Billy the Kid et Jesse James étaient-ils des amis?

Dr Henry Hoyt.  C'est en grande partie grâce à son journal intime qu'on sait aujourd'hui que Billy the Kid et Jesse James se connaissaient.
Dr Henry Hoyt. C’est en grande partie grâce à son journal intime qu’on sait aujourd’hui que Billy the Kid et Jesse James se connaissaient.

C’est bien connu, Jesse James a laissé sa marque dans le folklore américain en pillant des banques et des trains, principalement dans le mid-ouest. Billy the Kid a quant à lui fait sa renommée en participant à la Guerre du Comté de Lincoln au Nouveau-Mexique avec l’espoir de venger l’assassinat de son ami et employeur.

À première vue, rien ne rapproche ces deux hommes. Et pourtant!

C’est par une voie officieuse de l’Histoire que cette idée apparut pour la première fois en 1949 et 1950 par la bouche de William H. « Brushy Bill » Roberts, un vieil homme qui prétendait être Billy the Kid alors que l’histoire populaire le disait mort depuis 1881. Roberts, qui aurait pu se contenter de répéter les vieilles histoires déjà assimilées par l’ensemble de la population, étonna en affirmant des choses que personne n’avait encore pu imaginer jusque-là.

En 1874, une époque où l’Histoire officielle ne peut détailler les déplacements du Kid, alors âgé d’environ 14 ans, ni celles de Jesse James d’ailleurs, Roberts prétendait avoir passé quelques mois sur le ranch de Belle Reed, plus tard connue sous le nom de Belle Starr. Il dira y avoir fait la rencontre de quelques hors-la-loi de l’époque, dont les frères James et Younger. (Pour plus de détails à ce sujet, voir l’article suivant : Billy the Kid, pensionnaire chez Belle Starr?)

Outre cette possibilité, l’auteur Philip J. Rasch, aujourd’hui décédé, soulevait une autre hypothèse selon laquelle une rencontre entre les deux célébrités du Far West aurait eu lieu en février 1879. Dans un article de 1960, Rasch écrivait que Jesse James et Billy the Kid aurait pu se croiser au lendemain de la Guerre du Comté de Lincoln dans le Nouveau-Mexique.

En février 1879, le Kid et certains de ses amis s’étaient rendu à un rendez-vous dans le village de Lincoln pour tenter de faire la paix avec Jimmy Dolan, le principal représentant du clan adverse. Dolan était lui-même accompagné de quelques brutes. Après quelques paroles grossières, les deux factions finirent par s’entendre avant de célébrer cette trêve par une tournée des bars.

Le même soir, Houston Chapman, un avocat qui tentait de poursuivre le clan Dolan pour tenter de dédommager la veuve de l’une des victimes de cette guerre de comté, revenait au village de Lincoln. Sans raison apparente, l’un des hommes du groupe de Dolan, un dénommé William Campbell, se mit à harceler Chapman. Ivre, Campbell l’aurait abattu de façon délibérée. Selon Rasch, le pauvre homme aurait reçu deux blessures mortelles.

En retournant vers un restaurant, Campbell aurait avoué avoir promis au Colonel Dudley, que certains tenaient responsable pour les décès de certains individus, d’éliminer Chapman. Serait-ce donc un meurtre prémédité et commandité?

À l’intérieur du restaurant, Campbell demanda à un autre homme d’aller placer une arme dans la main du cadavre, qui gisait toujours dans la rue, afin de faire croire à de la légitime défense. Le Kid se montra opportuniste en saisissant cette phrase au bond, se proposant lui-même pour aller ainsi « maquiller » la scène de crime. En fait, le Kid profita plutôt de cette chance pour s’éloigner du gang de Dolan et quitter le village sans jamais avoir mis l’arme dans la main du pauvre Chapman.

Jesse James
Jesse James

Étrangement, un peu plus de 10 ans avant la publication de l’article de Rasch, Brushy Bill Roberts racontait déjà la même histoire.

Mais la véritable surprise dans cette affaire reste à venir.

Plus tard, lors de son procès, Jimmy Dolan affirma avoir eu trop peur de Campbell pour être en mesure de le contrarier. En fait, Rasch racontait que, dans le folklore néo-mexicain, Campbell était en réalité Jesse James.

