La famille officialise la mort de Marie-Paule Rochette

ScreenHunter_720 May. 19 16.45            Cette semaine, dans plusieurs journaux québécois, paraîtra un avis de décès plutôt singulier. Sophie[1] a pris la décision de faire publier un avis de décès pour officialiser la mort de Marie-Paule Rochette, qui serait, selon elle, la fameuse victime de meurtre repêchée dans la rivière des Prairies le 5 octobre 1953. Bien que notre enquête n’ait toujours pas permis de découvrir le moindre document confirmant la disparition ou le décès de Marie-Paule Rochette, Sophie a jugé qu’il était temps de lui rendre ce fragment de justice en publiant ce tout premier avis de décès. En officialisant sa mort, près de 63 ans plus tard, la famille espère lui rendre son identité et, peut-être, susciter un dernier appel à témoin. Qui sait!

Le jeudi 11 août dernier, j’ai accompagné Sophie au bureau du coroner afin de faire le point. La rencontre fut enthousiaste et très cordiale, mais sans pour autant fournir de garantie qu’on puisse un jour retrouver les restes de la victime de 1953. L’évolution des méthodes administratives ayant beaucoup changé à travers le temps, il nous est impossible pour l’instant de retracer un registre ou quelconque document nous permettant de localiser ce qui reste de la dépouille.

Le projet de Sophie de pouvoir inhumer les restes de Marie-Paule avec les siens à Québec le 22 août doit donc être reporté. Néanmoins, elle souhaite partager avec vous l’intégrale de l’avis de décès composé par une membre de la famille et qui sera publié cette semaine dans plusieurs journaux de la province, dont Le Soleil, Le Nouvelliste, La Presse, Le Journal de Québec, Le Journal de Montréal ainsi que certains autres. Voici donc l’avis tel qu’il sera publié :

Extrait du livre d’Andrée Lebel, 1954, page 37 : « Aujourd’hui, on se demande encore qui était la noyée de la rivière des Prairies. On n’a jamais su ce qu’elle faisait, qui elle connaissait, où elle allait, d’où elle venait et sous quel nom elle était connue de son vivant.»

À Montréal, le 5 octobre 1953, à l’âge de 34 ans, fut retrouvée décédée tragiquement dame Marie‑Paule Rochette‑Chénier, auparavant de l’Armée canadienne.

Madame Rochette était l’épouse d’Hervé‑Ferdinand Chénier, de Québec, né le 9 février 1920, de la Gendarmerie Royale du Canada. Le couple s’est marié le 15 décembre 1945 en l’église St‑Dominique, à Québec, entourés des leurs.

Marie-Paule Rochette est née à Québec le 12 août 1918. Elle était la fille de dame Éva Martel et du Sergent Narcisse Rochette, vétéran exemplaire lors de la Première Guerre mondiale, au sein du Régiment Voltigeur de Québec.

Elle était la sœur de Simone Rochette, de Patricia Rochette‑Roy (Dr Antoine Roy), de Juliette Rochette-Tremblay (Paul Tremblay de l’ONU), de Gaston Rochette, de la Marine américaine et de Raymond Rochette, vétéran décoré de la Seconde Guerre mondiale au sein de la Marine canadienne.

Marie-Paule Rochette laisse dans le deuil sa sœur cadette Marie‑Claire Rochette‑Beaumont, ses neveux (feu Louis Rochette), Benoît Beaumont et Stéphane Rochette, et sa nièce Patricia Rochette (leur mère Jacqueline Lamontagne-Rochette).

Le 22 août 2016, une parole sera prononcée en sa mémoire, à l’emplacement du lot familial, au Cimetière St‑Charles à Québec et suivie, sine die, de son inhumation.

Que Dieu ait son âme.

Patricia

Je tiens à remercier l’auteur Éric Veillette, pour son appui.

Toute information complémentaire peut être acheminée à ce dernier à eric.veillette@hotmail.ca et/ou au Service du Module enlèvements et disparitions, de même qu’au Service des projets d’enquêtes spécialisées, de la Sureté du Québec. http://www.sq.gouv.qc.ca

Rappelons que le corps d’une femme ligotée et étranglée fut repêché dans la rivière des Prairies au matin du 5 octobre 1953. En dépit du fait que la police de l’époque avait demandé l’aide du public via les journaux, en plus d’une publication des mâchoires de la victime dans les pages d’Allô Police, le corps n’a jamais été officiellement identifié ni réclamé. Et aujourd’hui, malgré l’excellente collaboration des autorités concernées, les restes de cette victime sont introuvables.

