Octobre 70: fin de course pour les fugitifs (34)

Le juge Jacques Trahan dans la cachette ayant abrité les fugitifs Francis Simard, ainsi que les frères Jacques et Paule Rose.

28 décembre 1970

C’est au matin du 28 décembre 1970 que les frères Jacques et Paul Rose, ainsi que Francis Simard, furent arrêtés à Saint-Luc, au 114 du rang Grands Prés. Cette cachette était sous surveillance policière depuis déjà plusieurs jours. Le 6 novembre, les trois fugitifs les plus recherchés au pays avaient échappés aux fouilles grâce à la cachette qu’ils avaient construite dans un placard. Cela n’avait qu’allonger l’attente de leur comparution. Maintenant, ils allaient devoir répondre de leurs actes.

Le propriétaire de la maison de Saint-Luc, Michel Viger, un vendeur d’assurances de Longueuil âgé de 30 ans, a « été forcé de dire où était le repaire après que les agents descendus dans la cave près de la fournaise eurent entendu un toussotement à travers le mur »[1]. Viger aurait déjà été détenu par les policiers en rapport avec la crise sociale.

Le lendemain, 29 décembre, la cour du coroner Jacques Trahan se réunit pour recevoir les journalistes. Trahan remercia les journalistes d’avoir suivi ses dernières recommandations. Il se dit également prêt à reprendre les travaux maintenant. Sur ordre de Me Jacques Ducros, on fit alors entrer Hélène Quesnel et Louise Verreault, toutes deux détenues en lien avec cette enquête.  Me Robert Sacchitelle représentait les intérêts de Louise Verreault. Hélène Quesnel, apparemment accompagnée de sa mère, expliqua avoir demandé les services de Me Mergler mais sans avoir eu de ses nouvelles. Me Ducros se chargea lui-même de le mettre au courant.

  • En attendant que les autres personnes qui doivent comparaître cet après-midi comparaissent, expliqua le coroner, je tiens à inviter les journalistes à se rendre à St-Luc demain après-midi à 14h30 alors que moi-même je me rendrai à cette endroit pour visiter les lieux. La seule chose que je vous demande c’est d’être fidèles au règlement que nous allons établir pour que tout se fasse dans l’ordre. Je suis assuré d’avance de votre coopération et en agissant ainsi nous pourrons travailler dans le bien-être et la paix pour le plus grand bien de la société.

On appela les témoins Robert Dupuis, Claude Larivière et Michel Viger.  Ils étaient tous détenus, eux aussi, en vertu d’un mandat du coroner.  Le juge Trahan les informa qu’ils allaient devoir se présenter aux audiences du 4 janvier 1971.

  • Monsieur le coroner, fit Me Ducros, nous avons trois nouveaux témoins, Paul Rose, Jacques Rose et François Simard. Paul Rose étant dans le box des accusés. … Est-ce que vous avez un avocat, monsieur Rose?
  • Non, j’ai un conseiller, répliqua Paul Rose.

S’ensuivit alors un échange intéressant. Après que le coroner ait demandé à ce que tout le monde ne parle pas en même temps, il s’ensuivit ceci :

  • Un instant s’il vous plaît, fit le coroner. Alors, vous êtes détenu suivant un mandat que j’ai signé…
  • Ah! Oui, par Choquette, répliqua Paul Rose.
  • Non, c’est moi-même qui l’ai signé.
  • Ha! …
  • Alors, lundi matin, vous vous présenterez devant moi pour la continuation de l’enquête dans l’affaire Laporte, de monsieur Laporte et vous pourrez être appelé comme témoin à ce moment-là. Alors, pour aujourd’hui, c’est la fin.
  • Le show est fini, répliqua Paul Rose. C’est ce que vous voulez dire?
  • Si vous voulez être poli, monsieur, on va être poli avec vous.
  • Ah! Oui.
Michel Viger

Lorsqu’on s’adressa ensuite à Francis Simard pour lui demander s’il avait un avocat, celui-ci répliqua qu’il n’en voulait pas. Quant à Jacques Rose, il répondra « non, ce n’est pas nécessaire, je n’en ai pas fait la demande ».

Me Bernard Mergler s’opposa ensuite à la détention de Clément Roy, affirmant qu’il n’avait toujours pas vu de ses yeux le mandat en vertu duquel on le détenait depuis maintenant huit jours. On le référa alors aux archives parce que ce mandat existait bel et bien.

  • Tout ce que je peux dire sur monsieur Roy, lança Me Ducros, c’est que c’est une des personnes qui a permis à trois témoins importants contre lesquels vous avez émis des mandats le 5 novembre d’échapper à la justice pendant une période de plus de huit jours, pour employer un terme …
  • C’est une affirmation un peu gratuite, rétorqua Me Mergler, vu qu’il n’y a pas d’accusation contre lui.
  • J’en ferai la preuve lundi ou mardi.
  • Alors, intervint le coroner, si vous voulez, nous allons remettre à lundi. Lundi, vous pourrez renouveler votre demande et à ce moment-là nous connaîtrons peut-être plus de faits qui pourront nous aider à rendre une décision…
  • Juste et équitable, compléta Me Mergler.
  • Comme toujours, répliqua le coroner. La séance est levée.

[1] Michel Auger, « Un toussotement a forcé Michel Viger à indiquer le repaire du trio Rose-Simard », La Presse, 29 décembre 1970.

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Octobre 70: Lise Rose (33)

         Lise Rose, la sœur des frères Rose, était représentée par Me Gaétan Robert. Avant même que les avocats de la Couronne interrogent la jeune femme de 25 ans, celle-ci sentit le besoin d’intervenir.

  • Si vous permettez, je vais m’asseoir parce que je fais la grève de la faim depuis sept jours avec Lise Balcer.

Un membre de la cour se chargea alors de lui apporter une chaise. Ensuite, Lise dira avoir perdu son appartement depuis qu’elle était détenue et comme adresse elle devait donc fournir celle de ses parents, à savoir le 1360 Beauchamp à Longueuil.

  • Quelle est votre occupation?, lui demanda le greffier.
  • Je suis artiste peintre et je travaille aussi au Ministère du Revenu.

Me Robert demanda ensuite à discuter avec sa cliente. Immédiatement après, Lise Rose reprit la parole.

  • Monsieur le coroner, je demande la parole parce que je voudrais expliquer aux gens qui sont là les raisons qui motivent la grève de la faim.
  • Une minute, mademoiselle, fit le coroner Trahan. Si vous n’avez pas d’objection ici, dans la cour du coroner, c’est le coroner qui établit les règlements qui sont fixés par la loi. Alors là, vous avez droit, je pense bien, votre avocat a dû vous avertir, vous avez le droit de demander la protection de la loi, alors je veux savoir de vous si vous demandez la protection de la loi?
  • Alors, je vous accorde la protection de la loi à condition que vous disiez la vérité, purement la vérité et simplement la vérité.
  • Oui, je suis d’accord.
  • Maintenant, quant aux autres déclarations que vous voulez faire, pour moi ça ne regarde absolument pas l’enquête que j’ai à faire. Alors, je ne suis pas ici pour entendre des discours pour me dire pourquoi vous faites la grève de la faim, pourquoi vous faites ci et pourquoi vous faites cela. Vous êtes ici purement et simplement pour répondre aux questions qui vont vous être posées et si des questions qui vous sont posées ne sont pas légales, vous avez votre avocat Me Robert qui s’y objectera et moi je déciderai si l’objection est bien fondée ou mal fondée.
  • Alors, si je comprends bien, vous ne me donnez pas le droit de parole, vous ne me donnez pas le droit d’expliquer à ces gens pourquoi je fais la grève de la faim, c’est-à-dire pour aller à Tanguay?
  • Je viens de vous dire mademoiselle, que moi je ne suis pas ici pour entendre ces doléances-là, les doléances que vous avez à prononcer ça devrait être adressé à d’autres personnes que moi. Quand même que vous le diriez à moi je ne peux rien faire, moi, je suis ici purement et simplement pour entendre votre témoignage se rapportant à l’enquête que j’ai à mener. Alors, par après, si vous voulez faire des doléances à qui de droit, vous les ferez par les canaux ordinaires que vous indiquera votre avocat.
  • Je voudrais expliquer les conditions de détention que l’on a ici, s’entêta-t-elle.
  • Mademoiselle, je sais que …
  • Vous ne les connaissez pas, certain.
  • Il y a bien des choses, vous avez un ombudsman, vous avez tout ce qu’il faut dans la province …
  • Je ne veux pas que ça prenne un an, je veux le dire tout de suite.
  • Pour faire valoir vos droits, alors si vous le voulez on va procéder immédiatement avec la cause.

Ce fut alors à Me Jacques Ducros d’interroger la sœur des frères Rose.  Mais là encore, on frappa un mur.

  • Alors, mademoiselle Rose, si je comprends bien, vous êtes la sœur de Paul et de Jacques Rose?
  • Première chose, je refuse de témoigner.
  • Vous refusez de témoigner pour quelle raison?
  • Je vais vous donner mes raisons que j’ai écrites pour ne pas en oublier aucune parce que je considère qu’il est nécessaire que je proteste contre la discrimination et l’injustice qu’il y a eu à mon égard comme à l’égard de d’autres personnes et voici ces injustices.
  • Ce n’est pas cela que vous demande, fit me Ducros.
  • Je vais vous les donner : les brutalités de la part des policiers enquêteurs…
  • Mademoiselle…
  • Ils m’ont battue à plusieurs reprises …
  • Mademoiselle…
  • Qui m’ont déshabillée complètement nue …
  • Mademoiselle, je vous demande …
  • L’isolement pendant plus de 22 jours…
  • Un instant, intervint le coroner.
  • La grève de la faim j’ai été obligé de la faire pendant neuf jours pour protester contre ces brutalités et …
  • Mademoiselle Rose …, tenta Me Ducros.
  • Le fait que le 19 octobre je me considère comme kidnappée par l’état policier et le fait que par la suite on a créé de toutes pièces un acte d’accusation afin de légitimer les sept à l’occasion … pour les poursuivre indéfiniment …
  • Mademoiselle …, tenta encore Me Ducros.
  • Et le fait qu’on est ici dans des conditions impossibles à vivre en faisant de la cellule 23 heures et demi sur 24 … La nourriture inmangeable, le froid, présentement j’ai mon manteau, il fait assez froid dans ma cellule, la chaleur pendant certains jour aussi …
  • Mademoiselle, fit le coroner, si vous voulez, je vous ai indiqué tout à l’heure l’endroit où vous pouviez …
  • Je tiens à le dire présentement et …
  • Tout ce que je veux savoir …
  • Je ne sais pas combien de temps je vais rester ici.
  • Je veux savoir de vous, mademoiselle, purement et simplement si vous voulez rendre témoignage?
  • J’ai répondu à cette question : je refuse de témoigner pour protester contre la discrimination, les brutalités et les injustices que j’ai subies depuis que je suis ici.
  • Mademoiselle Rose, fit Me Ducros, je vous repose la question : est-ce que vous êtes la sœur de Paul et Jacques Rose?
  • Je n’ai rien à vous répondre.
  • Vous refusez de répondre?
  • Je refuse de témoigner, point final.
  • Monsieur le coroner, je fais une motion pour outrage au tribunal.
  • Mademoiselle, fit le coroner en se tournant à nouveau vers Mlle Rose, est-ce que vous avez des motifs sérieux pour refuser de répondre?
  • Je viens de vous les nommer, monsieur le coroner.
  • À part ceux que vous venez de donner?
  • Je pense que c’est un motif sérieux quand un être humain est dans des conditions comme je vis présentement de protester avec les moyens qu’il a, je n’ai pas d’autres moyen pour protester que de refuser de témoigner et de faire la grève de la faim… C’est ce que je fais depuis sept jours avec Lise Balcer.
  • Mademoiselle, moi je n’ai que les moyens que j’ai à ma disposition également, moi c’est de suivre la loi et je vous déclare en mépris de Cour et également comme j’ai dit tout à l’heure je vais remettre la sentence à mardi prochain.
  • Je voudrais spécifier encore les descentes de perquisition dans ma cellule de même que dans celle de Lise Balcer. On m’a enlevé mes écrits et ceux de Lise Balcer, c’est-à-dire des poèmes de même qu’une pièce de théâtre qu’elle était après écrire.
  • S’il vous plaît, soupira le coroner, voulez-vous faire sortir le témoin?
  • Je n’ai rien d’autre à dire sauf que mes sœurs et mes frères Paul et Jacques, je vous aime.

