Octobre 70: Colette Therrien (28)

Colette Therrien

20 novembre 1970

Colette Therrien demanda la protection de la cour, après quoi elle fut interrogée par Me Jean-Guy Boilard. Dans un premier temps, elle confirma qu’au moment des événements d’octobre elle habitait au 3720 Queen Mary.  Elle y résidait avec Francine Bélisle et son frère, Richard Therrien.  Comme nous l’avons vu plus tôt, Colette étudiait à l’Université du Québec en administration.  Je vous épargnerai ici quelques détails répétitifs et que nous avons déjà vu au cours des chapitres précédents.  Nous pourrons ainsi nous attarder aux moments plus importants de son témoignage.

Colette affirma sous serment avoir vu Francis Simard à son appartement dans la soirée du 10 octobre, ce qui nous porte quelques heures à peine après l’enlèvement de Pierre Laporte.

  • Qu’est-ce qu’il venait faire à votre appartement?, demanda Me Boilard.
  • Il venait me voir, il venait nous voir probablement parce qu’ils étaient partis depuis deux ou trois semaines aux États-Unis, puis ils nous avaient envoyé des cartes postales pendant tout le temps qu’ils avaient été partis.

Il fut ensuite précisé que Colette recevait ses cartes postales de Jacques Rose, alors que Francine en avait reçues de Francis Simard.

  • Est-ce qu’on peut dire que c’étaient vos amis?, demanda le coroner.
  • Moi, je peux dire que c’était mon ami, mais je ne peux pas parler pour Francine.
  • Et est-ce que Simard est resté longtemps le 10?, reprit me Boilard.
  • Il est demeuré à coucher dans l’appartement ce soir-là, puis le lendemain matin, moi, quand je me suis levée, c’était assez tôt, il n’était plus dans le salon.
  • Quelle conversation qui a eu lieu ce soir-là entre vous et Francis Simard?
  • Bien, premièrement, je veux dire, la télévision était ouverte. Donc, ce qui se passait à ce moment-là c’était à propos de l’enlèvement de monsieur Laporte. Je veux dire, premièrement je me suis informée du voyage aux États-Unis. J’ai demandé des nouvelles de Jacques, si j’étais pour le revoir bientôt. Puis ensuite de ça on a discuté de l’événement qui se produisait puis Francis Simard en a discuté avec nous d’une façon tout à fait normale sans accentuer quoi que ce soit, je veux dire, qui pouvait nous laisser croire qu’il pouvait avoir rapport avec cet événement.
  • Seriez-vous allée au café Campus avec Simard, Francine Bélisle et François Bélisle?
  • Je me rappelle d’y être allée mais là pour vous dire la date exacte, je ne pourrais pas.

Bien qu’elle ne se rappelait pas de la date exacte, elle se mit d’accord avec Me Boilard pour dire que cette visite au café Campus s’est effectuée entre le 10 et le 17 octobre, donc au cours de la période où Laporte était détenu sur la rue Armstrong.

Ensuite, Colette avait revu Simard au cours de la soirée du 17 octobre, c’est-à-dire pendant que les autorités retrouvaient le corps de Pierre Laporte à Saint-Hubert.

  • Est-ce qu’il était seul à ce moment-là?
  • Non.
  • Avec qui était-il?
  • Avec Jacques Rose et Paul Rose, étaient aussi dans l’appartement.

Me Boilard se permit d’ouvrir une parenthèse qui offrit à Colette la possibilité d’expliquer que Paul Rose était venu chez elle le vendredi 16 octobre alors qu’elle était encore au lit.

  • Ça a sonné, dit-elle. C’est mon frère qui a répondu puis je n’ai pas reconnu la voix. Tout de suite, donc, je me suis levée et j’ai vu que Paul était à l’appartement.  On a jasé jusqu’à une heure environ puis je suis allée me coucher parce que je devais travailler le lendemain matin.  Je me souviens de l’avoir vu ce soir-là.
  • Et est-ce que Paul Rose est resté chez vous pour passer la nuit ou qu’est-ce qui est arrivé?
  • Le matin quand je me suis levée il était couché dans le salon.
  • Et a-t-il passé la journée suivante?
  • Je ne pourrais pas certifier s’il a passé la journée mais le samedi soir quand je suis arrivée à l’appartement il était là.
  • Il était encore là?
  • Oui.
  • Ça c’est quelle date dites-vous, là, à peu près?
  • Le 16 octobre, le vendredi soir.
  • Alors, dois-je comprendre que Paul Rose aurait été chez vous à compter du 16 octobre?
  • Oui, bien, il a peut-être, il est peut-être venu avant mais moi je ne l’ai pas vu.
  • Vous, à votre connaissance, il aurait été chez vous à compter du 16 octobre et le 17 il aurait été rejoint par Francis Simard et Jacques Rose. Est-ce exact?
  • Oui.

Doit-on comprendre que Colette Therrien poussait l’audace jusqu’à laisser entendre que Paul Rose n’avait pu assassiner Pierre Laporte parce qu’il était resté à son appartement toute la journée du 17 octobre 1970?

  • Et à compter du 17, est-ce que l’on peut dire que Jacques Rose, Paul Rose et Francis Simard ont vécu continuellement à votre appartement?
  • Oui, sauf un samedi soir, le samedi soir où je suis arrivée, où j’avais vu Jacques pour la première fois quand il est revenu des États-Unis, Paul Rose était là, Francis Simard aussi puis je me souviens que Paul Rose est sorti. Quand je me suis couchée il n’était pas revenu mais le lendemain il était là quand même.

Par la suite, les trois hommes auraient vécu chez elle jusqu’au jour des premières arrestations du 6 novembre 1970.

Me Boilard reprit sa stratégie quant aux actualités diffusées dans les médias pour tenter de comprendre la vision de Colette.  Comme les autres avant elle, Colette minimisa ces effets, ajoutant que les frères Rose s’étaient comportés de façon normale devant ces actualités pourtant effrayantes.  Y avait-il un peu de mauvaise foi dans cette atténuation?

Elle admit cependant qu’entre le 17 octobre et le 6 novembre elle avait vu Paul Rose préparer des communiqués ou des lettres.  De ces documents, elle en avait livré deux.

  • À quel endroit?
  • J’en ai livré un au coin de la rue Sherbrooke et McTavish. Ensuite, j’en ai livré un à l’Université de Montréal le soir de la conférence pour les libertés civiles.

Pour ces deux livraisons, elle avoua s’être retrouvée en compagnie de François Bélisle.

  • À quel endroit avez-vous fait des photocopies?
  • À l’Université de Montréal, à la Bibliothèque du Droit puis à la Bibliothèque des sciences sociales.

Il fut question qu’au soir du 29 octobre elle devait livrer quatre communiqués à la demande de Paul Rose, entre autres au Le Devoir, un autre pour le Montréal-Matin et le dernier pour le Journal de Montréal. Toutefois, Colette était revenue à l’appartement avec les quatre documents. Le lendemain, cependant, elle les avait envoyés par la poste.

Le 27 octobre, elle avait aussi livré un autre communiqué qui contenait un passeport et des empreintes digitales pouvant servir d’authenticité.  Elle prétendit n’avoir lu aucun des communiqués.

  • Est-ce qu’à un moment donné vous avez commencé à soupçonner, disons, à défaut d’un meilleur terme, que les trois ou l’un quelconque des trois c’est-à-dire Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard pouvaient être impliqués dans l’affaire Laporte?
  • Je veux dire, les premiers soupçons qui me sont venus, premièrement c’est quand Paul, c’est en apprenant que parmi les deux recherchés il y avait un nommé Paul Rose, un ancien professeur. Avant ça, je n’ai jamais eu aucun doute qui ait pu …

Contrairement aux témoins précédents, Colette eut au moins l’honnêteté d’admettre qu’après l’annonce de la mort de Laporte les fugitifs lui étaient apparus nerveux.

  • Alors, qu’est-ce qui est arrivé à ce moment-là?
  • Là, Jacques, premièrement m’a demandé s’il pouvait rester chez moi. Il m’a dit que ça ne serait pas long, une ou deux semaines, le temps de trouver des vêtements et qu’il devait avoir de l’argent pour s’en aller. Je lui ai alors répondu que moi personnellement, vu que je connaissais quand même assez Jacques, que je pouvais prendre le risque de l’héberger mais que je n’étais pas la seule à vivre au 3720 Queen Mary puis que de plus je n’étais nullement intéressée à mêler mon frère à ça puis que son état de santé, peut-être que mon frère ne pourrait pas supporter une tension aussi grande. Alors j’en ai parlé, je veux dire, je ne veux pas dire que j’ai convaincu personne en fin de compte malgré que moi j’avais un motif peut-être qui était un peu plus fort qu’eux. Eux n’avaient aucune raison de vouloir les héberger chez nous.

Elle admit aussi avoir acheté à la quincaillerie Pascal de la rue Côte-des-Neiges les outils ayant servis à la fabrication de la cachette.

L’enquête devait se poursuivre avec Thérèse Venne, un témoin qui allait apporter un autre éclairage sur les déplacements de Paul Rose entre le 10 et le 17 octobre. Pendant ce temps, la police poursuivait ses recherches. Les trois fugitifs couraient toujours.

 

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Octobre 70: Francine Bélisle (27)

Francine Bélisle

Après le long témoignage de François Bélisle, l’enquête du coroner reprit ses audiences à 14h15 en appelant la sœur de celui-ci, Francine Bélisle.  Francine dira être âgée de 22 ans. Elle travaillait comme infirmière et habitait au 3720 Queen Mary, appartement 12.  Comme c’était apparemment devenu la coutume, elle demanda à son tour la protection de la Cour.  On accepta également sa demande de pouvoir témoigner en position assise.

Interrogée par Me Boilard, elle expliqua d’abord qu’à l’adresse ci-haut mentionnée elle y habitait avec Colette Therrien et Richard Therrien.  Il n’y avait pas de bail et chacun payait sa part.  À l’époque des faits, elle dira que Colette et Richard étaient des étudiants universitaires.  À l’arrivée de son frère François à Montréal, à une date que Francine fut incapable de préciser, il serait allé habiter à l’appartement du Chemin de la Reine Marie.  C’est aussi là que Francine habitait à cette époque avec Colette et Richard Therrien.  De quoi faire une véritable saga d’adresses.

  • Après l’arrivée de François à Montréal, est-ce que d’autres personnes sont venues loger avec vous à cet appartement de Queen Mary?
  • Oui.
  • Qui?
  • Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard.
  • Est-ce que vous pouvez nous dire, mademoiselle, vers quel moment à peu près sont arrivés Jacques et Paul Rose ainsi que Francis Simard?
  • Le 17.
  • Avant l’arrivée ou avant le 17, devrais-je plutôt dire, est-ce que vous aviez eu la visite de l’un des trois, avant le 17, avant qu’ils ne s’établissent?
  • Oui, ils étaient venus quelques fois, Jacques était venu. Il est venu une ou deux fois avec Francis puis la semaine avant ça Francis était venu aussi.
  • Est-ce que même Francis Simard, la semaine avant le 17 octobre, aurait habité quelques jours, aurait passé quelques jours à l’appartement?
  • Oui, il est venu une ou deux journées.
  • Il est resté en permanence pendant ces deux jours ou trois jours-là?
  • Je sais qu’il est arrivé le soir, moi j’allais travailler, je l’ai rencontré en bas et puis il est monté. Puis quand je suis arrivée le matin il n’était pas là, il est parti le lendemain, je pense.
  • Alors en bref, d’après votre témoignage, ce serait à compter du 17 octobre que Jacques Rose, Paul Rose ainsi que Francis Simard ont commencé d’habiter en permanence à l’appartement que vous aviez sur le Chemin de la Reine Marie?
  • Oui.
  • À quel moment de la journée, si vous vous en souvenez, seraient-ils arrivés à l’appartement le 17?
  • C’est après souper, peut-être 19h00, 20h00, mais à ce moment-là Paul Rose était déjà là. Les deux qui sont arrivés ce soir-là c’est Jacques Rose et Francis Simard.  Moi, quand je suis arrivée samedi, samedi matin, Paul Rose était là.  Je l’ai vu sur le divan, je l’ai reconnu par après, j’ai vu que c’était lui.  Puis le soir, le 17, c’est Jacques Rose puis Francis Simard qui sont arrivés vers 19h00, 19h30, 20h00, quelque chose comme ça.
  • Vous ont-ils dit ou est-ce que l’un des trois vous aurait dit ou aurait dit à quelqu’un en votre présence pour quelle raison tous les trois s’en venaient chez vous pour y habiter?
  • Non, je veux dire, à ce moment-là quand Jacques et Francis sont arrivés moi j’ai trouvé ça normal parce que durant la semaine Francis m’avait dit « On va revenir samedi, durant la fin de semaine on va sortir, tout ça, dans le Vieux Montréal ». Alors, j’ai trouvé ça normal.
  • Mais à compter du 17 octobre 1970 est-ce que vous avez appris pour quelle raison les trois étaient allés à votre appartement du Chemin de la Reine Marie et y avaient séjourné ou y séjournaient?
  • Absolument pas.
  • Vous ne savez pas?
  • Non.
  • Vous aviez un appareil de télévision dans votre appartement?
  • Oui.
  • Vous aviez également un appareil radio?
  • Oui.
  • Vous aviez les journaux?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez regardé la télévision?
  • Oui, le samedi soir j’ai regardé la télévision.
  • Est-ce que vous avez appris par la télévision, la radio, les journaux, que ces trois jeunes gens étaient recherchés par la police à un moment donné?
  • Bien, je l’ai vu dimanche que Paul Rose était recherché.
  • Le dimanche qui suivait le 17?
  • Oui.
  • Et qui serait, sauf erreur de ma part, dimanche le 18?
  • Oui.
  • Soit le lendemain?
  • Oui.

Évidemment, il est clair que Me Jean-Guy Boilard ne croyait plus un seul mot sortant de la bouche de Francine.  Elle affirmait ne pas savoir pourquoi ses trois amis venaient se réfugier chez elle alors que depuis 18h00 ou 19h00, dans la soirée du 17 octobre, la télévision et la radio ne parlaient plus que d’une seule chose : la découverte du corps de Pierre Laporte à Saint-Hubert.  De plus, soulignons qu’elle connaissait l’allégeance politique de ces trois même amis et leur implication au sein du FLQ.

  • Lorsque vous avez vu que les trois étaient recherchés par la police est-ce qu’il en a été question entre vous et eux ou entre d’autres personnes en votre présence?
  • Bien, j’ai demandé à Paul comment ça se fait puis il m’a dit : « c’est parce que ça fait un bout de temps que j’ai disparu de la circulation. Peut-être qu’ils me soupçonnent mais je n’ai rien à voir là-dedans ».  Alors, c’est passé comme ça.  Mais quand même, on leur a demandé de s’en aller puis ils nous ont dit « on va faire quelque chose à cet effet-là ».

Francine affirma ensuite que c’est seulement le 18 octobre qu’elle avait appris que Paul était recherché par les autorités.  Elle aurait quitté l’appartement le 22 octobre avant d’apprendre, cette fois, que les autres étaient également considérés comme des fugitifs.

  • Jeudi 22 octobre vous avez quitté l’appartement pour aller habiter à quel endroit?
  • Sur la rue du Parc Lafontaine, je pense que c’est 3884.
  • Est-ce que vous aviez déjà un appartement à cette adresse-là?
  • Non, c’est un de mes amis qui demeure là.
  • Comment s’appelle-t-il?
  • François Roux.

Me Boilard semblait soupçonner que ces nombreux appartements étaient financés par une certaine organisation – en l’occurrence le FLQ – et que plusieurs témoins appelés sous serment devant le coroner semblaient avoir pour habitude de changer de lieu de résidence assez facilement.  On ne peut évidemment pas accuser quelqu’un au criminel de déménager régulièrement mais ce comportement avait tout de même de quoi éveiller les soupçons, comme un fait qui vient s’emboîter au reste du puzzle.