Cette rumeur semble prendre ses origines dans une lettre de George Taylor, petit-fils de Cynthia Birchard, la sœur de la mère du président Rutherford B. Hayes, qu’il écrivit au président en spécifiant :

« Il y a quelques semaines un avocat du nom de Chapman qui tentait de régler les successions de McSween et de Tunstel [Tunstall] a été tiré et tué par Dolan qui est revenu et deux hors-la-loi Evans et Campell [Campbell]. Cambell est Jesse James, le Gouverneur Wallace et un homme du nom de McPherson le savent aussi. »

Toujours selon Rasch, Lew Wallace aurait cru en la véracité de cette information jusqu’au jour de sa mort. Mais le problème réside dans le fait que Wallace aurait également été informé que Campbell aurait aussi tué trois hommes de sang froid sur les territoires de chasse aux bisons, ce qui ne colle évidemment pas à ce que l’on sait de la carrière de Jesse James.

Plutôt que d’apporter des réponses, ces rumeurs soumettent d’autres questions. Selon l’une d’elle, apparemment bien établie à Lincoln, le véritable nom de Campbell n’aurait pas été Ed Richardson comme l’a prétendu l’auteur Walter N. Burns en 1926, mais plutôt Hines. C’est là que les choses se compliquent. On sait que Clell Miller, un des acolytes du gang des frères James et Younger, a déjà utilisé le pseudonyme de Hines. Toutefois, Miller n’était plus de ce monde en février 1879. Il avait été tué lors de la célèbre attaque de la banque de Northfield en septembre 1876, dans le Minnesota.

D’un autre côté, c’est un dénommé Joe Hines qui, en 1948, a mis l’avocat William Morrison sur la piste de Brushy Bill Roberts. On n’a jamais su qui était réellement ce Joe Hines, qui en connaissait apparemment tout un rayon sur les faits entourant la Guerre du Comté de Lincoln.

Rasch soulignait que l’auteur Carl W. Breihan avait révélé que Jesse James aurait déjà utilisé le nom de William Campbell, mais Breihan avoua qu’il n’y avait aucun fondement à cette information.

Peut-être s’agissait-il d’une simple confusion de noms. Quoi qu’il en soit, des auteurs contemporains sérieux comme Yeatman ou Nolan n’en font même pas mention.

Si Brushy Bill Roberts a fait une brève allusion selon laquelle les James, ainsi que Belle Reed (Starr) auraient déjà été de passage dans le village de Lincoln, on ne peut aujourd’hui en trouver la moindre preuve.

Alors, est-ce encore loufoque de prétendre que Jesse James et Billy the Kid aient été des amis?

Non. Pas selon la troisième possibilité, qui paraît beaucoup plus sérieuse que les deux précédentes.

D’abord, il faut comprendre qu’à la suite du fiasco de Northfield en septembre 1876, qui a résulté en la capture des trois frères Younger, les frères Frank et Jesse James s’étaient retiré du milieu criminel. Ils s’étaient installés au Tennessee sous des noms d’emprunt.

Cette photo de Billy the Kid prise vers 1880 est la seule qui soit reconnue par tous les historiens.
Cette photo de Billy the Kid prise vers 1880 est la seule qui soit reconnue par tous les historiens.

Au cours de l’été 1879, ils n’avaient toujours pas repris leurs activités de hors-la-loi et c’est à ce moment qu’on retrouve Jesse à Las Vegas, au Nouveau-Mexique, loin de son Missouri natal. Qu’est-ce qui l’a soudainement amené à se rendre directement à cet endroit?

Ted P. Yeatman, un auteur qui se spécialise sur l’histoire des frères James, se demande si Jesse ne s’y est pas rendu pour régler certaines dettes, déterminé qu’il aurait pu être à continuer de mener une vie normale et faire oublier son image de grand desperado. Ou alors était-ce pour opérer un nouveau gang dans cette région. Si cette dernière hypothèse me semble assez peu probable, car appuyé par aucun indice, il demeure un fait cependant que l’un de ses vieux amis du Missouri, Scott Moore, se trouvait à Las Vegas avec sa femme cet été-là. Le couple Moore s’occupait d’un hôtel qui offrait des bains de source sulfureuse (hot springs) situé à environ 6 milles du village de Las Vegas, au Nouveau-Mexique. « C’est là qu’une rencontre plutôt remarquable a probablement eu lieu entre deux des plus légendaires hors-la-loi américains de tous les temps », écrivait Yeatman en 2000[1].

