L’affaire Lambert (partie 3)

Nora tombe

Dans l’affaire Lambert, une aura de mystère persistante semble vouloir nous faire travailler fort.  Je pourrai au moins dire que j’ai appris.  Avec cette histoire, j’ai découvert une pelletée de nouvelles banques de données, des détours parfois avantageux et aussi des raccourcis profitables.  Voici donc nos derniers développements.

Pour ce qui est de nos demandes, nous essuyons encore les refus…  La SQ nous a informé que le dossier était depuis longtemps archivé.  Nous possédons donc déjà ce qui est public, c’est à dire l’enquête du coroner.  Nous devrons donc nous contenter de cette mince feuille.  L’hôpital de Sept-Îles nous a informé ne pas pouvoir divulguer le dossier de Nora.  Seule la raison du décès aurait pu nous être indiquée si nous ne l’avions pas sue.  La Protection de la Jeunesse nous a confirmé que les dossiers sont détruits lorsque les enfants atteignent la majorité.  Il nous reste le dossier carcéral et la possible demande de pardon avec le Centre Correctionnel Canada.  Il va sans dire que je fonde beaucoup d’espoir sur cette source d’information.  J’ai bien peur que sans celle-ci, il ne nous reste que des témoignages à obtenir pour tenter de retracer la vérité.

Dans l’éventualité où les embûches continuent de joncher notre quête, je dois décortiquer ce qu’il nous reste.  Pour trouver des témoins vivants et collaborants, il faut chercher.  J’ai donc séparé mon enquête en trois sous-enquêtes: la période de jeune adulte de Marcel lorsqu’il a été incarcéré à Bordeaux pour une histoire de faux chèques en 1963, la période du meurtre à Sept-Îles en 1977 et la période de sa libération jusqu’à son décès.

mccord
Banque Royale du Canada, avenue Laurier, 1911, Musée McCord

Pour son incarcération, j’ai contacté la banque RBC au coin des rues Laurier et du Parc à Montréal où Marcel aurait déposé un faux chèque à l’automne 1962.  Cette institution est la même.  Je voulais du moins tenter de savoir sur quels noms (ou prête-noms) des fraudes avaient eu lieu à ce moment-là.  Le conseiller de la banque m’a rapidement et gentiment répondu que les données pour de telles dates étaient détruites mais que malgré cela, ils ont pris soin de faire plusieurs vérifications pour s’en assurer.  Dans l’affaire des faux-certificats, plusieurs indices me laissent croire que Marcel y était impliqué et aurait obtenu une clémence pour couvrir certains faits mais j’y travaille encore.  Avec la généalogie et la Gazette officielle sur BAnQ (qui me fait entre-temps découvrir un paquet de corruptions innommables), j’essaie de faire des liens et de consolider ma théorie.

J’essaie aussi de me familiariser avec l’historique familiale des Lambert.  Un soir, je suis allée discuter avec Michel et il avait étalé sur sa table de cuisine tout ce qu’il possédait dans ses souvenirs.  De son dernier dossier de la DPJ, en passant par des signets nécrologiques du début du 20e siècle jusqu’à des photos autographiées de pin-up, nous avons tout scruté.  La généalogie de Michel est faite des deux côtés.  On y découvre entre-temps des choses spéciales comme son grand-père paternel qui fut veuf à deux reprises, cette information étant cachée dans l’acte de son troisième mariage.  On a aussi découvert un possible enfant né hors-mariage.  Toutes ces trouvailles ne nous ont pas menées vers la réponse ultime mais en maîtrisant l’entourage et les faits, nous nous accordons plus de chances de déceler un détail plus important qu’en apparence.  L’avantage avec Michel, c’est qu’il est très vif et son bon jugement me permet d’échanger sans hésitation.

Pour ce qui est de la période du meurtre, j’ai fait une liste des témoins potentiels.  Certains étaient décédés, comme le gérant du bar.  J’ai toutefois réussi à retracer des gens.  D’abord la sœur de la gardienne des Lambert le soir du meurtre.  J’ai pu m’assurer de contacter la bonne personne grâce à la généalogie.  Elle a accepté de me parler.  Elle m’a confirmé que sa sœur n’avait jamais gardé à cet endroit avant le drame.  Bien évidemment, cet événement l’avait énormément troublée.  Assez pour avoir voulu partir très loin lorsqu’ils ont appris que Marcel allait obtenir sa libération.  Il a purgé une si petite sentence que la gardienne n’était même pas encore majeure.  Ce que je trouve important dans cette information, c’est qu’ils ont su que Marcel sortait de prison.  Cela m’indique donc, bien que subjectif, que cette libération n’était pas tellement un secret de polichinelle…

yvon8
Le Nouvelliste, 27 octobre 1982

Me voilà donc rendue au spectacle sadomasochiste.  Qui étaient donc Monsieur et Madame Sexe?  Il m’a fallu essayer plusieurs mots-clé sur les archives de journaux en ligne pour finalement tomber sur un article qui parle du quotidien de ce couple, les nommant aussi au passage.  Avec l’aide de mon ami Pascal Pilote, j’ai retracé Monsieur Sexe.  Je l’ai contacté via Messenger.  Très sympathique et collaborant, cet homme ayant eu une carrière peu singulière dans le spectacle hors-norme et dans les Records Guinness a accepté de m’expliquer ce qu’il a vécu ce soir-là.  Ayant fait la couverture du Allô-Police, il se rappelait vivement de cet événement.  Il m’a dit qu’il avait bel et bien fait un spectacle le soir du 24 janvier 1977.  C’est le lendemain que la police serait venue le chercher dans sa loge pour expliquer l’affaire du meurtre et l’alibi de Marcel comme quoi il avait été influencé par le show.  Le couple aurait donc été tenu de rester à Sept-Îles jusqu’à ce que les témoignages de l’enquête du coroner soient terminés.  Marcel Lambert ayant plaidé un acte de folie en raison d’un black-out et rejetant la faute sur le spectacle, ils ont dû présenter leur prestation devant le jury du coroner. Selon lui, le jury a déclaré que le spectacle n’était pas une preuve et ne pouvait pas être la cause du geste de Marcel.

J’ai aussi rejoint via courriel l’homme qui fut une des dernières familles d’accueil de Michel, un enseignant de la TÉLUQ et aussi famille d’accueil et adoptive pour la Protection de la Jeunesse. Cet homme a un parcours professionnel très impressionnant. Michel garde un bon souvenir de cet endroit. Cet enseignant a accepté d’échanger avec moi via courriel. Il ne savait pas du tout l’origine du parcours de Michel. Il en était étonné. Il se rappelle seulement ce moment émouvant où Michel a quitté de son gré pour voler de ses propres ailes, malgré lui. On apprend donc que cet homme pourtant très outillé pour aider cet adolescent n’avait pas eu l’heure juste sur le jeune qu’il hébergeait. Il m’a demandé de lui passer le bonjour et suite à mes compliments sur son parcours d’aidant naturel pour les jeunes, il m’a raconté brièvement ses multiples adoptions avec la Protection de la Jeunesse.

