L’ambiguïté des enquêtes de coroner

         Quand on a l’habitude de fouiller dans les enquêtes de coroner préservées aux archives de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), il nous arrive de croiser certains documents dont le contenu nous laisse plutôt perplexes.

Récemment, je me suis rivé le nez à l’une de ces enquêtes qui est, ma foi, plutôt brève. C’est d’ailleurs sa ridicule brièveté qui m’a convaincu de la numériser (voir photo).

La conclusion du coroner Cyrille Delage se lit seulement comme suit : « Il s’agit d’un incendie d’origine suspecte ». Une seule phrase qui ne dit, finalement, pas grand-chose. Il n’y a aucune précision quant à savoir si cet incendie a fait des victimes. Car, ne l’oublions pas, le rôle du coroner est d’intervenir dans des cas de morts suspectes.

Dans ce cas-ci, le fait de mentionner « origine suspecte » ne prouve rien. D’un point de vue historique, cela ne nous aide pas beaucoup à reconstituer les événements.

Les quelques rares informations contenues dans la partie supérieure du document nous indiquent cependant que l’incident s’est produit à Sainte-Marthe, dans le comté de Champlain, le 10 novembre 1976. On ajoute aussi que le bâtiment concerné appartenait à André Verret et Paul Sciacca.

Voilà! C’est tout.

Pour en apprendre davantage, il faut donc se tourner vers les journaux, et cela en se croisant les doigts.

Or, la page frontispice du Le Nouvelliste, paru le 10 novembre 1976, contient la photo d’un incendie survenu à Trois-Rivières sur la rue Sainte-Geneviève et qui projeté quatre familles à la rue. Évidemment, le lieu ne correspond pas.

Quelques pages plus loin, dans la même parution, on retrouve quelques phrases au sujet d’un incendie qui a coûté 4 000$ de dommages au chalet appartenant à un certain Gilles Landry mais qui était occupé par Gilles Ouellet. Ce bâtiment se situait au 225 Désilets à Sainte-Marthe-du-Cap. La nouvelle se terminait ainsi : « Mentionnons que personne n’a été blessé ».

Donc, à première vue, rien ne justifie une enquête de coroner. De plus, le nom du propriétaire ne correspond pas à ceux de Verret ou Sciacca. Il semble donc nécessaire de poursuivre l’enquête.

Une recherche sommaire via Google, puis un œil jeté dans le livre Histoire du crime organisé à Montréal de 1900 à 1980 (2014), par Pierre de Champlain, nous constatons qu’il existait un Paul Sciacca dans le milieu du crime organisé. En fait, selon la courte page Wikipédia qui lui est consacrée, Sciacca aurait été soupçonné en 1966 d’avoir participé à la tentative d’assassinat contre le fils de Joe Bonanno. Ce Paul Sciacca est décédé en 1986.

 

Article paru dans Le Nouvelliste du 11 novembre 1976 et résumant les faits entourant l’incendie de l’entrepôt Chevrotek. Est-ce que cette entreprise aurait appartenu à un membre de la mafia?

Finalement,  Le Nouvelliste du 11 novembre 1976 nous apporte d’autres réponses. Cette fois, il semble que ce soit le bon incendie. Il s’agissait donc de l’entrepôt Chevrotek situé dans le rang Red Mill à Ste-Marthe-du-Cap. On évaluait les dégâts à 40 000$. Cette entreprise se spécialisait dans « la production d’équipement servant à la construction de maisons. »

L’article ne fournissait pas les noms des propriétaires.

Est-ce le même homme qu’en 1976? Le Paul Sciacca du crime organisé aurait-il « brassé des affaires » dans un coin aussi perdu que le rang Red Mill? La présence de la mafia expliquerait-elle pourquoi l’enquête du coroner Delage a été incapable d’en dire plus? Et, surtout, pourquoi Delage s’est intéressé à un incendie qui, de prime abord, n’a fait aucune victime?

Évidemment, il m’est encore impossible de prouver que le Paul Sciacca de 1976 soit le même qui ait fait carrière dans le crime organisé.

Tout de même, cette petite recherche démontre à quel point un document qui nous paraît d’abord anodin peut nous mener loin dans la vaste aventure des hypothèses.

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L’asile de Sainte-Clothilde-de-Horton : hanté ou archivé?

         Récemment, un jugement prononcé par le juge Clément Samson de la Cour Supérieure tranchait en faveur de la municipalité de Sainte-Clothilde-de-Horton en ordonnant la fermeture du bâtiment abandonné qu’on surnomme allégrement l’asile de Sainte-Clothilde.  Immédiatement, la nouvelle a créé plusieurs réactions, en particulier chez les amateurs de phénomènes paranormaux.  Certains d’entre eux sont allé jusqu’à démarrer des pétitions pour garder l’accès au bâtiment.

Selon des rumeurs, qui semblent prendre de l’ampleur au fil des ans, le bâtiment aurait fait des victimes lors de deux incendies.  Si on doit se fier à certains comptes rendu qu’on retrouve sur le Web, il y aurait eu un premier incendie meurtrier en 1958 ou 1959, et un autre en 1988.  Lors de ce dernier drame, huit ou neuf pensionnaires auraient perdus la vie.