Finalement, par mégarde, le témoin venait de répondre à une question à laquelle elle s’était refusée un peu plus tôt. En effet, Lise Rose venait d’avouer qu’elle était bien la sœur des frères Rose.

Sur ce, Me Robert s’opposa à son expulsion, mais le coroner le réprimanda plutôt pour lui rappeler qu’il aurait dû mieux conseiller sa cliente.  Me Robert expliqua avoir informé Lise de toute la situation, ce qui laisse entendre qu’elle avait agis de son propre chef.

Lorsque Me Robert reprit le sujet de la demande de transfert  de sa cliente vers la prison Tanguay pour femmes, le coroner dut lui expliquer qu’il n’avait qu’un rôle de coroner et que ce genre de demande ne relevait pas de ses compétences. Après un léger cafouillage entre les avocats, le coroner Jacques Trahan se sentit obligé d’apporter, encore une fois, certaines précisions.

  • Voulez-vous, s’il vous plaît, messieurs, vous conduire tous et chacun comme si nous étions dans une cour de justice purement et simplement, pas pour ma personne mais pour ce que je représente. Moi ici, je représente la Loi, pas d’autre chose. Alors, je vous demanderais de vous servir des termes et des tons de voix nécessaires pour pareille séance. Moi, vous comprenez Me Robert, j’ai un rôle ici à remplir comme coroner, je n’ai pas d’autre chose que cela à remplir, ce n’est pas moi qui est l’exécuteur des règlements des prisons de la ville ou de la province, vous avez des endroits pour porter plainte, si vous avez des plaintes à porter, alors …
  • Les plaintes sont portées, on n’a pas été écouté, répliqua Me Robert. Ça prend trois mois, son procès sera passé lorsque l’on aura l’audition de l’ombudsman.
  • J’ai vu des rapports, monsieur, où l’ombudsman a agi plus vite que cela, plus vite que ce que vous venez de dire, alors je vous conseille fortement de prendre les moyens légaux à votre disposition et je suis certain que l’on vous écoutera et que justice sera rendue pour tout le monde. Moi, je ne peux pas aller plus loin que cela, c’est bien malheureux, c’est mon rôle, je suis obligé de suivre la loi alors … si tout le monde avait suivi la loi peut-être que l’on ne serait pas ici en tous les cas. … De toute façon, on va attendre la fin pour le décider, alors j’ajourne à mardi prochain, à moins que vous ayez d’autres témoins à faire entendre.
  • Alors, à mardi prochain à 10h00 du matin, mardi le 1er décembre.
  • Je tiens à dire que j’ai été battue à plusieurs reprises et déshabillée complètement nue par les policiers enquêteurs, intervint encore Lise Rose.

Cette fois, personne ne lui prêta attention.

Octobre 70: Clément Roy (32)

24 novembre 1970

En après-midi, on entendit le témoin Clément Roy, un chômeur de 22 ans qui habitait au 3518 Du Havre, appartement 338. Me Ducros lui montra la photo déposée sous la cote 9 tout en lui demandant d’identifier la personne qui apparaissait sur cette photo.

  • Moi, je n’ai rien à voir avec l’objet de cette enquête puis je n’ai rien à dire ici, répliqua Roy.
  • L’objet de cette …?
  • Je n’ai rien à voir avec l’objet de cette enquête présente puis je n’ai rien à dire ici.
  • Monsieur Roy, l’objet de cette enquête c’est de découvrir les circonstances qui ont entouré la mort de l’honorable Pierre Laporte?
  • Moi je vous dis que je ne sais rien par rapport à ça, que je ne peux rien vous dire là-dessus puis que je ne peux rien vous aider à découvrir, enfin ce que vous voulez découvrir au sujet de la mort de Laporte.
  • Alors, monsieur, intervint le coroner, est-ce que vous avez un avocat?
  • Bernard Mergler, mais je ne crois [pas] qu’il soit ici, je ne le vois pas, enfin.
  • Alors, désirez-vous demander la protection de la loi avant de rendre témoignage comme …?
  • Bien, là, je vous ai dit …
  • … la loi me permet de vous le demander?
  • Je vous ai dit que je n’ai rien à dire là-dessus et je m’en tiens à ça.
  • Monsieur Roy, reprit Me Ducros, je vous redemande une autre fois : est-ce que vous connaissez la personne qui apparaît sur la photo qui a été cotée sous le numéro 9?
  • Non, j’ai dit que je n’avais rien à dire ici puis je m’en tiens à ça.
  • Est-ce que vous connaissez monsieur Paul Rose?
  • C’est inutile de me demander cette question.

Tout en gardant son calme, le coroner expliqua au témoin qu’en vertu de l’article 23 de la loi sur les coroners il était obligé de répondre aux questions. Malheureusement, cela fut insuffisant pour que Roy accepte de collaborer.

  • Je voudrais savoir pourquoi mon avocat n’a pas été avisé que je comparaissais.

Me Gaétan Robert se porta alors volontaire pour conseiller le témoin et le coroner accepta cette alternative. En fait, il accepta également de quitter la salle avec les autres pour laisser Me Robert seul avec Roy

Une fois la discussion terminée, les audiences purent reprendre. Me Robert annonça alors avoir avisé Clément Roy de ses droits et de la situation.  Le coroner accorda ensuite la protection de la Cour mais Roy, malgré le fait d’avoir admis que Me Robert l’avait conseillé, continua de maintenir son silence. Il refusait de collaborer pour des raisons qu’on ignore. Cependant, ce manque de bonne foi est un signe non justifié de rébellion envers la procédure de cette enquête de coroner. Tout ce que cette cour cherchait à éclaircir ce sont les détails entourant le décès de Laporte et non de faire le procès du FLQ.

Après plusieurs refus, le coroner lui servit une explication qui aurait normalement raisonné n’importe quelle personne normale.

  • Mais là ce n’est pas à vous de décider si vous n’avez rien à dire. Nous vous demandons purement et simplement de suivre la loi qui existe, qui nous gouverne, vous comme moi, moi comme vous, et je vous demanderais de bien vouloir nous aider pour le plus grand bien de tout le monde. Parce que nous avons tous la liberté mais seulement il ne faut pas oublier une chose, c’est [que] notre liberté elle arrête au moment où on empiète sur la liberté du voisin. Alors là, à ce moment-ci, par votre refus, vous empiétez peut-être sur la liberté du voisin. Alors je vous demande encore une fois de bien vouloir y penser.  Nous sommes ici pour une tâche bien définie et nous espérons que vous comprendrez très bien le rôle que vous avez à jouer. Et encore une fois, je vous le répète, le témoignage que vous pourrez rendre avec la protection de la loi que je vous ai accordée ne peut absolument pas être contre vous.
  • Je ne vois pas exactement de quelle façon je pourrais empiéter sur la liberté de quelqu’un en refusant de répondre, répliqua Roy.

Décidément, Clément Roy ne comprenait rien à rien, en plus de faire preuve d’un manque de respect envers la société. Cette même société avait le droit de savoir ce qui s’était passé dans une affaire de crime public, qui de surcroît avait coûté la vie à un homme public.

  • Peut-être que par les déclarations que vous faites vous allez aider à faire reconnaître l’innocence d’une autre personne et par le fait que vous ne répondrez pas peut-être qu’une personne qui devrait être libérée ne pourra pas l’être. Alors, c’est dans ce sens-là que je vous explique que votre liberté, en ne voulant pas rendre témoignage, que vous pouvez empiéter sur la liberté du voisin. C’est dans ce sens-là que je dis ça. Parce que la société est composée de diverses cellules. Je comprends que si la société n’était composée de votre cellule, très bien, vous ne pourriez pas causer de tort à d’autre que vous-même mais comme la société est composée de diverses cellules et que vous êtes une des parties de ces cellules, alors il me semble qu’en honnête homme vous devriez vous soumettre aux lois et aider à ce que justice soit rendue. Autrement, moi, je vous avertis, je serai obligé de me servir de la loi qui existe dans pareil cas, ce que je n’aime pas à faire. Il me semble qu’entre gens qui pouvons comprendre il est plus facile de suivre, de vouloir suivre la loi que de vouloir être contre la loi.
  • Je m’en tiens à ce que j’ai déclaré tantôt, s’obstina Roy.
  • Est-ce que vous avez des motifs sérieux de ne pas vouloir répondre ou de refuser à témoigner, pas des motifs futiles mais des motifs sérieux?
  • J’ai la nette impression que le témoignage que je pourrais faire ou que d’autres gens ont fait peut servir de prétexte pour porter d’autres accusations contre les individus qui ont témoigné, même si ce témoignage à l’enquête du coroner ne peut pas servir de preuve, ne peut pas servir pour incriminer le gars. Je crois quand même qu’il est possible que d’autres accusations soient portées avec ces témoignages-là.
  • Alors, c’est la seule et unique raison pourquoi vous ne voulez pas répondre?
  • Exactement!
  • Alors, moi je vous déclare qu’au point de vue légal votre raison ne tient pas. Et encore une fois, je vous demande si vous avez un motif sérieux, à part celui-là, pour refuser de témoigner?
  • Je vous dirai que je ne suis pas d’accord, disons, avec vous, je ne suis pas de votre opinion sur la question légale.

Voilà que le témoin se pensait plus connaissant des lois que le coroner Trahan.  Ce dernier, d’ailleurs, n’eut d’autre choix que de déclarer qu’il venait de se rendre coupable de mépris de Cour. Quant à la sentence, il promit de la rendre plus tard.

La Cour s’ajourna.

 

Octobre 70: François Bélisle (26)

         Le témoin suivant fut François Bélisle, 19 ans, qui habitait au 4 rue Kirois, à Victoriaville.  Une fois ces informations données au greffier, le jeune homme, représenté par Me François Folot, demanda la protection de la Cour.  Ce fut ensuite à Me Jean-Guy Boilard de l’interroger.

  • Au cours du mois d’octobre 1970, est-ce que vous avez eu l’occasion de vous rendre au 3720 Chemin de la Reine Marie à Montréal, à l’appartement 12?
  • Pourriez-vous dire vers quelle date au mois d’octobre vous êtes arrivé à cet appartement pour la première fois?
  • Je ne suis pas sûr, mais je pense que c’est vers le 5 … c’est un lundi.
  • Le 5 octobre 1970?
  • Oui.
  • Qui habitait l’appartement 12 à ce moment-là?
  • Il y avait Francine Bélisle, il y avait Richard Therrien, il y avait Colette Therrien et puis il y avait Francis Simard.
  • Lorsque vous nous mentionnez Francine Bélisle, je comprends que c’est votre sœur?
  • Oui.
  • Maintenant, lorsque vous mentionnez Colette Therrien et Richard Therrien, je comprends que l’un est le frère de l’autre?
  • Oui.
  • Vous nous parlez de Francis Simard, le connaissiez-vous avant de le rencontrer à l’appartement 12, le 5 octobre 1970?
  • Non, je ne le connaissais pas.
  • Maintenant, quelle était la raison de votre venue à Montréal au début d’octobre 1970?
  • Je commençais à travailler chez un de mes oncles.

Le témoin reconnut Simard sur la photo no. 10 que lui montra Me Boilard.  Bélisle dira ensuite qu’il avait commencé à habiter à l’appartement 12 et que, selon lui, il ne s’était rien produit de spécial cette semaine-là.