Michel a aussi rejoint sa tante, sœur de Nora, par téléphone.  Elle vit en Ontario.  L’enquête a soulevé des questionnements qu’il voulait discuter avec elle.  Qu’avait-elle vécu suite au meurtre?  Elle lui a dit que la famille a subi un total éloignement de Michel et Lucien.  Suite aux funérailles, elle n’a pas été capable de reprendre contact.  La famille aurait voulu s’occuper des enfants mais cela lui aurait été refusé.  Ensuite, la famille n’a pas eu de nouvelles et à cette époque, il était difficile de retracer des enfants qui se promenaient d’un foyer d’accueil à un autre.  Pourquoi ont-ils été confiés à la DPJ plutôt qu’à la famille maternelle?  On ne le sait pas.  Tout comme nous ignorons qui a pris la décision de remettre les enfants à Marcel dès sa sortie de détention.  S’il avait obtenu une clémence quelconque, peut-être que les services sociaux n’ont pas eu le choix de le remettre car légalement, il n’avait plus le statut qui lui avait valu une sentence.  Après tout, s’il plaidait la folie pour son meurtre, la dangerosité pour les enfants devait être sérieusement à considérer.  Et si ce n’est pas ce qui s’est passé, comment se fait-il que ceux qui devaient protéger nos enfants ont jugé que de les remettre à Marcel était la décision adéquate?

lucien
Michel à Sept-Îles

J’aimerais beaucoup retracer la toute première famille d’accueil de Michel à Sept-Îles mais son nom très commun me donne du fil à retordre.  En analysant une photo de Michel en bicyclette, j’ai pu découvrir avec Google Street view que cette famille résidait probablement dans un immeuble de la rue Corossol à Sept-Îles juste derrière la rue Marsolet, lieu de résidence de Marcel et Nora avant le drame.  Les registres fonciers antérieurs trouvés avec les numéros de lots m’ont permis d’apprendre qui en étaient les propriétaires et j’y travaille encore.

Je n’espère pas trouver la réponse: je vais la trouver.  Je n’obtiendrai satisfaction que lorsque je l’aurai.  On ne cherche pas un corps, ni un meurtrier.  On cherche une information de nature publique, soit la sentence et la libération d’un individu ayant commis un acte criminel.  Ce ne sera peut-être pas des papiers légaux.  Mais ce sera une réponse pour laquelle je saurai que ça fait du sens, qu’on est devant quelque chose de plausible et évident.

J’espère sincèrement vous revenir avec une réponse assez vite.

Merci de nous suivre dans cette difficile mais belle enquête.

 

Références
Lagarde, André, Le scandale des faux-certificats, la clé du casier 5T7, Le Sieur, 1964
Généalogie: Michel Lambert et http://www.genealogiequebec.com
Allô-Police, 5 février 1977, microfilms à la grande bibliothèque, BAnQ
Registres fonciers: http://www.registrefoncier.qouv.qc.ca

 

Publicités

Le meurtre non-résolu de Suzanne Blanchard

 

15268068_10157918973430002_8463742540231407145_n

Le 9 août 1982, Suzanne Blanchard finissait sa journée de travail.  Elle œuvrait dans le milieu de la télévision et elle travaillait à ce moment-là pour la populaire publicité « Moi, je bois mon lait comme ça me plaît ».  Aux dernières nouvelles, elle prévoyait partir avec des copines pour Ogunquit.  Ses deux enfants ainsi que ceux de son conjoint, de qui elle s’était très récemment séparée, étaient en colonie de vacances, au camp Cœur-Joie. Elle avait laissé sa voiture au garage de son ancien conjoint pour qu’il puisse la réparer.  Elle aurait donc été reconduite au coin du garage en début de soirée, soit au 900, rue St-Grégoire à Montréal.  On a ensuite perdu sa trace.  Le 13 août à 11h14 du matin, son ancien conjoint a logé un appel à la police pour signaler la disparition de Suzanne.  Il a dit trouver curieux qu’elle ne soit jamais venue reprendre sa voiture réparée.  Les policiers sont allés voir à l’appartement de Suzanne sur la rue Cherrier mais n’ont rien décelé d’inhabituel, outre que les portes étaient débarrées.  Quelques heures plus tard, par cette belle journée d’été, deux plaisanciers en pédalo remarquaient un curieux objet flottant sur le Lac des Deux-Montagnes.  C’est en s’approchant qu’ils découvrirent le corps de Suzanne qui gisait. Elle se trouvait alors à 200 pieds environ de la rive, face au parc Godin à Ste-Anne-de-Bellevue.

27867499_10160047573205002_1642254114022594032_nSuzanne, 37 ans, mère de deux adolescents, avait subi une mort violente.  L’autopsie, pratiquée par le Docteur André Lauzon démontra que son corps avait séjourné dans l’eau de 2 à 3 jours.  Il lui a été difficile de déterminer la cause exacte de sa mort.  Elle avait deux plaies pénétrantes au cou de 5 et 2,5 cm de largeur.  Toutefois, ces plaies n’avaient pas la profondeur pour être mortelles.  De plus, elle avait plusieurs tours de ruban gommé beige autours du cou, par dessus ses cheveux.  Le Dr Lauzon suggère que ce ruban ait été mis en place pour freiner le saignement car ce lien n’était pas suffisamment serré pour provoquer une asphyxie.  Ses mains comportaient des plaies de défense linéaires, notamment sur le dessus de la main, suggérant la position de main sur la gorge pour empêcher l’objet tranchant/piquant d’atteindre cette fragile partie du corps.  Elle avait aussi deux grosses plaies à la tête, dont une en forme de U à l’envers.  Elle avait aussi le visage gonflé et un ecchymose à l’œil.  On l’avait frappée et tout cela de son vivant puisque le corps démontrait des signes de défense et de circulation sanguine au niveau des plaies.  L’autopsie démontre que les coups portés à la tête étaient d’un impact ne provoquant pas la mort mais certainement une perte de conscience.  Malgré toutes ces blessures, le docteur n’écarte pas la possibilité que Suzanne soit finalement décédée par noyade.  Elle portait encore ses vêtements mais on n’a jamais retrouvé son sac à main.  Des prélèvements pour tenter de vérifier si elle avait été agressée sexuellement n’ont pas pu se faire puisque le corps avait séjourné trop longtemps dans l’eau.

Au retour du camp de vacances, les enfants de Suzanne ont appris la terrible nouvelle.  Pour Marie-Claude, cela semblait irréel jusqu’à ce qu’elle voit pour la première fois, 5 ans plus tard, le visage de la dépouille de sa mère dans le Allô Police.

L’ancien conjoint a été interrogé.  Refusant le test du polygraphe, il aurait été relâché car rien ne pouvait objectivement l’incriminer dans la mort de Suzanne.

49696302_10161368123410002_4156514734541111296_nEn 2009, une lettre anonyme a été envoyée à Claude Poirier au Journal de Montréal. Comme le chroniqueur n’était pas à l’emploi du journal à ce moment-là, la lettre fût envoyée au SPVM, à l’attention des homicides non-résolus.  Celle-ci donnait des détails sur les personnes qui auraient commis le meurtre.  Les enquêteurs ont interrogé une personne d’intérêt mais cela n’a malheureusement pas pu aboutir à une arrestation.  De plus, ils n’ont pas pu trouver qui était l’auteur(e) de la missive.

En 1991, la boîte d’objets pouvant contenir des preuves biologiques a été détruite, apparemment par manque de place, ce qui complique donc la résolution de cette affaire.  Malgré tout, Marie-Claude ne baisse pas les bras et espère que d’autres approches ou encore des témoignages puissent faire avancer le cas de sa mère.  Or, cette croisade l’a emmenée à participer à des productions traitant de cas similaires à celui de Suzanne, à apprendre avec brio à faire des recherches dans les archives de journaux et à s’impliquer comme vice-présidente dans l’organisme Meurtres et Disparitions Irrésolus du Québec, une initiative de Stéphane Luce qui se spécialise dans l’affichage des victimes de meurtres ou disparitions non-résolus.

