loi sur les mesures de guerre (18)

Vendredi, 16 octobre 1970

C’est vers 4h00, au matin du 16 octobre 1970, que la Loi des mesures de guerre fut proclamée.  En 1982, Simard écrira : « La certitude, la conviction que tout irait bien a commencé à diminuer jusqu’à ce que soit proclamé la Loi des mesures de guerre et le refus définitif du gouvernement.  Là, Laporte a « craqué » et sans que notre attitude face à lui ne change.  Il ne parlait plus, ne réagissait plus.  Il était comme … sans vie, absent.  Tout comme si on lui avait enlevé la vie.  Autant il a pu être convaincu que le gouvernement allait accepter, autant avec l’annonce du refus et l’envoi de l’armée au Québec il s’est effondré.  La Loi des mesures de guerre a été annoncée durant la nuit du 16 octobre à 4 heures du matin, par le gouvernement fédéral »[1].

De son côté, Georges-Hébert Germain, biographe de Bourassa, soulignera: « Trudeau agissait comme s’il contrôlait tout à lui seul.  Or, ce n’est pas lui qui a réclamé l’armée; c’est Bourassa.  Ce n’est pas lui qui a demandé l’application de la Loi sur les mesures de guerre; c’est Bourassa, qui ne l’a jamais nié.  Juridiquement, il ne pouvait en être autrement.  C’est le gouvernement provincial qui doit faire au gouvernement fédéral la demande du recours à l’armée et de l’imposition de la Loi sur les mesures de guerre »[2].

Dans la biographie qu’il a consacrée à Robert Bourassa, Jean-François Lisée se laisse tenter par l’exagération : « à quatre heures du matin, le 16 octobre 1970, un événement inédit dans l’Occident de l’après-guerre se produit.  Au Canada et surtout au Québec, les libertés des citoyens sont suspendues.  Quelque 500 Québécois seront emprisonnés pendant en moyenne un mois, pour simple délit d’opinion.  Les résidences de 4 600 Québécois seront perquisitionnées, sans mandat, souvent à répétition.  Dans les années précédant et suivant octobre 1970, plusieurs pays occidentaux sont aux prises avec du terrorisme, y compris des kidnappings, y compris politiques.  Aucun d’entre eux n’agira de façon aussi liberticide qu’au Québec.  Deux ans auparavant, de Gaulle affrontait en mai 1968 la plus grande révolte observée en Occident.  Jamais il n’a suspendu les libertés »[3].

Lisée ne consacrera que quelques pages à la période de la Crise d’octobre et évitera de s’attarder sur de nombreux points importants.  Mais il continue d’insister, en bon séparatiste, sur des termes comme « suspendre les droits civils » ou « suspensions des libertés » en abordant le sujet de la Loi sur les mesures de guerre.

Pour Simard, du moins dans son livre de 1982, c’est après l’annonce de cette loi que tout changea et aussi que Laporte tenta de s’échapper : « Il a vraiment craqué.  C’était pour lui comme s’il n’y avait plus d’espoir.  Il était écrasé.  C’est dans cet état qu’il a tenté de « s’échapper ».  Je mets le mot échapper entre guillemets parce qu’il ne s’agit pas vraiment d’une tentative d’évasion »[4].

Simard et ses complices se trouvaient apparemment dans le salon lorsque « nous avons entendu un bruit de fenêtre cassée.  Nous nous sommes précipités dans la pièce où se trouvait Laporte.  Il avait réussi à se défaire des menottes qui le retenaient.  Tout en essayant de se protéger avec un oreiller, il s’était jeté dans la fenêtre de la chambre.  Il n’avait pas réussi à passer au travers.  Elle était trop haute.  Il portait encore le bandeau qui lui cachait les yeux.  C’était  comme s’il n’avait pas pris la peine de l’enlever, alors que de ses mains libres il aurait pu le faire.  C’est la première chose qu’il aurait dû enlever.  Je ne peux pas expliquer ce comportement, mais ça indique bien l’état dans lequel il se trouvait »[5].

