La marâtre: les années d’incarcération (3/5)

John C. Ponsford était directeur du pénitencier de Kingston durant la période où la marâtre y fut incarcérée. Il signa des rapports d’évaluation qu’on retrouve aujourd’hui dans le dossier judiciaire préservé à BAC. Entre autres choses, c’est grâce à ses rapports que nous savons que Marie-Anne Houde avait un comportement « very good » à l’intérieur des murs et qu’elle portait le numéro de détention H-600.

Une fois sa sentence commuée en emprisonnement à vie, Marie-Anne Houde devait quitter la prison de Québec afin de purger sa peine dans un pénitencier fédéral. Ainsi, le 13 janvier 1921, on la transférait au pénitencier de Kingston, en Ontario. C’est là qu’elle passerait ses quatorze prochaines années. Elle y deviendra également la détenue H-600.

« Moins d’un mois plus tard, soit le 3 février, Marie-Jeanne d’Arc Gagnon, l’une des jumeaux, s’éteignait à la crèche St-Vincent-de-Paul de Québec. L’enfant aura donc vécu un peu plus de six mois. Son corps fut inhumé au cimetière Belmont. Le 8 février, c’était au tour du juge Louis-Philippe Pelletier. La cause de Marie-Anne Houde fut donc le dernier procès qu’il présida. La dépouille de l’honorable juge fut inhumée dans le magnifique cimetière St-Charles à Québec »[1].

Dans le dossier judiciaire qui est la source primaire de la présente série d’articles, le document suivant, en respectant la chronologie des événements, est daté du 27 décembre1921. Cette lettre, écrite à Lévis et adressée à la prisonnière H-600, n’est pas clairement signée mais semble provenir de l’un ou de ses deux fils :

Bien cher maman

Je vous écrit pour vous dire que je suis heureux à l’occasion de la nouvelle année de vous offrir mes meilleur[s] souhait[s] de bonne et heureux[sic] année que le [illisible] enfant de la Crèche vous comble de ses plus abondantes bénédictions pour le nouvel an […] puisque je prie cet enfant Dieu qu’il vous fasse voir l’accomplissement de vos désir[s] les plus cher[s].

De votre filleul affectueux et reconnaissant.

C’est le petit Georges et le petit Gérard […] et aussi je vous écrit [sic] pour vous remercier de mes paire[s] de gant[s] que j’ai reçu lundi pour mes [illisible]

Au revoir, au revoir cher maman qui a le cœur d’or

On ignore quel effet ce mot déchirant eut sur elle. Devant l’horreur de son crime qui a coûté la vie à Aurore Gagnon, la fillette de son deuxième mari, on pourrait se demander qu’elle était sa réelle personnalité profonde. Était-elle capable de sentiments sincères envers ses autres enfants ou était-elle une simple psychopathe? Bref, comment ses enfants pouvaient encore la qualifier de « maman qui a le cœur d’or »?

La plus ancienne lettre écrite de la main de Marie-Anne Houde nous provient du 16 avril 1923. Depuis sa cellule de Kingston, c’est en utilisant la langue de Shakespeare qu’elle s’adresse au ministre de la Justice :

Cher monsieur,

Je vous écris pour vous demander une faveur concernant mon pardon.

Je n’étais pas responsable pour ce que je faisais et j’étais malade et j’ai donné naissance à des jumeaux peu de temps après le procès.  J’ai 8 enfants qui vivent là âgés de 3 à 15 ans et 2 ressentent le besoin d’une mère et 2 espèrent et ont confiance que vous me libérerez.  J’ai complété trois ans [de prison] et j’ai toujours essayé de faire ce que la matrone me disait et je n’ai aucun commentaire contre moi.  C’est vraiment difficile d’être séparée de mes enfants ils écrivent et me demandent quand je viendrai les voir à la maison.  Mon père est un très vieil homme et il n’est pas capable de prendre soin des plus petits.  Si je suis libérée je pourrai m’occuper de moi-même et de la famille. Je n’ai jamais eu de problème auparavant et j’espère vraiment que vous n’oublierai pas de me libérer.

Respectueusement vôtre

Marie-Anne Houde[2]

Ce sera là le début d’une longue complainte car ses lettres ultérieures allaient se ressembler à s’y méprendre. La célèbre condamnée utiliserait la plume pour demande constamment sa libération et son pardon, deux choses qu’elle confondait.

