L’affaire St-Louis: chapitre 18


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En se servant de cette photo, la défense espérait démontrer que les membres de la famille Prince n’avaient pas tiré dans les pneus, comme ils le prétendaient, mais qu’ils visaient St-Louis afin de se faire justice eux-mêmes.

Puisque Me Gérald Grégoire avait présenté une défense pour son client, ce fut donc à lui de faire sa plaidoirie en premier.  Voici donc la version intégrale de cette plaidoirie :

Alors, messieurs les Jurés, Monsieur le Président du Tribunal, confrère de la Couronne, et vous me permettrez aussi de souligner la présence d’un futur avocat qui m’a aidé dans cette cause-là.  Mes premiers mots seront pour vous adresser d’abord, à Messieurs les Jurés, mes remerciements bien sentis pour l’attention que j’ai cru remarquer tout au cours du procès.

Lorsque je procédais au choix des jurés, une question m’est passée à l’idée : Cette tâche énorme et à la fois difficile.  Elle est difficile parce que vous avez, aujourd’hui, à vous prononcer sur le cas d’un autre homme comme vous, peut-être plus jeune que la majorité d’entre vous.  Elle est noble parce que tout homme, dans la vie, doit prendre ses responsabilités.

Vous remarquerez que, à ce moment-ci, je pense que vous vous en apercevez, puisque n’ayant pas tellement d’expérience devant les Tribunaux Criminels, une certaine émotion qui m’étreint, et je pense que vous me la pardonnerez.

Alors, la seule marque que je peux vous dire à ce moment-ci : merci de votre attention et je suis sûr, quel que soit votre verdict, qu’il sera fait selon votre conscience.

Monsieur le Président du Tribunal, je voudrais aussi vous remercier pour la façon dont vous avez dirigé les débats, avec une impartialité et une compétence qui nous a permis – et je pense que Me Laniel sera d’accord avec moi – de plaider en toute quiétude, sachant que les objections qui aurait pu fuser de part et d’autre et qui ont fusé, pas tellement mais quand même ont été tranchées avec une impartialité et une compétence qu’un jour j’aimerais atteindre.  Je pense que c’est le but de tout avocat.

Et je voudrais aussi remercier bien sincèrement mon confrère, Me Laniel, qui représente le Ministère Public.  Je pense que, Messieurs les Jurés, au cours de ce procès, vous vous êtes aperçu que mon confrère de la Couronne a un rôle à remplir, je le comprends, et je pense que tous et chacun de vous le comprennent.  Ce n’est pas tellement facile d’être accusateur, et je pense que, pendant tout le débat, il s’est comporté avec une dignité qui fait honneur à notre profession.

Un autre remerciement que je voudrais faire, et j’en suis … si vous me le permettez, il y a un jeune futur avocat qui m’a assisté dans toute cette cause, qui m’a prodigué des conseils, même si je suis sénior, très heureux et très précieux, M. Guèvremont, qui sera, dans quelques temps, au mois de juin, après avoir passé ses examens, je le souhaite, avocat.

Je voudrais remercier aussi tous ceux qui sont essentiels au rouage de la justice, soit les Greffiers, huissiers audienciers à la belle voix, et aussi ce qu’on oublie de remercier : le sténographe.  Et je pense que, hier, vous vous êtes aperçu de non seulement l’utilité mais aussi la difficulté que pouvait avoir un sténographe surtout lorsque j’ai fait entendre mon client, qui parlait d’une manière assez rapide.

Après ces remerciements, Messieurs les Jurés, je voudrais dire ceci : c’est que, dans la vie de tout avocat, qu’il soit jeune ou plus vieux, il y a certaine cause plus attachante l’une que l’autre, et je pense que c’est normal.

Celle-ci revête, pour moi, un caractère plus particulier : défendre un jeune homme qui n’a pas de dossier judiciaire, qui a vingt-six ans, qui est père d’un enfant, c’est, pour moi, peut-être la cause qui me prend le plus à cœur depuis que je pratique, c’est-à-dire depuis six ans.

Je ne serai pas tellement long, je n’en ai pas ni la compétence et ni les capacités, mais avant d’aborder les deux points que je veux vous souligner, j’aimerais vous faire une remarque.

Je comprends, et peut-être que le président du Tribunal pourra dire que je veux me substituer à sa place – je n’en ai ni la dignité, ni la compétence – mais au tout début, ce qui me paraît très important, nous avons eu, lors de l’interrogatoire, une question de vol, et par la suite une question de meurtre.

Si j’avais pu – et encore là, je ne veux pas me substituer au Président du Tribunal, mais il me semble que je dois le dire – m’objecter à cette preuve de vol qui a été faite à l’épicerie.

À ce moment, je l’aurais fait, mais vous comprenez comme moi qu’il fallait que le Procureur de la Couronne, que celui-ci quand même justifie cette poursuite ou encore établisse les faits.  C’est pour ça qu’il n’y a eu aucune objection de ce côté.

Mais avant de repasser les témoignages des différents témoins, avant aussi d’analyser le comportement de mon client, M. St-Louis, il faudrait, d’après moi, évidemment, que vous vous débarrassiez de l’idée du vol.

Vous avez entendu tous les témoignages, et vous me corrigerez ou quelqu’un me corrigera s’il n’est pas vrai que l’incident ou la tragédie qui est arrivée s’est passé plusieurs minutes après, et à neuf milles de l’endroit, soit : Le vol a été commis à St-Célestin … excusez à St-Léonard, et la tragédie est arrivée à St-Célestin, après avoir eu un accident dans le 7ème Rang, comme le démontre le plan et comme la preuve a été faite.

Et aussi, je voudrais vous faire remarquer, avant d’analyser les témoignages de la poursuite, que lorsque St-Louis s’est présenté à l’épicerie, il s’est présenté comme tout client qui veut acheter de la nourriture.  D’ailleurs, c’est en preuve, et nous repasserons ensemble, si vous le voulez bien, les différents témoignages.

Et pour finir sur ce point, je voudrais ceci : il faut absolument que vous oubliiez le vol, qui n’a pas été fait avec une arme.  C’est un point très important pour la défense, et je pense que vous en conviendrez avec moi.  On n’a pas affaires, à ce moment-ci, à un bandit, on n’a pas affaires à quelqu’un qui se présente avec une arme à la main et « donne-moi le cash ».

D’ailleurs, je commencerai les témoignages… l’analyse de mes témoignages par celui du jeune Camille Prince qui nous dit que St-Louis s’est présenté … St-Louis s’est présenté chez lui : aucune arme, aucune menace, comme toute personne qui veut avoir de la nourriture, ou faire du marché.

St-Louis, à un moment donné – et ça, c’est toujours dans le témoignage de Camille – a demandé du « béloné » et du jambon.  Et à ce moment-là, on n’avait pas de « béloné » en tranche et on n’avait pas de jambon en tranche.  Celui-ci a refusé.  Et St-Louis l’explique dans son témoignage en disant : « Bien, il y avait du Hygrade, c’était trop cher pour moi ».  Ensuite, on demande une livre de beurre, un sac de pommes, et St-Louis se trouve seul devant un cash ou une caisse.

Qu’est-ce qui est passé par l’idée?  Est-ce qu’il le sait lui-même?  Il a vu la caisse et il est parti avec.  C’est un fait, peut-être que je qualifie au moment, qu’on ne peut expliquer, et lui-même dit : « Je ne sais pas ce qui s’est passé, j’ai pris la caisse et je suis parti avec ».

Et pour moi, évidemment, je le crois, ça s’est passé … dans sa tête, ça se passe tellement vite, parce que chacun, dans votre vie, du moins, moi, j’ai fait plusieurs gaffes, et je me demandais le lendemain … pas de ce genre, si vous voulez, mais disons d’autres natures : « Qu’est-ce que j’ai fait là? »

Or, sur ce point, à l’épicerie, la question de vol, que je vous ai demandé d’oublier, mais j’en parle, aucune arme, on part avec la caisse, et puis : bonjour.

Évidemment, j’admets, avec vous, que si mon client a à répondre à l’accusation de vol, qu’est-ce que je ferai, demain matin à titre d’avocat?  Ça ne passera pas devant vous autres, et je peux dire une chose : que je plaiderais coupable et j’invoquerais la clémence du Tribunal, parce que c’est un gars qui n’a pas de dossier, que c’est un père de famille et puis qui a une petite fille et puis une femme qui l’attendent à la maison.  Ça, d’accord, il sera puni, c’est le juge qui en décidera.

Mais pour ce qu’il est accusé, c’est une autre chose, il est accusé de meurtre.  Il est accusé de meurtre, c’est dans ce sens-là qu’on va regarder ensemble, si vous le voulez, dans le plus bref temps possible, les témoignages de André et de Louis, du père à part de ça, de M. Prince, père de famille, qui se fait voler.  Évidemment, il s’est fait voler, d’accord sur ça, une cinquantaine de piastres.

  1. Prince, par exemple, pour cinquante piastres ($50.00), est-ce que vous allez, demain matin, dire à vos enfants : « Va chercher ton fusil ». Demandez-vous ça aussi. Je ne veux pas, en aucune manière, discréditer M. Prince, mais quand même, il me faut vous souligner, pour mon client, que je défends, dans l’exercice de mes fonctions, vous parler du geste de Prince, le père.

Première action : « Va chercher ton fusil », – le fusil, là, qui vous a été montré – « et puis on va jouer aux cow-boys » – avec des enfants qui ont seize … vous les avez vus dans la boîte, il y en a un qui a seize ou dix-sept ans, je pense et puis l’autre a encore moins que ça.  Et puis on embarque deux automobiles, et puis on part après le voleur.

