Jacques Mesrine : la cavale québécoise

Jacques Mesrine
Jacques Mesrine

            Pour plusieurs, et peut-être davantage du côté européen, le nom de Jacques Mesrine est synonyme de légende dans le milieu criminel.  Ici, on se souvient encore de son passage remarqué au tournant de la décennie 1970.  A-t-il été une véritable légende du crime?  Le Québec est-il à l’origine du lancement de sa carrière?

            En 2008, je me trouvais à Paris au moment de la sortie du film L’Instinct de mort de Jean-François Richet, le premier de deux volets.  Là-bas, on y ressentait les échos d’un certain mythe.  C’est du moins ce que j’ai compris lors de ma conversation avec un propriétaire de pizzéria de Lagny-sur-Marne.  Toutefois, ce n’est qu’après mon retour au Québec que j’ai pu visionner ce film dans lequel le rôle principal du voyou est interprété par Vincent Cassel.

            Sachant parfaitement que la quête de la vérité n’est généralement pas l’objectif premier du cinéma, la question qui s’imposait était justement de savoir quelle en était la part d’authenticité.

            Comme dans le film de Richet, les premières frasques du couple Jacques Mesrine – Janou Schneider en sol québécois apparaissent avec le kidnapping de leur employeur, le millionnaire Georges Deslauriers.  Quoique handicapé, Deslauriers réussira à se libérer de ses agresseurs alors qu’on le gardait maladroitement dans un appartement de Montréal, en juin 1969.  Dans son livre de 1977, Mesrine écrira : « je n’étais pas fait pour ce genre de travail.  Le chantage à la vie humaine n’était pas dans mes cordes ».

            Libre à vous de boire ces paroles.  N’empêche qu’en 1979, en France, il répéta l’expérience avec Lelièvre, un millionnaire âgé de 80 ans.  Un ennemi public numéro 1 qui s’en prend aux vieillards et aux handicapés?

            Le 30 juin 1969, le corps d’Éveline LeBouthillier, la propriétaire du Motel Les Trois Sœurs à Percé, en Gaspésie, était retrouvée sans vie.  La femme de 58 ans avait été étranglée et ses bijoux volés.

            Lucien Aimé-Blanc, Commissaire divisionnaire célèbre pour avoir traqué Mesrine en 1979, écrira dans son livre La chasse à l’homme publié en 2002 qu’il croyait Mesrine responsable de ce meurtre.  En effet, le couple maudit se trouvait dans les parages à l’époque du drame, fuyant les autorités montréalaises à la suite du fiasco de l’affaire Deslauriers.

            Le film de Richet zappe complètement cet épisode gaspésien, un moment pourtant très fort dans la carrière du truand, sinon crucial.  Le cinéaste français cherchait-il à embellir l’image de son personnage en buvant ses paroles?

            Ce qui est sûr, c’est que Mesrine lui-même passa ensuite beaucoup de temps à se défendre d’avoir commis ce meurtre.  Évidemment, pour un truand qui cherchait la gloire, il était plus difficile de faire avaler aux admirateurs le meurtre d’une femme sans défense.

            Comme on le sait, Mesrine et Schneider seront arrêtés aux États-Unis au cours de l’été 1969 en possession des bijoux de LeBouthillier.  De retour au Québec, leur charisme se révéla aux caméras des journalistes.  Éventuellement, Mesrine écopera de 10 ans de pénitencier pour l’enlèvement de Deslauriers, en plus d’une année pour évasion.  Sa compagne héritera quant à elle d’une peine de 5 ans.

            C’est le 18 janvier 1971, au palais de justice de Montmagny, que s’ouvrit le procès de Jacques Mesrine et Jeanne « Janou » Schneider pour le meurtre de Percé.  Le juge désigné était Paul Miquelon, ancien collègue du redoutable Me Noël Dorion, avec lequel il avait travaillé, entre autres, sur les affaires de Sault-au-Cochon et de Wilbert Coffin.  Du côté de la Couronne, on retrouvait les procureurs Maurice Lagacé et Bertrand Laforêt.  Quant à la défense des deux accusés elle fut assurée par Me Raymond Daoust, épaulé de Me Lucien Grenier.

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Jean-Paul Mercier

            Le Dr Richard Authier témoigna à l’effet que la victime avait bien été étranglée, probablement par un tablier qui fut d’ailleurs retrouvé autour de son cou.  Il fallait donc en déduire qu’il avait fallu un minimum de force physique pour commettre ce crime.

            Le Soleil décrivit les accusés comme « tout à la joie de se revoir après plusieurs mois de séparation, [ils] ont assisté au début du procès sans la moindre nervosité, ni la moindre gêne.  Ils se sont laissés, à loisir, photographier, auprès de leur procureur, Me Raymond Daoust, en dehors des heures d’audience.  Un gros cahier en main, M. Mesrine collige des notes qu’il transmet ensuite à son procureur ».

Comme pour contredire ce compte-rendu journalistique, Mesrine écrira plus tard qu’en s’installant « dans le box, nous nous assîmes.  Jane m’avait pris la main. Elle tremblait, je la sentais nerveuse ».

            Denis Léveillée, l’expert en empreintes digitales de la Gendarmerie Royale du Canada (GRC), témoigna pour la Couronne à l’effet que les empreintes trouvées dans la maison appartenaient aux accusés.  Mais lorsque Me Daoust s’avança pour le contre-interroger, l’expert passa un sale quart d’heure.  Parlez-en à Me Clément Fortin qui a révisé minutieusement tout le procès pour en faire un livre en 2013 : Mesrine, le tueur de Percé : une fraude judiciaire.  Me Daoust s’est tellement acharné sur les détails qu’il a réussi à installer un doute où, apparemment, il n’y en avait pas.  Il répéta l’exercice avec plusieurs autres témoins, dont Irène LeBouthillier, la nièce de la victime.  La jeune fille célébrait son 16ème anniversaire le jour même de son témoignage sous serment.  Mitraillée par les questions de Daoust, et cela sans intervention de la part du juge, ses propos furent sans doute mal interprétés par les jurés[1].

            Dans sa conclusion, Me Fortin posa une question importante : « que penser des contre-interrogatoires harcelants, répétitifs et vexatoires?  Il ne devrait pas être permis à un procureur de s’acharner sur les témoins dans le but évident de les confondre, de les intimider et de leur faire dire, à la fin, n’importe quoi pour les discréditer auprès des jurés.  L’avocat [Raymond Daoust] a atteint son objectif, mais a-t-il bien servi les intérêts de la justice?  On ne doit pas s’étonner du peu d’empressement que manifestent des témoins potentiels.  La crainte de se « faire mettre en boîte » leur fait fuir la police et les avocats.  Et ils n’ont pas tout à fait tort »[2].

            Des témoins confirmèrent ensuite avoir vu les accusés aux alentours de Percé dans la nuit du crime, alors que des parentes de la victime vinrent identifier les bijoux.  Mais la défense présenta une commission rogatoire faite en France l’année précédente et démontrant que les bijoux n’avaient pas été volés mais achetés à Paris.  Ainsi, par un stratagème brillant, on faisait passer les parentes et amies de Mme LeBouthillier pour des menteuses.  Un autre fait que déplore d’ailleurs Me Fortin dans son livre.

            Fidèle à lui-même, Mesrine créa un coup de théâtre au moment même où la Couronne établissait la preuve des bijoux.  Il se leva en pleine cour, ignorant probablement les règles de conduite lors d’un procès canadien, pour hurler et accuser le juge Miquelon de faire revivre l’affaire Coffin.  Probablement informé par Daoust, Mesrine tentait de soulever un autre doute quant à l’impartialité de la justice en rappelant ce cas type qui convainc, encore aujourd’hui, beaucoup de Québécois que Coffin a été victime d’injustice.  Mais en fait, selon l’analyse qu’en fait Me Fortin, c’est plutôt Me Daoust et Mesrine qui créèrent de toute pièce une impression d’injustice en se servant de ouï-dire et d’affabulations émanant de l’imagination de Jacques Hébert[3].

            Quant à son comportement agressif, Mesrine en rajoutera lui-même dans son autobiographie en traitant de « salopes » la sœur de la victime et les autres femmes ayant témoigné en lien avec les bijoux.

            Le 28 janvier 1971, Le Soleil publia une histoire selon laquelle Mesrine tenta de s’évader de la prison de Montmagny, là où les autorités le ramenaient chaque soir après les audiences.  L’incendie qu’il causa aurait fait des dommages évalués à 30 000$.  Soulignons au passage que les jurés ne furent jamais mis au courant de ce fait, ni de l’affaire Deslauriers d’ailleurs.  Si cela avait été le cas, la décision du jury aurait-elle été différente?

            Autre élément mystérieux qui s’ajoute à la légende de Mesrine réside dans une phrase qu’il aurait dite à bord d’un avion lors d’un transfert, le 7 août 1969.  En présence de deux policiers, il aurait lancé ceci : « pour cette affaire-là, on s’en tire à perpet (perpétuité); si l’avion s’écrasait, nous aurions notre compte et il y aurait deux flics de moins! ».  Cette boutade prouve-t-elle le côté suicidaire du truand ou tout simplement une autre fanfaronnade destinée à se donner de l’importance?

            Après la plaidoirie de la défense, le juge Miquelon livra son adresse aux jurés le 5 février 1971.  Trois jours plus tard, les médias annonçaient l’acquittement du couple.  Selon Le Soleil, les jurés auraient justifié leur décision – la loi les oblige pourtant à la discrétion – que le procès contenait trop de détails inexpliqués en plus de reprocher de nombreuses contradictions dans les témoignages.  La tactique abusive de Me Daoust avait donc porté ses fruits, au grand désarroi de Me Clément Fortin, qui dans son livre de 2013 qualifia cette affaire de « fraude judiciaire ».  Rien de moins!

            Lors de l’émission radiophonique 2000 ans d’Histoire animée par Patrice Gélinet et diffusée sur France Inter, Jean-Marc Simon, auteur d’une biographie en deux tomes sur Mesrine, affirmera ne pas croire en sa culpabilité.  L’étude exhaustive du procès réalisée par Me Fortin démontre plutôt le contraire.  Rappelons seulement que Simon n’a jamais consulté le dossier judiciaire, en plus de commettre des erreurs de débutant dans la partie de son ouvrage qu’il consacre à la cavale québécoise de son héros[4].

            Parmi les détails intéressants, soulignons cette phrase qu’on retrouve dans le livre de Mesrine : « nous étions aussi accusés d’un meurtre que je n’avais pas commis ».  Pourquoi passer soudainement du « nous » au « je »?

            Pour un truand qui soignait son image, pas étonnant qu’il ait clamé haut et fort son innocence.  Après tout, en admettant que le crime puisse apporter du prestige aux yeux de certaines personnes, le meurtre d’une femme sans défense de 58 ans n’est certes pas le genre de critère qu’on aime inscrire à son curriculum vitae.

            D’ailleurs, pour ce qui est de l’image, Lucien Aimé-Blanc souleva cette apparence d’absurdité : « il [Mesrine] raconte sa vie de voyou en exagérant ses exploits.  Il revendique un certain nombre de meurtres, d’exécutions, de hold-up, dont on sait pertinemment que ce sont des affabulations.  C’est quand même bizarre de publier son propre réquisitoire, deux mois avant un procès aux assises!  Mesrine s’est tellement chargé dans son livre que le procureur a passé son temps à essayer de démêler le vrai du faux.  Malin!  En s’accusant de méfaits qu’il n’a pas commis, il sème le doute sur ceux dont on l’accuse. »

            Un ver à choux tel que Jacques Mesrine ne pouvait rester longtemps cloisonné entre des murs de béton.  Sans doute pour rehausser son prestige, il laissera entendre plus tard que personne n’avait réussi à s’évader du pénitencier St-Vincent-de-Paul, à Laval, là où on le conduisit après le procès de Montmagny pour y purger sa peine relative au kidnapping de Deslauriers.  C’était faux, bien sûr.  D’autres criminels ont réussi, avant et après lui, à sortir de ces murs.  Certes, ils n’ont toutefois pas été très nombreux.  D’ailleurs, en janvier 1971, Le Soleil qualifiait lui-même l’établissement de véritable « passoire ».

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Pénitencier St-Vincent-de-Paul, en 2010. 