  • Est-ce que vous avez eu l’occasion de parler à ce moment-là à Francis Simard?
  • Comme cela, comme on parle à quelqu’un.
  • Qui vous l’a présenté?
  • Colette.
  • Colette Therrien?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez commencé à travailler immédiatement à partir du 5 octobre?
  • Oui, j’ai commencé le lundi.
  • À quel endroit travailliez-vous, plus précisément?
  • Sur la rue Lebel … Labelle, près de Henri-Bourassa.
  • Quel était le travail que vous faisiez à ce moment-là?
  • J’étais menuisier.
  • Est-ce qu’à la fin de cette semaine du 5 octobre 1970 vous êtes retourné chez vos parents à Victoriaville?
  • Oui.
  • Quand êtes-vous parti?
  • Je suis parti le vendredi.
  • Le vendredi qui, d’après le calendrier, serait quelle date?
  • Le 9 octobre.
  • Êtes-vous revenu à Montréal par la suite?
  • Oui, le 12.
  • Lundi le 12?
  • Oui.
  • Lorsque vous êtes revenu à l’appartement 12 du 3720 Chemin de la Reine-Marie est-ce que Francis Simard s’y trouvait toujours à ce moment-là?
  • Oui, il y était.
  • Et de votre côté, monsieur Bélisle, est-ce que vous avez continué à travailler?
  • Oui, j’ai continué à travailler mais je ne suis pas sûr. Je le crois.
  • Est-ce qu’au cours de cette semaine et plus particulièrement lundi le 12 octobre 1970 vous avez eu dans la soirée l’occasion de sortir avec votre sœur Francine Bélisle et Colette Therrien ainsi que Francis Simard?
  • Oui, on est sorti, on est allé au café Campus.
  • Au Café Campus?
  • Oui.
  • Et vous y êtes restés combien de temps?
  • Jusque vers minuit.
  • Et par la suite, où êtes-vous allés?
  • On est revenu à l’appartement.
  • Est-ce que Francis Simard, dans la semaine du 5 octobre 1970 de même que dans la semaine du 12 octobre 1970, couchait à l’appartement 12?
  • Oui, il couchait là.
  • Au cours de cette semaine du 12 octobre 1970, est-ce que d’autres personnes que, évidemment votre sœur, Mlle Therrien, M. Therrien et Francis Simard, est-ce que d’autres personnes sont allées à l’appartement 12 dans cette semaine du 12 octobre?
  • Je ne crois pas qu’il y en a d’autres qui y soient allés.
  • Alors, devons-nous comprendre que quant à vous cette semaine du 12 octobre s’est passée comme si rien n’était?
  • Oui, c’est cela.
  • Une semaine ordinaire?
  • Oui.
  • Et au cours du week-end de cette semaine est-ce que vous êtes retourné à Victoriaville, chez vous?
  • Oui.
  • Et quand êtes-vous revenu?
  • Le lundi, je crois.
  • Est-ce que c’est possible que ce soit également dans la soirée du dimanche au lundi que vous soyez revenu à Montréal?
  • Oui.
  • Vous êtes-vous rendu à l’appartement 12 à ce moment-là?
  • Oui.
  • Vous souvenez-vous à peu près vers quelle heure dans la soirée?
  • Non.
  • Et quand vous vous êtes rendu à l’appartement 12 est-ce qu’il s’y trouvait des gens?
  • Oui.
  • Qui était là?
  • Il y avait Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard.
  • Où se trouvait Francis Simard?
  • Dans l’appartement.
  • Est-ce que tout le monde était couché ou s’il y avait des gens qui étaient debout?
  • Tout le monde était couché.
  • Vous nous parlez de Paul Rose et de Jacques Rose?
  • Oui.

Me Boilard lui montra alors la photo no. 9, sur laquelle il reconnut aisément Paul Rose.  Sur la photo 11, il reconnut Jacques Rose.

  • Est-ce que vous connaissiez à ce moment-là Jacques Rose et Paul Rose lorsque vous êtes arrivé dans la soirée de dimanche à lundi? Je pense que pour les fins du dossier ce serait le 18 octobre, est-ce que c’est exact?
  • Oui, c’est le 18.
  • Est-ce que vous connaissiez Jacques et Paul Rose à ce moment-là?
  • Je connaissais Jacques pour l’avoir vu l’année passée une fois, chez nous.
  • À Victoriaville?
  • Oui.
  • Et est-ce que vous connaissiez Paul Rose?
  • Non, je ne le connaissais pas.
  • Vous souvenez-vous qui a fait les présentations à ce moment-là, si présentations il y a eu?
  • Il n’y a pas eu de présentation.
  • Vous-même, monsieur Bélisle, est-ce que vous avez continué à travailler à ce moment-là?
  • Cette semaine-là, oui j’ai travaillé… Non, je n’ai pas travaillé parce que mon oncle m’avait dit : « je te rappellerai si j’ai besoin de toi », parce qu’il n’avait pas beaucoup de travail.
  • Et le lundi, le 19, est-ce que vous êtes resté à la maison?
  • Non, j’étais sorti parce que j’avais oublié qu’il fallait qu’il m’appelle, je me suis presque rendu là-bas et je suis revenu.
  • Alors, vous vous êtes rendu pour travailler et vous vous êtes rappelé à ce moment-là que vous ne deviez pas travailler ce lundi-là?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait?
  • J’ai été faire un tour en ville et après cela je suis entré à l’appartement.
  • Vers quelle heure êtes-vous revenu à l’appartement ce lundi 19 octobre?
  • Vers 10h30, 11h00.
  • De l’avant-midi?
  • Oui.
  • Y avait-il des gens à l’appartement quand vous êtes venu?
  • Les mêmes personnes.
  • C’est-à-dire Paul Rose, Jacques Rose, Francis Simard, votre sœur Francine …
  • Oui, elle était là.
  • Est-ce que Colette Therrien était là?
  • Oui.
  • Et Richard Therrien?
  • Oui, aussi.
  • Et qu’est-ce qui s’est passé ce lundi 19 octobre après que vous soyez revenu à l’appartement?
  • Je ne m’en rappelle pas.
  • Est-ce que cette journée-là vous avez eu l’occasion d’aller sur la rive sud?
  • Ah! Oui.
  • Alors, voulez-vous nous raconter ce qui est arrivé exactement relativement à ce voyage?
  • Il fallait que j’aille chercher un permis qui pouvait incriminer Colette.
  • Un permis de quoi, monsieur?
  • Je ne le sais pas, je n’ai pas eu le temps de le regarder.
  • Et qui vous avait demandé d’aller chercher ce permis?
  • Jacques.
  • Jacques Rose?
  • Oui.
  • À quel endroit deviez-vous prendre ce permis?
  • Bien, même dans ma déclaration je n’ai pas pu dire la place exacte.
  • Oui, d’accord, mais est-ce que c’était un permis qui était dans une poubelle, dans une voiture, sur un banc?
  • Dans une voiture.
  • Alors, quelle sorte de voiture, quel genre de voiture?
  • Chevrolet 65. Je crois qu’il était blanc.

Le procureur lui montra une série de six photos déposées sous la cote 24a et qui représentaient une automobile. Évidemment, on imagine que ces clichés devaient représenter cette voiture sous différents angles.

  • Est-ce que c’est l’automobile dans laquelle vous alliez chercher quelque chose, un permis?
  • Oui, c’est dans celle-là.
  • Est-ce que vous aviez eu des indications pour savoir à quel endroit se trouvait l’automobile?
  • Oui, on m’avait donné des indications, des explications.
  • Est-ce que vous êtes parti à la recherche de ce permis-là?
  • Oui.
  • Êtes-vous parti seul ou avec d’autres?
  • Seul, la première fois.
  • Et êtes-vous revenu à l’appartement 12 ensuite?
  • Oui.
  • Combien de temps après votre départ, ç’a duré combien de temps?
  • Ç’a pris deux, trois heures.
  • Quand vous êtes revenu est-ce que vous avez fait rapport à quelqu’un?
  • Oui, j’ai fait rapport à Paul Rose.
  • Qu’est-ce que vous lui avez dit?
  • Que je n’avais pas trouvé le permis.
  • Est-ce que Paul Rose vous a donné de nouvelles instructions?
  • Oui, il m’a donné d’autres explications, que c’était de l’autre bord du pont.
  • Est-ce que vous êtes retourné à ce moment-là?
  • Oui, je suis retourné.
  • Avec qui?
  • Avec Colette.
  • Colette Therrien?
  • Oui.
  • Et est-ce que, de fait, vous avez à ce moment-là localisé l’automobile?
  • Oui, nous l’avons localisée.
  • Où se trouvait-elle?
  • Exactement, je ne peux pas vous dire.
  • En somme, ce que je voudrais savoir …
  • De l’autre bord du pont, près d’un garage.
  • Ce que je veux savoir précisément c’est : est-ce qu’elle était dans une entrée de cour, stationnée sur la rue ou …
  • Sur la rue.
  • Qu’est-ce que vous avez fait?
  • J’ai pris le permis et je suis revenu.
  • Vous êtes revenu avec Colette Therrien?
  • Oui.
  • Maintenant, savez-vous à qui appartenait cette automobile?
  • Non, je n’avais pas posé de questions.
  • Quand vous êtes revenu avec le permis qu’est-ce que vous en avez fait?
  • Je l’ai donné à Paul Rose.
  • Le permis, lorsque vous l’avez remis à Paul Rose, est-ce que vous avez pu voir qu’est-ce qui pouvait être écrit dessus?
  • Non, je n’ai pas vu.
  • Est-ce que vous avez vu cela déjà, monsieur Bélisle, un permis de conduire?
  • Oui, souvent, mais là, la nervosité …
  • Est-ce que ça pouvait ressembler à ce genre de document-là?
  • Oui, ça ressemblait à cela.
  • Et où l’avez-vous trouvé dans la voiture?
  • En avant, à côté du chauffeur, à terre.
  • Par terre?
  • Oui.

Le procureur lui montra la photo 24b qui montrait l’endroit exact dans l’auto où se trouvait le permis.  Toutefois, Bélisle n’était pas sûr, ce qui le poussa à affirmer qu’il n’avait pas pris le temps de bien observer.

Par la suite, le jeune Bélisle expliqua qu’il n’avait pas travaillé non plus le mardi 20 octobre.

  • Est-ce que l’un des frères Rose ou est-ce qu’un des trois, Jacques Rose, Paul Rose ou Francis Simard vous ont demandé de faire quelque chose ce mardi-là?
  • Oui, je crois qu’ils nous ont demandé d’aller chercher du bois à une place, je ne savais pas trop quoi au juste, ils ne m’avaient pas expliqué. Je suis parti avec Colette, on est allé voir dans les magasins, je ne me souviens pas les noms et on a appelé comme quoi ça ne pouvait pas marcher, qu’on ne pouvait pas avoir le bois.
  • Maintenant, qui vous avait demandé en particulier d’aller chercher du bois ce mardi-là?
  • Jacques.
  • Est-ce qu’il vous avait donné des spécifications, des détails?
  • Oui, les mesures du bois.
  • Les mesures du bois?
  • Qu’est-ce que ça prenait.
  • Et qu’est-ce que vous deviez acheter, quel genre de matériaux?
  • C’était des … un plywood, du gyproc, des 2 X 4.
  • Alors, vous avez fait des démarches auprès de certains fournisseurs et ça n’a rien donné?
  • Non.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait?
  • Bien là, on avait appelé ou on est revenu, je ne peux pas vous dire et puis eux autres avaient appelé à un … où ils vendent du bois pour dire qu’on pouvait l’avoir là, qu’ils nous le couperaient, les grandes mesures et que le reste on le couperait nous autres mêmes.
  • Qui avait appelé?
  • Je ne le sais pas.
  • Est-ce que c’est l’un des trois?
  • Oui.
  • Alors, est-ce que vous et Colette Therrien restez à l’appartement ou si vous repartez à ce moment-là?
  • On est reparti pour aller voir pour le bois.
  • Voyagiez-vous toujours à pied ou en automobile?, demanda le coroner. De quelle façon voyagiez-vous?
  • En taxi ou en autobus.
  • De fait, reprit Me Boilard, ce jour du mardi 20 octobre 1970, est-ce que vous en avez trouvé du bois?
  • Oui, il a dit qu’il nous le livrerait soit le lendemain ou dans l’après-midi.
  • Maintenant, à quel endroit le bois ou les matériaux devaient être livrés?
  • Chez la mère de Colette Therrien, parce qu’il fallait les couper.
  • Est-ce que vous avez demandé à Jacques Rose ce qu’il voulait faire avec ce bois-là, ces matériaux-là?
  • Quand on est revenu, j’ai vu qu’il déplaçait le linge dans la garde-robe, tout cela.  Là, je lui ai demandé à quoi ça sert, il a dit : « c’est pour se faire une cachette ».
  • Maintenant, dans la garde-robe, à part avoir remarqué que les vêtements en avaient été sortis, est-ce que vous avez remarqué autre chose aussi?
  • Non, la garde-robe était vide.
  • Est-ce qu’il y avait eu des travaux d’effectués dans la garde-robe?
  • Il avait coupé un chose[1] dans le mur.
  • Un chose dans le mur?
  • Un trou.
  • Un carré?
  • Oui.
  • Avant d’aller plus loin, … ça, c’est la garde-robe qui se trouvait à l’intérieur de l’appartement 12, n’est-ce pas?
  • Oui.

