La mort inexpliquée de Mireille Deshaies

Mireille Deshaies, 16 ans.

Dans les enquêtes de coroner, on retrouve nombre de documents qui n’expliquent pas tout. Comme la mort de cette jeune adolescente de 16 ans, Mireille Deshaies. J’étais à éplucher les dossiers au hasard de mes recherches en août 2018 lorsque mon attention a été retenue par ce cas bien précis.

Voici le texte intégral du coroner : « Le 20 novembre 1977, vers 1.45 hres A.M., Monsieur et Madame Yvon Rheault rentrant à leur résidence, ont découvert le cadavre de la gardienne, Mireille Deshaires, sur le plancher du sous-sol, un fusil [sic] de calibre 308 à ses côtés. Le cadavre fut transporté à l’hôpital Ste-Marie de Trois-Rivières où le Docteur Pierre Demontigny a constaté le décès. Par la suite, il fut transporté à l’Institut médico-légal de Montréal pour autopsie par le Docteur Jean Hould. L’enquête policière n’a rien révélé aucun indice de l’intervention d’un tiers relativement à ce décès ».

Si on doit en croire cette conclusion, Mireille n’a pas été assassinée. Toutefois, cette scientifique ne nous renseigne pas davantage à savoir si sa mort résulte d’un accident survenu lors d’une manipulation risquée ou d’un suicide. La seule autre précision que ce document légal apporte est ceci : « éclatement du crâne et du cerveau par passage d’un projectile d’arme à feu; qu’il s’agit d’une mort violente ».

Dans un autre document rempli par l’Institut de Médecine Légale, on note que les analyses ont permis de découvrir de l’alcool dans le sang de Mireille. Cependant, on ne retrouve aucune précision quant au taux d’alcoolémie. Était-il faible ou élevé?

Dans Le Nouvelliste du 22 novembre 1977, on retrouve la photo de Mireille et sa rubrique nécrologique. Ainsi, on apprend que ses parents étaient Armand Deshaies et Gertrude Massé. Les funérailles devaient avoir lieu en l’église Ste-Catherine-de-Sienne et on prévoyait que sa dépouille soit inhumée au cimetière St-Michel de Trois-Rivières.

Mon instinct n’a pas été le seul à s’intéresser à cette enquête. Comme me l’a fait remarquer ma collaboratrice Annie Richard, un article paru dans Le Nouvelliste le 4 décembre 1977 posait cette question en gros titre : « Pourquoi la jeune gardienne se serait-elle suicidée? »

Parmi les propos rapportés, on pouvait lire que le détective Robert Lemay de la police de Trois-Rivières-Ouest a dit que « Nous ne pouvons pousser dans le dos des gars de Montréal (Laboratoire médico-légal) mais il ne nous manque que ce rapport pour clore le dossier et présentement rien ne peut nous laisser croire qu’il s’agit d’un acte criminel ».

Évidemment, comme c’est souvent le cas dans des affaires de suicide, « on se demande ce qui aurait pu pousser l’adolescente de 16 ans à mettre fin à ses jours alors qu’elle occupait la fonction de gardienne chez des gens qu’elle connaissait bien, puisqu’elle s’y rendait depuis deux ans ».

De plus, on apprendra qu’en « rentrant, le propriétaire et sa femme avaient constaté que le plancher de la cuisine avait été perforé par ce qui semblait être un projectile d’arme à feu. L’absence de la jeune fille au salon et de la lumière au sous-sol aurait tout de suite fait croire au propriétaire que quelque chose de bizarre s’était produit ». Le couple avait préféré contacter la police plutôt que de descendre au sous-sol, de sorte que c’est le policier Michel Blanchette qui a fait la triste découverte. Ce détail médiatique entre directement en contradiction avec le texte du coroner, qui laissait clairement entendre que le corps avait été découvert par les propriétaires de la maison.

L’absence de mobile n’est cependant pas suffisant pour prétendre à quoi que ce soit. Chaque année, plusieurs personnes s’enlèvent la vie sans donner de raison et on ne remet pas en question les conclusions de l’enquête pour autant. Quoique n’importe quel chercheur préférerait avoir accès à plus de détails pour comprendre ce qui s’est produit, nous devons nous en remettre à ce document officiel.

