L’affaire St-Louis: chapitre 18


03
En se servant de cette photo, la défense espérait démontrer que les membres de la famille Prince n’avaient pas tiré dans les pneus, comme ils le prétendaient, mais qu’ils visaient St-Louis afin de se faire justice eux-mêmes.

Puisque Me Gérald Grégoire avait présenté une défense pour son client, ce fut donc à lui de faire sa plaidoirie en premier.  Voici donc la version intégrale de cette plaidoirie :

Alors, messieurs les Jurés, Monsieur le Président du Tribunal, confrère de la Couronne, et vous me permettrez aussi de souligner la présence d’un futur avocat qui m’a aidé dans cette cause-là.  Mes premiers mots seront pour vous adresser d’abord, à Messieurs les Jurés, mes remerciements bien sentis pour l’attention que j’ai cru remarquer tout au cours du procès.

Lorsque je procédais au choix des jurés, une question m’est passée à l’idée : Cette tâche énorme et à la fois difficile.  Elle est difficile parce que vous avez, aujourd’hui, à vous prononcer sur le cas d’un autre homme comme vous, peut-être plus jeune que la majorité d’entre vous.  Elle est noble parce que tout homme, dans la vie, doit prendre ses responsabilités.

Vous remarquerez que, à ce moment-ci, je pense que vous vous en apercevez, puisque n’ayant pas tellement d’expérience devant les Tribunaux Criminels, une certaine émotion qui m’étreint, et je pense que vous me la pardonnerez.

Alors, la seule marque que je peux vous dire à ce moment-ci : merci de votre attention et je suis sûr, quel que soit votre verdict, qu’il sera fait selon votre conscience.

Monsieur le Président du Tribunal, je voudrais aussi vous remercier pour la façon dont vous avez dirigé les débats, avec une impartialité et une compétence qui nous a permis – et je pense que Me Laniel sera d’accord avec moi – de plaider en toute quiétude, sachant que les objections qui aurait pu fuser de part et d’autre et qui ont fusé, pas tellement mais quand même ont été tranchées avec une impartialité et une compétence qu’un jour j’aimerais atteindre.  Je pense que c’est le but de tout avocat.

Et je voudrais aussi remercier bien sincèrement mon confrère, Me Laniel, qui représente le Ministère Public.  Je pense que, Messieurs les Jurés, au cours de ce procès, vous vous êtes aperçu que mon confrère de la Couronne a un rôle à remplir, je le comprends, et je pense que tous et chacun de vous le comprennent.  Ce n’est pas tellement facile d’être accusateur, et je pense que, pendant tout le débat, il s’est comporté avec une dignité qui fait honneur à notre profession.

Un autre remerciement que je voudrais faire, et j’en suis … si vous me le permettez, il y a un jeune futur avocat qui m’a assisté dans toute cette cause, qui m’a prodigué des conseils, même si je suis sénior, très heureux et très précieux, M. Guèvremont, qui sera, dans quelques temps, au mois de juin, après avoir passé ses examens, je le souhaite, avocat.

Je voudrais remercier aussi tous ceux qui sont essentiels au rouage de la justice, soit les Greffiers, huissiers audienciers à la belle voix, et aussi ce qu’on oublie de remercier : le sténographe.  Et je pense que, hier, vous vous êtes aperçu de non seulement l’utilité mais aussi la difficulté que pouvait avoir un sténographe surtout lorsque j’ai fait entendre mon client, qui parlait d’une manière assez rapide.

Après ces remerciements, Messieurs les Jurés, je voudrais dire ceci : c’est que, dans la vie de tout avocat, qu’il soit jeune ou plus vieux, il y a certaine cause plus attachante l’une que l’autre, et je pense que c’est normal.

Celle-ci revête, pour moi, un caractère plus particulier : défendre un jeune homme qui n’a pas de dossier judiciaire, qui a vingt-six ans, qui est père d’un enfant, c’est, pour moi, peut-être la cause qui me prend le plus à cœur depuis que je pratique, c’est-à-dire depuis six ans.

Je ne serai pas tellement long, je n’en ai pas ni la compétence et ni les capacités, mais avant d’aborder les deux points que je veux vous souligner, j’aimerais vous faire une remarque.

Je comprends, et peut-être que le président du Tribunal pourra dire que je veux me substituer à sa place – je n’en ai ni la dignité, ni la compétence – mais au tout début, ce qui me paraît très important, nous avons eu, lors de l’interrogatoire, une question de vol, et par la suite une question de meurtre.

Si j’avais pu – et encore là, je ne veux pas me substituer au Président du Tribunal, mais il me semble que je dois le dire – m’objecter à cette preuve de vol qui a été faite à l’épicerie.

À ce moment, je l’aurais fait, mais vous comprenez comme moi qu’il fallait que le Procureur de la Couronne, que celui-ci quand même justifie cette poursuite ou encore établisse les faits.  C’est pour ça qu’il n’y a eu aucune objection de ce côté.

Mais avant de repasser les témoignages des différents témoins, avant aussi d’analyser le comportement de mon client, M. St-Louis, il faudrait, d’après moi, évidemment, que vous vous débarrassiez de l’idée du vol.

Vous avez entendu tous les témoignages, et vous me corrigerez ou quelqu’un me corrigera s’il n’est pas vrai que l’incident ou la tragédie qui est arrivée s’est passé plusieurs minutes après, et à neuf milles de l’endroit, soit : Le vol a été commis à St-Célestin … excusez à St-Léonard, et la tragédie est arrivée à St-Célestin, après avoir eu un accident dans le 7ème Rang, comme le démontre le plan et comme la preuve a été faite.

Et aussi, je voudrais vous faire remarquer, avant d’analyser les témoignages de la poursuite, que lorsque St-Louis s’est présenté à l’épicerie, il s’est présenté comme tout client qui veut acheter de la nourriture.  D’ailleurs, c’est en preuve, et nous repasserons ensemble, si vous le voulez bien, les différents témoignages.

Et pour finir sur ce point, je voudrais ceci : il faut absolument que vous oubliiez le vol, qui n’a pas été fait avec une arme.  C’est un point très important pour la défense, et je pense que vous en conviendrez avec moi.  On n’a pas affaires, à ce moment-ci, à un bandit, on n’a pas affaires à quelqu’un qui se présente avec une arme à la main et « donne-moi le cash ».

D’ailleurs, je commencerai les témoignages… l’analyse de mes témoignages par celui du jeune Camille Prince qui nous dit que St-Louis s’est présenté … St-Louis s’est présenté chez lui : aucune arme, aucune menace, comme toute personne qui veut avoir de la nourriture, ou faire du marché.

St-Louis, à un moment donné – et ça, c’est toujours dans le témoignage de Camille – a demandé du « béloné » et du jambon.  Et à ce moment-là, on n’avait pas de « béloné » en tranche et on n’avait pas de jambon en tranche.  Celui-ci a refusé.  Et St-Louis l’explique dans son témoignage en disant : « Bien, il y avait du Hygrade, c’était trop cher pour moi ».  Ensuite, on demande une livre de beurre, un sac de pommes, et St-Louis se trouve seul devant un cash ou une caisse.

Qu’est-ce qui est passé par l’idée?  Est-ce qu’il le sait lui-même?  Il a vu la caisse et il est parti avec.  C’est un fait, peut-être que je qualifie au moment, qu’on ne peut expliquer, et lui-même dit : « Je ne sais pas ce qui s’est passé, j’ai pris la caisse et je suis parti avec ».

Et pour moi, évidemment, je le crois, ça s’est passé … dans sa tête, ça se passe tellement vite, parce que chacun, dans votre vie, du moins, moi, j’ai fait plusieurs gaffes, et je me demandais le lendemain … pas de ce genre, si vous voulez, mais disons d’autres natures : « Qu’est-ce que j’ai fait là? »

Or, sur ce point, à l’épicerie, la question de vol, que je vous ai demandé d’oublier, mais j’en parle, aucune arme, on part avec la caisse, et puis : bonjour.

Évidemment, j’admets, avec vous, que si mon client a à répondre à l’accusation de vol, qu’est-ce que je ferai, demain matin à titre d’avocat?  Ça ne passera pas devant vous autres, et je peux dire une chose : que je plaiderais coupable et j’invoquerais la clémence du Tribunal, parce que c’est un gars qui n’a pas de dossier, que c’est un père de famille et puis qui a une petite fille et puis une femme qui l’attendent à la maison.  Ça, d’accord, il sera puni, c’est le juge qui en décidera.

Mais pour ce qu’il est accusé, c’est une autre chose, il est accusé de meurtre.  Il est accusé de meurtre, c’est dans ce sens-là qu’on va regarder ensemble, si vous le voulez, dans le plus bref temps possible, les témoignages de André et de Louis, du père à part de ça, de M. Prince, père de famille, qui se fait voler.  Évidemment, il s’est fait voler, d’accord sur ça, une cinquantaine de piastres.

  1. Prince, par exemple, pour cinquante piastres ($50.00), est-ce que vous allez, demain matin, dire à vos enfants : « Va chercher ton fusil ». Demandez-vous ça aussi. Je ne veux pas, en aucune manière, discréditer M. Prince, mais quand même, il me faut vous souligner, pour mon client, que je défends, dans l’exercice de mes fonctions, vous parler du geste de Prince, le père.

Première action : « Va chercher ton fusil », – le fusil, là, qui vous a été montré – « et puis on va jouer aux cow-boys » – avec des enfants qui ont seize … vous les avez vus dans la boîte, il y en a un qui a seize ou dix-sept ans, je pense et puis l’autre a encore moins que ça.  Et puis on embarque deux automobiles, et puis on part après le voleur.