En fait, ce fait historique unique nous est parvenu principalement à cause du Dr Henry Hoyt. Après avoir obtenu son diplôme de l’école de médecine, ce jeune docteur s’était d’abord dirigé vers Deadwood, sur le Territoire du Dakota, en 1877, puis ensuite dans le Texas septentrional où il avait habité et travaillé à Tascosa, entre autres en soignant les blessures des cow-boys. C’est là qu’il fit la rencontre de William Bonney, alias le Kid.

Par la suite, le Dr Hoyt vint s’installer à Las Vegas, où il travailla comme barman pour arrondir ses fins de mois. C’est là qu’il allait revoir le Kid au cours de l’été 1879.

En mars 1879, le Kid avait rencontré le gouverneur Lew Wallace, qui lui avait promis un pardon en échange de son témoignage. D’ailleurs, le témoignage du Kid permit de déposer un minimum de 200 accusations contre plusieurs hommes impliqués dans cette guerre de comté. Au cours de l’été 1879, le jeune homme était donc considéré libre et inoffensif.

Le 27 juillet 1879, le Dr Hoyt entra dans l’hôtel de Moore à Las Vegas. Comme l’endroit était bondé, la seule chaise de libre se trouvait à une table du fond, à laquelle étaient déjà attablés trois hommes, dont Billy, qui portait un complet. Puisque le Dr Hoyt le connaissait depuis l’époque de Tascosa, il s’installa sur la chaise vide et tout de suite ils se reconnurent en se rappelant des souvenirs du Texas. Un instant plus tard, l’homme assis à la gauche de Billy lança un commentaire et ce fut ainsi que Billy lui présenta l’inconnu en ces termes : « Hoyt, voici mon ami M. Howard du Tennessee ».

Or, il est de commune renommée depuis longtemps que Jesse utilisait ce nom d’emprunt au cours de cette période.

Ces détails historiques proviennent du journal intime que le Dr Hoyt a laissé derrière lui et si on doit en croire cette phrase, Billy considérait donc Jesse comme son ami, et qu’Il faudrait donc en déduire qu’ils ne se voyaient pas pour la première fois.

Hoyt aurait également remarqué les yeux bleus pétillants de ce monsieur Howard, en plus du fait qu’il lui manquait le bout d’une jointure à l’un de ses doigts de la main gauche. Or, il demeure un fait établi que Jesse s’était blessé à l’époque de la Guerre de Sécession en manipulant un revolver, s’explosant ainsi le bout de son majeur de la main gauche.

Hoyt constata qu’il s’agissait d’un homme volubile qui donnait l’impression d’avoir beaucoup voyagé. Après le dîner, Billy aurait amené le docteur à sa chambre pour finalement lui révéler, tout en lui promettant de garder le secret, que monsieur Howard était en réalité Jesse James.

Ce qui apporte encore plus de crédibilité à cette rencontre c’est que le Dr Hoyt se montra d’abord septique. Le même soir, cependant, il eut la chance de revoir Howard, mais cette fois seul à seul. Hoyt n’aurait pu résister à l’envie de lui demander s’il avait déjà mis les pieds à Saint-Paul, dans le Minnesota. Howard aurait répondu « non » de manière nonchalante avant de changer rapidement de sujet.

Selon Yeatman, au moins un autre homme aurait vu Jesse à Las Vegas. Ce témoin était Miguel Otero, le futur gouverneur du Nouveau-Mexique de 1897 à 1906. En 1879, il travaillait pour son père à Las Vegas et connaissait aussi Scott Moore. Otero se rappela de Howard comme d’un homme plutôt calme et réservé avec des yeux bleus perçants, portant une petite barbe, un manteau brun de style prince Albert et un chapeau noir. Au cours de cette conversation, Jesse aurait posé quelques questions concernant la possibilité de se lancer dans l’élevage de bétail, que ce soit dans le sud-ouest ou au Mexique.