 

Références
Enquête du coroner (verdict de Roch Héroux, autopsie et rapport d’événement de la CUM), BAnQ Vieux-Montréal
Photos: Marie-Claude Blanchard et Stéphane Luce pour Meurtres et Disparitions Irrésolus du Québec.

Alice Paré, 1971

Documentation

Malheureusement, les documents relatifs à l’enquête du coroner, qui sont sans doute les plus précieux pour reconstituer une affaire de meurtre non résolu, sont aujourd’hui introuvables. En raison de cette absence d’information de première main, demeurons conscients que notre reconstitution à propos des circonstances entourant le meurtre d’Alice Paré ne pourra pas être aussi détaillée et fidèle à la réalité que nous le souhaitions. Le présent texte se base donc principalement sur la revue de presse.

Pour ceux et celles qui seraient tenté de voir dans cette absence documentaire une forme quelconque de complot, nous rappelons que ce genre de « trou documentaire » existe, tout simplement. La Loi sur les archives, apparue seulement en 1983, n’a pas pu tout contrôler.  Il existe, par exemple, des trous archivistiques énormes qui s’étendent sur des décennies dans le fonds des enquêtes de coroner pour le district de Trois-Rivières. Toute tentative de trouver une explication à un tel vide informationnel serait un pas de plus vers une réponse biaisée et vide de sens.

Ceci dit, les autres dossiers traités par le coroner Thibault (celui qui a enquêté sur la mort d’Alice Paré) sont pourtant à leur place dans la boîte d’archives que nous avons consultée en 2017. Pourquoi alors celui d’Alice Paré est-il absent? Parce qu’il s’agit d’une affaire non résolue et que les autorités de l’époque ont préféré le conserver dans le dossier de police dans l’éventualité de traduire un suspect en justice? Nous ne croyons pas que cela ait un lien puisque pour la plupart des autres affaires non élucidées ces enquêtes sont disponibles.

Les circonstances du décès

Alice Paré est née le 4 janvier 1957. En 1971, on la décrivait comme une jeune fille de 14 ans plutôt « fluette » de 70 livres et mesurant 4 pieds et 5 pouces. Elle habitait avec ses parents, au 667 boulevard Mercure, à Drummondville. Elle était une étudiante modèle, timide et très rangée.

En 1971, Alice Paré fréquentait l’école secondaire Jeanne-Mance. Le jour de sa disparition, elle a quitté cette école pour se rendre à son cours de musique dispensé dans un pavillon du Cégep de Drummondville.

Le mercredi 17 février 1971, Alice s’est rendue à son cours de flûte traversière au Cégep de Drummondville, plus précisément au pavillon Gilles Fortin, situé au 466 rue Saint-Jean. Le local était situé juste au-dessus d’un bar-salon, la Brasserie La Bourgade. Ce cours devait avoir lieu de 17h30 à 18h00, mais elle arriva en retard d’une dizaine de minutes. Le professeur, Marcel Saint-Jacques, ne l’avait pas attendu. Il était déjà parti.

Déçue, Alice emprunta 5¢ à Louise Larocque, une amie de son âge, et un autre 5¢ à Jean Vanasse, un jeune homme de 19 ans.

En sortant du pavillon, Alice traversa la rue Saint-Jean pour entrer dans une cabine téléphonique avec l’intention d’appeler sa mère afin que celle-ci vienne la chercher. Malheureusement, le téléphone était hors d’usage, ce qui l’obligea à revenir vers le pavillon de musique. Là, elle discuta durant quelques minutes avec Louise Larocque. Peu après, Alice lui aurait fait part de son intention de retourner chez elle à pied. « Elle a même expliqué à son amie la route qu’elle suivait toujours pour rentrer à la maison, soit une marche d’environ 1,6 km, en passant par la rue Saint-Jean, Lindsay et boulevard Mercure »[1].

Finalement, vers 17h40, Alice salua sa copine et sortit dans la rue. Dans ses mains, elle traînait la valise contenant sa flûte traversière. Elle portait alors son costume d’écolière « de couleur verte, un manteau ciré à col blanc, un chapeau blanc et des bottes blanches trois-quarts. Elle a les yeux noirs, les cheveux bruns qu’elle portait longs, mesure quatre pieds cinq pouces et pèse 70 livres »[2]. On ne devait plus jamais la revoir vivante.

Une trentaine de minutes plus tard, l’inquiétude poussa Madeleine Marier, la mère d’Alice, à se rendre en voiture jusqu’au pavillon Gilles Fortin. Sur place, elle apprit que sa fille s’était décidée à quitter par ses propres moyens.

Selon un article de Benoît Aubry paru dans Le Nouvelliste le 24 février, on aurait d’abord cru à une fugue. Après quelques jours, cependant, il est devenu évident qu’il était arrivé quelque chose de sérieux. Selon cette source, Alice aurait été enlevée « alors qu’elle revenait de son cours de musique ». Y avait-il eu un cours de musique ou non?

Cette erreur de style pourrait laisser croire que son cours avait eu lieu comme prévu, mais, faut-il le répéter, le cours de musique n’a jamais eu lieu en raison du retard d’Alice, incident qui avait précipité le départ du professeur. D’ailleurs, dans le même article, Aubry apportait lui-même cette précision. Voilà le genre d’imprécision qui peut se glisser dans les journaux. Et c’est pourquoi nous ne considérons pas les journaux d’époque comme une source primaire d’informations et c’est là que l’enquête du coroner aurait très certainement pu nous aider à trancher sur de tels détails.

Mais revenons aux écrits d’Aubry. Cette disparition a affecté toute la population de Drummondville, au point où plusieurs personnes se souviennent encore du choc produit par l’incident. C’est du moins ce qu’on peut constater aujourd’hui sur les réseaux sociaux.

À l’époque, comme c’est le cas dans la plupart des affaires médiatisées, plusieurs signalements ont été rapportés à la police.

Déjà, les parents essayaient de se faire à l’idée qu’ils ne reverraient plus leur fille en vie. André Paré, un homme de 69 ou 70 ans, confia au journaliste Aubry : « C’est une horrible conclusion à tirer, mais, de cette façon, s’ils la retrouvent morte, nous serons préparés ». Madeleine Paré, la mère, était sous l’effet de sédatifs au moment de rencontrer le journaliste, mais cette prescription ne l’aidait apparemment pas beaucoup à surmonter cette épreuve. Selon elle, Alice « ne pouvait supporter d’être absente de la maison très longtemps. Elle aimait être dans sa chambre pour faire de la peinture ou des poupées ».

Le cas de Denise Therrien ayant probablement laissé des traces dans la mémoire collective, les compagnes de classe d’Alice avaient même commencé à amasser de l’argent dans l’éventualité où le ou les ravisseurs demanderaient une rançon. Toutefois, ce ne sera jamais le cas.[3]

Dans Le Nouvelliste du 25 février, on précisait que les recherches se poursuivaient et que la plupart des corps policiers du Québec étaient impliqués. D’après ce petit article de trois paragraphes, c’est le capitaine Ange-Aimé Allard qui était le principal enquêteur au dossier.