Soulignons au passage que dans son jugement du 18 octobre 2017, le juge Samson mentionne que « les rumeurs, fondées sur des histoires qui remontent à plusieurs dizaines d’années, attribuent à ce bâtiment des qualités qui s’apparentent à celles d’une maison hantée, d’où l’intérêt pour les personnes avides de phénomènes paranormaux.  Au lieu de repousser les visiteurs, le bâtiment les attire et c’est là le drame ».

Le jugement nous apprend également que Roger Thivierge est propriétaire de l’endroit depuis 2009, date à laquelle il l’a acheté à l’Église adventiste du septième jour.  Celle-ci exploitait le lieu comme un espace pour le camping et autres types d’hébergements.  « Quant au bâtiment, il aurait servi à des visites touristiques payantes organisées par l’Église adventiste du septième jour », précise encore le juge Samson.  Au moment de l’acheter en 2009, Thivierge jura qu’il ne savait rien à propos de la popularité du bâtiment.  Plutôt que de profiter des lieux, il l’avait d’abord placardé.

Toutefois, la popularité des lieux et le manque de respect des amateurs en sensations fortes n’ont jamais cessé.  Plusieurs d’entre eux se sont présentés sur place afin d’y prendre des photos ou d’y tourner des vidéos.

Incapable de régler ce problème, le propriétaire se serait alors résigné à engager un agent de sécurité en plus de charger un prix d’entrée de 10$ par personne.  Le juge ajoute qu’entre « janvier 2011 et septembre 2017, en se fondant sur la déclaration de Monsieur Raymond Moreau de la Sûreté du Québec, les forces de l’ordre ont été appelées à intervenir à 28 reprises sur les lieux, notamment en regard d’introductions par effraction, de la présence de personnes suspectes ou de débuts d’incendie ».  Pour sa part, le policier y alla d’une déclaration judicieuse : « si cet endroit fut le théâtre de plusieurs décès au cours d’un seul incendie en 1988 alors que l’endroit était habité par une institution reconnue, je comprends difficilement comment il pourrait actuellement être plus sécuritaire dans cet état ».

La municipalité décide d’intervenir le 18 mai 2017, principalement pour exiger une expertise structurale du bâtiment qui devait être faite par un ingénieur et l’installation d’une clôture.  Le 8 juin 2017, la municipalité déposait une mise en demeure, non seulement pour demander l’érection de la clôture mais aussi pour exiger le nettoyage des lieux.  Certains travaux furent complétés par le propriétaire mais ils seront jugés insuffisants.

Dans sa conception rationnelle des choses et surtout son instinct de continuellement remonter à la source, Historiquement Logique a ouvert son propre dossier sur l’affaire.  Car si ces amateurs ou pseudo-enquêteurs en phénomènes paranormaux prétendent faire de l’histoire, on constate, après un léger survol des comptes rendus disponibles sur le Web, que ces enquêtes sont plutôt incomplètes.  Elles s’intéressent presque exclusivement aux phénomènes sulfureux des ombres blanches et autres manifestations étranges – qui, soit-dit en passant, sont loin d’être prouvées scientifiquement – sans aucune intention sincère de vouloir en savoir plus sur les victimes et les drames qui sont justement à l’origine de toute cette popularité.

Or, il m’a suffi de quelques minutes de recherches pour identifier les huit victimes de l’incendie de 1988.  Dans une vidéo fortement subjective on parle de neuf victimes.  Il semble que ce soit une erreur. On y raconte même que l’incendie de 1988 aurait été causé par la manipulation d’un briquet avant d’évoquer un suicide, sans toutefois préciser de date.  Le suicidé se nommait apparemment James!  James qui?  On l’ignore, évidemment.

Une femme membre d’APPA Paranormal explique aussi, après avoir brièvement évoqué les deux précédents cas, que c’est là « l’historique de ce qui s’est produit ici ».  L’historique?  Vraiment?

Si on avait réellement eu l’intention de dresser un portrait historique, pourquoi ne pas avoir consulté et présenter des articles de journaux?  Ou des documents légaux, comme une enquête de coroner?

Bref, cela manque cruellement de précisions.  Comment ne pas douter devant des constatations aussi sommaires et erronées?

Autre fait qui pourrait s’avérer problématique, on prétend avoir capté des voix d’enfants, si bien qu’on aurait ensuite fait entendre des dessins animés à l’intérieur de l’ancien asile pour tenter « d’entrer en contact » avec de supposées entités d’enfants.  Or, si on croit que la hantise qui englobe cette bâtisse a un lien avec les huit décès tragiques de 1988, il faudrait peut-être regarder ailleurs.  En effet, les huit victimes que j’ai pu identifier étaient toutes âgées entre 28 et 50 ans!