Bien, cette attitude d’un père de famille, moi, je trouve ça extraordinaire, d’impliquer des enfants dans une affaire de même.  Et le père part avec un de ses fils, comme vous le savez, ça a été relaté, je ne reviendrai pas sur ça, vous les avez entendus, les questions du Procureur de la Couronne et aussi à mes questions, et à un certain moment donné, rejoint le type en question.  Et c’est là que je vous fais remarquer que, à un certain moment donné, soit à mes questions, qu’il avait remarqué très bien le numéro de licence du véhicule, soit l’automobile de St-Louis, il l’a remarqué, il a même dit à son fils : « Notes-le comme il faut ».  Et puis lui aussi l’a noté.  Ils l’avaient tous les deux en mémoire.

Et puis à un moment donné, il dit : « Viens, je vais mettre mon char de travers, et puis là, il est rendu, il se trompe – excusez-moi mais – il se trompe en maudit, là, ça ne débouche pas ».

Qu’est-ce que vous auriez fait, vous autres, à ce moment-là, quand vous avez le numéro de licence?  Je comprends qu’il y avait $50.00 ou $60.00 ou quarante ou trente, ça n’a pas été établi d’une manière déterminante, de parties.  Qu’est-ce que vous auriez fait avec le numéro de licence?

Lui, il s’est rendu, à un moment donné, à une porte, il était bien plus intrigué par ce qui allait se passer.  Je lui ai demandé, je pense, si vous vous en souvenez : « Pourquoi que vous n’avez pas appelé la police quand vous êtes arrivé chez M. Corriveau – ou l’autre place – M. Roy, là » – vous m’excuserez, mais je ne me rappelle pas du nom.

Il a rentré, et puis là, il a vu arriver son fils, parce qu’il savait que son fils… il l’a dit que son fils s’en venait, d’ailleurs il le savait tellement, que c’est lui qui l’avait dit, c’est lui qui avait dit à son garçon : « Va chercher Michel ».  La malheureuse victime de tout ça.  « Dis qu’il emporte son arme ».

Quand il l’a vu arriver, ça ne l’intéressait plus d’appeler la police.  Pourtant, à ce moment-là, son devoir de tout citoyen, c’était ça, il devait faire seulement ça, d’appeler la police.  Ce n’est pas ça qu’il a fait.

Dans la maison, et c’est en preuve, c’est ce qu’il a dit à mes questions : « Je suis retourné de bord, parce que j’étais contrarié de voir qu’il avait contourné mon automobile ».  Il jouait à la police.

Messieurs, on paie tous de l’impôt, par année, et puis une certaine partie de notre impôt va pour la police, parce que c’est des gens qui font leur devoir, ils sont en uniforme, alors qu’on leur laisse faire leur ouvrage.

Là, St-Louis [plutôt Prince], le père, un homme d’âge mûr, lui, il a voulu retourner pour voir ce qui se passait sur les lieux de l’accident, parce qu’il avait vu arriver Michel et un autre de ses garçons avec l’arme.  Et ça, moi … Je comprends que vous n’êtes pas obligé de penser comme moi, d’ailleurs, c’est votre privilège, mais moi, je trouve ça extraordinaire.

Il n’a même pas essayé de téléphoner à l’endroit, il est retourné tout de suite.  Il n’a même pas essayé, même pas dit …. Vous n’auriez pas dit, vous, M. Constantin ou M. Paquin ou M. Isabelle : « Bien, appelle la police, on a eu un vol au magasin et puis on a le gars et puis on a le numéro de la plaque ».

Ce n’est pas ça, M. Prince n’a pas fait ça, il a retourné, lui.  Il voulait aller voir ce qui se passerait.  Vous savez, et vous penserez à ça, c’est au cours du procès, ça ferait le meilleur film du monde.  On en voit des films de cow-boy à la télévision.  Là, excepté que c’était en auto, mais replacez-vous avec des chevaux, là, et puis ça serait une affaire extraordinaire.  On pourrait en faire un film de cette affaire-là.

On veut se faire une justice soi-même.  D’ailleurs, je ne veux pas parler de la victime, mais une arme sans permis, et puis « s’il y a un vol, le gars qui va venir icitte, on va s’organiser avec ».

D’ailleurs, vous avez les deux autres témoignages des enfants, les témoignages d’André et puis de Louis.  En transquestion [contre-interrogatoire] – ce que j’appelle la transquestion, c’est lorsque le Procureur de la Couronne a fini avec un témoin, c’est la défense ensuite – avez-vous remarqué ces deux enfants-là?  Je ne veux pas les discréditer, c’est deux bons petits bonshommes qui sont venus témoigner.  Je comprends aussi leur émotion, parce que c’est leur frère quand même qui a été tué dans cette affaire-là, et je le comprends, et eux, je ne les discrédite pas.  Le père, oui, mais eux, c’est des enfants.  Mais avez-vous remarquez, tout au cours de leur témoignage, on dirait : « J’ai tiré, j’ai tiré dans les pneus ».  Ça venait automatiquement : « On a tiré, puis on a tiré dans les pneus ».  On ne leur demande pas s’ils avaient tiré?  « Oui, oui, j’ai tiré, j’ai tiré dans les pneus ».  Ça, là, les photos, vous les avez vues hier, je vous les ai montrées c’est les trois photos, là, qui ont été présentées, étant encerclées comme étant des traces de balles.  Il y a ici, celle-là [indiquant une photo]… je ne recommencerai pas avec ça, je vais vous ennuyer.  « On a tiré dans les pneus ».  Ma foi du Bon Dieu, que c’est que vous allez croire lorsqu’ils sont venus témoigner?

Je pense que c’est photos-là, quand même je repasserais, avec vous autres encore, tous les témoignages, regardez ces photos-là, et puis faites la conclusion qui est logique : Qu’est-ce qui est arrivé, par exemple?  C’est pour ça que je ne crois pas leur témoignage, parce que c’est trop spontané, leur déclaration.

On leur demande … Même le Procureur de la Couronne n’a pas le temps de leur dire : « Et puis qu’est-ce qui est arrivé »? – « Ah!  Il a tiré dans les pneus ».  Ils voyaient exactement la direction de l’arme, une arme … Là, ce n’est pas la carabine, c’est le revolver, à ce moment-là.  Ça, ils voyaient tout ça.

Pensez-vous qu’on peut voir, Messieurs, qu’une arme est de même [indiquant], de même, ou de même, ou de même, dans le 7ème Rang, pensez-vous ça, qu’on peut remarquer ça?  Moi, à tout événement, et encore là vous êtes libre, mais moi, je ne crois pas ça, cette affaire-là.  Non.  Je ne crois pas ça, je m’en vais vous dire pourquoi :

Parce que, après tous ces incidents-là, ces gens-là se sont aperçus de la gravité de leur acte.  Là, ils ont pensé ce qu’ils avaient fait, parce qu’il y avait quand même quelqu’un de disparu dans leur famille.  Là, ils ont dit : « Bien, qu’est-ce qu’on a fait là »? – D’après moi, évidemment, c’est mon opinion, et puis j’interprète leur témoignage – évidemment, c’est encore l’interprétation de l’avocat de la Défense – mais je pense que c’est mon droit de vous dire ce que j’en pense, et là, on a dit : « Bien, il faut s’amancher pour avoir tiré dans les pneus ».

On a voulu jouer à la police pour préserver cinquante piastres.  On a tiré sur quelqu’un, mais à la fin de la chevauchée, le dénouement est arrivé.

Vous êtes-vous demandé, pendant toute l’audition du procès, en regardant, là, mon client St-Louis, vous êtes-vous demandé : S’il avait été tué – parce qu’il y a eu des coups de feu, tout le monde l’admet – si c’est lui qui était mort, est-ce que le vol, qu’il a fait, là, à l’épicerie, une cinquantaine de piastres, ça justifiait la mort de mon client St-Louis?

Je vous laisse ça, moi, je ne le pense pas.  Ça aurait pu être lui qui aurait pu être tué, parce que, dans le 7ème Rang, il y a quand même une chose : ils ont tiré tous vers les pneus, mais pourtant, on trouve tous des pneus intacts sur la voiture – d’ailleurs, je l’ai fait préciser par le policier qui a été prendre les photos – mais il y avait quand même une vitre de cassée.

St-Louis, son témoignage d’hier, moi, je le crois.  Vous savez, je pense que vous n’avez aucune … Il n’était pas obligé de témoigner hier, je lui ai expliqué ça avant, et il dit : « Je veux aller témoigner, on m’a tiré de partout et puis je veux aller me défendre ».

C’est sûr que, à ce moment-là, je ne parle pas du vol; ça, le vol, c’est une autre chose.  Il aura peut-être à répondre devant les Tribunaux, mais à ce moment-là, je pense qu’il faut le séparer.  Encore là, je reviens : Pensez-y, ça n’a pas été un vol avec une arme à la main, parce que disons que les gens … M. Prince, par exemple, après avoir eu le vol… M. Demers [s’adressant à un Juré], vous avez eu une épicerie, vous, s’il vous était arrivé un vol de même, qu’est-ce que vous auriez fait, hein?

  • Je l’aurais laissé aller, répliqua le juré Demers.

Vous l’auriez laissé aller.  Bon.  Et puis on appelle la police, à ce moment-là, hein!  Parce qu’ils sont payés pour ça, eux autres.  Ils ont des beaux uniformes.  Ils n’auraient pas tiré, à part de ça, la police, je vous jure de ça, ils n’auraient pas tiré.

Ce n’est pas ça, eux autres, ils ont dit : « On y va à matin… pas à matin, mais à soir.  On va montrer voir qu’est-ce qu’on peut faire ».  À une question, hier, du Procureur de la Couronne, mon client St-Louis, lui demande : « Pourquoi que vous n’êtes pas arrêté quand vous avez entendu des coups de feu? »

Qu’est-ce que vous auriez fait, vous, M. Paquin?  M. Constantin, qu’est-ce que vous auriez fait?  Seriez-vous arrêté dans le 7ème Rang, après vous avoir fait tirer deux fois dans les fesses?  Hein?  Non.  Bien, en tout cas, moi, je vous dis bien franchement : « Ça pressait, je serais disparu ».  Ce qu’il a fait, et puis c’est très normal.

