John F. Kennedy et Billy the Kid

Kennedy en 1962 en Cote Ivoire pièce Billy the Kid (3)            L’Histoire permet parfois de faire des liens assez improbables, comme en témoigne cette photo prise en 1962 et sur laquelle on aperçoit le président John F. Kennedy en compagnie de sa femme, Jacqueline Bouvier Kennedy, lors d’une visite rendue au président de la Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny.  Lors de cette occasion, on y présentait un spectacle hybride entre la pièce de théâtre et le ballet classique intitulé Billy the Kid.  Cette photo, prise le 22 mai 1962, nous démontre d’ailleurs le célèbre président en train de serrer la pince à quelques-uns des membres de la troupe.

Si le titre de ce spectacle s’inspirait directement de l’un des plus célèbres hors-la-loi du Far West, on comprendra que son contenu ne jouissait pas d’une grande valeur historique.  En ce début des années 1960, les historiens et autres auteurs sérieux commençaient à peine à démystifier la légende qui entourait le personnage depuis maintenant huit décennies, comme il en a été question récemment dans mon article Billy the Kid : la fabrication d’une légende.

En 1958, soit quatre ans avant cette soirée présidentielle, l’acteur Paul Newman avait incarné le rôle de Billy the Kid au cinéma, ce qui avait contribué à rehausser la popularité du personnage.  Cependant, on sait aussi que George Russel avait composé son Concerto for Billy the Kid en 1956 pour son album The Jazz Workshop.

Mais le spectacle que JFK a eu l’opportunité de voir en compagnie de sa célèbre dame fut sans aucun doute l’œuvre du compositeur américain Aaron Copland qui avait écrit un ballet intitulé Billy the Kid en 1938.  Pour les curieux, on peut entendre certains extraits des compositions de Copland sur Billy the Kid à l’adresse suivante : http://www.allmusic.com/album/release/copland-rodeo-four-dance-episodes-billy-the-kid-ballet-suite-mr0001540395

Ou alors sur Youtube: http://www.youtube.com/watch?v=nrD36k8Sn2k

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Lee Harvey Oswald, en mission au Japon

Oswald lors de ses deux jours de détention au poste de police de Dallas, Texas, en novembre 1963.
Oswald lors de ses deux jours de détention au poste de police de Dallas, Texas, en novembre 1963.

Qui était réellement Lee Harvey Oswald?

C’est la question à laquelle tenta de répondre Jim Garrison dans son livre de 1988.  Le procureur de la Nouvelle-Orléans, dont la carrière fit l’objet du film JFK d’Oliver Stone en 1991, avait découvert plusieurs personnalités au présumé assassin du président John F. Kennedy.

Son nom s’est gravé dans la tête de millions de personnes en moins de quelques minutes.  Un nom qu’on n’ose jamais associer à autre chose qu’au plus célèbre assassinat du 20ème siècle.

Mais qui était réellement Lee Harvey Oswald?  Fut-il le plus grand et brillant assassin de tous les temps ou simplement un bouc émissaire?  Était-il « le plus féroce communiste depuis Lénine »[1], comme le soulignait Garrison avec sarcasme?  Ou alors fut-il un agent de la CIA ayant fini comme victime des hautes instances gouvernementales?

En août 1939, Robert Lee Oswald résidait sur Alvar Street à la Nouvelle-Orléans avec sa petite famille lorsqu’il mourut subitement d’une crise cardiaque.  Son épouse, Marguerite Claverie, attendait alors son troisième fils, qui vit le jour le 18 octobre.  Il fut baptisé Lee Harvey Oswald.  Marguerite avait eu un premier fils, nommé John Pic, suite à un précédent mariage.  En plus de ce demi-frère, Lee avait aussi un frère de 3 ans son aîné, Robert.

Le rapport Warren, produit en 1964, est assez peu élogieux à l’endroit de Marguerite et de l’enfance de Lee.  Les auteurs du rapport semblent avoir mis beaucoup d’énergie à démontrer les nombreux déplacements du jeune garçon, de même que son comportement problématique à l’école.  Toutefois, le chercheur et auteur Jim Marrs[2] écrivait en 1989 qu’Oswald n’avait pas eu une enfance bien différente des autres enfants américains de sa génération.  Là où le rapport Warren parle d’orphelinat, dans lequel sa mère l’aurait soi-disant abandonné durant un temps, fut plus tard identifié comme une sorte de garderie.  L’image de la mère monoparentale fut donc exploitée pour mieux cadrer avec le scénario de l’enfance perturbée du tireur fou solitaire.