Le 10 mars, Le Nouvelliste mentionnait que deux autres jeunes femmes avaient aussi disparues. L’une de 20 ans était rentrée chez elle après avoir décidé « d’aller coucher chez une amie en omettant d’en avertir ses parents ». La deuxième, qui avait 17 ans et demeurait dans la partie sud de Drummondville, était disparue après avoir dit à ses parents qu’elle sortait pour aller chercher le journal. Heureusement, elle a été retrouvée rapidement.

Le 15 mars, un article du Le Nouvelliste parlait d’une peur collective contre les enlèvements de jeunes filles dans la région de Drummondville. En plus du cas d’Alice, on soulignait qu’une adolescente de 17 ans « a failli être enlevée de force par un automobiliste à l’angle de la 12ème avenue et de la rue St-Eusèbe à Drummondville ». La jeune fille a pu se libérer de l’emprise de son agresseur. Elle aurait ensuite tenté de rentrer chez elle à pied, mais l’agresseur serait revenu à la charge. C’est seulement en se réfugiant dans un restaurant que la jeune fille avait fini par retrouver une sécurité satisfaisante en téléphonant à la police. Le quotidien parlait de « l’agressivité peu commune » de l’adolescente, ce qui lui a peut-être sauvé la vie.

Toutefois, rien ne permet de relier un seul des trois précédents cas à celui d’Alice Paré.

Le 17 avril, on pouvait lire dans La Presse que la police venait de découvrir un indice « qui pourrait éventuellement permettre de retracer la jeune Alice Paré ».

Cette information s’avéra cependant être une fausse piste. Une montréalaise croyait avoir reconnu la flûte dans une vente aux enchères organisée dans le Vermont et qui avait été achetée par un montréalais. Après vérification, la flûte n’appartenait pas à la jeune disparue. Ce fut cependant l’occasion pour le quotidien montréalais de préciser qu’Alice était la petite-fille de l’ancien juge Joseph Marier de la Cour des sessions de la paix et que deux de ses oncles étaient toujours juges à Montréal. Ce constat permit à bien des gens de développer une hypothèse que nous verrons de plus près à la section suivante.

Le lundi 22 avril 1971, La Presse soulignait que le capitaine Roméo Martineau avait appris que la disparue était « une adolescente rangée et timide »[4]. Les journaux parlaient d’un enlèvement mais sans qu’on partage nécessairement avec le public des arguments solides en ce sens. À cette étape de l’enquête, la police avait fouillé la plupart des chalets en bordure de la rivière Saint-François. Ces recherches ont été menées par le capitaine Ange-Aimé Allard de la police de Drummondville.

Le 26 avril 1971, plus de deux mois après la disparition, vers 12h45, trois jeunes travailleurs – André Camirand, Yvon Lampron et Lucien Paquin – qui circulaient en voiture dans le 3e rang de Sainte-Clothilde, près de Victoriaville, ont remarqué quelque chose d’étrange au pied d’un arbre, à une soixantaine de pieds de la route. Selon certaines informations que nous avons reçues en 2017, ces trois hommes travaillaient plutôt dans un champ à proximité du lieu de la découverte. Toutefois, ces informations se sont plus tard avérées erronées puisqu’elles nous ont conduits au mauvais endroit.

Les premiers enquêteurs arrivés sur les lieux, selon Le Nouvelliste, ont été le caporal Fernand Potvin et l’agent André Cerutti de la Sûreté du Québec. « Le corps gisait dans un boisé d’une petite clairière à environ 125 pieds du chemin. La tête de la victime était en état de décomposition avancée mais le reste du corps était intact. Le corps était revêtu de bas culotte, d’une jupe et un gilet et une paire de bottes. Apparemment, il n’y avait aucune trace de coups sur le corps ».

Selon Allô Police, c’est plutôt à une soixantaine de pieds de la route (de gravier) que le cadavre a été retrouvé. « Le corps était recroquevillé sur lui-même, couché sur le côté gauche et, du chemin, il était possible d’apercevoir une paire de bottes blanches ». L’hebdomadaire à sensation faisait cependant erreur en utilisant le terme « recroquevillé » puisque selon une photo qu’il a lui-même publié et que nous avons choisi de ne pas reproduire ici, le corps de l’adolescente était plutôt arqué vers l’arrière.

La pauvre portait encore l’uniforme de son école Jeanne-Mance de Drummondville, « un chandail à col roulé jaune, une jupe en lainage vert, des bas-culottes et des bottes blanches »[5]. Le corps était abimé par la putréfaction et par certains animaux sauvages. Près d’elle, les policiers retrouvèrent son manteau rouge, dont les manches étaient tirées vers l’intérieur « comme si on l’avait enlevé rapidement sans prendre soin de les replacer. Le blouson de lainage vert […] avait aussi été enlevé et déposé près du cadavre de la jeune victime »[6].

Dans une poche de son veston, on a retrouvé la clé de son casier scolaire. Quant au chandail jaune, il était légèrement relevé et les manches étirées au-delà des mains. Le corps fut aussitôt transporté à la morgue Marcoux de Victoriaville où le père, André Paré, l’identifia formellement.

Le Dr Jean-Paul Valcourt, médecin pathologiste de l’Institut médico-légal, s’est rendu sur la scène de la découverte. C’est le lendemain matin qu’il s’est chargé de pratiquer l’autopsie. Puisque nous n’avons ni l’enquête du coroner ni le rapport d’autopsie, nous devons nous fier aux détails rapportés par Allô Police : « il [Valcourt] a attribué la mort à des symptômes d’asphyxie qui auraient pu être causée par strangulation. Le cadavre de l’adolescente portait également quelques ecchymoses sur une cuisse et sur son corps, mais il a été impossible de savoir si ces blessures avaient été causées avant ou après le décès. D’autres expertises en laboratoire ont été faites, mais les résultats ne sont pas encore connus. L’enquête policière a cependant démontré que la jeune fille n’avait pas souffert du froid avant sa mort puisque son ou ses meurtriers lui avaient enlevé la vie avant de la déposer dans le fourré où les passants l’ont retrouvée la semaine dernière ».

Dans un article de Michel Auger paru dans La Presse du 29 avril : « d’après la police, il est fort probable que la jeune fille qui avait été portée disparue, il y a deux mois, n’ait pas été violée ». À défaut de ne pouvoir consulter l’autopsie ou l’enquête du coroner, on doit se fier à Auger pour ce dernier détail.

C’est aussi par Le Nouvelliste qu’on sait que le corps a été ramené à la morgue Marcoux & Fils de Victoriaville vers 19h00 dans la soirée du 26 avril. C’est ainsi qu’on apprend que l’enquête qui suivit fut conduite par le coroner J.-Arthur Thibault. Le détective en charge de l’enquête était le caporal Jacques Gadoury. Ce dernier pouvait compter sur l’appui de l’agent Marcel Vigneault, ainsi que des agents des autres corps de police impliqués.

Selon Le Nouvelliste, le père était résigné depuis longtemps à cette idée selon laquelle sa fille serait retrouvée morte.

Puisque la flûte traversière d’Alice manquait toujours, la police demanda l’aide du public. Ainsi, le 29 avril, vers 18h00, Rosaire Laplante, un citoyen du boulevard Gamache à Victoriaville, qui avait lu La Tribune, contacta les enquêteurs pour leur signaler que le 24 avril il avait trouvé une flûte traversière ainsi que son étui près de la route 20, entre Saint-Albert et Sainte-Clothilde. Selon Allô Police, la flûte était de marque Armstrong. On ignore cependant de quel côté de la route l’instrument a été retrouvé. En fait, précisons que la flûte a été retrouvée à environ 2 milles de l’endroit où se trouvait le cadavre.