Écoutez, se faire tirer de même, là, surtout que St-Louis, ça n’a pas été contredit, je pense que son témoignage, il faut le croire – d’ailleurs, vous l’avez vu dans la boîte – vous le voyez aujourd’hui – est-ce qu’il a l’air d’un criminel?  A-t-il l’air d’un gars qui voulait tuer? – Voyons!

Vous en avez vu des criminels, surtout vous lisez les journaux à tous les jours, avez-vous des gars, des criminels qui sont peureux de même : « Tire pas!  Tire pas! » Non, je n’en ai jamais vu.  J’en ai défendu, j’en ai vu à mon bureau, j’en ai vu ailleurs.  En tout cas, des gars peureux de même, ce n’est pas des gros criminels, comme on dit, là : « C’est de la bien petite pègre ».

Alors, mon client, après, réussit à se sauver.  Il se sauve.  Il réussit à leur échapper.  C’est déjà…

(Me Grégoire fut interrompu par une question du juré Constantin qui demanda s’il était possible de réentendre le témoignage de Louis Prince, celui qui était avec Michel lors de la poursuite automobile.  Ce n’est qu’après que Grégoire pu reprendre sa plaidoirie).

Là, vous m’avez bloqué un peu…  À tout événement, disons qu’on repart de la 13.  En tous les cas, moi, le souvenir que j’ai, dans ces témoignages-là, peut-être que je vais me tromper aussi, mais à tout événement, on va avoir la …  Là, St-Louis, il réussit à échapper, après avoir essuyé deux coups de feu, à ce moment-là : Un dans sa vitre arrière, et puis l’autre, il ne sait pas trop où est-ce qu’il est allé.

Et d’ailleurs, c’est corroboré, ça, par un des témoins, je pense que c’est Louis Prince, qui vient nous dire qu’il y a eu deux coups de feu dans le rang 7 ou à l’intersection.

Là, mon client, il est quand même pas pire : il faut se sauver et puis on se sauve.  Ce n’est pas ça!  Eux autres, la chevauchée fantastique – ça me rappelle le titre d’un film – ils ont décidé de continuer, eux autres : « On ne l’a pas eu, là, on va recontinuer [sic] ».

D’ailleurs, vous remarquerez que, à un moment donné, le père, là, les enfants, nous dit qu’il a été obligé de faire jusqu’à cent (100) milles à l’heure, à un moment donné, pour essayer de le rejoindre; ça, il le dit dans son témoignage, je pense.  Parce qu’on voulait quand même, à tout prix, Messieurs les Jurés, avoir raison de ce gars-là, on court après.  Et puis à un moment donné, on arrive à Gentilly [?], mon client nous dit : « J’ai été suivi par une auto », une auto plus puissante et puis plus vite que la sienne puisqu’il nous dit que, à un moment donné…  D’ailleurs, on pourrait voir par la marque de l’auto, etc., qu’il ne pouvait pas aller tellement vite.

Là, on le rejoint, et puis on le double.  Là, c’est la deuxième tentative.  Je trouve ça, moi, extraordinaire.  Et puis là, on réussit à le bloquer.  Remarquez bien dans les témoignages qui ont été rendus : Il ne pouvait pas aller en avant, plus loin.  Là, on lui coupe le chemin et puis on lui tire une balle.

C’est ça qui est arrivé.  Moi, je peux me tromper de quelques précisions, parce que je n’ai pas tous les témoignages en tête, mais c’est presque ça qui est arrivé.

Là, on le bloque, et puis on dit : « Toi, tu ne bougeras pas d’icitte, on t’a!  Qu’est-ce que vous pensez que vous auriez fait, vous autres?  Après avoir essuyé deux balles dans le rang 7, ce qui est en preuve, après s’être fait bloquer à l’entrée de Gentilly…  pas Gentilly, de St-Célestin, plus capable d’avancer, trois ou quatre personnes… parce que remarquez que, à ce moment-là, il ne sait pas qui est-ce que c’est.  Mon client ne sait pas qui est-ce que c’est, mais il voit des personnes, est-ce qu’il sait que des enfants, en plus de ça?  Non.

Évidemment, au procès, on le voit que c’est des enfants de 16 et 17 ans, mais à ce moment-là, Messieurs les Jurés, est-ce que mon client pouvait savoir que ce qu’il y avait dans l’auto, est-ce que c’était des colosses?  Est-ce que c’étaient des petits gars?

Je ne pense pas.  Il a vu trois personnes, et peut-être quatre, il ne peut pas le préciser, mais disons que les faits, là, tels que racontés, ils étaient trois.  Il est bloqué, il essaie de partir son auto; pas capable.  Et puis on braque une arme sur lui.

Le témoignage d’André, je pense, à ce moment-là, il dit : « Mon arme n’était pas chargée ».  Bien oui, peut-être, je ne veux pas le contrarier sur ça, mais est-ce que St-Louis le savait que son arme n’était pas chargée?  C’est là que c’est important, je pense, que vous devez retenir, à ce moment-là, St-Louis ne le savait pas, lui, que l’arme n’était pas chargée.

Mais était-il en mesure de craindre, à ce moment-là, par exemple, qu’un autre coup soit tiré?  C’est ça la légitime défense.  Vous savez, mon vieux père, moi, la légitime défense, il appelait à son corps défendant.  C’était l’expression qu’on employait dans le temps : être à son corps défendant, et puis c’est encore une expression qui roule de nos jours, mais disons que, pour un avocat, on appelle ça de la légitime défense : quelqu’un qui est attaqué et puis qui essaie de se défendre.

À ce moment-ci, là, vous me permettrez de lire l’article du Code … vous comprendrez que, à l’épaisseur qu’il y a là, je ne peux pas le savoir par cœur.  Alors, c’est spécial, ça, la légitime défense dans le Code [criminel].

Évidemment, je ne voudrais pas, non plus, empiéter sur le rôle du Juge, mais je voudrais quand même, à ce moment-ci, vous expliquer un peu … Légitime défense en cas d’agression : « Quiconque … – c’est l’article 35 du Code Criminel – quiconque a, sans justification, attaqué un autre, mais n’a pas commencé l’attaque dans l’intention de causer la mort ou des lésions corporelles graves, ou a, sans justification, provoqué sur lui-même une attaque de la part d’un autre, peut justifier l’emploi de la force subséquemment à l’attaque ».

Ça, c’est dans le Code Criminel, c’est le législateur qui a prévu ça.  On est en face du même cas absolument.  Évidemment, il y a les paragraphes a, b, c, je vous épargne de cette lecture-là.

(Encore une fois, Me Grégoire fut interrompu par une question du juré Constantin, qui demanda des précisions sur le témoignage de St-Louis.)

Alors là, reprit Me Grégoire, je vous ai … je pense, l’article du Code Criminel, l’article 35, là, nous étions rendu à ce point-là.  Et dans le Code Criminel, à un moment donné, là, je voudrais seulement… Évidemment, il y a de la jurisprudence, ce n’est pas à moi à la résumer, j’ai pris quelques notes des causes qui ont été rendues et des jugements, des Juges soit de la Cour d’Appel, je ne peux pas préciser par exemple.  À un moment donné…

  • Monsieur Grégoire, intervint le juge. Est-ce que vous avez l’intention de citer de la jurisprudence ou de référer à la jurisprudence?
  • Bien, Votre Seigneurie, je ne référerai pas non, je pense que …
  • On serait illégal, parce que les Jurés doivent décider sur la preuve qui a été faite, et non pas sur une autre cause qui a pu être décidée dans d’autres endroits, dans d’autres circonstances.
  • Votre Seigneurie, vous comprendrez, mon attitude peut s’expliquer par ceci : C’est manque d’expérience devant les Jurés; je suis habitué de plaider devant un Juge.
  • Je comprends, je ne vous fais pas de reproche. Il est inutile de citer de la jurisprudence.

Alors, à ce moment-ci, Votre Seigneurie, Messieurs les Jurés, l’attitude de St-Louis, moi, je vous demande ceci : Vous avez suivi toute la preuve, vous avez vu tous les faits, qu’est-ce que vous auriez fait à la place de St-Louis, à un certain moment donné? – On vous bloque la route, on vous empêche d’avancer, et même lui dit, dans son témoignage : « On va t’avoir, mon … ».  Je ne répète pas les mots, ça sert à rien, vous les avez entendus hier.

On veut l’avoir, on veut le descendre, on veut faire les polices.  Qu’est-ce que vous auriez fait?  C’est une question que je me suis posée à plusieurs reprises.  Bien, il a fait ceci : que vous savez : Une personne contre trois, menacée par une arme, à un endroit où il ne peut plus démarrer, bien, il a posé le geste, il l’a fait, dans la nervosité, mais cette nervosité-là s’explique.

Ma foi du Bon Dieu, moi, j’aurais été bien plus énervé que lui, se faire tirer deux balles.  On n’a pas assez de ça, on continue, et puis on en tire une troisième.

Les photos, vous les avez vues, vous les avez en mémoire.  Une balle qui passe là, là, je comprends que ça peut rendre un homme nerveux.  St-Louis a fait ce que toute personne humaine aurait fait : protéger sa propre vie, c’est naturel, ça, se protéger.

C’est ça qu’il a fait.  À un moment donné, il avait sa carabine, et puis il l’a sortie à la dernière minute.  Remarquez bien, dans le 7ème rang, il n’a pas été question de carabine, ce n’est pas en preuve.  Il a sorti sa carabine, et puis, dans l’obscurité, il a tiré pour les épeurer.

Moi, évidemment, son témoignage, je le crois.  Ça, que je le crois, ce n’est pas l’important.  Il a fait comme tout le monde aurait fait, parce que cette carabine-là …  je l’ai fait témoigner hier précisément pour vous expliquer la présence de sa carabine.