Ce qui frappe également c’est que 3 ans après le procès elle s’obstinait à plaider la folie. Pour ceux et celles qui entretiennent des doutes sur ce point, je vous invite à lire ou relire le procès dans mon livre L’affaire Aurore Gagnon, le procès de Marie-Anne Houde (2016). Contrairement à ce que certains concepteurs ont prétendus, le procès ne comporte aucune irrégularité permettant de remettre le verdict en question. La théorie de la défense – je le répète – s’est avérée plutôt ridicule. Aux yeux de la justice, Marie-Anne ne souffrait d’aucune anomalie mentale puisqu’on a prouvé la préméditation de son geste. Quant à savoir si elle était folle du point de vue médical, je vous laisse répondre à cette question?

On a vu précédemment les quelques arguments utilisés pour militer en faveur de la commutation de peine, mais à présent qu’elle avait évité l’échafaud et les mains du bourreau Ellis, ce serait la course aux arguments destinés à militer en faveur de sa libération. Il y a toutefois une marge entre ces deux étapes. Ce n’est pas parce que la justice avait décidé qu’elle ne méritait pas de mourir qu’en revanche elle méritait de retourner tout de suite chez elle, comme si de rien n’était.

Qu’on la juge légitime ou sans profondeur, cette demande de la prisonnière se devait d’être étudiée. Dans un document préparé le 21 avril 1923 à la prison de Kingston par son directeur John C. Ponsford, on rapporte au chef de la Remission Branch, J. D. Clarke, que l’attitude de Houde à l’intérieur des murs était : « conduct, very good ». On y mentionnait aussi qu’elle était en bonne santé et que le prolongement de son internement ne risquait pas de nuire à sa santé. Quant à l’effet de l’incarcération sur elle et à savoir si elle était en mesure de reprendre une vie normale, le directeur du Ponsford écrivit que « I am unable to say ».

Le 25 avril 1923, Gallagher écrivit à Clarke pour lui stipuler que le ministre de la Justice ne voyait pas la nécessité qu’une autre demande de libération soit faite avait qu’elle ait purgé un minimum de 15 ans. Malgré cette précision, Marie-Anne Houde passerait les prochaines années à se plaindre. Croire qu’elle purgerait ces quinze années en silence c’était bien mal connaître.

Dès le 11 octobre 1923, elle récidivait auprès du ministre de la Justice, cette fois en Français :

Messieur [sic],

Je viens pour la seconde fois m’adresser à vous avec une grande confiance au sujet de ma cause.

Comme je vous ai déjà dit et que je puis le répéter et le jurer je ne suis pas responsable de ce l’on m’accuse.  Voilà déjà trois ans et demi que je souffre de tous mes enfants cette séparation est si grande pour moi que cela m’affecte le cœur et je sais que vous comprendrai [sic] ce qu’une mère peut souffrir d’une si cruel[le] séparation et surtout d’attendre [sic] ces pauvres enfant[s] demandé [sic] quand il[s] reverront leur mère n’est-ce pas que cette demande prouve combien je leur était [sic] chère [?]

Et d’un autre coté je puis prouver encore plus certains par le petit jumeaux qui est idiot lui-même et que vous pouvez en avoir les preuves en vous adressant à l’hospice de la Baie St Paul.

Je suis prête à tous faire mon possible pour gagner ma vie et je puis avec l’argent qui nous reste vivre avec mes petits pour quelques années.

J’espère que ma demande se réalisera et soyez certains que je serai prête à remercier de grand cœur celui qui aura eut [sic] pitié d’une personne qui est prête à jurer qu’elle n’est pas coupable.

De votre obéissante

Mde Gagnon

Si elle souhaitait qu’on puisse la voir autrement qu’une meurtrière, les propos qu’elle utilisait étaient loin d’être convaincants. Comment libérer une femme qui ne reconnaissait pas ses torts, qui n’osait parler de sa victime et qui n’avait pas eu un seul mot pour cette petite jumelle perdue deux ans plus tôt? Doit-on lui attribuer une facilité innée pour oublier les morts?

Un mot adressé au directeur de la prison de Kingston en date du 17 octobre 1923, et qui s’est probablement rendu jusqu’à la cellule de Marie-Anne Houde, fut envoyé par J. D. Clarke pour confirmer ce que le ministre de la Justice avait déjà mentionné quelques mois plus tôt.  Bref, on ne voulait rien entendre de la marâtre.