Les funérailles eurent lieu à l’église Sainte-Thérèse devant plusieurs centaines de personnes. Le cercueil a été porté par des étudiants de Drummondville. La couverture médiatique des obsèques permit d’apprendre que Me André Paré était le demi-frère de la victime.

Jusqu’à maintenant, le meurtre d’Alice Paré n’a jamais été résolu. Nous ignorons d’ailleurs si les enquêteurs ont déjà eu un suspect sérieux à leur disposition.

Hypothèse no 1 : les liens familiaux

La première hypothèse, qui n’est pas de nous, prend racine parmi les liens familiaux des Marier, c’est-à-dire du côté de la mère de la jeune victime. Selon les médias de l’époque, Alice Paré était la petite-fille de l’ancien juge Joseph Marier de la Cour municipale de Montréal. Elle était aussi la nièce du juge Marcel Marier, également de la cour municipale de Montréal; et du juge Eugène Marier, celui-là de la Cour supérieure du Québec. De plus, l’un de ses oncles, Me Paul Rousseau, était avocat. Et pour finir, un autre membre de sa famille, Gérard Marier, était prêtre, une vocation qui avait encore un certain prestige à l’époque.

Certains ont vu dans cette nomenclature une piste sérieuse. La question est maintenant de savoir si la petite Alice a été assassinée parce que certains membres de sa famille faisaient partie intégrante du système judiciaire? Par exemple, un criminel entretenant une haine envers le juge qui l’a condamné aurait-il pu vouloir se venger?

C’est ce que certaines personnes ont pensé, surtout en lien avec la fameuse Crise d’octobre de 1970 et le Front de Libération du Québec (FLQ). Puisque l’un des membres du FLQ aurait comparu devant l’un des juges Marier, la machine à rumeurs s’est emballée.

Dans L’Union des Cantons de l’Est du 20 mars 1952, on peut lire une brève nouvelle sur le grand-père d’Alice, le juge Joseph Marier, devant lequel avait comparu un certain Eugène Guillemette, accusé de voies de faits sur un certain Labrecque. Mais ce genre de détails, quoique historiquement enrichissant, ne nous amène à rien de concret.

Pour savoir si l’un des juges Marier aurait eu maille à partir avec un criminel à un point tel que ce dernier a trouvé la motivation nécessaire pour se venger en s’attaquant à l’un des membres de sa famille élargie, il faudrait réviser minutieusement toutes les causes qu’ils ont plaidées. Cette tâche est non seulement utopique mais complètement folle. Et parce que nous sommes incapables de la vérifier convenablement, il nous faut abandonner cette piste.

Néanmoins, soulignons au passage que le juge Eugène Marier, l’un des oncles d’Alice, s’est éteint le 4 janvier 2016. Il était marié à Yvette Paré. Il avait 90 ans.

D’autre part, nos recherches ont permis de découvrir qu’Émile Marier, le frère du juge Joseph Marier, était gérant de la Banque Canadienne Nationale à Saint-Germain-de-Grantham. Celui-ci avait confié à ses proches que si des voleurs osaient le braquer, il n’hésiterait pas un instant à ouvrir le feu en premier. Or, il s’est avéré que la phrase du vieil entêté de 71 ans est devenue réalité le 28 août 1964, lorsqu’un braqueur est entré dans la banque.

À l’arrivée de la police de Drummondville, on a retrouvé le revolver de Marier, dont le barillet contenait une douille et cinq autres cartouches prêtes à être utilisées. Marier avait donc eu le temps de tirer un coup en direction de son assaillant, mais ce dernier avait eu raison de lui. Le septuagénaire était mort.

L’enquête a été confiée au sergent d’état-major Richard Masson, celui-là même qui s’apprêtait à résoudre le meurtre de la jeune Denise Therrien à Shawinigan quelques mois plus tard. L’enquête mena à l’arrestation d’un homme de 28 ans répondant au nom de Claude Levasseur. Son procès s’instruisit le 28 avril 1965 à Drummondville devant le juge Paul Lesage. Il sera condamné à mort avant que sa peine soit commuée en emprisonnement à vie.

Il est très peu probable que cette affaire ait un lien avec notre enquête, mais il est intéressant de constater que les coïncidences judiciaires sont parfois étonnantes. Non seulement le juge Joseph Marier avait perdu son frère dans un sanglant hold-up, mais quelques années plus tard il perdrait aussi sa petite-fille dans des circonstances aussi peu réjouissantes. Dans ce dernier cas, cependant, le crime n’a jamais été résolu.

Une recherche nous a permis d’en savoir davantage sur les parents d’Alice. André Paré et Madeleine Marier se sont mariés le 18 octobre 1944 dans la paroisse Saint-Frédéric à Drummondville. André, 42 ans, est décrit comme « chimiste » sur le bulletin de mariage. Quant à Madeleine, 25 ans, on la décrivait comme une femme à la maison.

On retrouve un André Paré décédé le 29 juillet 1987 à Drummondville à l’âge de 85 ans, né le 14 janvier 1902. L’âge correspond. Il avait pour mère une certaine A. Raiche.

Hypothèse no 2 : le prédateur sexuel

Le jour de sa disparition, Alice ne pouvait pas prévoir que son cours de musique serait annulé en raison de son retard. Elle ne pouvait prévoir non plus que la cabine téléphonique serait en dérangement. Ces deux éléments tendent à démontrer que la théorie de l’agresseur opportuniste est la plus plausible. L’enlèvement ne semble pas avoir été planifié à l’avance. N’oublions pas qu’Alice a également pris elle-même la décision de rentrer chez elle à pied, ce qui veut dire que cela n’était pas dans ses habitudes.

Brasserie La Bourgade à Drummondville, vers 1971. Le suspect que nous appelons Nils Bjurman avait l’habitude de traîner dans ce bar à l’époque de la disparition d’Alice Paré. Or, le local situé juste au-dessus de cette brasserie est celui où Alice devait avoir sa leçon de musique le soir de sa disparition. Puisque son cours a été annulé et qu’elle a traversé la rue pour tenter d’appeler sa mère dans une cabine téléphonique, Bjurman – en admettant qu’il se trouvait à La Bourgade ce soir-là – aurait eu tout le temps nécessaire d’observer la jeune fille.

Toutefois, ces éléments ne nous permettent pas de déterminer si son agresseur la connaissait ou non.

De plus, si on part de l’idée qu’Alice a été enlevée par un ou plusieurs hommes, ce ne fut certainement pas pour discuter avec elle de la pluie et du beau temps. Il faut se questionner à savoir pourquoi un adulte propose d’embarquer une adolescente de 14 ans dans son véhicule. S’il la connaissait, a-t-il convaincu Alice en lui proposant de la reconduire chez elle? Sinon, quel subterfuge a-t-il utilisé pour la faire monter avec lui?

Nous croyons possible, même s’il n’y a pas eu viol, que l’intention du ou des individus était l’agression sexuelle. Nombre de tueurs, qu’ils soient séquentiels ou non, sont d’abord motivés par un fantasme sexuel, ce qui ne signifie pas pour autant qu’ils parviennent à réaliser tous les détails du plan qu’ils s’étaient donnés au départ.

Malheureusement, nous ne possédons aucun élément important pouvant nous permettre de présenter un scénario de ce qui a pu se passer entre le moment de sa disparition et celui où on l’a laissé dans ce boisé.