Pour le moment, je tairai les noms de ces huit victimes.  Toutefois, j’ai récemment fait une demande pour obtenir copie de l’enquête de coroner concernant l’une de ces victimes.  La photo accompagnant le présent article montre d’ailleurs la réponse datée du 23 octobre 2017 et que j’ai reçue vendredi, le 27 octobre.  On y indique clairement qu’il faudra encore un peu de temps au coroner pour rassembler les documents nécessaires.  C’est donc qu’il y a de l’espoir d’obtenir un dossier détaillé.

Mais ne versons pas dans les suppositions.  Attendons plutôt de voir la suite.

À suivre …


Bibliographie :

http://www.lanouvelle.net/faits-divers/justice/2017/10/19/fini-l-acces-a-l-asile-de-sainte-clotilde-de-horton.html

Jugement du 18 octobre 2017, sous la présidence de l’honorable Clément Samson, J.C.S., Municipalité de Ste-Clothilde-de-Horton c. 9203-6441 Québec Inc.

https://www.youtube.com/watch?v=AW6Zc1VgSYU&t=310s

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Gargantua: les dessous de l’enquête

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Pendant mes recherches sur les victimes du 21 janvier 1975, j’attendais après l’enquête du coroner auprès des archives. Je m’attendais à une seule et grosse enquête pour l’ensemble des faits. Selon eux, un rapport détaillé doit avoir été fait par le Commissaire des incendies. Ils ont toutefois trouvé les dossiers aux noms des victimes. Une enquête par personne avait été faite afin de s’assurer de faire la lumière sur les événements. Les rapports d’autopsie ont tous la même conclusion, soit la mort par asphyxie, excepté pour Réjean Fortin qui fût tué par balles. Le coroner en chef pour cette enquête était Cyrille Delage, le commissaire provincial aux incendies.

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J’ai réussi à obtenir le rapport de délit de police de la C.U.M. Dans celui-ci, on apprend entre autre qu’un autre gérant du bar Gargantua (Les Entreprises Rénald ltée), ayant quitté ce soir-là à 20h00, s’était présenté sur les lieux pendant que les pompiers tentaient de maîtriser le feu.  Il aurait dit à un lieutenant de la caserne 14 que ça ne servait à rien de défoncer le panneau d’en arrière. Que ce n’était qu’une remise à boisson. Ils se sont toutefois acharné sur le juke-box pour défoncer la porte et y trouver les 13 corps étendus au sol. Ça a été noté.

À cette même époque, le coroner en chef pour le district de Montréal, Maurice Laniel, accusé (et innocenté en juillet 1975) d’avoir dérobé de l’argent sur une dépouille, s’est vu suspendu sans solde après une violente prise de bec avec le Dr Valcourt, médecin-légiste en chef de l’Institut médico-légal du Québec. Des familles des victimes du bar Gargantua avaient rapporté à La Presse que lors de leur visite à la morgue pour l’identification, elles avaient dû enjamber les corps, empilés par terre comme des rouleaux à tapis au lieu d’être sur des dalles pourtant libres.

J’ai ensuite sorti l’enquête de Richard Blass. Pourquoi? Je ne le sais pas mais je n’y ai pas vu grand-chose non plus. Deux pages seulement. Et pas mal plus formel que substantiel. Comment se peut-il qu’un dossier sur une mort aussi connue et controversée peut être aussi chétif? Selon les articles de l’époque, Richard Blass a été trouvé avec un fusil à la main droite alors qu’il était supposément gaucher. Des empreintes partielles et non-satisfaisantes avaient été trouvées sur l’arme alors qu’une préhension complète aurait pu offrir un résultat plus franc. Les policiers auraient changé leur récit des faits quand l’autopsie fût révélée, passant d’un Blass debout à accroupi lorsqu’ils ont tiré.  Mon hypothèse est que les rigidités cadavériques ne concordaient pas avec la position. Même le médecin légiste de l’enquête, Jean Hould, avait confié à La Presse être surpris du manque de corrélations entre les dires des policiers et les résultats de l’autopsie (résultats qui brillent eux aussi par leur absence dans le dossier de Richard). Les trois témoins et amis de Blass qui étaient présents au chalet de Val-David disent avoir entendu ce dernier crier « Je me rends ! » alors que les policiers maintenaient qu’il a plutôt dit « Mes hosties! » en pointant une arme vers eux. Ces mêmes témoins, qui étaient alors menottés à l’extérieur ont dit avoir pourtant noté un délai d’environ 3 minutes avant d’entendre les détonations. Le caporal Lacoste s’est justifié en disant que sa mitraillette s’était enrayée. Certains diront que les témoins ont été discrédités en raison de leur parcours criminel. Est-ce que les policiers ont décidé de la mort de Blass?  Encore aujourd’hui, il n’y a aucune certitude à ce sujet, sauf pour ceux qui étaient présents. Même en inscrivant tous les noms des intervenants dans cette altercation sur les archives, je ne trouve rien qui a l’étoffe d’entretenir ma curiosité.