             Entre son entrée au pénitencier et l’évasion d’août 1972, la seule chose dont on peut être certain c’est que c’est au cours de cette période que Mesrine fera la rencontre de Jean-Paul Mercier, déjà connu comme un dangereux braqueur.  D’ailleurs, comme je l’ai fait remarquer dans un autre article publié en 2012[5], Mesrine ne fut plus jamais le même par la suite, comme si Mercier lui avait tout appris.  Et nous verrons que la suite des choses le montrera de façon encore plus explicite.

            Projetant les cinéphiles dans l’erreur, le film de Richet prétend que Mesrine et Mercier se sont connus à l’époque de l’enlèvement de Deslauriers.  Ce qui est sûr, c’est que le 21 août 1972 les deux criminels réalisaient leur premier coup conjoint en s’évadant du célèbre pénitencier par une brèche pratiquée dans les grillages des clôtures.  Le lendemain, en première page, La Presse rapportait l’exploit en ces termes : « […] Le solliciteur général du Canada [Jean-Pierre Goyer] s’est dit surpris, hier après-midi, qu’on puisse s’évader sous le nez de gardes dans des tours de guet, d’un pénitencier à sécurité maximum ».  D’ailleurs, pas étonnant que le dossier d’archive concernant cette évasion soit sous le coup d’un scellé jusqu’en 2072!

            En fait, les évadés furent au nombre de six.  En plus de Mesrine et Mercier, on comptait également Pierre Vincent, 26 ans, qui fut repris le jour même; Michel Lafleur, 21 ans; André Ouellette, 33 ans; et Robert Imbeault, 23 ans.  Les policiers furent nombreux à fouiller la région dans l’espoir de tous les retrouver avant qu’ils ne commettent d’autres crimes graves.  Un hélicoptère fut d’ailleurs mis à leur disposition.

            Si on doit en croire Mesrine, lui et Mercier auraient franchi l’autoroute 25 avant de forcer des automobilistes à les conduire au cœur de Montréal.  Les deux lascars semblent avoir bénéficié d’une certaine aide extérieure car dès leur arrivée dans la métropole un appartement rempli d’armes les attendait.   Selon Mesrine, leur contact extérieur aurait été une jeune femme qu’il prénomme « Lizon » dans son livre et qui, le même soir, « devint la maîtresse de Jean-Paul […] ».  Pourrait-on présumer que cette femme était Suzanne Francoeur, celle qui les accompagnerait au cours des semaines suivantes?  Celle-ci n’était apparemment pas une enfant de cœur, sans faire de vilain jeu de mots.  Elle avait été condamnée en 1965 pour distribution de faux billets de banque.

            Selon La Presse, les six fugitifs avaient un « devoir moral » de s’évader, faisant ainsi référence aux piètres conditions de détention dénoncées par certains criminels, comme Mesrine et Mercier.  Richard Blass suivra leurs traces peu de temps après en militant en faveur des droits des prisonniers.  Ce dernier aura gain de cause en parvenant à ouvrir les portes des pénitenciers aux journalistes.  Bien sûr, diront certains, on ne montra à ceux-ci qu’une facette du problème.

            Qu’à cela ne tienne, en embrassant une cause comme celle de la défense des détenus, Mesrine et Mercier venaient de s’assurer la sympathie d’une certaine classe sociale, et cela pour le reste de leur existence; et même au-delà.  Malgré tout, le pénitencier de St-Vincent-de-Paul ne fermera ses portes qu’en 1989, dix ans après la mort de Mesrine et quinze après celle de Mercier.

            Mesrine et Mercier ne perdent pas de temps.  Le 25 août 1972, il leur faut une dizaine de minutes pour s’attaquer à la Caisse Populaire Desjardins de Saint-Bernard de Dorchester et celle de Saint-Narcisse de Lotbinière.  Selon les estimations de Mesrine, cela leur aurait rapporté 26 000$ (selon les journaux, on parlerait plutôt de 10 000$ environ).  Dans son film, Richet met en scène cette double attaque en nous montrant d’ailleurs l’une des deux institutions sous le nom de « Crédit Populaire St-Bernard ».  Mais la scène montre que les deux banques se faisaient face, sur la même rue.  C’est faux.  Les deux établissements se trouvaient dans deux villages séparés de quelques kilomètres.

            Le 23 octobre 2010, je me suis rendu sur place pour constater que les deux caisses populaires étaient toujours en opération, quoique leur architecture s’était adaptée à l’évolution des 38 dernières années.  Les villages de St-Bernard et de St-Narcisse-de-Beaurivage sont distants de 10,7 km.  J’ai parcouru cette distance en 8 minutes, et cela en comptant le fait que j’ai dû me ranger sur le côté de la route pour laisser circuler une large moissonneuse batteuse.

            Selon Mesrine, son complice québécois aurait tiré un coup de feu à l’intérieur de l’une des deux institutions, sans toutefois blesser qui que ce soit, avant de sortir et de remonter en voiture « devant deux petites vieilles qui étaient tout étonnées de nous voir sortir de la banque avec une arme à la main ».  Il prétendit aussi avoir pris en auto-stop une jeune fille de 14 ans.  Celui qui adorait soigner sa réputation se contenta d’écrire que « cela lui ferait des souvenirs pour ses petits-enfants ».

            Ce qu’on doit retenir de ce bref épisode de la région de Lotbinière, c’est que les deux évadés échappèrent aux recherches par une connaissance précise et très développée des petites routes.  Ce talent ne pouvait qu’être attribuable à Jean-Paul Mercier, qui était originaire de Ste-Agathe-de-Lotbinière.  C’est là qu’il avait vu le jour le 6 juin 1944, le jour même du très historique débarquement de Normandie.  De là la déduction selon laquelle il semble beaucoup plus probable que Mesrine ait été l’apprenti de Mercier, du moins en ce qui concerne les braquages.

            Le fait que Mercier ait été assez futé pour échapper aux recherches policières sur « son terrain » mènera à un autre fait d’armes.  Les attaques de banques n’auraient eu comme seul objectif de financer leur prochain projet diabolique : l’assaut du pénitencier St-Vincent-de-Paul.

            Le film de Richet donne dans le spectaculaire en montrant une scène où Mesrine et Mercier reviennent, lourdement armés, pour s’attaquer directement au méchant pénitencier.  Ils auraient même fait la promesse avant de s’évader de revenir pour libérer leurs « collègues ».  Le film nous montre un mitraillage en règle et des voitures de police qui explosent sous les grenades.   Dans les faits, aucune explosion ni décès.  Mais les deux énergumènes ont véritablement tenté une attaque le 3 septembre 1972 avant d’être repoussés par les tirs des gardiens postés dans les miradors.

            Selon La Presse, qui n’identifiait pas les deux assaillants, une voiture suspecte, qui rôdait autour du pénitencier depuis un certain temps, fut prise en chasse par une auto-patrouille.  On aurait atteint des vitesses frôlant les 120 km/h.  Soudainement, la voiture de devant s’est immobilisée et un homme armée (possiblement une M-1 semi-automatique) en est sorti pour mitrailler les deux policiers, les agents Jean-Paul Viau et Serge Morin, tous deux du poste 10 de Laval.  Les deux policiers se seraient couchés sur la banquette, tandis que leur véhicule s’immobilisait lentement dans le fossé, vers lequel ils ont ensuite rampé.  Rappelons que les agents Viau et Morin n’avaient que des revolvers de calibre .38 pour assurer leur défense, ce qui ne faisait visiblement pas le poids devant une arme d’assaut.

            Heureusement pour eux, ce sont les tirs des gardiens postés dans les miradors du pénitencier qui leur ont sauvé la vie.  Sous leurs tirs, les deux assaillants remontèrent en voiture pour prendre la fuite.  En tout, La Presse estima qu’il y avait eu une soixantaine de coups de feu.

            La voiture des tireurs-fous, une Dodge, fut retrouvée peu après et dans laquelle on retrouva des vêtements neufs et des cisailles.  On en déduisit qu’ils avaient réellement l’intention de faire libérer les autres détenus.  Interrogés par La Presse, Viau et Morin se plaignirent de ne pas être suffisamment bien armé pour faire face à ce genre de menace.

            Aucune grenade ni explosion comme dans le film de Richet!

            La rage de Mesrine et de Mercier n’était toutefois pas terminée.  C’est vers cette époque que le chroniqueur Claude Poirier les aurait croisés dans un restaurant de Montréal.  Dans son émission Secrets judiciaires, le narrateur ouvrait un épisode en disant que « Claude Poirier a très bien connu Jacques Mesrine ».  Pourtant, on apprenait ensuite que Poirier leur avait parlé une dizaine de minutes seulement … dans les toilettes d’un restaurant.

            Bref, le 10 septembre 1972, les deux évadés atteignirent le summum de la violence en commettant un double meurtre sur les personnes d’Ernest St-Pierre et Médéric Côté, les deux seuls gardes-chasse de toute l’histoire du Québec à mourir assassinés.  Le drame s’est produit dans le rang de la Petite Belgique à Saint-Louis-de-Blandford.  Deux versions se contredisent pour expliquer l’affrontement.  Selon la première, St-Pierre et Côté auraient répondu à une plainte de citoyens qui avaient entendu des coups de feu, mais il semble plus vraisemblable que les deux hommes se soient rendus sur place seulement parce que ce rang faisait partie de leur patrouille habituelle.

            Qu’est-ce qui a déclenché les tirs?  Mesrine a évidemment sa version, mais il serait plus honnête de dire que nous ne le saurons jamais.  Ce qui est sûr, c’est que St-Pierre et Côté ont été sauvagement abattus de plusieurs coups de feu.  Dans le film de Richet, on voit Cassell (Mesrine) utilisé un Colt .45, alors que dans la réalité l’arme de poing utilisée était de calibre .22.

            Peu de temps après, Mesrine et Mercier passaient la frontière américaine.  Selon l’histoire généralement acceptée, Mercier dut revenir au Québec quelques semaines plus tard pour faire soigner Suzanne Francoeur, mordue par un chien au Venezuela.  Peu après leur rentrée, le 4 décembre 1972, le couple était arrêté à Montréal.  Quant à Mesrine, il ne remettra plus jamais les pieds en sol québécois.

            À la fin de décembre, Suzanne Francoeur sera appelée à témoigner à Victoriaville lors de l’enquête du coroner Thibault sur le double meurtre de St-Pierre et Côté.  Elle s’y révélera être une piètre menteuse.  Mercier y sera appelé en janvier 1973.  En dur à cuir qu’il était, il ne dira rien.

            En mai 1973, Mercier décida de plaider coupable, privant ainsi le public des détails que contenait le dossier.  Il retournera au pénitencier St-Vincent-de-Paul.  Il s’en évadera encore à deux reprises.  La dernière occasion se présenta à l’automne 1974, en compagnie de Richard Blass.  Mercier reprit aussitôt les braquages, ce qui lui coûtera la vie à la fin d’octobre lorsqu’il sera abattu par les tirs policiers dans le quartier St-Léonard.

            Retourné en France, Mesrine continuera sa vie de truand jusqu’à ce qu’il tombe, à son tour, sous les balles des policiers en novembre 1979, porte de Clignancourt, à Paris.

 


Médiagraphie

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) à Trois-Rivières.  Enquête du coroner Thibault sur le double meurtre d’Ernest St-Pierre et Médéric Côté, District judiciaire d’Arthabaska, 1972-73.

BLANC, Lucien-Aimée.  La chasse à l’homme : la vérité sur la mort de Mesrine.  [Paris] : Plon, 2002. 241 p.

BROUSSARD, Commissaire.  Commissaire Broussard : mémoires.  [Paris] : Plon, 1997.  Édition Stock, 2005.  694 p.

ENNEMI PUBLIC NO 1, L’.  Jean-François Richet, réalisateur.  Film cinématographique, 2009, DVD.

FORTIN, Clément.  Mesrine, le tueur de Percé : une fraude judiciaire.  Wilson & Lafleur, Montréal, 2013, 421 p.

INSTINCT DE MORT, L’.  Jean-François Richet, réalisateur.  Film cinématographique, 2009, DVD.

MESRINE, Jacques.  L’Instinct de mort.  Paris : Éditions Jean-Claude Lattès, 1977.  Paris : Éditions Champ Libre, 1984, 392 p.