Voilà pourquoi les chercheurs et lecteurs plus alertes ont compris depuis longtemps qu’il est nécessaire de demeurer excessivement prudent devant les informations véhiculées par le rapport Warren, que ce soit à propos de la biographie d’Oswald ou des autres personnes impliquées dans l’affaire.

On sait cependant que le jeune homme a habité dans plusieurs villes.  À titre d’exemple, il s’installait à New York avec sa mère chez son demi-frère John Pic en 1952.  À cette époque, John faisait partie de la Garde Côtière.

Jim Marrs croit que c’est à cette époque que Lee commença à s’isoler quelque peu en raison de son accent texan.  Par dépit, le garçon s’est donc mis à fréquenter la bibliothèque et le zoo.  Comme de raison, tous les intellectuels traînant dans les bibliothèques n’assassinent pas leur président.  L’isolement d’un jeune adolescent n’est jamais égal à un comportement problématique, bien au contraire.

Le rapport Warren le voyait autrement.

D’ailleurs, on ne lui connaît aucun problème sérieux de délinquance.  Il devint plutôt un lecteur avisé se renseignant sur de nombreux sujets comme l’astronomie, la vie animale, les grands classiques de la littérature et plus tard la politique.

Selon le rapport Warren, c’est à New York, à 15 ans, qu’Oswald aurait appris pour la première fois ce qu’était le communisme lorsqu’une vieille femme lui remit un dépliant.  Selon son frère Robert, c’est aussi à cette époque qu’il regardait passionnément une série télévisée racontant l’histoire d’un informateur du FBI agissant comme espion communiste.  Curieusement, c’est un rôle qu’il aurait pu jouer quelques années plus tard dans la vraie vie, selon ce qu’a révélé l’enquête menée par Jim Garrison.

À 16 ans, Oswald était de retour à la Nouvelle Orléans avec sa mère.  C’est là qu’il rejoignit la Civil Air Patrol (CAP), dont le capitaine était David W. Ferrie, un homme d’âge mûr quelque peu excentrique.  Suite à une curieuse maladie l’ayant rendu imberbe, Ferrie portait une perruque et se dessinait des sourcils grotesques.

Étrangement, alors que sa famille ne l’avait jamais entendu parler de ce sujet, c’est à cette époque qu’Oswald commença à se donner l’image d’un communiste.  Or, Ferrie, son nouveau mentor, était tout sauf communiste.  En fait, il vouait une haine viscérale à cette idéologie.  Ferrie était pilote d’avion et investigateur privé, en plus d’avoir des connections avec la mafia auprès de Carlos Marcello, le parrain de la Nouvelles-Orléans.  Il fréquentait également certains cubains anticastristes et l’ancien agent du FBI Guy Banister, qui avait son bureau au 544 Camp Street, à la Nouvelle-Orléans.  Plus tard, au cours de l’été 1963, certains tracts pro-castristes distribués par Oswald étaient estampés de l’adresse 544 Camp Street.

De plus, Ferrie utilisait sa position au sein du CAP pour obtenir des relations homosexuelles avec les cadets.  Serait-il pour quelque chose dans le fait qu’Oswald commença alors à se créer une sorte de personnage de couverture aux tendances communistes dans le but éventuel de devenir un agent gouvernemental?  C’est l’une des questions que se posent toujours les chercheurs rationnels.

Si les autorités ont longtemps niés l’existence de liens quelconques entre Oswald et Ferrie, en 2007 l’auteure Joan Mellen, qui a repris l’enquête de Jim Garrison après la mort de ce dernier, publiait une photo sur laquelle on aperçoit clairement les deux individus lors de ce qui semble être un camp organisé par le CAP[3].

Le jeune Oswald a-t-il été influencé au point de se laisser entraîner dans le milieu de l’espionnage?

Après tout, on sait que la CIA peut recruter des gens de tous les milieux.  Bien sûr, la création de ce personnage ne prévoyait pas encore en arriver jusqu’à un assassinat présidentiel, puisque Kennedy n’avait pas encore été élu.

