Crime organisé à Montréal 2: de 1980 à 2000

De_Champlain_2017De Champlain, Pierre.  Crime organisé à Montréal 2 : de 1980 à 2000.  Montréal : Éditions de l’Homme, 2017.

            C’est le genre de volume que l’on sait de grande qualité et d’une rigueur exemplaire avant même de l’ouvrir.  Le nom de Pierre De Champlain n’est plus à faire dans le domaine des connaissances entourant le crime organisé.  Une œuvre magistrale et remarquablement bien documentée qui fait suite, comme on peut le deviner, à l’ouvrage précédent qui couvrait la période de 1900 à 1980.

            La préface est signée du non moins réputé André Cédilot, qui souligne d’ailleurs ceci : « il n’est certes pas facile de mettre en scène de façon cohérente d’aussi nombreux personnages et événements sur une longue période, mais ce fastidieux travail s’avère d’une grande utilité pour la mémoire collective ».

Et le résultat est impressionnant.

            Toujours modeste et d’une narration effacée, De Champlain nous plonge d’abord dans le déclin du gang des frères Dubois pour nous intégrer progressivement dans les années 1980.  On y croise la CECO et autres noms familiers, pour en venir à l’incroyable histoire de Donald Lavoie, ce tueur à gages qui a retourné sa veste après avoir appris par hasard qu’on avait émis un contrat sur sa tête.  L’épisode est digne d’Hollywood, d’autant plus que Lavoie est l’un des seuls de sa race à avoir tenu parole et réussi une réhabilitation parfaite après avoir respecté son contrat avec les autorités.

             Après la chute des frères Dubois, l’auteur nous transporte dans l’univers des Provençal, ce nom qui restera à jamais associé avec les braquages de blindés, dont celui qu’on surnomme encore le « vol du siècle ».

            Quoique son règne en ait pris pour son rhume depuis la fin des années 1970 avec la mort violente de Paolo Violi et ses propres condamnations, le nom de Frank Cotroni nous accompagne dans ce début des années 1980, comme pour nous rappeler que ce nom a longtemps entretenu une aura particulière sur le monde criminel montréalais.  Cotroni n’est évidemment plus ce qu’il avait été par le passé, mais ses dernières années permettent de survoler d’autres aspects marquants, comme la controverse entourant le milieu de la boxe, les frères Hilton et l’assassinat de Me Frank Schoofey, qui n’a d’ailleurs jamais été résolu.

            Au chapitre 4, le lecteur se retrouve devant la genèse la plus complète jamais vulgarisée sur l’origine des clubs de motards au Québec.  L’auteur va jusqu’à relater les faits entourant des clubs mythiques comme les Popeyes et plusieurs autres dont les noms ont été oubliés avec le temps.

            Après un passage obligé sur la période de Mom Boucher, de la mort tragique du petit Desrochers et autres drames entourant la fameuse guerre des motards, il n’oublie pas la montée des gangs de rue.  Finalement, avec la mondialisation du crime organisé, le tableau serait difficilement plus complet.

            L’auteur nous laisse sur une conclusion rappelant une fin de siècle marquée par un énorme changement au sein des motards et une brisure inattendue du clan Rizzuto.  Mais cela inclus aussi quelques revers dans le milieu policier et judiciaire, comme le cuisant échec de l’opération SharQc.  D’un autre côté, les gangs de rue et autres clans structurés poursuivent leurs activités, comme en fait foi certains reportages actuels.  Bref, il n’y a peut-être pas de conclusion satisfaisante à faire lorsqu’on s’attaque à un sujet aussi vaste et incontrôlable que celui du crime organisé.  La seule question qui nous vient alors à l’esprit : à quand le prochain tome qui couvrira cette fois la période de 2000 à 2020?

            Finalement, le lecteur averti aura tôt fait de constater la présence de plusieurs dizaines de pages contenant des notes, une bibliographie et un index.  L’ampleur de ces dernières pages en dit long sur la qualité et surtout la quantité de travail que s’est astreint l’auteur pour informer son lectorat.

            Un autre ouvrage à insérer dans votre bibliothèque du domaine judiciaire québécois.  Un incontournable, quoi!

 

La mafia irlandaise de Montréal

la mafia irlandaiseO’CONNOR, D’Arcy.  La mafia irlandaise de Montréal, l’histoire du tristement célèbre gang de l’Ouest.  Les Éditions La Presse, Montréal, 2011, 303 p.

En plus de se qualifier lui-même de « vieux loup de mer », O’Connor est à la fois journaliste, scénariste et documentariste.

Si l’introduction ne révèle pas clairement les intentions de l’auteur, qui a été épaulé dans cette entreprise par Miranda O’Connor[1], il termine cette présentation en disant que « ce livre parle de ces hommes et de leurs exploits ».

Après plusieurs pages qui tentent de convaincre subtilement de la légitimité de certains personnages par un passé misérable dans des quartiers comme Griffintown, l’auteur s’attaque à un bref historique des plus grands noms de la mafia montréalaise, comme par exemple les Cotroni, Paolo Violi, et ainsi de suite.  Si on a l’impression de réviser les premiers chapitre de certaines œuvres respectées, comme La Filière Canadienne de Jean-Pierre Charbonneau ou encore Mafia Inc. d’André Cédilot et André Noël, O’Connor se démarque par une longue nomenclature de courtes biographies de plusieurs criminels de tout acabit et de leurs forfaits, sans pour autant que toutes ces descriptions connaissent un lien logique entre elles.

On assiste donc au défilement de certains personnages comme Richard Blass, Monica La Mitraille, Georges Lemay, Raymond Desfossés, Vito Rizzuto, les frères Matticks, et j’en passe.  Et les crimes sont tout aussi variés.  Cette longue nomenclature, qui se termine par le phénomène plus récent des gangs de rues, aura pour avantage de servir de livre de référence à quiconque aura l’intention d’accumuler de l’information sur les faits divers québécois.

L’auteur, qui s’obstine à débaptiser Frank Petrula en « Pretula », confond également une mitrailleuse de calibre .50 avec du 50 mm[2].

C’est le célèbre vol de la Brink’s, survenu le 30 mars 1976, qui occupe la plus grande place, tout en présentant les faits les plus croustillants.  Il faudra des années pour résoudre partiellement ce crime.  Non seulement Roger Provençal fut acquitté, ce que certains qualifient encore d’erreur judiciaire, mais sur les 2,8$ millions volés on a seulement retrouvé 500,000$.  Si Provençal a été assassiné en 1992, il n’en reste pas moins qu’une grande part de mystère continuera à jamais de planer sur ce crime du siècle.

Il n’y a donc pas de fil conducteur entre les événements décrits, et ce n’est d’ailleurs pas le but du livre.  Si dans sa conclusion l’auteur tente de répondre à la question sur l’existence réelle du gang de l’ouest, il n’offre lui-même aucune réponse, préférant laisser la parole à certains enquêteurs comme André Bouchard et John Westlake.  Ce dernier dira d’ailleurs que « il n’y avait pas de gang de l’ouest avec un chef qui vous assoit et vous dit quoi faire.  C’était seulement une bande de gars du secteur ouest de la ville qui s’associaient parfois les uns aux autres ».

[1] En aucun temps on ne précise quel lien de parenté elle partage avec l’auteur.

[2] Le calibre .50 est calculé en pouce.  Donc, une balle de calibre .50 comporte un diamètre de un demi-pouce.  Voilà qui est loin d’un diamètre de 50 mm, qui se rapproche davantage de 2 pouces.