L’affaire St-Louis: chapitre 16


ScreenHunter_691 Jul. 02 11.06         Ce n’est pas très fréquent que la défense choisisse de faire témoigner l’accusé lors de son propre procès.  C’est pourtant la décision que Me Grégoire prit en 1969 en appelant à la barre son client, Marcel St-Louis.  L’accusé de 26 ans déclina son adresse comme étant le 19 rue Montcalm, Drummondville.  Est-ce qu’il aiderait sa cause ou, au contraire, se condamnerait-il lui-même?

  • Monsieur St-Louis, comme question préliminaire… M’avez-vous bien compris lorsque je vous ai dit que vous n’étiez pas obligé de témoigner dans votre cause?
  • Oui, j’ai très bien compris.
  • Et vous êtes consentant à témoigner?
  • Oui.
  • Et à répondre tant à mes questions qu’à celles de l’avocat de la Couronne?
  • Oui.
  • Monsieur St-Louis, le 22 novembre dernier, qu’est-ce que vous faisiez à St-Léonard- d’Aston, qu’est-ce qui vous a amené dans ce village-là?
  • Il faisait beau cette journée-là, et puis je m’en venais faire un tour vers Trois-Rivières.
  • Vers Trois-Rivières?
  • Oui.
  • Alors, à quelle heure êtes-vous arrivé à St-Léonard d’Aston?
  • … je ne peux pas me rappeler exactement parce que j’étais parti de chez nous il était quatre heures moins quart, c’est-à-dire, trois heures, trois heures moins quart, par rapport que j’étais censé commencer à travailler à quatre heures, et puis je m’étais « en été » prendre une bière à l’Hôtel New American.
  • Ça, « c’est-y » loin de St-Léonard, cet endroit-là?
  • Non, c’est à Drummondville.
  • C’est à Drummondville?
  • Oui, en plein centre de la ville.
  • Vous demeurez là? À Drummondville?
  • Oui.
  • Par la suite, vous avez parti de Drummondville vers St-Léonard?
  • Je suis parti du New American, je suis descendu chez le barbier sur la rue Colburn, chez le barbier François.
  • Est-ce que vous comprenez bien?, demanda le juge.
  • Votre Seigneurie… pas trop vite, hein, répondit le juré no. 3.
  • J’ai un peu de misère, répliqua St-Louis. Je suis habitué à parler vite, et puis je n’ai pas de dentier.
  • Aujourd’hui, reprit Me Grégoire, c’est plus que le temps de … Essayez de parler tranquillement, pour que tout le monde comprenne.  Alors, à St-Léonard d’Aston, vous vous en veniez vers Trois-Rivières, si je comprends bien – c’est ça que vous avez dit?
  • Oui – j’étais parti de …
  • À Trois-Rivières, vous vous en veniez?
  • Oui.
  • À St-Léonard, vous êtes arrêté dans cette municipalité-là?
  • Oui, j’ai arrêté à l’Hôtel Royal.
  • Royal?
  • Juste à l’entrée de St-Léonard, juste passé le pont.
  • Avez-vous rentré dans l’hôtel?
  • Oui, j’ai rentré à l’hôtel.
  • Est-ce que vous y êtes demeuré?
  • J’ai rentré dans l’intention de prendre une bière, et puis comme il n’y avait pas personne, il y avait juste deux, trois gars au bar, j’ai reviré de bord, j’ai été aux toilettes, j’ai ressorti. Lupien, je crois, le « boss », de l’hôtel, le « waiter » qui était en arrière du bar, il m’a regardé, il m’a jeté un œil de côté, vu que je n’avais pas pris de bière, je n’avais pas pris aucune consommation.
  • Et puis vous êtes reparti de l’hôtel sans avoir pris de consommation?
  • Oui.
  • Ensuite, vous avez continué votre chemin pour vous en venir à Trois-Rivières – c’est ça?
  • Oui.
  • C’est sur la route 13?
  • Oui, c’est la route 13, oui.
  • Vous êtes arrêté à une épicerie, à un certain moment donné?