Les irrégularités débutent avec l’entrée d’Oswald dans les Marines, le 26 octobre 1956.  Le jeune homme se dévoile être un très mauvais tireur.  Nelson Delgado, l’un de ses compagnons au sein de la Marines, tenta d’expliquer aux agents du FBI après l’assassinat du président ce qu’il savait, mais ceux-ci remirent en questions ses capacités d’évaluation.  Delgado se sentit tellement intimidé qu’il s’exila avec sa famille en Grande-Bretagne.

Le 20 janvier 1957, Oswald compléta son entraînement de base et fut alors expédié au Camp Pendleton en Californie pour un entraînement plus poussé au combat.  Si le rapport Warren prétendit plus tard qu’au cours de cette période le jeune homme ne cessait de parler en faveur du communisme, il ne fut pourtant jamais réprimandé par ses supérieurs.

En mars, il débarquait au Naval Air Technical Training Center de Jacksonville, en Floride, pour y devenir un contrôleur de radar aérien.  Or, cette formation était réservée aux hommes d’une intelligence au-dessus de la moyenne et soumise à la confidentialité.  Aurait-on vraiment accepté au sein de cette formation un jeune Marines qui déblatérait autant de conneries communistes en pleine guerre froide?

Oswald laissait entendre qu’il retournait chaque fin de semaine auprès de sa famille à la Nouvelle-Orléans, mais à cette époque sa mère habitait au Texas.  Alors, pourquoi la Nouvelle-Orléans?  Pour aller y parfaire son entraînement psychologique auprès de David Ferrie?

Après avoir fait de lui un spécialiste des radars, on l’expédia au Japon en août 1957.  Sur place, on l’affecta à Atsugi, l’une des deux bases américaines abritant l’avion de reconnaissance espion U-2.  Jim Marrs ne manque pas de mentionner que cette base était aussi munie d’un regroupement de bâtiments étranges connu comme Joint Technical Advisory Group, qui était en réalité l’une des principales bases d’opération de la CIA.

Selon la Commission Warren, c’est à cette époque qu’Oswald aurait prit contact avec une cellule de communistes japonais lors de ses temps libres.  Oswald prétendit à certains de ses compagnons avoir fréquenté une fille dans un club de nuit de Tokyo nommé le Queen Bee.  Selon Marrs, il s’agissait d’un club si dispendieux qu’il fallait quelques centaines de dollars pour y passer une seule soirée, et que les filles tentaient d’arracher des informations aux officiers américains.  Ce club était évidemment très au-dessus des moyens d’Oswald, qui gagnait alors 25$ par mois.  De plus, la majeure partie de ce salaire, il l’expédia aux États-Unis pour aider sa mère.

En 1959, Oswald raconta à un ami avoir été approché par une japonaise travaillant pour le KGB dans un bar japonais en 1957.  Lorsque celle-ci l’avait questionné sur ce qu’il faisait, Oswald aurait rapporté l’incident à un supérieur qui le présenta immédiatement à un homme en civil.  Ce dernier lui aurait offert de l’argent pour rôder dans les bars et démasquer quelques espions ennemis.  Voilà comment le jeune homme aurait commencé à travailler pour la CIA, du moins selon cette version[4].

Un autre ancien compagnon de l’époque corrobora le fait que c’est lors de cette affectation au Japon qu’Oswald aurait commencé à travailler comme agent du gouvernement.

James Wilcott, un ancien agent des finances de la CIA, révéla devant le House Select Committee of Assassinations (HSCA), une enquête du Congrès menée au cours des années 1970, affirma qu’Oswald travaillait pour la CIA.  Dans son rapport final, le HSCA choisit cependant de ne pas le croire.

L’une des autres hypothèses de taille concernant le passage d’Oswald au Japon le met en lien avec l’incident de l’avion U-2 piloté par Francis Gary Power.  Son avion espion fut abattu en mai 1960.  Le problème, c’est qu’Oswald avait quitté le Japon avant la fin de l’année 1957.  Toutefois, dans un livre qu’il écrivit à son retour au pays, Power mentionna que si Oswald avait transmit suffisamment d’informations aux russes en raison de son poste de contrôleur de radar, que ceux-ci auraient pu être en mesure d’abattre son avion.