D’ailleurs, on pouvait lire dans le Las Vegas Optic du 6 décembre 1879 que « Jessie [sic] James était un invité du Las Vegas Hot Springs, du 26 au 29 juillet. Bien sûr, ce ne fut pas connu de tout le monde ».

De son côté, Frederick Nolan, un spécialiste de l’histoire du comté de Lincoln qui refuse cependant d’accorder la moindre importance à la version de Brushy Bill Roberts, confirme cette rencontre inusité de Las Vegas au cours de l’été 1879, ajoutant qu’un certain « The Kid » avait été accusé de tenir une table de jeu illégale dans cette ville en juillet 1879, ce qui pourrait indiquer que Billy ait passé du temps à Las Vegas au cours de cet été. Nolan précise aussi que le nom du saloon pour lequel le Dr Hoyt travaillait était le Las Vegas’ Exchange Saloon et que l’hôtel de « Winfield Scott Moore » se nommait le Adobe Hotel.

Yeatman et Nolan s’entendent sur le fait que Jesse aurait également proposé à Billy de faire partie de son gang. Le Kid, qui ne volait qu’un peu de bétail pour subsister, aurait toutefois refusé la proposition. Étrangement, Brushy Bill Roberts a lui-même expliqué que Belle Reed lui avait proposé de devenir son garde du corps lorsqu’elle avait découvert son talent au tir, mais il avait refusé en disant qu’il ne voulait pas devenir un hors-la-loi.

Dans un article datant d’avril 1967, Philip J. Rash confirmait déjà cette rencontre de Las Vegas, sans toutefois fournir autant de détails.

Jesse James et Billy the Kid étaient-ils des amis? Après tout, si on en croit le journal intime du Dr Henry Hoyt, c’est le Kid lui-même qui l’aurait dit!

 

[1] Ted P. Yeatman, Frank and Jesse James, the story behind the legend, 2000, p. 209.

Prenez l’autre route!

John King Fisher
John King Fisher

Si on pouvait remonter le temps et se balader à cheval dans une certaine région du Texas, vous croiseriez probablement une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « this is King Fisher’s road.  Take the other one » (Ceci est la route de King Fisher.  Prenez l’autre route).  Et, croyez-moi, il vaudrait mieux suivre le conseil.

John King Fisher a vu le jour en 1854 à Fannin, dans le Collin County, au Texas.  Au cours de son enfance, son père, qui travaillait comme camionneur, l’a souvent amené avec lui pour lui faire découvrir pratiquement tous les recoins du Texas.  En 1869, pour des raisons qu’on ignore, son père l’envoya vivre avec des amis qui habitaient près de Florence, Texas.  John était apparemment un garçon calme et apprécié de tous, mais il a cependant fini par violer la loi en prenant le cheval d’un homme, soi-disant pour le « libérer », peut-être parce que l’animal était maltraité.  Arrêté, il s’évada peu de temps après pour fuir la région.  Il n’y a jamais remis les pieds.

À l’automne de 1870, c’est en compagnie d’un complice que King Fisher s’introduisit dans une maison pour y commettre un vol.  En dépit de ses 16 ans, il fut condamné à deux ans de détention à la Rusk Prison de Huntsville.  Heureusement pour lui, il se mérita un pardon après seulement quatre mois d’incarcération.

Peu temps après, il semble que son audace et sa dextérité avec les armes à feu lui ait mérité un emploi.  Engagé par des ranchers, il devait maintenant traquer les voleurs de bétail.  À cette époque, il s’agissait d’un emploi presque suicidaire puisque la région était infestée de dangereux voleurs prêts à tout pour ne pas se faire prendre et les Mexicains étaient nombreux à franchir la frontière pour venir prendre leur part du gâteau.

Quoi qu’il en soit, il fallut peu de temps à Fisher pour se faire respecter et son nom devint rapidement synonyme de terreur pour les voleurs de bétail.  Graduellement, le taux de criminalité diminua et c’est à cette époque qu’on racontait qu’il lui suffisait d’installer une pancarte portant son nom pour éloigner les durs à cuire à tout acabit.

Physiquement, Fisher mesurait environ 6 pieds et pesait 185 livres.  On disait de lui qu’il avait l’habitude de porter de belles chemises, ainsi qu’une veste brodée de fil doré.  Une rumeur plus farfelue le décrivait aussi avec des chaps (chapajeros ou jambières de cuir) en peau de tigre.