  • Combien de temps êtes-vous restée à l’appartement ou à la chambre de François Roux?
  • Je suis restée jusqu’au 4 novembre.
  • Du 22 octobre au 4 novembre?
  • Oui.
  • Pendant cette période de temps, du 22 octobre au 4 novembre 70, est-ce que vous êtes néanmoins allée ou êtes-vous retournée à l’appartement du Chemin de la Reine Marie?
  • Oui, je pense que j’y suis retournée une fois parce que je n’avais presque pas de bagages quand je suis partie, je n’avais presque rien apporté, alors je suis retournée chercher du linge.
  • Lorsque vous y êtes retournée dans cet espace de temps du 22 octobre au 4 novembre est-ce que vous y avez vu dans l’appartement Jacques et Paul Rose ainsi que Francis Simard?
  • Oui, ils y étaient.
  • De quelle façon étiez-vous retournée, en ce sens que je veux savoir est-ce que c’était d’abord le matin, l’après-midi, le soir?
  • Ça, je ne me souviens pas si c’est le matin après avoir fini de travailler que je serais allée chercher des choses ou le soir que je serais partie un peu plus tôt pour aller chercher des choses avant d’aller travailler. Je crois que c’est le matin après avoir fini de travailler.

Lors de ce retour, elle avoua avoir utilisé un code pour pouvoir entrer, une exigence des frères Rose et de Simard.  Toutefois, elle prétendit n’avoir jamais utilisé ce code, qu’elle s’entêtait plutôt à utiliser sa clé.  D’autre part, elle reconnut les modifications apportées au placard.  Ce projet de construire une cachette aurait débuté le lundi 19 octobre, journée durant laquelle Francine était sortie pour rendre visite à Angèle Lavallée.  Elle croyait que c’était Jacques Rose qui lui avait annoncé ce qui allait être fait au placard.  Lorsque Francine était rentrée au soir du 19 octobre, les travaux étaient commencés.  Cette nuit-là, elle avait travaillé et le lendemain elle était allée dormir chez Angèle Lavallée en sachant que ces travaux l’empêcheraient sans doute de trouver un sommeil récupérateur.

Et à son retour, elle avait vu la cachette.

  • Est-ce que vous avez vu des gens entrer à l’intérieur de cette cachette-là, appelons ça comme ça?
  • Oui, je veux dire, des fois quand ça sonnait ils s’en allaient là-dedans.
  • Voulez-vous nous expliquer comment ça marchait, comment ça procédait? Quand ça sonnait à la porte qu’est-ce qui se passait?
  • Bien, ils entraient là-dedans.
  • Les trois?
  • Oui.
  • Dans le placard. Et quand les gens qui étaient venus à l’appartement étaient des gens, disons, de la maison ou étaient partis, qu’est-ce que vous faisiez pour les informer que le danger était passé?
  • On leur disait « vous pouvez sortir ».

Francine ne savait cependant rien quant à l’approvisionnement des matériaux de construction qui ont servi à la fabrication de cette planque. Elle prétendra également que les frères Rose ne lui avaient pas dit à quoi servirait cette cachette.

  • Mais vous saviez que c’était pour se cacher?, s’étonna Me Boilard.
  • Ah oui.

À son retour dans l’appartement, le 4 novembre, elle avouera qu’il s’y trouvait une quatrième personne, c’est-à-dire Bernard Lortie. Après cette date, ils avaient continué d’utiliser la cachette dans le placard.

  • Une fois j’ai remarqué qu’ils étaient entré dedans, même ils couchaient là des fois, aussi.

Boilard la ramena ensuite à la journée du 6 novembre 1970, c’est-à-dire le jour où elle avait été arrêtée.

  • Lors de l’arrestation, devons-nous comprendre que les frères Rose, Francis Simard, de même que Lortie étaient à votre appartement?
  • Bien, je veux dire, moi quand ils sont arrivés j’étais couchée. Alors je ne savais pas s’ils étaient sortis ou s’ils étaient dans la cachette. Quand je me suis levée, j’ai eu connaissance qu’ils ont trouvé Bernard Lortie mais les autres je ne savais pas réellement où ils étaient, s’ils avaient pu sortir par en arrière ou s’ils avaient rentré dans la cachette.
  • C’était en fin de journée, je pense, que vous avez été arrêtée?
  • Après souper, je pense, quelque chose comme ça.
  • Est-ce qu’on a frappé? Est-ce qu’on a sonné à votre porte?
  • J’étais couchée, moi. Les policiers sont entrés dans la chambre puis ils m’ont dit « Lève-toi ». Je les ai vus là, mais je ne sais pas de quelle façon ils sont entrés.

L’un des points à éclaircir était de savoir si Francine savait si les frères Rose étaient cachés à ce moment. Puisque les policiers n’avaient pu les trouver lors de cette opération, cela voudrait dire que Francine Bélisle s’était fait complice des fugitifs car en bonne citoyenne elle aurait dû signaler leur présence.

  • Est-ce que vous avez vu Jacques Rose quand les policiers se sont annoncés, savez-vous où il était?
  • Non, je ne le sais pas du tout. J’étais couchée, moi.
  • Depuis combien de temps étiez-vous couchée?, demanda le coroner.
  • Je m’étais couchée dans l’après-midi vers deux heures parce que je travaillais le soir.
  • À quelle heure commenciez-vous à travailler le soir?
  • À 23h00.
  • Mais avant de vous coucher vous les avez quand même vus tous les quatre, ils étaient dans l’appartement?, reprit Me Boilard.
  • Dans l’après-midi.
  • Vous n’avez pas mentionné aux policiers qui se sont trouvés à votre appartement l’existence de cette cachette-là, n’est-ce pas?
  • Non.
  • À quel endroit Bernard Lortie a-t-il été arrêté à votre connaissance?
  • Bien, je l’ai aperçu dans le salon, moi. J’ai vu qu’il était assis dans le salon.

Pour éviter de passer pour une menteuse éhontée, Francine dût admettre qu’à cette époque elle avait entendu parler de la mort de Pierre Laporte.  Elle dira l’avoir appris à la télévision, alors que Francis Simard dormait près d’elle dans le salon. Elle jura qu’aucun commentaire n’a été échangé ce soir-là

  • Est-ce qu’il y a eu des commentaires d’échangés à ce moment-là?
  • Non, absolument pas. Francis s’est réveillé à un moment donné. On lui a dit ça et il a paru tout surpris.

Quant à Paul Rose, toujours selon Francine, il n’aurait rien dit. Voilà un autre élément difficile à imaginer, d’autant plus si on se rappelle le ton utilisé par Simard lui-même dans le livre qu’il publia en 1982. Elle parut encore plus suspecte en tant que témoin lorsqu’elle affirma n’avoir posé aucune question quant à cette cachette et cela tout au long de sa construction. Pourtant, rappelons-le, elle se retrouvait avec les fugitifs les plus recherchés en Amérique du Nord qui, de surcroît, construisaient une cachette dans son placard. A-t-on vraiment d’autre choix que de penser au fait que Francine était soit une jeune femme immensément insouciante ou alors la plus mauvaise des menteuses?

Pourtant, l’instant d’après elle dira avoir quitté son logement le 22 octobre justement parce qu’elle ne voulait pas être mêlée aux affaires de Paul Rose. Elle avouera l’avoir rencontré à l’été 1969 à la Maison du Pêcheur en Gaspésie. Me Boilard lui demanda d’ailleurs pourquoi elle ne s’était pas questionnée lorsque les Rose avaient construit cette cachette dans son appartement. Tout ce qu’elle trouva à répondre, c’est que « par les journaux je me doutais qu’ils avaient peut-être quelque chose à voir avec ça, mais, je veux dire, je ne leur ai rien demandé ».

  • Qu’est-ce qui vous a fait revenir à votre appartement le 4 novembre?
  • C’est parce que mon petit frère, je lui avais dit plusieurs fois de sortir de l’appartement, je ne voulais pas qu’il reste là. Il ne voulait rien entendre. Alors en fin de semaine, je suis allé chez nous puis je lui ai dit : « quand tu vas revenir à Montréal tu ne retourneras pas à l’appartement, tu prendras ma chambre ».
  • Et pour quelle raison ne vouliez-vous pas que votre frère, François, retourne à l’appartement de Queen Mary?
  • Parce que je ne voulais pas qu’il soit mêlé dans ça, c’est tout.
  • Mêlé dans quoi?
  • Bien, si jamais, je veux dire, on se faisait arrêter je n’étais pas intéressée à ce qu’il se fasse arrêter.
  • Se faire arrêter pourquoi?
  • Parce qu’il était là.
  • Qui? Paul Rose?
  • Parce que les autres étaient là, puis lui aussi.
  • Mais qu’est-ce que vous craigniez de l’arrestation des autres, à part Paul Rose, si vous ignoriez tout d’eux?
  • Bien oui, mais on se doutait quand même qu’ils devaient avoir quelque chose à voir avec ça puis que …
  • Depuis combien de temps étiez-vous locataire de cet appartement-là?, questionna le coroner.
  • On avait loué au début d’août l’appartement.
  • En 1970?
  • Oui.
  • Puis la dernière fois que vous avez vu Paul Rose c’était en 69 à la Maison du Pêcheur?
  • À la Maison du Pêcheur.
  • Comment ça se fait qu’il est arrivé chez vous tout à coup?
  • Je ne le sais réellement pas.

Cette fois, ce sont les questions soumises par le coroner Trahan lui-même qui semèrent un autre doute. Elle ira jusqu’à dire qu’elle n’avait jamais su à l’avance que les fugitifs viendraient se cacher dans son appartement. Trahan avait aussi remarqué un autre point intéressant, c’est-à-dire le fait que Francine semblait les avoir accepté chez elle.

  • Et vous les avez acceptés?
  • Je ne les ai pas acceptés. On voulait qu’ils s’en aillent mais ils ne voulaient pas sortir, ils avaient peur, je ne sais pas. Ils se sont construit la cachette puis ils ne voulaient pas s’en aller.

Elle niera avoir entendu des conversations compromettantes ou avoir vu Paul Rose rédiger des communiqués. Évidemment, il parait bien plus suspect de tout nier que d’admettre au moins certaines choses. Disons simplement que plusieurs de ses réponses traduisent un comportement étrange.

Francine avouera ensuite avoir contacté François Roux pour le faire venir à l’appartement de Queen Mary le 6 novembre. À l’arrivée de Roux, Jacques Rose lui aurait demandé de se taire. Par ailleurs, elle ne se rappelait pas si Paul Rose s’était absenté le 17 octobre 1970. Évidemment, la Couronne voulait savoir où se trouvait le felquiste au moment où le corps de Laporte avait été transporté juste avant sa découverte.

  • Pendant cette période de temps-là, est-ce qu’il y a eu des discussions entre vous, Colette Therrien et Richard Therrien, surtout après la promulgation de la loi sur les mesures de guerre, est-ce qu’il y a eu des discussions entre vous trois à compter, disons, du 16 octobre pour savoir ce qui pourrait vous arriver à l’un ou à l’autre si les frères Rose et Simard étaient arrêtés chez vous? Est-ce qu’il y a eu des discussions entre vous trois à ce sujet-là?
  • Oui, on avait demandé à Richard vu qu’il étudiait le droit.
  • Qu’est-ce qu’on vous avait dit?
  • Il nous avait dit qu’on pouvait avoir cinq ans.
  • Est-ce qu’après avoir obtenu cette réponse vous avez essayé de clarifier la situation, disons, ou de régler le problème?
  • Je ne comprends pas ce que vous voulez dire.
  • En somme, est-ce que vous avez invité les Rose et Simard à quitter l’appartement?
  • Oui, on leur a demandé.
  • Puis c’est après le 17 qu’ils ont construit une cachette dans votre appartement?
  • Oui.
  • Est-ce que vous étiez intéressée à faire cinq ans?, intervint le coroner Trahan.
  • Non, absolument pas.
  • Alors, est-ce que vous avez pris les moyens pour ne pas les faire?
  • Bien, je n’avais pas envie de me faire descendre non plus.
  • Est-ce que vous avez eu des menaces?
  • Bien, Paul nous avait dit une fois « les délateurs on s’en souvient, on les reconnait ».

Francine ajouta que si les fugitifs ne couchaient pas dans leur cachette, ils dormaient dans le salon.  Encore une fois, elle parut suspecte en affirmant qu’à l’appartement il n’était jamais question du FLQ lors de leurs conversations, qu’ils se renseignaient plutôt à travers les journaux. On comprit qu’elle recevait La Presse directement à l’appartement et que ce quotidien les informait chaque jour sur les événements à l’échelle provinciale. Après lui avoir fait admettre que dans ce journal elle n’avait vu que le nom de Paul Rose comme suspect, Me Boilard tenta de la faire parler davantage.

  • Et c’est à cause du fait que vous avez vu le nom de Paul Rose que vous nous dites aujourd’hui sous serment avoir quitté votre appartement le 22 octobre?
  • Oui.
  • Y être revenu le 4 novembre?
  • Oui.
  • Et y avoir été arrêtée le 6 novembre?
  • Oui.
  • Alors que vous saviez le 6 que les trois mêmes individus plus un autre étaient encore à votre appartement?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez cessé d’avoir peur à partir du 4 novembre?
  • Non, justement, j’étais supposée d’aller me chercher un autre appartement le samedi. J’étais supposée d’aller voir pour une autre chambre.
  • Mais vous nous avez dit tout à l’heure que la principale raison, et corrigez-moi si je fais erreur, que la principale raison de votre retour le 4 novembre était de convaincre votre frère, François, de quitter la maison, l’appartement de Queen Mary. Est-ce que j’ai bien saisi votre témoignage?
  • C’est-à-dire que la fin de semaine, cette fin de semaine-là, je suis allée chez nous, chez moi, mon frère était là aussi puis je lui ai dit que quand il reviendrait de Victoriaville qu’il prendrait ma chambre puis que moi je retournerais là-bas jusqu’à ce que je trouve autre chose.

On établit clairement qu’avant le 17 octobre les frères Rose et Simard n’habitaient pas à l’appartement de Queen Mary. Cet élément correspondait d’ailleurs aux faits que nous connaissons aujourd’hui, à savoir que ces hommes-là étaient occupés à gérer la séquestration de Pierre Laporte. Toutefois, cela n’empêche pas plusieurs questions de subsister après toutes ces années quant aux détails des allées et venues des frères Rose, Simard et Lortie entre le 10 et le 17 octobre 1970. Sont-ils demeurés constamment auprès de Laporte? Ont-ils circulé hors de la maison de la rue Armstrong? Si oui, où sont-ils allé? Qui ont-ils visité?

Évidemment, Francis Simard ne dit pas un seul mot sur cette question dans son livre de 1982.

Francine Bélisle finit par dire que le 11 octobre, alors qu’elle était parfaitement au courant de l’enlèvement de Pierre Laporte, que Paul Rose était venu chez elle. Mais, étrangement, Rose serait resté une trentaine de minutes sans prononcer le moindre mot. Évidemment, nous ne sommes pas les premiers à trouver cette réponse insolite.

  • Est-ce que ça veut dire ça, mademoiselle, que n’importe qui peut entrer chez vous comme ça, s’asseoir puis partir sans qu’il y ait quoi que ce soit qui se dise?
  • Bien non, il m’a dit qu’il attendait quelqu’un.
  • Qu’il attendait qui?
  • Qu’il attendait Francis Simard. Alors je lui ai dit de s’asseoir.
  • Pour quelle raison attendit-il Francis Simard?
  • Je ne le sais pas.
  • Il ne vous l’a pas dit?
  • Non.
  • Vous ne lui avez pas demandé?
  • Non plus.
  • Ça ne vous a pas surprise que Paul Rose vous dise qu’il s’en allait chez vous pour attendre Francis Simard?
  • Justement, ça m’a surprise, mais il m’a dit : « j’attends Francis », alors je l’ai laissé faire.

Sans trop de surprise, elle ira jusqu’à dire qu’elle ne connaissait pas la rue Armstrong et il parut étrange de l’entendre hésiter à savoir comment elle avait appris la découverte du corps de Laporte alors que la majorité des Québécois avaient été marqué par cette nouvelle. De plus, elle avait clairement répondu quelques minutes plus tôt l’avoir appris par la télévision, assise dans le salon avec Simard allongé près d’elle.