En 1977, Power mentionna lors d’une émission radiophonique la possibilité qu’on ait trafiquée son appareil avec une bombe pour l’obliger à descendre à portée des missiles russes.  Peu après, Power perdit la vie dans l’écrasement de son hélicoptère qui, semble-t-il, aurait manqué d’essence.

Mais alors, pourquoi Oswald, l’agent de la CIA, aurait vendu des renseignements aux russes?  Simplement pour acheter son droit de passage en URSS afin de mieux y construire son profil de communiste endurci?  Rappelons que lors de son retour aux États-Unis il ne fut jamais incommodé par les autorités.  Pourtant, en débarquant en URSS il avait renoncé à sa citoyenneté américaine.

Est-ce logique de le voir, en 1963, distribuer des tracts pro-castristes portant l’adresse du 544 Camp Street, un immeuble appartenant à des anticastristes comme Guy Banister et Jack Martin, tous deux agents de la CIA?

Le 22 novembre 1963, il est arrêté moins de deux heures après l’assassinat du président Kennedy à Dallas.  Il se dit innocent devant les caméras de télé.  Peut-être bien que l’Amérique aurait dû le croire ce jour-là.  Par la suite, on lui mit tout sur le dos en essayant de faire avaler à la population la théorie de la balle magique piètrement défendue devant la Commission Warren en 1964 et reprise en 1978 devant le HSCA par le Dr Michael Baden.  Tout autre médecin ayant tenté d’autres explications n’ont pas été convenablement entendus.

Il est évident qu’au sein de ce dossier immensément complexe on a voulu cacher des choses afin de manipuler l’histoire que les générations à venir allaient assimiler.  Malgré tout, le sujet reste passionnant.  Et tant qu’il y aura des passionnés honnêtes, l’histoire reprendra tranquillement son dû.


[1] Jim Garrison.  JFK, affaire non classée, 1988, p.47.

[2] Jim Marrs, Crossfire : the plot that killed Kennedy, New York, 1989, 625 p.

[3] Joan Mellen, A farewell to justice, 2007, 545 p.

[4] D’après le témoignage de David Bucknell, interrogé l’auteur Mark Lane.  À noter que Bucknell n’a jamais été appelé à témoigner devant la Commission Warren.

JFK, le dernier témoin

JFK, le dernier témoin, par William Reymond et Billie Sol Estes, Flammarion, 2003, 407 p.

Ce livre de 407 pages est l’œuvre du journaliste d’enquête William Reymond, un français installé au Texas, et de Billie Sol Estes, un ancien multimillionnaire ruiné qui avait, semble-t-il, des secrets importants à révéler en lien avec l’assassinat du président John F. Kennedy survenu le 22 novembre 1963 à Dallas, Texas.

Dès les premières pages, on sent qu’il ne s’agit pas d’une enquête proprement dite, à savoir que le récit se raconte comme un roman policier et repose presque uniquement sur les dires d’Estes.  En effet, si Reymond est aussi l’auteur d’au moins deux romans, il affirme plus d’une fois avoir trouvé des preuves pour corroborer les affirmations d’Estes mais sans jamais les rendre claires ou solides aux yeux du lecteur.  Bref, il semble garder certaines cartes dans ses manches, ce qui peut devenir agaçant à la longue.  Bref, on pourrait croire à une suite, mais depuis 2003 rien de nouveau sous le soleil.

N’oublions pas qu’Estes est aussi le co-auteur du volume, dont il signe d’ailleurs clairement la préface.  Or, les lecteurs rationnels d’expérience savent le peu de crédit qu’on accorde aux autobiographies, en particulier lorsqu’il est question de sujets aussi controversés.  Bien sûr, JFK le dernier témoin ne verse pas complètement dans ce genre littéraire, mais cela suffit cependant à préserver un doute.

Reymond perd du temps à se mettre lui-même en scène, peut-être pour se donner de l’importance ou alors tenter d’ajouter de la crédibilité à l’histoire.  Voilà un polar qui traîne de la patte durant une centaine de pages avant d’entrer dans le vif du sujet.