Selon Sophie, ce corps serait celui de sa tante Marie-Paule Rochette, qu’elle n’a malheureusement pas eu la chance de connaître. Née en 1918, elle serait aujourd’hui âgée de 98 ans si elle était toujours vivante. Or, Sophie maintient qu’elle a disparu quelques mois avant la macabre découverte de la rivière des Prairies. Tout au long de son enfance et de son adolescente, elle a intercepté certaines conversations appuyant la thèse qu’elle présente aujourd’hui. De plus, la peur expliquerait ce silence de plusieurs décennies avant qu’une membre de la famille – en l’occurrence Sophie[2] – se décide à lancer des recherches sérieuses.

Comme on l’a vu dans un précédent article, l’hypothèse veut que le corps ait pourtant été identifié peu de temps après sa découverte par un membre de la famille, ainsi que par le dentiste Chaloult de Québec. Ce dernier aurait reconnu Marie-Paule Rochette par sa dentition.

Mais voilà! Cette hypothèse, bien que vraisemblable et très intéressante, manque cruellement de preuve pour l’instant. Aucun document ne confirme cette identification, ni même le décès de Marie-Paule ou sa disparition. Même les photos de cette beauté se font d’une rareté inquiétante.

De plus, Sophie continue de me rappeler qu’une série de documents qu’elle a souvent consultée par le passé, aurait été détruite.

Malgré tout, la recherche se poursuit car il reste encore deux pistes à explorer.

Pour en savoir davantage sur l’affaire Rochette, je vous invite à consulter les articles que j’ai consacrés à ce dossier à l’adresse suivante :

https://historiquementlogique.com/category/1900-1999-20eme-siecle/affaires-non-resolues/affaire-rochette/

 

[1] Nom fictif.

[2] Notons au passage qu’un frère de Sophie avait déjà tenté de faire bouger les choses au cours des années 1990.

Marie-Paule Rochette aurait été identifiée dès 1953

ScreenHunter_720 May. 19 16.45            Dans de précédents articles[1], Historiquement Logique a fait revivre une vieille histoire de meurtre non résolu qui remonte à 1953. En fait, pour récapituler, les journaux ont fait la mention de la macabre découverte en octobre 1953, mais puisque le corps de la femme assassinée, que l’on a à tort surnommée « la noyée de la rivière des Prairies » – elle est plutôt morte étranglée – l’affaire semble avoir rapidement sombré dans l’oubli.

Mais pas pour le détective Ubald Legault, qui s’est rendu célèbre pour avoir travaillé sur certaines des plus grandes causes de meurtre de son époque, comme par exemple l’affaire Rhéal Léo Bertrand, que la presse ontarienne avait surnommé Tuxedo Kid. Au moment de quitter son poste de chef des détectives en 1958, Legault avait confié à un journaliste de La Patrie que l’affaire de cette femme assassinée et retrouvée le 5 octobre 1953 près d’un barrage hydro-électrique était sans doute celle qui continuait le plus à l’obséder. On critique souvent le milieu policier, mais on oublie également que la plupart des détectives se sentent tellement concernés par leurs enquêtes non résolues que celles-ci continuent de les hanter tout au long de leur retraite.

mâchoires 1953
Mâchoire et dentition de la victime de 1953, tel que paru dans Allo Police.  Un dentiste aurait identifié cette dentition comme étant celle de Marie-Paule Rochette.

Depuis mai dernier, une lectrice que je continuerai d’appeler Sophie, apporte un nouveau souffle à cette enquête qui, apparemment, ne comportait plus aucun espoir de trouver la lumière. Ce mince souhait s’évapora vers l’an 2000 lorsque des documents précieux appartenant à Sophie ont malheureusement disparus. Évidemment, il reste des preuves à établir, ce qui se fera probablement au cours de l’été puisque le dossier est présentement entre les mains des autorités compétentes.

 

Les vacances estivales ralentissent cependant le processus, mais Sophie demeure confiante d’obtenir une réponse d’ici quelques semaines. Elle nous informe également qu’en 1953, les mâchoires de la victime, dont deux photos ont été publiées dans Allô Police, avaient été identifiées par le dentiste Paul Chaloult, qui cette année-là avait son cabinet au carré d’Youville à Québec. Selon Sophie, le Dr Chaloult aurait accompagné l’un des frères de Marie-Paule Rochette (père de Sophie) jusqu’à Montréal afin d’identifier le corps. On s’explique encore mal ce qui les a amenés à croire que ce mystérieux cadavre pouvait être celui de Marie-Paule, mais il devait certainement y avoir des soupçons quelconques puisqu’ils ont trouvé la motivation de parcourir la route de Québec à Montréal.