Soit Mireille s’est enlevé la vie ou alors elle a été victime d’un regrettable accident.


Médiagraphie :

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), fonds des coroners, 15 mars 1978, décès de Mireille Deshaies.

« Mireille Deshaies », Le Nouvelliste, rubrique nécrologique, 22 novembre 1977.

« Pourquoi la jeune gardienne se serait-elle suicidée? », Le Nouvelliste, 4 décembre 1977.

 

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Gargantua: les dessous de l’enquête

blass

Pendant mes recherches sur les victimes du 21 janvier 1975, j’attendais après l’enquête du coroner auprès des archives. Je m’attendais à une seule et grosse enquête pour l’ensemble des faits. Selon eux, un rapport détaillé doit avoir été fait par le Commissaire des incendies. Ils ont toutefois trouvé les dossiers aux noms des victimes. Une enquête par personne avait été faite afin de s’assurer de faire la lumière sur les événements. Les rapports d’autopsie ont tous la même conclusion, soit la mort par asphyxie, excepté pour Réjean Fortin qui fût tué par balles. Le coroner en chef pour cette enquête était Cyrille Delage, le commissaire provincial aux incendies.

gargantua 1

J’ai réussi à obtenir le rapport de délit de police de la C.U.M. Dans celui-ci, on apprend entre autre qu’un autre gérant du bar Gargantua (Les Entreprises Rénald ltée), ayant quitté ce soir-là à 20h00, s’était présenté sur les lieux pendant que les pompiers tentaient de maîtriser le feu.  Il aurait dit à un lieutenant de la caserne 14 que ça ne servait à rien de défoncer le panneau d’en arrière. Que ce n’était qu’une remise à boisson. Ils se sont toutefois acharné sur le juke-box pour défoncer la porte et y trouver les 13 corps étendus au sol. Ça a été noté.

À cette même époque, le coroner en chef pour le district de Montréal, Maurice Laniel, accusé (et innocenté en juillet 1975) d’avoir dérobé de l’argent sur une dépouille, s’est vu suspendu sans solde après une violente prise de bec avec le Dr Valcourt, médecin-légiste en chef de l’Institut médico-légal du Québec. Des familles des victimes du bar Gargantua avaient rapporté à La Presse que lors de leur visite à la morgue pour l’identification, elles avaient dû enjamber les corps, empilés par terre comme des rouleaux à tapis au lieu d’être sur des dalles pourtant libres.

J’ai ensuite sorti l’enquête de Richard Blass. Pourquoi? Je ne le sais pas mais je n’y ai pas vu grand-chose non plus. Deux pages seulement. Et pas mal plus formel que substantiel. Comment se peut-il qu’un dossier sur une mort aussi connue et controversée peut être aussi chétif? Selon les articles de l’époque, Richard Blass a été trouvé avec un fusil à la main droite alors qu’il était supposément gaucher. Des empreintes partielles et non-satisfaisantes avaient été trouvées sur l’arme alors qu’une préhension complète aurait pu offrir un résultat plus franc. Les policiers auraient changé leur récit des faits quand l’autopsie fût révélée, passant d’un Blass debout à accroupi lorsqu’ils ont tiré.  Mon hypothèse est que les rigidités cadavériques ne concordaient pas avec la position. Même le médecin légiste de l’enquête, Jean Hould, avait confié à La Presse être surpris du manque de corrélations entre les dires des policiers et les résultats de l’autopsie (résultats qui brillent eux aussi par leur absence dans le dossier de Richard). Les trois témoins et amis de Blass qui étaient présents au chalet de Val-David disent avoir entendu ce dernier crier « Je me rends ! » alors que les policiers maintenaient qu’il a plutôt dit « Mes hosties! » en pointant une arme vers eux. Ces mêmes témoins, qui étaient alors menottés à l’extérieur ont dit avoir pourtant noté un délai d’environ 3 minutes avant d’entendre les détonations. Le caporal Lacoste s’est justifié en disant que sa mitraillette s’était enrayée. Certains diront que les témoins ont été discrédités en raison de leur parcours criminel. Est-ce que les policiers ont décidé de la mort de Blass?  Encore aujourd’hui, il n’y a aucune certitude à ce sujet, sauf pour ceux qui étaient présents. Même en inscrivant tous les noms des intervenants dans cette altercation sur les archives, je ne trouve rien qui a l’étoffe d’entretenir ma curiosité.