On le sait, les théories conspirationnistes sont nombreuses en ce qui concerne le crime du siècle et sur ce point Reymond démontre sa prudence à plus d’une reprise, cherchant à s’éloigner de cette mauvaise image que dégagent certains fervents de la thèse du complot.  Après tout, 80% des Américains ne croient pas en la version officielle qui garde toujours bien en vie la théorie du tueur solitaire.  On sait aussi que la démocratie n’est pas un système en mesure de pouvoir déterminer la vérité, mais depuis maintenant un demi-siècle les preuves sont suffisantes pour pouvoir douter de la parole du gouvernement.

Bien qu’elle puisse étonner, la théorie présentée par Reymond apporte des éléments intéressants.  En fait, tout repose sur sa réussite à avoir arraché des confessions à Billie Sol Estes, un ancien multimillionnaire ayant démarré bien humblement dans le milieu de l’élevage et de l’agriculture au Texas.  La principale théorie de Reymond oriente rapidement ses principales accusations à l’endroit de Lyndon Baynes Johnson, vice-président des États-Unis sous le règne de John F. Kennedy (JFK).  Billie Sol Estes confie à Reymond que le motif de l’assassinat est simple, reposant uniquement sur le fait que Johnson entretenait l’ambition presque maladive d’atteindre le bureau ovale de la Maison Blanche.  En effet, il déclare que « c’est une histoire simple.  Ne te complique pas la vie.  Comment aurais-tu réagi si tu t’étais trouvé à un cheveu de la Maison-Blanche et que, soudain, on t’avertissait que tu allais tout perdre?  LBJ [Johnson] n’avait pas de cœur et aurait tué sa propre mère pour réussir ».

Justement, ça semble un peu trop simpliste comme mobile d’un crime national aussi flamboyant.  Plusieurs ambitieux ont aussi connus ce genre de frustration en atteignant presque le pouvoir et ils ne sont pas tous devenus assassins pour autant.

Or, Estes continue pourtant de mentionner d’autres raisons politiques motivant le choix que certains hommes d’affaire ont fait d’assassiner le président.  Entre autres, Kennedy parlait de réforme électorale, de changements dans l’économie qui auraient touché directement les richissimes texans.  Il y avait aussi l’ambition de Bobby Kennedy, alors procureur général du pays, qui souhaitait ardemment coincer Johnson.  Estes ajoute lui-même que « JFK était déterminé à imposer sa volonté.  Il n’avait pas compris qu’il jouait avec le feu.  En diminuant de moitié les avantages fiscaux, il amputait de trois cent millions de dollars les familles de Dallas!  Trois cents millions de dollars par an!  Soit largement le prix de la vie d’un homme, qu’il soit président ou pas ».

Donc, après quelques pages, le mobil du crime n’était plus aussi simple!  Contradiction de taille!  Bref, on aura compris que JFK n’avait pas seulement Johnson comme ennemi.

À la page 70, lorsqu’il pose la question « pourquoi Dallas? », Reymond semble déjà offrir les balises de l’orientation qu’il souhaite prendre.  C’est un peu comme si on nous donnait l’impression d’un scientifique qui entame une recherche importante tout en accusant dès le départ son idée préconçue de ce qu’il souhaite obtenir comme résultat.  Or, dans une telle enquête, ne faut-il pas garder toutes les portes ouvertes justement afin de prouver son impartialité?

Et à savoir pourquoi le drame s’est déroulé à Dallas, il n’est pas nécessaire qu’il y ait une raison logique.

Toutefois, Reymond parvient à nous étonner en établissant un lien entre le tueur Malcolm « Mac » Wallace et Lyndon B. Johnson.  En fait, Wallace avait déjà commis un meurtre en 1951 pour lequel il s’était mérité une « sentence bonbon », comme le dirait le journaliste Claude Poirier, de 5 ans de sursis.  Du jamais vu!  Or, Wallace bénéficiait déjà de l’appui des amis influents de Johnson.  Les deux hommes ont d’ailleurs été vus ensemble à plusieurs reprises.