Plutôt que de considérer cela comme une tentative d’évasion, Simard préférait plutôt parler d’un « geste de désespoir » ou d’un « acte de folie ».  C’est donc comme cela que Simard expliquait les blessures de Laporte, en essayant de sortir par une fenêtre de chambre.  S’il faut poursuivre dans cette logique, les blessures sanglantes auraient donc causé une panique chez les ravisseurs, une attitude que Simard tente de justifier : « C’était tragique, dramatique.  Ça faisait mal.  Le goût te prend de plus en plus fort de le libérer.  Tu ressens le besoin de mettre un terme à sa captivité comme si c’était aussi la tienne.  Tu rêves d’en finir avec une situation qui, pour toi aussi, devient de plus en plus difficile.  Humainement, c’est presque intenable »[6].

Les ravisseurs pansèrent les blessures de leur otage mais ne le conduiront jamais à l’hôpital.  C’est pourtant ce qui aurait dû être fait, si on en croit l’aspect « humain » que Simard voulait se donner.  Toujours selon ses dires, ils l’auraient ensuite assis dans le salon.  Laporte paraissait tellement stoïque que « sa tête tombait sur sa poitrine ».  La tension aurait augmenté et provoqué une importante discussion parmi les ravisseurs.

Certes, n’importe quel criminel prit d’un soudain élan de conscience et qui se serait véritablement soucié de la vie humaine plutôt aurait finalement tout assumé pour conduire son otage à l’hôpital.  Ils auraient pu le laisser devant la porte des urgences sous le couvert de la nuit, par exemple, et repartir sans être remarqués.  Ce n’est cependant pas ce que Simard et les frères Rose ont fait.

Certes, ils ont discuté, mais ils ne semblent pas avoir envisagé de lever le moindre petit doigt pour cet homme blessé.  Comble du vide créatif, Simard ne fournira que cette piètre réponse : « qu’est-ce qui a fait que nous n’avons pas été le conduire à l’hôpital?  Je pense que la réponse n’est pas dans la maison de la rue Armstrong.  Elle est dans tout ce que nous avions fait avant.  Elle est dans tout ce qui se passait à l’extérieur »[7].

Ce soir-là, Robert Bourassa admit avoir demandé à Ottawa d’appliquer la Loi sur les mesures de guerre « parce qu’il craint que les membres du FLQ soient sur le point de passer à la quatrième étape de leur plan de terrorisme, c’est-à-dire l’assassinat sélectif »[8].  Bourassa dira avoir pris cette décision avec « énormément de réticence ».

Avait-il vraiment le choix?

Évidemment, certains affabulateurs comme Vallières maintiendront que tout cela faisait partie d’un énorme complot, mais « Bourassa s’est dit moralement convaincu que l’escalade observée depuis trois ans se serait poursuivie jusqu’à l’exécution complète du plan de terrorisme dévoilé dans le document remis par le FLQ aux autorités à l’occasion de l’enlèvement de M. James Cross, il y a maintenant près de deux semaines »[9].

Contrairement à ce que certaines personnes ont affirmés, faut-il vraiment croire que la Loi sur les mesures de guerre arrivait comme une surprise complète au matin du 16 octobre?  Non seulement on en parlait déjà depuis plusieurs heures, mais les soldats étaient déjà descendus dans les rues de Montréal au cours des années précédentes pour venir en aide aux policiers.

Devrait-on blâmer Bourassa ou d’autres politiciens pour cette décision?  On le sait, plusieurs Québécois ont ensuite vu en Bourassa un premier ministre faible qui « mangeait dans la main » de Trudeau.  Selon les felquistes, et en particulier Francis Simard, c’est l’annonce de cette loi qui changea tout pour les ravisseurs de Pierre Laporte.  Était-ce une façon de jeter le blâme du drame qui allait suivre sur les épaules du gouvernement?  Sans cette loi, Laporte aurait-il été libéré?  Devant une telle menace terroriste, le gouvernement avait-il d’autres choix?