Me Boilard lui montra alors la photo 54f, mais Bélisle y reconnut plutôt les modifications apportées à une autre garde-robe.  Il reconnut cependant ce dont on venait de parler sur la photo 54j.  Ces deux placards étaient collés l’un sur l’autre.

Le mercredi 21 octobre, Bélisle n’avait pas travaillé et ce matin-là il se souvenait avoir été réveillé par quelqu’un, sans pouvoir se souvenir qui.  Après le déjeuner, il s’était rendu chez la mère de Colette en compagnie de celle-ci.

  • Qu’est-ce que vous avez fait chez la mère de Colette Therrien?, questionna Me Boilard.
  • J’ai coupé le bois.
  • Est-ce que vous aviez toujours à ce moment-là les spécifications de Jacques Rose?
  • Oui.
  • Où avez-vous pris les outils pour effectuer ce travail de coupage?
  • On les a acheté.
  • À quel endroit?
  • C’est Colette qui a été les acheter.
  • Le mercredi, cela?
  • Oui.
  • Le même jour?
  • Oui.
  • Et une fois que vous ayez eu coupé le bois, qu’est-ce que vous avez fait ensuite?
  • Son père est venu nous reconduire.
  • Le père de Colette?
  • Oui.
  • A été vous reconduire où?
  • À l’appartement.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait des morceaux de bois que vous aviez coupés?
  • Je leur ai donnés.
  • Dois-je comprendre en définitive que le père de Colette serait allé vous reconduire, vous et Colette, à l’appartement?
  • Oui, on a débarqué le bois sur la pelouse et puis il est reparti et nous autres on l’a monté.
  • Alors, en somme, le bois a été transporté à l’appartement ou à l’extérieur de l’appartement dans la voiture du père de Colette Therrien?
  • Oui.
  • Et qui a monté le bois à l’appartement?
  • C’est moi et Colette.
  • Et une fois rendu à l’appartement, qu’est-ce que l’on a fait avec ces matériaux-là?
  • On a commencé à installer les madriers sur le mur.
  • Qui effectuait les travaux?
  • C’est Jacques qui vissait le bois.
  • Jacques vissait le bois?
  • Oui.
  • Est-ce que d’autres personnes l’aidaient?
  • Francis et Paul.
  • Maintenant, est-ce que vous leur avez donné un coup de main à l’occasion?
  • Oui, quelque peu, oui.
  • Maintenant, à quel moment de la journée à peu près avez-vous apporté ce bois, avez-vous apporté ces matériaux dans la maison?
  • C’est le matin vers l’heure du dîner.
  • Et on a commencé la construction tout de suite?
  • Oui.
  • Et ç’a duré combien de temps la construction de cette cachette-là?
  • Jusqu’à peu près vers 18h00.
  • Maintenant, une fois qu’on eut fait la charpente, qu’on eut fait la construction est-ce qu’on a fait autre chose?
  • Ils ont tapissé le [sic] garde-robe.
  • Est-ce qu’on a également utilisé de la peinture?
  • Pour les planches sur la garde-robe, des planches comme cela, elles ont été peinturées, celui de l’entrée.

Sur la photo 54f, le témoin reconnut la planche en question.