Bien, cette attitude d’un père de famille, moi, je trouve ça extraordinaire, d’impliquer des enfants dans une affaire de même.  Et le père part avec un de ses fils, comme vous le savez, ça a été relaté, je ne reviendrai pas sur ça, vous les avez entendus, les questions du Procureur de la Couronne et aussi à mes questions, et à un certain moment donné, rejoint le type en question.  Et c’est là que je vous fais remarquer que, à un certain moment donné, soit à mes questions, qu’il avait remarqué très bien le numéro de licence du véhicule, soit l’automobile de St-Louis, il l’a remarqué, il a même dit à son fils : « Notes-le comme il faut ».  Et puis lui aussi l’a noté.  Ils l’avaient tous les deux en mémoire.

Et puis à un moment donné, il dit : « Viens, je vais mettre mon char de travers, et puis là, il est rendu, il se trompe – excusez-moi mais – il se trompe en maudit, là, ça ne débouche pas ».

Qu’est-ce que vous auriez fait, vous autres, à ce moment-là, quand vous avez le numéro de licence?  Je comprends qu’il y avait $50.00 ou $60.00 ou quarante ou trente, ça n’a pas été établi d’une manière déterminante, de parties.  Qu’est-ce que vous auriez fait avec le numéro de licence?

Lui, il s’est rendu, à un moment donné, à une porte, il était bien plus intrigué par ce qui allait se passer.  Je lui ai demandé, je pense, si vous vous en souvenez : « Pourquoi que vous n’avez pas appelé la police quand vous êtes arrivé chez M. Corriveau – ou l’autre place – M. Roy, là » – vous m’excuserez, mais je ne me rappelle pas du nom.

Il a rentré, et puis là, il a vu arriver son fils, parce qu’il savait que son fils… il l’a dit que son fils s’en venait, d’ailleurs il le savait tellement, que c’est lui qui l’avait dit, c’est lui qui avait dit à son garçon : « Va chercher Michel ».  La malheureuse victime de tout ça.  « Dis qu’il emporte son arme ».

Quand il l’a vu arriver, ça ne l’intéressait plus d’appeler la police.  Pourtant, à ce moment-là, son devoir de tout citoyen, c’était ça, il devait faire seulement ça, d’appeler la police.  Ce n’est pas ça qu’il a fait.

Dans la maison, et c’est en preuve, c’est ce qu’il a dit à mes questions : « Je suis retourné de bord, parce que j’étais contrarié de voir qu’il avait contourné mon automobile ».  Il jouait à la police.

Messieurs, on paie tous de l’impôt, par année, et puis une certaine partie de notre impôt va pour la police, parce que c’est des gens qui font leur devoir, ils sont en uniforme, alors qu’on leur laisse faire leur ouvrage.

Là, St-Louis [plutôt Prince], le père, un homme d’âge mûr, lui, il a voulu retourner pour voir ce qui se passait sur les lieux de l’accident, parce qu’il avait vu arriver Michel et un autre de ses garçons avec l’arme.  Et ça, moi … Je comprends que vous n’êtes pas obligé de penser comme moi, d’ailleurs, c’est votre privilège, mais moi, je trouve ça extraordinaire.

Il n’a même pas essayé de téléphoner à l’endroit, il est retourné tout de suite.  Il n’a même pas essayé, même pas dit …. Vous n’auriez pas dit, vous, M. Constantin ou M. Paquin ou M. Isabelle : « Bien, appelle la police, on a eu un vol au magasin et puis on a le gars et puis on a le numéro de la plaque ».

Ce n’est pas ça, M. Prince n’a pas fait ça, il a retourné, lui.  Il voulait aller voir ce qui se passerait.  Vous savez, et vous penserez à ça, c’est au cours du procès, ça ferait le meilleur film du monde.  On en voit des films de cow-boy à la télévision.  Là, excepté que c’était en auto, mais replacez-vous avec des chevaux, là, et puis ça serait une affaire extraordinaire.  On pourrait en faire un film de cette affaire-là.

On veut se faire une justice soi-même.  D’ailleurs, je ne veux pas parler de la victime, mais une arme sans permis, et puis « s’il y a un vol, le gars qui va venir icitte, on va s’organiser avec ».

D’ailleurs, vous avez les deux autres témoignages des enfants, les témoignages d’André et puis de Louis.  En transquestion [contre-interrogatoire] – ce que j’appelle la transquestion, c’est lorsque le Procureur de la Couronne a fini avec un témoin, c’est la défense ensuite – avez-vous remarqué ces deux enfants-là?  Je ne veux pas les discréditer, c’est deux bons petits bonshommes qui sont venus témoigner.  Je comprends aussi leur émotion, parce que c’est leur frère quand même qui a été tué dans cette affaire-là, et je le comprends, et eux, je ne les discrédite pas.  Le père, oui, mais eux, c’est des enfants.  Mais avez-vous remarquez, tout au cours de leur témoignage, on dirait : « J’ai tiré, j’ai tiré dans les pneus ».  Ça venait automatiquement : « On a tiré, puis on a tiré dans les pneus ».  On ne leur demande pas s’ils avaient tiré?  « Oui, oui, j’ai tiré, j’ai tiré dans les pneus ».  Ça, là, les photos, vous les avez vues hier, je vous les ai montrées c’est les trois photos, là, qui ont été présentées, étant encerclées comme étant des traces de balles.  Il y a ici, celle-là [indiquant une photo]… je ne recommencerai pas avec ça, je vais vous ennuyer.  « On a tiré dans les pneus ».  Ma foi du Bon Dieu, que c’est que vous allez croire lorsqu’ils sont venus témoigner?

Je pense que c’est photos-là, quand même je repasserais, avec vous autres encore, tous les témoignages, regardez ces photos-là, et puis faites la conclusion qui est logique : Qu’est-ce qui est arrivé, par exemple?  C’est pour ça que je ne crois pas leur témoignage, parce que c’est trop spontané, leur déclaration.

On leur demande … Même le Procureur de la Couronne n’a pas le temps de leur dire : « Et puis qu’est-ce qui est arrivé »? – « Ah!  Il a tiré dans les pneus ».  Ils voyaient exactement la direction de l’arme, une arme … Là, ce n’est pas la carabine, c’est le revolver, à ce moment-là.  Ça, ils voyaient tout ça.

Pensez-vous qu’on peut voir, Messieurs, qu’une arme est de même [indiquant], de même, ou de même, ou de même, dans le 7ème Rang, pensez-vous ça, qu’on peut remarquer ça?  Moi, à tout événement, et encore là vous êtes libre, mais moi, je ne crois pas ça, cette affaire-là.  Non.  Je ne crois pas ça, je m’en vais vous dire pourquoi :

Parce que, après tous ces incidents-là, ces gens-là se sont aperçus de la gravité de leur acte.  Là, ils ont pensé ce qu’ils avaient fait, parce qu’il y avait quand même quelqu’un de disparu dans leur famille.  Là, ils ont dit : « Bien, qu’est-ce qu’on a fait là »? – D’après moi, évidemment, c’est mon opinion, et puis j’interprète leur témoignage – évidemment, c’est encore l’interprétation de l’avocat de la Défense – mais je pense que c’est mon droit de vous dire ce que j’en pense, et là, on a dit : « Bien, il faut s’amancher pour avoir tiré dans les pneus ».

On a voulu jouer à la police pour préserver cinquante piastres.  On a tiré sur quelqu’un, mais à la fin de la chevauchée, le dénouement est arrivé.

Vous êtes-vous demandé, pendant toute l’audition du procès, en regardant, là, mon client St-Louis, vous êtes-vous demandé : S’il avait été tué – parce qu’il y a eu des coups de feu, tout le monde l’admet – si c’est lui qui était mort, est-ce que le vol, qu’il a fait, là, à l’épicerie, une cinquantaine de piastres, ça justifiait la mort de mon client St-Louis?

Je vous laisse ça, moi, je ne le pense pas.  Ça aurait pu être lui qui aurait pu être tué, parce que, dans le 7ème Rang, il y a quand même une chose : ils ont tiré tous vers les pneus, mais pourtant, on trouve tous des pneus intacts sur la voiture – d’ailleurs, je l’ai fait préciser par le policier qui a été prendre les photos – mais il y avait quand même une vitre de cassée.

St-Louis, son témoignage d’hier, moi, je le crois.  Vous savez, je pense que vous n’avez aucune … Il n’était pas obligé de témoigner hier, je lui ai expliqué ça avant, et il dit : « Je veux aller témoigner, on m’a tiré de partout et puis je veux aller me défendre ».

C’est sûr que, à ce moment-là, je ne parle pas du vol; ça, le vol, c’est une autre chose.  Il aura peut-être à répondre devant les Tribunaux, mais à ce moment-là, je pense qu’il faut le séparer.  Encore là, je reviens : Pensez-y, ça n’a pas été un vol avec une arme à la main, parce que disons que les gens … M. Prince, par exemple, après avoir eu le vol… M. Demers [s’adressant à un Juré], vous avez eu une épicerie, vous, s’il vous était arrivé un vol de même, qu’est-ce que vous auriez fait, hein?

  • Je l’aurais laissé aller, répliqua le juré Demers.

Vous l’auriez laissé aller.  Bon.  Et puis on appelle la police, à ce moment-là, hein!  Parce qu’ils sont payés pour ça, eux autres.  Ils ont des beaux uniformes.  Ils n’auraient pas tiré, à part de ça, la police, je vous jure de ça, ils n’auraient pas tiré.

Ce n’est pas ça, eux autres, ils ont dit : « On y va à matin… pas à matin, mais à soir.  On va montrer voir qu’est-ce qu’on peut faire ».  À une question, hier, du Procureur de la Couronne, mon client St-Louis, lui demande : « Pourquoi que vous n’êtes pas arrêté quand vous avez entendu des coups de feu? »

Qu’est-ce que vous auriez fait, vous, M. Paquin?  M. Constantin, qu’est-ce que vous auriez fait?  Seriez-vous arrêté dans le 7ème Rang, après vous avoir fait tirer deux fois dans les fesses?  Hein?  Non.  Bien, en tout cas, moi, je vous dis bien franchement : « Ça pressait, je serais disparu ».  Ce qu’il a fait, et puis c’est très normal.