Au cours de la soirée du 16 octobre, dans une entrevue diffusée à la fois à la radio et à la télévision depuis son bureau de l’édifice de l’Est, Trudeau déclara : « Si les gouvernements cédaient au chantage des ravisseurs de MM. Cross et Laporte, la loi de la jungle finirait par supplanter nos institutions juridiques qui se désagrégeraient graduellement.  […]  Si, comme certains le suggéraient, on avait accédé cette fois-ci aux exigences des terroristes, quitte à exercer la prochaine fois une sévérité et une vigilance accrues, on n’aurait fait que retarder l’échéance.  Demain, la victime aurait été un gérant de Caisse populaire, un fermier, un enfant.  Est-ce alors seulement qu’il aurait fallu s’opposer au chantage?  Combien d’enlèvements aurait-il fallu avant de dire non aux ravisseurs? »[10].

Dans ce discours qui dura une quinzaine de minutes, Trudeau ne se gêna aucunement pour émettre son opinion sur le FLQ : « Si nous avons offert un sauf-conduit, c’est uniquement parce que M. Cross et M. Laporte pourraient identifier leurs ravisseurs et contribuer à leur éventuelle condamnation.  De cette façon, nous éliminons donc les motifs que ces derniers pourraient avoir de faire mourir leurs otages.  Pour survivre, toute société doit pouvoir se débarrasser du cancer que représente un mouvement révolutionnaire armé, voué à la destruction des fondements mêmes de notre liberté ».  Trudeau ajoutera que ce n’était pas par gaieté de cœur qu’il avait instauré la Loi sur les mesures de guerre.  Il n’avait pas eu le choix.

Toutefois, « le chef du gouvernement a reconnu que le droit criminel dans son état actuel, est insuffisant face à l’action du terrorisme systématique.  Mais, comme aux Communes dans l’après-midi, il a fait part de son intention de discuter avec les chefs des partis de l’Opposition l’opportunité de présenter une loi d’une portée plus restreinte que celle de la Loi sur les mesures de guerre »[11].

Trudeau souligna également qu’il y avait suffisamment eu d’actes de violence au cours de la dernière année.  L’application de cette loi était-elle une grave injustice, comme plusieurs allaient le prétendre par la suite, ou un aboutissement inévitable de la montée violente d’un mouvement radical?

Trudeau expliqua qu’il agissait ainsi parce que le FLQ avait d’abord posé des bombes, pratiqué deux enlèvements et menacé de procéder à des assassinats sélectifs.  Plus tard, les détracteurs de Trudeau ont aussi prétendu que cette Loi était utilisée pour faire peur à la population, mais déjà le 16 octobre le premier ministre du Canada expliquait qu’il agissait plutôt pour éviter que la peur ne se répande.  N’empêche que la présence de soldats dans les rues avait de quoi créer une certaine instabilité.

En plus de la Loi sur les mesures de guerre, on déclara le FLQ illégal, ce qui avait pour conséquence que « quiconque est membre du FLQ, ou lui prête assistance, ou communique ses déclarations, ou préconise l’emploi de la force pour renverser le gouvernement est coupable d’un acte criminel et passible d’un emprisonnement de cinq ans au plus »[12].

Si on doit en croire ces déclarations, c’est donc à regret que Trudeau aurait pris ces mesures.  Évidemment, ses adversaires étaient contre l’idée.  « M. T. C. Douglas, leader du Nouveau parti démocratique, est d’avis que le gouvernement emploie un marteau-pilon pour écraser une noix.  M. Réal Caouette, leader du Ralliement créditiste, s’est déclaré solidaire du gouvernement.  Certes, de telles mesures ne sont pas de nature à réjouir les Canadiens, mais elles s’imposent, tout comme s’imposait bien avant ce jour une plus grande fermeté envers certains éléments de la société québécoise »[13].

Et comme il y a des opportunistes à toutes les époques, on découvre dans Le Devoir du 17 octobre 1970 l’annonce d’une conférence intitulée « le drame Cross-Laporte vu par un psychanalyste ».  La publicité précisait : « tel est le titre de la pertinente conférence que prononcera André La Rivière, psychanalyste consultant de Montréal, devant les Membres du Club Richelieu de St-Rémi, le lundi 19 octobre.  M. La Rivière, ex-boursier des Hôpitaux psychologiques et psychiatriques, et ancien professeur à l’Université de Montréal, est l’auteur de plus de 95 ouvrages (Dépression nerveuse, névrose et psychose, et justice), dont certains, traduits en plusieurs langues, sont distribués dans le monde entier ».