J’ai finalement trouvé un paquet de feuilles sur le procès-verbal de l’enquête du coroner au sujet du massacre au Gargantua. Ce n’était pas dans le dossier de Richard. Je l’ai trouvé dans le dossier d’une des treize victimes. Pourquoi? On pourrait extrapoler. Toujours est-il que ces notes manuscrites pratiquement illisibles parce qu’elles sont 15 générations de photocopies d’une photocopie me sont tombées entre les mains entre deux rapports d’autopsie.

Et que contiennent-elles? La liste des exhibits en preuve. Soit des photos, un rapport d’incendie, le cadenas qui était sur la porte, le plan des lieux, les rapports d’autopsie, le rapport d’un chimiste, un rapport météorologique et les autorisations pour intercepter et écouter les communications téléphoniques entre la sœur de Fernand Beaudet (complice de Blass) et celui-ci au sujet du 21 janvier 1975. Il y a aussi les noms de tous les témoins. Il y en aurait eu 43 en tout. On y retrouve aussi les preuves de la Couronne. On a les demandes de remises en liberté émises par l’avocat Frank Shoofey, la plupart refusées. On a les heures exactes où il y a eu suspension de la cour. Dernière intervention sur les feuilles : le refus de Beaudet de témoigner.

Rien sur les deux expulsions de Maître Shoofey par Jean-Louis Taillon, le coroner en chef de l’enquête. Rien sur l’atmosphère apparemment à couper au couteau. Rien sur un Beaudet endoctriné qui s’exclame de sa fanatique phrase « Vive Richard Blass! ».

Ça finit donc ainsi, entre deux feuilles de l’autopsie d’un père de famille décédé dans le même événement où cet homme refuse de témoigner.

Au terme de cette même enquête de coroner, Fernand Beaudet a été reconnu criminellement responsable.  Il a ensuite été libéré un mois plus tard, lors de l’enquête préliminaire, faute de preuve.

Enquête sur le fonctionnement boiteux de la morgue de Montréal, par J.P Charbonneau, La Presse, 13 février 1975.

Le coroner Taillon retient la version des 2 policiers, par Réjean Tremblay, La Presse, 14 février 1975.

Comment s’est passé la mort de Blass?  On l’ignore encore…, par Gilles Normand, La Presse, 22 février 1975

Pour les enquêtes de coroner, rapport de délit, rapports d’autopsie et procès verbal: BAnQ Vieux-Montréal, 535avenueVigerEst,Montréal.

Révélations d’un espion de la SQ

Espion de la SQ                      Lavallée, Claude.  Révélations d’un espion de la SQ.  Éditions de l’Homme, Montréal, 2010, 264 p.

Enrichi d’une préface signée de l’ancien journaliste d’enquête Jean-Pierre Charbonneau, célèbre pour son inoubliable livre de référence sur le crime organisé La Filière canadienne, Claude Lavallée se raconte en toute simplicité et avec une transparence étonnante.

En plus d’avoir été un alpiniste et un plongeur de la Sûreté du Québec (SQ), son livre nous fait quelques révélations auxquelles la plupart des lecteurs ne sont sans doute pas habitués.  Entre autre, il nous étonne en relatant la mort mystérieuse d’un policier qui faisait de la filature auprès de certains membres du crime organisé.  « Jacques Girard avait vingt-deux ans et comptait dix mois au sein de la police », écrit-il.  « Tout portait à croire qu’il avait été projeté dans le canal par ces bandits (malgré ce qu’avait rapporté la presse, à qui nous cachions de nombreux secrets) ».

Ainsi, on comprend que certaines morts dites « accidentelles » peuvent quelques fois dissimuler d’autres faits bien réels.

Lavallée raconte s’être retrouvé parmi les premiers policiers d’une escouade spéciale de la SQ visant à faire de l’écoute électronique dans les années 1960.  C’est nul autre que Roger D. Landry, qui deviendra plus tard le grand patron de La Presse, qui le recruta.  Landry, aujourd’hui conseiller du maire Yves Lévesque de Trois-Rivières, a aussi édité les romans écrits conjointement par les juges Céline Lacerte-Lamontagne et Suzanne Coupal.  Bien peu de gens se souviennent que Landry avait d’abord été un espion de la SQ avant de contrôler une partie de l’information au Québec.  On regrette peut-être le fait que l’auteur ne puisse développer davantage cette partie de l’histoire.