Bien qu’aujourd’hui il reste connu comme ayant été un homme terrain, on disait de lui qu’il avait de bonnes manières et se faisait facilement des amis.  Évidemment, ceux qui le connaissaient bien savaient pertinemment qu’il pouvait aussi se transformer en homme impitoyable.  Par exemple, le jour de Noël 1876 il aurait tué un dénommé William Donovan, et peu après aurait refroidi trois hommes lors d’un seul incident.  Ceux-ci avaient eu le malheur de sous-estimer ses talents au revolver.

Mais Fisher n’était pas un incorruptible et les Texas Rangers commencèrent à enquêter sur lui, le soupçonnant de s’adonner lui-même au vol de bétail.  En peu de temps, ils accumulèrent 21 chefs d’accusation.  Malgré tout, King Fisher passa seulement cinq mois derrière les barreaux à San Antonio.  Après sa libération, il démontra une réelle volonté de rester dans le droit chemin.  Il se maria et devint père de trois enfants.  De plus, il décrocha un poste de shérif adjoint dans l’Uvalde County, Texas.  Une fois de plus, il se remit à pourchasse les voleurs de bétail, à seule différence que cette fois il portait l’insigne de représentant de l’ordre.

En 1883, les hors-la-loi Tom et Jim Hannehan attaquèrent une diligence entre San Antonio et El Paso.  Après s’être lancé à leurs trousses, King Fisher les localisa finalement sur un ranch et ne tarda pas à les confronter.  Décidé à résister à son arrestation, Tom tenta de sortir son arme mais Fisher le refroidit en l’espace d’un seul clin d’œil.  Devant la mort de son frère, Jim rendit alors les armes.

Les citoyens de la région furent impressionnés par les talents de King Fisher, si bien que les rumeurs se multiplièrent concernant ses chances d’être élu shérif aux prochaines élections de 1884.  L’ancien voyou semblait donc être sur la route de la réhabilitation.

L’apparition des nouvelles lois concernant l’arrivée du fil barbelé, qui prévoyait déjà la fin des grandes expéditions de bétail et les immenses troupeaux gardés en liberté, força Fisher à réaliser la complexité du problème.  Tourné vers l’avenir, il décida alors de se rendre jusqu’à la capitale d’Austin afin d’y étudier les lois en lien avec sa profession de représentant de l’ordre.  Sur place, il retrouva son vieil ami Ben Thompson, qui lui aussi s’était rendu célèbre par ses prouesses avec les armes.

Pour célébrer leurs retrouvailles, Fisher et Thompson firent la tournée des saloons.  Au soir du 11 mars 1884, les deux amis entrèrent au Turner Opera House de San Antonio pour y prendre quelques consommations.  Quelques minutes plus tard, Joe Foster, Billy Simms et Jake Coy, tous trois armés, s’approchèrent.  Ces trois voyous avaient l’intention de venger un de leurs amis qui avait été tué par Thompson.

Une violente fusillade éclata.  Lorsque la fumée se dissipa enfin à l’intérieur de l’établissement, John King Fisher et Ben Thompson gisaient sur le plancher, morts.  Foster succomba à ses blessures peu de temps après.  Fisher avait été atteint de 13 projectiles et n’avait apparemment pas eu le temps de se servir de son revolver.  Étrangement, il perdait la vie dans une affaire qui ne le concernait pas.

 

L’attaque du train de Wharton, Oklahoma

Emmett Dalton, le cadet du groupe.
Emmett Dalton, le cadet du groupe.

On connaît évidemment les frères Dalton pour leur courte carrière criminelle, de même que pour la bande dessinée, mais on se questionne assez peu sur leurs motivations réelles les ayant poussées à se lancer sur la route du crime, une entreprise risquée au 19ème siècle.

C’est en travaillant sur le ranch de Jim Riley, en Oklahoma, que trois des frères Dalton planifièrent une de leurs premières attaques de train.  Puisque ce ranch se situait à bonne distance des voies ferroviaires, la nécessité de bénéficier de bons cavaliers pour couvrir les longues distances s’était rapidement avérée nécessaire.  Qu’à cela ne tienne.  Les Dalton travaillaient comme cow-boys depuis quelques années déjà et ils s’étaient endurcis sur le dos d’un cheval.  Puisque le salaire du cow-boy était médiocre et que les Dalton avaient eu du mal à se faire payer à une époque où ils avaient choisi de travailler comme représentants de l’ordre, il semble que leur motivation principale était la cupidité, tout simplement.