Je comprends que, une carabine chargée dans une automobile, ce n’est pas légal, je suis d’accord avec vous autres, il y a des lois pour ça.  Encore là, si St-Louis a à répondre d’une accusation dans ce sens-là, on y verra, et puis je vous jure que je ne passerai pas des journées à plaider une cause pour port d’arme chargée.

Ce n’est pas un révolver, ce n’est pas un révolver comme celui-ci, ou, ça, ça prend un permis pour avoir ça.  Une .22, pas besoin de permis.  Ça, ça prend un permis.

Vous avez entendu… J’ai fait même entendre le policier qui a présidé l’enquête, qui s’est informé s’il y avait un permis et puis tout ça.  Il n’y en a pas eu.  On se fait faire des armes en cas qu’on soit volé.  Pourtant, nos policiers en ont tous des armes; eux autres ont le droit.

Une .22, St-Louis nous dit qu’en revenant de travailler, il faisait peut-être du braconnage.  Encore là, ce n’est peut-être pas légal, mais en tout cas, ça ne regarde pas la cause d’aujourd’hui.  Et puis deux semaines avant, il s’en était servi en allant voir un de ses oncles, là, je pense, si je ne me trompe pas, pour tuer des rats dans le dépotoir.

Bien, Messieurs, vous savez qu’une carabine .22, qui c’est qui ne tire pas, des fois, pour s’amuser?  Des fois, on tire sur [des] verres, on tire sur une canne, on tire sur n’importe quoi.  Je l’ai vu faire souvent, et je l’ai fait.

Alors, la carabine, là, elle n’était pas dans l’intention d’aller faire un vol, comme le gars qui part, par exemple, que vous voyez dans les journaux, n’importe quoi, ou des bandits qui s’en vont dans une banque.  Il n’est pas question.  Jamais.  La carabine a sorti à la dernière minute.  À ce moment-là, là, je pense qu’il faudrait s’en tenir au moment où il a sorti sa carabine.  C’est mon opinion.

Parce qu’il était en légitime défense.  Il y a eu une remarque qui a été faite hier par le témoin, et je ne sais pas si je peux vous la traduire comme il faut, mais à tout événement, qui ressemblait à ça : à une question de Me Laniel, Procureur de la Couronne, : « Vous n’avez pas parlé? »  Et mon client a dit à peu près ceci : « Peut-on discuter » – et ça, ça m’a frappé hier – « quand il y a des balles qui nous sifflent par la tête ».  À peu près ça, évidemment, je n’ai pas les termes exacts.  Ça, c’est à une question du Procureur de la Couronne qu’il répond ça.

Bien, cette remarque-là, Messieurs Les Jurés, c’est quand même … j’ai trouvé ça fort, et puis j’ai trouvé qu’il avait très raison.  « Peut-on discuter quand les balles nous sifflent »?  Bien, je suis d’accord avec vous qu’il n’y a pas grand-discussion possible.

Or, enfin, pour résumer – je ne voudrais pas m’attarder – pour résumer tout ceci, le comportement de St-Louis, je pense qu’il a été bien naturel.  Pour ma part, parce que tout homme, tout être humain, quelle que soit la gaffe qu’il a pu faire auparavant – c’est ça qui est important – quelle que soit la gaffe qu’il a pu faire auparavant, n’a-t-il pas le droit de protéger sa propre vie?  Demandez-vous?

Est-ce qu’on ne tient pas à sa vie?  On voit des personnes de 80 ans, qui sont à l’article de la mort, qui ne veulent pas mourir, qui ont été malades pendant des années, et puis encore là, ils ne veulent pas mourir, ils n’acceptent pas la mort.

Demandez-vous si St-Louis n’aurait pas pu être tué dans ça, qu’est-ce qui serait arrivé demain matin, des autres?  Est-ce qu’ils avaient le droit de tuer un autre?  Ça aurait pu être St-Louis – parce que c’est en preuve quand même.

Alors, moi, Messieurs, devant tous ces faits, devant les témoignages … le témoignage de St-Louis, on ne peut pas en douter, c’est un type qui n’a pas de dossier, c’est un type qui me semble quand même un homme sympathique, un jeune, qui était en état de se défendre.

Le vol qu’il a fait, d’accord avec vous autres, mais ça, on ne doit pas le considérer.  Je reviens sur ce point-là, pour moi, c’est important à tout événement.  Pensez que l’incident est arrivé neuf milles après.  Pensez qu’on a eu toutes les chances d’appeler la police, puisqu’on a relevé le numéro de la plaque, on ne l’a pas fait.

Non – est-ce qu’un homme a le droit de se faire justice lui-même?  Pourquoi aujourd’hui qu’il y a un procès?  Parce que la Justice, ça ne nous appartient pas, il faut précisément … c’est votre rôle aujourd’hui, c’est vous autres, aujourd’hui, qui allez décider du sort de mon client.

Parce qu’on a des rouages qui prévoient ces choses-là; on a des Juges, on a des Jurés comme vous autres qui sont venus, là.  C’est pour ça qu’on ne peut pas se faire justice soi-même.  On a des corps policiers qui sont là pour ça, pour protéger les intérêts publics, garder le bien d’autrui.  En aucun temps, on n’a le droit de dire : « Nous autres, on va faire la job ».  Je ne pense pas qu’on ait le droit de faire ça.

Alors, en terminant, je voudrais tout simplement vous dire le point, je reviens encore, vous allez en être tanné : Oubliez le vol et pensez à l’incident et pensez à l’attitude de mon client et aussi pensez à l’attitude, le comportement des autres.

Le président du Tribunal, ce n’est pas ma fonction, je pense, vous expliquera les verdicts possibles à rendre.  Quant à moi, je vous ai expliqué les faits tels que je les ai compris, pas parce que seulement je suis avocat de St-Louis, mais tels que je les comprends.  Évidemment, je me plierai à votre verdict, mais, dans les circonstances actuelles, je crois que tous ces faits-là, en pensant toujours à l’état de légitime défense, ou si vous aimez mieux l’expression « à son corps défendant », à préserver sa vie – parce que quand même, il y tient à sa vie, c’est quelque chose de précieux – en pensant que St-Louis, mon client, a fait tout ce qui était nécessaire pour essayer d’éviter cette fameuse rencontre qui s’est amenée par vous savez quoi, parce qu’il a échappé dans le deuxième rang, il a réussi à s’en aller.  Là, arrivé à St-Célestin, il n’a pas pu, la route était bloquée; son char, il a essayé de repartir, ça ne repartait plus.  Écoutez : le gars qui est traqué!

Alors, devant toutes ces considérations, et en terminant par cette phrase, disons : « Tire pas!  Tire pas! » – c’est quand même une supplication.  Voyez-vous le contexte de l’affaire : le gars était peureux et puis je le comprends; et puis c’est lui qui crie : « Tire pas! Tire pas! » – est-ce un bandit ça, à ce moment-là?  Avez-vous vu ça un bandit qui, après qu’on s’est couru pas mal, un bandit dire : « Tire pas!  Tire pas! » – lui il est traqué, il a peur.  Et puis il y a une autre phrase aussi : « Peut-on discuter quand les balles nous sifflent par la tête ».  C’est les deux phrases que je vous mets dans la tête pour discussion.

Messieurs, je vous ai exposé mes faits, et je pense que mon client a été en état de légitime défense.  Pour cette raison, il devrait être acquitté.  Je vous remercie.

 

Publicités

L’affaire St-Louis: chapitre 15


06
Le corps de Michel Prince, la victime.

         Au cours de l’après-midi du 4 février 1969, la Couronne, par l’entremise du procureur Me Maurice Laniel, annonça sa preuve close dans l’affaire St-Louis.  Me Gérald Grégoire dira alors être prêt à présenter la défense de son client.  Pour ce faire, il appela un premier témoin en la personne de Denis Prémont, 31 ans.  Ce dernier était caporal à la Sûreté du Québec.

  • Monsieur Prémont, vous êtes attachés à l’escouade des homicides pour la division de Montréal?, commença Me Grégoire.
  • Oui, Votre Seigneurie.
  • À ce titre-là, avez-vous été appelé à faire une enquête concernant la mort de M. prince?
  • Oui, Votre Seigneurie.
  • Et est-ce que vous avez pris connaissance de tous les documents qui ont été fournis au cours de cette enquête-là?
  • Oui, Votre Seigneurie.
  • Est-ce que vous avez fait des recherches concernant un révolver qui a été produit à l’enquête comme exhibit P-8?
  • Oui, Votre Seigneurie.
  • Alors, c’est cette arme-là?
  • Oui, Votre Seigneurie.
  • Il a été établi appartenir à qui, selon votre enquête?
  • À Michel Prince.
  • À Michel prince. Est-ce que vous avez fait vos recherches à savoir si un permis de port d’arme avait été émis?
  • J’ai fait mes recherches en ce sens-là, oui.
  • Et est-ce que vous avez trouvé un permis de port d’arme?
  • Il n’y a aucun permis de port d’arme pour cet[te] arme-là.
  • Pour cet[te] arme-là. Au nom de Michel Prince?
  • C’est ça.
  • C’est tout, merci.

Évidemment, comme la défense avait eu le droit de contre-interroger les témoins présentés par la Couronne, l’inverse était également vrai.  Me Maurice Laniel s’approcha donc du caporal afin de lui soumettre ses questions.