L’une des premières enquêtes d’écoute électronique de Lavallée impliquait Léo-Aldéo Rémillard, l’ancien maire de la ville de Jacques Cartier, qui avait des liens confirmés avec de dangereux membres du crime organisé.  Or, l’auteur prend la peine de souligner que « Léo-Aldéo est le père de Lucien – le milliardaire propriétaire de RCI Environnement, la plus grande entreprise québécoise de traitement des déchets ».

Quant à Frank Cotroni, adulé par le milieu artistique, Lavallée ne garde pas sa langue dans sa poche en précisant qu’il était « un baron notoire de l’industrie du crime qui semblait contrôler tous les secteurs : fraude, extorsion, abus de confiance, trafic de drogue et d’influence, racket de protection, prostitution, jeu clandestin et tutti quanti.  Il n’hésitait pas non plus à « lancer un contrat » sur quelqu’un – c’est-à-dire, en bon langage codé, à faire exécuter froidement ses ennemis ».

S’il dénonce avec une pointe d’humour noir le fait qu’on ait relâché 73 colombes blanches aux funérailles de Cotroni en 2004, Lavallée a peut-être oublié de mentionner que des personnalités comme René Angélil ont payé des fleurs au mafioso qui s’est éteint d’un cancer du cerveau.  D’autres artistes ont aussi voulu lui rendre hommage mais en fuyant les caméras.  Voilà qui est très édifiant pour notre showbizz!

Lavallée dénonce d’ailleurs le romantisme qu’une partie de la population réserve au milieu du crime organisé, ce qui se traduit par exemple par la glorification qu’on en fait au cinéma avec un film comme Le Parrain ou une série télévisée,  telle Les Sopranos.  Voilà qui sert bien le milieu mafieux.  En effet, pendant qu’on se divertit avec le crime, on empêche la population de voir la réalité en face.

Après quelques longueurs, où l’auteur extrapole sur les détails de certains découpages de voiture lors d’une surveillance qui l’avait amené à se camoufler au sommet d’un arbre et une description assez peu pertinente du fonctionnement des systèmes d’écoute de l’époque, il passe au sujet retentissant de l’évasion de Lucien Rivard, le 2 mars 1965.  Si on a cru longtemps que le célèbre caïd s’était évadé en demandant aux gardiens d’aller arroser la patinoire, il rappelle qu’André Cédilot, spécialiste du crime organisé, révélait en 2002 avec preuves à l’appui que Rivard avait tout simplement obtenu les clés de la grande porte.

On devine ensuite pourquoi Lavallée nous amène habilement sur ce terrain, car on apprend qu’il a lui-même participé à l’arrestation de Rivard.

On l’accompagne également quand il confirme certains soupçons du passé, comme par exemple le mafieux Frank Dasti qui « communiquait régulièrement avec un dénommé Jean-Jacques Côté, tavernier et organisateur politique du Parti Libéral du Québec.  À la fin de 1969, il s’était plus particulièrement occupé de la campagne de Pierre Laporte ».

Frank Cotroni assista à un congrès du Parti Libéral, où on retrouva également Robert Bourassa et l’ancien ministre de la Justice Claude Wagner.  L’auteur souligne que le 16 avril 1970 « on a obtenu la preuve que Pierre Laporte, député de Chambly, avait tenu une réunion avec Di Iorio et Dasti en compagnie de son organisateur, Jean-Jacques Côté ».  La Mafia s’attendait apparemment à ce que Laporte soit nommé ministre de la Justice, mais au lieu de ça il se retrouva à la tête du ministère du Travail et de l’Immigration.

Quant à l’enlèvement de Pierre Laporte en octobre 1970, Lavallée souligne que cela « signifiait l’échec de notre patiente enquête sur la corruption de l’homme politique par la pègre, qui devait prochainement mener – j’en étais convaincu – à l’inculpation du ministre du Travail.  En revêtant le rôle d’otage, de victime, Pierre Laporte devenait automatiquement inattaquable, pensais-je ».  Ainsi nous laisse-t-il entendre que toute la lumière est loin d’avoir été faite dans cette affaire.