Les aspirants hors-la-loi avaient été informés qu’un transport d’argent liquide destiné à la ville de Guthrie arriverait par le Texas Express du Santa Fe Railroad le 8 mai 1891.  L’horaire prévoyait un passage dans la petite municipalité de Wharton, Oklahoma, à 22h50.  C’est là qu’ils avaient décidé de passer à l’action.

Le moment venu, Bob et Emmett Dalton chevauchèrent jusqu’à Wharton en compagnie de quelques complices.  Ils attachèrent leurs chevaux de sorte qu’ils ne soient pas visibles depuis la petite gare avant d’attendre patiemment l’arrivée du train.  Bill Powers, un de leurs amis, avait été désigné pour garder les montures.

À l’heure prévue, le train se pointa à la gare en ralentissant doucement pour s’immobiliser à la hauteur du réservoir d’eau, question de faire le plein.  Bob Dalton et Bitter Creek Newcomb, qui se cachaient justement derrière les piliers de ce réservoir, sortirent de leur cachette pour grimper directement à bord de la cabine de la locomotive.  Dégainant leurs revolvers, ils ordonnèrent aussitôt à l’ingénieur de faire avancer son engin de plusieurs centaines de mètres, question de l’éloigner de la gare et ainsi de l’isoler.  Pendant ce temps, Emette Dalton et « Black-Faced » Charley Bryant, arme au point, s’assuraient que personne ne sorte des wagons pour venir troubler leur délicate opération.

À bord de la voiture express, où on transportait ce qui avait le plus de valeur, le messager se douta immédiatement de quelque chose et jeta un coup d’œil à l’extérieur pour comprendre immédiatement ce qui se passait.  Il referma sa lourde porte en la verrouillant avant de cacher les objets de valeur qu’on lui avait confiés.

Une fois la locomotive immobilisée, Bob Dalton ordonna à l’ingénieur de descendre de la cabine, laissant à Broadwell le soin de surveiller le chauffeur et un autre employé.  Bitter Creek et Bob se dirigèrent alors vers la voiture express en compagnie de leur otage.  Après une certaine résistance, le messager accepta finalement d’ouvrir sa porte.  Aussitôt, les hors-la-loi pénétrèrent dans la voiture, s’emparant de plusieurs sacs.  La majeure partie de l’argent, toutefois, avait été bien dissimulé par le messager et échappa ainsi aux fouilles hâtives des cambrioleurs.

La compagnie ferroviaire Santa Fe Railroad rapporta que le montant du vol avait atteint 1,500$ et qu’aucun passager n’avait été importuné par les criminels.  Les hors-la-loi déposèrent leur recette de la soirée dans leurs sacoches de selle et quittèrent les lieux au grand galop.        Grâce à leur résistance acquise au cours de ces longues journées passées en selle, les Dalton échappèrent facilement aux recherches.  Ils s’empressèrent même de planifier un autre coup.  Ces jeunes hommes n’étaient pas du genre à rester en place très longtemps.

Quelques semaines après l’attaque de Wharton, cependant, Charley Bryant fut capturé par un homme de loi et tué alors qu’il tentait de s’échapper.

Bob et Emmett Dalton n’en étaient cependant pas à leur première attaque.  Ils s’étaient déjà attaqués à un train en Californie, en février 1891, mais sans grand résultat.  Leur frère aîné Grat avait été arrêté en relation avec ce crime qui avait d’ailleurs coûté la vie au chauffeur.  Grat Dalton ne pouvait donc pas avoir été à Wharton avec ses frères, mais il remédia rapidement à cette situation.  Emprisonné à Visalia, en Californie, il s’évada en septembre 1891 pour retourner tout droit en Oklahoma frères.  Ensemble, au cours de l’année 1892, les trois frères Dalton terrorisèrent littéralement l’Oklahoma et le Kansas, jusqu’à ce qu’ils connaissent une fin tragique à Coffeyville.  Ils ont eu une carrière assez courte mais leur nom s’est gravé à jamais dans le folklore américain.