Né le 11 septembre 1905, le Dr Paul Chaloult avait épousé Doris McMahon le 30 juin 1945. Ce qu’on a récemment apprit, c’est que Marie-Paule Rochette aurait été à la fois sa cliente et son employée, ce qui explique pourquoi il était en mesure d’examiner la dentition (ou mâchoires) et de dire si oui ou non il pouvait y reconnaître la jeune femme.

À Montréal, toujours selon Sophie, le Dr Chaloult aurait identifié positivement les mâchoires comme étant celles de son ancienne employée. Et bien que le corps ait vraisemblablement passé quelques mois dans les eaux de la rivière Des Prairies, son frère y reconnut aisément sa sœur. D’ailleurs, tout au long de sa vie celui-ci affirmera avoir reconnu le corps de sa sœur en 1953. Dès ce moment, on savait donc que cette victime était Marie-Paule Rochette. Alors, pourquoi ce cadavre demeure-t-il toujours officiellement non identifié?

Selon Sophie, le recul soudain du frère de Marie-Paule et du Dr Chaloult – ou leur refus de signer les papiers officiels – s’expliquerait par un climat de peur sur lequel je ne peux élaborer pour l’instant. Si on en croit cette histoire, cela signifierait que les deux hommes ont jugé la menace suffisamment sérieuse pour tourner les talons et rentrer chez eux auprès de leur jeune famille respective. Pendant ce temps, on inhumait les restes de la pauvre femme dans un endroit que l’on cherche toujours.

Comment est-il possible qu’une aussi jolie jeune femme disparaisse sans laisser de traces? Son entourage immédiat n’a donc rien vu? Personne n’a signalé sa disparition, son absence? L’a-t-on seulement cherchée ou s’est-on résigné à la savoir morte sans pour autant lever le petit doigt pour redonner à cette inconnue son véritable nom?

Comme on s’en doute, Sophie possède des hypothèses qu’elle nous livrera plus en détails dès que l’étape cruciale de cette affaire sera franchie, à savoir l’identification formelle des artéfacts humains. Pour le moment, la patience est de mise, quoiqu’à l’approche d’un but, le poids d’une attente remontant à plus de six décennies se fait de plus en plus lourd.

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Marie-Paule, à gauche, en compagnie de sa sœur Marie-Claire, et de ses frères, Gaston et Raymond.

C’est avec la peur au ventre que le père de Sophie s’est éteint en 2009, emportant avec lui de précieuses informations. Le Dr Chaloult mourut trois ans après cette affaire, soit le 23 novembre 1956. Sa femme lui survécut longtemps avant de s’éteindre à Sillery le 12 juin 1995. Leur fille, Lynn, est décédée le 9 mai 2011.

 

Quant à Marie-Paule Rochette, elle attend toujours d’être identifiée formellement et inhumée parmi les siens, à Québec.

 

[1] À lire dans la section « Affaire Rochette » : https://historiquementlogique.com/category/1900-1999-20eme-siecle/affaires-non-resolues/affaire-rochette/

 

La victime de 1953 était Marie-Paule Rochette

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Marie-Paule Rochette à Ottawa dans son uniforme militaire, avant son mariage.

Dans mon dernier texte, on a vu à quel point on peut oublier une victime de meurtre, en particulier si son corps n’a jamais été identifié. Dans son livre Crimes plus que parfaits, parfaits et imparfaits publié en 1978, l’auteure Andrée Lebel a été la seule à consacrer un chapitre à cette affaire de meurtre non résolu. On se rend compte maintenant que le choix de cette auteure a permis, bien que faiblement, de garder vivante cette mystérieuse affaire. Car c’est à la lecture de ce livre quelque peu jauni que j’ai récemment ajouté un résumé de cette affaire à ma propre liste Web. Cette initiative a ensuite permis de créer un contact fort intéressant avec une abonnée.

 

Cette abonnée, qui souhaite conserver l’anonymat et que nous appellerons Sophie[1] pour les besoins de la cause, affirme avoir été mise au courant d’une partie de son histoire familiale dès sa jeune enfance avant d’en obtenir de plus amples détails seulement un peu avant les années 1990. Elle se doute donc depuis longtemps de l’identité du cadavre non identifié repêché dans la rivière des Prairies le 5 octobre 1953. Selon elle, cette femme avait pour nom Marie-Paule Rochette.