Johnson, qui tenait J. Edgar Hoover par les couilles grâce à des informations capitales sur sa vie sexuelle débridée, semble avoir eu besoin des services de Wallace en 1961 afin de se débarrasser d’un haut fonctionnaire du Département de l’Agriculture, un dénommé Henry Marshall.  Or, cet homme avait décidé d’appuyer l’incorruptible Bobby Kennedy en lui révélant ce qu’il savait à propos de certains financiers comme Estes et de l’homme qu’il appuyait secrètement, c’est-à-dire Johnson.  Bref, Marshall en savait trop.

Le 31 mai 1961, des inspecteurs vinrent au Département de l’Agriculture pour vérifier des transactions.  Marshall préféra alors mentir, probablement par crainte.  Mais dans les heures et les jours qui suivirent, Bobby Kennedy lui mit de la pression, sachant que si le fonctionnaire acceptait de parler il arriverait à faire tomber non seulement le vice-président Johnson mais tout son réseau.  Finalement, Marshall céda peu après en acceptant de tout révéler.

Le 3 juin 1961, le corps de Henry Marshall était découvert sur son ranch de Franklin, Texas.  « Malgré de multiples blessures par balles, le shérif Howard Stegall classa l’affaire en concluant qu’il s’agissait d’un suicide ».  Ce n’est que plus tard qu’on parvint à rouvrir l’affaire, renversant le verdict de suicide par celui de meurtre.  Quant au meurtrier, il fut identifié comme étant Mac Wallace.  Ce dernier ne paya jamais pour son crime.  Officiellement, il est mort au cours des années 1970 alors qu’une rumeur le voulait encore vivant une dizaine d’années plus tard.

Le point culminant du livre survient lorsque Reymond explique qu’une empreinte retrouvée sur un carton dans le dépôt de livre où se trouvait Lee Harvey Oswald le 22 novembre 1963 était celle de Mac Wallace.  L’empreinte en question avait été longtemps dissimulée par le FBI.  Toutefois, Reymond gâche la sauce en sautant sur l’occasion de conclure hâtivement que Wallace était le deuxième tireur.  Si on veut demeurer rationnel et objectif, la présence d’une empreinte partielle ne prouve pas qu’on ait tiré avec une arme à feu.  De plus, il semble complètement passer sous silence la thèse sérieuse d’un tireur situé sur le monticule herbeux, l’auteur du tir qui fit éclater la moitié de la tête de Kennedy.  Un tir de face.

Si on peut prouver que Wallace était là, c’est déjà une victoire en soit, mais ce dernier aurait pu seulement faire partie de l’équipe basée au 6ème étage du dépôt de livres.

Reymond jongle avec l’arrogance en déclarant la faiblesse de son enquête, à savoir qu’il écarte immédiatement des avenues aussi importantes que celle de la CIA en expliquant, de manière assez peu convaincante d’ailleurs, que « je me dis que si l’Agence avait voulu se débarrasser du président, elle aurait utilisé des moyens limitant la polémique.  JFK aurait été empoisonné, son avion aurait explosé en vol ou il serait mort noyé dans la piscine de la Maison-Blanche.  Mieux encore, lourds antécédents médicaux obligent, JFK aurait pu tomber malade et rapidement s’éteindre ».  Ce serait là négliger totalement la sérieuse théorie de la fausse piste des tracts pro-castristes, qui liait justement Oswald à la CIA et au bureau de Guy Banister.

Il va encore plus loin dans son arrogance en déclarant que, ayant prouvé la présence de Mac Wallace dans le dépôt de livres et l’implication de Johnson, « les Cubains, pro ou contre Fidel, les Russes, blancs ou rouges, la mafia, la CIA, les services secrets israéliens allaient pouvoir rejoindre les poubelles de l’histoire ».  Autrement dit, il n’y avait que son livre qui détenait la vérité.  Pour ce faire, il aurait dû être beaucoup mieux documenté pour défaire des thèses logiques qui sont mieux étayées que la sienne.  En effet, tout repose sur le témoignage d’Estes et de cette empreinte.

La plus grande faiblesse de l’enquête de Reymond réside sans doute dans le fait qu’il tourne le dos aux investigations sérieuses réalisées avant lui.  En effet, sa bibliographie ne contient aucune trace d’ouvrages majeurs en la matière tel que le livre du procureur Jim Garrison ou celui de G. Robert Blakey.  Voilà deux livres qui se contredisent mais qui sont des incontournables en la matière.