SIMON, Jean-Marc.  Jacques Mesrine dit le Grand.  Paris : Éditions Jacob-Duvernet, 2008, 402 p.

Société Radio-Canada, les archives de Radio-Canada.  Mesrine, l’ennemi public, est abattu.  Diffusé le 2 novembre 1979.  Accès : http://archives.radio-canada.ca/societe/criminalite_justice/clips/17051/

(Note : les journaux consultés ont été trop nombreux pour être tous cités ici)

 

 

 

 

[1] Pour en savoir davantage sur les détails de ce témoignage, je vous invite à lire l’article que j’y consacrais en 2013 : https://historiquementlogique.com/2013/11/19/proces-mesrine-schneider-le-temoignage-direne-lebouthillier/

[2] Clément Fortin, Mesrine le tueur de Percé : une fraude judiciaire, (2013), p. 404.

[3] Jacques Hébert a écrit deux livres à l’origine de la légende de Wilbert Coffin.  Bien qu’il a été débouté et ridiculisé par la Commission Brossard, qui démontra qu’il n’y avait aucune preuve d’injustice dans le déroulement du procès de Coffin, le récit de Hébert compte encore de nombreux adeptes.

[4] Pour plus de détails sur mon analyse de l’ouvrage de Simon : https://historiquementlogique.com/2011/02/23/jacques-mesrine-dit-le-grand-de-jean-marc-simon/

[5] Voir : https://historiquementlogique.com/2012/06/15/jean-paul-mercier/

Le double meurtre de Jacques Mesrine, chapitre 1

Après avoir présenté il y a quelques mois l’intégralité de l’introduction de mon dernier livre intitulé Le double meurtre de Jacques Mesrine, voici maintenant le chapitre premier, qui m’a permis de mettre en contexte le métier exercé par ses deux victimes, Médéric Côté et Ernest St-Pierre.  Ce chapitre intitulé « Profession: passion », est seulement le premier du livre disponible sur Amazon.ca pour les tablettes Kindle.

Le rôle des agents de protection de la faune, un métier qui passe souvent inaperçu aux yeux de la population québécoise, est de patrouiller et d’inspecter les territoires fauniques pour y protéger non seulement les animaux et la faune aquatique, mais aussi la nature sous toutes ses formes, y compris les randonneurs et autres aventuriers du dimanche.  Ce ne sont pas des policiers, bien que leur travail en soit similaire sur de nombreux points.  Ils doivent faire respecter les lois concernant la protection de la faune, de la chasse et de la pêche sur les vastes étendues boisées et aquatiques du Québec.  Pour ce faire, ils disposent d’une formation complète leur permettant de patrouiller, d’enquêter, de perquisitionner, d’interroger, de relever des preuves, d’analyser, d’infiltrer des réseaux de braconnage, et quoi encore.  En quelque sorte, ils sont les gardes du corps de notre patrimoine faunique.

« En 1858, l’Assemblée législative du Canada élabore l’Acte des pêcheries.  Cette loi, regroupant divers actes conçus antérieurement, jette les fondations de la législation telle que nous la connaissons aujourd’hui.  En plus de réglementer les périodes de pêche et les limites de prise, elle permet la nomination d’inspecteurs chargés de veiller à son application.  Les premiers gardes-pêche font ainsi leur apparition »[1].

D’abord, ces premiers gardes-pêche travaillaient surtout en Gaspésie, sur la Côte-Nord, au Saguenay et dans la région de Charlevoix.

L'arme de service des gardes-chasse entre 1960 et 1975 était le Model 10 de Smith & Wesson de calibre .32.
L’arme de service des gardes-chasse entre 1960 et 1975 était le Model 10 de Smith & Wesson de calibre .32. (photo: E. Veillette 2011)

En 1867, la Confédération força les provinces à gérer elles-mêmes la chasse se pratiquant sur leur territoire, tandis que le gouvernement fédéral continuait de se faire responsable de la pêche.  Donc, c’est en novembre 1867 que Québec nomma ses deux premiers gardes-chasse, Alfred Blais et William Carpenter-Willis.  En 1875, on comptait 7 gardes-chasse et 23 gardes-pêche au Québec.  À la même époque, une première opération pour contrer le braconnage fut organisée.

En 1952, à l’époque où Médéric Côté travaillait déjà dans le domaine depuis trois ans, il fallait connaître son député pour pouvoir compter sur un emploi de garde-chasse.  Comme en fait foi le témoignage de Majella Bujold, qui fut justement engagé en mai 1952.  Pour obtenir son emploi de garde-chasse, Bujold avait profité du contact qu’il avait créé avec le député Jacques Miquelon lorsqu’il avait servi de guide de pêche à ce dernier.  À ce sujet, Bujold rédigea lui-même dans ses mémoires[2], « en fait, dans tout le gouvernement, le patronage était à son maximum durant les années 1940 à 1962, année où la fonction publique fut mise en place.  Les députés gouvernaient la province; il n’y avait pas de syndicat et les fonctionnaires étaient engagés sur la recommandation du député, qui pouvait d’ailleurs facilement mettre fin à l’emploi.  Quand il y avait changement de gouvernement, il y avait une purge générale dans tous les ministères; seuls les plus solides demeuraient en poste »[3].

Heureusement, ce n’est plus le cas, car on équilibre les chances d’embauche et on privilégie les compétences.  D’ailleurs, rappelons qu’on retrouve maintenant des femmes au sein de la profession.

L’équipement de l’époque n’était évidemment pas celui d’aujourd’hui.  À ce sujet, Roger Alarie expliquait qu’au cours des années 1950 « le matériel dont les agents disposaient était très restreint.  Outre de devoir fournir notre automobile personnelle, je me souviens d’avoir eu une vieille embarcation, avec un moteur de plus de sept ans d’usure pour parcourir le fleuve, du lac Saint-Pierre jusqu’à Portneuf.  Aussi, ce n’est que vers le milieu des années ’60 que sont apparus les premiers systèmes de communications sans fil »[4].

Selon le site de l’AAPFQ (Association des Agents de Protection de la Faune du Québec) un garde-chasse de l’époque se servait effectivement de son propre véhicule au travail, recevant de 200$ à 300$ par année en compensation pour l’utilisation de ce même véhicule.  « De plus, il devait se procurer par ces [sic] propres moyens son arme de service, ses menottes, ses raquettes, etc. »[5].  Dans ces conditions, on est immédiatement tenté de voir le métier sous un angle rude et difficile, mais avec pour avantage d’attirer à lui les passionnés.

Uniforme semblable à ceux que portaient Médéric Côté et Ernest St-Pierre en 1972 lorsqu'ils ont été sauvagement abattus par les évadés Jacques Mesrine et Jean-Paul Mercier.  À ce jour, ils sont les seuls agents de la faune à avoir été assassiné en service.
Uniforme semblable à ceux que portaient Médéric Côté et Ernest St-Pierre en 1972 lorsqu’ils ont été sauvagement abattus par les évadés Jacques Mesrine et Jean-Paul Mercier. À ce jour, ils sont les seuls agents de la faune à avoir été assassiné en service.

Comme de raison, une formation professionnelle ne fut pas toujours au rendez-vous.  Au cours des années 1940, par exemple, Majella Bujold rappelait que « le garde-chasse débutant n’avait aucune formation, sauf celle qu’il pouvait avoir acquise personnellement en pratiquant la chasse et la pêche, donc, par sa connaissance de la forêt.  Au début de son emploi, il recevait de son chef son insigne … un code de loi, quelques « paperasses », un carnet d’activités hebdomadaires; il devait se procurer lui-même, s’il le désirait, un revolver, une garcette, une automobile s’il en avait les moyens, et il ne recevait son uniforme qu’après plusieurs années, s’il obtenait sa permanence »[6].

En 1960, Jean Lesage devint premier ministre du Québec.  Aussitôt, une grande période de changements s’amorça.  Deux ans plus tard, on abolissait le Département de la chasse et de la pêche pour créer celui du Service de la protection de la faune.  En 1963, celui-ci se fusionnait avec le Service de la faune au sein du ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche.  Désormais, on ne les désignait plus comme des « gardes-chasse » mais bien comme des agents de protection de la faune.  Ceux-ci gagnèrent également leur indépendance politique face aux députés tout en obtenant un salaire fixe garanti.  Finalement, une école de formation ouvrit ses portes dans la ville de Québec.  Ainsi, on uniformisait la formation et, par conséquent, la compétence des agents.

À ce sujet, Roger Alarie racontait que « le ministère me donna un cours de formation de trois mois.  Mon salaire annuel était de 900.00$ au début, pour être haussé à 1,200.00$ par an à la fin de mon stage.  À l’époque, les agents touchaient aussi 50% du montant des amendes perçues…  Leurs mandats étaient de faire respecter les lois en matière de chasse et de pêche et de percevoir les redevances sur les peaux de fourrure »[7].  Enfin, les conditions de travail s’amélioraient.

« Le 12 décembre 1969, la Loi de la conservation de la faune est adoptée par le gouvernement du Québec et remplace dès lors la Loi de la chasse et la Loi de la pêche.  Avec l’entrée en vigueur de cette nouvelle législation, le Service de la protection de la faune devient le Service de la conservation de la faune.  De plus, les responsables de l’application des règlements en matière faunique ne sont plus appelés « gardes-chasse/gardes-pêche » mais plutôt « agents de conservation de la faune » »[8].

Ces agents ne s’adonnaient donc plus seulement qu’à la répression, mais désormais ils travailleraient aussi à faire de la prévention et de la sensibilisation auprès de la population.  L’évolution de leur corps de métier, allant de la formation jusqu’aux équipements, connaîtrait un certain parallèle avec les forces policières de la province.

Jusqu’à maintenant, en dépit des longues missions en terres éloignées et parfois hostiles, on ne comptait aucun agent mort ou assassiné en service.  Voilà une chose qui, malheureusement, allait bientôt changer.

Pour ceux et celles qui adorent la nature, les animaux et toutes les beautés qui se rattachent aux splendeurs naturelles du Québec, être agent de conservation de la faune devient une passion.  Toutefois, les risques peuvent être grands.  Que ce soit les accidents, en motoneige ou en avion, ces mêmes agents, contrairement aux policiers municipaux par exemple, doivent intervenir auprès de gens qui, pour la grande majorité, sont armés.  Et ce, dans des régions isolées où les ondes radios ne sont pas toujours efficaces; où les renforts sont inexistants; où les ordinateurs de bord permettant une enquête rapide sont également du domaine du rêve.

Pour certains chasseurs, me racontait le sergent André Desjardins, agent depuis plus de 20 ans, perdre leur arme ou leur droit de chasse peut représenter un drame encore plus grand que celui de perdre leur épouse.

Le danger est donc bien réel.  Mais pour ces agents qui se font un plaisir de travailler loin du stress des grandes villes, ces dangers ne représentent qu’un léger inconvénient à leur profession.  À titre d’exemple, Majella Bujold écrivait que « durant mes années de garde-chasse [1952-1982], je n’ai jamais été blessé même si j’ai parfois eu affaire à des gens violents et armés.  J’ai bien vécu des interventions corsées où le ton a monté mais je restais ferme »[9].  Entre autres, vers la fin des années 1950, il dût intervenir auprès d’un chasseur en état d’ivresse qui le menaça d’une arme chargée.  Par chance, « son épouse qui l’accompagnait l’a dissuadé d’aller plus loin »[10].

Lors d’une autre occasion, au début des années 1960 cette fois, Bujold racontait une intervention selon laquelle lui et son collègue, Marcel Duranseau, se présentèrent à un camp de chasseurs où ils trouvèrent une carcasse d’orignal pendu.  « À la vue de la viande noircie, c’était facile de déduire que l’animal avait été abattu plusieurs jours avant.  J’ai avisé les quatre chasseurs présents que je saisissais l’orignal et qu’ils étaient passibles d’amendes.  L’un d’eux, fusil à la main, m’a invité à ne pas toucher à leur orignal.  J’ai été chercher mon .12 dans mon pick-up et j’ai commandé à mon assistant de « portager » l’orignal en invitant les chasseurs de ne pas grouiller d’un poil »[11].