  • Est-ce qu’il y a quelque chose de particulier quand à cet[te] arme-là, que vous pouvez remarquer?
  • Ça, c’est une arme qui est faite à la main, c’est une arme « home made » qui est faite avec … un morceau de carabine qu’ils ont coupée et puis qui a été forgée par … par quelqu’un. C’est tout fait à la main.
  • Est-ce que c’est facile de tirer avec cette arme-là?
  • Si c’est facile de tirer avec cette arme-là? Bien, un coup que la balle est dedans, c’est assez facile.
  • Est-ce que vous pouvez tirer vers le haut avec cette arme-là?
  • Si on peut tirer par le haut?
  • Oui?
  • Là, je n’ai pas fait d’expérience avec l’arme, je ne peux pas dire si elle tire où l’on vise, ou en haut ou en bas.
  • C’est justement. Vous n’avez pas fait d’expérience?
  • Je n’ai pas fait d’expérience, je ne peux pas le dire.
  • Merci.

La suite des choses risquait de devenir très intéressante.  La défense avait décidé qu’il était nécessaire de faire témoigner l’accusé.  Ainsi, Me Grégoire appela à la barre son tout dernier témoin : Marcel St-Louis.

 

L’affaire St-Louis: chapitre 14


marcel-st-louis         En ce 4 février 1969 se poursuivait le procès de Marcel St-Louis, accusé du meurtre de Michel Prince survenu à la suite d’un braquage commis dans la région de Saint-Célestin.  Puisque la Couronne en avait terminé avec les témoins de la famille Prince, on appela à la barre le policier Douglas Lyons de la Sûreté du Québec basé à Drummondville.

  • Constable Douglas, l’interrogea Me Maurice Laniel de la Couronne, dans l’exercice de vos fonctions est-ce que vous avez eu à faire une surveillance de l’information qu’on vous a donnée le ou vers le 22 novembre 1968?
  • Oui.
  • Sans répéter l’information que vous avez eue, voulez-vous nous donner le rapport de votre enquête ou la suite de votre surveillance que vous avez exercée?
  • On était placé au coin de la Transcanadienne puis l’intersection du Boulevard St-Joseph.
  • Qu’est-ce que vous faisiez à ce moment-là?
  • On nous avait demandé de surveiller une petite automobile bleue Vauxhall.
  • Est-ce que vous aviez le numéro de licence?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez vu ce véhicule un moment donné?
  • Oui.
  • Qu’est-ce que vous avez fait à la suite de l’avoir vu?
  • On est allé à la poursuite et on l’a arrêté sur la rue Williams.
  • Combien de personnes y avait-il à l’intérieur du véhicule?
  • Une personne.
  • Est-ce que vous reconnaissez cette personne dans la Cour ici?
  • Oui, monsieur.
  • Où est-il?
  • (le témoin indique l’accusé)
  • Vous indiquez l’accusé assis?
  • Près du constable.
  • En arrière de vous, près du constable.
  • Oui.
  • Je vous exhibe … deux photographies produites comme exhibit P-6, voulez-vous nous dire si vous reconnaissez ces photographies?
  • Oui c’est l’automobile en question.
  • Que vous avez?
  • Que j’ai suivie.
  • Et que vous avez arrêté un moment donné?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez arrêté l’individu qui conduisait l’automobile bleue?
  • Oui monsieur.
  • Qu’est-ce que vous en avez fait par la suite?
  • On l’a amené au poste.
  • Est-ce que vous avez fait quelque chose au poste?
  • On l’a gardé sous surveillance.
  • Est-ce que vous l’avez fouillé?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez trouvé quelque chose?
  • Oui on a trouvé de l’argent.
  • Vous avez trouvé de l’argent mais à part de l’argent?
  • Il faudrait que je consulte mon rapport.
  • Ce sont des notes que vous avez prises vous-mêmes?, demanda le juge.
  • C’est mon rapport que j’ai rédigé après l’arrestation.
  • Évidemment, continua le juge, je vous préviens que vous devez raconter seulement ce que vous avez constaté. Ne rapportez rien, aucune déclaration.
  • Alors, reprit Me Laniel, qu’est-ce que vous avez trouvé?
  • Ce que j’ai trouvé, j’ai trouvé les objets qu’il y avait dans ses poches. Possédait un dépliant avec papiers divers.  Un porte-monnaie contenant $108.81.
  • Est-ce que vous reconnaissez ce que je vous exhibe là?
  • Oui, c’est un porte-monnaie en cuir.
  • Qu’est-ce que ça représente?
  • Le portefeuille à Monsieur St-Louis.
  • Voulez-vous le produire comme exhibit P-10?
  • Oui.
  • Quand vous avez trouvé ce portefeuille qu’est-ce que vous avez fait avec?
  • Je l’ai déposé dans l’enveloppe.
  • Je vous exhibe l’enveloppe, est-ce que vous identifiez cette enveloppe-là?
  • C’est moi qui l’ai remplie.
  • C’est vous qui l’avez remplie?
  • Oui.
  • Et est-ce que vous avez mis quelque chose dans l’enveloppe?
  • Oui monsieur. J’ai mis le portefeuille et ce qui est marqué dessus avec l’enveloppe.
  • Voulez-vous produire l’enveloppe comme exhibit P-11?
  • Oui.
  • Est-ce qu’il y avait de l’argent dans le portefeuille?
  • Oui, dans le portefeuille il y avait $108.80.
  • Maintenant est-ce qu’il avait d’autres choses dans ses poches?
  • Oui il avait de l’argent à part.
  • À part de l’argent?
  • À part de l’argent qu’il y avait dans le portefeuille il y avait de l’argent « loose » dans ses poches.
  • Est-ce qu’il y avait d’autres choses?
  • Oui il y avait des balles de calibre .22. Trente-cinq (35) balles « looses » dans ses poches.
  • Je vous exhibe une enveloppe est-ce que vous reconnaissez cette enveloppe?
  • Oui.
  • Comment le reconnaissez-vous?
  • C’est moi qui a écrit j’ai ma signature.
  • C’est votre signature?
  • Puis les trente-cinq (35) balles que j’ai trouvées dans ses poches.  Je les ai placées dedans.
  • Vous les avez placées dedans?
  • Oui.
  • Alors voulez-vous produire trente-cinq (35) balles et l’enveloppe comme exhibit P-12?
  • Oui.
  • Quand vous avez arrêté le véhicule, est-ce que le conducteur est débarqué du véhicule?
  • Oui.
  • Est-ce qu’il avait quelque chose dans les mains?
  • Il avait sa carabine.
  • Il avait sa carabine. Je vous exhibe l’exhibit P-9, est-ce que vous reconnaissez cette carabine?
  • Oui.
  • C’est cette carabine là qu’il avait dans les mains lorsqu’il est débarqué de la voiture?
  • Oui.
  • Est-ce qu’il y avait quelque chose dans la carabine?
  • Oui il y avait des balles. Pour vérifier s’il y avait des balles j’ai ouvert et puis il y en a une qui est sortie, elle est restée coincée il a fallu que je l’enlève avec un crayon puis il y en a une autre qui est arrivée coincée.  J’en ai enlevé deux (2) puis il y en avait encore dedans.  Je les ai placées les deux (2) balles dans une petite enveloppe.
  • Je vous exhibe l’enveloppe contenant deux (2) balles, est-ce que vous pouvez identifier cette enveloppe?
  • C’est ma signature.
  • Par votre signature?
  • Oui.
  • Alors voulez-vous produire cette enveloppe contenant deux (2) balles comme exhibit P-13?
  • Oui.
  • Je vous exhibe une enveloppe ici voulez-vous l’examiner et nous dire si vous reconnaissez cette enveloppe?
  • Oui ça c’est l’argent « loose » que j’ai trouvé dans ses poches.
  • Dans les poches de Monsieur St-Louis?
  • Oui.
  • Quel est le montant?
  • Cinquante-neuf dollars et vingt ($59.20).
  • Cinquante-neuf dollars et vingt ($50.20)/sic/ en quelle dénominations?
  • En plus, c’est de l’argent dur, un rouleau d’argent.
  • Alors voulez-vous produire cette enveloppe et son contenu comme exhibit P-14?
  • Oui.
  • Quelle heure était-il quand vous l’avez arrêté?
  • L’heure il était vingt heures et trente (20h30).

Ce fut ensuite à Me Gérald Grégoire, l’avocat assurant la défense de l’accusé St-Louis, qui se leva pour contre-interroger le policier Lyons.

  • Monsieur Lyons, vous êtes dans la police depuis longtemps, pour la Sûreté Provinciale?
  • Pour la Sûreté Municipale.
  • De Drummondville?
  • Oui.
  • Vous dites que vous avez extrait deux (2) balles et qu’il y en avait d’autres dedans.
  • Oui.
  • Connaissez-vous assez ces armes-là pour dire quel calibre elle est?
  • C’est une .22.
  • Une .22?
  • Oui.
  • Est-ce que c’est une .22 automatique ou semi-automatique?
  • C’est semi-automatique.
  • Et à votre connaissance combien ça peut contenir de balles?
  • Je ne le sais pas.
  • Vous ne le savez pas?
  • Non.
  • Alors est-ce que vous connaissez le fonctionnement d’une semi-automatique?
  • Non, monsieur. Je suis pas expert en arme à feu.
  • Quand vous l’avez arrêté Monsieur St-Louis où était-il à ce moment-là?
  • Il était dans la cour chez son père sur la rue William.
  • Dans la ville de Drummondville?
  • Dans la ville de Drummondville.
  • À l’intérieur de la maison ou à l’extérieur?
  • À l’intérieur de la maison. Je suis allé le chercher à l’intérieur.
  • Est-ce qu’il a fait de la résistance quand vous êtes allé le chercher?
  • Non monsieur.
  • Il n’y a pas eu de violence?
  • Non c’était plutôt les nerfs.
  • Il n’y a pas eu de violence, rien de ça?
  • Non.
  • Il vous a cédé la carabine puis il vous a suivi?
  • Oui monsieur.

Lorsque Me Grégoire reprit sa place et que le témoin fut remercié, le regarda l’horloge.  Il était 12h20.  Il ajourna alors la Cour pour permettre à tous d’aller casser la croûte.  Les audiences allaient reprendre dès 14h00.