L’ancien espion de la SQ ne manque pas non plus de dénoncer le fait que l’écrivain Pierre Vallières avait développé une théorie du complot autour de la mort de Laporte.  Toutefois, il ne fourni pas de preuve directe pour contrecarrer l’œuvre de Vallières.

Lavallée reconnait toutefois qu’à la SQ on retrouvait de l’incompétence à tous les niveaux et que la hiérarchie était désorientée.  Bien qu’il n’en fasse pas mention, peut-être contraint de ne pouvoir encore tout révéler malgré son âge avancé et le recul des événements, il est clair que la population ne sait pas tout sur cette affaire.  Il est sans aucun doute difficile de défaire l’image mythique de Laporte.

Bref, tout cela fait penser qu’au Québec on assiste aux lancements de certains livres qui attirent la clientèle en promettant de grosses révélations, mais on sait bien que certaines choses dormiront à jamais dans les archives alors que d’autres s’envoleront en même temps que les décès des principaux acteurs.  Pour le reste, la censure des éditeurs fait bien son travail, surtout lorsqu’on pense que plusieurs d’entre eux sont des pions de l’empire Québécor.

Là où l’auteur révèle sans doute l’une des plus grandes réalités méconnues de notre société, qui se refuse à toute introspection, c’est lorsqu’il écrit que « les politiciens passent, mais les fonctionnaires restent, comme c’est le cas des puissants enquêteurs des services secrets fédéraux qui ne sont jamais connus du grand public , mais qui, de fait, maîtrisent la machine… »

On comprend donc pourquoi l’enquête sur Laporte a été expéditive.  S’il mentionne brièvement que l’autopsie sur le corps de Laporte a conduit à un verdict de meurtre, il oublie cependant de souligner que l’un des pathologistes au dossier était nul autre que le Dr Jean Hould, qui avait aussi trempé dans une autre affaire lourdement controversée, c’est-à-dire celle du sergent-détective Louis-Georges Dupont retrouvé mort dans sa voiture de service en novembre 1969 à Trois-Rivières.  Bien des années plus tard, son travail bâclé a dû être recouvert par les autres pathologistes de l’Institut médico-légal de Montréal.  D’ailleurs, il est pertinent de rappeler que l’Institut médico-légal (IML) est situé au 1701 rue Parthenais, là où on retrouve également les locaux de la haute direction de la SQ et du coroner en chef du Québec.

Cette petite collusion des pathologistes de l’IML n’avait cependant pas impressionné le juge Ivan St-Julien en 1995, qui en arriva à un verdict de meurtre dans l’Affaire Dupont.

Mais revenons à l’auteur de ce livre qui mérite néanmoins sa place dans la section policière de tout amateur du genre.  Il conclut cet épisode de l’histoire québécoise en révélant avoir lui-même installé les micros ayant servis à enregistrer les aveux de Paul Rose auprès de son avocat, ce qui représentait donc une intrusion du secret professionnel.  Selon Lavallée, Rose y explique avoir trouvé Laporte ensanglanté après que le ministre se soit lui-même blessé en essayant de franchir une vitre.  Ne pouvant le conduire à l’hôpital, Rose avoua l’avoir achevé en l’étranglant avec sa chaînette.

Lavallée explique cependant ignorer pourquoi son enregistrement n’a jamais été déposé comme preuve lors du procès de Paul Rose.

Ce que cet ouvrage nous apprend aussi, c’est qu’il n’est pas très rassurant d’apprendre que des agents de la SQ peuvent enfreindre les lois pour pénétrer par effraction afin de justifier un éventuel mandat de perquisition.  Il n’est d’ailleurs pas plus confortable d’apprendre que la police a ses failles et qu’à l’époque les agents contournaient les interdits afin d’arranger leurs rapports pour en arriver à une seule et même version des faits.

Certes, il faut éviter de s’enliser dans une quelconque paranoïa collective, les souvenirs de Lavallée sont là pour rappeler qu’il y a justement une réalité que nous refusons trop souvent de regarder en face.

Révélations d’un espion de la SQ (PDF)