Écoutez, se faire tirer de même, là, surtout que St-Louis, ça n’a pas été contredit, je pense que son témoignage, il faut le croire – d’ailleurs, vous l’avez vu dans la boîte – vous le voyez aujourd’hui – est-ce qu’il a l’air d’un criminel?  A-t-il l’air d’un gars qui voulait tuer? – Voyons!

Vous en avez vu des criminels, surtout vous lisez les journaux à tous les jours, avez-vous des gars, des criminels qui sont peureux de même : « Tire pas!  Tire pas! » Non, je n’en ai jamais vu.  J’en ai défendu, j’en ai vu à mon bureau, j’en ai vu ailleurs.  En tout cas, des gars peureux de même, ce n’est pas des gros criminels, comme on dit, là : « C’est de la bien petite pègre ».

Alors, mon client, après, réussit à se sauver.  Il se sauve.  Il réussit à leur échapper.  C’est déjà…

(Me Grégoire fut interrompu par une question du juré Constantin qui demanda s’il était possible de réentendre le témoignage de Louis Prince, celui qui était avec Michel lors de la poursuite automobile.  Ce n’est qu’après que Grégoire pu reprendre sa plaidoirie).

Là, vous m’avez bloqué un peu…  À tout événement, disons qu’on repart de la 13.  En tous les cas, moi, le souvenir que j’ai, dans ces témoignages-là, peut-être que je vais me tromper aussi, mais à tout événement, on va avoir la …  Là, St-Louis, il réussit à échapper, après avoir essuyé deux coups de feu, à ce moment-là : Un dans sa vitre arrière, et puis l’autre, il ne sait pas trop où est-ce qu’il est allé.

Et d’ailleurs, c’est corroboré, ça, par un des témoins, je pense que c’est Louis Prince, qui vient nous dire qu’il y a eu deux coups de feu dans le rang 7 ou à l’intersection.

Là, mon client, il est quand même pas pire : il faut se sauver et puis on se sauve.  Ce n’est pas ça!  Eux autres, la chevauchée fantastique – ça me rappelle le titre d’un film – ils ont décidé de continuer, eux autres : « On ne l’a pas eu, là, on va recontinuer [sic] ».

D’ailleurs, vous remarquerez que, à un moment donné, le père, là, les enfants, nous dit qu’il a été obligé de faire jusqu’à cent (100) milles à l’heure, à un moment donné, pour essayer de le rejoindre; ça, il le dit dans son témoignage, je pense.  Parce qu’on voulait quand même, à tout prix, Messieurs les Jurés, avoir raison de ce gars-là, on court après.  Et puis à un moment donné, on arrive à Gentilly [?], mon client nous dit : « J’ai été suivi par une auto », une auto plus puissante et puis plus vite que la sienne puisqu’il nous dit que, à un moment donné…  D’ailleurs, on pourrait voir par la marque de l’auto, etc., qu’il ne pouvait pas aller tellement vite.

Là, on le rejoint, et puis on le double.  Là, c’est la deuxième tentative.  Je trouve ça, moi, extraordinaire.  Et puis là, on réussit à le bloquer.  Remarquez bien dans les témoignages qui ont été rendus : Il ne pouvait pas aller en avant, plus loin.  Là, on lui coupe le chemin et puis on lui tire une balle.

C’est ça qui est arrivé.  Moi, je peux me tromper de quelques précisions, parce que je n’ai pas tous les témoignages en tête, mais c’est presque ça qui est arrivé.

Là, on le bloque, et puis on dit : « Toi, tu ne bougeras pas d’icitte, on t’a!  Qu’est-ce que vous pensez que vous auriez fait, vous autres?  Après avoir essuyé deux balles dans le rang 7, ce qui est en preuve, après s’être fait bloquer à l’entrée de Gentilly…  pas Gentilly, de St-Célestin, plus capable d’avancer, trois ou quatre personnes… parce que remarquez que, à ce moment-là, il ne sait pas qui est-ce que c’est.  Mon client ne sait pas qui est-ce que c’est, mais il voit des personnes, est-ce qu’il sait que des enfants, en plus de ça?  Non.

Évidemment, au procès, on le voit que c’est des enfants de 16 et 17 ans, mais à ce moment-là, Messieurs les Jurés, est-ce que mon client pouvait savoir que ce qu’il y avait dans l’auto, est-ce que c’était des colosses?  Est-ce que c’étaient des petits gars?

Je ne pense pas.  Il a vu trois personnes, et peut-être quatre, il ne peut pas le préciser, mais disons que les faits, là, tels que racontés, ils étaient trois.  Il est bloqué, il essaie de partir son auto; pas capable.  Et puis on braque une arme sur lui.

Le témoignage d’André, je pense, à ce moment-là, il dit : « Mon arme n’était pas chargée ».  Bien oui, peut-être, je ne veux pas le contrarier sur ça, mais est-ce que St-Louis le savait que son arme n’était pas chargée?  C’est là que c’est important, je pense, que vous devez retenir, à ce moment-là, St-Louis ne le savait pas, lui, que l’arme n’était pas chargée.

Mais était-il en mesure de craindre, à ce moment-là, par exemple, qu’un autre coup soit tiré?  C’est ça la légitime défense.  Vous savez, mon vieux père, moi, la légitime défense, il appelait à son corps défendant.  C’était l’expression qu’on employait dans le temps : être à son corps défendant, et puis c’est encore une expression qui roule de nos jours, mais disons que, pour un avocat, on appelle ça de la légitime défense : quelqu’un qui est attaqué et puis qui essaie de se défendre.

À ce moment-ci, là, vous me permettrez de lire l’article du Code … vous comprendrez que, à l’épaisseur qu’il y a là, je ne peux pas le savoir par cœur.  Alors, c’est spécial, ça, la légitime défense dans le Code [criminel].

Évidemment, je ne voudrais pas, non plus, empiéter sur le rôle du Juge, mais je voudrais quand même, à ce moment-ci, vous expliquer un peu … Légitime défense en cas d’agression : « Quiconque … – c’est l’article 35 du Code Criminel – quiconque a, sans justification, attaqué un autre, mais n’a pas commencé l’attaque dans l’intention de causer la mort ou des lésions corporelles graves, ou a, sans justification, provoqué sur lui-même une attaque de la part d’un autre, peut justifier l’emploi de la force subséquemment à l’attaque ».

Ça, c’est dans le Code Criminel, c’est le législateur qui a prévu ça.  On est en face du même cas absolument.  Évidemment, il y a les paragraphes a, b, c, je vous épargne de cette lecture-là.

(Encore une fois, Me Grégoire fut interrompu par une question du juré Constantin, qui demanda des précisions sur le témoignage de St-Louis.)

Alors là, reprit Me Grégoire, je vous ai … je pense, l’article du Code Criminel, l’article 35, là, nous étions rendu à ce point-là.  Et dans le Code Criminel, à un moment donné, là, je voudrais seulement… Évidemment, il y a de la jurisprudence, ce n’est pas à moi à la résumer, j’ai pris quelques notes des causes qui ont été rendues et des jugements, des Juges soit de la Cour d’Appel, je ne peux pas préciser par exemple.  À un moment donné…

  • Monsieur Grégoire, intervint le juge. Est-ce que vous avez l’intention de citer de la jurisprudence ou de référer à la jurisprudence?
  • Bien, Votre Seigneurie, je ne référerai pas non, je pense que …
  • On serait illégal, parce que les Jurés doivent décider sur la preuve qui a été faite, et non pas sur une autre cause qui a pu être décidée dans d’autres endroits, dans d’autres circonstances.
  • Votre Seigneurie, vous comprendrez, mon attitude peut s’expliquer par ceci : C’est manque d’expérience devant les Jurés; je suis habitué de plaider devant un Juge.
  • Je comprends, je ne vous fais pas de reproche. Il est inutile de citer de la jurisprudence.

Alors, à ce moment-ci, Votre Seigneurie, Messieurs les Jurés, l’attitude de St-Louis, moi, je vous demande ceci : Vous avez suivi toute la preuve, vous avez vu tous les faits, qu’est-ce que vous auriez fait à la place de St-Louis, à un certain moment donné? – On vous bloque la route, on vous empêche d’avancer, et même lui dit, dans son témoignage : « On va t’avoir, mon … ».  Je ne répète pas les mots, ça sert à rien, vous les avez entendus hier.

On veut l’avoir, on veut le descendre, on veut faire les polices.  Qu’est-ce que vous auriez fait?  C’est une question que je me suis posée à plusieurs reprises.  Bien, il a fait ceci : que vous savez : Une personne contre trois, menacée par une arme, à un endroit où il ne peut plus démarrer, bien, il a posé le geste, il l’a fait, dans la nervosité, mais cette nervosité-là s’explique.

Ma foi du Bon Dieu, moi, j’aurais été bien plus énervé que lui, se faire tirer deux balles.  On n’a pas assez de ça, on continue, et puis on en tire une troisième.

Les photos, vous les avez vues, vous les avez en mémoire.  Une balle qui passe là, là, je comprends que ça peut rendre un homme nerveux.  St-Louis a fait ce que toute personne humaine aurait fait : protéger sa propre vie, c’est naturel, ça, se protéger.

C’est ça qu’il a fait.  À un moment donné, il avait sa carabine, et puis il l’a sortie à la dernière minute.  Remarquez bien, dans le 7ème rang, il n’a pas été question de carabine, ce n’est pas en preuve.  Il a sorti sa carabine, et puis, dans l’obscurité, il a tiré pour les épeurer.

Moi, évidemment, son témoignage, je le crois.  Ça, que je le crois, ce n’est pas l’important.  Il a fait comme tout le monde aurait fait, parce que cette carabine-là …  je l’ai fait témoigner hier précisément pour vous expliquer la présence de sa carabine.