  • Ça été peinturé, ça?
  • Oui.
  • Où vous étiez-vous procuré la tapisserie dont vous vous êtes servi?
  • Chez Pascal[2], sur la même rue.
  • Qui l’a achetée?
  • C’est moi.
  • Est-ce que quelqu’un vous avait demandé de faire cette course-là?
  • Oui.
  • Qui?
  • Jacques.
  • Jacques Rose?
  • Oui.
  • Est-ce que quelqu’un vous avait également remis les argents nécessaires pour l’achat?
  • Oui, Jacques.
  • Jacques Rose?
  • Oui.
  • Maintenant, le jeudi 22 octobre est-ce que vous avez vu à l’appartement 12 Richard Therrien?
  • Oui, je l’ai vu.
  • Est-ce qu’à votre connaissance on aurait demandé à Richard Therrien de faire quelque chose ce jour-là, d’acheter des choses?
  • Je ne m’en rappelle pas.
  • Est-ce qu’à votre connaissance il a été question à un moment donné de contre-plaqué ou de plywood pour faire des tablettes?
  • Oui.
  • Qui en a parlé?
  • Je ne le sais pas. Je sais qu’il est arrivé avec cela.
  • Qui est arrivé avec cela?
  • Richard
  • Richard Therrien?
  • Oui.
  • Richard Therrien est arrivé avec du contre-plaqué?
  • Oui.
  • Est-ce que c’était du contre-plaqué qui était déjà coupé, taillé?
  • Oui.
  • Est-ce que … qu’est-ce qu’il a fait avec ces morceaux de contre-plaqué?
  • Il les a donnés à Jacques.
  • Et qu’est-ce que Jacques Rose a fait avec ces morceaux?
  • Il a été en dedans de la cabane et s’est arrangé avec.
  • La cabane, la cachette?
  • Oui.
  • Et il s’est arrangé avec?
  • Oui.
  • Savez-vous ce qu’il faisait avec cela?
  • Je pense que c’était pour s’asseoir dessus.
  • Faire des tablettes, des sièges?
  • Oui.
  • Est-ce que vous l’avez aidé un peu pour faire cela?
  • Non, il n’y avait pas de place.
  • Maintenant, quand Jacques Rose eut terminé l’installation des tablettes est-ce qu’à votre connaissance des essais ont été faites?
  • Oui, ils en ont fait.
  • Quel genre d’essais, qu’est-ce qu’ils ont fait au juste?
  • Ils entraient dedans.
  • Et en ressortaient?
  • Oui.
  • Y êtes-vous allé, vous, à l’intérieur?
  • Non.
  • À quelle heure du jour Therrien a-t-il apporté les planches de plywood?, questionna le coroner.
  • Vers le soir, je crois.
  • Maintenant, reprit Me Boilard, à votre connaissance, en somme vous avez été témoin, vous, j’imagine des essais que l’on a pu faire dans cette cabane, dans cette cachette?
  • Oui.
  • Est-ce que ça prenait du temps pour entrer?
  • Pas tellement.
  • C’était assez vite?
  • Oui.
  • Sans évidemment avoir chronométré toute cette affaire-là ç’aurait pu prendre combien de temps d’après vous?
  • Une minute, peut-être moins.
  • Pour entrer combien de personnes, cela?, demanda le coroner.
  • Trois.
  • Maintenant, reprit encore Me Boilard, jusqu’à venir au 22 octobre 1970 est-ce que l’on doit comprendre que votre sœur Francine habitait toujours à l’appartement 12?
  • Non, elle n’habitait plus là.
  • Elle avait quitté?
  • Durant la semaine.
  • Dans la semaine de ce 22 octobre?
  • Oui, je crois que c’est cela.
  • Elle avait quitté l’appartement pour aller à quel endroit?
  • Sur la rue Parc Lafontaine.
  • Pour quelle raison?
  • Je ne le sais pas, elle était nerveuse quelque chose comme cela, elle avait peur, elle est partie.
  • Dois-je comprendre qu’elle logeait dans un appartement sur la rue …
  • Oui, une chambre je crois.
  • Sur la rue Parc Lafontaine?
  • Oui.
  • Maintenant, savez-vous qui occupait avant cette chambre-là, c’était la chambre de qui cela sur la rue Parc Lafontaine?
  • Je ne suis pas sûr, mais je crois que c’était François Roux.
  • François Roux, le connaissiez-vous, monsieur Bélisle?
  • Oui, je le connaissais parce qu’il avait déjà resté à Victoriaville, ça fait longtemps… il était ami avec ma sœur.
  • Maintenant, est-ce que vous êtes allé à Victoriaville cette semaine-là?
  • J’y ai été durant la fin de semaine, à toutes les fins de semaine j’y ai été.
  • Et quand êtes-vous revenu après cette semaine-là à l’appartement 12?
  • Lundi, je crois.
  • Le lundi, ce serait le 26 octobre?
  • Oui.
  • D’après votre calendrier?
  • C’est cela.
  • Et lorsque vous êtes arrivé ce jour-là…
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez vu votre sœur Francine à l’appartement 12?
  • Non… Bien, je crois qu’elle y était mais je ne suis pas sûr.
  • Vous êtes arrivé à quel moment de la journée, lundi?
  • Dans l’après-midi.
  • Lorsque vous êtes arrivé dans l’appartement avez-vous vu à l’intérieur?
  • Les trois mêmes personnes, plus Colette.
  • Mais quand vous êtes entré immédiatement dans l’appartement est-ce que les frères Rose et Francis Simard étaient à l’extérieur de leur cachette?
  • Je ne peux pas me rappeler s’ils étaient à l’intérieur ou à l’extérieur.
  • Vous avez habité l’appartement 12 pour un certain temps … est-ce que vous avez vu, disons par exemple lorsque l’on sonnait à la porte ou que l’on frappait à la porte qu’est-ce qui se passait à ce moment-là?
  • Si c’était un inconnu, ils se cachaient. Si c’était Colette ou moi ou Richard ou Francine disons, ils restaient là.
  • Et qui les avertissait de sortir ou comment les avertissait-on de sortir?
  • Bien, il y avait une espèce de corde pour sonner…
  • Est-ce que vous avez dit une espèce de code ou de corde?
  • De code.
  • Et quel était ce code-là?
  • C’était six coups moyens.
  • De sonnette?
  • Oui.
  • Mais quand on était dans l’appartement et que l’on se rendait compte que c’était Richard Therrien ou Colette Therrien qui entrait ou votre sœur qui entrait, de quelle façon préveniez-vous les gens qui étaient dans la cachette qu’ils pouvaient sortir?
  • On cognait sur la porte et ils sortaient.
  • Est-ce que vous, vous avez déjà informé en cognant sur le mur de la cachette que les gens pouvaient sortir?
  • Oui.
  • Est-ce qu’à votre connaissance Colette Therrien …
  • Oui.
  • Colette Therrien l’a fait?
  • Oui.
  • Et votre sœur Francine?
  • Francine, je ne crois pas.
  • Richard Therrien?
  • Oui.
  • En somme, c’était quand même quelque chose qui était coutumier, il n’y avait rien de spécial, en somme celui ou celle qui était sur les lieux le faisait?
  • Oui.
  • Le mardi, je pense que ce serait le 27 octobre 1970 …
  • Qui avait inventé cette méthode-là?, demanda encore le coroner Trahan.
  • C’était eux autres,
  • Qui eux autres?
  • Les trois.
  • Est-ce que vous parlez de Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard?, reprit Me Boilard.
  • Bien, je sais que c’était eux autres qui …
  • Le groupe?
  • Oui.
  • Et qui vous avait dit à vous de faire cela?, questionna encore le coroner.
  • Je ne me souviens pas.
  • Mardi le 22 octobre?, fit Me Boilard.
  • Oui.
  • Est-ce que vous êtes allé travailler cette journée-là?
  • Non.
  • Est-ce que Paul Rose vous avait demandé d’aller faire une commission, une course?
  • Oui, il m’a demandé d’aller acheter un lettre à set.
  • Qu’est-ce que c’est cela?
  • C’est une feuille transparente avec des lettres en plastique, tu le mets sur la feuille et puis à l’envers tu barbouilles sur l’autre feuille et puis ça colle sur l’autre.
  • En somme, c’est un machin quelconque pour imprimer des lettres?
  • Oui.
  • Ou dessiner des lettres?
  • Oui.
  • Et de fait y êtes-vous allé l’acheter?
  • Oui, j’y ai été.
  • Et à qui l’avez-vous remis ce lettre à set?
  • À Paul Rose.
  • Vous rappelez-vous où vous avez acheté cela?
  • Dans une papeterie pas loin d’où on restait.
  • Alors, quand vous avez remis ce lettre à set à Paul Rose qu’est-ce qu’il faisait Paul Rose à ce moment-là?
  • Il écrivait quelque chose sur un papier.
  • Il écrivait quoi?
  • Je suppose que c’était un communiqué.
  • Et quand vous lui avez remis ce lettre à set qu’est-ce qu’il en a fait de ce lettre à set?
  • Il a imprimé quelque chose sur sa feuille.
  • Il a imprimé quoi?
  • Je crois que c’était FLQ.
  • Et après avoir fait cela qu’est-ce qu’il a fait du communiqué ou de la lettre qu’il écrivait?
  • Il l’a mis dans une enveloppe.
  • Et à qui a-t-il donné cette enveloppe-là, s’il l’a donnée à quelqu’un?
  • À moi.
  • Et il vous a demandé de faire quoi avec?
  • De l’apporter pour qu’un poste de radio puisse la prendre.
  • Est-ce que Paul Rose vous a mentionné l’endroit où vous deviez aller porter cette lettre-là?
  • Il m’avait dit dans le bout de la gare.
  • Quelle gare?
  • La gare Centrale d’autobus pour le Provincial, je crois. L’autobus Provincial.
  • C’était où, cela?
  • Je ne me souviens pas.
  • Est-ce que c’était le terminus où se trouve, qui se trouve sur Dorchester?
  • Je ne le sais pas, je ne peux pas dire.
  • Ou sur Berri?
  • Je ne peux pas dire.
  • Vous ne le savez pas?
  • Oui.
  • Et de fait, y êtes-vous allé?
  • Oui, j’y ai été.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait de l’enveloppe que Paul Rose vous avait remise?
  • Je l’ai mise dans une poubelle.
  • Et ensuite?
  • Rien d’autre.
  • De quelle façon vous êtes-vous rendu là?, demanda le coroner Trahan.
  • En métro et en autobus.
  • Après avoir déposé la lettre à l’endroit que vous avait indiqué Paul Rose, reprit Me Boilard, est-ce que ce dernier vous avait également demandé de faire autre chose?
  • Oui, de téléphoner.
  • De téléphoner où?
  • Au poste de radio CKAC, je crois.
  • Et qu’est-ce que vous deviez leur dire à ce moment-là?
  • Je devais leur dire que le communiqué était à une telle place dans une poubelle.
  • C’était quel genre d’enveloppe?
  • C’était une enveloppe rose.
  • Savez-vous d’où ça provenait?
  • C’était à ma sœur, elle en avait beaucoup avec des feuilles pour écrire.
  • Après avoir ainsi déposé le communiqué à cet endroit, est-ce que vous êtes revenu à l’appartement 12?
  • J’ai attendu un bout de temps parce qu’il m’avait dit de téléphoner et comme je ne voulais pas m’embarquer dans des choses comme cela j’ai attendu et …
  • Et après avoir attendu quelque temps êtes-vous revenu à l’appartement 12?
  • Oui.
  • Est-ce que vous y avez vu Paul Rose?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous lui avez dit?
  • Je lui ai dit que ça n’avait pas marché, qu’ils n’avaient pas trouvé le communiqué.
  • Alors, qu’est-ce que Paul Rose a fait à ce moment-là?
  • Il a commencé à en écrire un autre, je crois.
  • Est-ce qu’il s’est à ce moment-là encore une fois servi de lettre à set?
  • Oui.
  • Que vous aviez acheté?
  • Oui.
  • Maintenant, est-ce que vous pourriez … vous les avez vus ces communiqués-là?
  • Non, je ne les ai pas lus.
  • Mais sans lire vous avez pu voir quel genre de papier c’était?
  • Oui.
  • Avez-vous remarqué quelque chose de particulier sur le papier dont se servait Paul Rose?
  • Non, c’était du papier blanc.
  • Est-ce qu’il y avait un tracé, des couleurs?
  • Non, il n’y avait rien, c’était blanc.
  • Alors, le deuxième communiqué que Paul Rose s’est mis à écrire après votre retour comme vous nous l’avez décrit qu’est-ce qu’il en a fait?
  • Il a fait la même chose et puis il a mis son passeport, je crois, ou quelque chose comme cela dedans et c’est tout.
  • Et à qui a-t-il remis ce communiqué-là?
  • À Colette.
  • Et qu’est-ce que Colette devait faire avec ce deuxième communiqué?
  • Je crois que c’était la même chose que moi.
  • Et est-ce que de fait Colette est sortie de l’appartement?
  • Oui.
  • Est-ce qu’elle est partie seule ou en compagnie d’une autre personne?
  • Seule.
  • Et est-ce qu’elle est revenue à l’appartement après?
  • Oui.
  • Combien de temps après son départ, à peu près?
  • Deux heures.
  • Est-ce qu’il a été question également entre l’un des frères Rose par exemple et Colette Therrien de photocopie de communiqué?
  • Je crois que oui.
  • Alors, voulez-vous raconter à monsieur le coroner ce qui est arrivé?
  • Bien, je ne le sais pas, il s’est expliqué avec elle qu’il voulait avoir je crois des copies de son communiqué, il s’est arrangé avec.
  • Et à votre connaissance, est-ce que des photocopies ont été faites de ce communiqué?
  • Oui.
  • Est-ce que c’était le premier ou le deuxième cela?
  • Je ne m’en rappelle pas.
  • Et toujours à ce moment-là est-ce que l’on vous a remis à vous, monsieur Bélisle, une copie de ce communiqué-là?
  • Non.
  • Et à votre connaissance en aurait-on remis une copie à Colette Therrien?
  • Je ne m’en rappelle pas.
  • Vous souvenez-vous qu’à cette époque-là il aurait eu une réunion là à l’Université de Montréal?
  • Oui, pour les droits de l’homme.
  • Êtes-vous allé à cette réunion-là, monsieur Bélisle?
  • Oui.
  • Avec qui?
  • Seul, la première fois.
  • Et la deuxième fois?
  • J’y étais allé pour aller sonder pour voir si c’était possible d’aller porter un communiqué.
  • Et y êtes-vous allé une deuxième fois?
  • Oui, j’y suis retourné.
  • Avec qui?
  • Avec Colette.
  • Quand vous y êtes allé la première fois, est-ce que c’était à la demande et la suggestion de quelqu’un?
  • À la demande de Paul Rose.
  • Et lorsque vous y êtes retourné une deuxième fois avec Colette Therrien est-ce que vous êtes en possession de quelque chose à ce moment-là?
  • Oui, un communiqué.
  • Et qu’est-ce que vous en faites?
  • On le dépose près d’une boîte à malle, c’est marqué affranchi et non affranchi, c’est près de la salle et là j’ai téléphoné pour dire où il était.
  • À qui … vous avez téléphoné à qui?
  • À quelqu’un qui répondait, j’avais demandé à une personne qui parlait en avant mais …
  • Vous aviez demandé un des conférenciers?
  • Comme il ne pouvait pas se déranger c’est à quelqu’un là qui a répondu et puis il a dit que c’était correct.
  • Mais qu’est-ce que vous avez dit, vous?
  • J’ai dit qu’il y avait un communiqué près de la boîte à malle et tout cela et il est allé le chercher.
  • Quand vous avez appelé pour ce communiqué-là, intervint le coroner Trahan, est-ce que vous étiez à l’université même?
  • Non, j’étais dans une boîte téléphonique.
  • En dehors de l’université?
  • Oui.
  • Ce soir-là, reprit Me Boilard, le soir de la réunion à l’Université et du communiqué etc., est-ce qu’il est arrivé un incident, une erreur de numéro de téléphone, question de monnaie également de 10¢ qui disparaissaient, que vous n’aviez plus?
  • Oui, il me manquait un dix sous, je m’étais trompé de numéro.
  • Est-ce que vous avez dit cela, est-ce que vous en avez informé Colette Therrien que vous vous étiez trompé?
  • Oui, je suis retourné pour lui dire que je n’avais pas pu téléphoner et tout cela, et là elle m’a donné un autre dix sous et j’ai été téléphoner.
  • Où était-elle Colette Therrien à ce moment-là?, questionna le coroner.
  • Elle était à l’université.
  • Maintenant, reprit Me Boilard, ce que vous deviez dire lors de cette conversation, de ce téléphone plutôt à l’Université qui vous avait [dit] de dire cela, vous avait dit quoi de dire?
  • C’était Paul Rose.
  • Est-ce que Colette Therrien était avec vous lors de ce téléphone-là?
  • Non, elle était à l’Université pour voir s’il passerait ou non.
  • Maintenant, est-ce qu’elle vous avait dit ou demandé de faire quelque chose relativement toujours au communiqué de l’Université?
  • Non.
  • Ce n’est pas elle qui vous avait dit : « tu diras cela lorsque tu téléphoneras ou tu parleras à untel »?
  • Non.
  • L’erreur du numéro de téléphone maintenant… Est-ce que vous l’aviez noté ce numéro de téléphone-là?
  • Non, je l’avais dans ma mémoire.
  • Et est-ce que vous avez mentionné à Colette Therrien que …
  • Oui, je lui ai dit, on est ressorti ensemble et là j’ai été téléphoner.
  • Est-ce que c’est parce que vous aviez un blanc de mémoire ou si vous étiez nerveux à ce moment-là?
  • J’étais nerveux.
  • Et à ce moment-là, vu votre nervosité, est-ce que Colette vous a donné des instructions ou vous a suggéré de faire des choses, de dire des choses?
  • Non, elle ne m’a rien suggéré, j’ai refait un autre téléphone.
  • Et cette fois-ci, sans vous tromper de numéro?
  • Oui.
  • Maintenant, le jeudi de la même semaine, je pense que ça serait le 29 octobre, c’est cela?
  • Plutôt le 30 … non … le 30, oui. Le 29, oui.
  • Je 29 octobre, jeudi?
  • Oui.
  • Quand vous vous êtes levé le matin est-ce que Colette Therrien était à l’appartement?
  • En d’autres termes, disons, peut-être pour vous aider là, est-ce que vous auriez eu un téléphone de Colette Therrien le matin du 29 octobre 1970 relativement à un communiqué?
  • Non, je ne crois pas en avoir eu … je n’ai peut-être pas compris.
  • Je vais essayer de vous aider, est-ce que ce jeudi le 29 octobre 1970, dans la journée de jeudi le 29, est-ce que vous auriez parlé avec Colette Therrien au téléphone relativement à un communiqué qu’elle avait livré?
  • Je ne m’en rappelle pas.
  • Vous ne vous en souvenez pas?
  • Non.
  • Est-ce qu’au cours de cette journée-là vous avez vu Colette Therrien à l’appartement toujours …
  • Le soir.
  • De quoi a-t-il été question entre vous et elle?
  • Rien de spécial.
  • Est-ce qu’il a été question de communiqué dans la soirée du 29?
  • Oui, il voulait qu’elle aille porter je crois des communiqués à tous les postes de radio et comme c’était pas possible elle a appelé… elle avait appelé pour dire qu’elle était trop fatiguée.
  • Qui lui avait demandé d’aller porter des communiqués?
  • Paul Rose.
  • Est-ce que cette journée-là toujours votre sœur Francine se trouvait à l’appartement?
  • Je ne peux pas dire.
  • Vous, lui avez-vous parlé?
  • Non, je ne lui ai pas parlé.
  • Est-ce qu’il a été question d’une certaine Micheline, que vous changiez de place pour …
  • Ah! Oui, le soir moi-même j’ai été coucher chez elle.
  • Qui vous avait demandé …
  • C’est Francine qui avait appelé.
  • Votre sœur Francine vous avait appelé à l’appartement?
  • Elle avait appelé Colette.
  • Et elle voulait que vous alliez coucher chez cette amie?
  • Oui.
  • Micheline?
  • Oui.
  • Et est-ce que de fait vous y êtes allé?
  • Oui.
  • Vous êtes resté combien de temps chez Micheline?
  • Je suis parti le vendredi pour aller à Victoriaville.
  • Est-ce que vous êtes revenu à Montréal la semaine suivante qui serait le lundi 2 novembre?
  • Oui, je suis revenu.
  • Et où êtes-vous allé, à l’appartement?
  • Je suis allé à la chambre où Francine restait.
  • Sur le parc Lafontaine?
  • Oui.
  • Francine s’y trouvait toujours?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait?
  • Francine avait beaucoup de bagages et puis fallait qu’elle retourne à l’appartement alors …
  • À l’appartement sur Reine Marie?
  • Oui.
  • Et lui avez-vous aidé à retourner?
  • Oui, je lui ai aidé. Il a fallu que j’aille chercher les bagages.
  • Quand vous êtes arrivé à l’appartement sur Reine Marie?
  • Oui.
  • Qui y avez-vous vu?
  • J’ai vu Paul Rose, Jacques Rose ainsi que Francis Simard et Lortie.
  • Lortie était là?
  • Oui.
  • Bernard Lortie?
  • Oui.
  • Est-ce que vous le connaissiez avant ce jour-là?
  • Non.

