L’affaire Blanche Garneau: l’avant-propos

ScreenHunter_614 Apr. 19 16.42Il est possible de se procurer le livre à la Librairie l’Exèdre au 819-373-0202 ou sur Amazon en cliquant sur le lien suivant: L’affaire Blanche Garneau

Le texte suivant est une reproduction intégrale de l’avant-propos qui apparaît au début du livre:

 

Avant-propos

Dans son livre Unsolved, true canadian cold cases, publié en 2010, Robert J. Hoshowsky rappelle que chaque révision de dossier de meurtre non résolu ramène les familles des victimes au point de départ.  Ces histoires ne connaissent jamais de véritable fin et c’est probablement là que se situe la torture.

         Pourquoi ne pas écrire des volumes sur ces dossiers criminels qui soulèvent les passions?  La raison est simple : parce qu’elles sont justement non résolues, ces affaires restent encore entre les mains des enquêteurs de la police.  Et puisque ces documents ne sont pas rendus publics, comme c’est le cas lors de la tenue d’un procès, il ne reste plus que les comptes rendus médiatiques pour reconstituer ces drames.  Le résultat tiendrait alors en quelques pages.

         Or, l’affaire Blanche Garneau se démarque par une riche documentation.  Dans le dossier judiciaire on retrouve les documents relatifs à l’enquête du coroner, à une enquête dite on discovery ouverte quelques mois plus tard, au procès que la justice fit à deux suspects, et à une Commission royale d’enquête à laquelle dut témoigner le premier ministre de la province.  Cette simple énumération démontre l’impact que cette cause a eu sur notre patrimoine judiciaire, en plus d’ébranler les colonnes du temple qu’on appelle gouvernement provincial.  Ce n’est pas rien.  Du jour au lendemain, le nom d’une vendeuse de thé plutôt timide et routinière s’était retrouvé dans les journaux, de même que sur les langues de toutes les commères.

         On pourrait discuter longuement des comparaisons à faire pour évaluer l’importance qu’on a réservé à certaines affaires criminelles de notre passé, mais je suis d’avis, depuis que j’ai mis le nez dans ce dossier, qu’il faudrait considérer le nom de Blanche Garneau comme le symbole des affaires non élucidées au Québec, ne serait-ce que pour apporter un nouvel élan aux quelques centaines de meurtres qui cherchent toujours des réponses.  Il y a aussi toutes les leçons à tirer de ce drame, dont plusieurs aspects nous aiderons à mieux comprendre certains points, comme l’amélioration des techniques d’enquête par exemple, ou l’attitude que nous devrions adopter face à des mystères d’ordre judiciaires.

         En 1920, les enquêteurs n’étaient visiblement pas préparés à un meurtre comme celui-là et ils ne voulaient probablement pas admettre que leurs bonnes vieilles techniques devenaient soudainement archaïques.  Un autre meurtre violent survenu six ans plus tôt demeurait lui aussi sur les tablettes, et cela en dépit d’un procès.  Que se passait-il donc dans la Vieille Capitale?  Les détectives étaient-ils si incompétents ou se sentaient-ils dépassés par les événements?

Qui a merdé?  Pourquoi n’a-t-on pu résoudre ce meurtre odieux à caractère sexuel?  Doit-on blâmer l’incompétence policière?  Le sensationnalisme journalistique?  L’attitude gouvernementale?  Les ambitions politiques?  Ou simplement les techniques d’enquête?

Avant de répondre à ces questions, nous aurons un énorme devoir de conscience à faire.  Si les familles des victimes blâment souvent les policiers, l’incompétence ne pourrait à elle seule expliquer la raison d’être de centaines de cas non résolus.  Malheureusement, il existe des dossiers tout à fait insolubles que les meilleurs détectives du monde n’arriveraient pas à percer.

Depuis la création de la section des Cold Cases à la Sûreté du Québec, au début des années 2000, on parlerait d’au moins 1 000 affaires non résolues, et ce depuis les années 1970 seulement.

Les ragots sont tenaces.  Dans la région de Québec, l’histoire de Blanche Garneau est encore bien vivante.  En 1920, en dépit de la tenue du procès de Marie-Anne Houde, l’affaire Blanche Garneau faisait couler beaucoup plus d’encre que celle d’Aurore Gagnon, cette fillette que l’on surnommera rapidement Aurore l’enfant martyre.  Celle-ci a eu droit à sa pièce de théâtre, des romans et deux films.  Pas étonnant que sa popularité fasse en sorte que son nom nous soit aujourd’hui familier.

Et que réserva-t-on à Blanche?  Pas grand-chose, si ce n’est quelques écrits que nous étudierons de manière plus exhaustive au cours des derniers chapitres.  Pourquoi fut-elle si vite oubliée alors que son histoire est l’une des plus enrichissantes?