Je comprends que, une carabine chargée dans une automobile, ce n’est pas légal, je suis d’accord avec vous autres, il y a des lois pour ça.  Encore là, si St-Louis a à répondre d’une accusation dans ce sens-là, on y verra, et puis je vous jure que je ne passerai pas des journées à plaider une cause pour port d’arme chargée.

Ce n’est pas un révolver, ce n’est pas un révolver comme celui-ci, ou, ça, ça prend un permis pour avoir ça.  Une .22, pas besoin de permis.  Ça, ça prend un permis.

Vous avez entendu… J’ai fait même entendre le policier qui a présidé l’enquête, qui s’est informé s’il y avait un permis et puis tout ça.  Il n’y en a pas eu.  On se fait faire des armes en cas qu’on soit volé.  Pourtant, nos policiers en ont tous des armes; eux autres ont le droit.

Une .22, St-Louis nous dit qu’en revenant de travailler, il faisait peut-être du braconnage.  Encore là, ce n’est peut-être pas légal, mais en tout cas, ça ne regarde pas la cause d’aujourd’hui.  Et puis deux semaines avant, il s’en était servi en allant voir un de ses oncles, là, je pense, si je ne me trompe pas, pour tuer des rats dans le dépotoir.

Bien, Messieurs, vous savez qu’une carabine .22, qui c’est qui ne tire pas, des fois, pour s’amuser?  Des fois, on tire sur [des] verres, on tire sur une canne, on tire sur n’importe quoi.  Je l’ai vu faire souvent, et je l’ai fait.

Alors, la carabine, là, elle n’était pas dans l’intention d’aller faire un vol, comme le gars qui part, par exemple, que vous voyez dans les journaux, n’importe quoi, ou des bandits qui s’en vont dans une banque.  Il n’est pas question.  Jamais.  La carabine a sorti à la dernière minute.  À ce moment-là, là, je pense qu’il faudrait s’en tenir au moment où il a sorti sa carabine.  C’est mon opinion.

Parce qu’il était en légitime défense.  Il y a eu une remarque qui a été faite hier par le témoin, et je ne sais pas si je peux vous la traduire comme il faut, mais à tout événement, qui ressemblait à ça : à une question de Me Laniel, Procureur de la Couronne, : « Vous n’avez pas parlé? »  Et mon client a dit à peu près ceci : « Peut-on discuter » – et ça, ça m’a frappé hier – « quand il y a des balles qui nous sifflent par la tête ».  À peu près ça, évidemment, je n’ai pas les termes exacts.  Ça, c’est à une question du Procureur de la Couronne qu’il répond ça.

Bien, cette remarque-là, Messieurs Les Jurés, c’est quand même … j’ai trouvé ça fort, et puis j’ai trouvé qu’il avait très raison.  « Peut-on discuter quand les balles nous sifflent »?  Bien, je suis d’accord avec vous qu’il n’y a pas grand-discussion possible.

Or, enfin, pour résumer – je ne voudrais pas m’attarder – pour résumer tout ceci, le comportement de St-Louis, je pense qu’il a été bien naturel.  Pour ma part, parce que tout homme, tout être humain, quelle que soit la gaffe qu’il a pu faire auparavant – c’est ça qui est important – quelle que soit la gaffe qu’il a pu faire auparavant, n’a-t-il pas le droit de protéger sa propre vie?  Demandez-vous?

Est-ce qu’on ne tient pas à sa vie?  On voit des personnes de 80 ans, qui sont à l’article de la mort, qui ne veulent pas mourir, qui ont été malades pendant des années, et puis encore là, ils ne veulent pas mourir, ils n’acceptent pas la mort.

Demandez-vous si St-Louis n’aurait pas pu être tué dans ça, qu’est-ce qui serait arrivé demain matin, des autres?  Est-ce qu’ils avaient le droit de tuer un autre?  Ça aurait pu être St-Louis – parce que c’est en preuve quand même.

Alors, moi, Messieurs, devant tous ces faits, devant les témoignages … le témoignage de St-Louis, on ne peut pas en douter, c’est un type qui n’a pas de dossier, c’est un type qui me semble quand même un homme sympathique, un jeune, qui était en état de se défendre.

Le vol qu’il a fait, d’accord avec vous autres, mais ça, on ne doit pas le considérer.  Je reviens sur ce point-là, pour moi, c’est important à tout événement.  Pensez que l’incident est arrivé neuf milles après.  Pensez qu’on a eu toutes les chances d’appeler la police, puisqu’on a relevé le numéro de la plaque, on ne l’a pas fait.

Non – est-ce qu’un homme a le droit de se faire justice lui-même?  Pourquoi aujourd’hui qu’il y a un procès?  Parce que la Justice, ça ne nous appartient pas, il faut précisément … c’est votre rôle aujourd’hui, c’est vous autres, aujourd’hui, qui allez décider du sort de mon client.

Parce qu’on a des rouages qui prévoient ces choses-là; on a des Juges, on a des Jurés comme vous autres qui sont venus, là.  C’est pour ça qu’on ne peut pas se faire justice soi-même.  On a des corps policiers qui sont là pour ça, pour protéger les intérêts publics, garder le bien d’autrui.  En aucun temps, on n’a le droit de dire : « Nous autres, on va faire la job ».  Je ne pense pas qu’on ait le droit de faire ça.

Alors, en terminant, je voudrais tout simplement vous dire le point, je reviens encore, vous allez en être tanné : Oubliez le vol et pensez à l’incident et pensez à l’attitude de mon client et aussi pensez à l’attitude, le comportement des autres.

Le président du Tribunal, ce n’est pas ma fonction, je pense, vous expliquera les verdicts possibles à rendre.  Quant à moi, je vous ai expliqué les faits tels que je les ai compris, pas parce que seulement je suis avocat de St-Louis, mais tels que je les comprends.  Évidemment, je me plierai à votre verdict, mais, dans les circonstances actuelles, je crois que tous ces faits-là, en pensant toujours à l’état de légitime défense, ou si vous aimez mieux l’expression « à son corps défendant », à préserver sa vie – parce que quand même, il y tient à sa vie, c’est quelque chose de précieux – en pensant que St-Louis, mon client, a fait tout ce qui était nécessaire pour essayer d’éviter cette fameuse rencontre qui s’est amenée par vous savez quoi, parce qu’il a échappé dans le deuxième rang, il a réussi à s’en aller.  Là, arrivé à St-Célestin, il n’a pas pu, la route était bloquée; son char, il a essayé de repartir, ça ne repartait plus.  Écoutez : le gars qui est traqué!

Alors, devant toutes ces considérations, et en terminant par cette phrase, disons : « Tire pas!  Tire pas! » – c’est quand même une supplication.  Voyez-vous le contexte de l’affaire : le gars était peureux et puis je le comprends; et puis c’est lui qui crie : « Tire pas! Tire pas! » – est-ce un bandit ça, à ce moment-là?  Avez-vous vu ça un bandit qui, après qu’on s’est couru pas mal, un bandit dire : « Tire pas!  Tire pas! » – lui il est traqué, il a peur.  Et puis il y a une autre phrase aussi : « Peut-on discuter quand les balles nous sifflent par la tête ».  C’est les deux phrases que je vous mets dans la tête pour discussion.

Messieurs, je vous ai exposé mes faits, et je pense que mon client a été en état de légitime défense.  Pour cette raison, il devrait être acquitté.  Je vous remercie.

 

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L’affaire St-Louis: chapitre 17


marcel-st-louisLorsqu’un accusé accepte de témoigner lors de son procès il s’expose inévitablement aux questions de la Couronne.  C’est précisément ce à quoi Marcel St-Louis dût faire face lorsque Me Maurice Laniel se leva pour exercer son droit de le contre-interroger.

  • Monsieur St-Louis, commença Me Laniel, à la suite de votre arrestation, vous rappelez-vous d’avoir été questionné par la Caporal Prémont?
  • Je ne peux pas me souvenir de … Je ne peux pas me souvenir de leur nom, mais les deux constables qui sont …
  • Un instant, fit le juge. Monsieur Laniel…  Est-ce que vous avez l’intention, sans faire de preuve de voir-dire, vous en rapporter une déclaration après son arrestation?
  • Oui, votre seigneurie.
  • Il faudrait quand même suivre les règles…, intervint Me Grégoire pour la défense.
  • Bien, reprit le juge Crête, je soumets qu’il faudrait faire une preuve de voir-dire d’abord.

Pour mieux s’expliquer sans nuire à la cause, le juge exigea le retrait des jurés.