Dans mon souci presque continuel d’étudier les événements à partir de la vision même des victimes et de leurs proches, je me suis rendu le 11 février 2011 à l’école de formation des agents de protection de la faune à Duchesnay, dans le pavillon du Cerf.  C’est là qu’on forme les agents depuis 1978.  J’y fus reçu comme un roi, entre autre par le très sympathique sergent Denis Gaudreault, œuvrant au sein de la profession depuis 1983.  C’est en discutant avec lui que j’ai compris que l’Affaire des Gardes-chasse, c’est-à-dire le double meurtre qui nous concerne ici, continue de hanter la mémoire collective de plusieurs agents, mais qu’elle s’estompe toutefois avec la nouvelle génération.  C’est là, peut-être, une certaine victoire en un sens car la popularité des meurtriers redescend à un niveau plus équilibré, ce qui permettra, j’ose l’espérer, de considérer enfin les victimes de ce dossier à un niveau plus honorable que seulement celui de simple statistique.

Les techniques d’intervention, l’équipement et tous les autres sujets sur lesquels j’ai pu échanger avec le sergent Gaudreault permettront, tout au long des chapitres suivants, d’apporter un œil plus précis concernant certains détails.

De nos jours, on compte un plus de 400 agents pour faire respecter les lois sur la chasse et la pêche à travers une province qui compte une superficie de plus d’un million six cent milles kilomètres carrés.  Ça ne semble évidemment pas beaucoup pour préserver une nature et des richesses naturelles qui sont pillées continuellement par des braconniers d’ici, mais aussi des organisations criminelles étrangères, tels les asiatiques qui recherchent certains produits aphrodisiaques et autres qui sont ensuite revendus sur le marché à des prix époustouflants et tout cela par une clientèle qui croit obtenir là des bienfaits frôlant le délire mystique.

Bien que la loi et les documents officiels les désignent comme des agents de conservation ou de protection de la faune, le sergent Gaudreault m’expliquait qu’on apprend aux recrues à s’identifier, lors d’interventions, en utilisant encore le terme de garde-chasse puisque dans l’inconscient collectif il est plus explicite, évitant ainsi une quelconque confusion.  Il ne s’agit donc pas d’une insulte si on réfère à eux ainsi.  Parce qu’en apparence il est vrai que la confusion peut s’installer, les agents étant armés de pistolet automatiques, d’uniformes foncés et de vestes pare-balle, comme les corps policiers du Québec.  Et à ce titre, le regretté Majella Bujold écrivait lui-même que « pour moi, conservation rime plutôt avec boîte de conserve.  Garde-chasse et garde-pêche était pourtant une appellation simple et claire, révélant notre mission de gardien du respect entre les hommes et la faune.  En France, le titre de garde-chasse et pêche est toujours à l’honneur aujourd’hui »[12].

Voilà donc une visite enrichissante qui me permet dès maintenant d’apporter une précision selon laquelle Médéric Côté et Ernest Saint-Pierre jouissaient donc d’une formation assez complète en 1972, que ce soit concernant la survie en forêt ou les techniques d’intervention.  Tout ceci, encore une fois, nous amènera à dresser un portrait plus précis de ce qui a pu se produire dans ce secteur isolé de Saint-Louis-de-Blandford.


[1] Ibid.

[2] Majella Bujold, Le dernier garde-chasse les mémoires de Majella Bujold, 2007, 142 p.  Un petit volume très rare imprimé en 25 copies seulement en 2007 et réédité une fois de plus en 25 autres copies l’année suivante.  J’ai eu la chance de consulter ce précieux document grâce à la générosité du sergent Denis Gaudreault qui l’a retiré du petit musée privée du centre de formation de Duchesnay pour me le prêter.

[3] Jacques Verreault, 125 ans de conservation de la faune au Québec, 1867-1992, p. 1.

[4] Ibid., p. 1.

[5] Aapfq.org

[6] Verreault, op. cit., p. 2.

[7] Ibid.

[8] Aapfq.org

[9] Bujold, op. cit., p. 96.

[10] Ibid.

[11] Ibid, p. 97.

[12] Ibid., avant-propos.

Double meurtre de Côté et St-Pierre: 40 ans déjà!

Type d’uniforme que portaient les gardes-chasse québécois en 1972. (photo: E. Veillette 2011)

Il y a 40 ans en ce 10 septembre, les agents de conservation de la faune Ernest Saint-Pierre, 54 ans, et Médéric Côté, 62 ans, étaient froidement assassinés par deux évadés de la célèbre prison St-Vincent-de-Paul : Jacques Mesrine et Jean-Paul Mercier.  Leurs corps criblés de balles furent retrouvés dans un rang boisé au matin du 11 septembre 1972.  L’enquête révéla cependant que le double meurtre s’était produit la veille, en fin d’après-midi.

Les deux gardes-chasse, pourtant armés, effectuaient leur tournée de routine dans la petite municipalité de St-Louis-de-Blandford lorsqu’ils tombèrent sur les deux évadés.  Ces derniers étaient accompagnés d’une prostituée du nom de Suzanne Francoeur.  La suite des choses se déroula rapidement et laissa place à de nombreuses interprétations.

Ce qui est certain, c’est que les deux agents n’ont eu aucune chance et que le double meurtre fut de nature sauvage.  Les conclusions de l’autopsie, effectuée à l’époque par le Dr Jean Hould, sont là pour en témoigner.  Par ailleurs, il ne faudrait certainement pas oublier que ce même Dr Hould avait été impliqué dans au moins deux controverses.  En effet, c’est lui qui avait pratiqué l’autopsie sur le corps du sergent-détective Louis-Georges Dupont en novembre 1969 et du ministre Pierre Laporte l’année suivante.

On le sait, le souvenir des agents Côté et Saint-Pierre s’est rapidement estompé avec la célébrité montante de leurs assassins.  Les plus jeunes ne se rappellent sans doute pas mais Jacques Mesrine, un brigand français, n’a pas cessé par la suite de faire la manchette jusqu’à ce qu’il soit éliminé par la police parisienne le 2 novembre 1979.  Quant à Mercier, son complice québécois, il mourut en 1974 sous les tirs des policiers montréalais lors d’une inoubliable fusillade résultant d’un braquage de banque.

L’opinion publique sacrifie-t-elle la mémoire de ses honnêtes citoyens pour redorer celle des criminels sans scrupule?

Quoiqu’il en soit, 40 ans plus tard, il ne faudrait pas oublier que Côté et Saint-Pierre, deux pères de famille sans histoire, ont été les seuls gardes-chasse à être assassinés en devoir dans toute l’histoire de la province du Québec.  Si ce triste anniversaire suffit au moins à rappeler quelque peu leur sacrifice, ce sera déjà un pas de franchi.

« Jacques Mesrine dit le Grand », de Jean-Marc Simon

Simon, Jean-Marc.  Jacques Mesrine dit le Grand.  Paris, Jacob-Duvernet, 2008, p. 215 – 322.

            Cet ouvrage est la première partie de deux tomes consacrés à la carrière du criminel français Jacques Mesrine, mais je m’en tiendrai ici à un survol concentré sur la partie traitant du passage de ce dernier en sol canadien, c’est-à-dire de la page 215 à 322.

            Historien et romancier, Jean-Marc Simon nous montre d’abord, au seul coup d’œil de son volume, que Jacques Mesrine fait maintenant partie intégrante de l’Histoire.  Après plusieurs autobiographies, dont deux par Mesrine lui-même, ainsi que par ses anciennes concubines et même des policiers lancés à ses trousses, Simon est le premier historien à se pencher sur le cas.  Ceci dit, une simple consultation de sa bibliographie nous indique que le travail demeure limité, en ce sens que ses sources majeures d’information sont ces mêmes ouvrages.

Le ton utilisé nous laisse croire qu’une partie de sa conscience se laissa séduire par les propos charmants et surtout arnaqueurs du truand disparu depuis le 2 novembre 1979.  C’est donc sans aucune consultation des archives qu’il se permet pourtant de dépeindre l’épisode canadienne de Jacques Mesrine et de Jeanne « Janou » Schneider, qui débute en 1968 pour se terminer à l’automne de 1972.  Ainsi donc, on serait porté de qualifier son approche d’étude littéraire plutôt que de véritable travail de recherche historique.

            C’est en nous laissant entendre que Mesrine a recommencé ses braquages dès 1969, sans toutefois fournir de preuve à l’appui, que Simon nous relate ensuite l’enlèvement du « milliardaire » Georges Deslauriers, laissant ainsi un premier indice de son acceptation de la version Mesrine car ce dernier a été le premier à décrire Deslauriers comme un milliardaire dans son livre de 1977[1], alors que les médias de l’époque utilisaient seulement le terme de « millionnaire ».

            Il semble curieux de voir Simon écrire que « dans les aventures de Jacques Mesrine, quel que soit le côté de l’Atlantique, il faut se méfier de tous et de tout, et sans doute en premier lieu de la mémoire… »[2], un conseil qu’il aurait dû lui-même s’imposer, car dans l’affaire du procès de Montmagny pour le meurtre de la gaspésienne Evelyne LeBouthillier, il accepte facilement les fausses accusations lancées par Mesrine.  S’il écrit que « c’est précisément là, à Percé, que va définitivement basculer sa vie criminelle »[3], il dévoilera plus tard son choix de croire en l’innocence du protagoniste de son sujet littéraire.

            Rappelons d’abord que Mesrine fut accusé du meurtre de Mlle Evelyne LeBouthillier, 58 ans, retrouvée morte chez elle par sa nièce de 16 ans au matin du 30 juin 1969.  Mlle LeBouthillier était la propriétaire du Motel Les Trois Sœurs de Percé, en Gaspésie.  Il fut prouvé hors de tout doute que le couple Mesrine – Schneider avait loué la cabine no. 4 de ce même motel du 21 au 25 juin.  D’autres preuves démontrent également qu’ils sont revenus au soir du 29 juin.  Évidemment, le meurtre d’une vieille femme sans défense devient vite un point important dans la carrière d’un truand qui a investi beaucoup d’effort à soigner son image, et surtout pour ses nombreux admirateurs, qui gobent d’ailleurs ses propos sans trop vouloir les remettre en question.

            En se fiant ainsi aux autobiographies, donc aux versions criminelles et par conséquent à un seul côté de la médaille, Simon commet donc plusieurs erreurs, d’abord en stipulant qu’au moment où Mesrine et Schneider quittent le motel de Percé Mlle LeBouthillier « accepte de garder Fripouille [le chat] en leur absence »[4].  Non seulement il fut clairement établi au procès de Montmagny, qui s’ouvrit le 18 janvier 1971, que Mlle LeBouthillier refusa de garder le chat (c’est plutôt Mme Warren qui en accepta la garde), mais on établit aussi que l’animal n’était âgé tout au plus que de trois semaines au moment des faits.  Or, Simon mentionne déjà la présence de Fripouille avant l’arrivée du couple au Canada, donc plus d’un an avant juin 1969[5].  Voilà donc une faiblesse attribuable au fait de tourner le dos aux archives, source première par excellence.

            Par son étude littéraire, toutefois, Simon dénonce indirectement l’énergie que Mesrine mit lui-même à se défendre du crime de Percé.  En effet, s’il nie en bloc son retour à Percé au soir du 29 juin 1969 dans son premier livre, Mesrine sentit le besoin de se défendre avec toujours plus de vigueur dans sa seconde autobiographie de 1979, admettant cette fois son retour à Percé, contradiction admise donc, mais trafiquant à sa manière les événements et autres détails des 29 et 30 juin 1969.  Encore une fois, sans archives, le travail de Simon s’en trouve limité aux paroles du truand.  Malheureux, certes, car on ressent parfois sa bonne intention à travers son style narratif.  En contrepartie, il ne semble pas avoir détecté la mégalomanie dans les propos tordus de Mesrine, qui lui se souciait uniquement de l’opinion publique, sans aucune considération, bien entendu, pour l’Histoire.

            Cela l’amène évidemment vers quelques dérapages, comme sa tentative d’entrer dans les détails en essayant de soulever un doute dans l’affaire des bijoux.  Il est vrai que Simon pouvait se baser dans son interprétation sur le verdict d’acquittement survenu à la fin du procès, mais encore là une étude des archives, et surtout des transcriptions, lui aurait permis d’installer de nombreux doutes ou, à tout le moins, de baser son jugement sur de véritables faits enregistrés légalement et non dans des autobiographies à fiabilité douteuse.