Cependant, il semblerait plausible de penser que son agresseur a agi de façon spontanée. Il passait par là et a vu, ce jour-là, une occasion de s’en prendre à une jolie et jeune adolescente.

En 2017, un suspect nous a été proposé dans cette affaire. Nous l’appellerons Nils Bjurman, en « l’honneur » – ou plutôt devrions-nous dire en déshonneur – de l’un des personnages les plus détestables de la célèbre trilogie cinématographique Millénium. Cet homme, un criminel récidiviste, est toujours vivant.

Selon notre informateur, Bjurman aurait à son actif un crime similaire, à savoir l’attaque sauvage d’une jeune fille qu’il aurait laissée pour morte dans un motel après l’avoir agressé sexuellement vers la fin des années 1970. Jusqu’à maintenant, il nous a été impossible de prouver la véracité de ce crime.

En revanche, nous avons obtenu son casier judiciaire. En mars 2018, ce septuagénaire bien connu des policiers était de nouveau arrêté pour trafic de stupéfiants. À notre connaissance, il a toujours habité dans le secteur de Drummondville.

Outre cette feuille de route, notre informateur nous dit qu’en 1971 Bjurman avait l’habitude de fréquenter la Brasserie La Bourgade. Or, le local situé juste au-dessus de cette brasserie était le pavillon où Alice Paré avait l’habitude de suivre ses leçons de musique. Le soir de sa disparition, Bjurman s’y trouvait-il? Aurait-il eu le temps de l’observer? Lui aurait-il proposé de la raccompagner? Ou alors aurait-il utilisé la force pour la faire monter à bord de sa voiture?

En admettant que Bjurman aurait fait monter Alice dans sa voiture entre La Bourgade et la résidence des Paré, notre informateur nous a fait remarquer que celui-ci, étant donné l’endroit où le corps a été retrouvé par la suite, a été obligé de traverser la ville avec Alice à bord de son véhicule. Cette idée peut sembler surprenante mais pas impossible.

Voyons maintenant le passé criminel de Bjurman. Signalons au passage, malgré une fouille intensive des fiches du plumitif du district de Drummondville couvrant les années 1970, il nous a été impossible de trouver une accusation ou condamnation antérieure à 1986.

Le 12 décembre 1986, Bjurman était condamné pour une infraction au code de la sécurité routière qui lui valut une amende de 25$. Le 4 février 1987, il plaidait coupable à une accusation relative à la loi fédéral sur les stupéfiants : ici l’article 3 précise qu’il est question de publicité interdite. Il se mérita 50$ d’amende ou 15 jours de prison.

Quelques jours plus tard, soit le 16 février 1987, il plaidait coupable à une accusation relative au code de la sécurité routière, ce qui lui vaudra 200$ d’amende avec délai de 3 mois pour payer. Le 21 février 1987, il plaidait coupable à une accusation de délit de fuite devant le juge Marc Dufour, ce qui lui mérita 500$ d’amende ou deux mois de prison avec délai de 4 mois.

En fait, au fil des années, il plaidera coupable à de nombreuses accusations pour facultés affaiblies, et cela jusqu’en 2005, au point de se mériter une interdiction de conduite et même deux accusations d’entrave à un agent de la paix durant l’exécution de ses fonctions. Bref, c’est un récidiviste de la route et de l’alcool au volant.

Ce long cheminement nous montre à quel point cet homme peut avoir un problème avec la consommation de drogue et d’alcool, et surtout le fait de récidiver continuellement. En revanche, nous ne trouvons aucune trace dans ce casier judiciaire pour pouvoir en faire un suspect sérieux dans le meurtre d’Alice Paré. Personne ne peut le placer de façon formelle au bar La Bourgade le soir de la disparition. Personne ne l’a vu en sa compagnie, que ce soit en voiture ou à pied. Aucun indice matériel ne le relie à ce crime.

Certes, Bjurman connaît certains problèmes avec l’alcool, la drogue et la discipline, mais on est bien loin d’un prédateur sexuel. Est-ce que la police l’a seulement interrogé en lien avec l’affaire Alice Paré?

Conclusion

Selon une rumeur, le professeur de musique aurait été suspecté. Nous n’avons rien trouvé qui puisse appuyer cette hypothèse. Dans des causes aussi médiatisées, il n’est pas surprenant que les rumeurs partent dans tous les sens. C’était vrai en 1920 dans l’affaire Blanche Garneau et se l’était encore jusqu’à tout récemment dans l’affaire Cédrika Provencher. Alors, nous invitons le public à la prudence lorsque vient le moment de pointer une personne du doigt.

Dans une enquête de meurtre, tous les gens connus de la victime sont d’abord des suspects potentiels avant que des éléments viennent les éliminer à tour de rôle. Cette rumeur n’a rien de surprenant, tout comme elle n’a rien de sérieux non plus.

Force est d’admettre que nous n’avons aucun suspect sérieux dans cette affaire. Y en aura-t-il seulement un jour?


[1] Allô Police, 9 mai 1971.

[2] Benoit Aubry, Le Nouvelliste, 24 février 1971.

[3] Denise Therrien, 16 ans, a disparu en août 1961 à Shawinigan-Sud alors qu’elle se rendait à son premier emploi. Son corps a été découvert en avril 1965 dans un boisé. Marcel Bernier, le fossoyeur du cimetière St-Michel, en face duquel Denise avait été vue pour la toute dernière fois, a été condamné pour ce meurtre. Au cours de la période de disparition, quelques demandes de rançons ont été faites et toutes se sont avérées être des canulars. Le cas de Denise Therrien a retenu l’attention de tous les médias de la province de 1961 à 1966.

[4] La Presse, 22 avril 1971.

[5] Ibid.

[6] Ibid.

L’affaire Lambert (partie 1)

mariage3

C’est via notre courriel que Michel est entré en contact avec nous, il y a de cela quelques mois.  Sa mère, Nora Lavallée, a été assassinée par son mari en 1977 à Sept-Îles.  Michel nous a demandé si on aimerait l’aider à chercher des réponses puisque c’est presque tout ce qu’il savait de l’événement.  Je ne me doutais pas encore que son histoire allait être de plus en plus troublante.  Un défi de taille dans lequel on plonge pour un bon bout de temps.

photo2
Michel avec Nora 1 an avant le drame

Il avait 2 ans et son frère en avait 7.  Pratiquement orphelin, Michel sera aussi dépouillé de son grand frère car la protection de la jeunesse a placé les garçons séparément, un à Sept-Îles et l’autre à Thetford Mines.  Durant les 3 années et demi suivantes, ils ont quelques fois rendu visite à leur père en détention à Cowansville accompagnés d’intervenantes.

En 1981, Marcel Lambert était déjà libéré.  Étonnamment, il a pu immédiatement reprendre ses deux garçons et a vécu les quelques années qui lui restaient à Québec.  Durant ce temps, Michel n’a jamais su ce qui c’était réellement passé avec sa mère.  On lui a toujours dit qu’elle avait trouvé la mort dans un accident de voiture.  Son frère ainé, lui, l’a su.  On lui avait même déjà montré la troublante couverture du Allô Police de l’événement.  Mais Marcel lui avait fait promettre de ne pas le dire à son petit frère.  Alcoolique depuis déjà des années, il buvait beaucoup et depuis sa sortie de détention, il restait à la maison sans rien faire.  En 1988, quand Michel avait 13 ans, son père a eu un malaise cardiaque sous ses yeux.  C’est même lui qui avait appelé les secours.  Ce fût donc le début d’une deuxième tournée des familles d’accueil.  À 16 ans, écorché, il décide de quitter sa dernière famille d’accueil même si celle-ci était bienveillante pour lui.  Il a lâché l’école pour aller travailler.