  • Alors, voici, Votre Seigneurie, commença Me Laniel afin de faire valoir son point. Le témoignage de monsieur St-Louis est conforme à sa déclaration quasiment mot à mot, à l’exception de deux points.  Quant à la Couronne, nous croyons que les deux points en question devront être mis en preuve.  Maintenant, je suis …  Disons que je suis d’accord qu’il y aura moyen pour moi de procéder autrement, en le questionnant d’abord et puis en référant à ces points-là et lui demandant pourquoi ils ne sont pas conformes, etc., ou bien …  et ensuite de ça, lui dire : « Bien, vous rappelez-vous avoir dit, fait une déclaration, etc., à la police, lors de votre arrestation »?  Ou bien, je peux lui dire : « Bien voici, voulez-vous lire votre déclaration?  Est-ce que c’est la déclaration que vous avez signée »?  Et ensuite, le questionner dessus, sur les deux points en question, c’est-à-dire, sauf tout le respect que je dois à la Cour, les deux moyens, il n’y a pas grande différence, je le soumets à la décision du Tribunal sur lequel des deux je dois procéder, c’était tout simplement pour sauver du temps.  Ce que j’avais envie de faire, réellement, c’était de lui demander de lire son témoignage et de demander un ajournement de cinq minutes pour …
  • Non, fit le juge. Si vous voulez transquestionner [contre-interroger] sur une déclaration faite à une personne en autorité après son arrestation, il faut d’abord que vous établissiez, par une preuve de voir-dire, de la validité et de l’admissibilité de cette déclaration-là, d’abord, parce que, si elle était rejetée, vous ne pouvez plus transquestionner le témoin sur une déclaration qui ne serait pas admise.  Je pense bien que vous êtes d’accord là-dessus. Supposons, après avoir entendu votre preuve de voir-dire, la Cour en vient à la conclusion que c’est une déclaration qui n’est pas admissible, suivant les critères que l’ont/sic/ connaît : Volontaire et libre, etc. – si la déclaration, à ce moment-là, est déclarée inadmissible, vous ne pouvez pas vous en servir en aucune façon, vous ne pouvez pas, absolument pas contre-interroger le témoin, l’accusé sur le contenu de cette déclaration-là.  Je suis bien prêt à vous donner la chance d’examiner ça quelques minutes, mais …
  • Voici, Votre Seigneurie, reprit Me Laniel. Afin de formuler exactement ce que j’en pense, je crois qu’il est admis, en doctrine et en jurisprudence, que lorsque l’accusé comparaît comme témoin, c’est un témoin ordinaire, soumis à toutes les règles de la preuve comme n’importe quel autre témoin.  Et à ce moment-là, ce témoin-là, c’est-à-dire l’accusé étant témoin et ayant fait une déclaration, si sa déclaration n’est pas conforme à son témoignage, je ne crois pas que je suis obligé de mettre en preuve la déclaration par une preuve de voir-dire.  Je peux simplement dire : « Est-ce que vous avez fait cette déclaration-là »  Pourquoi n’est-elle pas conforme au témoignage que vous rendez aujourd’hui devant la Cour »?
  • Bien, si vous voulez, fit le juge, nous allons ajourner, je suis prêt à examiner ça. Je vous donne ma première réaction, si vous voulez l’examiner de votre côté, vous soumettrez votre argument.
  • Très bien, Votre Seigneurie.
  • Il vaut mieux décider avant qu’après.

Le juge Crête décida alors d’ajourner pour quelques minutes.  À la reprise des audiences, on permit aux douze jurés de reprendre leurs places.  Ainsi, Me Laniel pour reprendre son contre-interrogatoire de l’accusé.