La fusillade de Wooster Mound

Wiley Haines

Le 2 août 1903, trois hommes lourdement armés entraient sur la réserve Osage, en Oklahoma.  Il s’agissait des hors-la-loi Will et Sam Martin, ainsi que de leur complice Clarence Simmons.

Après avoir été alerté, l’homme de loi Wiley Haines prit avec lui Warren Bennett et le Constable Henry Majors pour se précipiter aux trousses des suspects.  Les trois représentants de l’ordre trouvèrent le campement des hors-la-loi juste avant l’aube, au matin du 3 août.  Discrètement, ils descendirent d’abord de leurs montures pour s’approcher à pied.

Malheureusement pour l’effet de surprise, le cheval de l’un des criminels eut un soubresaut et les fugitifs empoignèrent immédiatement leurs armes.

Will Martin courut vers sa monture mais Haines lui tira une balle dans la jambe droite.  Un second projectile entra par sa bouche et fit exploser l’arrière de sa tête, ce qui le tua sur le coup.

Sam Martin riposta alors avec rage, mais Haines réussit à l’atteindre dans la partie droite de sa poitrine, ainsi qu’au poignet gauche.  Sam parvint néanmoins à courir sur une distance d’une vingtaine de verges avant de s’effondrer.

Ensuite, Haines courut pour rattraper Simmons.  En dépit de ses blessures, Sam Martin tira de nouveau, atteignant Haines à la poitrine et à l’épaule droite.  L’homme de loi s’écroula.

Bennett maîtrisa aussitôt Sam Martin tout en le menaçant de lui faire éclater la tête s’il tentait le moindre geste.  Pendant ce temps, Simmons s’évaporait dans la nature.

La fusillade n’avait pas duré plus d’une minute mais on estima pourtant à 27 le nombre de coups de feu échangés.  Parmi l’équipement confisqué aux hors-la-loi, on compta trois chevaux, des selles, des brides, deux carabines, quatre revolvers et environ 1,000 cartouches.

Wiley Haines et Sam Martin furent allongés dans le même chariot et conduis au cabinet d’un médecin à Pawhuska.  Le médecin jugea que Martin n’avait aucune chance de survivre mais le bandit resta lucide jusqu’à la fin, ne cessant jamais de parler, comme une véritable commère.

Les corps des frères Martin, peu après la fusillade.

Pour retirer le projectile du corps de Haines, le docteur recommanda évidemment une anesthésie générale, mais Haines refusa car il voulait garder un œil sur son prisonnier.  Donc, Haines ne reçut aucun anesthésiant et durant toute l’opération il garda courageusement son revolver pointé sur Sam Martin.  Ce dernier mourut peu de temps après, non sans avoir confessé plusieurs autres crimes pour le salut de son âme.

Bien qu’il ne fut jamais aussi célèbre que certains hommes de loi de l’Oklahoma comme Bill Tilghman ou Heck Thomas, Wiley Haines put jouir d’une réputation très enviable grâce à son courage.  Il avait nettement fait ses preuves lors de cet événement qu’on surnomma à tout jamais la fusillade de Wooster Mound.

Wiley Haines succomba à une crise cardiaque en 1928 alors qu’il se trouvait dans les marches du palais de justice de Pawhuska.

Les Dalton étaient-ils des idiots?

Robert « Bob » Dalton. On s’entend généralement pour dire qu’il était le « cerveau » du gang.

On m’a souvent demandé si les célèbres frères Dalton de la bande dessinée avaient réellement existés.  Puisque la réponse est oui, on se questionne ensuite à savoir s’ils étaient aussi idiots que les personnages de Morris et Goscinny.

Les Dalton, dont les véritables prénoms étaient William, Robert « Bob », Grat et Emmett, qui n’ont d’ailleurs jamais travaillé ensemble simultanément, se sont surtout fait connaître pour leurs attaques de train.  Et comme il est préférable de juger de la personnalité de quelqu’un selon ses actions plutôt que sur ses dires, étudions de plus près leurs faits d’armes.