  • Saviez-vous où il habitait Paul Rose avant qu’il vienne chez vous à votre appartement?, questionna Me Boilard.
  • Non, je ne le savais pas.
  • Quand, la dernière fois, l’aviez-vous vu avant, semble-t-il, le 11 octobre 70?
  • Je l’avais vu à la Maison du Pêcheur.
  • En quelle année?
  • En 69.

Entre janvier et octobre 1970, le seul qu’elle avait revu était Jacques Rose puisqu’il fréquentait Colette Therrien.

  • Est-ce que vous avez déjà rencontré une jeune fille du nom de Lise Balcer? Je ne parle pas ici, je parle avant votre arrestation du 6 novembre 70?
  • Je pense que Colette avait déjà mentionné ce nom-là, Lise, mais …
  • Je parle de vous, là?
  • Non, moi je ne la connaissais pas.

À la fin de son témoignage, il fut question qu’elle était détenue, tout comme Colette Therrien, dans le célèbre immeuble de la rue Parthenais à Montréal, là où on avait centralisé la Sûreté du Québec et le laboratoire de médecine légale depuis juin 1968.

  • Est-ce que vous connaîtriez un livre intitulé La lumière des justes?
  • J’en ai de ces livres-là dans ma cellule.
  • Est-ce que vous auriez récemment, plus particulièrement le 8 novembre, tenté de prêter ou de faire parvenir l’un de ces livres à mademoiselle Therrien?
  • Oui.
  • Dans ce livre-là il y avait un message, n’est-ce pas?
  • Oui.
  • Qui disait quoi?
  • Je ne me souviens pas exactement.
  • Je vais essayer de vous aider. Vous me direz si c’est vrai, si c’est exact. Je cite : « pas vu J. ni F. depuis fin septembre… ». Est-ce que je dois comprendre que J. c’est pour Jacques Rose et F. pour Francis Simard?
  • Oui.
  • « …quand M. du P… », j’imagine que c’est Maison du Pêcheur?
  • Oui.
  • « …a brûlé. Vu P… », serait-il exact de dire que c’est Paul Rose?
  • Oui.
  • « …pour la dernière fois le lendemain de l’enlèvement de Laporte à cause de mes parents qui y étaient. Je n’ai pas dit que j’étais demeurée en chambre 2-3 semaines mais je vais le dire à l’avocat. Je ne voulais pas dire le nom de François mais ça peut aider s’il veut témoigner que j’ai demeuré là. vu Ben … », j’imagine que c’est pour Bernard Lortie. « … une fois auparavant à l’appartement avec J. »  J’imagine pour Jacques Rose. « As-tu dit que j’étais demeurée en chambre? Tu effaceras tout ça avec tes doigts ».  Est-ce que ça pourrait être le message que vous avez voulu faire parvenir à mademoiselle Therrien?
  • Oui.
  • Pour quelle raison?
  • Parce qu’à ce moment-là on n’avait pas dit qu’ils étaient encore à l’appartement. C’était vrai aussi qu’avant de revenir dans l’appartement c’est les dernières fois que je les avais vus.
  • Est-ce que c’était également pour tenter d’induire mademoiselle Therrien à dire des choses ou ne pas dire des choses?
  • Non, absolument pas. C’est ce qu’elle avait dit de toute façon.
  • Mais quel était le motif, là, la vraie raison de tout ça? On ne se contera pas de blagues, là. Pour quelle raison un message dans un livre à Colette Therrien pendant que vous êtes détenue?
  • Bien, parce que justement on n’avait pas dit qu’ils étaient encore à l’appartement, je veux dire, moi je ne savais pas s’ils étaient sortis ou s’ils étaient encore dans la cachette. Puis je ne voulais pas le révéler parce que je n’avais pas envie de me faire descendre, ils auraient peut-être pu me descendre, je ne sais pas.
  • Qui aurait pu vous descendre?
  • Bien, eux autres, les types qui étaient à l’appartement, parce que Paul nous avait dit : « les délateurs on s’en souvient ». Alors, je n’étais pas intéressée à …
  • Est-ce que c’est parce que vous pensez que Paul se souvient des délateurs que vous avez fait passer ce message-là?
  • À ce moment-là, je n’avais pas dit qu’ils étaient encore à l’appartement, je ne voulais pas le dire parce que j’avais peur justement.
  • Vous ne vouliez pas non plus que mademoiselle Therrien le dise?
  • Bien non, c’est parce qu’elle m’avait dit justement, elle aussi, qu’elle les avait vus les dernières fois, on les avait vus aux mêmes moments sauf les dernières fois qu’on n’avait pas dit qu’ils étaient revenus le 17.
  • Vous ne vouliez pas dire que les frères Rose et Simard avaient habité à votre appartement? Est-ce que c’est ça?
  • On ne voulait pas le dire justement parce que je ne savais pas s’ils étaient encore dans la cachette ou s’ils étaient encore en liberté, rien.

 

Octobre 70: François Bélisle (26)

         Le témoin suivant fut François Bélisle, 19 ans, qui habitait au 4 rue Kirois, à Victoriaville.  Une fois ces informations données au greffier, le jeune homme, représenté par Me François Folot, demanda la protection de la Cour.  Ce fut ensuite à Me Jean-Guy Boilard de l’interroger.

  • Au cours du mois d’octobre 1970, est-ce que vous avez eu l’occasion de vous rendre au 3720 Chemin de la Reine Marie à Montréal, à l’appartement 12?
  • Pourriez-vous dire vers quelle date au mois d’octobre vous êtes arrivé à cet appartement pour la première fois?
  • Je ne suis pas sûr, mais je pense que c’est vers le 5 … c’est un lundi.
  • Le 5 octobre 1970?
  • Oui.
  • Qui habitait l’appartement 12 à ce moment-là?
  • Il y avait Francine Bélisle, il y avait Richard Therrien, il y avait Colette Therrien et puis il y avait Francis Simard.
  • Lorsque vous nous mentionnez Francine Bélisle, je comprends que c’est votre sœur?
  • Oui.
  • Maintenant, lorsque vous mentionnez Colette Therrien et Richard Therrien, je comprends que l’un est le frère de l’autre?
  • Oui.
  • Vous nous parlez de Francis Simard, le connaissiez-vous avant de le rencontrer à l’appartement 12, le 5 octobre 1970?
  • Non, je ne le connaissais pas.
  • Maintenant, quelle était la raison de votre venue à Montréal au début d’octobre 1970?
  • Je commençais à travailler chez un de mes oncles.

Le témoin reconnut Simard sur la photo no. 10 que lui montra Me Boilard.  Bélisle dira ensuite qu’il avait commencé à habiter à l’appartement 12 et que, selon lui, il ne s’était rien produit de spécial cette semaine-là.

  • Est-ce que vous avez eu l’occasion de parler à ce moment-là à Francis Simard?
  • Comme cela, comme on parle à quelqu’un.
  • Qui vous l’a présenté?
  • Colette.
  • Colette Therrien?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez commencé à travailler immédiatement à partir du 5 octobre?
  • Oui, j’ai commencé le lundi.
  • À quel endroit travailliez-vous, plus précisément?
  • Sur la rue Lebel … Labelle, près de Henri-Bourassa.
  • Quel était le travail que vous faisiez à ce moment-là?
  • J’étais menuisier.
  • Est-ce qu’à la fin de cette semaine du 5 octobre 1970 vous êtes retourné chez vos parents à Victoriaville?
  • Oui.
  • Quand êtes-vous parti?
  • Je suis parti le vendredi.
  • Le vendredi qui, d’après le calendrier, serait quelle date?
  • Le 9 octobre.
  • Êtes-vous revenu à Montréal par la suite?
  • Oui, le 12.
  • Lundi le 12?
  • Oui.
  • Lorsque vous êtes revenu à l’appartement 12 du 3720 Chemin de la Reine-Marie est-ce que Francis Simard s’y trouvait toujours à ce moment-là?
  • Oui, il y était.
  • Et de votre côté, monsieur Bélisle, est-ce que vous avez continué à travailler?
  • Oui, j’ai continué à travailler mais je ne suis pas sûr. Je le crois.
  • Est-ce qu’au cours de cette semaine et plus particulièrement lundi le 12 octobre 1970 vous avez eu dans la soirée l’occasion de sortir avec votre sœur Francine Bélisle et Colette Therrien ainsi que Francis Simard?
  • Oui, on est sorti, on est allé au café Campus.
  • Au Café Campus?
  • Oui.
  • Et vous y êtes restés combien de temps?
  • Jusque vers minuit.
  • Et par la suite, où êtes-vous allés?
  • On est revenu à l’appartement.
  • Est-ce que Francis Simard, dans la semaine du 5 octobre 1970 de même que dans la semaine du 12 octobre 1970, couchait à l’appartement 12?
  • Oui, il couchait là.
  • Au cours de cette semaine du 12 octobre 1970, est-ce que d’autres personnes que, évidemment votre sœur, Mlle Therrien, M. Therrien et Francis Simard, est-ce que d’autres personnes sont allées à l’appartement 12 dans cette semaine du 12 octobre?
  • Je ne crois pas qu’il y en a d’autres qui y soient allés.
  • Alors, devons-nous comprendre que quant à vous cette semaine du 12 octobre s’est passée comme si rien n’était?
  • Oui, c’est cela.
  • Une semaine ordinaire?
  • Oui.
  • Et au cours du week-end de cette semaine est-ce que vous êtes retourné à Victoriaville, chez vous?
  • Oui.
  • Et quand êtes-vous revenu?
  • Le lundi, je crois.
  • Est-ce que c’est possible que ce soit également dans la soirée du dimanche au lundi que vous soyez revenu à Montréal?
  • Oui.
  • Vous êtes-vous rendu à l’appartement 12 à ce moment-là?
  • Oui.
  • Vous souvenez-vous à peu près vers quelle heure dans la soirée?
  • Non.
  • Et quand vous vous êtes rendu à l’appartement 12 est-ce qu’il s’y trouvait des gens?
  • Oui.
  • Qui était là?
  • Il y avait Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard.
  • Où se trouvait Francis Simard?
  • Dans l’appartement.
  • Est-ce que tout le monde était couché ou s’il y avait des gens qui étaient debout?
  • Tout le monde était couché.
  • Vous nous parlez de Paul Rose et de Jacques Rose?
  • Oui.

Me Boilard lui montra alors la photo no. 9, sur laquelle il reconnut aisément Paul Rose.  Sur la photo 11, il reconnut Jacques Rose.

  • Est-ce que vous connaissiez à ce moment-là Jacques Rose et Paul Rose lorsque vous êtes arrivé dans la soirée de dimanche à lundi? Je pense que pour les fins du dossier ce serait le 18 octobre, est-ce que c’est exact?
  • Oui, c’est le 18.
  • Est-ce que vous connaissiez Jacques et Paul Rose à ce moment-là?
  • Je connaissais Jacques pour l’avoir vu l’année passée une fois, chez nous.
  • À Victoriaville?
  • Oui.
  • Et est-ce que vous connaissiez Paul Rose?
  • Non, je ne le connaissais pas.
  • Vous souvenez-vous qui a fait les présentations à ce moment-là, si présentations il y a eu?
  • Il n’y a pas eu de présentation.
  • Vous-même, monsieur Bélisle, est-ce que vous avez continué à travailler à ce moment-là?
  • Cette semaine-là, oui j’ai travaillé… Non, je n’ai pas travaillé parce que mon oncle m’avait dit : « je te rappellerai si j’ai besoin de toi », parce qu’il n’avait pas beaucoup de travail.
  • Et le lundi, le 19, est-ce que vous êtes resté à la maison?
  • Non, j’étais sorti parce que j’avais oublié qu’il fallait qu’il m’appelle, je me suis presque rendu là-bas et je suis revenu.
  • Alors, vous vous êtes rendu pour travailler et vous vous êtes rappelé à ce moment-là que vous ne deviez pas travailler ce lundi-là?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait?
  • J’ai été faire un tour en ville et après cela je suis entré à l’appartement.
  • Vers quelle heure êtes-vous revenu à l’appartement ce lundi 19 octobre?
  • Vers 10h30, 11h00.
  • De l’avant-midi?
  • Oui.
  • Y avait-il des gens à l’appartement quand vous êtes venu?
  • Les mêmes personnes.
  • C’est-à-dire Paul Rose, Jacques Rose, Francis Simard, votre sœur Francine …
  • Oui, elle était là.
  • Est-ce que Colette Therrien était là?
  • Oui.
  • Et Richard Therrien?
  • Oui, aussi.
  • Et qu’est-ce qui s’est passé ce lundi 19 octobre après que vous soyez revenu à l’appartement?
  • Je ne m’en rappelle pas.
  • Est-ce que cette journée-là vous avez eu l’occasion d’aller sur la rive sud?
  • Ah! Oui.
  • Alors, voulez-vous nous raconter ce qui est arrivé exactement relativement à ce voyage?
  • Il fallait que j’aille chercher un permis qui pouvait incriminer Colette.
  • Un permis de quoi, monsieur?
  • Je ne le sais pas, je n’ai pas eu le temps de le regarder.
  • Et qui vous avait demandé d’aller chercher ce permis?
  • Jacques.
  • Jacques Rose?
  • Oui.
  • À quel endroit deviez-vous prendre ce permis?
  • Bien, même dans ma déclaration je n’ai pas pu dire la place exacte.
  • Oui, d’accord, mais est-ce que c’était un permis qui était dans une poubelle, dans une voiture, sur un banc?
  • Dans une voiture.
  • Alors, quelle sorte de voiture, quel genre de voiture?
  • Chevrolet 65. Je crois qu’il était blanc.

Le procureur lui montra une série de six photos déposées sous la cote 24a et qui représentaient une automobile. Évidemment, on imagine que ces clichés devaient représenter cette voiture sous différents angles.

  • Est-ce que c’est l’automobile dans laquelle vous alliez chercher quelque chose, un permis?
  • Oui, c’est dans celle-là.
  • Est-ce que vous aviez eu des indications pour savoir à quel endroit se trouvait l’automobile?
  • Oui, on m’avait donné des indications, des explications.
  • Est-ce que vous êtes parti à la recherche de ce permis-là?
  • Oui.
  • Êtes-vous parti seul ou avec d’autres?
  • Seul, la première fois.
  • Et êtes-vous revenu à l’appartement 12 ensuite?
  • Oui.
  • Combien de temps après votre départ, ç’a duré combien de temps?
  • Ç’a pris deux, trois heures.
  • Quand vous êtes revenu est-ce que vous avez fait rapport à quelqu’un?
  • Oui, j’ai fait rapport à Paul Rose.
  • Qu’est-ce que vous lui avez dit?
  • Que je n’avais pas trouvé le permis.
  • Est-ce que Paul Rose vous a donné de nouvelles instructions?
  • Oui, il m’a donné d’autres explications, que c’était de l’autre bord du pont.
  • Est-ce que vous êtes retourné à ce moment-là?
  • Oui, je suis retourné.
  • Avec qui?
  • Avec Colette.
  • Colette Therrien?
  • Oui.
  • Et est-ce que, de fait, vous avez à ce moment-là localisé l’automobile?
  • Oui, nous l’avons localisée.
  • Où se trouvait-elle?
  • Exactement, je ne peux pas vous dire.
  • En somme, ce que je voudrais savoir …
  • De l’autre bord du pont, près d’un garage.
  • Ce que je veux savoir précisément c’est : est-ce qu’elle était dans une entrée de cour, stationnée sur la rue ou …
  • Sur la rue.
  • Qu’est-ce que vous avez fait?
  • J’ai pris le permis et je suis revenu.
  • Vous êtes revenu avec Colette Therrien?
  • Oui.
  • Maintenant, savez-vous à qui appartenait cette automobile?
  • Non, je n’avais pas posé de questions.
  • Quand vous êtes revenu avec le permis qu’est-ce que vous en avez fait?
  • Je l’ai donné à Paul Rose.
  • Le permis, lorsque vous l’avez remis à Paul Rose, est-ce que vous avez pu voir qu’est-ce qui pouvait être écrit dessus?
  • Non, je n’ai pas vu.
  • Est-ce que vous avez vu cela déjà, monsieur Bélisle, un permis de conduire?
  • Oui, souvent, mais là, la nervosité …
  • Est-ce que ça pouvait ressembler à ce genre de document-là?
  • Oui, ça ressemblait à cela.
  • Et où l’avez-vous trouvé dans la voiture?
  • En avant, à côté du chauffeur, à terre.
  • Par terre?
  • Oui.