  • Nous nous dispensons, mon confrère et moi, de l’appel du Jury, et de plus, je retire la question qui a provoqué l’objection de mon confrère, Me Grégoire. … Monsieur St-Louis, vous avez déclaré que vous aviez cette carabine-là depuis quand?
  • J’avais cette carabine-là depuis à peu près … trois, quatre mois.
  • Est-ce que vous voulez dire que, depuis trois, quatre mois vous aviez cette carabine-là dans l’auto?
  • Non, je ne l’avais pas dans l’auto; depuis que je l’avais achetée.
  • Vous l’avez achetée il y a trois, quatre mois?
  • Oui.
  • Je m’excuse. Et puis vous le trainiez dans votre auto depuis quand?
  • Environ trois semaines, un mois.
  • Avant d’avoir celle-là, est-ce que vous aviez d’autres carabines?
  • Non, il y avait environ trois, quatre ans que je n’avais pas eu d’arme.
  • Trois à quatre ans?
  • Oui.
  • Mais vous êtes un habitué de la chasse?
  • Oui, mais entre temps, j’allais dans les ferronneries, je la louais pour une partie de chasse, pour une journée ou deux.
  • C’est ça que je veux dire, c’est que vous êtes habitué au manoeuvrement [manipulation] d’une carabine?
  • Oui, depuis l’âge de douze ans que je manœuvre une carabine.
  • D’ailleurs, il y a seulement qu’à vous voir manœuvrer celle comme exhibit, pour savoir que vous êtes habitué à ça. Maintenant, pourquoi trainiez-vous la carabine en question?
  • Comme j’ai dit à Me Grégoire, les questions que … c’était dans l’intention de rencontrer le « chevreu» le soir, en m’en venant de la « shop », en venant de travailler, voir un « chevreu » et puis …
  • Est-ce que la saison de chasse était ouverte, au mois de novembre, le 22 novembre?
  • Non, elle était fermée, mais seulement que …
  • Quand vous avez été au poste de police, après l’incident, le constable St-Louis a déclaré qu’il y avait deux balles dans la chambre, c’est-à-dire dans la chambre, et puis probablement les autres dans le magasin?
  • Oui.
  • Quand avez-vous chargé la carabine?
  • La carabine était chargée au moment que c’est arrivé. Par après, sur le trajet du chemin, j’ai rechargé ma carabine.
  • Alors, je veux bien vous comprendre. Tout d’abord au magasin, c’est-à-dire en sortant du magasin et en embarquant dans votre véhicule, je crois que vous avez témoigné que votre carabine était en dessous du siège?
  • Oui, à ce moment-là, je n’y avais même pas pensé encore.
  • Mais est-ce que la carabine était chargée, à ce moment-là?
  • Oui, elle était chargée.
  • Elle était chargée déjà?
  • Comme j’ai dit, quand je m’en venais de travailler, s’il y aurait eu une chance un soir, j’aurais vu un « chevreu » tout près du bois, avec mes lumières, je l’aurais pris avec mon « jack », avec mon « spotlight » que j’avais sur mon siège, un type n’a pas le temps, avec une .22, de prendre des balles, mettre les balles dedans, tirer un « chevreu », et puis c’est impossible de tirer un « chevreu » avec une seule balle de .22, vu que le calibre est tellement faible.
  • Maintenant, vous avez déjà lu les règlements de la chasse, vous avez vu [sic] demandé un permis de chasse, déjà?
  • Oui, j’ai déjà eu un permis de chasse.
  • Vous avez déjà lu les règlements de la chasse?
  • Oui.
  • Vous savez que c’est illégal de voyager avec une carabine chargée?
  • Oui.
  • Mais tout de même, vous avez voyagé avec votre carabine chargée?
  • Oui.
  • Maintenant, il y a deux secondes, je vous ai demandé quand vous avez chargé votre carabine, et vous m’avez répondu que vous l’aviez vidée une fois, que vous l’avez rechargée?
  • Elle n’était pas complètement vidée.
  • Mais n’est-il pas vrai que vous avez mentionné le fait que vous l’avez rechargée?
  • Oui.
  • Quand, à ce moment-là, quand est-ce que vous l’avez rechargée?
  • Sur le trajet, à peu près entre Nicolet et puis Baieville ou dépassé Baieville, en allant vers St-Elphège, je crois, un petit village, c’est les policiers qui m’ont dit le nom.
  • Ah! Après l’incident complètement?
  • Oui.
  • Après que vous avez laissé St-Célestin?
  • Oui.
  • Pourquoi l’avez-vous rechargée?
  • C’est une idée comme ça qui m’est venue.
  • L’aviez-vous vidée complètement?
  • Non.
  • Non, je m’excuse, vous avez témoigné, je crois, en disant qu’elle n’était pas vide. Savez-vous combien de balles il restait, à ce moment-là?
  • Je ne peux pas dire exactement, mais les balles que j’avais tirées, vu qu’elle était pleine, et puis j’ai rajouté de cinq à six balles que j’ai remis dans la carabine, à ce moment-là, elle était pleine. J’ai mis mon canon vers le fond, et puis j’ai appuyé la cross vers le siège, tout en « runnant », j’ai tiré le tube en arrière pour mettre les balles.  J’ai mis les balles et puis il y en avait une de trop, il a fallu que je l’ôte, parce que le tube ne rentrait pas.  Je l’ai ôté et puis j’ai placé mon tube.  Je ne peux pas dire si c’est de quinze à dix-huit balles qu’elle contient par rapport que, quand je m’en suis servi, deux semaines auparavant, quand j’ai été à la chasse aux rats, je tirais cinq, six coups, sept, huit coups, et puis je la remplissais, je ne la laissais [pas se] vider complètement, fait que …
  • Maintenant, afin de ne pas induire le Jury en erreur, je reviens à la question : Combien de coups avez-vous tiré dans l’incident dont il est question aujourd’hui, lorsque vous êtes débarqué de votre véhicule, à St-Célestin, devant chez M. Allie, devant la maison de M. Allie, et que vous avez tiré des coups, savez-vous combien de coups que vous avez tirés?
  • À ce moment-là, c’est par rapport que, lorsque j’ai rechargé ma carabine, je calcule ça, je n’ai pas entendu les coups, je ne me souviens pas combien de coups.
  • Est-ce que vous en avez tiré plus qu’un?
  • Je ne peux pas dire, j’étais tellement nerveux que … La nervosité que j’avais, et puis je « shakais » à peu près comme ça (indiquant), c’est une carabine automatique qui est « crankée », c’est difficile de …
  • Maintenant, vous avez dit dans votre témoignage que lorsque vous avez passé l’intersection du chemin de la route … du rang 7 et de la route 13, il y avait un homme dans le chemin, à ce moment-là?
  • Oui, en plein centre du chemin.
  • Et puis en passant, il a tiré sur vous, je crois?
  • Quand j’ai passé au côté, j’ai tourné vers la gauche pour l’exempter, et puis j’ai pris… j’ai modéré, par rapport qu’il y a deux machines qui s,en venaient; j’ai laissé passer les deux machines, j’ai enfilé en arrière des deux machines. Au moment où il passait, il tenait toujours son « gun » à la hauteur de mes vitres.
  • Pourquoi n’avez-vous pas arrêté?
  • Je n’ai pas arrêté parce que … je ne voyais pas qu’est-ce que c’est que ce gars-là venait faire là avec une arme, en plein milieu du chemin.
  • Vous ne voyiez pas ce que cet homme-là venait faire là avec une arme, dans le milieu du chemin?
  • Non, parce que je n’en savais pas le provenance aucunement.
  • N’est-il pas vrai que, à ce moment-là, vous aviez déjà pris la caisse enregistreuse au magasin des Prince?
  • Oui.
  • Et ça ne vous a pas passé par l’idée d’arrêter, à ce moment-là?
  • Non, parce que, après avoir pris la caisse, j’avais fait à peu près deux cent cinquante pieds (250), j’ai jeté un coup d’œil sur la caisse, au côté de moi, et puis je me suis … je savais que j’avais, il me semble, cent huit piastres ($108.00) sur moi et quelques cents, par rapport que l’argent, quand j’étais au New American, quand j’avais pris ma bière, j’avais payé ma consommation, j’avais compté mon argent qu’il me restait sur moi à ce moment-là, et puis tout en regardant la caisse qui était sur le siège, je me suis demandé : « Pourquoi faire que j’ai fait ça, comment ça se fait que j’ai fait ça »? – Je ne voyais pas la raison, j’ai dit : « J’ai cent huit piastres ($108.00) sur moi, qu’est-ce qui m’a poussé à faire ça?
  • Vous saviez pourquoi faire les véhicules vous suivaient lorsque vous étiez poursuivi par les deux véhicules des Prince?
  • Non, du tout.
  • Vous ne saviez pas?
  • Je n’ai pas vu deux véhicules, j’ai vu seulement qu’un véhicule.
  • Quand vous êtes parti du magasin des Prince, après avoir pris le « cash », la caisse enregistreuse, dans votre idée à vous, où alliez-vous?
  • Je m’en allais vers Trois-Rivières, parce que j’avais parti de Drummondville dans l’intention d’aller faire un tour à Trois-Rivières.
  • Pourquoi allez faire un tour à Trois-Rivières?
  • Simplement pour prendre une « ride », j’aime bien à me promener et puis que … vu que je n’avais pas d’ouvrage …
  • Vous n’aviez pas d’ouvrage?
  • Non, ça faisait deux jours que j’avais été « slacké» [congédié], j’avais été congédié.
  • Et vu que vous aviez été « slacké», vous aviez … votre famille avait faim, manquait de nourriture, je crois que vous avez dit ça, vous disiez ça, c’est pour ça que vous chassiez, c’est parce que vous étiez dans le besoin?
  • Oui.
  • Avec cent huit piastres ($108.00) dans vos poches?
  • Oui, je savais que j’avais cent huit piastres ($108.00) sur moi, mais il fallait que je le traîne, ce cent huit piastres ($108.00)-là jusqu’à tant d’avoir … de prendre une « job ». Et puis le lendemain, après avoir perdu mon emploi, je me suis rendu à la Peerless, une « shop » de tapis de Turquie, qui se trouve à Acton Vale, c’est le trajet qu’il y avait entre mon chez moi et puis la « shop » de « skidoo », parce qu’un de mes petits cousins avait travaillé à cette « shop »-là, il m’avait dit ça qu’il prenait du monde, j’ai dit : « Si jamais je viendrais qu’à être « slacké », j’irais donner mon nom ».
  • Est-ce que vous aviez déjà travaillé à Acton Vale?
  • Non, je n’avais jamais travaillé à Acton Vale, mais je passais à tous les jours depuis que je travaillais à la Roxton Falls.
  • Vous étiez sans travail depuis quand?
  • Depuis le mercredi, mercredi précédent, avant.
  • Le mercredi précédent?
  • Oui.
  • Où travailliez-vous, avant, lorsque vous avez perdu votre emploi?
  • À la Roxton Falls – Ruskie à Roxton Falls; c’est une branche de la « shop » de Skidoo Bombardier. Ils fabriquent …  Ils fabriquent les Skidoos pour aller sur l’eau, marque Skidoo, mais qui portent le nom de Skidoo, et puis les carlingues, les cabines de Skidoo en avant.  Je faisais la peinture.  J’ai commencé dans le laminage, et puis là, j’étais rendu à peindre, pour peinturer imitation de vinyle sur les cabines, les nouvelles cabines, les prototypes pour 70, qui vont sortir en 70.
  • Maintenant, vous dites que, lorsque vous êtes parti du magasin, vous aviez l’idée d’aller à Trois-Rivières?
  • Non, parce que l’intention que j’ai eue en arrivant au coin du 7ème rang, de voir cette auto-là qui dépassait les machines, qui dépassait quatre, cinq chars, il devait rouler, à ce moment-là, à peu près à quatre-vingt-dix, cent, il dépassait quatre, cinq chars, et puis il rentrait dans un trou, parce qu’il y avait un char qui rencontrait, pour pas le frapper de front, et puis là, il ressortait aussi vite, et puis il dépassait encore deux, trois, il s’en venait toujours de même, il faisait ça toujours, toujours.
  • Ça, ça vous a fait changer d’idée dans votre trajet?
  • Ça m’est venu à l’idée de laisser la route pour laisser passer ce char-là.
  • Pourquoi vous êtes-vous rendu à Drummondville le soir, après l’incident?
  • … Je serais allé à Nicolet; vu qu’il m’avait poursuivi, il m’avait essayé de m’arrêter deux fois, qu’ils m’avaient poursuivi, j’avais peur encore d’être poursuivi, j’ai été …
  • Quel est votre métier, M. St-Louis?
  • Je travaille comme journalier, je fais de l’ouvrage, tout ce qu’on me montre.
  • Est-ce que vous travaillez sur votre automobile de temps en temps?
  • Oui.
  • Vous connaissez …
  • Mes réparations, je les fais toutes moi-même, j’ai …
  • Vous connaissez la mécanique un peu?
  • Un peu.
  • Votre automobile était en ordre au moment de … le 22 novembre 1968?
  • Oui.
  • Lorsque vous vous êtes immobilisé en avant de chez Allie, vous avez dû vous immobiliser parce qu’on vous avait barré la route?
  • Oui.
  • Et après que les coups de feu ont été tirés de part et d’autre, vous êtes reparti?
  • Oui.
  • Je crois que vous avez témoigné que vous ne pouviez pas repartir tout de suite, parce que votre engin était étouffé?
  • À ce moment-là, le chemin en avant, il n’était pas complètement bloqué.  C’est parce que mon char, en « brakant » avec un « standard shift », en « brakant » sans « déclutcher », sans peser sur la « clutch », n’importe quel moteur va faire ça, en « brakant » avec, que les roues trainent, les quatre roues trainent, le moteur étouffe automatiquement.
  • Est-ce que vous avez essayé de le faire partir, à ce moment-là?
  • Oui.
  • Vous avez essayé?
  • Oui, j’ai « starté» peut-être dix (10) secondes.
  • Quand vous avez essayé de le faire partir, est-ce qu’il y avait eu des coups de tirés, à ce moment-là?
  • Non, il n’y avait personne d’aucun char de débarqué, je n’étais pas débarqué et puis eux autres non plus.
  • Est-ce que vous avez ressayé de nouveau à la partir, à ce moment-là?
  • Juste par après.
  • Juste par après?
  • Oui.
  • Pardon?, intervint le juge Crête.
  • Juste par après que …, fit St-Louis.
  • Mais par après?, questionna Me Laniel.
  • Par après que les coups de feu ont été tirés.
  • Est-ce que vous avez eu de la difficulté à la démarrer, à ce moment-là?
  • J’ai viré la clé, j’ai fait quatre, cinq tours, comme il ne voulait pas partir, j’ai tiré le « choke ». en tirant le « choke », le moteur a décollé.
  • Est-ce que vous auriez pu tirer le « choke » avant … et démarrer votre automobile avant que le coup ait été tiré?
  • Non.
  • Vous êtes sûr de ça?
  • Avoir tenu à « starter » peut-être cinq minutes, il aurait décollé, le carburateur « s’aurait » asséché, mais …
  • Mais quelle est la fonction du « choke », d’après vous?
  • La fonction du « choke », c’est pareil comme un char qui va être noyé, on ôte le carburateur, on met la main dessus, c’est pour couper l’air, comme une genre de couper l’air – je ne connais pas le [sic] mécanique à fond pour décrire « toute » – on met la main dessus, ou l’hiver on va mettre un gant pour faire comme une succion, la succion pour aider au carburateur à sécher. Parce que ça m’a déjà arrivé sur le chemin, avec d’autres chars, de rester pris de même, le char arrivé sur un coin de rue et puis le noyer, ôter le carburateur, et puis il y avait du monde dans un I.G.A. qui n’était pas loin, et puis ôter le carburateur, prendre une allumette, puis mettre le feu dans le carburateur; le monde … il y a un gars qui sort du restaurant avec son manteau, et puis il commence à fesser sur mon carburateur, j’ai dit : « Qu’est-ce que vous faites là? »  Ah!  Il dit : « Le feu est pris dedans ».  C’était juste pour laisser assécher le carburateur, pour le faire partir.  C’est une chose que les garagistes font et puis…
  • Alors, je reviens à cet incident-là, lorsque vous avez été immobilisé devant chez M. Allie – vous dites que, après avoir tiré votre coup ou vos coups de carabine… D’abord, premièrement, avant de tirer, vous étiez nerveux?
  • Oui.