Pour être certain qu’on parlait du même individu, Me Boilard montra au témoin la photo cotée 17 et le témoin y reconnut aisément Bernard Lortie.

  • Et là, est-ce que quelqu’un vous l’a présenté, Lortie?
  • Non, je l’avais vu dans les journaux.
  • À cette époque-là, on est disons au 2 novembre 1970, est-ce que vous saviez, monsieur Bélisle, que Paul Rose était recherché par la police?
  • Est-ce que vous saviez également que Lortie était recherché par la police?
  • Oui.
  • Saviez-vous que Simard était recherché?
  • Oui.
  • Également Jacques Rose?
  • Oui.
  • Durant le temps où ces trois personnes à l’exception de Lortie, étaient à l’appartement et à compter du 2 novembre lorsque Lortie y est arrivé est-ce que vous écoutiez les émissions de télévision?
  • Oui, les émissions de télévision, de radio.
  • Est-ce que vous écoutiez les bulletins de nouvelles?
  • Oui.
  • Est-ce que vous auriez vu par exemple, à la télévision les photographies …
  • Non, je n’en ai pas vu à la télévision.
  • Dans les journaux peut-être?
  • Oui.
  • Alors ça c’était … vous le saviez, vous?
  • Oui, je savais que ma sœur était là aussi.
  • Était à l’appartement sur Reine Marie?
  • Oui.
  • Combien y avait-il de chambres à coucher dans cette maison-là?, demanda le coroner Trahan.
  • Deux, un salon, une cuisine et puis une espèce de hall d’entrée.
  • Est-ce que tout le monde se couchait en même temps ou s’il y en avait qui faisaient la garde?
  • Quand vous êtes entré le 2 novembre 1970 à l’appartement du chemin de la Reine Marie vous accompagniez Francine votre sœur?, reprit Me Boilard.
  • Oui.
  • Vous lui aidiez à apporter ses bagages?
  • Oui.
  • Lorsque vous êtes entré dans l’appartement est-ce que les quatre c’est-à-dire les deux frères Rose, Simard et Lortie étaient dans l’appartement ou sinon où étaient-ils?
  • Ils étaient cachés.
  • Est-ce qu’à un moment donné ils sont sortis de leur cachette?
  • Oui.
  • Qui les a informés?
  • Ha! Je ne le sais pas.
  • Après avoir reconduit votre sœur Francine à l’appartement toujours ce 2 novembre êtes-vous resté, vous, à l’appartement 12?
  • Non, j’ai pris mes bagages et je suis parti à la chambre qu’elle avait eue …
  • À la chambre de Francine?
  • Oui.
  • Sur la rue Parc Lafontaine?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait dans cette semaine du 2 novembre?
  • J’ai peinturé ma chambre.
  • La chambre sur Parc Lafontaine?
  • Oui.
  • Et vous êtes resté à cette chambre-là jusqu’à quelle date à peu près?
  • Jusqu’au vendredi.
  • Ça se trouvait vendredi, 6 novembre?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait ce vendredi-là?
  • Je suis monté à Victoriaville.
  • Et est-ce que vous avez passé le week-end là?
  • Oui.
  • Et êtes-vous revenu le 9 novembre?
  • Non … oui, je suis revenu.
  • Vous êtes revenu le 9 novembre?
  • Oui.
  • Et où êtes-vous allé?
  • J’ai été chercher mes bagages.
  • À la chambre sur Parc Lafontaine?
  • Oui.
  • Et êtes-vous resté longtemps chez Micheline?
  • Non, je suis parti le mardi.
  • Pour Victoriaville?
  • Oui.
  • Et êtes-vous revenu à Montréal subséquemment?
  • Non.
  • Pendant votre séjour sur Queen Mary est-ce qu’il a été question entre vous et l’un quelconque des trois et à compter du 2 novembre l’un des quatre Rose, Lortie, Simard …
  • Je n’ai pas demeuré avec l’autre, avec les trois.
  • Avec les trois, d’accord. Est-ce qu’il a été question par exemple de l’enlèvement de monsieur Laporte?
  • Non, il n’a pas été question de cela.
  • Est-ce que l’un des frères Rose ou Simard aurait passé en votre présence des commentaires disons suite à des bulletins de nouvelles à la télévision ou à la radio ou suite à des informations dans les journaux?
  • Bien, des commentaires parce qu’ils étaient recherchés, c’est évident.
  • Est-ce que l’on aurait parlé en votre présence durant cette période-là de monsieur Cross?
  • Non, il n’a pas été question de monsieur Cross.
  • À cette époque-là, à ce moment-là?
  • Non.
  • En votre présence toujours?
  • Non.
  • À votre connaissance, est-ce qu’il y aurait eu des armes pendant le moment là où les frères Rose et Francis Simard étaient à l’appartement 12, est-ce que vous y auriez vu des armes à feu?
  • Non, je n’ai pas vu d’armes, j’ai vu des boîtes.
  • Des boîtes qui se trouvaient où?
  • Dans la cachette?
  • Oui.
  • Vous n’avez pas vu ce qu’il y avait dedans?
  • Non.
  • Vous n’auriez pas vu disons ouvertement là, comme je vous montre mon stylo, une arme à feu, revolver, pistolet ou quoi que ce soit?
  • Non.

Questionné par le coroner, Bélisle précisera que cette boîte avait une dimension d’environ 7 X 12 pouces.

  • Est-ce qu’il aurait été question, sans évidemment les voir mais est-ce qu’on aurait mentionné en votre présence toujours à l’appartement 12, qu’il s’y trouvait des armes à feu dans l’appartement?
  • Quand j’ai vu cela, les boîtes, on m’a dit que c’était des armes.
  • Qui vous a dit cela?
  • Jacques.
  • Jacques Rose?
  • Oui.
  • Est-ce que l’on a spécifié quelle sorte d’armes ça pouvait être?
  • Non.
  • Une .22 ou un fusil de chasse?
  • Non, pas clairement.
  • Bien, si pas clairement …
  • On a dit que c’était des armes.

Me Boilard lui demanda ensuite de regarder la jeune femme qui venait d’entrer dans la salle et le témoin l’identifia comme étant sa sœur, Francine Bélisle.  Peu de temps après, il lui demanda d’identifier Colette Therrien et Richard Therrien.  Une fois ces faits établis, Me Boilard annonça en avoir terminé avec le témoin François Bélisle.  La cour s’ajourna pour la pause du midi.

Je suis conscient que la lecture d’un témoignage aussi long peut s’avérer ennuyeux par moment, mais cette présentation répond à un besoin de transparence. On ne pourra pas m’accuser de mal résumer un témoignage ou de créer des citations hors contexte. Les témoignages sous serment étant de la preuve légale, il est parfois nécessaire de bien s’en imprégner pour tenter de se rapprocher le plus possible du contexte de l’époque.

Le témoignage suivant sera celui de Francine, la sœur de François Bélisle.


[1] Retranscris tel que lu dans les transcriptions sténographiques.  Par « un chose » au lieu de « une chose », le témoin voulait certainement dire « un truc ».

[2] Nom d’une quincaillerie en vogue à cette époque.

Octobre 70: Le témoignage de François Roux (25)

François Roux

23 novembre 1970

Lorsque Me Jean-Guy Boilard de la poursuite voulut appeler le témoin François Roux, Me Claude Filion, qui défendait les intérêts de Roux, demanda à voir son client avant de commencer, ce que lui accorda volontiers le coroner Trahan.  Roux avait 21 ans et travaillait comme caméraman.  Il habitait au 3912 Parc Lafontaine.  Roux demanda aussitôt la protection de la Cour.