L’affaire St-Louis: chapitre 13


André Prince4 février 1969

Le procès de Marcel St-Louis se poursuivit en ce 4 février 1969 avec le témoignage d’André Prince, qui avait comparu un peu plus tôt.  Rappelons que St-Louis était accusé du meurtre de Michel Prince, qui l’avait pris en chasse après que St-Louis ait braqué le commerce de la famille Prince.  Graduellement, la défense venait de mettre en lumière que le meurtre de Prince ne semblait pas prémédité, et même qu’il pourrait être le résultat d’un acte de légitime défense.

Qu’est-ce que la Couronne espérait en rappelant le jeune André Prince dans la boîte des témoins?  Était-il encore temps pour Me Maurice Laniel de renverser la vapeur?

  • Monsieur Prince, commença Me Lanielle, procureur de la Couronne, hier dans votre témoignage je crois que vous avez dit qu’à la suite des deux coups tirés par le conducteur du véhicule bleu, vous l’avez vu avancer vers vous?
  • Oui, répondit André Prince.
  • Est-ce que vous pouviez distinguer ce qu’il avait dans les mains à ce moment-là?
  • Je voyais un canon pointé vers moi.
  • Vous voyiez un canon pointé vers vous. Un canon de quoi?
  • De carabine.
  • Est-ce que vous pouviez distinguer suffisamment pour savoir que c’était une carabine?
  • Oui je voyais.
  • Je vous exhibe une arme ici est-ce que vous pourriez nous dire si vous reconnaissez cette arme?
  • Je ne peux pas dire que c’est celle-là qu’il avait mais ça lui ressemblait, le canon en tout cas.
  • À ce que vous voyiez à ce moment-là?
  • Oui.
  • Ça ressemblait. Voulez-vous la produire comme exhibit P-9?
  • Oui.

Lentement, Me Gérald Grégoire s’approcha du témoin pour lui soumettre quelques questions.

  • Monsieur Prince, dans la poursuite, tant dans le rang 7 qu’à l’arrivée du village, est-ce la première occasion que vous avez vu que le chauffeur avait une arme?
  • Pardon?
  • Où est-ce la première fois que vous avez vu le chauffeur qui avait ce qui semble être une carabine?
  • Je l’ai vu seulement sur la 34.
  • Sur la 34, c’est la première fois que vous l’avez vu.
  • Oui.
  • Dans le rang 7, vous n’avez pas vu qu’il avait une arme?
  • Non.

Voilà qui n’aidait en rien  la cause de la Couronne, puisque la défense était en train de démontrer l’intention criminelle n’était pas imputable à l’accusé mais bien à ses poursuivants.  Décidément, l’issue de ce procès risquait de surprendre.  Marcel St-Louis était-il un tueur ou plutôt un braqueur qui avait agis en légitime défense?

 

L’affaire St-Louis: chapitre 10


03
En pourchassant le braqueur, les membres de la famille Prince ont-ils tenté de tirer dans les pneus de la voiture du suspect?  Au bout du compte, Marcel St-Louis a-t-il agi en légitime défense?  L’avocat de la défense était-il en train de renverser la vapeur?

Aussitôt que Me Laniel eut remercié le témoin, Me Gérald Grégoire s’avança tranquillement vers le jeune homme de 17 ans.  Son travail était de mettre ses propos en perspective.