  • Et après avoir tiré vos coups, vous ne saviez pas si vous aviez atteint quelqu’un ou non?
  • Non.
  • Si, ça, c’est vrai, M. St-Louis, pourquoi rembarquer immédiatement dans votre automobile et repartir?
  • Tout simplement parce qu’il avait tiré à deux ou trois reprises sur moi, et puis lorsque je leur ai crié : « Tire pas! Tire pas! » – si on tire un coup, j’ai calculé qu’ils étaient pour tirer encore, qu’ils comprenaient rien, qu’ils étaient trop jeunes … comprendre la gravité de leurs actes.
  • Quand vous dites trop jeunes, est-ce que vous les aviez reconnus, les passagers de l’automobile qui vous suivait?
  • Je ne peux pas les avoir reconnus, par rapport qu’il faisait noir, et puis leurs figures, dans l’ombre, elles étaient difficiles [à voir].
  • Alors, qu’est-ce que c’est qui vous faisaient dire qu’ils étaient jeunes?
  • Simplement par le son de leurs voix.
  • Quand les avez-vous entendus ces sons de voix-là?
  • Les sons de voix, c’est quand ils m’ont doublé et puis qu’ils ont sacré après moi.
  • À ce moment-là, où étiez-vous quant au chemin, par rapport au chemin – est-ce que vous étiez encore sur la route 13?
  • Quand l’incident est arrivé?
  • Oui.
  • J’étais sur la route 34.
  • Je pense qu’il y a erreur, fit le juge Crête. C’est pas ça que vous demandez.  Quand ils ont crié…
  • C’est-à-dire …, commença Me Laniel.
  • Quand ils ont sacré après moi?
  • Oui.
  • En me doublant, pour me couper le chemin?
  • Oui.
  • C’est sur la route 34.
  • C’est sur la route 34?
  • Je calculerais à peu près un tiers à un quart de mille, un demi-mille, un tiers à un demi-mille du coin de la 13, de l’intersection de la 13 et 34.
  • Mais c’est en avant de chez Allie, alors?
  • C’est avant un peu, parce que c’est avant qu’il[s] me coupe[nt] le chemin complètement qu’ils ont crié ça.
  • Oui, mais à quelle distance de chez Allie, alors?
  • Par la vitesse qu’il allait : à peu près deux cent pieds, cent cinquante pieds, deux cents pieds, avant que …
  • Est-ce qu’ils vous ont doublé deux fois?
  • Non.
  • Seulement qu’une fois?
  • Seulement qu’une fois.
  • Et après vous avoir doublé, ils se sont placés en avant de vous, ils vous ont barré le chemin?
  • Oui, ils ont essayé de me couper le chemin pour me rentrer dans le côté.
  • C’est juste en vous doublant que vous avez entendu les sacres?
  • Oui.
  • Vous avez aussi entendu le coup?
  • Je n’ai pas entendu le coup de revolver.
  • Vous n’avez pas entendu le coup de revolver?
  • Les vitres étaient toutes fermées, parce que, à un moment donné, que le char … on se suivait à peu près à deux pieds entre les deux chars, et puis avant qu’ils me coupent le chemin, ils ont lâché … ils ont tiré sur leur gauche pour se ramener le nez vers moi, pour me fesser dans le côté. Sans doute pour me faire prendre le fossé.
  • Saviez-vous s’ils étaient plusieurs?
  • Par les ombrages qu’il y avait dans les vitres : trois à quatre.
  • Trois à quatre. Vous aviez remarqué ça, à ce moment-là?
  • Parce que, quand ils m’ont doublé, qu’ils ont commencé à sacrer après moi, moi, j’ai dit : … vous me permettez l’expression, j’ai dit : « C’est des chriss de fous, qu’est-ce qu’ils font là? »  Qu’est-ce qu’ils ont à crier après moi de même »?
  • Est-ce que vous aviez une idée d’où ils venaient ces trois personnes dans l’auto, ces trois ou quatre personnes qu’il y avait dans l’auto, qui vous poursuivaient?
  • En virant, quand on a reviré le coin de la 34, que j’ai remarqué les « spotlights» jaunes en avant, je me suis rappelé que c’était le char qui m’avait suivi dans le 7ème Rang; je me demandais encore qu’est-ce qu’ils faisaient là.
  • Vous vous demandiez ça encore?
  • Oui.
  • Est-ce que ça vous a fait penser que ça pouvait être quelqu’un de l’épicerie?
  • Du tout.
  • Du tout?
  • Si j’avais remarqué que ça aurait été un char de Provincial ou un char de Police qui a une inscription, une porte jaune ou un « spotlight» rouge, comme bien des gens l’appellent : Un « ticket » rouge sur le « top »…
  • Est-ce que vous seriez arrêté, à ce moment-là?
  • Oui, je serais arrêté.
  • Vous seriez arrêté?
  • Oui, je serais arrêté.
  • Et malgré qu’on tirait sur vous, un coup déjà à l’intersection de la route du 7ème Rang du … chemin du 7ème Rang et de la route 13, malgré qu’on vous ait tiré un autre coup après ça, vous n’étiez pas arrêté, vous n’avez pas arrêté volontairement?
  • Non, parce que j’avais remarqué que le type qui se tenait dans le milieu du chemin, il n’avait aucun uniforme sur le dos et pouvant croire qu’il pouvait être de la Sûreté ou d’un corps policier quelconque.
  • Maintenant, lorsque le constable St-Louis [sic] s’est rendu chez vous pour vous mettre en état d’arrestation, il avait une arme?
  • Je ne crois pas que ça soit le constable St-Louis, je crois que c’est le constable Lyons – c’est bien son nom?
  • C’est ça. Il semblait nerveux au point que son arme et son bras …
  • Oui.
  • Tremblaient?
  • Oui, autant que les miens d’ailleurs.
  • Vous étiez nerveux à ce moment-là, aussi?
  • Même les deux sergents de la Police Provinciale qui m’ont questionné doivent s’en avoir aperçu, quand j’ai rentré au poste de police, en ville, pour le questionnaire, l’interrogatoire, par rapport que je leur ai dit de me laisser le temps de me calmer un peu, que j’étais bien sur les nerfs.
  • Mais vous étiez sur les nerfs depuis quand?
  • Depuis le premier coup de feu qui avait été tiré dans ma vitre d’auto arrière.
  • Dans le rang 7?
  • Dans le 7ème Rang, juste au coin de l’intersection de la 13 et du 7ème
  • C’est-à-dire, il y a eu un coup de tiré sur votre automobile avant ça, d’après les témoignages.
  • Entre l’épicerie, c’est impossible, entre l’épicerie et puis le 7ème
  • Non, mais vous êtes entré dans le 7ème Rang, à un moment donné?
  • Oui, je suis entré dans le 7ème
  • Vous vous êtes rendu à un bout du rang?
  • Je me suis rendu jusqu’à un premier voisin, la première entré qu’il y avait, la première maison qui était à droite.
  • Et puis vous êtes revenu?
  • J’ai revenu sur mes pas, et puis c’est en revenant.
  • Et vous vous êtes rendu à l’autre bout du rang 7?
  • Je n’ai pas rendu à l’autre bout du rang 7, j’ai viré à la première maison sur la droite qui laisse… J’ai pris le 7ème Rang à droite, j’ai viré la première cour à droite, la première entrée, j’ai fait marche arrière, et j’ai revenu sur mes pas.  Rendu au coin de la 13, j’ai reviré sur la 13.  Le type était en plein centre du chemin, qui tenait le revolver à la hauteur de mon « windshield ».  Je l’ai contourné et puis il a fait deux pas en arrière pour exempter mon derrière de char, parce que je l’avais contre moi.
  • Mais M. St-Louis, vous avez entendu les témoignages des trois jeunes Prince?
  • Oui.
  • Vous les avez entendu dire que vous vous êtes rendu chez Roy d’abord, et chez Roy qui avait deux entrées, vous avez pris la première et eux ont pris la deuxième; que vous vous êtes … Après avoir reculé dans l’entrée, que vous avez pris le rang 7 en sens inverse et que vous vous êtes rendu à l’autre bout du rang 7, où ça ne débouchait pas?
  • Je ne me souviens pas de ce trajet-là.
  • Vous ne vous souvenez pas de ce trajet-là?
  • Du tout.
  • Et lorsque ces mêmes jeunes Prince témoignent que, rendu au bout du rang 7, chez Corriveau, vous êtes revenu encore une fois sur vos pas, et eux, alors qu’ils étaient dans la cour chez Corriveau, Michel Prince a tiré un coup sur vous, du moins vers votre auto – vous ne vous souvenez pas de ça?
  • Je ne me souviens pas de ça du tout.
  • Est-ce que vous ne vous souvenez pas du coup ou bien si vous ne vous souvenez pas de vous être rendu chez Corriveau?
  • Je ne me souviens pas d’avoir traversé la 13.
  • Vous aviez … Je crois que vous avez témoigné que vous aviez emporté la caisse enregistreuse du magasin chez Prince?
  • Oui, je l’ai pris au complet.
  • Qu’est-ce que vous en avez fait, M. St-Louis?
  • Après avoir … Entre Nicolet ou Baieville et puis St-Elphège, où est-ce que les constables l’ont trouvée, au juste, j’ai arrêté mon auto, et entre temps, en m’en allant, entre Nicolet et puis Baieville, à peu près, parce que c’est par après … entre Nicolet et puis Baieville, j’ai ouvert la caisse, tout en « runnant», en gardant ma main gauche sur le volant, j’ai ouvert la caisse avec la main droite, j’ai pris l’argent de papier qui était dans les « cases », un après l’autre, sans regarder, parce qu’il fallait que je regarde mon chemin, pour pas sauter dans le champ ou frapper une auto qui s’en venait à la rencontre, et puis j’ai mis l’argent de papier dans ma poche gauche de mon manteau, ensuite, j’ai pris le change [monnaie], et puis je l’ai mis dans ma poche droite.
  • Étiez-vous énervé, à ce moment-là?
  • Oui, j’étais énervé.
  • Vous étiez énervé, mais vous pensiez encore à prendre l’argent?
  • Bien, je me disais … une idée qui m’est venue, la caisse…
  • Quant à l’avoir pris, c’est aussi bien de la finir et puis la garder pour moi?
  • Non … à ce moment-là, je pouvais avoir … l’idée qui m’est venue par la tête, parce que j’étais tellement nerveux que …
  • Et la caisse, éventuellement, qu’est-ce que vous en avez fait? Est-ce que vous l’avez gardée dans le véhicule avec vous?
  • Non, j’ai arrêté entre Baieville et puis St-Elphège, je crois, j’ai arrêté, et puis j’ai pris la caisse, je l’ai tirée dans le fossé, contre un bois.
  • Est-ce que vous avez fait un feu autour?
  • J’ai pris … j’ai ouvert ma valise de char, l’hiver, je me suis toujours trainé une pelle, j’ai pris ma pelle, j’ai été prendre une pelletée de neige sur le banc de neige à droite de mon char, je suis revenu pour la tirer dessus, et puis en passant au ras ma valise de char, j’ai porté un coup d’œil pareil comme c’était arrivé sur la caisse, la « canistre» de gaz, je me trainais toujours une réserve de gaz, en cas d’en manquer, et puis j’ai bien aidé du monde sur le chemin, qui était pris, qui manquait de gaz sur la grand’route, fait que je leur donnais et puis je leur vendais, ils me donnaient une piastre ou deux.
  • Mais enfin, qu’est-ce que vous avez fait avec le gaz?
  • J’ai mis ma pelletée de neige à terre, j’ai pris ma « canistre» de gaz, j’ai arrisé la caisse, une idée qui m’a passé de même, j’ai pris une allumette qui était dans mon cendrier, je l’ai tiré dessus.
  • Vous étiez encore nerveux, à ce moment-là?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez une radio dans votre véhicule?
  • Oui, j’ai une radio.
  • Est-ce que vous avez entendu parler … Est-ce que vous avez entendu aux nouvelles, qu’il y avait eu un vol chez Prince?
  • C’est juste après, ça.
  • C’est juste par après?
  • Oui, c’est entre St-Elphège et puis Drummondville.
  • Quand vous avez … c’est-à-dire ce que je veux vous faire dire, du moins c’est ce que je veux comprendre, c’est lorsque vous êtes arrivé à Drummondville, vous saviez qu’on savait qu’il y avait eu un vol chez Prince?
  • Oui, comme environ huit milles de St-Elphège, qui se trouve à peu près à quinze milles de Drummondville, je crois, après avoir parcouru six, sept milles. À ce moment-là, je n’avais plus de caisse, j’avais juste l’argent dans mes poches.
  • Vous l’avez appris comment?
  • Là, j’ai allumé mon radio environ huit milles avant d’arriver chez mon père, ils ont annoncé ce vol-là, et puis ils ont dit que la police provinciale était aux alertes, qu’un piège était tendu, que …
  • Maintenant, est-ce que vous avez … Est-ce que vous avez pris l’argent et fait brûler la caisse avant d’avoir entendu les nouvelles ou après?
  • Avant.
  • Lorsque vous êtes sorti de votre véhicule en avant de chez Allie, qu’est-ce que c’est que vous voyiez, vous, en avant de vous?
  • Le char, je ne voyais rien en avant, parce que, en avant, c’était le champ, et puis les lumières éclairaient vers le champ.
  • Mais est-ce que vous avez vu des personnes, est-ce que vous avez vu du monde? Est-ce que vous voyiez quelqu’un en avant de vous?
  • J’ai vu les bras s’agiter dans la vitre droite de l’auto, le sens … du côté du « helper», qu’ils appellent.
  • À ce moment-là, est-ce que vous aviez tiré votre coup?
  • Non.
  • Quand vous avez tiré votre coup ou vos coups, est-ce que vous voyiez quelqu’un en avant de vous?
  • … Il y avait celui qui a passé du long de l’auto, que j’avais vu la tête du long de l’auto, et puis sur le bord du fossé, qui était rendu à son aile en arrière.
  • Quand vous référez à l’auto, est-ce que vous référez à votre auto à vous ou l’automobile des Prince?
  • Je parle de l’automobile d’eux autres.
  • Et quand vous dites qu’il y avait quelqu’un du long de l’auto, corrigez-moi si je fais erreur, là, est-ce que vous voulez dire que cette personne-là était entre vous et l’auto ou était de l’autre côté de l’auto?
  • De l’autre côté de son auto.
  • De l’autre côté de son auto?
  • À proximité du « top » arrière.
  • Est-ce que vous voyiez clairement quelqu’un en avant de vous?
  • Assez clairement et puis … Parce que les machines, qui étaient parquées en arrière de moi, à ce moment-là – parce qu’il y avait trois, quatre machines et puis un camion d’arrêtés – ça éclairait un peu, mais les rayons étaient sur les deux sens.
  • Pourquoi avez-vous tiré su vous ne voyiez personne autre que la personne qui était de l’autre côté de l’automobile, pourquoi tiriez-vous sur quelqu’un?
  • Je n’ai pas tiré sur personne, j’ai tiré pour tirer… pour sonner un avertissement seulement. Une chose que j’ai toujours eu dans la tête : quand un policier voit un voleur, il sonne toujours un avertissement avant de tirer dessus, il sonne un avertissement dans les airs, il sonne dans les airs : « Arrêtez ou je tire! »  Après avoir tiré dans les airs, là, j’ai entendu crier : « On tire plus ».  Ça servait à rien de rester sur les lieux, j’ai sauté dans mon char; j’ai fait marche arrière, j’ai reparti.
  • Ça, c’est malgré votre énervement, que vous avez décidé ça?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez parlé, avant, vous, de tirer?
  • Oui, j’ai dit : « Tire pas! Tire pas! » – Parce que je savais qu’il avait une arme, puisqu’il avait tiré…
  • Est-ce que vous avez entendu une réponse, à ce moment-là?
  • Aucune réponse, ça a continué à sacrer dans le char.
  • Est-ce que vous voyiez une arme, vous, est-ce que vous voyiez quelqu’un avec une arme?
  • Non, précisément, non.
  • Alors, si je comprends bien, à part que vous saviez qu’on avait tiré sur vous, vous ne pouviez pas préciser qui avait l’arme, où il était au moment où vous avez tiré?
  • La balle qui m’a passé au ras la tête, après avoir dit « Tire pas! Tire pas! », je ne sais pas d’où est-ce qu’elle venait.
  • Et vous n’avez pas pensé de parler, à ce moment-là?
  • Discuter avec des balles, c’est assez difficile.
  • Celui que vous aviez vu en arrière de l’automobile, est-ce qu’il était armé?
  • Je ne peux pas dire, parce que ce n’était pas assez clairement.
  • Merci, je n’ai pas d’autres questions, Votre Seigneurie.
  • Pas d’autres questions, annonça à son tour Me Grégoire.