C’est à Alila, en Californie, que deux bandits armés sautent dans la cabine de la locomotive du train #17 de la Southern Pacific Railroad Company, le 6 février 1891.  Les deux suspects, que l’on croit être Bob et Emmett Dalton, forcent l’engin à s’arrêter à environ deux kilomètres d’Alila.  Tandis qu’ils font descendre l’ingénieur et le chauffeur, le message de la voiture express, Charles Haswell, a le temps de verrouiller sa porte de l’intérieur.  Sur le refus de ce dernier d’ouvrir, les deux hors-la-loi ouvrent le feu, blessant Haswell à un bras.  Finalement, le duo disparaît dans la nuit sans avoir touché un seul billet de banque.

Quelques mois plus tard, Bob et Emmett semblent avoir compris qu’il leur fallait une équipe, et c’est pourquoi ils s’entourent de quatre autres criminels pour attaquer un second train le 8 mai 1891 à Wharton, Oklahoma.  Encore une fois, ils forcèrent le train à s’immobiliser à quelque distance de la station.  Le même soupçon s’installe chez le messager de la voiture express, qui verrouille son wagon.  Puisque Bob Dalton menace de tuer le conducteur, le messager ouvre finalement la porte.  Entre temps, cependant, ce dernier eut le loisir de cacher la majeure partie de l’argent du coffre à différents endroits à l’intérieur du wagon.  Ainsi, les six hors-la-loi repartent avec environ 1,500$.

Le 15 septembre 1891, à la gare de Leliaetta, en Oklahoma, ils décident d’obliger le chef de gare à stopper le train.  Trois bandits marchent ensuite le long de l’engin en tirant dans les airs pour décourager les passagers de jouer les héros.  Erreur, car les détonations alertent une fois de plus le messager qui verrouille sa forteresse de l’intérieur.  Après quelques coups de feu tirés à travers la porte, celui-ci accepte d’ouvrir.  On estime cette fois la recette du vol à 3,000$.

Après trois erreurs successives, on serait tenté de croire que la leçon à propos de la voiture express aurait été retenue.  Mais avec les Dalton, il semble que les leçons étaient difficiles à assimiler.  Pour preuve, l’erreur survient une quatrième fois à la station de Red Rock, Oklahoma, le 1er juin 1892.  Cette fois, Grat Dalton, suite à son évasion en Californie, se joint à la bande.  Soupçonnant quelques mouvements suspects, les deux messagers, Whitteny et Riehl, éteignent les lumières et refusent d’ouvrir.  Malgré une soixantaine de coups de feu tirés à travers les cloisons, les deux messagers tiennent le coup.  Après avoir perdu un temps précieux à forcer la porte, les bandits parviennent enfin à mettre la main sur un magot estimé à environ 3,000$.  Une fois divisé, c’est encore bien peu pour mener une vie de pacha.

La cinquième et dernière attaque de train commise par le gang des frères Dalton se produisit le 14 juillet 1892 à Adair, en Oklahoma.  Bien qu’on omette encore de maîtriser d’abord la voiture express, le messager coopère.  Toutefois, une fusillade éclate entre les bandits et des gardes armés se trouvant à bord du train.  Frustrés, les Dalton quittent au galop, tuant deux citoyens au passage, dont l’un s’avèrera être un médecin.  Cet acte gratuit vaudra aux Dalton le départ de deux de leurs complices.

Leur projet suivant fut d’attaquer simultanément les deux banques de Coffeyville, au Kansas.  Puisqu’ils avaient déjà vécu dans cette ville, les Dalton se crurent suffisamment en confiance pour éviter de faire une visite de reconnaissance, ce qui leur coûtera très chère.  Par exemple, l’endroit où ils avaient prévu d’attacher leurs cheveux n’existait plus et cela créa la confusion.  De plus, certains citoyens de Coffeyville les reconnurent dès leur arrivée, ce qui donna le temps à de nombreux hommes d’encercler les deux banques.  Ainsi, à la sortie des hors-la-loi, une terrible fusillade éclata.  Grat et Bob Dalton, ainsi que deux de leurs complices, furent tués.  Emmett, le cadet, fut grièvement blessé mais survécut.  Il se mérita une libération conditionnelle en 1907 et mena par la suite une vie rangée.

Si l’on prétend juger les gens selon leurs actions, alors peut-on affirmer, selon ces faits, que les véritables Dalton étaient des idiots?

À vous d’en juger.