Le procureur lui montra la photo 24b qui montrait l’endroit exact dans l’auto où se trouvait le permis.  Toutefois, Bélisle n’était pas sûr, ce qui le poussa à affirmer qu’il n’avait pas pris le temps de bien observer.

Par la suite, le jeune Bélisle expliqua qu’il n’avait pas travaillé non plus le mardi 20 octobre.

  • Est-ce que l’un des frères Rose ou est-ce qu’un des trois, Jacques Rose, Paul Rose ou Francis Simard vous ont demandé de faire quelque chose ce mardi-là?
  • Oui, je crois qu’ils nous ont demandé d’aller chercher du bois à une place, je ne savais pas trop quoi au juste, ils ne m’avaient pas expliqué. Je suis parti avec Colette, on est allé voir dans les magasins, je ne me souviens pas les noms et on a appelé comme quoi ça ne pouvait pas marcher, qu’on ne pouvait pas avoir le bois.
  • Maintenant, qui vous avait demandé en particulier d’aller chercher du bois ce mardi-là?
  • Jacques.
  • Est-ce qu’il vous avait donné des spécifications, des détails?
  • Oui, les mesures du bois.
  • Les mesures du bois?
  • Qu’est-ce que ça prenait.
  • Et qu’est-ce que vous deviez acheter, quel genre de matériaux?
  • C’était des … un plywood, du gyproc, des 2 X 4.
  • Alors, vous avez fait des démarches auprès de certains fournisseurs et ça n’a rien donné?
  • Non.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait?
  • Bien là, on avait appelé ou on est revenu, je ne peux pas vous dire et puis eux autres avaient appelé à un … où ils vendent du bois pour dire qu’on pouvait l’avoir là, qu’ils nous le couperaient, les grandes mesures et que le reste on le couperait nous autres mêmes.
  • Qui avait appelé?
  • Je ne le sais pas.
  • Est-ce que c’est l’un des trois?
  • Oui.
  • Alors, est-ce que vous et Colette Therrien restez à l’appartement ou si vous repartez à ce moment-là?
  • On est reparti pour aller voir pour le bois.
  • Voyagiez-vous toujours à pied ou en automobile?, demanda le coroner. De quelle façon voyagiez-vous?
  • En taxi ou en autobus.
  • De fait, reprit Me Boilard, ce jour du mardi 20 octobre 1970, est-ce que vous en avez trouvé du bois?
  • Oui, il a dit qu’il nous le livrerait soit le lendemain ou dans l’après-midi.
  • Maintenant, à quel endroit le bois ou les matériaux devaient être livrés?
  • Chez la mère de Colette Therrien, parce qu’il fallait les couper.
  • Est-ce que vous avez demandé à Jacques Rose ce qu’il voulait faire avec ce bois-là, ces matériaux-là?
  • Quand on est revenu, j’ai vu qu’il déplaçait le linge dans la garde-robe, tout cela.  Là, je lui ai demandé à quoi ça sert, il a dit : « c’est pour se faire une cachette ».
  • Maintenant, dans la garde-robe, à part avoir remarqué que les vêtements en avaient été sortis, est-ce que vous avez remarqué autre chose aussi?
  • Non, la garde-robe était vide.
  • Est-ce qu’il y avait eu des travaux d’effectués dans la garde-robe?
  • Il avait coupé un chose[1] dans le mur.
  • Un chose dans le mur?
  • Un trou.
  • Un carré?
  • Oui.
  • Avant d’aller plus loin, … ça, c’est la garde-robe qui se trouvait à l’intérieur de l’appartement 12, n’est-ce pas?
  • Oui.

Me Boilard lui montra alors la photo 54f, mais Bélisle y reconnut plutôt les modifications apportées à une autre garde-robe.  Il reconnut cependant ce dont on venait de parler sur la photo 54j.  Ces deux placards étaient collés l’un sur l’autre.

Le mercredi 21 octobre, Bélisle n’avait pas travaillé et ce matin-là il se souvenait avoir été réveillé par quelqu’un, sans pouvoir se souvenir qui.  Après le déjeuner, il s’était rendu chez la mère de Colette en compagnie de celle-ci.

  • Qu’est-ce que vous avez fait chez la mère de Colette Therrien?, questionna Me Boilard.
  • J’ai coupé le bois.
  • Est-ce que vous aviez toujours à ce moment-là les spécifications de Jacques Rose?
  • Oui.
  • Où avez-vous pris les outils pour effectuer ce travail de coupage?
  • On les a acheté.
  • À quel endroit?
  • C’est Colette qui a été les acheter.
  • Le mercredi, cela?
  • Oui.
  • Le même jour?
  • Oui.
  • Et une fois que vous ayez eu coupé le bois, qu’est-ce que vous avez fait ensuite?
  • Son père est venu nous reconduire.
  • Le père de Colette?
  • Oui.
  • A été vous reconduire où?
  • À l’appartement.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait des morceaux de bois que vous aviez coupés?
  • Je leur ai donnés.
  • Dois-je comprendre en définitive que le père de Colette serait allé vous reconduire, vous et Colette, à l’appartement?
  • Oui, on a débarqué le bois sur la pelouse et puis il est reparti et nous autres on l’a monté.
  • Alors, en somme, le bois a été transporté à l’appartement ou à l’extérieur de l’appartement dans la voiture du père de Colette Therrien?
  • Oui.
  • Et qui a monté le bois à l’appartement?
  • C’est moi et Colette.
  • Et une fois rendu à l’appartement, qu’est-ce que l’on a fait avec ces matériaux-là?
  • On a commencé à installer les madriers sur le mur.
  • Qui effectuait les travaux?
  • C’est Jacques qui vissait le bois.
  • Jacques vissait le bois?
  • Oui.
  • Est-ce que d’autres personnes l’aidaient?
  • Francis et Paul.
  • Maintenant, est-ce que vous leur avez donné un coup de main à l’occasion?
  • Oui, quelque peu, oui.
  • Maintenant, à quel moment de la journée à peu près avez-vous apporté ce bois, avez-vous apporté ces matériaux dans la maison?
  • C’est le matin vers l’heure du dîner.
  • Et on a commencé la construction tout de suite?
  • Oui.
  • Et ç’a duré combien de temps la construction de cette cachette-là?
  • Jusqu’à peu près vers 18h00.
  • Maintenant, une fois qu’on eut fait la charpente, qu’on eut fait la construction est-ce qu’on a fait autre chose?
  • Ils ont tapissé le [sic] garde-robe.
  • Est-ce qu’on a également utilisé de la peinture?
  • Pour les planches sur la garde-robe, des planches comme cela, elles ont été peinturées, celui de l’entrée.

Sur la photo 54f, le témoin reconnut la planche en question.