Peut-on parier qu’au soir de sa conférence, le lundi, il dut se réajuster ou annuler la soirée?

« Dans la nuit du 16 au 17 octobre, Bourassa et son équipe faisaient parvenir un communiqué aux stations de radio.  On informait la population, et en particulier les felquistes, que le pont de la Concorde à Terre des hommes avait été temporairement désigné comme faisant partie du territoire cubain.  On donnait l’assurance aux ravisseurs qui voulaient s’y rendre en compagnie de leurs otages que ni la police ni l’armée n’interviendraient.  Une fois sur le pont, ils remettraient leurs otages et leurs armes au consul cubain.  Puis ils seraient tous conduits à Dorval, où les attendrait un avion pour Cuba.  Une fois à La Havane, les otages seraient remis à des représentants du gouvernement canadien et ramenés sains et saufs à Montréal ».[14]

Dans son livre de 1971, Gérard Pelletier admettait déjà que la Loi des mesures de guerre n’avait pas été prise de gaieté de cœur : « […] j’ai voté plus tard le recours à une loi d’exception parce que je croyais (et je crois encore) que, compte tenu des circonstances, c’était la solution la moins mauvaise – puisqu’on peut difficilement parler d’une « bonne » solution quand il est question de proclamer la Loi des mesures de guerre, dans un pays comme le Canada.  La décision était d’autant plus critique qu’il fallait tenir compte du facteur temps.  Le caractère d’urgence limite la réflexion, les consultations, les études technocratiques et oblige les responsables à prendre des risques plus ou moins bien calculés.  C’est d’ailleurs exactement l’effet recherché par ceux qui, en recourant à la violence, provoquent cet état d’urgence »[15].

Sans vouloir faire de politique – comme je l’ai précisé dans mon avant-propos – je crois qu’on doit donner raison à Pelletier sur ce point.  Il est honnête d’admettre que cette décision a été prise dans des conditions qui étaient loin d’être idéales.  Et il présente également cet exemple concret et simple pour mieux comprendre la situation : « ce n’est jamais de gaieté de cœur qu’un médecin prend la décision de pratiquer sur son patient une opération délicate et dont il connaît les possibles complications.  Mais, s’il est raisonnablement sûr de son diagnostic, il n’a pas le choix, et son hésitation risquerait de provoquer une aggravation fatale de la maladie »[16].

Bien sûr, ils ont été nombreux ceux et celles qui ont critiqué le gouvernement pour avoir instauré la Loi sur les mesures de guerre, mais ont-ils bien évalué tous les aspects du problème?  Gérard Pelletier se montre encore une fois d’une lucidité frappante : « Les réponses opérationnelles à des problèmes comme le chômage, par exemple, la pollution ou le terrorisme ne sont pas nombreuses.  L’État peut faire appel à des spécialistes plus ou moins compétents, s’entourer d’experts conseils plus ou moins ingénieux, faire preuve lui-même d’une imagination plus ou moins vive, il n’empêche que les solutions-miracles n’existent que dans l’esprit de ceux qui, à l’écart des centres de décisions, et quand ils sont mal informés sur les faits pertinents, règlent les grands problèmes du pays en quelques coups de plumes ou quelques coups de gueule »[17].


[1] Simard,

[2] Germain, p. 155.

[3] Jean-François Lisée, Le petit tricheur, Robert Bourassa derrière le masque, 2012, p. 73.

[4] Simard, p. 58.

[5] Simard, p. 58.

[6] Simard, p. 59.

[7] Ibid., p. 61.

[8] Claude Beauchamp, « Bourassa : la population a toutes les raisons d’être optimiste », La Presse, 17 octobre 1970.

[9] Ibid.

[10] « Le FLQ est déclaré illégal, un cancer à déraciner – Trudeau », Le Devoir, 17 octobre 1970.

[11] Ibid.

[12] Le Devoir, 17 octobre 1970.

[13] Le Devoir, 17 octobre 1970.

[14] Germain, op. cit., p. 157.

[15] Gérard Pelletier, La crise d’octobre, 1971, p. 13-15.

[16] Pelletier, op. cit., p. 15.

[17] Ibid., p. 31-33.