Le 16 janvier 1924, Marie-Anne récidivait, en anglais. Après avoir mentionné sa condamnation à vie, elle disait au ministre de la Justice que « je ne sais pas ce que j’ai fait à l’époque et que je n’ai pas fait pour mériter une chose terrible. Je ne me rappelle rien à propos de ça. J’étais insensé. »  Dans cette lettre qu’elle signait seulement de son prénom « Marie Anne »[3], elle soulignait la présence de ses 7 enfants et de son vieux père qui l’attendaient à la maison. Remarquons au passage qu’elle passait de 8 enfants dans sa lettre du 16 avril 1923 à 7 enfants en janvier 1924. Que s’était-il produit entre ces deux dates? Avait-elle mal compté? Avait-elle perdu un enfant qu’elle oubliait de nommer?

Le 24 janvier 1924, comme on peut s’y attendre, Clarke annonça que la demande de libération était refusée. Le 4 mai 1924, elle reprenait sa plume pour écrire en français au ministre de la Justice. La réception de cette lettre fut estampillée seulement le 12 mai :

Messieur [sic]

Permettez[-]moi encore une fois de venir me recommander à vous et je vous supplie s.v.p. de venir à mon aide et laissez[-]moi vous expliquer le sujet de mon affaire.

Comme je vous ai déjà dit et que je puis vous le redire et le jurer que je ne suis pas responsable de ce que l’on m’accuse pour moi cela est tous [sic] un rêve.  J’aie [sic] été arrêté[e] le 13 février l’an 1920 et 4 mois après j’aie [sic] mis au monde deux enfants donc un des deux est mort et l’autre est à la maison des idiots à Hospice St Anne Baie St Paul Co. Charlevoix avec l’adresse vous pouvez vous informer si vous le désirer[.]

Monsieur

Je vous demande de prendre en considération ce [que j’ai] souffert depuis ces quatre années écoulés [sic] vous pouvez le considérer en pensant combien il était dûr [sic] pour une mère de vois ses deux pauvres petit[s] étendu[s] sur ce petit lit et que dans quelques jours j’allait [sic] les quittés [sic] pour la vie et 6 autres petits orphelins qui demande[nt] sur tous les lettres quand il[s] reverront leur mère[.]  C’est la première fois que je manque et personne ne peut rien dire de mon caractère j’aie toujours reçu honnêtement et fait tous mon possible comme d’autre mère pour élever mes enfants.

À présent cher monsieur je veut [sic] vous demandez [sic] si vous voulez être assez bon de venir à mon aide si il est impossible de me pardonnez [sic] je vous demande du moins d’abolir ma sentence.

Je suis prête à tous accepter je puis travailler et j’aurait [sic] une place tout de suite ici à Kingston et je serait [sic] très satisfaite de la prendre et je puis vous promettre et vous pouvez prendre ma parole que je ferai mon devoir.

J’espère que vous ferez tous votre possible pour m’aider[.] Je suis prête à pardonner à tous ceux qui m’ont causé ce trouble et je vous demande pour l’amour de mes enfants de m’obstenir [sic] le même pardon.

Votre sincère

Mde Gagnon

Laissons un instant notre attention être attirée par l’une des phrases qui laisse clairement entendre que ses enfants lui écrivaient en prison. Malheureusement, ces documents ne semblent pas avoir survécus à l’épreuve du temps. L’explication la plus probable est que le dossier judiciaire contiendrait uniquement les documents ayant été adressés au bureau du ministre de la Justice à Ottawa.

Évidemment, la requête de Houde fut refusée le 19 mai 1924.

Qu’à cela ne tienne! S’il nous est possible de la qualifier de femme insensible et sans doute dépourvue d’humanisme, elle était drôlement tenace lorsqu’il s’agissait de plaider sa propre cause. Le 1er décembre 1924, elle récidiva dans une lettre en français qu’elle adressait cette fois au solliciteur général :

Honorable Soliciteur Général

Honorable monsieur,

Je suis très enchanté[e] de pouvoir vous écrir[e], et je regret[te] beaucoup de ne pas avoir apprise que vous parliez français à votre visite du 22 novembre, car j’aurait été capable de mieux m’expliquer que sur le papier, mais je vais faire tous mon possible et j’espère que vous apprécierez mes paroles et que vous m’accorderez ma demande.

Monsieur,

Vous me paraissez à croire que je n’ai pas d’amour pour les enfants je puis vous dire que je ne croit [sic] pas qu’il est une femme dans cette institution qui peut aimer les enfants plus que moi.  Pour preuve c’est que je demande mon pardon pour l’amour de mes enfants c’est mon plus grand désir et ma plus grande occupation.