À 22 ans, des ennuis l’ont amené à aller vivre temporairement chez sa grand-mère paternelle.  Un jour, en épluchant des souvenirs et des photos, il est tombé sur quelque chose de gros.  Un procès dont son père avait été accusé.  C’était le meurtre de sa mère.  Sa vie venait de basculer.  Il me dira même au téléphone : « Ce moment-là, vous ne pouvez pas savoir ce que ça m’a fait ».  Il a tout lu mais sur le choc, il n’a pas tout retenu.  Il se rappelle surtout des mots « négligence criminelle » et du rapport du psychiatre qui faisait état de ses troubles de la personnalité.  Quand sa grand-mère a vu qu’il avait découvert la troublante vérité, elle lui a demandé de brûler tous les papiers.  La suite n’a pas été facile non plus.  Retrouver une vie normale n’est pas de tout repos quand notre vie repose sur des mensonges.  Quand Marcel est décédé, Michel l’aimait.  Il ignorait que son propre père était la raison même d’une douloureuse enfance.

Michel avait réussi à sortir deux articles de l’époque sur les archives de BAnQ.  Le seul autre indice qu’il a eu se trouvait sur le site Coolopolis de mon ami Kristian Gravenor.  Sur un billet faisant état des meurtres survenus en 1977 (la pire année selon moi), il avait écrit que le couple revenait d’un spectacle sadomasochiste.  Je lui ai donc demandé où il avait eu cette information et il m’a dit que c’était dans le Allô Police, disponible seulement en microfilm.

C’est ainsi que mes recherches ont commencé.

Allo Police1
Allo Police, 8 février 1977

Les articles de journaux m’ont d’abord appris que Nora avait été tuée la nuit du 24 janvier 1977 à Sept-Îles dans la voiture du couple, près d’un dépotoir, après une soirée arrosée.  Marcel l’aurait ensuite emmenée à l’hôpital dans le coffre de la voiture.  Elle a ensuite succombé à ses blessures.  Les articles se contredisent, surtout quand on parle de l’enquête du coroner.  À certains endroits, on dit que l’homme a tué sa femme parce qu’elle ne voulait pas faire l’amour et ailleurs, on dit que le couple serait allé trop loin en voulant imiter un couple sadomasochiste qui se donnait en spectacle dans les bars.  C’est justement dans ce Allô Police du 8 février 1977 que les détails sont les plus scabreux et troublants.  Le reporter semble avoir été aux premières loges de l’enquête lors des témoignages.  Il y a des photos croquées sur le vif de tous les témoins, allant de la gardienne de 14 ans jusqu’à l’infirmière de l’hôpital en passant par le propriétaire du bar d’où revenait apparemment le couple.  On y montre aussi le couteau de prélart déposé en preuve.  On relate le témoignage de Marcel.  Celui-ci raconte des détails crus sur l’intimité du couple.  Il raconte même que sa femme était apparemment fragile puisqu’elle avait l’habitude d’aller à l’hôpital à la moindre gifle qu’il lui infligeait.  Une femme malade et nerveuse, disait-il…

photo police
Photo Police, 5 février 1977

D’une exubérance peu commune, on dirait qu’il se donnait totalement en spectacle.

Mais le plus dérangeant de l’affaire, c’est de lire dans le reportage cette petite phrase en plein milieu du texte que le fameux spectacle n’avait pourtant pas eu lieu ce soir-là mais que Marcel s’était certes inspiré de celui-ci puisqu’il en aurait été spectateur plus tôt dans la semaine.  Dire que le show avait été une mauvaise influence pour ce couple était vendeur.  Cependant, une telle couverture de journal est difficilement pardonnable à une époque où un tel événement se vit dans la honte, surtout que ces spectacles étaient illégaux.  C’était peut-être même assez pour faire taire les proches qui ont peut-être vécu leur souffrance à l’ombre.  Toutefois, ce serait hypocrite de ma part de parler du contenu sensationnaliste du Allô Police sans mentionner  que ces mêmes qualificatifs font de ce journal un bijou hors du commun pour des enquêtes comme celle de Nora.  Les noms, les lieux et les détails qui y sont mentionnés me permettront d’aller plus loin, voir même rejoindre des gens malgré les décennies qui se sont écoulées depuis.

J’ai commandé l’enquête du coroner de Nora aux archives de Sept-Îles et celle de Marcel Lambert à Coroner Québec.  Habitué aux grandes surprises, Michel ne s’est pas caché avoir eu peur que je lui annonce que la mort de son père était un suicide.  Mais ce n’était pas le cas.  Il a bel et bien eu un malaise cardiaque malgré son jeune âge.  Quant à Nora, on peut y lire qu’elle est décédée de nombreux coups de couteau et que la mort est attribuable à une hémorragie interne par lacérations viscérales du cœur et du poumon gauche.  Le coroner Raymond Gaudreault tenait Marcel Lambert criminellement responsable de ce décès.  Le numéro du procès était indiqué donc je l’ai demandé aux archives.  Malheureusement, il n’a pas été conservé.

coroner Nora2
Conclusion du coroner, BAnQ Sept-Îles

Sûre de mon coup, j’ai cherché au plumitif pénal pour cueillir celui de Marcel afin d’avoir les autres numéros de dossiers et les dates du procès.  Aucun plumitif.  J’ai fouillé une heure de temps.  Rien.  Était-ce parce que les infractions dataient d’avant 1980?  Possible mais curieux.  Était-ce parce qu’il ne serait pas le meurtrier et qu’il aurait été blanchi par la suite?  Et ce serait pour cette raison qu’il aurait pu récupérer ses garçons dès sa sortie de détention?  Pour le savoir, j’ai demandé aux archives de Québec s’il y avait déjà eu un procès en appel.  Si Marcel a eu une si petite sentence ou s’il y avait eu revirement dans l’histoire, il me semble qu’il aurait porté sa cause ou sa sentence en appel.  Les chances étaient bonnes puisqu’il s’agirait d’une cour d’appel et que ces dossiers sont généralement conservés.  Non seulement il n’y avait rien mais on m’a de plus confirmé que Marcel Lambert n’avait aucun plumitif.

A-t-il obtenu un pardon?  Ce serait surprenant.  Même à cette époque, cela prenait environ 7 ans au minimum pour l’obtention d’un pardon lors de crimes graves.  En 1979, les critères pour le pardon avaient été resserrés.  Si pardon il y a eu entre 1981 et 1988, ce serait plutôt scandaleux, compte-tenu de la petite peine qu’il a purgée.  J’ai demandé le rapport d’événement aux archives de la SQ.  J’ai reçu la lettre du traitement de ma requête mais je n’ai pas reçu le rapport.  Entre temps, Michel a sorti des souvenirs qu’on a pu investiguer.

Si peu de traces de cette histoire mais pourtant, certains détails nous permettront de vérifier beaucoup de choses.

Si vous êtes intrigués par la suite de notre enquête, surveillez la prochaine partie.

Sachez que nous sommes très ouverts à recevoir de l’information sur cet événement en toute confidentialité à historiquementlogique@hotmail.com.