J’ai finalement trouvé un paquet de feuilles sur le procès-verbal de l’enquête du coroner au sujet du massacre au Gargantua. Ce n’était pas dans le dossier de Richard. Je l’ai trouvé dans le dossier d’une des treize victimes. Pourquoi? On pourrait extrapoler. Toujours est-il que ces notes manuscrites pratiquement illisibles parce qu’elles sont 15 générations de photocopies d’une photocopie me sont tombées entre les mains entre deux rapports d’autopsie.

Et que contiennent-elles? La liste des exhibits en preuve. Soit des photos, un rapport d’incendie, le cadenas qui était sur la porte, le plan des lieux, les rapports d’autopsie, le rapport d’un chimiste, un rapport météorologique et les autorisations pour intercepter et écouter les communications téléphoniques entre la sœur de Fernand Beaudet (complice de Blass) et celui-ci au sujet du 21 janvier 1975. Il y a aussi les noms de tous les témoins. Il y en aurait eu 43 en tout. On y retrouve aussi les preuves de la Couronne. On a les demandes de remises en liberté émises par l’avocat Frank Shoofey, la plupart refusées. On a les heures exactes où il y a eu suspension de la cour. Dernière intervention sur les feuilles : le refus de Beaudet de témoigner.

Rien sur les deux expulsions de Maître Shoofey par Jean-Louis Taillon, le coroner en chef de l’enquête. Rien sur l’atmosphère apparemment à couper au couteau. Rien sur un Beaudet endoctriné qui s’exclame de sa fanatique phrase « Vive Richard Blass! ».

Ça finit donc ainsi, entre deux feuilles de l’autopsie d’un père de famille décédé dans le même événement où cet homme refuse de témoigner.

Au terme de cette même enquête de coroner, Fernand Beaudet a été reconnu criminellement responsable.  Il a ensuite été libéré un mois plus tard, lors de l’enquête préliminaire, faute de preuve.

Enquête sur le fonctionnement boiteux de la morgue de Montréal, par J.P Charbonneau, La Presse, 13 février 1975.

Le coroner Taillon retient la version des 2 policiers, par Réjean Tremblay, La Presse, 14 février 1975.

Comment s’est passé la mort de Blass?  On l’ignore encore…, par Gilles Normand, La Presse, 22 février 1975

Pour les enquêtes de coroner, rapport de délit, rapports d’autopsie et procès verbal: BAnQ Vieux-Montréal, 535avenueVigerEst,Montréal.

Le procès de Marie-Josèphe-Angélique

Procès Marie Josèphe AngéliqueBeaugrand-Champagne, Denyse.  Le procès de Marie-Josèphe-Angélique.  Libre Expression, 2004, 295 p.

L’Histoire a ses préférences et ses sujets de prédilection, mais ces tendances qui débouchent parfois sur des débats interminables font en sorte qu’on relègue aux oubliettes d’autres faits intéressants qui méritent également leur place au sein de notre mémoire collective.  Craint-on à ce point de briser nos traditions en fermant les yeux sur des événements de notre passé qui ne correspondent pas à l’image que nous nous faisons de nous-mêmes?

C’est ce qu’a tenté de briser l’historienne Denyse Beaugrand-Champagne en jetant une lumière honnête sur le procès d’une esclave noire nommée Marie-Josèphe-Angélique.  Grâce à son travail et celui de l’actrice Tetchena Bellange, qui en a fait un documentaire, le nom de cette jeune femme s’est assuré une place dans notre histoire.

Tout commence le 10 avril 1734, vers 19h00, lorsqu’un terrible incendie détruit l’Hôtel-Dieu de Montréal et 45 maisons, jetant ainsi sur le pavé quelques centaines de personnes.  Par chance, on ne dénombre aucun blessé grave.

Bien qu’elle ait déjà tenté de fuir la Nouvelle-France avec un compagnon nommé Claude Thibault, la jeune femme, qu’on croit alors être âgée de 29 ans, a plutôt offert son aide aux sinistrés.  Pourtant, elle sera rapidement pointée du doigt et incarcérée.  L’auteure elle-même qualifiera les événements à venir comme le « plus important procès criminel pour incendie volontaire de l’histoire de Montréal ».

Beaugrand-Champagne dépeint les circonstances et un contexte qui nous permet de faire un saut dans le temps et de comprendre ce que pouvait être la vie à Montréal à cette époque.  On y voit aussi que le système judiciaire était plutôt expéditif et bien loin de celui que nous connaissons aujourd’hui, bien que le nôtre ne soit pas parfait.  En fait, il n’y avait pas de jury et c’est le juge qui soumettait toutes les questions.  Bref, on sent par moment que la pauvre femme était condamnée d’avance.

Il est évidemment difficile de rejuger cette cause 279 ans plus tard, mais on cherche encore les preuves solides ayant pu la faire condamner.  En ce faisant spectateur d’un tel procès, on aurait plutôt tendance à l’acquitter.  Le principe pourtant vieillot du fameux « hors de tout doute raisonnable » n’existait pas.

L’ouvrage est irréprochable sur le plan de la documentation, ce qui permet à l’historienne de nous dépeindre le tableau des immeubles affectés par l’incendie, mais aussi le contexte judiciaire et la description des principaux personnages.