  • Ça été peinturé, ça?
  • Oui.
  • Où vous étiez-vous procuré la tapisserie dont vous vous êtes servi?
  • Chez Pascal[2], sur la même rue.
  • Qui l’a achetée?
  • C’est moi.
  • Est-ce que quelqu’un vous avait demandé de faire cette course-là?
  • Oui.
  • Qui?
  • Jacques.
  • Jacques Rose?
  • Oui.
  • Est-ce que quelqu’un vous avait également remis les argents nécessaires pour l’achat?
  • Oui, Jacques.
  • Jacques Rose?
  • Oui.
  • Maintenant, le jeudi 22 octobre est-ce que vous avez vu à l’appartement 12 Richard Therrien?
  • Oui, je l’ai vu.
  • Est-ce qu’à votre connaissance on aurait demandé à Richard Therrien de faire quelque chose ce jour-là, d’acheter des choses?
  • Je ne m’en rappelle pas.
  • Est-ce qu’à votre connaissance il a été question à un moment donné de contre-plaqué ou de plywood pour faire des tablettes?
  • Oui.
  • Qui en a parlé?
  • Je ne le sais pas. Je sais qu’il est arrivé avec cela.
  • Qui est arrivé avec cela?
  • Richard
  • Richard Therrien?
  • Oui.
  • Richard Therrien est arrivé avec du contre-plaqué?
  • Oui.
  • Est-ce que c’était du contre-plaqué qui était déjà coupé, taillé?
  • Oui.
  • Est-ce que … qu’est-ce qu’il a fait avec ces morceaux de contre-plaqué?
  • Il les a donnés à Jacques.
  • Et qu’est-ce que Jacques Rose a fait avec ces morceaux?
  • Il a été en dedans de la cabane et s’est arrangé avec.
  • La cabane, la cachette?
  • Oui.
  • Et il s’est arrangé avec?
  • Oui.
  • Savez-vous ce qu’il faisait avec cela?
  • Je pense que c’était pour s’asseoir dessus.
  • Faire des tablettes, des sièges?
  • Oui.
  • Est-ce que vous l’avez aidé un peu pour faire cela?
  • Non, il n’y avait pas de place.
  • Maintenant, quand Jacques Rose eut terminé l’installation des tablettes est-ce qu’à votre connaissance des essais ont été faites?
  • Oui, ils en ont fait.
  • Quel genre d’essais, qu’est-ce qu’ils ont fait au juste?
  • Ils entraient dedans.
  • Et en ressortaient?
  • Oui.
  • Y êtes-vous allé, vous, à l’intérieur?
  • Non.
  • À quelle heure du jour Therrien a-t-il apporté les planches de plywood?, questionna le coroner.
  • Vers le soir, je crois.
  • Maintenant, reprit Me Boilard, à votre connaissance, en somme vous avez été témoin, vous, j’imagine des essais que l’on a pu faire dans cette cabane, dans cette cachette?
  • Oui.
  • Est-ce que ça prenait du temps pour entrer?
  • Pas tellement.
  • C’était assez vite?
  • Oui.
  • Sans évidemment avoir chronométré toute cette affaire-là ç’aurait pu prendre combien de temps d’après vous?
  • Une minute, peut-être moins.
  • Pour entrer combien de personnes, cela?, demanda le coroner.
  • Trois.
  • Maintenant, reprit encore Me Boilard, jusqu’à venir au 22 octobre 1970 est-ce que l’on doit comprendre que votre sœur Francine habitait toujours à l’appartement 12?
  • Non, elle n’habitait plus là.
  • Elle avait quitté?
  • Durant la semaine.
  • Dans la semaine de ce 22 octobre?
  • Oui, je crois que c’est cela.
  • Elle avait quitté l’appartement pour aller à quel endroit?
  • Sur la rue Parc Lafontaine.
  • Pour quelle raison?
  • Je ne le sais pas, elle était nerveuse quelque chose comme cela, elle avait peur, elle est partie.
  • Dois-je comprendre qu’elle logeait dans un appartement sur la rue …
  • Oui, une chambre je crois.
  • Sur la rue Parc Lafontaine?
  • Oui.
  • Maintenant, savez-vous qui occupait avant cette chambre-là, c’était la chambre de qui cela sur la rue Parc Lafontaine?
  • Je ne suis pas sûr, mais je crois que c’était François Roux.
  • François Roux, le connaissiez-vous, monsieur Bélisle?
  • Oui, je le connaissais parce qu’il avait déjà resté à Victoriaville, ça fait longtemps… il était ami avec ma sœur.
  • Maintenant, est-ce que vous êtes allé à Victoriaville cette semaine-là?
  • J’y ai été durant la fin de semaine, à toutes les fins de semaine j’y ai été.
  • Et quand êtes-vous revenu après cette semaine-là à l’appartement 12?
  • Lundi, je crois.
  • Le lundi, ce serait le 26 octobre?
  • Oui.
  • D’après votre calendrier?
  • C’est cela.
  • Et lorsque vous êtes arrivé ce jour-là…
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez vu votre sœur Francine à l’appartement 12?
  • Non… Bien, je crois qu’elle y était mais je ne suis pas sûr.
  • Vous êtes arrivé à quel moment de la journée, lundi?
  • Dans l’après-midi.
  • Lorsque vous êtes arrivé dans l’appartement avez-vous vu à l’intérieur?
  • Les trois mêmes personnes, plus Colette.
  • Mais quand vous êtes entré immédiatement dans l’appartement est-ce que les frères Rose et Francis Simard étaient à l’extérieur de leur cachette?
  • Je ne peux pas me rappeler s’ils étaient à l’intérieur ou à l’extérieur.
  • Vous avez habité l’appartement 12 pour un certain temps … est-ce que vous avez vu, disons par exemple lorsque l’on sonnait à la porte ou que l’on frappait à la porte qu’est-ce qui se passait à ce moment-là?
  • Si c’était un inconnu, ils se cachaient. Si c’était Colette ou moi ou Richard ou Francine disons, ils restaient là.
  • Et qui les avertissait de sortir ou comment les avertissait-on de sortir?
  • Bien, il y avait une espèce de corde pour sonner…
  • Est-ce que vous avez dit une espèce de code ou de corde?
  • De code.
  • Et quel était ce code-là?
  • C’était six coups moyens.
  • De sonnette?
  • Oui.
  • Mais quand on était dans l’appartement et que l’on se rendait compte que c’était Richard Therrien ou Colette Therrien qui entrait ou votre sœur qui entrait, de quelle façon préveniez-vous les gens qui étaient dans la cachette qu’ils pouvaient sortir?
  • On cognait sur la porte et ils sortaient.
  • Est-ce que vous, vous avez déjà informé en cognant sur le mur de la cachette que les gens pouvaient sortir?
  • Oui.
  • Est-ce qu’à votre connaissance Colette Therrien …
  • Oui.
  • Colette Therrien l’a fait?
  • Oui.
  • Et votre sœur Francine?
  • Francine, je ne crois pas.
  • Richard Therrien?
  • Oui.
  • En somme, c’était quand même quelque chose qui était coutumier, il n’y avait rien de spécial, en somme celui ou celle qui était sur les lieux le faisait?
  • Oui.
  • Le mardi, je pense que ce serait le 27 octobre 1970 …
  • Qui avait inventé cette méthode-là?, demanda encore le coroner Trahan.
  • C’était eux autres,
  • Qui eux autres?
  • Les trois.
  • Est-ce que vous parlez de Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard?, reprit Me Boilard.
  • Bien, je sais que c’était eux autres qui …
  • Le groupe?
  • Oui.
  • Et qui vous avait dit à vous de faire cela?, questionna encore le coroner.
  • Je ne me souviens pas.
  • Mardi le 22 octobre?, fit Me Boilard.
  • Oui.
  • Est-ce que vous êtes allé travailler cette journée-là?
  • Non.
  • Est-ce que Paul Rose vous avait demandé d’aller faire une commission, une course?
  • Oui, il m’a demandé d’aller acheter un lettre à set.
  • Qu’est-ce que c’est cela?
  • C’est une feuille transparente avec des lettres en plastique, tu le mets sur la feuille et puis à l’envers tu barbouilles sur l’autre feuille et puis ça colle sur l’autre.
  • En somme, c’est un machin quelconque pour imprimer des lettres?
  • Oui.
  • Ou dessiner des lettres?
  • Oui.
  • Et de fait y êtes-vous allé l’acheter?
  • Oui, j’y ai été.
  • Et à qui l’avez-vous remis ce lettre à set?
  • À Paul Rose.
  • Vous rappelez-vous où vous avez acheté cela?
  • Dans une papeterie pas loin d’où on restait.
  • Alors, quand vous avez remis ce lettre à set à Paul Rose qu’est-ce qu’il faisait Paul Rose à ce moment-là?
  • Il écrivait quelque chose sur un papier.
  • Il écrivait quoi?
  • Je suppose que c’était un communiqué.
  • Et quand vous lui avez remis ce lettre à set qu’est-ce qu’il en a fait de ce lettre à set?
  • Il a imprimé quelque chose sur sa feuille.
  • Il a imprimé quoi?
  • Je crois que c’était FLQ.
  • Et après avoir fait cela qu’est-ce qu’il a fait du communiqué ou de la lettre qu’il écrivait?
  • Il l’a mis dans une enveloppe.
  • Et à qui a-t-il donné cette enveloppe-là, s’il l’a donnée à quelqu’un?
  • À moi.
  • Et il vous a demandé de faire quoi avec?
  • De l’apporter pour qu’un poste de radio puisse la prendre.
  • Est-ce que Paul Rose vous a mentionné l’endroit où vous deviez aller porter cette lettre-là?
  • Il m’avait dit dans le bout de la gare.
  • Quelle gare?
  • La gare Centrale d’autobus pour le Provincial, je crois. L’autobus Provincial.
  • C’était où, cela?
  • Je ne me souviens pas.
  • Est-ce que c’était le terminus où se trouve, qui se trouve sur Dorchester?
  • Je ne le sais pas, je ne peux pas dire.
  • Ou sur Berri?
  • Je ne peux pas dire.
  • Vous ne le savez pas?
  • Oui.
  • Et de fait, y êtes-vous allé?
  • Oui, j’y ai été.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait de l’enveloppe que Paul Rose vous avait remise?
  • Je l’ai mise dans une poubelle.
  • Et ensuite?
  • Rien d’autre.
  • De quelle façon vous êtes-vous rendu là?, demanda le coroner Trahan.
  • En métro et en autobus.
  • Après avoir déposé la lettre à l’endroit que vous avait indiqué Paul Rose, reprit Me Boilard, est-ce que ce dernier vous avait également demandé de faire autre chose?
  • Oui, de téléphoner.
  • De téléphoner où?
  • Au poste de radio CKAC, je crois.
  • Et qu’est-ce que vous deviez leur dire à ce moment-là?
  • Je devais leur dire que le communiqué était à une telle place dans une poubelle.
  • C’était quel genre d’enveloppe?
  • C’était une enveloppe rose.
  • Savez-vous d’où ça provenait?
  • C’était à ma sœur, elle en avait beaucoup avec des feuilles pour écrire.
  • Après avoir ainsi déposé le communiqué à cet endroit, est-ce que vous êtes revenu à l’appartement 12?
  • J’ai attendu un bout de temps parce qu’il m’avait dit de téléphoner et comme je ne voulais pas m’embarquer dans des choses comme cela j’ai attendu et …
  • Et après avoir attendu quelque temps êtes-vous revenu à l’appartement 12?
  • Oui.
  • Est-ce que vous y avez vu Paul Rose?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous lui avez dit?
  • Je lui ai dit que ça n’avait pas marché, qu’ils n’avaient pas trouvé le communiqué.
  • Alors, qu’est-ce que Paul Rose a fait à ce moment-là?
  • Il a commencé à en écrire un autre, je crois.
  • Est-ce qu’il s’est à ce moment-là encore une fois servi de lettre à set?
  • Oui.
  • Que vous aviez acheté?
  • Oui.
  • Maintenant, est-ce que vous pourriez … vous les avez vus ces communiqués-là?
  • Non, je ne les ai pas lus.
  • Mais sans lire vous avez pu voir quel genre de papier c’était?
  • Oui.
  • Avez-vous remarqué quelque chose de particulier sur le papier dont se servait Paul Rose?
  • Non, c’était du papier blanc.
  • Est-ce qu’il y avait un tracé, des couleurs?
  • Non, il n’y avait rien, c’était blanc.
  • Alors, le deuxième communiqué que Paul Rose s’est mis à écrire après votre retour comme vous nous l’avez décrit qu’est-ce qu’il en a fait?
  • Il a fait la même chose et puis il a mis son passeport, je crois, ou quelque chose comme cela dedans et c’est tout.
  • Et à qui a-t-il remis ce communiqué-là?
  • À Colette.
  • Et qu’est-ce que Colette devait faire avec ce deuxième communiqué?
  • Je crois que c’était la même chose que moi.
  • Et est-ce que de fait Colette est sortie de l’appartement?
  • Oui.
  • Est-ce qu’elle est partie seule ou en compagnie d’une autre personne?
  • Seule.
  • Et est-ce qu’elle est revenue à l’appartement après?
  • Oui.
  • Combien de temps après son départ, à peu près?
  • Deux heures.
  • Est-ce qu’il a été question également entre l’un des frères Rose par exemple et Colette Therrien de photocopie de communiqué?
  • Je crois que oui.
  • Alors, voulez-vous raconter à monsieur le coroner ce qui est arrivé?
  • Bien, je ne le sais pas, il s’est expliqué avec elle qu’il voulait avoir je crois des copies de son communiqué, il s’est arrangé avec.
  • Et à votre connaissance, est-ce que des photocopies ont été faites de ce communiqué?
  • Oui.
  • Est-ce que c’était le premier ou le deuxième cela?
  • Je ne m’en rappelle pas.
  • Et toujours à ce moment-là est-ce que l’on vous a remis à vous, monsieur Bélisle, une copie de ce communiqué-là?
  • Non.
  • Et à votre connaissance en aurait-on remis une copie à Colette Therrien?
  • Je ne m’en rappelle pas.
  • Vous souvenez-vous qu’à cette époque-là il aurait eu une réunion là à l’Université de Montréal?
  • Oui, pour les droits de l’homme.
  • Êtes-vous allé à cette réunion-là, monsieur Bélisle?
  • Oui.
  • Avec qui?
  • Seul, la première fois.
  • Et la deuxième fois?
  • J’y étais allé pour aller sonder pour voir si c’était possible d’aller porter un communiqué.
  • Et y êtes-vous allé une deuxième fois?
  • Oui, j’y suis retourné.
  • Avec qui?
  • Avec Colette.
  • Quand vous y êtes allé la première fois, est-ce que c’était à la demande et la suggestion de quelqu’un?
  • À la demande de Paul Rose.
  • Et lorsque vous y êtes retourné une deuxième fois avec Colette Therrien est-ce que vous êtes en possession de quelque chose à ce moment-là?
  • Oui, un communiqué.
  • Et qu’est-ce que vous en faites?
  • On le dépose près d’une boîte à malle, c’est marqué affranchi et non affranchi, c’est près de la salle et là j’ai téléphoné pour dire où il était.
  • À qui … vous avez téléphoné à qui?
  • À quelqu’un qui répondait, j’avais demandé à une personne qui parlait en avant mais …
  • Vous aviez demandé un des conférenciers?
  • Comme il ne pouvait pas se déranger c’est à quelqu’un là qui a répondu et puis il a dit que c’était correct.
  • Mais qu’est-ce que vous avez dit, vous?
  • J’ai dit qu’il y avait un communiqué près de la boîte à malle et tout cela et il est allé le chercher.
  • Quand vous avez appelé pour ce communiqué-là, intervint le coroner Trahan, est-ce que vous étiez à l’université même?
  • Non, j’étais dans une boîte téléphonique.
  • En dehors de l’université?
  • Oui.
  • Ce soir-là, reprit Me Boilard, le soir de la réunion à l’Université et du communiqué etc., est-ce qu’il est arrivé un incident, une erreur de numéro de téléphone, question de monnaie également de 10¢ qui disparaissaient, que vous n’aviez plus?
  • Oui, il me manquait un dix sous, je m’étais trompé de numéro.
  • Est-ce que vous avez dit cela, est-ce que vous en avez informé Colette Therrien que vous vous étiez trompé?
  • Oui, je suis retourné pour lui dire que je n’avais pas pu téléphoner et tout cela, et là elle m’a donné un autre dix sous et j’ai été téléphoner.
  • Où était-elle Colette Therrien à ce moment-là?, questionna le coroner.
  • Elle était à l’université.
  • Maintenant, reprit Me Boilard, ce que vous deviez dire lors de cette conversation, de ce téléphone plutôt à l’Université qui vous avait [dit] de dire cela, vous avait dit quoi de dire?
  • C’était Paul Rose.
  • Est-ce que Colette Therrien était avec vous lors de ce téléphone-là?
  • Non, elle était à l’Université pour voir s’il passerait ou non.
  • Maintenant, est-ce qu’elle vous avait dit ou demandé de faire quelque chose relativement toujours au communiqué de l’Université?
  • Non.
  • Ce n’est pas elle qui vous avait dit : « tu diras cela lorsque tu téléphoneras ou tu parleras à untel »?
  • Non.
  • L’erreur du numéro de téléphone maintenant… Est-ce que vous l’aviez noté ce numéro de téléphone-là?
  • Non, je l’avais dans ma mémoire.
  • Et est-ce que vous avez mentionné à Colette Therrien que …
  • Oui, je lui ai dit, on est ressorti ensemble et là j’ai été téléphoner.
  • Est-ce que c’est parce que vous aviez un blanc de mémoire ou si vous étiez nerveux à ce moment-là?
  • J’étais nerveux.
  • Et à ce moment-là, vu votre nervosité, est-ce que Colette vous a donné des instructions ou vous a suggéré de faire des choses, de dire des choses?
  • Non, elle ne m’a rien suggéré, j’ai refait un autre téléphone.
  • Et cette fois-ci, sans vous tromper de numéro?
  • Oui.
  • Maintenant, le jeudi de la même semaine, je pense que ça serait le 29 octobre, c’est cela?
  • Plutôt le 30 … non … le 30, oui. Le 29, oui.
  • Je 29 octobre, jeudi?
  • Oui.
  • Quand vous vous êtes levé le matin est-ce que Colette Therrien était à l’appartement?
  • En d’autres termes, disons, peut-être pour vous aider là, est-ce que vous auriez eu un téléphone de Colette Therrien le matin du 29 octobre 1970 relativement à un communiqué?
  • Non, je ne crois pas en avoir eu … je n’ai peut-être pas compris.
  • Je vais essayer de vous aider, est-ce que ce jeudi le 29 octobre 1970, dans la journée de jeudi le 29, est-ce que vous auriez parlé avec Colette Therrien au téléphone relativement à un communiqué qu’elle avait livré?
  • Je ne m’en rappelle pas.
  • Vous ne vous en souvenez pas?
  • Non.
  • Est-ce qu’au cours de cette journée-là vous avez vu Colette Therrien à l’appartement toujours …
  • Le soir.
  • De quoi a-t-il été question entre vous et elle?
  • Rien de spécial.
  • Est-ce qu’il a été question de communiqué dans la soirée du 29?
  • Oui, il voulait qu’elle aille porter je crois des communiqués à tous les postes de radio et comme c’était pas possible elle a appelé… elle avait appelé pour dire qu’elle était trop fatiguée.
  • Qui lui avait demandé d’aller porter des communiqués?
  • Paul Rose.
  • Est-ce que cette journée-là toujours votre sœur Francine se trouvait à l’appartement?
  • Je ne peux pas dire.
  • Vous, lui avez-vous parlé?
  • Non, je ne lui ai pas parlé.
  • Est-ce qu’il a été question d’une certaine Micheline, que vous changiez de place pour …
  • Ah! Oui, le soir moi-même j’ai été coucher chez elle.
  • Qui vous avait demandé …
  • C’est Francine qui avait appelé.
  • Votre sœur Francine vous avait appelé à l’appartement?
  • Elle avait appelé Colette.
  • Et elle voulait que vous alliez coucher chez cette amie?
  • Oui.
  • Micheline?
  • Oui.
  • Et est-ce que de fait vous y êtes allé?
  • Oui.
  • Vous êtes resté combien de temps chez Micheline?
  • Je suis parti le vendredi pour aller à Victoriaville.
  • Est-ce que vous êtes revenu à Montréal la semaine suivante qui serait le lundi 2 novembre?
  • Oui, je suis revenu.
  • Et où êtes-vous allé, à l’appartement?
  • Je suis allé à la chambre où Francine restait.
  • Sur le parc Lafontaine?
  • Oui.
  • Francine s’y trouvait toujours?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait?
  • Francine avait beaucoup de bagages et puis fallait qu’elle retourne à l’appartement alors …
  • À l’appartement sur Reine Marie?
  • Oui.
  • Et lui avez-vous aidé à retourner?
  • Oui, je lui ai aidé. Il a fallu que j’aille chercher les bagages.
  • Quand vous êtes arrivé à l’appartement sur Reine Marie?
  • Oui.
  • Qui y avez-vous vu?
  • J’ai vu Paul Rose, Jacques Rose ainsi que Francis Simard et Lortie.
  • Lortie était là?
  • Oui.
  • Bernard Lortie?
  • Oui.
  • Est-ce que vous le connaissiez avant ce jour-là?
  • Non.

Pour être certain qu’on parlait du même individu, Me Boilard montra au témoin la photo cotée 17 et le témoin y reconnut aisément Bernard Lortie.

  • Et là, est-ce que quelqu’un vous l’a présenté, Lortie?
  • Non, je l’avais vu dans les journaux.
  • À cette époque-là, on est disons au 2 novembre 1970, est-ce que vous saviez, monsieur Bélisle, que Paul Rose était recherché par la police?
  • Est-ce que vous saviez également que Lortie était recherché par la police?
  • Oui.
  • Saviez-vous que Simard était recherché?
  • Oui.
  • Également Jacques Rose?
  • Oui.
  • Durant le temps où ces trois personnes à l’exception de Lortie, étaient à l’appartement et à compter du 2 novembre lorsque Lortie y est arrivé est-ce que vous écoutiez les émissions de télévision?
  • Oui, les émissions de télévision, de radio.
  • Est-ce que vous écoutiez les bulletins de nouvelles?
  • Oui.
  • Est-ce que vous auriez vu par exemple, à la télévision les photographies …
  • Non, je n’en ai pas vu à la télévision.
  • Dans les journaux peut-être?
  • Oui.
  • Alors ça c’était … vous le saviez, vous?
  • Oui, je savais que ma sœur était là aussi.
  • Était à l’appartement sur Reine Marie?
  • Oui.
  • Combien y avait-il de chambres à coucher dans cette maison-là?, demanda le coroner Trahan.
  • Deux, un salon, une cuisine et puis une espèce de hall d’entrée.
  • Est-ce que tout le monde se couchait en même temps ou s’il y en avait qui faisaient la garde?
  • Quand vous êtes entré le 2 novembre 1970 à l’appartement du chemin de la Reine Marie vous accompagniez Francine votre sœur?, reprit Me Boilard.
  • Oui.
  • Vous lui aidiez à apporter ses bagages?
  • Oui.
  • Lorsque vous êtes entré dans l’appartement est-ce que les quatre c’est-à-dire les deux frères Rose, Simard et Lortie étaient dans l’appartement ou sinon où étaient-ils?
  • Ils étaient cachés.
  • Est-ce qu’à un moment donné ils sont sortis de leur cachette?
  • Oui.
  • Qui les a informés?
  • Ha! Je ne le sais pas.
  • Après avoir reconduit votre sœur Francine à l’appartement toujours ce 2 novembre êtes-vous resté, vous, à l’appartement 12?
  • Non, j’ai pris mes bagages et je suis parti à la chambre qu’elle avait eue …
  • À la chambre de Francine?
  • Oui.
  • Sur la rue Parc Lafontaine?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait dans cette semaine du 2 novembre?
  • J’ai peinturé ma chambre.
  • La chambre sur Parc Lafontaine?
  • Oui.
  • Et vous êtes resté à cette chambre-là jusqu’à quelle date à peu près?
  • Jusqu’au vendredi.
  • Ça se trouvait vendredi, 6 novembre?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait ce vendredi-là?
  • Je suis monté à Victoriaville.
  • Et est-ce que vous avez passé le week-end là?
  • Oui.
  • Et êtes-vous revenu le 9 novembre?
  • Non … oui, je suis revenu.
  • Vous êtes revenu le 9 novembre?
  • Oui.
  • Et où êtes-vous allé?
  • J’ai été chercher mes bagages.
  • À la chambre sur Parc Lafontaine?
  • Oui.
  • Et êtes-vous resté longtemps chez Micheline?
  • Non, je suis parti le mardi.
  • Pour Victoriaville?
  • Oui.
  • Et êtes-vous revenu à Montréal subséquemment?
  • Non.
  • Pendant votre séjour sur Queen Mary est-ce qu’il a été question entre vous et l’un quelconque des trois et à compter du 2 novembre l’un des quatre Rose, Lortie, Simard …
  • Je n’ai pas demeuré avec l’autre, avec les trois.
  • Avec les trois, d’accord. Est-ce qu’il a été question par exemple de l’enlèvement de monsieur Laporte?
  • Non, il n’a pas été question de cela.
  • Est-ce que l’un des frères Rose ou Simard aurait passé en votre présence des commentaires disons suite à des bulletins de nouvelles à la télévision ou à la radio ou suite à des informations dans les journaux?
  • Bien, des commentaires parce qu’ils étaient recherchés, c’est évident.
  • Est-ce que l’on aurait parlé en votre présence durant cette période-là de monsieur Cross?
  • Non, il n’a pas été question de monsieur Cross.
  • À cette époque-là, à ce moment-là?
  • Non.
  • En votre présence toujours?
  • Non.
  • À votre connaissance, est-ce qu’il y aurait eu des armes pendant le moment là où les frères Rose et Francis Simard étaient à l’appartement 12, est-ce que vous y auriez vu des armes à feu?
  • Non, je n’ai pas vu d’armes, j’ai vu des boîtes.
  • Des boîtes qui se trouvaient où?
  • Dans la cachette?
  • Oui.
  • Vous n’avez pas vu ce qu’il y avait dedans?
  • Non.
  • Vous n’auriez pas vu disons ouvertement là, comme je vous montre mon stylo, une arme à feu, revolver, pistolet ou quoi que ce soit?
  • Non.