Il déclara ensuite ne plus avoir de témoin à faire entendre pour la défense.  Quant à la Couronne, elle n’avait aucune contre-preuve à présenter.  Tout le monde s’entendit ensuite pour que les plaidoiries aient lieu le lendemain à 10h00.

Pour permettre aux lecteurs de se faire une opinion plus juste et complète, je présenterai intégralement, au cours des prochaines semaines, les plaidoiries ainsi que les directives du juge Crête à l’endroit des jurés.  La série d’articles sur l’affaire St-Louis se terminera ensuite par le verdict et un court épilogue.

 

L’affaire St-Louis: chapitre 15


06
Le corps de Michel Prince, la victime.

         Au cours de l’après-midi du 4 février 1969, la Couronne, par l’entremise du procureur Me Maurice Laniel, annonça sa preuve close dans l’affaire St-Louis.  Me Gérald Grégoire dira alors être prêt à présenter la défense de son client.  Pour ce faire, il appela un premier témoin en la personne de Denis Prémont, 31 ans.  Ce dernier était caporal à la Sûreté du Québec.

  • Monsieur Prémont, vous êtes attachés à l’escouade des homicides pour la division de Montréal?, commença Me Grégoire.
  • Oui, Votre Seigneurie.
  • À ce titre-là, avez-vous été appelé à faire une enquête concernant la mort de M. prince?
  • Oui, Votre Seigneurie.
  • Et est-ce que vous avez pris connaissance de tous les documents qui ont été fournis au cours de cette enquête-là?
  • Oui, Votre Seigneurie.
  • Est-ce que vous avez fait des recherches concernant un révolver qui a été produit à l’enquête comme exhibit P-8?
  • Oui, Votre Seigneurie.
  • Alors, c’est cette arme-là?
  • Oui, Votre Seigneurie.
  • Il a été établi appartenir à qui, selon votre enquête?
  • À Michel Prince.
  • À Michel prince. Est-ce que vous avez fait vos recherches à savoir si un permis de port d’arme avait été émis?
  • J’ai fait mes recherches en ce sens-là, oui.
  • Et est-ce que vous avez trouvé un permis de port d’arme?
  • Il n’y a aucun permis de port d’arme pour cet[te] arme-là.
  • Pour cet[te] arme-là. Au nom de Michel Prince?
  • C’est ça.
  • C’est tout, merci.

Évidemment, comme la défense avait eu le droit de contre-interroger les témoins présentés par la Couronne, l’inverse était également vrai.  Me Maurice Laniel s’approcha donc du caporal afin de lui soumettre ses questions.

  • Est-ce qu’il y a quelque chose de particulier quand à cet[te] arme-là, que vous pouvez remarquer?
  • Ça, c’est une arme qui est faite à la main, c’est une arme « home made » qui est faite avec … un morceau de carabine qu’ils ont coupée et puis qui a été forgée par … par quelqu’un. C’est tout fait à la main.
  • Est-ce que c’est facile de tirer avec cette arme-là?
  • Si c’est facile de tirer avec cette arme-là? Bien, un coup que la balle est dedans, c’est assez facile.
  • Est-ce que vous pouvez tirer vers le haut avec cette arme-là?
  • Si on peut tirer par le haut?
  • Oui?
  • Là, je n’ai pas fait d’expérience avec l’arme, je ne peux pas dire si elle tire où l’on vise, ou en haut ou en bas.
  • C’est justement. Vous n’avez pas fait d’expérience?
  • Je n’ai pas fait d’expérience, je ne peux pas le dire.
  • Merci.

La suite des choses risquait de devenir très intéressante.  La défense avait décidé qu’il était nécessaire de faire témoigner l’accusé.  Ainsi, Me Grégoire appela à la barre son tout dernier témoin : Marcel St-Louis.