  • Alors, monsieur Roux, commença Me Jean-Guy Boilard, au cours des mois d’octobre et de novembre 70 est-ce que vous vous trouviez à Montréal?
  • Oui.
  • À quelle adresse habitiez-vous en octobre 70?
  • En octobre, j’habitais à 30 … je ne sais pas l’adresse de Roger Frappier, sur la rue Saint-Hubert, ensuite j’ai loué une chambre à 3884 Parc Lafontaine et ensuite je suis déménagé à 3912 Parc Lafontaine.
  • Pardon? Je n’ai pas saisi la dernière partie de votre réponse?
  • Ensuite je suis déménagé à 3912 Parc Lafontaine.
  • Au cours du mois d’octobre 70, et plus particulièrement le 20 octobre 1970, aviez-vous eu, avez-vous eu une conversation téléphonique avec Francine Bélisle?
  • Oui.
  • À quel sujet?
  • Je lui ai téléphoné simplement pour lui demander des nouvelles parce que ça faisait longtemps que je ne l’avais pas vue, c’est tout.
  • Est-ce que vous l’avez vue ce 20 octobre 70?
  • Non.
  • Quand l’avez-vous vue suite à cette conversation téléphonique du 20?
  • On s’était donné rendez-vous pour le 22.
  • Alors, le 22 qu’est-ce qui est arrivé?
  • Le 22 elle est venue me rejoindre à ma chambre à 39 … pas à 3912, à 3884 Parc Lafontaine et puis c’est tout.
  • Alors on parle toujours, n’est-ce pas, du 22 octobre 1970?
  • Exactement.
  • Pour quelle raison est-elle allée vous rejoindre à votre chambre?
  • Bien, parce que c’était une de mes bonnes amies, c’était tout à fait normal, on avait eu un rendez-vous.
  • Est-elle restée à votre chambre?
  • Oui, elle est demeurée à ma chambre, je crois, jusqu’au 4 novembre. Je ne suis pas certain mais je pense que …
  • Lorsque vous l’avez vue à votre chambre le 22 octobre 1970 comment Francine Bélisle vous est-elle apparue?
  • Bien, maintenant, je traduis différemment la façon qu’elle pouvait être à ce moment-là. Elle était assez nerveuse, elle semblait assez nerveuse, c’est tout.
  • Vous-même, monsieur Roux, êtes-vous resté à votre chambre du 3884 Parc Lafontaine jusqu’au mois de novembre?
  • Je suis resté, je suis déménagé le lendemain de l’arrivée de Francine c’est-à-dire le … le lendemain ou le surlendemain de l’arrivée de Francine.
  • Est-ce qu’aux environs du 22 octobre 70 ou subséquemment au 22 octobre 70 vous avez eu l’occasion d’apprendre certaines choses par la voie des journaux ou de la radio ou de la télévision relativement à l’affaire Laporte, plus particulièrement avez-vous vu des photographies?
  • Oui.
  • Photographies de qui?
  • À ce moment-là, avant le 22 octobre, je pense qu’il y avait seulement la photographie de Paul Rose et de Carbonneau que je ne connaissais pas, absolument pas. Et puis après, je ne sais pas quand au juste, ils ont sorti la photo de Jacques Rose que je connaissais, que j’avais déjà vu.
  • Lorsque vous avez vu ces photographies dans les journaux en avez-vous parlé avec Francine Bélisle?
  • J’en ai parlé avec Francine, quand j’ai vu la photo de Jacques, j’ai appris que c’était le frère de Paul Rose, je ne le savais pas avant, et puis sans qu’elle me dise qu’il demeurait là quand même je savais que c’était l’ami de Colette Therrien, c’est tout. J’étais loin de penser qu’il pouvait demeurer là, puisque c’était l’ami de Colette.
  • En d’autres termes, c’est qu’au moment où vous auriez vu ces photographies dois-je comprendre que votre réponse est que Francine Bélisle ne vous a pas dit à ce moment-là que l’une quelconque des personnes dont vous aviez vu la photo était à l’appartement de la rue Queen Mary?
  • Non, on n’en a pas discuté comme ça parce que moi premièrement, parce que s’il y avait eu implication quelconque je ne voulais pas le savoir, alors je n’ai pas voulu en discuter.
  • Est-ce qu’à cette époque-là toujours, alors que Francine Bélisle occupait ou partageait, je l’ignore, votre chambre au 3884 Parc Lafontaine est-ce que Francine Bélisle vous a posé des questions relativement, disons, à ce qui pouvait attendre les complices des gens qui étaient recherchés par la police?
  • On en a discuté une fois. Elle m’a demandé ce qui pouvait arriver à quelqu’un qui aidait ou qui cachait des gens qui étaient recherchés et puis moi j’ai demandé à un de mes amis, je ne le savais pas, je ne connais absolument rien en droit. J’ai demandé à un de mes amis qui connaissait un avocat et puis après, bien, j’ai eu la réponse et je lui ai dit tout simplement.
  • Alors, vous avez reçu une réponse que vous avez communiquée à mademoiselle Bélisle?
  • Oui.
  • Et quelle est la réponse que vous avez communiquée à mademoiselle Bélisle?
  • Je ne me rappelle pas.
  • En substance?
  • Je pense que c’était, qu’ils étaient passibles de 5 ans d’emprisonnement, quelque chose comme ça.
  • Alors, à tout le moins, devons-nous comprendre que vous auriez répondu à mademoiselle Bélisle qu’une personne qui aidait ou qui cachait celui ou ceux recherchés par la police commettait à tout le moins une offense criminelle?
  • Oui.
  • Vers quel moment, monsieur Roux, auriez-vous quitté après l’arrivée de Francine Bélisle à votre chambre le 22 octobre 1970, alors vers quel moment auriez-vous quitté votre appartement du 3884 Parc Lafontaine pour en louer un autre?
  • Probablement le lendemain ou le surlendemain, je ne me rappelle pas exactement.
  • De l’arrivée de Francine Bélisle?
  • De l’arrivée de Francine Bélisle.
  • Que l’on situe au 22 octobre?
  • Au 22.
  • Est-ce que vous savez à quel moment Francine Bélisle a quitté l’appartement au 3880 Parc Lafontaine?
  • C’est 3884.
  • Je m’excuse.
  • Je sais qu’elle est partie un vendredi pour aller à Victoriaville. On avait rendez-vous le vendredi, je n’ai pas eu le temps d’aller la rencontrer.  Elle est partie pour Victoriaville puis elle est revenue le dimanche ou le lundi et je l’ai rencontrée ce soir-là.  Elle m’a dit qu’elle quittait l’appartement, je crois, le lendemain, je ne sais pas.
  • Alors, l’avez-vous rencontrée au 3884 Parc Lafontaine?
  • Quand elle est revenue de Victoriaville.
  • Alors, on va réparer ça. Au moment où Francine Bélisle vous a informé qu’elle quittait votre chambre ou votre ancienne chambre du Parc Lafontaine vous a-t-elle dit quelque chose relativement aux frères Rose et à d’autres personnes?
  • Elle m’a dit que Jacques Rose demeurait à son appartement à 3720 Queen Mary.
  • Queen Mary, appartement 12, je pense?
  • Exactement.
  • Vous a-t-elle mentionné qu’une autre personne que Jacques Rose logeait à cet appartement-là?
  • Non.
  • Alors, elle serait donc partie, c’est-à-dire je dis « elle », Francine Bélisle serait partie de votre chambre du Parc Lafontaine vers le 4 novembre ou est-ce le 4 novembre? Voulez-vous vérifier s’il vous plaît?
  • Je ne suis pas certain si c’est le … je ne le sais pas parce que moi je l’ai rencontrée soit le dimanche ou le lundi soir à l’appartement, ce qui est le 1er ou le 2 novembre. Le 2, elle m’a dit qu’elle quittait, je pense, le lendemain.  Je suis pas mal certain que c’est le lundi le 2 novembre qu’on s’est rencontré.
  • Alors, elle aurait quitté le 3?
  • Je pense, le 3 ou le 4, je ne suis pas certain.
  • D’accord, d’accord. Subséquemment à son départ le 3 ou le 4 novembre est-ce que Francine Bélisle a communiqué avec vous?
  • Oui, elle m’a téléphoné, elle a téléphoné. J’étais absent, à 3912 Parc Lafontaine la journée avant l’arrestation, c’est le 6.
  • Oui?
  • Pendant la nuit du 6 au matin.
  • Vers quelle heure vous a-t-elle …?
  • Je ne sais pas si elle a téléphoné pendant la nuit, moi j’ai eu le message pendant la nuit, quand je suis arrivé à l’appartement j’ai vu un message à côté du téléphone, c’était écrit « Francine. Important. Rappelez ».
  • D’accord. Alors, qu’est-ce que vous avez fait après avoir pris connaissance de ce message?
  • J’ai appelé Francine.
  • À quel endroit?
  • À l’hôpital. Parce que je savais qu’elle travaillait de nuit à l’hôpital.
  • Et qu’est-ce que Francine Bélisle vous a dit?
  • Elle m’a dit que quelqu’un voulait me rencontrer. Elle ne m’a même pas mentionné qui, elle m’a dit que quelqu’un voulait me rencontrer le lendemain matin à son appartement.  J’ai pensé que ça pouvait être Jacques Rose.
  • Est-ce que le lendemain vous avez rencontré Francine Bélisle?
  • Oui, on s’était donné rendez-vous à un restaurant voisin de chez Vito sur la rue Côte-des-Neiges et puis on s’est rencontré, je pense qu’il devait être à peu près huit heures, huit heures et demie, ensuite on s’est rendu à son appartement.
  • Au 39 …?
  • Au 3720.
  • Au 3720 plutôt Queen Mary?
  • Oui.
  • Est-ce que vous êtes pénétré à l’intérieur?
  • Oui.
  • Qui avez-vous vu à l’intérieur de l’appartement numéro 12?
  • Quand je suis rentré, je suis allé directement à la cuisine au bout du corridor et puis il y avait quelqu’un d’assis à la table. Je m’attendais à voir Jacques Rose. Je n’ai pas reconnu la personne lorsque je suis rentré parce que je ne le connaissais pas.  Je ne l’avais jamais vu.  Il avait la tête penchée comme ça.  Ensuite, je suis ressorti et puis là j’ai entendu Francine dire à Colette : « qu’est-ce que Paul fait là? ».  Je suis retourné, j’ai vu que c’était Paul Rose, il avait une cataracte.
  • Il avait quoi?
  • Une cataracte.
  • Comment était-il Paul Rose en somme, au point de vue physionomie, quels étaient ses cheveux, longs, courts, couleur ou quoi que ce soit? Qu’est-ce que vous avez remarqué à ce moment-là?
  • Il avait les cheveux teints roux puis rasés sur le dessus, sur le côté ils étaient longs. Il avait une couronne tout le tour puis sur le dessus il était rasé puis la couronne, ses cheveux étaient roux.
  • Roux?
  • Bien, roux châtain.
  • Est-ce que d’autres personnes à part Paul Rose sont venues dans la cuisine?
  • Il y a Francine Bélisle, bien entendu, qui est arrivée avec moi. Ensuite il y a Colette Therrien qui est arrivée dans la cuisine, et puis quelques minutes après, peut-être dix minutes, Jacques Rose est arrivé. Il venait de se lever.
  • Est-ce que vous connaissiez Jacques Rose avant ce moment-là?
  • Je l’avais rencontré à deux occasions.
  • Comment était-il de physionomie ou d’apparence extérieure lorsque vous l’avez vu ce 6 novembre 70 à l’appartement de Queen Mary?
  • Il n’avait rien de changé, il était exactement comme toutes les fois que je l’ai vu; il était exactement comme les photos qu’on pouvait voir dans les journaux, dans le journal aussi.
  • Est-ce qu’il y a eu une conversation entre vous, Paul Rose et Jacques Rose dans la cuisine de l’appartement 12?
  • Oui, on a parlé puisque j’ai demeuré là peut-être de 9h00 à 11h00.
  • Qu’est-ce qui s’est dit?
  • On a parlé, bien, premièrement ils m’ont … la première chose qu’ils m’ont dit, Paul Rose m’a parlé le premier, il m’a dit « tu dois savoir pourquoi on t’a fait venir ici ». J’ai dit « je ne le sais pas mais je m’en doute ».  Il a dit : « c’est pour savoir à qui t’aurais pu en parler si t’as parlé à quelqu’un ».
  • En parler de quoi?
  • Du fait que je savais que Jacques Rose était là et puis c’est pour tenir un cercle assez fermé des gens qui peuvent savoir que Jacques est ici et puis ensuite pour connaître si jamais il y avait un délateur qui est-ce qui pourrait être le délateur.  Ensuite, on a parlé des événements tels qu’ils en parlent dans les journaux avec aucun détail ni sur l’enlèvement ni sur la mort de particulier.  Je n’ai rien appris de nouveau à part ce qu’il y avait dans les journaux, exactement la même chose.
  • Est-ce que Jacques et Paul Rose vous ont demandé ou vous ont dit de faire ou de ne pas faire quelque chose relativement au but de votre visite là?
  • Ils n’ont pas au besoin de le dire mais j’ai senti sans qu’ils ne me disent absolument rien, quelqu’un qui fait venir quelqu’un pour lui dire « on veut savoir qui est-ce qui peut le savoir parce qu’on veut connaître le délateur si jamais il y en a un », ils n’ont pas besoin de me dire « Bien, c’est pour t’avertir qu’il faut que tu fermes ta gueule ».
  • Vous avez pigé le message immédiatement?
  • Je n’ai pas eu de menaces ouvertes comme ça, mais j’ai senti par …
  • À part les frères Rose, est-ce que vous avez vu quelqu’un d’autre évidemment à l’exception de Colette Therrien et de Francine Bélisle, est-ce que quelqu’un d’autre est venu dans la cuisine durant la conversation?
  • Oui, il y a Richard Therrien.
  • Connaissiez-vous Richard Therrien à cette époque-là?
  • Je ne l’ai pas reconnu parce que ça faisait plusieurs années que je ne l’avais pas vu. Je l’ai connu à l’âge de 12 ans, 13 ans ou 14 ans, je pense, à Victoriaville lorsqu’il demeurait à Victoriaville. Je demeurais là aussi à ce moment-là et puis depuis l’époque où il était parti pour le juvénat je ne l’avais jamais revu.
  • Vous avez mentionné tout à l’heure, je reviens un petit peu en arrière, que Francine Bélisle au moment de son départ de votre chambre sur Parc Lafontaine vous aurait mentionné que Jacques Rose était à l’appartement de Queen Mary?
  • Oui.
  • Est-ce que Francine Bélisle vous a également parlé d’une cachette qui existait à l’appartement 12?
  • Oui, elle m’a dit qu’il y avait une cachette dans une garde-robe.
  • Vous a-t-elle dit à quoi servait cette cachette-là?
  • Que c’était si jamais il arrivait quelqu’un que Jacques pouvait entrer là-dedans et se cacher.
  • Lorsque vous êtes allé à l’appartement le 6 novembre 70 est-ce que vous avez vu cette cachette?
  • Non.
  • Est-ce [que] quelqu’un en a parlé?
  • Même Francine m’avait bien averti de ne pas en parler à Jacques parce que Jacques l’avait avertie de ne pas en parler.  Et puis quand je suis arrivé à l’appartement je suis allé directement à la cuisine, je suis resté là tout le temps et quand je suis parti je suis allé directement à la porte.  J’ai vu quelqu’un d’étendu dans le salon avec des couvertes sur le dos, ça pouvait être n’importe qui, je ne sais absolument pas qui c’était.
  • Alors, lors de cette visite à l’appartement de la rue Queen Mary le 6 novembre, vous y avez vu Paul Rose, Jacques Rose, Colette Therrien, Francine Bélisle et Richard Therrien?
  • Exactement.
  • Il n’y avait pas d’autres personnes que vous avez vues?
  • Non, je n’ai vu personne d’autre. Bien, j’ai vu …
  • À part, évidemment, cette forme dans le salon?
  • Oui.
  • Que vous n’avez pas pu identifier?
  • Non.
  • Vous avez dit tout à l’heure que vous aviez vu une personne dans la cuisine assise au début que vous ne connaissiez pas, intervint le coroner. Qui est-ce que c’était cette personne-là?
  • C’était Paul Rose. Quand je suis retourné à la cuisine, j’ai pu l’identifier.

C’est alors qu’on fit entrer dans la salle d’audiences Colette Therrien, Francine Bélisle et Richard Therrien.  Le témoin les identifia tous en nommant leurs noms.  Me Boilard lui montra ensuite une photo de Paul Rose et Roux dira que Rose, lorsqu’il l’avait vu, ne ressemblait pas du tout au look qu’il avait sur cette photo.  Tout cela prouve que Rose avait volontairement modifié son apparence parce qu’il se savait recherché par les autorités.

Me Boilard lui montra ensuite la photo no. 11 et Roux identifia clairement Jacques Rose.  Quant à l’homme apparaissant sur la photo no. 10, il dira ne pas le connaître et ne jamais l’avoir vu.  Il en sera de même pour la photo 17.