L’injustice se manifeste dès l’instant où on comprend que Marie-Josèphe-Angélique a été accusée sur simple rumeur publique.  La pauvre femme finira par avouer son crime, mais quelle valeur ces aveux peuvent-ils avoir lorsqu’on apprend qu’ils ont été obtenus sous la torture?

Tetchena Bellange, à droite, campe le rôle de Marie-Josèphe-Angélique dans le film documentaire Les Mains Noires dont elle est aussi la réalisatrice.
Tetchena Bellange, à droite, campe le rôle de Marie-Josèphe-Angélique dans le film documentaire Les Mains Noires dont elle est aussi la réalisatrice.

La jeune femme fut exécutée le 21 juin 1734, apparemment pendue avant d’être jetée au feu.  Une autre version veut qu’on lui ait d’abord tranché une main avant de la brûler vive.  Comme de raison, les documents judiciaires du 18ème siècle ne sont pas aussi détaillés que les transcriptions sténographiques auxquelles nous avons droit depuis environ un siècle, mais on arrive tout de même à se faire une idée globale de ce drame judiciaire.

C’est en compagnie de l’auteure qu’on explore finalement la question selon laquelle la jeune esclave aurait, oui ou non, été victime d’une exécution exemplaire.  À titre de comparaison, elle soulève donc quelques autres condamnations de femmes pour cette même époque.  Finalement, elle nous confronte à différentes hypothèses pour expliquer l’origine de l’incendie, qui deviennent toutes aussi logiques les unes que les autres en raison du manque de certains éléments de preuve.

Cet épisode de notre histoire n’en est pas seulement un d’injustice apparente mais aussi de tout un pan encore trop peu connu de notre passé : l’esclavage en Nouvelle-France.  L’auteure elle-même ne manque d’ailleurs pas de rappeler que l’historien Marcel Trudel, qui fut une grande inspiration autant pour l’auteure que pour la documentaliste Bellange, avait dénombré pas moins de 4,000 esclaves dans la Vallée du St-Laurent entre 1627 et 1760.

Sensibilisée par cette histoire unique, l’actrice Tetchena Bellange en a fait un documentaire inoubliable intitulé Les Mains Noires, procès de l’esclave incendiaire, qui remporta le prix du Meilleur Documentaire au Festival International du Film PanAfricain de Cannes en 2011.  Son film a aussi été sélectionné par une pléiade de festivals à travers le monde.

Pour vous procurer le film de Bellange ou pour tout autre renseignement, je vous invite à consulter la page officielle du documentaire Les Mains Noires.

Pour le bénéfice de l’histoire québécoise et de l’histoire en général, on ne peut que souligner ces efforts déployés pour immortaliser le nom de cette femme qui semble avoir été une autre innocente victime de la folie humaine et de ses préjugés.

Le procès de Marie-Josèphe-Angélique (PDF)

L’Affaire Alarie et le coroner Marcel Chartier

La famille Alarie quelques mois avant le drame. Seul le benjamin, Réjean, n’apparaît pas sur cette photo. (photo: Le Nouvelliste, 1966)

En 2010, au hasard de mes recherches, je feuilletais les enquêtes de coroner afin de mieux connaître l’une des facettes cachées de l’histoire de la ville de Trois-Rivières.  On n’a pas idée de tout ce qu’on peut trouver dans ces archives.

Dans le dossier du coroner Marcel Chartier mon attention fut rapidement retenue par un document étrange si on le compare aux autres.  Si toutes ces enquêtes ont été dûment remplies sur du papier officiel à en-tête, celle-ci tient seulement en quelques lignes dactylographiées sur une simple feuille de cartable lignée.

Le premier paragraphe comprend les âneries habituelles de ces documents officiels, à savoir la mention du district et le règne de la Reine Elizabeth II.  On y précise toutefois que l’enquête du coroner s’est déroulée le 10 mai 1967.  Ensuite, on peut lire que « en vue du cadavre de madame Robert Alarie et de ses sept enfants morts dans la municipalité de Trois-Rivières, dans le comté de Trois-Rivières, le ou vers le dix-huitième jour de janvier mil neuf cent soixante-sept.  […] la dite madame Robert Alarie et ses sept enfants sont morts, déclarant sous serment : que la dite madame Robert Alarie et ses sept enfants sont décédés à la suite d’asphyxie ».

Le document ne contient aucune autre explication.  En effet, l’asphyxie est un terme large pour décrire la mort tragique d’une femme et de ses sept enfants.  À Trois-Rivières, des drames aussi importants n’ont pas été nombreux et on aurait dû, en principe, laisser une documentation beaucoup plus généreuse.  De fait, puisqu’il y avait eu enquête du coroner, on aurait aussi dû retrouver dans cette boîte les transcriptions sténographiques.  Or, il n’y a rien de tout cela.  Seule cette misérable feuille lignée.

Les huit victimes ont-elles été asphyxiées dans un incendie?  Au monoxyde de carbone?  S’agissait-il alors d’un drame familial?  D’un bête accident dû à la défectuosité d’un appareil?  Et le père dans toute cette histoire?