            Simon reprend donc les propos de Mesrine lorsqu’il affirmait, par exemple, être revenu au motel au soir du 29 juin vers 21h00 et que c’est Irène, la nièce de la victime, qui lui ouvrit.  Or, c’est complètement faux, tout comme de laisser entendre que tous les témoins ont mentis au procès et que les policiers ont fabriqués des preuves.  À croire que Mesrine était un dieu et que lui seul détenait la vérité.  Et pour avancer de telles allégations, où sont les preuves, justement?

Simon gobe également l’accusation du truand sur le fait qu’Irène dormait à l’étage et qu’elle aurait dû entendre quelque chose, passant évidemment sous silence la possibilité que Mesrine ait appris, du temps où il était commando en Algérie, des techniques de combat lui permettant de tuer en silence.  Tout comme il gobe également l’affirmation de Jeanne Schneider d’avoir lu la nouvelle du meurtre pour la première fois le 1er juillet 1969 dans un journal de Québec, un jour férié.  Or, la nouvelle, pour l’avoir vu de mes yeux, parut dans Le Soleil le lendemain de la fête nationale du Canada, donc le 2 juillet.

            Bien que Simon ne manque pas de souligner que les récits de Mesrine et Schneider « divergent », son sens du jugement semble s’envoler complètement lorsqu’il est question de traiter du fameux procès de Montmagny.  Pour un historien qui dit avoir consulté comme seul référence sérieuse le « fascicule no. 4 de la revue Les Grands Procès du Québec, publiée en 1994 », il se permet de consacrer au procès pas moins de 25 pages.  Or, il ne semble même pas avoir visionné l’épisode L’Affaire Mesrine diffusé à la télé dans le cadre de la série Les Grands Procès, production télévisuelle à l’origine même du fascicule.

            Simon laisse entrevoir assez clairement son opinion avant même d’avoir abordé le premier jour du procès en lançant des phrases du genre « les voilà [Mesrine et Schneider] donc transférés [de prison] une fois de plus, mais en ces circonstances pour une faute qu’ils n’ont pas commise »[6].  Comment juger d’un procès auquel on n’a pas assisté ou encore dont on n’a pas consulté les archives?

            Plus curieux encore, il mentionne que « c’est le second ouvrage de Jacques Mesrine, Coupable d’être innocent, publié deux ans plus tard au Canada et hélas trop méconnu, qu’il faut absolument lire pour tenter de comprendre l’un et l’autre, et de démêler le vrai du faux »[7].  Le chat sort donc du sac!  Si on apprend à démêler le vrai du faux à partir des propos d’un criminel notoire familier avec le mensonge, ne demandez pas pourquoi Simon ne s’est jamais fait détective.  Et de surcroît dans un ouvrage à prétention historique.  Décidément!

            Pire encore, il en rajoute concernant les écrits de Mesrine en disant que « en vérité, il est bien difficile de ne pas le suivre dans cette démonstration dont la forme même ne cesse de trahir la sincérité de l’auteur »[8].  J’aurais simplement envie de dire « Hé, merde! », mais je m’abstiendrai.

            S’il se permet de dire à propos de Me Maurice Lagacé, l’un des procureurs de la Couronne au dossier, qu’il est « froid et dédaigneux, autant dire franchement antipathique »[9], il ne fournira évidemment aucun commentaire négatif à propos de Me Raymond Daoust, l’avocat de Mesrine, bien que les rumeurs subsistent toujours à son endroit au Québec.  Mais sans preuve, il serait sans doute risqué de laisser planer quelque doute que ce soit; le journaliste Michel Auger se l’étant permis en 1970 en mentionnant la présence de Daoust à un rendez-vous mafieux, ce qui lui mérita une poursuite et une rétractation de son journal (La Presse).

            Simon se permet également de laisser planer un doute quant à l’intégrité du juge Paul Miquelon, rappelant qu’il avait plaidé dans la célèbre cause de Wilbert Coffin, qu’il désigne comme « un bûcheron »[10] alors qu’il était plutôt prospecteur au moment des faits.  Il nous prouve encore une fois l’acceptation de la mégalomanie de Mesrine en écrivant à propos des témoins qu’ils viendront « déclarer avoir vu Jacques et Janou dans la région de Percé le soir du crime – ce qui est vrai – d’autres pour attester que les bijoux trouvés dans leurs bagages appartenaient à la victime – ce qui est faux »[11].  Décidément, ce jugement bien facile semble montrer son absence d’approche scientifique, déclarant son parti pris basé sur des informations plus que douteuses.  Pire, il va jusqu’à prétendre, influencé par le second livre de Mesrine, qu’Irène LeBouthillier, la nièce de la victime, « serait objectivement la complice passive des deux Français en ne déclarant pas à la justice les avoir rencontrés au motel le 29 juin au soir »[12].  Encore une fois, voilà une prise de position qu’il se serait abstenu de faire en consultant les archives du procès, où il n’est aucunement question de toutes ces allégations loufoques.  Au contraire, les objections de Me Daoust empêchèrent Irène, en certaines occasions, de dévoiler d’autres détails.

            Le plus étonnant, sans doute, c’est de voir Simon reconnaître que la parole de Mesrine ne vaut pas un clou dans certaines affaires alors que dans ce cas précis elle vaut soudainement de l’or.  Sur quoi peut-on se baser pour en arriver à une telle conclusion?  N’est-ce pas plutôt par cette crainte de perdre des fans en laissant planer le doute que, probablement, il aurait été capable d’assassiner de ses mains une femme sans défense de 58 ans?

            Si on en arrivait hors de tout doute à une telle conclusion, Monsieur Jacques perdrait certainement de nombreuses plumes à son palmarès.

            Bien entendu, plusieurs se basent sur le verdict d’acquittement du 6 février 1971 pour demeurer sur leurs positions, mais là encore, les subtilités qu’on peut ressentir uniquement en se jetant pleinement dans les archives laissent place à une porte ouverte pour refaire l’Histoire.  En ce sens, donc, le livre ultime qui scellerait cet épisode n’a toujours pas été publié.  Pas question d’en faire tout un scandale public comme dans le cas de Coffin[13], mais on peut néanmoins se questionner, d’autant plus que, contrairement aux Jurés de l’époque, on connaît mieux l’ensemble de la carrière de Mesrine et de son opportunisme.

            Les allégations et autres interprétations du genre sont trop nombreuses pour être toutes relevées dans ce bref compte-rendu, mais on est évidemment en droit de se demander si le manque de rigueur s’applique également au reste de l’ouvrage, c’est-à-dire aux frasques de Mesrine en France, avant et après son passage en sol canadien.  On y décèle à tout le moins un vide archivistique.  Aucune citation de journaux, par exemple, ni de dossier d’enquête, judiciaires ou autre.  Que du vent, comme les paroles de Mesrine!  En ce sens, oui, Simon lui reste fidèle!

            Dans le cadre de l’émission 2000 ans d’Histoire sur les ondes de France Inter, Simon a même pris le risque de se prononcer sur la conclusion du procès de Montmagny, à savoir qu’il se rangeait derrière le verdict d’acquittement en affirmant clairement ne pas croire que Mesrine ait assassiné la pauvre aubergiste de 58 ans.  Derrière le micro, probable qu’il était loin de se douter que sa voix raisonnerait jusqu’au Québec.  Sans toutefois relancer une quelconque polémique en laissant entendre une critique sévère du système judiciaire, une meilleure compréhension du procès aurait peut-être fait en sorte de nuancer ses propos ou à tout le moins d’éviter une conclusion hâtive.  Si l’esprit scientifique d’un historien se range trop facilement derrière la parole d’un criminel, force est de constater que l’Histoire mérite d’être mieux représentée et surtout mieux préservée.

Car au Québec, on entend encore ce genre de phrase lorsqu’on présente une photo de Mesrine : « Ah!  Je le reconnais, c’est le Français qui a tué une femme à Percé »[14].

            À un autre niveau, on remarque également quelques erreurs de base, comme lorsque Simon orthographie « Tanguy » lorsqu’il est question de la prison pour femmes Tanguay, à croire qu’il s’est laissé influencer par le populaire film français Tanguy, qui n’a cependant rien à voir avec le sujet de son ouvrage.  On le voit également désigner la prison de « Parthenay », alors qu’il s’agit clairement de Parthenais.  Autre indice sur le fait qu’il n’a probablement jamais mis les pieds au Québec, c’est lorsqu’il situe la municipalité de Saint-Louis-de-Blandford au nord-ouest de Montréal.  Monsieur Simon, je n’aurai que deux mots sur ce détail : Google Map!

            Bien entendu, il n’y a vu que du feu dans l’affaire concernant le double meurtre des gardes-chasse, Médéric Côté et Ernest Saint-Pierre, ne pouvant confronter les propos de Mesrine avec quoi que ce soit.  Il reprend donc la version autobiographique du tueur.  Là encore, les archives de cette affaire, sur laquelle je travaille depuis quelques mois déjà et à propos de laquelle, aussi, j’annoncerai bientôt certains développements, lui auraient permis de détailler davantage cet épisode.

            Quand Simon tente de trouver l’orthographe authentique du procureur Me Anatole Corriveau, ça frôle le ridicule lorsqu’il cite les nombreuses variantes soutenues par d’autres auteurs (Couriveau, Couriveault, Caribeau ou Cauriveau) avant d’accepter lui-même celle de « Couriveault ».  Absurde!

            « Étrangement, cette page haute en couleur et fort sanglante de son parcours criminel est très peu connue en France »[15], écrit Simon en abordant ses aventures canadiennes.  Il aurait dû ajouter que ce n’est pas son ouvrage qui renversera la vapeur sur ce point.  Peut-être réussira-t-il à mieux populariser cette période canadienne mais en continuant d’y véhiculer plusieurs fabulations.  Car les amateurs qui feront de son livre leur base de données auront fait un bien mauvais choix.


[1] Jacques Mesrine, L’Instinct de mort, 1977.

[2] Simon, op. cit., p. 218.

[3] Ibid., p. 228.

[4] Ibid., p. 229.

[5] Pour plus de détails sur l’affaire du chat, consultez l’article « Le chat de Jeanne Schneider », https://invraisemblances.wordpress.com/2011/01/24/le-chat-de-jeanne-schneider/

[6] Simon, op. cit., p. 258.

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[9] Ibid., p. 261.

[10] Ibid., p. 262.

[11] Ibid.

[12] Ibid, p. 262-263.

[13] Voir L’Affaire Coffin : une supercherie?, de Clément Fortin, 2007.  En présentant l’affaire comme un docu-roman, Me Fortin arrive à transposer ses lecteurs à la place des Jurés et ainsi de voir le déroulement du procès de Coffin sous un œil objectif, éliminant ainsi de nombreuses idées préconçues en relation avec ce dossier.

[14] Propos que j’ai personnellement recueilli d’une résidente de Gaspé qui, par hasard, a justement reconnu la photo de Mesrine sur la couverture du volume de Simon, que j’avais posé sur un bureau.

[15] Simon, op. cit., p. 216.

Revue de presse: Jacques Mesrine au Québec (3/3)

Pierre tombale d'Ernest Saint-Pierre, l'un des deux gardes forestiers abattus par Mesrine et Mercier en 1972. Par respect, le nom de sa veuve, toujours vivante, a été masqué. (photo: E. Veillette 2010)

Lafleur et Ouellette retrouvés

         Dans son livre de 1977, Jacques Mesrine raconte d’abord avoir attaqué une banque à Montréal le 28 août 1972 avant de raconter ensuite que ses copains Lafleur et Ouellette avaient été capturés par la police.  Dans les faits, pourtant, les deux évadés furent repris plus tôt, soit le 24 août.