  • Lorsque Francine Bélisle est arrivée chez vous à votre chambre le 22 octobre 70 vous a-t-elle dit la raison pour laquelle elle voulait habiter à votre chambre?, questionna Me Boilard.
  • Je pense, moi je pensais que ça pouvait être … j’ai interprété ça à ma façon, c’était simplement une interprétation, je pensais que ça pouvait aller mal avec Colette ou quelque chose comme ça, mais quand j’ai appris que Jacques Rose était recherché, là j’ai pensé que c’était parce qu’elle avait peur qu’il y ait une perquisition chez Colette, vu que c’était l’amie de Jacques Rose.
  • Maintenant, le lendemain de cette visite, soit le 7 novembre 70, est-ce que vous avez eu l’occasion de faire un téléphone à l’appartement 12 sur Queen Mary relativement à Bernard Lortie?
  • Oui, j’ai téléphoné, je ne sais pas à quelle heure, 3h00 ou 4h00 du matin, à l’appartement.
  • Le matin du 7 novembre?
  • Du 7 novembre. Parce que vus que je suis cameraman j’avais eu une information, je fais de la nouvelle une fois de temps en temps.  J’avais eu une information disant que Bernard Lortie avait été arrêté chez trois infirmières.  J’étais donc certain que ce n’était pas là.  Alors j’ai téléphoné, je ne savais pas si Francine était là, je ne pensais pas que Francine soit là.  J’ai téléphoné pour le dire à Colette.
  • Qui vous a répondu?
  • Colette Therrien.
  • Qui [que] lui avez-vous dit?
  • Je lui ai dit, j’ai dit « bonjour, j’ai dit, je viens d’avoir une information me disant que Bernard Lortie a été arrêté chez trois infirmières ». C’est tout ce qu’on a dit.  Elle m’a dit « Merci ».  Elle avait l’air pressé.
  • Est-ce que Colette Therrien vous a répondu?
  • Elle a dit « Oui, merci ». C’est tout.
  • Maintenant, cette information, monsieur Roux, de qui l’aviez-vous obtenue?
  • Je l’avais eue d’un gars que je connais, un de mes amis qui m’avait informé pour couvrir la nouvelle si j’étais intéressé.
  • Qui est-il?
  • Robert Pagé.
  • Qu’est-ce qu’il fait ce monsieur Pagé?
  • Je pense que c’est un étudiant en sciences sociales, je ne sais pas au juste qu’est-ce qu’il fait.
  • De quelle façon cette nouvelle relativement à l’arrestation de Lortie vous est-elle parvenue de Robert Pagé?
  • Robert Pagé l’a eue d’un journaliste et puis il me l’a donnée, c’est tout.
  • Mais l’avez-vous eue à la suite d’une conversation téléphonique?
  • D’un téléphone.
  • Vous-même, à cette époque-là, monsieur Roux, vous habitez où?
  • À 3912 Parc Lafontaine, ce soir-là.
  • Puis ce soir-là est-ce que vous étiez chez Robert Pagé?
  • Non, non. J’étais chez moi.
  • Suite à l’arrestation de Bernard Lortie, avez-vous continué d’habiter votre chambre sur Parc Lafontaine ou si vous avez demeuré ailleurs?
  • Bien, le soir … attendez une minute, là. … Le lendemain, je pense, le 7 j’ai couché à mon appartement à 3912, ensuite je suis allé chez … je suis allé demeurer chez un de mes amis, Robert Pagé, le même ami, j’ai demeuré deux jours là, puis ensuite je suis allé chez mes parents à Victoriaville.
  • Lorsqu’on vous a informé de l’arrestation de Bernard Lortie, avez-vous tenté de rejoindre Francine Bélisle à l’hôpital Sainte-Justine?
  • Non, parce que j’avais déjà fait un téléphone à l’hôpital Sainte-Justice puis ça m’avait pris à peu près une demi-heure, trois quarts d’heure avant de la rejoindre. Alors moi, vu que pour moi ce n’était pas une nouvelle vraiment importante, vu que ce n’était pas chez elle, j’ai téléphoné là simplement pour lui dire, c’est tout.
  • Au cours du mois de septembre 70 est-ce que vous avez eu l’occasion d’aller à l’appartement 12 sur Queen Mary?
  • Je ne pense pas, pas au mois de novembre, non.
  • Au mois de septembre?
  • Au mois de septembre, oui. Au mois de septembre je suis allé lorsque Colette Therrien est déménagée là, Francine Bélisle venait d’arriver aussi.  J’étais allé simplement parce que je la connais.
  • Au cours de conversations que vous auriez eues à cette époque-là, toujours en septembre 70, avec Colette Therrien est-ce que cette dernière vous a parlé d’un voyage qu’elle songeait faire ou qui lui avait été offert, un voyage aux États-Unis?
  • Non, pas que je me rappelle en tous cas.
  • Est-ce que Francine Bélisle vous aurait parlé d’un tel voyage en septembre?
  • Non, ça j’en suis certain qu’elle ne m’en a pas parlé.
  • Lorsque vous avez appelé Colette Therrien le 7 novembre relativement à l’arrestation de Lortie où vous trouviez-vous à ce moment-là, au moment de l’appel?
  • J’étais dans une boîte téléphonique.
  • Qui se trouvait à quel endroit?
  • Ça se trouvait tout près de Chez Vito, je pense.
  • En somme, ce n’est pas une boîte téléphonique qui était à proximité de la chambre où vous logiez?
  • Non, parce que lorsque j’ai reçu mon appel je voulais savoir où est-ce que c’était pour [savoir] s’il y avait quelque chose à couvrir comme événement encore, si c’était possible à couvrir. Alors j’ai demandé à … vu que je suis sans auto, j’ai demandé à Robert Pagé de venir en auto et puis en s’en allant en auto je lui ai demandé d’arrêter à une boîte téléphonique qui se trouvait dans le bout de Chez Vito, je voulais passer dans le coin aussi.
  • Mais où étiez-vous lorsque vous avez reçu cette information relativement à Lortie?
  • Chez moi, à 3912 Parc Lafontaine.
  • Et dois-je comprendre que Pagé est venu vous chercher chez vous?
  • Exactement.
  • Maintenant, est-ce que c’est vous qui avez demandé à Pagé de venir vous prendre à votre chambre ou si c’est lui qui s’est offert de venir?
  • C’est moi qui lui ai demandé.
  • Dans quel but exactement lui demandiez-vous?
  • Bien, je voulais en savoir plus parce qu’au téléphone ça avait été assez court, on ne peut pas parler de toute façon au téléphone pendant des heures. Je voulais en savoir davantage sur l’arrestation de Lortie et puis lui ne le savait pas non plus.  Alors pour en savoir davantage il aurait fallu qu’il rejoigne le journaliste.  Et puis finalement, après mon téléphone, ça faisait … là, j’ai appris que l’arrestation avait eu lieu tôt, je ne le savais pas avant, avait eu lieu vers sept heures et demi, huit heures.  Alors je me suis dit « c’est inutile pour couvrir ça.  Il n’y a plus rien ».  Alors j’ai laissé tomber et il est venu me reconduire chez moi.  À ce moment-là, je voulais le rencontrer pour en savoir davantage, savoir où ça pouvait être, pour pouvoir couvrir également, je crois, je croyais que ça venait juste de se produire.
  • Maintenant, depuis combien de temps connaissiez-vous Jacques Rose?
  • Je ne me rappelle pas exactement, la première fois que je l’ai vu j’avais téléphoné à Francine Bélisle pour lui demander si elle voulait venir au cinéma ou Francine m’avait téléphoné pour aller au cinéma, je ne sais pas, pour voir le film Z et puis je l’ai rejoint pour y aller et elle était avec Colette Therrien qui était accompagnée de Jacques Rose.
  • Ça, c’est vers quel moment, ça?
  • Je ne le sais pas, ça peut faire peut-être un an de ça.
  • Mais est-ce que Francine Bélisle habitait sur Queen Mary à cette époque-là?
  • Non, elle habitait à Victoriaville, elle était étudiante-infirmière à Victoriaville. Elle était venue, je crois, passer la fin de semaine chez Colette Therrien.
  • Une dernière question, monsieur Roux. Après avoir appris de ce monsieur Pagé la nouvelle de l’arrestation de Bernard Lortie, voulez-vous expliquer à monsieur le coroner pour quelle raison vous ne vous êtes pas rendu à l’appartement de Queen Mary mais avez plutôt décidé de placer un téléphone ou un appel téléphonique d’une boîte qui se trouvait près de Chez Vito?
  • Parce que je savais que Jacques Rose était là, vu que je l’avais vu la journée d’avant et que je ne tenais pas du tout à mettre les pieds dans cet appartement-là. J’y avais été une fois parce que j’avais été obligé d’y aller mais je ne tenais pas à y retourner, jamais.
  • Pourquoi dites-vous que vous avez été obligé d’y aller?, intervint le coroner.
  • Bien, ils m’ont demandé d’y aller, quand Jacques Rose a demandé à Francine Bélisle de m’avertir qu’il voulait me rencontrer ce n’est pas obligé mais ce n’est pas loin quand même. J’ai senti que si je n’y allais pas, bien, ça pouvait entraîner quelque chose autour, je ne le sais pas.
  • Et quelle raison aviez-vous à ce moment-là d’appeler à l’appartement relativement à l’arrestation de Lortie?, reprit Me Boilard.
  • Alors, voici, s’objecta soudainement Me Claude Filion, qui représentait les intérêts de François Roux. Je me demande, on est quand même sur une enquête de coroner qui porte sur un assassinat et nous sommes rendus maintenant un mois plus tard.  Et ça porte, cette question-là porte sur des faits tout à fait accessoires, Votre Seigneurie, et loin d’être pertinents au sujet de l’enquête.  Je me demande s’il est utile de continuer dans cette voie-là.
  • Je pourrais répondre à mon confrère très facilement, répliqua Me Boilard. C’est évident qu’on fait une enquête présentement sur la mort de monsieur Pierre Laporte.  Il est évident qu’à l’heure actuelle vous siégez ès qualités de coroner et d’autre part, n’est-ce pas, non seulement vous êtes en droit de connaître les circonstances de la mort mais vous êtes également en droit de connaître tout ce qui a pu suivre, n’est-ce pas, le décès de monsieur Laporte lorsque l’on sait tous, n’est-ce pas, que vous avez des gens contre qui pèsent des mandats d’arrestation que vous avez signés et qui sont encore au large.  Je pense que c’est tout à fait pertinent, moi.

Malgré cette objection, le coroner permit à Me Boilard de terminer son interrogatoire, qui en était à ses derniers miles.  Roux fut donc obligé de répondre à la question.

  • C’était pour que Francine Bélisle quitte l’appartement à un moment donné parce qu’elle avait l’intention de partir de toute façon et de retourner seulement pour deux jours, je crois, deux, trois jours. Alors je savais qu’en téléphonant que si Francine apprenait que Lortie avait été arrêté elle aurait encore plus peur qu’elle avait eu peur depuis le début et qu’elle partirait de là.
  • Mais à ce moment-là toujours, n’est-ce pas, vous ne saviez pas que Lortie était à l’appartement 12 sur Queen Mary?
  • Je ne le savais pas, sans ça je n’aurais jamais téléphoné là.
  • Alors, monsieur le coroner, nous n’avons plus d’autres questions.
  • J’en aurais une question, intervint Me Claude Filion en se tournant vers son client. Quand vous avez logé ce coup de téléphone est-ce que vous vous êtes nommé au téléphone?
  • Oui.
  • Vous avez dit quoi exactement?
  • J’ai dit « c’est François qui parle ».
  • Pas d’autres questions.

Me Filion demanda qu’on libère son client, qui était détenu en vertu d’un mandat du coroner.  Mais la question demeura en suspens.

Le coroner entendit ensuite Richard L’Heureux, un policier travaillant à la section de l’Identité judiciaire de la Sûreté du Québec. Plus précisément, il s’occupait des empreintes et de la photographie.  Les 7, 11 et 18 novembre il avait pris des photos de l’intérieur de l’appartement 12 du 3720 Chemin Reine Marie à Montréal.  Sa présence à la cour du coroner servit principalement à déposer en preuve les photos de cette autre scène.  Entre autres choses, il avait immortalisé des clichés du fameux placard ayant servi à dissimuler les fugitifs, dont trois étaient encore au large.