 

Références

Allô-Police, 5 février 1977, microfilms à la grande bibliothèque, BAnQ

Photo-Police, 5 février 1977, microfilms à la grande bibliothèque, BAnQ

Brassard, Andrée, L’Avenir, 27 janvier 1977,  Newspapers – Google News

https://news.google.com/newspapers?nid=tkaPQYYpVKoC&dat=19770127&printsec=frontpage&hl=fr

Brassard, Andrée,  L’Avenir, 3 février 1977, Newspapers – Google News

https://news.google.com/newspapers?nid=tkaPQYYpVKoC&dat=19770203&printsec=frontpage&hl=fr

Enquête du coroner de Nora Lavallée, Dossier 77-3, BAnQ Sept-Îles

Enquête du coroner de Marcel Lambert, A-24546, Coroner Québec

Gravenor, Kristian, Coolopolis:

http://coolopolis.blogspot.com/2017/03/when-perversion-jealousy-and-violent.html#!/2017/03/when-perversion-jealousy-and-violent.html

Original du dossier de la Protection de la Jeunesse de Michel Lambert, conservé par lui-même

Photos de familles, conservées et partagées par Michel Lambert

 

Les Assassins de l’innocence

Introduction:

La présente série documentaire, qui paraîtra au cours des prochaines semaines, sera le résultat d’un travail de recherche combiné par les efforts de Eric Veillette, Annie Richard et Sophie Chouinard.

Étant donné la nature même du sujet, à savoir qu’il peut être évolutif dans le temps en raison de l’arrivée inattendue de nouvelles informations ou de tout autre évolution dans les dossiers, il sera difficile voire impossible de présenter une publication régulière de façon hebdomadaire. Pour ce faire, cette série sera qualifiée d’ouverte. Au cours des prochaines semaines, nous présenterons quelques cas afin de bien lancer le sujet. Par la suite, les dates de publication dépendront essentiellement des fruits de nos recherches ou alors de l’information que pourrait apporter le public. Ainsi, soyez assuré que les articles seront tout de même nombreux. Tout ce que nous ne pouvons prévoir, c’est leur nombre total.

En plus d’être le fondateur du blogue Historiquement Logique!, Eric Veillette est l’auteur de quelques livres qui se consacrent à l’étude exhaustive de dossiers judiciaires ayant marqués l’histoire du Québec. Quoiqu’il participe à cette série, il tient à rassurer son lectorat sur le fait que sa mission demeure la même, à savoir celle de se consacrer aux archives historiques. La présente série n’est donc pas une nouvelle orientation en matière d’écriture, et pour ce faire, il réfère le public – dans l’éventualité de nouvelles informations – à sa collègue Annie Richard. Cette chercheuse déterminée, est venue se greffer à Historiquement Logique! il y a maintenant plus d’un an. Elle a démontré son efficacité et sa sensibilité en publiant la série documentaire L’affaire Boudreau. Elle offre aussi son aide à plusieurs personnes qui souhaitent obtenir de l’information ou des documents sensibles. Sophie Chouinard, diplômée en archéologie, en est à ses premières armes dans le domaine de la recherche documentaire et de l’étude de dossiers judiciaires. Sa présence permettra d’apporter un regard neuf.

Tous trois, nous assumons le contenu des textes qui font partie intégrante de la série Les Assassins de l’innocence. Toutefois, les articles seront publiés en alternance sous nos trois noms, c’est-à-dire que certains articles seront publiés avec le compte d’Eric, d’Annie ou de Sophie, mais tous feront partie intégrante de la série.

Comme nous croyons que la chronologie est la méthode la plus facilement assimilable pour le lecteur qui cherche à mieux comprendre la nature de ces crimes, nous présenterons d’abord les différents cas de jeunes femmes et d’enfants assassinés au cours des années 1970 et 1980. Les faits rapportés sont directement tirés des documents légaux disponibles, c’est-à-dire les rapports d’autopsie, les casiers judiciaires, les enquêtes de coroner et dans certains cas les rapports d’enquête et dossiers de Cour. Nous ne nous basons sur aucun document produits par d’autres auteurs, éditeurs de contenu, etc. Nous ferons cependant exception dans quelques cas où nous avons eu recours, par exemple, à la revue de presse ou à des ouvrages de référence. Ceux-ci seront mentionnés en temps voulu.

Évidemment, nous n’avons pas l’intention de faire ou refaire le travail des policiers. Il faut admettre que nous ne possédons pas tous les outils mis à la disposition des enquêteurs des corps policiers municipaux ou provinciaux. Pour cette raison, nous resterons prudents dans nos propos puisque nos idées pourraient être faussées par des informations qui, pour le moment, ne sont pas à notre disposition. Notre seule intention est de rendre aux lecteurs les informations publiquement accessibles et de reconstituer ces faits qui, dans certains cas, sont en train de devenir historiques. Ainsi, il faudra voir nos articles comme le résultat d’une synthèse documentaire sur des faits historiques.

Après avoir présenté tous les cas que nous jugeons importants, nous étudierons quelques suspects potentiels. Pour certains d’entre eux, en particulier ceux qui sont toujours vivants et qui n’ont jamais été accusé de crime grave, nous utiliserons des pseudonymes. Aussi longtemps qu’une personne n’est pas officiellement accusée d’un crime elle a droit à sa vie privée.

Finalement, un mot sur le choix de notre titre. Le mot « innocence » évoque le sentiment de pureté qui devrait, selon nous, prédominer dans notre société. Un monde dans lequel l’innocence dominerait serait synonyme d’une société où il fait bon vivre, sans malice, et sans méchanceté. Mais ces hommes, ces assassins, qui, pour des raisons obscures, décident de s’attaquer à la pureté de nos femmes et de nos enfants, c’est aussi à notre innocence qu’ils s’attaquent. À cause d’eux, notre monde n’est pas ce qu’il devrait être. Vivre avec nos portes sans serrure, avec la confiance mutuelle de l’autre et nos enfants qui s’amusent dans le parc sans le moindre risque, devient une image utopique en présence de ces monstres.

Sans eux, notre société serait nettement différente et c’est pourquoi il faut éviter de banaliser ces crimes. Nous n’avons pas l’intention de proposer des solutions, ni même de dresser un portrait scientifique de la situation. Nous faisons seulement de notre mieux avec les outils mis à notre disposition afin de vous présenter les faits le plus méthodiquement possible.

Nous profitons de l’occasion pour remercier très sincèrement le personnel de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), que ce soit celui du bureau du Vieux-Montréal, de Trois-Rivières, de Québec ou de toute autre région concernée par nos enquêtes historiques. Merci également au Bureau du coroner du Québec pour sa transparence. Nous saluons également Pierre De Champlain, auteur spécialisé dans le domaine de l’histoire du crime organisé, dont les ouvrages seront cités en temps et lieu. Nous le remercions pour sa disponibilité à répondre à nos questions, en particulier dans un dossier qui nous tient à cœur et que nous présenterons la semaine prochaine.

Nous les remercions tous de leur dévouement et de leur travail qui nous est si précieux dans notre volonté de remettre au public ce dont il a droit.

Si vous croyez détenir de l’information pertinente relative à l’un ou l’autre des crimes cités ultérieurement, nous vous suggérons de communiquer sans délai avec la Sûreté du Québec ou le corps de police de votre municipalité. Si vous avez des cas particuliers à nous suggérer, il est possible de nous écrire par courriel à l’adresse suivante : historiquementlogique@hotmail.com (à l’attention d’Annie Richard).

Merci de votre présence!

Eric Veillette

Annie Richard

Sophie Chouinard