Le dossier ne nous permet pas de répondre à ces questions.  Pourtant, dans les autres dossiers de Chartier on retrouve beaucoup plus de détails concernant des causes de décès drôlement plus banales.

Plusieurs mois plus tard, j’appris l’implication de Marcel Chartier dans l’Affaire Dupont, au sein de laquelle il a mené un banal cas de recherche plutôt étrange, dissimulant assez mal cette hâte de conclure à un verdict de suicide.

Devant cette pauvre documentation, je devais me tourner vers une autre source.  Dans Le Nouvelliste du 17 janvier 1967 on obtient quelques réponses.  D’abord, on y apprend qu’il s’agissait d’un incendie.  Le quotidien de Trois-Rivières parlait d’ailleurs de « l’un des drames les plus tragiques que l’histoire du « Cœur du Québec » a connus, après l’hécatombe qui a fait douze victime, le 7 septembre 1965, sur les chantiers du pont de Trois-Rivières »[1].

Mme Robert Alarie, 34 ans, habitait au second étage du 958 de la rue St-Roch à Trois-Rivières avec son mari et leurs 7 enfants.  Ces enfants étaient Michel, 11 ans; Sylvie, 8 ans; Jeannine, 7 ans; Réal, 5 ans; René, 3 ans; Robert, 2 ans; et Réjean, 18 mois.  L’incendie se serait déclaré un peu avant 9h00 au matin du 16 janvier 1967.  Des passants ont constaté une explosion vers 8h55 qui « aurait secoué la demeure des Alarie »[2].  On ne peut cependant l’expliquer.

Selon cette première version, Robert Alarie, 33 ans, aurait été réveillé par son fils Réal mais il expliqua plus tard avoir seulement eu le temps de sortir par la fenêtre.  Il se précipita au rez-de-chaussée, où habitaient sa mère, la veuve Henri-Paul Alarie, ainsi que ses deux autres fils Marcel et Roger, et l’épouse de ce dernier.  Robert Alarie n’était alors vêtu que de sous-vêtements et se déplaçait pieds-nus.

« Après s’être temporairement vêtu chez sa mère, M. Alarie a tenté de retourner dans son loyer, où était sa famille, en empruntant le seul escalier qui y conduisait, sur le côté droit de l’habitation […] ».  Il n’a malheureusement pu franchir le seuil de la porte en raison de l’intensité des flammes.  Lors de cette tentative, il a subit des « brûlures superficielles au dos »[3].

Les pompiers de Trois-Rivières sortant l’un des huit cadavres du brasier au matin du 16 janvier 1967. (photo: R. Lemire, BANQ TR)

Marcel Alarie et le voisin Clément Hubert ont grimpé au balcon pour enfoncer une fenêtre, mais c’était peine perdue.

Une vingtaine de pompiers des trois casernes de la ville se rendirent sur les lieux.  Selon Le Nouvelliste, ils demeurèrent sur place durant environ trois heures et « une dizaine d’entre eux s’appliquaient à sortir du brasier les cadavres calcinés et pétrifiés des huit victimes ».

C’est vers 11h00 qu’on aurait retiré le dernier corps, celui du benjamin, Réjean.  Il aurait été retrouvé sous son lit.

Si les flammes ne s’étaient pas propagées au rez-de-chaussée, on parlait tout de même d’une perte totale pour le duplex de la rue St-Roch.  Vers midi, les pompiers étaient repartis.  La maison fut cependant gardée durant toute la nuit suivante par des policiers afin de protéger les lieux en vu de l’enquête.

Étonnamment, en dépit du fait qu’il venait de perdre sa femme et ses sept enfants, Robert Alarie accorda le jour même une entrevue sur les ondes du poste radiophoniques CHLN.

Dans son édition du lendemain, 17 janvier, Le Nouvelliste apprenait à ses lecteurs que le Commissariat des Incendies de la province allait démarrer une enquête sur les circonstances de ce drame.  Ce jour-là, l’enquêteur Victor Dubé de ce même Commissariat débarquait à Trois-Rivières pour débuter son inspection.  On ajoutait aussi que « de façon officielle, on ignore encore l’origine exacte de l’incendie, bien que le seul survivant de la famille qui habitait au deuxième étage, M. Robert Alarie, 33 ans, et sa mère, Mme veuve Henri-Paul Alarie, nous aient affirmé que le feu avait pris naissance dans le système électrique »[4].

Comment pouvaient-ils prétendre connaître la source de l’incendie alors que le feu était déjà très intense à leur réveil?

Le 18 janvier, Le Nouvelliste annonçait que « le ministère de la Justice autorise Me Pierre Garceau à ouvrir l’enquête du coroner pour fins d’identification ».  Ce sera cependant Me Marcel Chartier, nouvellement assermenté coroner du district de Trois-Rivières par le juge Roger Deshaies, qui allait s’occuper de l’affaire.  Chartier, qui remplaçait Me Garceau, se retrouvait donc avec une affaire peu habituelle sur les bras dès son début de mandat.