Or, l’enquête de Garrison demeure pourtant l’une des plus sérieuses dans le dossier, mettant en évidence le fait que l’opération avait été monté par des organismes puissants et structurés, écartant donc la Mafia et aussi la seule ambition d’un texan arrogant comme Johnson.

Bref, le livre de Reymond n’est pas une conclusion définitive.  Au mieux, la théorie évoquée pourrait s’imbriquer à celle de Jim Garrison et de Joan Mellen, en ce sens que Johnson aurait pu contrôler une certaine partie du complot.  Par exemple, il aurait pu être à la solde de la CIA.  Après tout, une fois devenu président, il a pris des décisions favorisant non seulement les richissimes texans mais aussi la CIA.

Quant à Estes, il peut effectivement connaître une partie du secret, mais dans une affaire aussi immense, il n’existe sans doute aucun homme qui puisse à lui seul être aux faits de tous les paliers de l’organisation.

Comme tout journaliste devenu auteur, oubliez le style littéraire recherché.  Quoique JFK le dernier témoin représente un bon divertissement, il ne faudrait pas commettre l’erreur d’en faire sa seule source d’information à propos de l’assassinat de JFK.  Certes, il a sa place dans l’Histoire mais mérite une meilleure mise en contexte, ainsi qu’une bonne dose de relativité.

(JFK, le dernier témoin (PDF))

Le 2ème anniversaire d’Historiquement Logique

Le 5 août 2012 soulignera le second anniversaire d’existence du blogue Historiquement Logique.  Avec maintenant près de 50,000 visiteurs, ce qui représente une moyenne de plus de 2,000 par mois, il s’agit là d’un but inespéré.  Pour un sujet aussi peu populaire que l’Histoire, on peut penser que les débuts d’Historiquement Logique sont respectables, et tout cela sans la moindre publicité.

Le blogue a été lancé le 5 août 2010 avec pour objectif de démontrer que l’histoire peut souvent apporter un aspect logique devant le questionnement suscité par certains phénomènes de société.  Trop souvent ai-je entendu des commentaires selon lesquels on considérait des problèmes comme nouveaux, alors qu’en réalité un recul dans le passé permet de les mettre en perspective et de démontrer, par exemple, que le phénomène n’est pas si nouveau.

Il suffit de penser aux guerres, aux religions, et aux phénomènes de société comme la corruption.  Voilà, entre autres, des thèmes « vieux comme le monde », se plaît-on à dire.  En fait, on les retrouve aussi loin que les documents nous permettent de remonter, c’est-à-dire à quelques milliers d’années.  C’est bien connu, l’être humain adore ramener tout à lui-même.  Et pourtant, avant lui la Terre tournait déjà.  L’histoire archéologique, préhistorique et microbiologique pourrait tout aussi bien apporter des perspectives devant lesquelles notre vision du monde risquerait de changer radicalement.

Depuis septembre 2011, j’ai réussi tant bien que mal à entretenir un rythme de publication minimum, alors que je connaissais un sérieux bouleversement personnel, à savoir un horaire bien rempli avec, simultanément, un emploi et un programme d’étude à temps plein.  Loin de moi l’intention d’attirer la sympathie mais seulement de vous informer que ce rythme infernal cessera dans quelques semaines et alors Historiquement Logique se fera de plus en plus présent.

Au cours des derniers mois, j’ai donc dû retarder la parution de plusieurs articles qui demandent des recherches plus poussées.  Certains sujets demandent de bien les étayer.  Bientôt, vous aurez droit à des incursions variés, dont certains se concentreront à dénoncer et à approfondir des dossiers comme l’Affaire Dupont, la controverse entourant Billy the Kid, l’assassinat de John F. Kennedy, et j’en passe.  On assistera aussi à d’autres comptes-rendus de livre pouvant apporter un enrichissement historique et je reviendrai à coup sûr sur mon sujet de prédilection : le Far West.

Je profite de ce deuxième anniversaire pour vous remercier sincèrement, que vous soyez abonné de la liste d’envoi automatique, membre du groupe Facebook ou tout simplement lecteur de passage.  C’est pour vous que je m’efforce constamment de livrer le meilleur de moi-même.

Bonne lecture et au plaisir de lire vos précieux commentaires!

Eric Veillette