Questionné par le coroner, Bélisle précisera que cette boîte avait une dimension d’environ 7 X 12 pouces.

  • Est-ce qu’il aurait été question, sans évidemment les voir mais est-ce qu’on aurait mentionné en votre présence toujours à l’appartement 12, qu’il s’y trouvait des armes à feu dans l’appartement?
  • Quand j’ai vu cela, les boîtes, on m’a dit que c’était des armes.
  • Qui vous a dit cela?
  • Jacques.
  • Jacques Rose?
  • Oui.
  • Est-ce que l’on a spécifié quelle sorte d’armes ça pouvait être?
  • Non.
  • Une .22 ou un fusil de chasse?
  • Non, pas clairement.
  • Bien, si pas clairement …
  • On a dit que c’était des armes.

Me Boilard lui demanda ensuite de regarder la jeune femme qui venait d’entrer dans la salle et le témoin l’identifia comme étant sa sœur, Francine Bélisle.  Peu de temps après, il lui demanda d’identifier Colette Therrien et Richard Therrien.  Une fois ces faits établis, Me Boilard annonça en avoir terminé avec le témoin François Bélisle.  La cour s’ajourna pour la pause du midi.

Je suis conscient que la lecture d’un témoignage aussi long peut s’avérer ennuyeux par moment, mais cette présentation répond à un besoin de transparence. On ne pourra pas m’accuser de mal résumer un témoignage ou de créer des citations hors contexte. Les témoignages sous serment étant de la preuve légale, il est parfois nécessaire de bien s’en imprégner pour tenter de se rapprocher le plus possible du contexte de l’époque.

Le témoignage suivant sera celui de Francine, la sœur de François Bélisle.


[1] Retranscris tel que lu dans les transcriptions sténographiques.  Par « un chose » au lieu de « une chose », le témoin voulait certainement dire « un truc ».

[2] Nom d’une quincaillerie en vogue à cette époque.

Octobre 70: Le témoignage de François Roux (25)

François Roux

23 novembre 1970

Lorsque Me Jean-Guy Boilard de la poursuite voulut appeler le témoin François Roux, Me Claude Filion, qui défendait les intérêts de Roux, demanda à voir son client avant de commencer, ce que lui accorda volontiers le coroner Trahan.  Roux avait 21 ans et travaillait comme caméraman.  Il habitait au 3912 Parc Lafontaine.  Roux demanda aussitôt la protection de la Cour.

  • Alors, monsieur Roux, commença Me Jean-Guy Boilard, au cours des mois d’octobre et de novembre 70 est-ce que vous vous trouviez à Montréal?
  • Oui.
  • À quelle adresse habitiez-vous en octobre 70?
  • En octobre, j’habitais à 30 … je ne sais pas l’adresse de Roger Frappier, sur la rue Saint-Hubert, ensuite j’ai loué une chambre à 3884 Parc Lafontaine et ensuite je suis déménagé à 3912 Parc Lafontaine.
  • Pardon? Je n’ai pas saisi la dernière partie de votre réponse?
  • Ensuite je suis déménagé à 3912 Parc Lafontaine.
  • Au cours du mois d’octobre 70, et plus particulièrement le 20 octobre 1970, aviez-vous eu, avez-vous eu une conversation téléphonique avec Francine Bélisle?
  • Oui.
  • À quel sujet?
  • Je lui ai téléphoné simplement pour lui demander des nouvelles parce que ça faisait longtemps que je ne l’avais pas vue, c’est tout.
  • Est-ce que vous l’avez vue ce 20 octobre 70?
  • Non.
  • Quand l’avez-vous vue suite à cette conversation téléphonique du 20?
  • On s’était donné rendez-vous pour le 22.
  • Alors, le 22 qu’est-ce qui est arrivé?
  • Le 22 elle est venue me rejoindre à ma chambre à 39 … pas à 3912, à 3884 Parc Lafontaine et puis c’est tout.
  • Alors on parle toujours, n’est-ce pas, du 22 octobre 1970?
  • Exactement.
  • Pour quelle raison est-elle allée vous rejoindre à votre chambre?
  • Bien, parce que c’était une de mes bonnes amies, c’était tout à fait normal, on avait eu un rendez-vous.
  • Est-elle restée à votre chambre?
  • Oui, elle est demeurée à ma chambre, je crois, jusqu’au 4 novembre. Je ne suis pas certain mais je pense que …
  • Lorsque vous l’avez vue à votre chambre le 22 octobre 1970 comment Francine Bélisle vous est-elle apparue?
  • Bien, maintenant, je traduis différemment la façon qu’elle pouvait être à ce moment-là. Elle était assez nerveuse, elle semblait assez nerveuse, c’est tout.
  • Vous-même, monsieur Roux, êtes-vous resté à votre chambre du 3884 Parc Lafontaine jusqu’au mois de novembre?
  • Je suis resté, je suis déménagé le lendemain de l’arrivée de Francine c’est-à-dire le … le lendemain ou le surlendemain de l’arrivée de Francine.
  • Est-ce qu’aux environs du 22 octobre 70 ou subséquemment au 22 octobre 70 vous avez eu l’occasion d’apprendre certaines choses par la voie des journaux ou de la radio ou de la télévision relativement à l’affaire Laporte, plus particulièrement avez-vous vu des photographies?
  • Oui.
  • Photographies de qui?
  • À ce moment-là, avant le 22 octobre, je pense qu’il y avait seulement la photographie de Paul Rose et de Carbonneau que je ne connaissais pas, absolument pas. Et puis après, je ne sais pas quand au juste, ils ont sorti la photo de Jacques Rose que je connaissais, que j’avais déjà vu.
  • Lorsque vous avez vu ces photographies dans les journaux en avez-vous parlé avec Francine Bélisle?
  • J’en ai parlé avec Francine, quand j’ai vu la photo de Jacques, j’ai appris que c’était le frère de Paul Rose, je ne le savais pas avant, et puis sans qu’elle me dise qu’il demeurait là quand même je savais que c’était l’ami de Colette Therrien, c’est tout. J’étais loin de penser qu’il pouvait demeurer là, puisque c’était l’ami de Colette.
  • En d’autres termes, c’est qu’au moment où vous auriez vu ces photographies dois-je comprendre que votre réponse est que Francine Bélisle ne vous a pas dit à ce moment-là que l’une quelconque des personnes dont vous aviez vu la photo était à l’appartement de la rue Queen Mary?
  • Non, on n’en a pas discuté comme ça parce que moi premièrement, parce que s’il y avait eu implication quelconque je ne voulais pas le savoir, alors je n’ai pas voulu en discuter.
  • Est-ce qu’à cette époque-là toujours, alors que Francine Bélisle occupait ou partageait, je l’ignore, votre chambre au 3884 Parc Lafontaine est-ce que Francine Bélisle vous a posé des questions relativement, disons, à ce qui pouvait attendre les complices des gens qui étaient recherchés par la police?
  • On en a discuté une fois. Elle m’a demandé ce qui pouvait arriver à quelqu’un qui aidait ou qui cachait des gens qui étaient recherchés et puis moi j’ai demandé à un de mes amis, je ne le savais pas, je ne connais absolument rien en droit. J’ai demandé à un de mes amis qui connaissait un avocat et puis après, bien, j’ai eu la réponse et je lui ai dit tout simplement.
  • Alors, vous avez reçu une réponse que vous avez communiquée à mademoiselle Bélisle?
  • Oui.
  • Et quelle est la réponse que vous avez communiquée à mademoiselle Bélisle?
  • Je ne me rappelle pas.
  • En substance?
  • Je pense que c’était, qu’ils étaient passibles de 5 ans d’emprisonnement, quelque chose comme ça.
  • Alors, à tout le moins, devons-nous comprendre que vous auriez répondu à mademoiselle Bélisle qu’une personne qui aidait ou qui cachait celui ou ceux recherchés par la police commettait à tout le moins une offense criminelle?
  • Oui.
  • Vers quel moment, monsieur Roux, auriez-vous quitté après l’arrivée de Francine Bélisle à votre chambre le 22 octobre 1970, alors vers quel moment auriez-vous quitté votre appartement du 3884 Parc Lafontaine pour en louer un autre?
  • Probablement le lendemain ou le surlendemain, je ne me rappelle pas exactement.
  • De l’arrivée de Francine Bélisle?
  • De l’arrivée de Francine Bélisle.
  • Que l’on situe au 22 octobre?
  • Au 22.
  • Est-ce que vous savez à quel moment Francine Bélisle a quitté l’appartement au 3880 Parc Lafontaine?
  • C’est 3884.
  • Je m’excuse.
  • Je sais qu’elle est partie un vendredi pour aller à Victoriaville. On avait rendez-vous le vendredi, je n’ai pas eu le temps d’aller la rencontrer.  Elle est partie pour Victoriaville puis elle est revenue le dimanche ou le lundi et je l’ai rencontrée ce soir-là.  Elle m’a dit qu’elle quittait l’appartement, je crois, le lendemain, je ne sais pas.
  • Alors, l’avez-vous rencontrée au 3884 Parc Lafontaine?
  • Quand elle est revenue de Victoriaville.
  • Alors, on va réparer ça. Au moment où Francine Bélisle vous a informé qu’elle quittait votre chambre ou votre ancienne chambre du Parc Lafontaine vous a-t-elle dit quelque chose relativement aux frères Rose et à d’autres personnes?
  • Elle m’a dit que Jacques Rose demeurait à son appartement à 3720 Queen Mary.
  • Queen Mary, appartement 12, je pense?
  • Exactement.
  • Vous a-t-elle mentionné qu’une autre personne que Jacques Rose logeait à cet appartement-là?
  • Non.
  • Alors, elle serait donc partie, c’est-à-dire je dis « elle », Francine Bélisle serait partie de votre chambre du Parc Lafontaine vers le 4 novembre ou est-ce le 4 novembre? Voulez-vous vérifier s’il vous plaît?
  • Je ne suis pas certain si c’est le … je ne le sais pas parce que moi je l’ai rencontrée soit le dimanche ou le lundi soir à l’appartement, ce qui est le 1er ou le 2 novembre. Le 2, elle m’a dit qu’elle quittait, je pense, le lendemain.  Je suis pas mal certain que c’est le lundi le 2 novembre qu’on s’est rencontré.
  • Alors, elle aurait quitté le 3?
  • Je pense, le 3 ou le 4, je ne suis pas certain.
  • D’accord, d’accord. Subséquemment à son départ le 3 ou le 4 novembre est-ce que Francine Bélisle a communiqué avec vous?
  • Oui, elle m’a téléphoné, elle a téléphoné. J’étais absent, à 3912 Parc Lafontaine la journée avant l’arrestation, c’est le 6.
  • Oui?
  • Pendant la nuit du 6 au matin.
  • Vers quelle heure vous a-t-elle …?
  • Je ne sais pas si elle a téléphoné pendant la nuit, moi j’ai eu le message pendant la nuit, quand je suis arrivé à l’appartement j’ai vu un message à côté du téléphone, c’était écrit « Francine. Important. Rappelez ».
  • D’accord. Alors, qu’est-ce que vous avez fait après avoir pris connaissance de ce message?
  • J’ai appelé Francine.
  • À quel endroit?
  • À l’hôpital. Parce que je savais qu’elle travaillait de nuit à l’hôpital.
  • Et qu’est-ce que Francine Bélisle vous a dit?
  • Elle m’a dit que quelqu’un voulait me rencontrer. Elle ne m’a même pas mentionné qui, elle m’a dit que quelqu’un voulait me rencontrer le lendemain matin à son appartement.  J’ai pensé que ça pouvait être Jacques Rose.
  • Est-ce que le lendemain vous avez rencontré Francine Bélisle?
  • Oui, on s’était donné rendez-vous à un restaurant voisin de chez Vito sur la rue Côte-des-Neiges et puis on s’est rencontré, je pense qu’il devait être à peu près huit heures, huit heures et demie, ensuite on s’est rendu à son appartement.
  • Au 39 …?
  • Au 3720.
  • Au 3720 plutôt Queen Mary?
  • Oui.
  • Est-ce que vous êtes pénétré à l’intérieur?
  • Oui.
  • Qui avez-vous vu à l’intérieur de l’appartement numéro 12?
  • Quand je suis rentré, je suis allé directement à la cuisine au bout du corridor et puis il y avait quelqu’un d’assis à la table. Je m’attendais à voir Jacques Rose. Je n’ai pas reconnu la personne lorsque je suis rentré parce que je ne le connaissais pas.  Je ne l’avais jamais vu.  Il avait la tête penchée comme ça.  Ensuite, je suis ressorti et puis là j’ai entendu Francine dire à Colette : « qu’est-ce que Paul fait là? ».  Je suis retourné, j’ai vu que c’était Paul Rose, il avait une cataracte.
  • Il avait quoi?
  • Une cataracte.
  • Comment était-il Paul Rose en somme, au point de vue physionomie, quels étaient ses cheveux, longs, courts, couleur ou quoi que ce soit? Qu’est-ce que vous avez remarqué à ce moment-là?
  • Il avait les cheveux teints roux puis rasés sur le dessus, sur le côté ils étaient longs. Il avait une couronne tout le tour puis sur le dessus il était rasé puis la couronne, ses cheveux étaient roux.
  • Roux?
  • Bien, roux châtain.
  • Est-ce que d’autres personnes à part Paul Rose sont venues dans la cuisine?
  • Il y a Francine Bélisle, bien entendu, qui est arrivée avec moi. Ensuite il y a Colette Therrien qui est arrivée dans la cuisine, et puis quelques minutes après, peut-être dix minutes, Jacques Rose est arrivé. Il venait de se lever.
  • Est-ce que vous connaissiez Jacques Rose avant ce moment-là?
  • Je l’avais rencontré à deux occasions.
  • Comment était-il de physionomie ou d’apparence extérieure lorsque vous l’avez vu ce 6 novembre 70 à l’appartement de Queen Mary?
  • Il n’avait rien de changé, il était exactement comme toutes les fois que je l’ai vu; il était exactement comme les photos qu’on pouvait voir dans les journaux, dans le journal aussi.
  • Est-ce qu’il y a eu une conversation entre vous, Paul Rose et Jacques Rose dans la cuisine de l’appartement 12?
  • Oui, on a parlé puisque j’ai demeuré là peut-être de 9h00 à 11h00.
  • Qu’est-ce qui s’est dit?
  • On a parlé, bien, premièrement ils m’ont … la première chose qu’ils m’ont dit, Paul Rose m’a parlé le premier, il m’a dit « tu dois savoir pourquoi on t’a fait venir ici ». J’ai dit « je ne le sais pas mais je m’en doute ».  Il a dit : « c’est pour savoir à qui t’aurais pu en parler si t’as parlé à quelqu’un ».
  • En parler de quoi?
  • Du fait que je savais que Jacques Rose était là et puis c’est pour tenir un cercle assez fermé des gens qui peuvent savoir que Jacques est ici et puis ensuite pour connaître si jamais il y avait un délateur qui est-ce qui pourrait être le délateur.  Ensuite, on a parlé des événements tels qu’ils en parlent dans les journaux avec aucun détail ni sur l’enlèvement ni sur la mort de particulier.  Je n’ai rien appris de nouveau à part ce qu’il y avait dans les journaux, exactement la même chose.
  • Est-ce que Jacques et Paul Rose vous ont demandé ou vous ont dit de faire ou de ne pas faire quelque chose relativement au but de votre visite là?
  • Ils n’ont pas au besoin de le dire mais j’ai senti sans qu’ils ne me disent absolument rien, quelqu’un qui fait venir quelqu’un pour lui dire « on veut savoir qui est-ce qui peut le savoir parce qu’on veut connaître le délateur si jamais il y en a un », ils n’ont pas besoin de me dire « Bien, c’est pour t’avertir qu’il faut que tu fermes ta gueule ».
  • Vous avez pigé le message immédiatement?
  • Je n’ai pas eu de menaces ouvertes comme ça, mais j’ai senti par …
  • À part les frères Rose, est-ce que vous avez vu quelqu’un d’autre évidemment à l’exception de Colette Therrien et de Francine Bélisle, est-ce que quelqu’un d’autre est venu dans la cuisine durant la conversation?
  • Oui, il y a Richard Therrien.
  • Connaissiez-vous Richard Therrien à cette époque-là?
  • Je ne l’ai pas reconnu parce que ça faisait plusieurs années que je ne l’avais pas vu. Je l’ai connu à l’âge de 12 ans, 13 ans ou 14 ans, je pense, à Victoriaville lorsqu’il demeurait à Victoriaville. Je demeurais là aussi à ce moment-là et puis depuis l’époque où il était parti pour le juvénat je ne l’avais jamais revu.
  • Vous avez mentionné tout à l’heure, je reviens un petit peu en arrière, que Francine Bélisle au moment de son départ de votre chambre sur Parc Lafontaine vous aurait mentionné que Jacques Rose était à l’appartement de Queen Mary?
  • Oui.
  • Est-ce que Francine Bélisle vous a également parlé d’une cachette qui existait à l’appartement 12?
  • Oui, elle m’a dit qu’il y avait une cachette dans une garde-robe.
  • Vous a-t-elle dit à quoi servait cette cachette-là?
  • Que c’était si jamais il arrivait quelqu’un que Jacques pouvait entrer là-dedans et se cacher.
  • Lorsque vous êtes allé à l’appartement le 6 novembre 70 est-ce que vous avez vu cette cachette?
  • Non.
  • Est-ce [que] quelqu’un en a parlé?
  • Même Francine m’avait bien averti de ne pas en parler à Jacques parce que Jacques l’avait avertie de ne pas en parler.  Et puis quand je suis arrivé à l’appartement je suis allé directement à la cuisine, je suis resté là tout le temps et quand je suis parti je suis allé directement à la porte.  J’ai vu quelqu’un d’étendu dans le salon avec des couvertes sur le dos, ça pouvait être n’importe qui, je ne sais absolument pas qui c’était.
  • Alors, lors de cette visite à l’appartement de la rue Queen Mary le 6 novembre, vous y avez vu Paul Rose, Jacques Rose, Colette Therrien, Francine Bélisle et Richard Therrien?
  • Exactement.
  • Il n’y avait pas d’autres personnes que vous avez vues?
  • Non, je n’ai vu personne d’autre. Bien, j’ai vu …
  • À part, évidemment, cette forme dans le salon?
  • Oui.
  • Que vous n’avez pas pu identifier?
  • Non.
  • Vous avez dit tout à l’heure que vous aviez vu une personne dans la cuisine assise au début que vous ne connaissiez pas, intervint le coroner. Qui est-ce que c’était cette personne-là?
  • C’était Paul Rose. Quand je suis retourné à la cuisine, j’ai pu l’identifier.