Malgré que je n’ai pas grande avantage ici de les protégés [sic].  Mais tous ce que je fait est pour leur service presque tous les ans depuis que je suis ici il y en a un qui change de place et c’est moi qui s’en occupe si je leur manquait d’amour je pourrait laisser quelqu’un d’autre pour s’en occuper mais j’aime à savoir où ils sont et s’ils ont de bon soin[s].  Pensez bien qu’une mère qui à [sic] sept enfants en dehors et qui veut s’en occuper ne dort pas toujours tranquille.

Quand j’était [sic] en dehors je travaillait [sic] non-seulement comme une femme mais comme trois femmes le jour en dehors de la maison et le soir je travaillait [sic] à l’entretient [sic] de la maison et des enfants et c’était de bonne volonté et aujourd’hui c’est encore mon plus grand désir de sortir et travailler pour l’aide de leur éducation car j’aie un petit garçon de 13 ans et c’est sa dernière année qu’il peut rester au couvent sans payez [sic] et il est d’un grand talent[.] il apprend l’Anglais et le Français et je désirerait [sic] sortir afin de lui aider à son cours et voir au soin de mes autres enfants. Et pour prouver encore plus l’amour que j’avait [sic] envers eux je vous envoit des lettres qu’il vous le prouveras et je regrette beaucoup de ne pas avoir été capable de vous les faire lire pendant que vous étiez ici peut-être que vos paroles m’aurait [sic] été plus consolante[s] car ce que vous m’avez dit m’a beaucoup blessé le cœur en sachant que je ne le mentait pas car cette cause est bien terrible aux yeux des hommes mais elle est bien douce au[x] yeux de Dieu car si le secret de la confession pouvait se dire le peuple changerait bientôt leur idée car si j’avait été comme l’on m’accuse voilà au-delà de 4 ans que je suis enfermé[e] et je suis certaine qu’il n’a pas une matronne qu’ils peuvent m’accuser d’aucune manière quand une personne est si méchante elle ne peut retenir sa colère pendant si longtemps et en plus l’on puis vous dire ici que si quelques filles sont changées c’est moi qui leur a montrer [sic] le droit chemin de leur religion.

Honorable monsieur, j’espère que ses [sic] paroles seront étudiées et que vous m’accorderez je vous en supplie cette faveur et je vous promet[s] et je pourrai vous le prouver que vous ne serez pas en regret.

Votre très obéissante

Mde Gagnon

C’est sans doute parce qu’elle a envoyé au ministère certaines lettres qu’elle a elle-même reçus que nous pouvons aujourd’hui les consulter. En effet, il semble que le dossier judiciaire préservé à BAC, hormis les transcriptions du procès, contienne les documents reçus au ministère. Par exemple, nous ignorons si elle a écrit aux membres de sa famille ou à des amis. Quant aux lettres qu’elle a reçues à sa cellule de Kingston, nous présumons que seules celles qu’elle a retransmises au ministre ont été conservées. Que sont devenus les autres? En a-t-elle reçu plusieurs? Ses enfants lui écrivaient-ils régulièrement?

Nous l’ignorons. Et même si quelqu’un sortait de l’ombre pour soudainement prétendre être en possession de lettres reçues ou écrites par la marâtre, il faudrait les faire authentifier. Voilà qui, encore une fois, démontre l’importance du contenu des dossiers judiciaires.

Marie-Jeanne Gagnon (St-Martin), photo de sa nécrologie parue en 1986.
Photo de Marie-Jeanne Gagnon à l’époque du procès, en 1920.

En revanche, nous savons, justement parce que cette lettre a fait partie des documents que la prisonnière a envoyé au gouvernement, que Marie-Anne Houde a reçu au moins une communication de Marie-Jeanne Gagnon, la sœur d’Aurore. Lors du procès, Marie-Jeanne était âgée de 12 ans et avait fortement contribué à la condamnation de sa belle-mère en décrivant plusieurs sévices insupportables infligés à sa sœur. Voilà pourquoi il est d’autant plus étonnant qu’on retrouve le ton suivant dans cette lettre qu’elle lui adressait en date du 28 avril 1923 :

Québec, 28 avril, 1923.

Madame Télesphore Gagnon, Kingston.