Et puisqu’il reste, malgré tout, des résidus de cette quasi-légende, j’invite mes lecteurs à un exercice d’objectivité.  En fait, comme nous le verrons au fil des chapitres, mes recherches m’ont aidé à comprendre que cette affaire fut sans doute l’une des plus malhabilement racontée de tout notre patrimoine judiciaire.  À titre d’exemple, je crois avoir largement démontré dans mes publications précédentes que d’innombrables détails font souvent la différence entre le mythe et la réalité, telle qu’on la retrouve dans le dossier judiciaire.  Cette fois, la marge sera énorme.  Et c’est pourquoi je propose à ceux et celles qui pensent déjà connaître cette histoire de bien vouloir mettre de côté leurs idées préconçues et de se laisser conduire par les témoignages et reconstitutions de scène établies à partir des documents légaux.  Après tout, qu’avons-nous à gagner ou à perdre si la balance penche d’un côté ou de l’autre?  Au mieux, nous en sortirons avec les yeux ouverts sur tout un pan de notre folklore.

Il me faut glisser un mot à propos de Réal Bertrand, un auteur qui a présenté en 1983 son livre Qui a tué Blanche Garneau?.  Le travail de Bertrand fut honnête mais incomplet.  Il faudra donc revisiter chaque étape, chaque indice de cette incroyable enquête.  Encore une fois, le public n’a pas eu droit à tous les détails.

On m’a questionné sur la pertinence d’écrire au sujet d’un meurtre non résolu qui remonte à un siècle, interrogation qui laissait entendre qu’il me serait impossible de résoudre l’énigme.  Si je dois avouer qu’une partie de ma motivation se laissait guider par ce désir de trouver « la » réponse, je ne suis pas naïf au point de croire en mes capacités de pouvoir élucider un mystère aussi ancien en ne dépendant que des documents disponibles, sachant que toute interview avec les protagonistes était devenue impossible.  Toutefois, je répondrai à cette question que le but d’un volume n’est pas toujours de vouloir trouver une réponse à une vieille question, mais aussi de faire revivre une époque.  Si on s’acharne à publier des ouvrages sur des sujets redondants, alors pourquoi ne pas faire revivre un visage méconnu comme celui de Blanche et de toutes les personnes impliquées dans cette affaire?

Il arrive que des auteurs – qu’il s’agisse d’écrivains ou de documentaristes – moussent leurs ventes en prétendant pouvoir résoudre des énigmes criminelles.  Mes ouvrages précédents sont là pour en témoigner.  Plus récemment, sur la jaquette de son livre Qui a tué le Dahlia Noir?, l’auteur français Stéphane Bourgoin, pour qui j’ai beaucoup de respect, est peut-être allé un peu loin en prétendant résoudre ce meurtre mythique qui a fasciné non seulement les Américains mais le monde entier depuis la fin des années 1940.  En dépit de cette promesse, le contenu du livre n’apporte aucune preuve concluante pour nous convaincre que son suspect favori était le véritable assassin.  Patricia Cornwell a fait la même chose en prétendant avoir identifié le célèbre Jack l’Éventreur, et pourtant nous en sommes toujours au même point.

Il faut être extrêmement prudent avant de condamner quelqu’un, qu’il soit vivant ou décédé.  La présomption d’innocence est un droit réservé à tous.  Et pourtant, nous l’oublions trop souvent.  On pourra dire ce que l’on veut mais on ne pourra jamais faire de procès à un suspect qui mange les pissenlits par la racine.  Partant de cette idée, je savais donc qu’il me serait impossible d’arriver à une conclusion claire et précise.  Ceci dit, mes recherches m’ont quand même permis de dénicher deux suspects jusqu’ici oubliés ou négligés, que je vous présenterai en temps voulu.

À vous tous, bonne enquête!

Eric Veillette

Eric.veillette@hotmail.ca

www.historiquementlogique.com

Twitter : @histologique

 

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Le 2ème anniversaire d’Historiquement Logique

Le 5 août 2012 soulignera le second anniversaire d’existence du blogue Historiquement Logique.  Avec maintenant près de 50,000 visiteurs, ce qui représente une moyenne de plus de 2,000 par mois, il s’agit là d’un but inespéré.  Pour un sujet aussi peu populaire que l’Histoire, on peut penser que les débuts d’Historiquement Logique sont respectables, et tout cela sans la moindre publicité.

Le blogue a été lancé le 5 août 2010 avec pour objectif de démontrer que l’histoire peut souvent apporter un aspect logique devant le questionnement suscité par certains phénomènes de société.  Trop souvent ai-je entendu des commentaires selon lesquels on considérait des problèmes comme nouveaux, alors qu’en réalité un recul dans le passé permet de les mettre en perspective et de démontrer, par exemple, que le phénomène n’est pas si nouveau.