C’est alors qu’on fit entrer dans la salle d’audiences Colette Therrien, Francine Bélisle et Richard Therrien.  Le témoin les identifia tous en nommant leurs noms.  Me Boilard lui montra ensuite une photo de Paul Rose et Roux dira que Rose, lorsqu’il l’avait vu, ne ressemblait pas du tout au look qu’il avait sur cette photo.  Tout cela prouve que Rose avait volontairement modifié son apparence parce qu’il se savait recherché par les autorités.

Me Boilard lui montra ensuite la photo no. 11 et Roux identifia clairement Jacques Rose.  Quant à l’homme apparaissant sur la photo no. 10, il dira ne pas le connaître et ne jamais l’avoir vu.  Il en sera de même pour la photo 17.

  • Lorsque Francine Bélisle est arrivée chez vous à votre chambre le 22 octobre 70 vous a-t-elle dit la raison pour laquelle elle voulait habiter à votre chambre?, questionna Me Boilard.
  • Je pense, moi je pensais que ça pouvait être … j’ai interprété ça à ma façon, c’était simplement une interprétation, je pensais que ça pouvait aller mal avec Colette ou quelque chose comme ça, mais quand j’ai appris que Jacques Rose était recherché, là j’ai pensé que c’était parce qu’elle avait peur qu’il y ait une perquisition chez Colette, vu que c’était l’amie de Jacques Rose.
  • Maintenant, le lendemain de cette visite, soit le 7 novembre 70, est-ce que vous avez eu l’occasion de faire un téléphone à l’appartement 12 sur Queen Mary relativement à Bernard Lortie?
  • Oui, j’ai téléphoné, je ne sais pas à quelle heure, 3h00 ou 4h00 du matin, à l’appartement.
  • Le matin du 7 novembre?
  • Du 7 novembre. Parce que vus que je suis cameraman j’avais eu une information, je fais de la nouvelle une fois de temps en temps.  J’avais eu une information disant que Bernard Lortie avait été arrêté chez trois infirmières.  J’étais donc certain que ce n’était pas là.  Alors j’ai téléphoné, je ne savais pas si Francine était là, je ne pensais pas que Francine soit là.  J’ai téléphoné pour le dire à Colette.
  • Qui vous a répondu?
  • Colette Therrien.
  • Qui [que] lui avez-vous dit?
  • Je lui ai dit, j’ai dit « bonjour, j’ai dit, je viens d’avoir une information me disant que Bernard Lortie a été arrêté chez trois infirmières ». C’est tout ce qu’on a dit.  Elle m’a dit « Merci ».  Elle avait l’air pressé.
  • Est-ce que Colette Therrien vous a répondu?
  • Elle a dit « Oui, merci ». C’est tout.
  • Maintenant, cette information, monsieur Roux, de qui l’aviez-vous obtenue?
  • Je l’avais eue d’un gars que je connais, un de mes amis qui m’avait informé pour couvrir la nouvelle si j’étais intéressé.
  • Qui est-il?
  • Robert Pagé.
  • Qu’est-ce qu’il fait ce monsieur Pagé?
  • Je pense que c’est un étudiant en sciences sociales, je ne sais pas au juste qu’est-ce qu’il fait.
  • De quelle façon cette nouvelle relativement à l’arrestation de Lortie vous est-elle parvenue de Robert Pagé?
  • Robert Pagé l’a eue d’un journaliste et puis il me l’a donnée, c’est tout.
  • Mais l’avez-vous eue à la suite d’une conversation téléphonique?
  • D’un téléphone.
  • Vous-même, à cette époque-là, monsieur Roux, vous habitez où?
  • À 3912 Parc Lafontaine, ce soir-là.
  • Puis ce soir-là est-ce que vous étiez chez Robert Pagé?
  • Non, non. J’étais chez moi.
  • Suite à l’arrestation de Bernard Lortie, avez-vous continué d’habiter votre chambre sur Parc Lafontaine ou si vous avez demeuré ailleurs?
  • Bien, le soir … attendez une minute, là. … Le lendemain, je pense, le 7 j’ai couché à mon appartement à 3912, ensuite je suis allé chez … je suis allé demeurer chez un de mes amis, Robert Pagé, le même ami, j’ai demeuré deux jours là, puis ensuite je suis allé chez mes parents à Victoriaville.
  • Lorsqu’on vous a informé de l’arrestation de Bernard Lortie, avez-vous tenté de rejoindre Francine Bélisle à l’hôpital Sainte-Justine?
  • Non, parce que j’avais déjà fait un téléphone à l’hôpital Sainte-Justice puis ça m’avait pris à peu près une demi-heure, trois quarts d’heure avant de la rejoindre. Alors moi, vu que pour moi ce n’était pas une nouvelle vraiment importante, vu que ce n’était pas chez elle, j’ai téléphoné là simplement pour lui dire, c’est tout.
  • Au cours du mois de septembre 70 est-ce que vous avez eu l’occasion d’aller à l’appartement 12 sur Queen Mary?
  • Je ne pense pas, pas au mois de novembre, non.
  • Au mois de septembre?
  • Au mois de septembre, oui. Au mois de septembre je suis allé lorsque Colette Therrien est déménagée là, Francine Bélisle venait d’arriver aussi.  J’étais allé simplement parce que je la connais.
  • Au cours de conversations que vous auriez eues à cette époque-là, toujours en septembre 70, avec Colette Therrien est-ce que cette dernière vous a parlé d’un voyage qu’elle songeait faire ou qui lui avait été offert, un voyage aux États-Unis?
  • Non, pas que je me rappelle en tous cas.
  • Est-ce que Francine Bélisle vous aurait parlé d’un tel voyage en septembre?
  • Non, ça j’en suis certain qu’elle ne m’en a pas parlé.
  • Lorsque vous avez appelé Colette Therrien le 7 novembre relativement à l’arrestation de Lortie où vous trouviez-vous à ce moment-là, au moment de l’appel?
  • J’étais dans une boîte téléphonique.
  • Qui se trouvait à quel endroit?
  • Ça se trouvait tout près de Chez Vito, je pense.
  • En somme, ce n’est pas une boîte téléphonique qui était à proximité de la chambre où vous logiez?
  • Non, parce que lorsque j’ai reçu mon appel je voulais savoir où est-ce que c’était pour [savoir] s’il y avait quelque chose à couvrir comme événement encore, si c’était possible à couvrir. Alors j’ai demandé à … vu que je suis sans auto, j’ai demandé à Robert Pagé de venir en auto et puis en s’en allant en auto je lui ai demandé d’arrêter à une boîte téléphonique qui se trouvait dans le bout de Chez Vito, je voulais passer dans le coin aussi.
  • Mais où étiez-vous lorsque vous avez reçu cette information relativement à Lortie?
  • Chez moi, à 3912 Parc Lafontaine.
  • Et dois-je comprendre que Pagé est venu vous chercher chez vous?
  • Exactement.
  • Maintenant, est-ce que c’est vous qui avez demandé à Pagé de venir vous prendre à votre chambre ou si c’est lui qui s’est offert de venir?
  • C’est moi qui lui ai demandé.
  • Dans quel but exactement lui demandiez-vous?
  • Bien, je voulais en savoir plus parce qu’au téléphone ça avait été assez court, on ne peut pas parler de toute façon au téléphone pendant des heures. Je voulais en savoir davantage sur l’arrestation de Lortie et puis lui ne le savait pas non plus.  Alors pour en savoir davantage il aurait fallu qu’il rejoigne le journaliste.  Et puis finalement, après mon téléphone, ça faisait … là, j’ai appris que l’arrestation avait eu lieu tôt, je ne le savais pas avant, avait eu lieu vers sept heures et demi, huit heures.  Alors je me suis dit « c’est inutile pour couvrir ça.  Il n’y a plus rien ».  Alors j’ai laissé tomber et il est venu me reconduire chez moi.  À ce moment-là, je voulais le rencontrer pour en savoir davantage, savoir où ça pouvait être, pour pouvoir couvrir également, je crois, je croyais que ça venait juste de se produire.
  • Maintenant, depuis combien de temps connaissiez-vous Jacques Rose?
  • Je ne me rappelle pas exactement, la première fois que je l’ai vu j’avais téléphoné à Francine Bélisle pour lui demander si elle voulait venir au cinéma ou Francine m’avait téléphoné pour aller au cinéma, je ne sais pas, pour voir le film Z et puis je l’ai rejoint pour y aller et elle était avec Colette Therrien qui était accompagnée de Jacques Rose.
  • Ça, c’est vers quel moment, ça?
  • Je ne le sais pas, ça peut faire peut-être un an de ça.
  • Mais est-ce que Francine Bélisle habitait sur Queen Mary à cette époque-là?
  • Non, elle habitait à Victoriaville, elle était étudiante-infirmière à Victoriaville. Elle était venue, je crois, passer la fin de semaine chez Colette Therrien.
  • Une dernière question, monsieur Roux. Après avoir appris de ce monsieur Pagé la nouvelle de l’arrestation de Bernard Lortie, voulez-vous expliquer à monsieur le coroner pour quelle raison vous ne vous êtes pas rendu à l’appartement de Queen Mary mais avez plutôt décidé de placer un téléphone ou un appel téléphonique d’une boîte qui se trouvait près de Chez Vito?
  • Parce que je savais que Jacques Rose était là, vu que je l’avais vu la journée d’avant et que je ne tenais pas du tout à mettre les pieds dans cet appartement-là. J’y avais été une fois parce que j’avais été obligé d’y aller mais je ne tenais pas à y retourner, jamais.
  • Pourquoi dites-vous que vous avez été obligé d’y aller?, intervint le coroner.
  • Bien, ils m’ont demandé d’y aller, quand Jacques Rose a demandé à Francine Bélisle de m’avertir qu’il voulait me rencontrer ce n’est pas obligé mais ce n’est pas loin quand même. J’ai senti que si je n’y allais pas, bien, ça pouvait entraîner quelque chose autour, je ne le sais pas.
  • Et quelle raison aviez-vous à ce moment-là d’appeler à l’appartement relativement à l’arrestation de Lortie?, reprit Me Boilard.
  • Alors, voici, s’objecta soudainement Me Claude Filion, qui représentait les intérêts de François Roux. Je me demande, on est quand même sur une enquête de coroner qui porte sur un assassinat et nous sommes rendus maintenant un mois plus tard.  Et ça porte, cette question-là porte sur des faits tout à fait accessoires, Votre Seigneurie, et loin d’être pertinents au sujet de l’enquête.  Je me demande s’il est utile de continuer dans cette voie-là.
  • Je pourrais répondre à mon confrère très facilement, répliqua Me Boilard. C’est évident qu’on fait une enquête présentement sur la mort de monsieur Pierre Laporte.  Il est évident qu’à l’heure actuelle vous siégez ès qualités de coroner et d’autre part, n’est-ce pas, non seulement vous êtes en droit de connaître les circonstances de la mort mais vous êtes également en droit de connaître tout ce qui a pu suivre, n’est-ce pas, le décès de monsieur Laporte lorsque l’on sait tous, n’est-ce pas, que vous avez des gens contre qui pèsent des mandats d’arrestation que vous avez signés et qui sont encore au large.  Je pense que c’est tout à fait pertinent, moi.

Malgré cette objection, le coroner permit à Me Boilard de terminer son interrogatoire, qui en était à ses derniers miles.  Roux fut donc obligé de répondre à la question.