Bien aimée maman,

Vous me pardonnerez bien mon long silence, sans doute il doit vous avoir peiné, mais veuillez bien user de votre indulgence à mon égard; ce n’est ni paresse ni oubli, mais bien la grande préoccupation des concours de fin d’année qui m’absorbe de ce temps. J’ai répondu à la lettre de ma tante Rachel j’aimerais bien cela aller passer les vacances avec elle. Vous me demandiez si j’avais mes passages non, je ne les ai point et puis je voudrais que ma tante me donne des renseignements pour le trajet, voulez-vous avoir la bonté de lui écrire et de lui dire tout cela donc chère maman je vais compter sur vous pour tout. J’ai vu Pauline il n’y a pas très longtemps. Elle n’était pas de belle humeur, elle était malade cette chère petite malgré tout elle était contente de me voir. Georges est en bonne santé il vous envoie mille baisers. Ne trouvez-vous pas que les vacances arrivent à grands pas pour moi toujours les mois se passent bien vite encore deux mois, et la clé des champs sera à nous. Que j’aimerais vous voir au milieu de nous ce serait encore plus joyeux mais ne perdons pas espérance rien n’est impossible à celui à qui on s’adresse. J’avais oublié de vous dire de ne pas vous occuper de mon linge pour sortir je l’ai tout ici; celui des vacances est chez grand’père à Fortierville, je n’aurai qu’à aller le chercher rendu chez mon oncle Welly.

Bonne maman ce n’est qu’à regret que je vous quitte; j’ai hâte de vous lire par l’entremise de ma tante.

De votre enfant aimante

Marie-Jeanne Gagnon

Encore aujourd’hui, on peut apporter bien des explications quant au ton mielleux de cette communication. Après avoir livré un témoignage si accablant en 1920, comment expliquer cette soudaine compassion?

Ce qui ajoute au mystère, c’est qu’il s’agit de la seule lettre provenant de la main de Marie-Jeanne Gagnon. Et c’est justement ce qui nous laisse perplexe.

Si elle éprouvait autant de compassion pour sa belle-mère, pourquoi ne retrouve-t-on plus de trace d’elle par la suite? Cette lettre a-t-elle réellement été écrite de sa main ou est-ce une falsification? Marie-Jeanne défendait-elle vraiment sa belle-mère?

Pierre tombale de Marie-Jeanne Gagnon, la soeur d’Aurore, dans le cimetière St-Joseph de Shawinigan.
Avec le nom qu’elle utilisait au cours de ses dernières années son lieu d’inhumation n’est pas facile à retrouver.

Or, on sait que Marie-Jeanne s’est mariée à un dénommé St-Martin en 1932 à Montréal. Vers 1937 ou 1938, leur couple s’est installé à Shawinigan. C’est là que Marie-Jeanne s’est éteinte le 30 octobre 1986. Son mari irait la rejoindre en 2003. Selon une rumeur à laquelle il m’est impossible d’accorder une valeur sûre, Marie-Jeanne aurait voulu se faire oublier, ce qui serait tout à fait compréhensible. Non seulement il s’est installé une popularité grandissante autour du nom de sa défunte sœur tout au long du 20e siècle, mais craignait-elle aussi qu’on découvre sa participation aux sévices, comme nous l’a appris l’étude du procès?

Ce qui est sûr, c’est que le nom qui apparaît sur sa pierre tombale ne permet pas de l’identifier clairement. Lorsque je l’ai retracé au cimetière St-Joseph-de-Shawinigan, en 2015, le gardien du cimetière n’était pas au courant qu’il passait chaque jour près de la tombe de la sœur d’Aurore Gagnon.


[1] Eric Veillette, L’affaire Aurore Gagnon le procès de Marie-Anne Houde, 2016, p. 366.

[2] Traduction libre.

[3] Elle ne mettait aucun trait d’union.

Publicités

Une photo d’Aurore Gagnon?

ScreenHunter_93 Jul. 13 10.53         On le sait, il n’existerait qu’une seule photo d’Aurore Gagnon et sur laquelle elle apparaît beaucoup trop petite pour être véritablement exploitable ou satisfaisante pour l’œil des amateurs.

Cette semaine, une lectrice du nom de Josiane Daoust m’a partagé cette photo de classe qui aurait été prise vers 1915 à l’école du 7ème rang de Fortierville. D’après le dossier judiciaire, que j’ai présenté dans mon livre L’affaire Aurore Gagnon, le procès de Marie-Anne Houde, on sait qu’Aurore a fréquenté cette école durant quelques semaines ou quelques mois en 1919, mais il est impossible d’établir avec certitude les périodes pendant lesquelles elle a fréquenté les classes. Né en 1909, elle aurait donc 6 ans, si on en croit cette photo. On la voit ici, pointée par une flèche.

Selon Josiane, cette photo lui a été remise par son arrière-grand-mère, aujourd’hui décédée, qui aurait été une amie de Marie-Jeanne Gagnon, la sœur d’Aurore. Malheureusement, elle n’est plus de ce monde pour nous authentifier formellement cette photo.