Marie-Paule Rochette est née le 12 août 1918 de l’union de Narcisse Rochette et d’Éva Martel. Après une enfance heureuse auprès de parents très amoureux, elle dût vivre en partie de ses propres ailes dès l’adolescence, après le décès prématuré de son père. Tout comme ses deux sœurs aînées, elle devait maintenant soutenir sa mère.

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Grâce aux recherches de Sophie, on sait maintenant que la bâtisse derrière Marie-Paule est la partie est du parlement canadien à Ottawa.

Autant de fois qu’elle le put, elle tentait également d’entretenir des contacts réguliers avec ses deux petits frères et sa petite sœur en allant les visiter à l’orphelinat (hospice). On la connaissait comme une jeune femme jolie, agréable et soucieuse de son apparence. Rien ne la prédestinait à une fin aussi tragique, d’autant plus qu’elle se retrouva à travailler au sein de l’armée canadienne (voir la photo ci-haut), avant de se retrouver dans un cabinet de dentiste après son mariage.

 

On connaît bien peu de choses sur sa vie de l’époque, si ce n’est qu’elle s’est mariée en 1945 dans une église à Québec et qu’elle n’a jamais eu d’enfant. On présume que sa situation n’a pas été de tout repos puisqu’on finit par l’interner vers 1952, au point où elle se retrouve au sanatorium Prévost de Montréal, apparemment pour schizophrénie ou « débilité générale avancée », comme on le disait à l’époque dans le jargon médical. Cet internement était-il justifié ou répondait-il, comme on l’a appris depuis, à des critères douteux utilisés parfois pour interner un proche nuisible? À cet effet, les pratiques médico-professionnelles de cet endroit rebaptisé le Pavillon Albert-Prévost depuis 1977 nous permettent d’en douter davantage à la lecture de la commission d’enquête tenue en 1955 sur l’administration de ce centre.

N’oublions pas que des internements arbitraires se produisaient dans plusieurs familles, incluant la mienne : un oncle devenu apparemment dangereux en raison de sa force physique a été « enlevé » par des infirmiers sur le perron même de l’église; il a ensuite passé la majeure partie de sa vie en institution.

Selon Sophie, Marie-Paule Rochette se serait échappée du sanatorium en janvier 1953, ce qui correspond à l’estimation des experts mentionnés dans le livre de Lebel, qui affirmaient en octobre que le corps avait pu séjourner dans l’eau jusqu’à une période de huit mois environ. Mais pourquoi s’être « échappée » d’un tel centre pour se retrouver peu de temps après ligotée et lestée d’au moins un bloc de ciment dans les eaux d’une rivière? Cela ne correspond évidemment pas à un suicide. C’est donc dire que la belle Marie-Paule ne se serait pas évadée du sanatorium pour mieux s’enlever la vie. Alors, que s’est-il réellement produit?

Évidemment, Sophie trouve étrange le fait que les enquêteurs de l’époque n’aient pas fait le lien entre la disparition d’une patiente internée au sanatorium et le corps de la rivière des Prairies. Pourtant, cette dernière portait une robe de nuit, ce qui justement pouvait faire penser à une sortie ou une disparition précipitée.

Fut-elle recherchée? Décidément, plusieurs questions s’imposent toujours.

 

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Marie-Paule Rochette

Si Sophie possède aujourd’hui sa petite idée quant aux réponses à la plupart de ces questions, tout ce qui l’intéresse c’est la première étape de cette affaire, à savoir d’identifier formellement le cadavre comme étant celui de Marie-Paule Rochette, que personne ne semble avoir jamais plus revue après 1952. D’ailleurs, la science permettrait actuellement d’identifier formellement la victime de 1953 sans l’ombre d’un doute, et ce dans l’espoir que ses restes n’aient pas été incinérés.

 

Une fois cette étape complétée, Sophie n’a qu’un seul but : celui de redonner un nom à ce corps. Cette démarche tout à fait louable, que j’appuie à 100%, est présentement en voie de développement.

On entend plusieurs histoires sur les affaires non résolues au Québec, mais c’est l’occasion de démontrer que les vieux dossiers ne sont pas oubliés et qu’il est encore possible de les résoudre. Bien entendu, rien n’est encore confirmé officiellement, mais nous espérons pouvoir annoncer bientôt l’identification formelle de Marie-Paule Rochette et en apprendre davantage sur sa vie, ne serait-ce que pour lui redonner l’histoire qu’elle mérite depuis si longtemps.

Un dossier à suivre!

 

[1] Nom fictif.