  • C’était pour que Francine Bélisle quitte l’appartement à un moment donné parce qu’elle avait l’intention de partir de toute façon et de retourner seulement pour deux jours, je crois, deux, trois jours. Alors je savais qu’en téléphonant que si Francine apprenait que Lortie avait été arrêté elle aurait encore plus peur qu’elle avait eu peur depuis le début et qu’elle partirait de là.
  • Mais à ce moment-là toujours, n’est-ce pas, vous ne saviez pas que Lortie était à l’appartement 12 sur Queen Mary?
  • Je ne le savais pas, sans ça je n’aurais jamais téléphoné là.
  • Alors, monsieur le coroner, nous n’avons plus d’autres questions.
  • J’en aurais une question, intervint Me Claude Filion en se tournant vers son client. Quand vous avez logé ce coup de téléphone est-ce que vous vous êtes nommé au téléphone?
  • Oui.
  • Vous avez dit quoi exactement?
  • J’ai dit « c’est François qui parle ».
  • Pas d’autres questions.

Me Filion demanda qu’on libère son client, qui était détenu en vertu d’un mandat du coroner.  Mais la question demeura en suspens.

Le coroner entendit ensuite Richard L’Heureux, un policier travaillant à la section de l’Identité judiciaire de la Sûreté du Québec. Plus précisément, il s’occupait des empreintes et de la photographie.  Les 7, 11 et 18 novembre il avait pris des photos de l’intérieur de l’appartement 12 du 3720 Chemin Reine Marie à Montréal.  Sa présence à la cour du coroner servit principalement à déposer en preuve les photos de cette autre scène.  Entre autres choses, il avait immortalisé des clichés du fameux placard ayant servi à dissimuler les fugitifs, dont trois étaient encore au large.

 

Octobre 70: Quand les fils se touchent! (5)

Le corps de Jean Corbo, 16 ans, tué par la bombe qu’il s’apprêtait à poser au soir du 14 juillet 1966.

Avant que la police puisse mettre la main aux collets de Pierre Vallières et de Charles Gagnon, une deuxième enquête de coroner s’ouvrit afin d’éclaircir les circonstances entourant la mort d’une autre victime.

Dans la soirée du 14 juillet 1966, c’est à 21h51 qu’une explosion retentit au fond de la ruelle St-Zoé séparant les usines de la Dominion Textiles Company et The Steel Company dans le quartier Saint-Henri.  « À leur arrivée sur les lieux de l’explosion, les policiers ont eu la pénible vision du cadavre de la victime, un adolescent qui gisait sur le dos, sans bras ni jambes, dans la poussière »[1].  Des parties de son corps furent retrouvés jusqu’à une distance de 30 pieds.  Un détective déduisit que les mains et les pieds avaient pu être projetés sur le toit de la Steel Company, tandis que le lieutenant Léo Plouffe examinait la voiture, qui avait subis de lourds dommages.

Rapidement, la victime fut identifiée comme étant Jean Corbo, un adolescent de 16 ans qui militait pour le FLQ depuis quelques mois.  Corbo est né le 24 juillet 1949[2].  En fait, il avait trouvé la mort en essayant de poser une bombe destinée à causer des dommages à la Dominion Textiles.

Le 21 septembre 1966, après que certains avocats eurent brièvement manifesté leur désir de jeter le blâme de la mort de Thérèse Morin sur les dirigeants de la compagnie (voir chapitre précédent), le coroner Laurin Lapointe mena son enquête sur la mort de ce jeune homme.  On retrouvera pratiquement les mêmes acteurs, dont Me Jean-Guy Boilard pour la Couronne, ainsi que Me Gérard Beaudry et Me André Deslongchamps pour les jeunes terroristes.

Le Dr Jean-Paul Valcourt attribuait le décès à « un état de choc consécutif à une hémorragie thoracique et externe par plusieurs lacérations pulmonaires, hépatiques et des membres amputés par le traumatisme, avec fracture du crâne, du cou et du larynx.  Le tout vraisemblablement dû à une force explosive venant de l’avant et de près ».

Le premier témoin appelé fut Pierre Desrosiers, sergent-détective de la Ville de Montréal.  Le 14 juillet, il s’était rendu à l’arrière du 3970 rue Saint-Ambroise, plus précisément dans la ruelle Saint-Zoé qui reliait la rue Saint-Ambroise au canal Lachine.  Du côté ouest, on retrouvait la compagnie Steel et à l’est la Dominion Textiles.  Il était arrivé sur les lieux à 23h00.  Sur place, il avait principalement constaté la présence de plusieurs curieux, une voiture abandonnée et le corps de Corbo gisant toujours sur le pavé.

L’enquête prit ensuite un air de déjà vu lorsqu’on appela dans la boîte des témoins le jeune Serge Demers, 21 ans, qui avait accepté de raconter tout ce qu’il savait quelques jours plus tôt dans l’affaire Thérèse Morin.  Encore une fois, afin de rendre les choses officielles, il répéta son adhésion au FLQ ainsi que les noms de ceux qu’il avait rencontré dans ce mouvement, à savoir Pierre Vallières, Charles Gagnon, Gérard Laquerre, Réal Mathieu, André Lavoie, et Marcel Faulkner.

Évidemment, certaines questions et réponses eurent une saveur de déjà-vu.  Par exemple, il fut question d’une réunion tenue en juin, donc après la mort de Thérèse Morin, pendant laquelle on avait planifié l’attentat contre la Dominion Textiles.  Encore une fois, cependant, Demers fut incapable de préciser qui avait été le premier à proposer ce projet funeste.  En dépit de sa collaboration avec les autorités, cherchait-il encore à protéger quelqu’un?

  • Est-ce qu’il y a eu un vote de pris pour cette action qui devait se faire … de quelle façon a-t-on procédé?
  • Tout le monde semblait d’accord, alors il n’y a pas eu de vote de pris.
  • Est-ce qu’il y a eu des gens qui ont dit « non », qui ont protesté?
  • À la réunion même, non, mais par la suite Gérard Laquerre a semblé surpris à peu près deux jours avant, il ne se souvenait pas …
  • Deux jours avant quoi?
  • Avant que l’action même se produise, il ne se souvenait pas que l’action avait été décidée. Il trouvait cela un peu fort, il n’était pas tellement d’accord avec cela.
  • À la suite de cette première réunion, est-ce qu’il a été décidé de quelle façon l’on devait procéder pour déposer une bombe à l’une ou l’autre des usines de la Dominion Textiles?
  • La façon exacte, non, mais on avait … on m’avait suggéré Jean Corbo et l’on avait demandé à ce qu’il y ait une reconnaissance de faite dans le but de trouver un endroit où il n’y aurait pas d’accident, soit à l’arrière de l’usine ou … à une heure où les employés ne circulaient pas à l’extérieur.
  • De fait, à ce moment-là, monsieur Demers, connaissiez-vous Jean Corbo?
  • Je l’avais rencontré, oui.
  • Pourriez-vous nous dire ce dont il a été question entre vous et Jean Corbo lors de cette rencontre?
  • Je lui ai demandé s’il était d’accord en vue de l’action, parce que c’était à une réunion qu’il y avait eue à la campagne, où il y avait douze personnes présentes et il m’a dit que oui. Ça fait longtemps qu’il était prêt.  Il était prêt à commencer l’action, alors son groupe était en état de fonctionner comme il disait.  Alors, je lui ai dit quelle action était projetée et il m’a dit qu’il ferait une reconnaissance de retour à Montréal.

C’est seulement à la suite d’un petit séjour à Québec que Corbo avait revu Demers.

  • Et qu’est-ce qu’il vous a dit?
  • La reconnaissance a eu lieu et puis c’était prêt pour … je crois que c’était un … je ne me souviens pas, un vendredi je crois. Ça devait être prêt pour ce vendredi-là.
  • Est-ce que l’on avait décidé quelle usine?
  • Oui, c’était à Saint-Henri.
  • Est-ce que lors de rendez-vous antérieurs Corbo devait être accompagné d’une autre personne pour faire cette action?
  • Oui.
  • Est-ce que vous connaissiez cette autre personne-là?
  • Ça devait être une demoiselle du nom de Nicole Bellemare.

Demers avait mentionné à Corbo qu’il était « impossible » de réaliser cet attentat en solitaire, ce qui avait reporté la chose à une semaine plus tard.  Ensuite, Demers avait expliqué cela au Comité qui a finalement admis que ce projet pouvait se faire par une seule personne.  On demanda alors à Demers de faire le message à Corbo et de lui demander s’il se sentait prêt à recommencer au cours de la semaine suivante.  Rapidement, l’adolescent avait accepté.  Demers lui avait donc donné rendez-vous le 14 juillet 1966 en face du Forum de Montréal.

  • À ce moment-là, je lui ai demandé si ça allait bien, dit Demers. Il m’a dit que oui et puis je lui ai expliqué que c’était un système d’horlogerie comme je lui en avais déjà parlé auparavant.  Je l’ai conduit à peu près deux rues et puis je lui ai demandé … je lui ai dit de placer de façon à ce qu’il y ait 55 minutes entre le moment où il quitterait et le moment où devait avoir lieu l’explosion.  Alors c’était d’accord, je lui ai donné la main et je lui ai donné rendez-vous au coin de Atwater et Notre-Dame dans un restaurant.

C’est au volant de sa propre camionnette, une Volkswagen verte et blanche, que Demers s’était rendu sur place.  Corbo devait transporter la bombe dans un sac de voyage à l’effigie d’Air Canada.

  • Et après avoir quitté Corbo, qu’avez-vous fait?
  • Je suis allé au restaurant l’attendre au coin de Atwater et Notre-Dame, j’ai commandé un café et tout de suite après j’ai entendu passer les pompiers et la police. Alors, je suis sorti dehors.  J’ai vu qu’ils se dirigeaient dans cette direction-là, alors je me suis dit : « il est arrivé un accident ».  Je suis embarqué dans mon camion et je me suis en allé chez moi immédiatement.
  • À quel endroit chez vous?
  • Sur la rue Plessis et puis j’ai écouté la radio et j’ai entendu dire qu’il y avait un mort.

Vers 23h30, Laquerre était passé chez lui, après quoi Demers s’était rendu avec lui à St-Alphonse.  Ainsi, il put expliquer au Comité « qu’il y avait eu un accident » qui avait causé la mort de Corbo.  Il semble que ce soit à ce moment-là que Demers ait eu son premier véritable remord.

  • J’ai discuté et puis j’ai suggéré qu’on arrête pour un bout de temps l’action parce que c’était des choses qui ne devaient pas arriver normalement, qu’il y avait un manque quelque part et puis, moi, je considérais que des jeunes de cet âge-là que ce n’était pas avec cela qu’on pouvait faire quelque chose.

Une semaine plus tard, le camp de Saint-Alphonse se vidait de ses membres.  Le nom de Pierre Vallières étant paru dans les journaux, les membres du Comité se dispersèrent aux quatre vents.  Certains d’entre eux avaient pris la fuite vers Kapuskasing, en Ontario.

Avant de remercier le témoin, Me Gérard Beaudry lui réserva quelques questions.

  • Pouvez-vous dire, monsieur Demers, si Jean Corbo était au courant ou avez-vous dit à Jean Corbo que tous les membres, les sept savaient que c’est lui qui devait aller poser la bombe?
  • Spécifiquement dire les sept savent, peut-être non, je ne crois pas, non.
  • Maintenant, il savait que vous faisiez partie du Comité central?
  • Oui.
  • Il savait que la décision avait été prise au Comité central?
  • Oui.
  • Corbo?
  • Oui.
  • Il ne croyait pas que c’était une décision venant de vous seul?
  • Non, absolument pas.

Le coroner entendit ensuite Marcel Faulkner, 21 ans, qui expliquera à son tour que le mobile de l’attentat, quoique très discutable, visait à « appuyer les grévistes qui étaient en grève dans cette compagnie ».

  • Qu’est-ce qui a été décidé que l’on faisait au sujet d’une des usines de la Dominion Textiles?
  • Poser une bombe, c’était tout ce que l’on était en mesure de faire mais cette bombe devait être posée sans risque pour les personnes qui étaient autour et pour tous les gens qui avaient affaire à y travailler.
  • Est-ce que quelqu’un avait été chargé de s’occuper de cette action à l’égard d’une des usines de la Dominion Textiles?
  • Ordinairement, ça revenait au chef du Réseau d’action.
  • Et qui était le chef du Réseau d’action?
  • Serge Demers.
  • À une réunion précédente à celle dont vous venez de nous parler est-ce que quelqu’un avait manifesté l’intention de faire une action quelconque?
  • À une réunion précédente qui n’était pas une réunion du Comité Central mais où les membres du Comité Central se trouvaient, Jean Corbo avait manifesté le désir de faire quelque chose, et probablement la Dominion Textiles puisque c’était le conflit le plus aigu à cette période-là.
  • De quelle façon la décision a été prise lors de cette réunion du Comité central de poser des gestes à l’égard d’une des usines de Dominion Textiles?
  • La première bombe qui a été placée contre la Dominion Textiles c’était à la compagnie à Drummondville. Là, c’était … la bombe visait deux buts, deux objectifs, d’appuyer les grévistes premièrement et de montrer en fin de compte à la compagnie que les travaillants n’entendaient pas se laisser battre encore une fois par cette compagnie-là.

Après l’attentat de Drummondville, quelqu’un avait proposé le coup contre la Dominion de Montréal mais Faulkner, tout comme Demers, prétendit ignorer de qui il s’agissait.

  • Est-ce qu’il y a eu un vote de pris à la suite de cette idée?
  • Il n’y avait jamais de vote pris au Comité Central ou par main levée ou par vote écrit, mais ça se faisait dans une discussion assez libre.
  • Est-ce qu’il y en a qui ont refusé, qui ont protesté lors de la réunion?
  • Pas à ma connaissance.
  • Lorsque le nom de Corbo avait été proposé pour placer la bombe à la Dominion Textiles, est-ce que l’on avait décidé ce que devait faire Corbo avant d’aller placer la bombe?
  • Là, je vous préviens que je ne suis pas particulièrement qualifié pour répondre à cela parce que tout ce qui regardait la préparation des coups dans le Réseau de l’action ce n’était pas mon domaine. Ce n’était pas là-dedans que je travaillais mais parce que justement le jeune Corbo avait manifesté le désir de faire quelque chose et qu’on le considérait comme quelqu’un qui savait très bien ce qu’il faisait, alors on avait suggéré à ce moment-là que peut-être le jeune Corbo pourrait lui-même préparer le coup en question, entre autre chose ça veut dire faire la reconnaissance des lieux, aller voir à la compagnie, trouver un endroit où la bombe peut être posée sans trop grand risque.
L’une des photos judiciaires accompagnant le dossier de l’enquête du coroner (BAnQ Montréal).

Peu après, le jury du coroner se retira afin de délibérer.  À leur retour, ils déclarèrent Serge Demers, Pierre Vallières, Charles Gagnon, Gérard Laquerre, Réal Mathieu, Marcel Faulkner et Claude Simard « criminellement responsables » de la mort de Jean Corbo.

Peu après la fin de cette enquête, Pierre Vallières et Charles Gagnon finirent par être appréhendés par la police.  Ils furent condamnés pour homicide involontaire, ce qui les força à purger un peu plus de deux ans de prison, environ.

Vallières, mais aussi tous les auteurs qui prendraient ensuite la défense du FLQ et de leurs membres, passeraient sous silence les détails concernant les meurtres de Thérèse Morin et de Jean Corbo, sans oublier les autres victimes mentionnées dans les chapitres précédents.  Toutefois, si on prend le temps de s’arrêter un instant, il y a un constat qu’il ne faut certainement pas prendre à la légère.  Gaétan Desrosiers avait 17 ans et Jean Corbo en avait 16.  Les deux poseurs de bombes de 1966 étaient des mineurs, des adolescents manipulés par un Comité Central dirigé par des adultes comme Vallières et Gagnon.  Pourquoi le FLQ risquait-il la vie des jeunes pour mettre de l’avant leurs idéaux?


[1] Henry et Bastien, Ibid.

[2] Jean Corbo était le fils de Nicolas Corbo, un Italien d’origine, et de Mignonne Côté.  Selon le registre de l’état civil, Nicolas Corbo a épousé Mignonne Côté le 18 juillet 1942 à Montréal.  On décrivait alors Nicolas comme notaire, habitant au 7218 Henri-Julien à Montréal.  Son épouse était originaire de Nicolet.  Nicolas Leopold Corbo s’est éteint le 7 juillet 1986.