         Dans l’édition du 25 août 1972 de La Presse, Michel Auger avait l’honneur d’annoncer la capture.  « Bien qu’armés d’un revolver, André Ouellette et Michel Lafleur, les deux évadés qui s’étaient lié avec certaines cellules du FLQ dans le passé, n’ont pas opposé de résistance aux détectives de la Section des enquêtes criminelles, qui les ont cernés vers 9h, hier soir.  Les deux hommes, qui prenaient place à bord d’une automobile étaient accompagnés de deux jeunes filles.  L’automobile circulait rue Bellechasse, près de la 12ème Avenue, à Rosemont, lorsqu’elle a été entourée par un groupe de détectives, spécialisés dans les enquêtes sur les vols à main armée.  Selon le lieutenant-détective Roger Roche, qui a dirigé l’arrestation des deux évadés, le tout s’est passé si vite « qu’ils n’ont pu se rendre compte de ce qui leur arrivait. »  Un des deux évadés, que la police n’a pas identifié, avait sur lui un revolver et des munitions pour cette arme.  Une fouille de l’automobile a permis de découvrir d’autres balles, pour une arme semi-automatique, de calibre M-1[1].  Toutefois, aucune carabine de ce genre [ne] se trouvait dans le véhicule.  Les deux jeunes filles, que la police n’a pas identifiées, devront apparemment comparaître sous peu pour répondre à des accusations dont la police n’a pas révélé la nature. »

         Auguste Longpré et Gérard Viau étaient les deux détectives à l’origine de l’arrestation.  Ils revenaient d’une perquisition dans le but de retrouver les évadés quand ils ont cru reconnaître un des deux suspects.  « L’un des policiers avait participé, l’an dernier, à l’arrestation de Lafleur à la suite d’un vol de banque, rue Bélanger, et n’avait pas oublié son visage. »[2]

Deux braquages en 10 minutes

         Dans l’édition du 26 août 1972 de La Presse, un article de Pierre Ouimet remettait en question toute la réforme pénitentiaire, qui avait été amorcée une dizaine d’années auparavant.  Le journaliste se demandait d’ailleurs si Jean-Pierre Goyer n’allait pas bientôt en payer le prix sur le plan politique, car les élections approchaient rapidement.

         Cette réforme avait été amorcée vers 1960 par Alan MacLeod, à une époque où il y avait pourtant moins d’évasions.  Donc, indirectement, Ouimet semblait suggérer que le traitement inhumain réservé aux prisonniers était directement relié à celui des évasions.  Ouimet qualifiait d’ailleurs que le pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul, situé sur la montée Saint-François, « que l’on tenait comme un modèle de prison à sécurité absolue en Amérique du Nord » ne fut pas infaillible « malgré le nombre incroyable de « gadgets » qu’on y trouve. »

         Le psychiatre Bruno Cormier affirmait d’ailleurs que « la meilleure sécurité que la société peut obtenir, c’est de permettre qu’une bonne relation soit établie entre le détenu et l’agent de correction. »

         Et Ouimet ne manquait pas non plus de souligner d’autres propos de Gascon selon lesquels le système actuel favorisait les évasions.

         Mais pendant qu’on s’obstinait dans les médias, Jacques Mesrine et Jean-Paul Mercier attaquaient deux banques en moins de 10 minutes.

Certaines sources électroniques prétendent que les deux braquages se sont déroulés le 26 août 1972, mais on verra que l’incident s’est plutôt produit le 25 août.  Mesrine et Mercier attaquèrent la Caisse Populaire Desjardins de Saint-Bernard de Dorchester[3] et 10 minutes plus tard ce fut celle de Saint-Narcisse de Lotbinière[4].  Le montant volé aurait été de 26,000$ selon Mesrine.

         Le Commissaire divisionnaire Lucien Aimé-Blanc confirme l’exploit en précisant que « après avoir exécutés quelques hold-up dans des banques et des bureaux de poste – dont deux à dix minutes d’intervalles – il attaque le pénitencier. »

         Dans son film, Richet met en scène ces deux attaques de sorte que les deux banques étaient situées l’une en face de l’autre.  Il a d’ailleurs utilisé le nom de « Crédit Populaire St-Bernard » sur l’enseigne, plutôt que celui de Caisse Populaire Desjardins.

Le 23 octobre 2010, je me suis rendu sur place.  Les deux Caisse Desjardins sont toujours en opération, bien que leur architecture a certainement évolué au cours de ces 38 dernières années.  Les villages de St-Bernard et de St-Narcisse-de-Beaurivage sont distants de 10,7 km, tout comme l’écrivait Mesrine lui-même en 1977 : « les deux banques se trouvaient à dix kilomètres de distance, de quoi amuser toutes les polices de la région.  Elles se trouvaient dans deux petites villes, Saint-Bernard-de-Dorchester et Saint-Narcisse-de-Lotbinière. »

J’ai parcouru la distance en 8 minutes, et cela en m’arrêtant pour prendre une photo et pour laisser passer une moissonneuse batteuse, et tout cela à vitesse normale.  Donc, le délai de 10 minutes n’est pas exagéré!

         Dans son fort ego de criminel, Mesrine écrivit que « nous passâmes devant la première [banque].  Elle n’était pas encore ouverte.  Le gérant discutait avec plusieurs personnes qui se trouvaient devant la porte d’entrée.  Il nous fallait faire le plein d’essence.  C’est ce que nous fîmes.  Le garagiste était loin de se douter de ce que nous allions faire dans les minutes qui allaient suivre.  […]  Je descendis, armé de ma USMI[5] à crosse sciée.  Je l’avais contre le corps.  Jean-Paul me suivait. »

         Selon lui, Mercier aurait tiré un coup de feu à l’intérieur, mais sans blesser qui que ce soit, avant sortir et de sauter dans la voiture « devant deux petites vieilles qui étaient tout étonnées de nous voir sortir de la banque avec une arme à la main. »

         Ils se dirigèrent ensuite vers la Caisse Desjardins de St-Narcisse-de-Beaurivage, qui était, selon Mesrine, « plus mal placée.  Jean-Paul n’avait pas encore totalement stoppé le véhicule que j’étais déjà dehors et que je me précipitais sur la porte d’entrée.  Elle était fermée et ne s’ouvrait que par un système électrique actionné de l’intérieur.  Je me reculai d’un mètre et tirai cinq balles dans la serrure qui éclata sous les impacts. »

         Mesrine prétendait dans son livre qu’au cours de leur fuite ils s’arrêtèrent pour prendre une jeune fille de 14 ans en auto-stop avant de la conduire au garage de son père, au village suivant et que, « le lendemain, la presse relatait cet événement pour dire que nous étions pour le moins de vrais gentlemen.  Cela lui ferait des souvenirs pour ses petits-enfants. »  Évidemment, Mesrine aimait bien soigner sa réputation.

         Mesrine fixe le montant des deux vols à une récolte de 26,000$, ce qu’il qualifie de peu.  Pourtant, en 1972, mon père achetait une maison toute neuve, un bungalow, au prix de 14,000$, ce qui serait aujourd’hui estimé à environ 100,000$ canadiens.  Mesrine disposait presque du double et il se plaignait encore!?

         Dans Le Soleil du 26 août 1972, on retrouve un petit article annonçant la mise en accusation de Lafleur et Ouellette pour possession d’armes et évasion.  Curieusement, le même jour, une attaque de Caisse Desjardins de Sainte-Famille à Kenogami avait résulté en une poursuite automobile et une véritable fusillade, avec mitraillette.  Mais rien à voir avec Mesrine et Mercier.

         Heureusement, le 26 août, on retrouve, sous le titre de « Mesrine et Mercier seraient les auteurs des vols dans deux caisses » l’article suivant : « Les trois évadés du pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul qui n’ont pas encore été repris (« les plus dangereux » selon la police) seraient les auteurs des deux vols à main armée commis hier matin aux Caisses populaires de Saint-Bernard de Dorchester et de Saint-Narcisse de Lotbinière.  Des témoins auraient en effet positivement identifié Jacques Mesrine et Jean-Paul Mercier comme les deux hommes qui ont surgi, armés, dans la caisse « pop » de Saint-Bernard et forcé le gérant et quatre employés à s’agenouiller ou à rester à leurs tables de travail, et qui ont pris la fuite avec près de $5,000.  Quelques minutes plus tard, six milles [9,6 km] plus loin, trois individus s’introduisaient dans la caisse populaire de Saint-Narcisse de Lotbinière après avoir fracassé la serrure en tirant plusieurs coups de carabine.  Le directeur et deux employés ont assisté, impuissants, à cette démonstration de force qui s’est terminée par la fuite des trois voleurs qui emportaient avec eux plus de $5,000.  Les auteurs des deux vols à main armée ont réussi à passer à travers les mailles du filet même si des barrages avaient été dressés sur toutes les routes de la région, quelques minutes seulement après les deux attentats.  L’enquête a progressé rapidement, puisqu’après l’interrogatoire des témoins, les enquêteurs de la S.Q. étaient en mesure d’affirmer que deux des trois voleurs étaient selon toute probabilité Jacques Mesrine et Jean-Paul Mercier.  Quant au troisième, on suppose qu’il s’agit du dernier évadé, Robert Imbeault.  Hier soir, les policiers poursuivaient des fouilles intensives dans les bois, dans la région comprise entre Saint-Frédéric de Beauce, East-Broughton, Saint-Sylvestre et Sainte-Agathe de Lotbinière.  C’est d’ailleurs de ce dernier village dont Jean-Paul Mercier est originaire et l’on affirme qu’il connaît la région comme sa poche.  Quant à l’identité des voleurs, des policiers se montraient catégoriques, hier soir : « On fait plus que les soupçonner fortement, c’est plus qu’en « principe » : c’est solide. »

         Grâce à cet article, on peut donc faire le contrepoids.  Les deux vols auraient donc pris environ 10,000$, selon la version bancaire évidemment.  Et la date de la double attaque est le 25 août et non le 26.  Quant à l’épisode impliquant la jeune auto-stoppeuse, rien ne la confirme alors que Mesrine jure pourtant qu’on en a parlé dans la presse.  Rien dans Le Soleil, un quotidien de Québec, et rien non plus dans La Presse, de Montréal, qui ne rapportait même pas les deux attaques.  Était-ce une simple invention de Mesrine pour redorer sa prétendue image de gentleman cambrioleur?

         Dans Le Soleil du 29 août 1972, on peut lire en page 19 : « La Sûreté du Québec a fait savoir, ce matin, qu’elle a perdu toute trace des trois évadés, Jacques Mesrine, Jean-Paul Mercier et Robert Imbeault, que l’on soupçonne être les auteurs de deux vols à main armée, perpétrés, vendredi, à Saint-Bernard de Dorchester et à Saint-Narcisse de Lotbinière.  La capitaine Bernardin Grenier, du quartier général de la SQ, a de plus précisé que depuis 11h vendredi, les trois fugitifs n’ont pas été revus.  La voiture de couleur beige avec une barre brune, au bas de la carrosserie, n’a également pas été retrouvée.  On avait mentionné que deux autres voitures auraient pu servir aux vols mais cette information était fausse.  Les recherches intenses qui avaient été entreprises, vendredi matin, ont été abandonnées. »

         Pourquoi ces deux banques?  Comme on vient de le voir, on sait maintenant que Jean-Paul Mercier était originaire de cette région.  Il connaissait donc les petites routes comme le fond de sa poche.  Mesrine le confirmait d’ailleurs dans son livre.  Mais ce dernier va plus loin encore en prétendait qu’attaquer ces deux banques, à environ 180 km de Montréal, aurait un effet de diversion pour son plan principal qui était plutôt de revenir à Laval et attaquer directement le pénitencier de St-Vincent-de-Paul.  Dans une logique toute militaire qu’il aurait pu apprendre durant la guerre d’Algérie, ça semble effectivement plausible.

Mesrine et Mercier contre-attaquent : Rambo peut aller se rhabiller!

Le film de Jean-François Richet, L’Instinct de mort, nous dépeint un événement spectaculaire lorsque Vincent Cassel (Mesrine) et Roy Dupuis (Mercier) attaquent littéralement la prison de St-Vincent-de-Paul à grands coups de mitraillettes, pulvérisant des voitures de patrouilles, blessant au moins grièvement deux policiers avant d’être eux-mêmes blessés par de nombreux projectiles, sans compter qu’on les voit utiliser une grenade pour faire péter un véhicule.

         Il est clair que Richet s’en remettait davantage à la version fournie par le livre de Mesrine, dans lequel ce dernier parlait de « feu d’enfer » pour décrire la fusillade, ajoutant même que « mes balles atteignirent le pare-brise et la portière de droite.  La voiture quitta la route, se souleva pour retomber dans le fossé.  Les deux policiers furent éjectés. »

         Réalité ou fantasme de gangster?