Le jour même, les funérailles des huit victimes se déroulèrent à l’église Ste-Marguerite en après-midi.  Plus de mille personnes y assistèrent.

C’est à la morgue Julien Philibert que débuta l’enquête du coroner Me Marcel Chartier le 10 mai 1967, vers 19h20.  Le Nouvelliste du 10 mai 1967 mentionnait que « quelque 30 témoins ont été assignés dans le but de faire la lumière sur cette affaire », alors que le lendemain on parla d’une vingtaine de témoins, peut-être 25.

L’enquête dura environ 5 heures.  Le procureur de la couronne au dossier était Me Pierre Trudel.  Il y avait également cinq jurés[5].  Comme je l’ai déjà mentionné, il n’existe aucune transcription sténographique de cette enquête dans les archives et le peu qu’on puisse en tirer repose sur les articles de Jean Naud et de Georges Lamon publiés dans Le Nouvelliste au lendemain de cette longue soirée.

Me Marcel Chartier fit d’abord lecture au jury du rapport du Dr Jean-Paul Valcourt, le médecin pathologiste s’étant chargé de l’autopsie des huit corps.  Selon le Dr Valcourt, « les huit victimes sont mortes asphyxiées par l’oxyde de carbone et l’une d’entre elles, soit le jeune Michel âgé de dix ans portait de plus, des traces de carbonisation.  Il précise entre autres que Mme Alarie n’était pas enceinte »[6].

Quant au chimiste André Galarneau, il précisa que le sang des victimes contenait « au-delà de 50 pour cent d’oxyde de carbone »[7].

L’enquêteur du Commissariat des Incendies, Victor Dubé, expliqua au jury « la marche croissante du brasier, soulignant qu’il était impossible que les flammes se soient propagées sans laisser de traces sur leur passage »[8].  Dubé aurait aussi précisé que la maison datait de 1884 et qu’un « permis de rénovation au montant de $200 avait été émis il y a environ 30 ans ».  Aussi bien dire que le bâtiment était mal entretenu!

Il déclara également « que les flammes avaient pris naissance derrière le poêle, dans une pile de journaux »[9], mais « il a de plus souligné qu’il avait découvert d’autres endroits aussi calcinées que derrière le poêle ».  Le plus étonnant, c’est que Dubé précisa que « l’incendie aurait eu plusieurs foyers d’origine »[10].

Quant au seul survivant du brasier, Robert Alarie, « ses déclarations n’ont rien apporté de concluant si ce n’est qu’elles contredisaient quelque peu les témoignages précédents qui, jusqu’alors, s’étaient corroborés »[11].  Malheureusement, sans les transcriptions, on ne connaîtra jamais ces points précis de contradictions.  Le père était-il sous le choc au point de livrer un témoignage confus, lui qui avait pourtant accordé une entrevue à la radio le jour même du drame?  Ou alors savait-il certaines choses qui pouvaient être crédibles?

Avec aussi peu de détails, impossible, malheureusement, d’élaborer davantage ni même de soulever des questions risquant d’éveiller des soupçons mal fondés.

Lors de l’enquête du coroner à la morgue Julien Philibert le 10 mai 1967. De gauche à droite: Me Marcel Chartier, Me Pierre Trudel, et les détectives Lawrence Buckley et Fernand Gendron. (photo: R. Lemire, BANQ TR)

Quant à la grand-mère des enfants, Mme Henri-Paul Alarie, elle « fut pour le moins précise dans ses réponses »[12].  Elle raconta avoir identifié les corps, après quoi elle revint sur le drame lui-même en expliquant que son fils Robert « est descendu en combinaison et nu-pieds en disant « Maman!  Venez m’aider.  M’man, le feu est pris chez nous? ».  La veuve serait sortie en jupon.  Elle revint évidemment sur les vaines tentatives d’entrer dans le loyer.

Normand Rouette, que l’on décrit comme « archiviste de la Sûreté municipale et photographe », est venu témoigner à l’effet qu’il avait pris 44 photos à l’intérieur et à l’extérieur de l’appartement[13].

Selon le sergent Roger Lefebvre, le feu était sous contrôle 1h45 après son arrivée sur les lieux.  C’est le sergent Patrick Massicotte qui aurait finalement trouvé Mme Robert Alarie.  « Il l’a trouvée couchée sur le côté, vêtue d’une jaquette, les couvertures rabattues sur elle »[14].  Le sergent Gilles Pothier et l’agent Carol Pothier ont également témoigné, de même que le Dr Roger Caron qui a constaté le décès des victimes.

Un fait intéressant survint avec le témoignage de Gilles Boudreau, « inspecteur électricien qui prétend qu’il avait remarqué qu’un fusible avait sauté, ce qui à son avis ne pouvait être accidentel »[15].  Devant cette contradiction évidente du verdict officiel, l’article n’élabore pas davantage à propos de ces détails électriques.

Étrangement, le journaliste Georges Lamon termine son article en disant que « ce qui surprend quelque peu dans cette enquête c’est sûrement la manière particulière dont elle fut menée par le représentant du ministère public, Me Pierre Trudel qui semblait trop souvent se suppléer à son rôle »[16].