Il suffit de penser aux guerres, aux religions, et aux phénomènes de société comme la corruption.  Voilà, entre autres, des thèmes « vieux comme le monde », se plaît-on à dire.  En fait, on les retrouve aussi loin que les documents nous permettent de remonter, c’est-à-dire à quelques milliers d’années.  C’est bien connu, l’être humain adore ramener tout à lui-même.  Et pourtant, avant lui la Terre tournait déjà.  L’histoire archéologique, préhistorique et microbiologique pourrait tout aussi bien apporter des perspectives devant lesquelles notre vision du monde risquerait de changer radicalement.

Depuis septembre 2011, j’ai réussi tant bien que mal à entretenir un rythme de publication minimum, alors que je connaissais un sérieux bouleversement personnel, à savoir un horaire bien rempli avec, simultanément, un emploi et un programme d’étude à temps plein.  Loin de moi l’intention d’attirer la sympathie mais seulement de vous informer que ce rythme infernal cessera dans quelques semaines et alors Historiquement Logique se fera de plus en plus présent.

Au cours des derniers mois, j’ai donc dû retarder la parution de plusieurs articles qui demandent des recherches plus poussées.  Certains sujets demandent de bien les étayer.  Bientôt, vous aurez droit à des incursions variés, dont certains se concentreront à dénoncer et à approfondir des dossiers comme l’Affaire Dupont, la controverse entourant Billy the Kid, l’assassinat de John F. Kennedy, et j’en passe.  On assistera aussi à d’autres comptes-rendus de livre pouvant apporter un enrichissement historique et je reviendrai à coup sûr sur mon sujet de prédilection : le Far West.

Je profite de ce deuxième anniversaire pour vous remercier sincèrement, que vous soyez abonné de la liste d’envoi automatique, membre du groupe Facebook ou tout simplement lecteur de passage.  C’est pour vous que je m’efforce constamment de livrer le meilleur de moi-même.

Bonne lecture et au plaisir de lire vos précieux commentaires!

Eric Veillette

 

Un musée ridiculisé

Intérieur de la vieille prison de Trois-Rivières (photo: E. Veillette)

Les organisateurs du musée de la Vieille prison de Trois-Rivières annonçaient ces jours-ci un projet selon lequel on transformera les lieux en asile de fous pour les soirées d’octobre 2011.  On y présentera un parcours de 45 minutes « inspiré du jeu vidéo Arkham Asylum », peut-on lire sur une page web consacrée au projet et sur laquelle il est d’ailleurs impossible de poster un commentaire.

Or, ce jeu vidéo est basé sur l’asile fictive du même nom qu’on retrouve dans le film The Dark Knight (Batman) de Christopher Nolan, et plus particulièrement sur le troublant personnage du Joker si brillamment interprété par le regretté Heath Ledger.  Donc, on s’inspire d’une fiction reconnue pour promouvoir un site historique.

Car les guides qui nous accueillent favorisent la mythologie et l’exagération.  En Mauricie, au pays fantastique de Brian Perro et des lutins de Pèllerin, assiste-t-on à un dérapage qui nous éloignerait tranquillement des faits historiques, de la rationalité donc?

Lors de ma visite des lieux, en avril dernier, le guide de la Vieille prison se faisait un plaisir d’impressionner avec quelques détails croustillants, comme celui d’un homme qui aurait été pendu pour le simple vol d’un cheval.  Toutefois, quand on essaie d’obtenir des précisions à propos de certaines dates, ça se gâte rapidement.  Pourtant, en Histoire, on a besoin de références pour appuyer des faits.  Or, il s’avère que personne ne fut jamais pendu à Trois-Rivières pour le vol d’un cheval.  Du moins, on ne peut le prouver ni avancer quelque preuve que ce soit.

Dans toute l’histoire de la vieille prison trifluvienne on compte 7 pendus et tous le furent pour meurtre.  Un amérindien du nom de Noël François fut le premier en 1825 et Ildège Blais le dernier en 1934.  De plus, la vieille prison est une ancienne scène de crime puisqu’au cours des années 1850, dans l’une des cellules, un détenu tua l’un de ses camarades à coups de hache.  Les archives nous permettent d’ailleurs d’éclaircir un peu mieux les circonstances de ce drame.

N’oublions pas que l’engouement pour la légende est aussi attribuable au public.  À la fin de cette même visite en avril tout ce qu’un couple trouva d’intelligent à demander au guide fut de savoir s’il y avait des fantômes dans le musée!  Décidément, on ne s’en sort pas!

Gardons alors notre esprit critique plutôt que de se laisser attirer par des maquillages ridicules plagiés sur les grands succès du cinéma.  Car lorsque la prison servait encore, avant 1986, personne n’avait envie de rire à l’intérieur de ses murs.

La question se pose : doit-on succomber au ridicule pour attirer plus de touristes dans les musées au détriment de la rigueur qu’imposent ces institutions qui servent normalement à transmettre l’histoire « véridique » d’une région?