En fait, la scène se déroulait le 3 septembre 1972[6].  Quant à savoir si les faits sont les mêmes, voyons ce que disait les journaux.

         Mesrine et Mercier revenaient donc à la une de La Presse, sans toutefois qu’ils y soient identifié clairement.  Dans l’article de Jacques Filteau on peut lire ceci : « Deux jeunes policiers de Laval ont vu la mort de près, hier : les occupants d’une voiture qu’ils pourchassaient ont soudainement stoppé, en sont descendus et ont ouvert le feu dans leur direction.  Les agents Jean-Paul Viau et Serge Morin, du poste 10 de Laval patrouillaient (en mission spéciale) les alentours du pénitencier Saint-Vincent-de-Paul lorsqu’ils ont vu des gardes du pénitencier qui s’approchaient d’une voiture « Dodge » de modèle récent : cette voiture circulait depuis un bon moment autour du pénitencier.  Mais les occupants de la voiture, deux hommes, n’attendirent pas l’arrivée des gardes du pénitencier et démarrèrent en trombe.  Une chasse à l’homme comme tant d’autres commençait pour les agents Viau et Morin.  Leur voiture, qui circule presque continuellement au ralenti mit quelques minutes à accélérer.  On filait alors sur la Montée Saint-François à 75 milles à l’heure [120 km/h] et la voiture de police gagnait du terrain.  Nouveau geste imprévu : la voiture poursuivie s’arrête, un des occupants en descend, épaule une carabine (présumément une M1 semi-automatique) et se met à tirer en direction des policiers.  Ces derniers n’ont que le temps de se coucher sur le siège alors que leur voiture, qui roule encore lentement, s’immobilise dans le fossé qui longe la route.  Alors que les balles sifflent (littéralement) à leurs oreilles, les deux policiers descendent de voiture et rampent dans le fossé ne songeant qu’à s’abriter contre les balles.  Il leur est impossible de riposter : les assaillants sont à plus de 400 pieds de distance et sont armés de carabines de fort calibre.  Les deux policiers, quant à eux, ne sont armés que de leurs revolvers (calibre 38) dont la portée est beaucoup trop faible.  C’est sans doute grâce à l’intervention rapide des gardes du pénitencier que les policiers doivent d’avoir la vie sauve.  Les gardes de Saint-Vincent-de-Paul sont armés de carabines de calibre 303 et le bruit qu’elles faisaient était une musique bien douce aux oreilles des policiers qui avaient cru, un moment, leur dernière heure arrivée.  Le tir des assaillants cessa aussitôt et la voiture redémarra.  Il était temps : 60 coups de feu avaient été tirés et huit projectiles avaient touché la voiture de patrouille.  Le sergent-détective Maheu, de la Sûreté de Laval a ouvert une enquête, mais aux dernières nouvelles, aucune piste sérieuse n’avait été découverte.  On a toutefois retrouvé la Dodge.  À l’intérieur des vêtements neufs (pour un éventuel évadé?) et des cisailles.  Voulait-on couper une clôture?  C’est la deuxième fois que l’agent Morin est la cible de bandits; la dernière fois c’était en 1969.  Quant à l’agent Viau, c’est la première fois, et ça lui suffit amplement.  Les deux hommes, visiblement ébranlés par l’expérience qu’ils venaient de vivre, n’avaient qu’un souhait à formuler : « Qu’on nous donne des armes ».  Ils estiment en effet que cette fois ils ont été chanceux d’avoir eu l’aide des gardiens du pénitencier; mais la prochaine fois, qui les aidera? »

         Une photo accompagnant l’article démontrait Viau et Morin pointant un trou de balle dans le pare-brise de leur auto.

         Où étaient les policiers « grièvement » blessés?  Les grenades?  Les explosions?

         Jacques Mesrine et Jean-Paul Mercier rôdaient donc autour de la prison tout en étant lourdement armés.  Leur projet d’attaquer était réel, mais ils ont été surpris avant de pouvoir donner l’assaut.  Et en sachant que les gardiens patrouillaient les environs, on peut soulever l’idée que ceux-ci avaient été mis au courant de cette éventualité.

         En dépit de cet échec, cependant, il est clair que les deux criminels venaient de prouver hors de tout doute ce dont ils étaient capables, au point de se faire respecter par toute une génération de détenus.

L’affaire des gardes-chasse (à lire aussi: analyse du livre de Jean-Marc Simon)

         Au soir du 10 septembre 1972, deux gardes forestiers, Ernest St-Pierre et Médéric Côté, s’aventurèrent dans le rang de la Petite Belgique à Saint-Louis-de-Blandford.  On avait entendu des coups de feu dans le secteur et les deux hommes tenaient à vérifier ce qui se passait.  En fait, deux versions expliquent leur présence dans ce secteur.  Une première veut que les deux hommes répondaient à une plainte pour de nombreux coups de feu entendus dans le secteur, alors que l’autre les amène sur les lieux pendant une simple patrouille de routine.

Malheureusement, ils étaient loin de se douter de ce qui allait suivre.

         Pour être plus exact, l’article titré « L’assassinat des garde-chasse, un double meurtre gratuit (la police) » apparaît dans La Presse en date du mardi 12 septembre 1972.  Il est signé par Jean-Paul Charbonneau, qui nous raconte que « Les deux garde-chasse, qui ont été découverts sans vie, hier midi, à Saint-Louis-de-Blandford, dans la région de Victoriaville, ont été les victimes d’un double meurtre « gratuit », selon un policier.  Tôt ce matin, les policiers se demandaient encore les raisons qui ont poussé les assassins à tirer à bout portant sur MM. Médéric Côté, 62 ans, de Plessisville, et Ernest Saint-Pierre, 50 ans, de Daveluyville.  Toutefois, les caporaux Jacques Gaboury et Yvon Fauchon de l’escouade des homicides de la Sûreté du Québec, émettaient plusieurs hypothèses, dont celle de l’œuvre de braconniers.  L’hypothèse voulant que ce soit l’œuvre des trois évadés de l’Unité spéciale de correction ayant été avancée, les policiers ont simplement répondu : « Pourquoi? » »

         Cette réponse laisse entendre que la police refusait de dire ce qu’elle savait au moment des faits.  Et pourquoi soupçonnait-on déjà les évadés?  Y avait-il des indices qu’on refusait de donner et qui portaient à croire qu’on se doutait déjà que Mesrine et Mercier étaient impliqués dans cette affaire?

« Selon les premières constatations, MM. Côté et Saint-Pierre ont été tués entre 3 heures de l’après-midi et 11 heures du soir, dimanche [10 septembre] », poursuit Charbonneau.  « M. Denis Emond, sous-inspecteur au ministère de la Chasse et de la Pêche et supérieur immédiat des deux victimes, a déclaré que dimanche matin, après avoir entendu des coups de feu, M. Saint-Pierre s’était rendu, au volant du camion du ministère, à Plessisville, chercher son compagnon dans le but d’effectuer des patrouilles. »

         Mesrine prétend que l’incident s’est déroulé vers 17h00.

         Les coups de feu furent entendus dès la matinée, mais c’est seulement après 15h00 que Côté et St-Pierre ont été tués.  Pourquoi les tueurs sont-ils demeurés aussi longtemps sur place?  Ont-ils été aperçus par d’autres témoins, comme des cultivateurs ou des chasseurs par exemple?

Répondre par l’affirmative à cette dernière question pourrait bien expliquer, grâce à une description physique, pourquoi on soupçonna très tôt Mesrine et Mercier.  Avaient-ils décidé de camper sur place pour éviter la circulation?

Nombreux sont ceux qui croient encore que les deux évadés se pratiquaient au tir lorsqu’ils furent surpris par Côté et St-Pierre.  C’est d’ailleurs l’explication que donne Mesrine dans son livre et l’hypothèse que choisit Richet pour son film.

« Vers 11 heures du soir, la femme de l’un des deux hommes, étant sans nouvelles de son mari, est entrée en communication avec M. Emond.  Ce dernier croyant qu’ils avaient été retardés au cours de leur patrouille, comme cela arrive souvent aux garde-chasse, n’a pas porté attention.  Mais à cinq heures, hier matin [11 septembre], MM. Côté et Saint-Pierre n’étant pas encore de retour le sous-inspecteur a alors décidé de demander l’aide du détachement de Victoriaville de la Sûreté du Québec.  Tous les bois de la région ont été passés au peigne fin et, vers neuf heures, le camion des deux disparus était retrouvé dans un chemin sans issue.  Mais on était toujours sans nouvelles des deux hommes.  Le groupe de chercheurs, composé de policiers et de garde-chasse, était en train de prendre quelques minutes de repos lorsque l’un d’eux a aperçu un morceau blanc sortant de branches entassés dans les broussailles, dans le chemin de terre du rang « La Petite Belgique[7] », à environ 150 pieds [45,7 m] du camion.  Ils se sont dirigés immédiatement vers les branches et quelle ne fut pas leur surprise de découvrir les cadavres des deux garde-chasse, atteints de plusieurs balles.  Il a fallu que les journalistes et les photographes attendent quelques heures avant de pouvoir se rendre sur les lieux. »

         « Durant ce temps, nous avons interrogé l’un des compagnons de travail des deux victimes, M. Claude Brunelle, qui a déclaré que le matin de la disparition des deux hommes, il avait entendu des coups de feu provenant des bois.  Pour sa part, M. Emond, qui a éclaté en sanglots à la vue du fourgon transportant les deux cadavres, a mentionné que, même s’ils faisaient face à des hommes armés, les garde-chasse n’avaient aucun moyen de communication dans leur véhicule de patrouille.  Vers 6h30, le caporal Fauchon s’est entretenu avec les représentants des médias d’information et les a invités à se rendre sur la scène de la découverte, à environ trois milles de la Transcanadienne [autoroute 20].  Presque hostile, le policier a à peine répondu aux questions des journalistes.  Nous avons toutefois appris que l’une des victimes avait été traînée avant d’être camouflée sous des branches d’arbres et que les policiers avaient trouvé, à quelque 100 pieds de la découverte des deux cadavres, une carabine semblable à celle des deux garde-chasse.  Aucune balle n’aurait cependant été tirée avec cette arme.  Les policiers ont également trouvé des douilles non loin de la macabre découverte.  Elles peuvent provenir d’armes de chasseurs voulant pratiquer le tir.  De plus, il se pourrait également que les garde-chasse aient été volés.  Les cadavres des deux hommes ont été transportés, au cours de la nuit, à l’Institut de médecine légale du Québec, rue Parthenais, où une autopsie devait être pratiquée aujourd’hui.  M. Côté, qui comptait 23 ans de service au ministère de la Chasse et de la Pêche, était le père de deux garçons et d’une fille, âgés respectivement de 16, 8 et 13 ans, tandis que son compagnon était le père d’une fille de 23 ans.  Il était garde-chasse depuis 12 ans. »

         Le plus choquant dans cette affaire c’est que Mesrine écrivit que « ni Jean-Paul ni moi-même n’avions voulu cela.  La seule responsabilité en revenait à Médéric Côté, garde provincial victime de sa connerie.  Son collègue, Ernest Saint-Pierre, n’était, lui, victime que des événements. »  Il ose même ajouter avoir agis en légitime défense alors qu’il affirme leur avoir mis deux balles dans la tête à chacun une fois les deux hommes abattus.  « Je voulais être certain de laisser deux morts derrière moi », ajoute-t-il.

         Mesrine affirmait également avoir cru qu’il s’agissait de deux policiers, pour se donner évidemment une raison de plus d’avoir commis ce crime impardonnable.  Or, Mercier, à tout le moins, aurait dû savoir que Côté et Saint-Pierre n’étaient pas des policiers car les uniformes des gardes forestiers ont toujours été différents de ceux des policiers, justement pour éviter la confusion.