  • Vous dites que vous êtes parti avec votre père et que vous veniez de l’épicerie?
  • Pas de l’épicerie je venais de la maison qui est à côté de l’épicerie.
  • À ce moment-là est-ce que c’était à votre connaissance que votre frère Michel avait été averti de l’incident qui s’était passé au magasin?
  • Non, je ne savais pas que Michel avait été averti ou non.
  • Alors, par conséquent, vous ne saviez pas qu’il viendrait vous rejoindre?
  • Je l’ai su qu’il viendrait.
  • Avant de partir?
  • Oui.
  • Ah bon. Qui vous a dit ça qu’il viendrait vous rejoindre?
  • Bien j’ai été chercher mon père qui était à son garage puis moi … mon père a dit : dis à Michel qu’il nous suive.
  • Ah c’est ça que vous avez entendu?
  • Oui.
  • Votre père qui a dit ça?
  • Il a dit ça.
  • Il n’a pas ajouté d’autre chose en plus de ça votre père?
  • Il a dit qu’il amène son arme?
  • Il a dit qu’il amène son arme?
  • Oui.
  • Est-ce que c’était à votre connaissance que votre frère avait une arme en sa possession?
  • J’en avais déjà entendu parler que Michel s’était acheté une arme et vu qu’on avait eu plusieurs vols à l’épicerie Michel l’avait dit bien si il vient quelqu’un on pourra le recevoir.
  • Depuis quelle date à votre connaissance avait-il cette arme-là, le savez-vous?
  • Exactement la date je ne peux pas me rappeler.
  • Alors, quand vous avez commencé votre poursuite de l’automobile bleue vous saviez que Michel avait été averti de venir avec son arme?
  • Oui.
  • Par votre père?
  • Oui.
  • Dans le Rang 7 Monsieur Prince vous êtes arrêtés là et vous avez fait un demi-tour et ensuite c’est là que votre père est entré dans l’entrée de chez Monsieur Corriveau avec vous et c’est là qu’il a placé son automobile de travers dans la route?
  • Oui.
  • Dans le rang 7?
  • Oui.
  • À la résidence de Monsieur Corriveau?
  • Oui.
  • Vous êtes débarqué tous les deux de l’automobile?
  • Oui.
  • À ce moment-là aviez-vous remarqué le numéro de la plaque d’enregistrement du véhicule que vous poursuiviez?
  • Oui.
  • Et là vous étiez rendu dans le Rang 7 toujours du côté de la maison de Monsieur Roy?
  • Oui.
  • Le numéro de licence l’avez-vous remarqué avant d’arriver chez Monsieur Roy ou après?
  • Après qu’on a viré chez Monsieur Roy.
  • Avant ça, est-ce que vous aviez pu le remarquer?
  • Avant ça bien j’aurais su peut-être le voir mais je n’étais pas certain.
  • Pour quelle raison que vous n’étiez pas sûr?
  • Bien la distance qui séparait notre automobile de l’Envoy.
  • Arrivés chez Monsieur Corriveau vous dites que vous êtes débarqués vous et votre père, est-ce que vous êtes restés dans le rang là?
  • Non sur le côté de la maison à Monsieur Corriveau.
  • Sur le côté de la maison à Monsieur Corriveau?
  • Oui.
  • Et votre père qu’est-ce qu’il a fait lui?
  • Il s’est dirigé vers la maison de Monsieur Corriveau et il est allé à la porte d’en arrière de la maison de chez Monsieur Corriveau.
  • Est-ce que vous l’avez vu rentrer dans la maison?
  • Non.
  • Et vous êtes revenu au chemin?
  • J’ai vu mon frère qui s’en venait.
  • Alors, vous êtes retourné au chemin?
  • C’est ça.
  • Votre père est arrivé pas longtemps après ça?
  • Non, j’ai pas revu mon père après ça.
  • Vous n’avez pas revu votre père après ça?
  • Non.
  • Dans le rang 7 là vous étiez tous les trois, votre frère Michel et vous?
  • Michel, Louis et moi. Chez Monsieur Corriveau.
  • Est-ce que vous êtes débarqué, est-ce que vous étiez tous les trois en dehors de l’automobile?
  • Oui.
  • Dans l’entré de [cette] cour-là?
  • Dans la cour à Monsieur Corriveau, c’est ça.
  • Et là c’est là que vous avez aperçu la petite automobile bleue?
  • On l’a vue puis elle a passé devant nous autres.
  • Est-ce que Michel avait son arme à ce moment-là?
  • Oui.
  • Il l’avait avec lui à l’extérieur?
  • Oui.
  • Qu’est-ce qui est arrivé après ça, il a tiré un premier coup de feu?
  • Il a tiré un coup de feu en direction des pneus.
  • De quel côté était-il lui Michel, est-ce qu’il s’en venait du côté du chauffeur?
  • Bien du côté… bien il était dans la cour à Monsieur Corriveau.
  • Du côté du chauffeur?
  • Tout le temps.
  • De l’Envoy?
  • C’est ça.
  • Alors il y a eu un coup qui a été tiré là?
  • Oui.
  • Et vous où étiez-vous là?
  • À côté de Michel.
  • À côté de Michel?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous regardiez vous?
  • Quand Michel a tiré un coup?
  • Oui?
  • Je regardais passer l’automobile puis Michel était à côté de moi.
  • Vous dites que vous regardiez l’automobile à ce moment-là?
  • Et puis Michel était à côté de moi.
  • Est-ce que vous regardiez ailleurs ou si vous regardiez les deux en même temps, vous savez que l’automobile elle, elle était en circulation?
  • Mais Michel était en plein à côté de moi c’est-à-dire il était à côté de moi … mais peut-être un pied en avant de moi.
  • N’est-il pas vrai que votre regard a été attiré vers l’automobile?
  • Il a été attiré vers l’automobile et aussi vers Michel parce que Michel a pointé son fusil vers l’automobile.
  • Est-ce que Michel ne pointait pas plutôt son fusil vers le chauffeur, est-ce que vous pensez que pendant que l’automobile circulait Michel était assez bon tireur pour viser les pneus?
  • Moi je dis qu’il pointait son arme vers les pneus.
  • Vous êtes sûr de ça?
  • Oui.
  • Est-ce qu’il faisait noir dans ce rang-là?
  • Il y avait une obscurité.
  • Il faisait noir à bonne heure et ces rangs-là ne sont pas éclairés, c’est seulement les phares des automobiles qui éclairaient ça?
  • C’est ça.
  • Et sous votre serment que vous avez prêté tout à l’heure dites-nous donc que vous n’avez pas regardé dans quelle direction Michel pointait son arme?
  • J’étais à côté de Michel et je l’ai nettement vu. Je l’ai nettement vu qu’il a pointé son fusil vers les pneus.
  • Alors vous ne changez pas la version de votre témoignage?
  • Je l’ai nettement vu.
  • C’était un bon tireur ça Michel?
  • Non.
  • Est-ce que vous pouvez être positif que vous n’avez rien entendu après ce coup de feu, est-ce que vous avez entendu aucun éclat de verre après le coup de feu?
  • Non.
  • Vous n’avez rien entendu?
  • Non.
  • Est-ce qu’il était près du véhicule quand il a tiré son coup?
  • … Il devait être … à peu près cinq, six, sept, huit, de sept à huit pieds de l’automobile.
  • Vous dites cinq, six, sept, huit pieds de l’automobile?
  • Oui.
  • Quand l’automobile a passé à côté de vous autres?
  • Bien oui c’est ça.
  • Puis vous étiez à cinq ou six pieds de lui?
  • C’est ça.
  • Et là vous l’avez perdu, c’est-à-dire qu’il a pu vous échapper?
  • Oui.
  • À une question du Procureur de la Couronne tout à l’heure vous avez dit que vous avez entendu seulement un coup de feu dans le rang 7 n’est-ce pas puis un autre coup de feu – est-ce qu’il n’a pas été tiré?
  • À ma connaissance j’ai entendu rien qu’un coup de feu. Moi j’ai vu rien qu’un coup de feu.
  • Combien Michel avait apporté de cartouches avec lui?
  • Je ne sais pas.
  • Vous ne savez pas combien il en avait?
  • Je sais qu’il m’en a données deux, je ne sais pas où il les a prises.
  • Là, vous ne regardiez pas votre frère à ce moment-là?
  • Bien on était dans l’automobile.
  • Alors ça ne vous a pas impressionné de voir d’où il sortait ses cartouches?
  • Non.
  • Ce qui vous impressionne vous c’est qu’il a tiré sur les pneus?
  • Moi ce qui m’intéressait dans l’automobile, j’ai cherché à récupérer l’autre automobile.
  • Regardez cette photographie-là Monsieur Prince. Messieurs les Jurés je vous demande de prendre les photographies produites en liasse comme exhibit P-7, dans le rond là ici, alors je vous montre Monsieur St-Louis.
  • Celui du côté gauche ou du côté du chauffeur?
  • Oui, c’est ça.
  • C’est pas mal plus haut que les pneus ça ce qu’on voit dans le rond ici là?
  • Je vois quelque chose.
  • C’est pas mal plus haut que les pneus?
  • C’est à la hauteur de la petite vitre du char, de l’Envoy.
  • À peu près à la hauteur d’un chauffeur d’automobile?
  • À la hauteur de la petite vitre du char.
  • Plus haut que les pneus?
  • Il n’y a pas de pneus à cet endroit.
  • Je va prendre une autre photographie Messieurs les Jurés, celle qui montre les trous dans le pare-brise avant du côté droit. Regardez cette photographie là Monsieur Prince, regardez là comme il faut je veux connaître votre opinion sur ça, vous voyez un trou?
  • Oui.
  • Est-ce que c’est là la hauteur des pneus ça?
  • C’est dans un pare-brise d’auto.
  • C’est à peu près à la hauteur d’un conducteur d’automobile ça, c,est pas mal plus haut que les pneus?
  • Oui.
  • Je vous montre une troisième photographie celle-là qui montre le côté droit arrière où la vitre a été brisée, on voit seulement une petite partie de la vitre. Est-ce que là dans ce cercle là c’est encore pas mal plus haut que les pneus ça?
  • C’est assez près des pneus.
  • Vous dites que vous considérez ça près des pneus?
  • Bien près des pneus c’est une vitre, il n’y a pas de pneus-là.
  • Alors vous voyez quand même un pneu là?
  • Oui.
  • Est-ce que vous ne changez pas votre témoignage après ce que je vous montre là?
  • Messieurs les Jurés je vous demande d’apprécier à ce moment-ci le témoignage du témoin. … Vous maintenez encore une fois que votre frère était à cinq, six, sept, ou huit pied du véhicule quand il a tiré sur les pneus?
  • Moi j’étais à cinq ou six pieds puis lui devait … il se trouvait à être à quatre ou cinq pieds de l’auto, Michel.
  • C’était un bon tireur, il connaissait les armes à feu votre frère Michel?
  • Non.
  • Vous dites qu’il ne connaissait pas ça et pourtant il en avait une?
  • Et par la suite de ce coup-là que vous avez entendu, là vous êtes embarqués en automobile avec votre frère?
  • Michel.
  • Et votre autre frère?
  • Louis.
  • Et là la poursuite a commencé?
  • Nous avons voulu suivre l’Envoy.
  • Vous n’avez pas pensé depuis la seconde fois quand vous êtes partis après avec Michel vous n’avez pas pensé de lui dire que vous aviez le numéro de licence de l’automobile?
  • Non.
  • Vous n’avez pas pensé de lui dire ça?
  • Non.
  • Vous n’avez pas pensé non plus de lui dire là sur le bord de la route sur le rang 7?
  • Non.
  • Quand vous êtes partis de chez Monsieur Corriveau pour la seconde poursuite là, vous l’aviez le numéro de licence à ce moment-là?
  • Oui.
  • Et vous n’avez pas dit à Michel, vous n’avez pas pensé après ça d’arrêter et d’aller téléphoner à la police?
  • Parce qu’il l’avait déjà appelée.
  • Qui avait appelé?
  • Bien quelqu’un avait appelé la police.
  • À votre connaissance ça ou bien si vous le savez?
  • Bien là …
  • Étiez-vous là quand il a appelé la police?
  • Non.
  • Alors vous ne savez pas s’il a appelé la police?
  • Je vous demande à votre connaissance vous si vous le savez?
  • J’étais à la maison.
  • Ne vous fiez pas sur ce qui a été dit après. Alors vous avez continué votre route et c’est là … pendant combien de temps avez-vous été à la pourchasse de l’automobile?
  • Jusqu’à St-Célestin.
  • C’est dans le village de St-Célestin que vous l’avez intercepté à ce moment-là?
  • Non non à la sortie du village de St-Célestin.
  • À la sortie du village?
  • Oui.
  • Quelle automobile aviez-vous à ce moment-là?
  • L’automobile à Michel.
  • L’automobile à Michel c’était quelle sorte d’automobile?
  • Une Dodge Polara.
  • Et quand vous avez rejoint l’automobile vous êtes venu à bout de la dépasser c’est ça?
  • Oui, dépasser. C’est là que Michel a dit on va lui couper le chemin.
  • Vous vouliez à tout prix qu’il s’arrête?
  • Oui.
  • Et là c’est vous qui avez l’arme?
  • Oui.
  • Et en passant à la hauteur du véhicule, votre vitre était baissée à ce moment-là?
  • Oui, puis mon bras était sorti de l’automobile.
  • En dépassant?
  • J’avais le fusil pointé vers le bas.
  • Et vous maintenez que votre fusil était pointé vers le bas?
  • Oui.
  • Vous aviez le fusil pointé vers le bas et puis il n’y a pas un pneu qui a éclaté puis rien de ça?
  • Moi, je ne suis pas bon tireur.
  • Est-ce que c’était la première fois que vous aviez une arme entre les mains?
  • Le revolver?
  • Oui.
  • Combien il y avait de balles dans le fusil quand Michel l’avait?
  • C’est un fusil à un coup et il faut le charger à chaque fois.
  • Ça ne peut pas être à deux coups ce fusil-là?
  • Non.
  • Vous êtes sûr?
  • Sûr.
  • L’aviez-vous souvent auparavant cette arme-là?
  • Regardez donc ça et dites-moi si c’est rien qu’un coup ou deux coups?
  • C’est un coup.
  • Vous êtes sûr de ça?
  • Oui.
  • Saviez-vous comment il avait de balles quand vous êtes partis de chez Corriveau?
  • S’il y avait des balles dedans?
  • Oui?
  • Puis Michel a dit : tu le rechargeras le fusil.
  • C’est vous qui l’avez chargé?
  • Oui.
  • Et rendu à la hauteur du véhicule vous avez baissé votre vitre vous vous êtes allongé le bras et vous avez tiré en direction du chauffeur?
  • Mon bras était en dehors comme ça.
  • Et vous avez tiré là en direction du chauffeur?
  • Mon arme pointait vers le bas.
  • Ça ne serait pas plutôt vers le chauffeur que vous pointiez votre arme?
  • Quand Michel a repassé l’automobile lui-même a freiné et puis c’est là que j’ai pointé mon arme.
  • Nous allons prendre les photographies, la première ici celle qui montre le côté gauche avant de l’automobile. Regardez encore cette photographie-là pour la deuxième fois.  Exhibit P-7.
  • Oui.
  • Est-ce que c’est pas mal plus haut que les pneus?
  • C’est au ras une vitre.
  • Vous dites que c’est au ras une vitre.
  • Moi j’ai pointé mon fusil vers le bas.
  • Ça ne serait pas plutôt vers le chauffeur que vous auriez pointé votre fusil?
  • Moi comme j’ai dit j’ai pointé mon fusil vers le bas.
  • Mais ça peut arriver ça quand une automobile en marche, ça doit être sûrement plus difficile d’ajuster un fusil vers le bas, le bras peut être levé mais pour une automobile en marche ça doit prendre un bon tireur pour viser à la même place?
  • Vu que mon bras était sorti de la fenêtre …
  • Oui mais elle était en marche encore cette automobile-là.
  • Oui.
  • Et l’automobile ça allait assez vite?
  • Oui.
  • Elle marchait l’automobile?
  • Oui.
  • Et ça se peut ça que par les secousses ou par la vitesse que votre bras ait relevé un moment donné?
  • Objection, Votre Seigneurie, s’objecta Me Laniel, c’est une question hypothétique…
  • Est-ce que c’est une question hypothétique, fit le juge Crête, c’est le témoin qui le sait. Je ne crois pas que ce soit une hypothèse ça.  Puisque ce sont des faits auxquels le témoin lui-même participait.
  • Je va vous montrer une autre photographie, reprit Me Grégoire, voulez-vous prendre note Messieurs les Jurés, je vous montre la photographie où on voit le trou dans la vitre avant dans le pare-brise. Regardez cela encore et dites-moi si ça peut être quoi que ce soit, encore si ça été tiré dans les pneus, vous voyez là?
  • Oui c’est dans le pare-brise de l’automobile.
  • C’est pas mal plus haut que les pneus ça?
  • C’est dans le pare-brise.
  • C’est à la hauteur de la tête d’un conducteur ça?
  • C’est dans un pare-brise.
  • Je vous montre la troisième photographie là qui montre la vitre fracassée à l’arrière?
  • C’est une vitre d’automobile qu’on
  • Alors par extension est-ce que ce n’est pas encore plus haut que les pneus de l’automobile?
  • C’est dans une vitre d’automobile.
  • Messieurs les Jurés sur ce témoignage je vous demande de regarder les photographies qui en disent pas mal plus long que bien des témoignages dans ces circonstances-là. … Alors, là après que vous avez tiré votre coup de feu vous avez intercepté le véhicule?
  • Michel a passé en avant.
  • Et votre automobile a freiné?
  • Oui.
  • Michel s’est mis de biais en avant?
  • Oui.
  • Alors l’automobile de votre frère Michel était pas mal en avant?
  • Bien pas mal …
  • Je vous demande si elle était pas mal en avant?
  • Bien elle était en avant … de travers puis l’autre a été obligé d’arrêter.
  • À ce moment-là est-ce que vous aviez encore le revolver vous?
  • Quand on était devant l,automobile?
  • Oui?
  • Moi, j’avais tiré mon coup.
  • Vous aviez tiré votre coup?
  • Oui.
  • Quel coup?, demanda le juge Crête.
  • Le coup tiré quand on était en train de le doubler, répondit André.
  • Et là le véhicule s’est immobilisé?, reprit Me Grégoire.
  • Oui.
  • Et votre frère Michel est sorti de l’automobile?
  • De son bord.
  • Avec votre frère?
  • Avec Louis qui le suivait.
  • Et votre frère Louis le suivait.
  • C’est ça.
  • Et le conducteur de l’autre automobile est-ce qu’il a essayé de partir à ce moment-là est-ce qu’il a essayé de s’en aller?
  • Il m’a pas semblé qu’il a fait un mouvement pour partir.
  • Ça ne vous a pas semblé qu’il voulait partir?
  • Non.
  • Il était en bordure du chemin à ce moment-là?
  • Oui.
  • Et il n’y avait pas de place pour passer?
  • Non, pas de l’avant.
  • C’était bloqué complètement?
  • De l’avant.
  • Et c’est comme un rang qui ne débouche pas ça?
  • C’est ça.
  • Et là vous aviez votre vitre baissée et vous aviez votre bras sort n’est-ce pas avec l’arme dans votre main?
  • C’est ça. Mais là je pointais pas vers l’Envoy.
  • Parce qu’il était plus en arrière lui?
  • C’est ça.
  • Votre frère Michel a fait le tour par en avant ou en arrière de l’automobile?
  • Il est sorti de l’automobile sur son bord et il se dirigeait vers l’arrière.
  • Vers l’arrière?
  • Oui.
  • Avec votre frère?
  • Louis qui le suivait.
  • Et l’autre, le conducteur où est-ce qu’il a été à ce moment-là?
  • De quelle automobile, de l’Envoy?
  • Oui?
  • Bien après que mon frère était sorti j’ai regardé l’Envoy puis je voyais que l’Envoy était à côté.
  • Est-ce qu’il était débarqué à ce moment-là?
  • Je pourrais pas dire.
  • Je veux dire le conducteur de l’Envoy?
  • Je pourrais pas dire.
  • Vous ne l’avez pas vu?
  • Non.
  • Est-ce que sa vitre était baissée?
  • Je l’ai pas vue.
  • Sa portière est-ce qu’elle était ouverte, la porte de l’automobile?
  • Je ne peux pas dire.
  • Avez-vous de quoi dans ses mains?
  • J’ai pas vu l’homme.
  • Vous ne l’avez pas vu du tout?
  • Non, monsieur.
  • Est-ce que votre frère pendant ce temps-là s’approchait de l’automobile?
  • Je ne le sais pas, je ne le voyais plus.
  • Vous étiez occupé à pointer votre arme sur le conducteur de la petite automobile bleue?
  • Oui, je pointais mais moi je pointais vers le bas.
  • Est-ce que vous étiez assez près de lui à ce moment-là, la distance?
  • L’automobile ou l’homme?
  • La personne qui était dans l’automobile à ce moment-là, quelle distance pouvait vous séparer à ce moment-là?
  • Une dizaine de pieds à peu près.
  • Une dizaine de pieds?
  • Oui.
  • Et est-ce que c’était éclairé?
  • Oui, il y avait les phares, il y avait les lumières de l’Envoy qui éclairaient.
  • Et c’est à ce moment-là précis que vous avez entendu : tire pas, tire pas?
  • J’ai dit aussi haut les mains avant.
  • C’est vous qui avez dit : haut les mains?
  • Oui.
  • Et puis tout de suite une voix s’est fait entendre en vous suppliant de ne pas tirer?
  • J’ai entendu : tire pas tire pas. Et j’ai répondu : c’est correct, je tirerai pas.
  • Et votre frère lui vous dites que vous ne le voyiez pas du tout à ce moment-là, savez-vous qu’est-ce qu’il faisait?
  • Non.
  • Il est assez grand votre frère?
  • Michel, à peu près de ma grandeur.
  • Puis là qu’est-ce qu’il est arrivé?
  • J’ai dit : tire pas tire pas. Et puis là j’ai entendu deux coups de feu.
  • Vous n’aviez pas encore rechargé votre arme à ce moment-là?
  • Non.
  • Vous en avez retiré d’autres coups de feu par la suite?
  • Oui.
  • Vous l’avez retiré après avoir rechargé votre revolver?
  • Bien quand j’étais dans le fond de l’automobile.
  • Pour la deuxième fois?
  • Oui.
  • En quelle direction avez-vous tiré encore à ce moment-là?
  • Vers les pneus, j’ai sorti de l’automobile et puis j’ai vu Michel étendu à terre là et puis je voyais le derrière de l’automobile, j’ai tiré un coup puis j’ai laissé tomber le fusil et j’ai couru vers mon frère.
  • C’était encore en direction des pneus que vous avez tiré cette fois-là?
  • On pourrait dire à portée.
  • La position des véhicules, lorsque vous avez intercepté le petit véhicule bleu, l’automobile de votre frère Michel était en avant, en coupant sur la route?
  • De biais.
  • Et l’automobile l’Envoy était-elle parallèle?
  • De biais.
  • Quand vous avez passé à la hauteur de l’automobile là est-ce qu’il n’y a pas eu quelque chose de crié au conducteur de l’Envoy par vous ou votre frère, ou que votre frère aurait crié quelque chose?
  • Non.
  • Il n’y en a pas un qui a crié arrête mon tabac?
  • Non.
  • Vous n’avez pas entendu d’autres de vos frères dire ça?
  • Non.
  • Et en aucun moment vous avez pensé d’aller vous rendre au village de St-Célestin pour aller téléphoner à la police?
  • Non.
  • C’est Michel qui conduisait l’automobile et il était anxieux il était intéressé, il voulait l’arrêter absolument?
  • C’est moi qui avait le fusil. Mais seulement que Michel m’a dit : vise pas l’homme, vise les pneus et puis ça il l’a répété cinq ou six fois.
  • Mais jamais ça vous est venu à l’idée d’appeler la police?
  • On voulait arrêter le voleur puis prendre notre bien.
  • Savez-vous qu’il y a des gens spécialement appointés par la province pour arrêter les voleurs, savez-vous ça, vous dites que vous avez 17 ans, à votre âge vous êtes assez vieux pour savoir qu’il y a des gens spécialement chargés de ça, vous n’avez pas pensé à ces choses-là?
  • Moi je n’ai pas l’expérience, je suis peut-être assez vieux mais j’ai pas l’expérience de ça.