On n’en saura malheureusement pas plus sans les transcriptions.

Malgré tout, en dépit du fait qu’il y aurait eu plusieurs foyers d’incendie, les contradictions de Robert Alarie, des conclusions de l’électricien et de la conduite soi-disant étrange du procureur au dossier, le verdict tomba : mort accidentelle.

Un peu plus de deux ans plus tard, Me Marcel Chartier poursuivit dans ses agissements irréguliers en tenant un simple cas de recherche dans l’affaire du sergent-détective Louis-Georges Dupont retrouvé mort dans sa voiture de service en novembre 1969.  Malgré les circonstances très étranges de l’affaire, le verdict fut rapidement rendu : suicide.

Le 4 juillet 1996, lors de la Commission d’enquête sur les circonstances entourant la disparition et la mort du sergent-détective Louis-Georges Dupont qui se tenait à Trois-Rivières, Me Marcel Chartier, qui fut coroner de 1967 à 1970, fut appelé à témoigner.

–          De votre nomination jusqu’en 1970, lui demanda Me François Daviault de la Commission, combien d’enquête avez-vous présidé?  Je sais que c’est peut-être pas exact, mais approximativement?

–          … Une douzaine par année je pense bien, répondit Me Chartier.

–          Une douzaine par année?

–          Même pas.

Or, j’ai découvert moi-même dans les archives que pour seulement les trois premiers mois de l’année 1967, soit de janvier à mars, Chartier avait fait une quinzaine d’enquêtes concernant des décès nébuleux, incluant l’Affaire Alarie.  Comme je l’ai expliqué plus haut, l’unique feuille de cartable est un document qui laisse à désirer par son manque de formalisme et suscite même de sérieuses questions.

Plus loin, Chartier expliqua devant la Commission qu’il rencontrait régulièrement le détective Jean-Marie Hubert dans un café situé juste en face du Palais de Justice, sur la rue Laviolette.  Ce que Chartier omettait de préciser, c’est que ce soi-disant café était en réalité le Manoir Laviolette, un bordel connu de l’époque où on retrouvait cinq prostituées en permanence[17].

Et n’oublions pas que Hubert tirait profit de la prostitution. Il fut d’ailleurs congédié avec un autre collègue dès janvier 1970.  C’est alors que Normand Rouette passa de simple photographe judiciaire à « capitaine-détective ».  Décidément, les promotions policières à Trois-Rivières étaient distribuées dans les boîtes de céréales!?

Si par manque de documentation on ne peut avancer quoi que ce soit, et c’était peut-être là le but recherché des personnes impliquées en détruisant cette paperasse, il y a tout de même lieu de se questionner quant à savoir le véritable historique de la partie judiciaire d’une municipalité.

Version PDF de cet article: L’Affaire Alarie et le coroner Marcel Chartier (PDF)


[1] Gilles Normand, « Une mère et ses sept enfants trouvent une mort affreuse dans l’incendie d’une maison », Le Nouvelliste, 17 janvier 1967.

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4] Ibid.

[5] Parmi ces cinq jurés, j’ai pu en identifier quatre : Yvon St-Pierre, Pierre Bellemare, René Tétreault et Antoine Beaudry.

[6] Georges Lamon, « Témoignage pathétique de Mme Henri-Paul Alarie à l’enquête du coroner », Le Nouvelliste, 11 mai 1967.

[7] Ibid.

[8] Jean Naud, « L’enquête sur l’incendie de la rue Saint-Roch, verdict de mort accidentelle », Le Nouvelliste, 11 mai 1967.

[9] Ibid.

[10] Georges Lamon, loc. cit.

[11] Ibid.

[12] Ibid.

[13] Normand Rouette a été chargé de photographier la scène de crime en novembre 1969 quand on a retrouvé le corps du sergent-détective Louis-Georges Dupont.  Étrangement, en janvier 1970 il passa de simple photographe judiciaire à « capitaine-détective » en remplacement de l’incompétent Georges Gagnon.  La famille Dupont croit sérieusement qu’il s’est mérité cette incroyable promotion pour avoir garder le silence sur ce qui s’est réellement produit.  Interrogé par deux journalistes qui enquêtaient sur le phénomène de la prostitution au Québec au cours des années 1970, Rouette passa pour un idiot en essayant de dissimuler le phénomène à Trois-Rivières.  En 1982, suite à une autre enquête de la Commission de police (CPQ), Rouette était rétrogradé.  En dépit de l’importance qu’il avait dans l’Affaire Dupont, car il se trouvait sur la scène, il ne fut jamais appelé comme témoin lors de la Commission Lacerte-Lamontagne en 1996 qui avait justement pour mandat de faire la lumière sur la mystérieuse mort de Dupont.

[14] Ibid.

[15] Ibid.

[16] Ibid.

[17] Selon Nancy Massicotte, « Un portrait peu flatteur de Trois-Rivières », Le Nouvelliste, mercredi 21 août 1996.