         Dans La Presse du 13 septembre 1972, on apprenait que les deux gardes-chasse « ont été atteints de plusieurs projectiles de différents calibres », ce qui implique automatiquement plus d’un tireur, comme le veut la théorie véhiculée par le film de Richet.  « L’autopsie, pratiquée, hier, par les Drs Jean Hould et André Brosseau, de l’Institut de médecine légale, a permis de constater que les victimes ont été atteintes principalement à la tête et au corps.  Les résultats des expertises en balistique ne seront pas connus avant quelques jours.  Il a cependant été possible de savoir que les pathologistes-.12 et des projectiles de petits calibre. »

         Il y a visiblement erreur de texte dans cette dernière phrase, que je retranscris fidèlement, mais on comprend que l’une des armes utilisée était de calibre .12.  L’article se terminait par cette phrase : « La police a de plus révélé que les armes des garde-chasse étaient disparues de leurs étuis, ainsi que la carabine de calibre .308, habituellement gardée à l’intérieur du camion. »

         Dans Le Nouvelliste, quotidien de Trois-Rivières, on apprend quelques détails supplémentaires le 12 septembre 1972 : [8]« Saint-Louis-de-Blandford – Les corps de deux gardes-chasse ont été retrouvés, hier, dans un bois situé entre Notre-Dame de Lourdes et Saint-Louis-de-Blandford dans le comté d’Arthabaska.  Les corps étaient, selon les quelques renseignements reçus, criblés de balles et avaient été cachés sous des feuilles mortes à quelque cent pieds d’un camion du ministère de la Chasse et de la Pêche qu’ils avaient utilisé pour se rendre dans le rang où les attendaient un ou des meurtriers.  Les deux gardes-chasse, M. Médéric Côté, du 1925, avenue Marcoux à Plessisville et M. Ernest Saint-Pierre de Daveluyville, ont été retrouvés par un confrère de travail, M. Claude Brunelle qui effectuait avec les agents de la Sûreté du Québec depuis le matin des recherches aux environs de Saint-Louis.  M. Côté était âgé de 62 ans et était garde-chasse depuis 23 ans alors que M. Saint-Pierre était âgé de 52 ans et travaillait depuis 12 ans au service du ministère du Tourisme de la Chasse et de la Pêche.  Le caporal Yvon Fauchon de l’escouade des homicides de Montréal, chargé de l’enquête, a dit qu’il s’agit d’un meurtre crapuleux, d’un meurtre gratuit; c’est aussi grave qu’un meurtre de policiers.  En réponse à de pressantes questions venant des journalistes, M. Fauchon a tout simplement demandé la discrétion afin d’aider l’enquête.  Il a tout de même avoué que « des douilles de divers calibres ont été retrouvées sur les lieux du crime par les agents enquêteurs. »  Des fusils ont aussi été retrouvés (probablement une mitraillette M-1).  M. Fauchon, qui parlait au nom du chef-enquêteur, le caporal Jacques Gaboury, n’a pas voulu donner de détails sur le rapport qui pourrait exister entre le vol effectué la semaine dernière à Daveluyville et le double crime d’hier à quelques milles de là.  Il n’a pas voulu donner de détails sur les suspects possibles. »

         Mesrine et Mercier auraient-ils attaqué aussi la Caisse Desjardins de Daveluyville?  Aucun autre article dans Le Nouvelliste n’a pu être trouvé à cet effet.

         « On fait un rapprochement pour le meurtre avec l’évasion de deux prisonniers de St-Vincent-de-Paul, suite à un hold-up perpétré à Devluyville.  On signale même les noms de Jacques Mesrine et J.-C. Mercier. »

         Si La Presse n’avait pas osé donner les noms, le quotidien de Trois-Rivières n’a pas hésité un instant à être plus clair.

         « Les deux gardes-chasse, Côté et Saint-Pierre, sont allés faire une ronde comme à l’habitude, dimanche après-midi dans le rang « la petite Belgique », rang qui aurait déjà donné du trouble aux gardes-chasse l’an dernier alors que deux personnes de Trois-Rivières auraient été difficilement expulsées des lieux. »  Une ronde comme d’habitude?

Décidément, la version fournie par Le Nouvelliste était différente sur plus d’un point de vu, ne faisant aucune mention sur le fait que Côté et St-Pierre répondaient à un quelconque appel pour des coups de feu.

« Vers 23 heures, dimanche, les épouses des gardes-chasse ont commencé à douter, ce n’est pourtant que vers 5 heures hier matin, qu’elles ont averti la Sûreté du Québec, à Victoriaville.  Après de nombreuses heures de recherches intensives, on retrouva les corps des deux victimes à quelques 10 pieds du rang, cachés sous des feuilles.  On venait de retrouver le camion des gardes-chasse à une centaine de pieds des victimes, dans un ravin, vers 12h15.  Apparemment, les bandits auraient poussé le camion dans le ravin afin de pouvoir prendre la fuite, après avoir abattu les deux gardes-chasse.  De toute évidence, les bandits qui se cachaient à cet endroit, se sentant pris en souricière à l’arrivée de gardes-chasse, auraient pris l’unique façon de s’en sortir : le crime. »

         Encore une fois, Le Nouvelliste apporte plus de détails quant à la scène de crime.  En arrivant, les gardes-chasse se seraient donc positionnés de façon à bloquer le passage aux suspects, qui se sont probablement sentis coincés, car le rang de la Petite Belgique est un cul-de-sac.  En mariant ce détail à leur haine viscéral pour les uniformes, le reste n’est pas bien difficile à imaginer.

         Le 13 septembre 1972, on retrouvait la nécrologie d’Ernest Saint-Pierre dans Le Nouvelliste.  On y corrigeait son âge (54 ans) en plus de mentionner le nom de sa femme, de ses enfants et de tous ceux qu’il laissait dans le deuil, détails que je ne donnerai pas ici pour une raison évidente de respect.

         La dépouille fut exposée aux salons de L. Gaston Gaudet à Daveluyville et inhumée le 14 septembre 1972.

         Le 17 octobre 2010, je me suis rendu dans le rang de la Petite Belgique.  Sur place, j’ai découvert qu’il semblait davantage se situer sur le territoire de la municipalité de Manseau, au nord de l’autoroute 20, tandis que Saint-Louis-de-Blandford se situe juste au sud.  L’endroit ne semble pas avoir beaucoup changé en 38 ans, si je me fis aux photos de La Presse ainsi que celles du Nouvelliste de 1972.  C’est un rang de bois, ou pratiquement une trail comme diront certains, comme on en voit beaucoup au Québec.  Mais de savoir que ces deux meurtres gratuits ont été commis là par deux des plus célèbres criminels ayant marqué l’histoire du Québec, y a de quoi frissonner au moins un peu.

Le rang est toujours sans issue mais situé, à vol d’oiseau, à quelques kilomètres seulement de l’autoroute 20 qui relie Montréal et Québec.

         Le souvenir de Côté et St-Pierre, qu’on surnomme la plupart du temps et simplement « les deux gardes-chasse », sans aucune connotation péjorative, est encore bien présent dans la mémoire collective de la région.  Se rappeler des victimes est aussi une façon de faire l’Histoire, pour ne pas les oublier et ainsi éviter que l’image entretenue par certaines personnes envers un personnage aussi flamboyant que Mesrine ne soit pas parfaite.  Car nombreux sont les braqueurs, malgré leurs explications souvent douteuses, ont fini par verser le sang des innocents.

Quant aux familles, les véritables héros resteront toujours les disparus.

Épilogue

 

C’est sur cette note que Jacques Mesrine laissa le Québec, il y a maintenant 38 ans.  Il fit la rencontre de Jocelyne Deraîche et quelques mois plus tard pour le Vénézuela avec Mercier et la mystérieuse Lizon.

Jacques Mesrine ne devait plus jamais remettre les pieds au Québec.  Une erreur s’est d’ailleurs glissé récemment sur le site de Cyberpress avec une photo de Mesrine et Schneider sur la banquette d’une voiture qu’on disait avoir été prise en 1978.

Quand à Jean-Paul Mercier, il rentra au Québec quelques mois plus tard et fut reconnu coupable dans l’affaire des gardes-chasse.  Toutefois, il s’évadera à nouveau du pénitencier de St-Vincent-de-Paul en 1974 avant d’être abattu par des policiers alors qu’il braquait une banque de Montréal.

Quant à lui, Mesrine sera aussi abattu par la police parisienne le 2 novembre 1979, porte de Clignancourt.

Bibliographie :

–          Aimé-Blanc, Lucien.  La chasse à l’homme, la vérité sur la mort de Mesrine.  Paris, Plon, 2002.  242 p.

–          Auger, Michel.  « Capture des évadés Ouellette et Lafleur ».  La Presse.  25 août 1972, p 3.

–          Le Petit Journal, 24 août 1972.

–          La Presse, 2 juillet 1969.

–          La Presse, 18 août 1969.

–          La Presse, 22 août 1972.

–          La Presse, 23 août 1972.

–          La Presse, 24 août 1972.

–          La Presse, 25 août 1972.

–          La Presse, 26 août 1972.

–          La Presse, 28 août 1972.

–          La Presse, 29 août 1972.

–          La Presse, 30 août 1972.

–          La Presse, 31 août 1972.

–          La Presse, 1er septembre 1972.

–          La Presse, 4 septembre 1972.

–          La presse, 6 septembre 1972.

–          La Presse, 7 septembre 1972.

–          La Presse, 8 septembre 1972.

–          La Presse, 11 septembre 1972.

–          La Presse, 12 septembre 1972.

–          La Presse, 13 septembre 1972.

–          Le Nouvelliste, 12 septembre 1972.

–          Le Nouvelliste, 13 septembre 1972.

–          Le Nouvelliste, 14 septembre 1972.

–          Le Soleil, 4 janvier 1971.

–          Le Soleil, 16 janvier 1971.

–          Le Soleil, 19 janvier 1971.

–          Le Soleil, 21 janvier 1971.

–          Le Soleil, 22 janvier 1971.

–          Le Soleil, 23 janvier 1971.

–          Le Soleil, 26 janvier 1971.

–          Le Soleil, 27 janvier 1971.

–          Le Soleil, 28 janvier 1971.

–          Le Soleil, 29 janvier 1971.

–          Le Soleil, 1er février 1971.

–          Le Soleil, 2 février 1971.

–          Le Soleil, 4 février 1971.

–          Le Soleil, 5 février 1971.

–          Le Soleil, 6 février 1971.

–          Mesrine, Jacques.  L’Instinct de mort.  Paris, Éditions Jean-Claude Lattès, 1977.  Réédité, Paris, les Éditions Champ Libre, 1984.  392 p.

–          Ouimet, Pierre.  « Plus que jamais la réforme du système pénitentiaire canadien est remise en cause ».  La Presse.  26 août 1972. p 6.

–          Wikipédia.  Jacques Mesrine.  [en ligne], consulté 14 octobre 2010.

–          Wikipédia.  Jean-Pierre Goyer.  [en ligne], consulté 16 octobre 2010.

–          Wikipédia.  Élection fédérale canadienne de 1972.  [en ligne], consulté 16 octobre 2010.

–          Richet, Jean-François.  L’Instinct de mort.  Film cinématographique.  2009.  113 min.  DVD.

–          Richet, Jean-François.  L’Ennemi public No 1.  Film cinématographique.  2009.  …min.  DVD.

–          Société Radio-Canada, les archives de Radio-Canada.  Mesrine, l’ennemi public, est abattu.   Diffusé 2 novembre 1979, dernière mise à jour 2 novembre 2009, http://archives.radio-canada.ca/societe/criminalite_justice/clips/17051/


[1] M1 n’est pas un calibre mais un modèle d’arme à feu.  On en a produit plus de 6 millions d’exemplaires.  Son calibre était de 7,62X33 mm (.30 Carbine).  Fabriqué depuis 1937, il en existe cependant de nombreuses variantes.

[2] Auger, Michel, La Presse, 25 août 1972.

[3] Aujourd’hui St-Bernard.

[4] Aujourd’hui St-Nacrisse-de-Beaurivage.

[5] Carabine M-1.

[6] Mesrine confirme cette date dans son livre de 1977.

[7] 46° 17’ 02’’  71° 58’ 27’’.  La commission de toponymie du Québec stipule clairement que le rang de la Petite Belgique est situé à Saint-Louis-de-Blandford.  Sur le terrain, toutefois, le rang porte uniquement le nom de « Belgique », bien que les gens de la place le connaissent comme « la Petite Belgique » et on y a accès par la municipalité de Manseau, au nord de l’autoroute 20, tandis que Saint-Louis-de-Blandford se situe au sud de la même autoroute.

[8] Article signé Laurier Gardner.