Sans doute pour minimiser les contrecoups de ce contre-interrogatoire, Me Laniel s’approcha à nouveau du témoin pour quelques questions supplémentaires.

  • Quand vous tirez un coup avec cette arme-là est-ce que vous pouvez tirer un autre coup après?, interrogea Me Laniel.
  • Non, il faut le recharger.
  • Il faut le recharger?
  • Oui.
  • Qu’est-ce qu’il faut faire pour le recharger?
  • Bien vous ouvrez ça ici et puis il y a la cartouche vide il faut la prendre avec le bout des ongles la sortir et ensuite mettre l’autre balle dedans.
  • Puis là il est correct?
  • Il est correct, il est prêt à tirer.
  • Puis ensuite?
  • Ensuite en pesant sur ça, il part.
  • Est-ce qu’il y avait une autre arme à votre connaissance dans le véhicule à part de l’arme que vous aviez vue?
  • Non.
  • Lorsque Michel est sorti de l’automobile?
  • Non, il n’avait pas d’autre arme.
  • Alors je peux conclure que Michel n’était pas armé à ce moment-là?
  • Michel était pas armé, il m’avait donné son revolver.

Pour la dernière fois, Me Grégoire eut à son tour une dernière question pour André Prince.

  • En tout combien avez-vous tiré de coups de feu?, demanda l’avocat de Marcel St-Louis.
  • Il y en a eu un de tiré dans le rang 7 et moi j’en ai fait deux.
  • Alors ça fait trois coups?
  • Trois coups, oui.