  • Oui, j’ai passé devant l’épicerie en question, et puis j’ai été passer à peu près à trois, quatre arpents, et puis je me suis souvenu que ma femme m’avait parlé d’acheter de la viande, quelque chose à manger, fait que j’ai calculé, vu les heures que … l’heure qu’il était, à peu près, qu’à l’heure que j’étais pour revenir, que les épiceries étaient pour être fermées, fait que j’ai reviré sur mes pas, j’ai reviré de bord, je suis revenu à l’épicerie.
  • Alors, c’est la première fois que vous entriez dans cette épicerie-là?
  • Oui.
  • Effectivement, est-ce que vous avez demandé quelque chose?
  • Oui, j’ai demandé au jeune homme qui était … Là, à ce moment-là, à côté …  Il y a le « cash » en avant, et puis à côté, il y a trois rangées de tablettes à la longueur du magasin, il était vers la deuxième rangée – c’est-à-dire le « cash » est comme ça (indiquant) – et puis dans la rangée suivant contre le « cash », en arrière du « cash »…
  • Ne parlez pas trop vite.
  • Et puis j’ai demandé au jeune homme pour avoir de la viande, du « béloné», et puis du jambon à sandwich, pour en avoir à la livre, fait qu’il m’a dit qu’il n’en avait pas.
  • Alors, vous vouliez avoir du « béloné» à la livre?
  • Oui, du « béloné» et puis du jambon à sandwich.
  • Du jambon à sandwich?
  • J’y ai demandé une livre, une livre et demie, je crois, de jambon à sandwich et puis une livre de « béloné».
  • Le jeune homme vous a répondu quoi?
  • Il m’a dit qu’il n’en avait pas de « béloné» à la livre, il m’a dit qu’il en avait seulement qu’en petit paquet Hygrade, et puis quatre, cinq tranches pour 0.39$, 0.49$, ça revient assez cher.
  • Vous trouviez ça trop dispendieux?
  • Oui, je trouvais ça trop dispendieux, et puis …
  • Par la suite, avez-vous demandé d’autres choses à l’épicier?
  • J’y ai demandé une livre de beurre et puis un sac de pommes. Avant de demander un sac de pommes, j’ai demandé une « can » de sauce spaghetti à la viande.  Et puis ensuite, je me suis dirigé vers la tablette, et puis il était complètement, à ce moment-là…  L’épicerie est dans ce sens-là (indiquant), la tablette est complètement contre le mur de droite en rentrant, et puis on a été sur la tablette, et puis il y avait des boîtes de sauce spaghetti, mais il n’y en avait pas à la viande, seulement qu’aux tomates
  • N’allez pas trop vite, intervint le juge Crête. Vous êtes capable d’aller plus lentement.
  • On va essayer de couper vos phrases, fit Me Grégoire. Alors, là, répondez seulement à mes questions, n’allongez pas, parce que vous allez trop vite, ça va être difficile…  Et là, vous vous êtes dirigé vers l’avant, à ce moment-là?
  • Oui.
  • Vous êtes revenu à l’avant?
  • Oui.
  • Là, bon. Là, vous avez vu la caisse enregistreuse?
  • Oui.
  • Est-ce qu’elle était ouverte, cette caisse-là?
  • Non, elle était fermée.
  • Elle était fermée?
  • Oui.
  • Et puis là, à un moment donné, vous avez décidé de la prendre?
  • Bien, je me suis en venu … c’est quand j’ai demandé … qu’on a parti, le « cash » est situé comme ça (indiquant), et puis j’étais dans l’allée contre le mur de droite pour la sauce spaghetti, et puis comme il a regardé sur les tablettes, il a monté le pied sur la tablette, parce qu’il n’était pas tellement grand, le jeune homme, et puis il a regardé sur la tablette du haut, il dit : « J’en ai juste aux tomates ». et puis là, à ce moment-là…
  • Où étiez-vous à ce moment-là, vous? En avant?
  • Non, il était à côté de moi, complètement contre la rangée de droite.
  • Et vous êtes revenu en avant, vous?
  • Oui, moi, je suis revenu en avant, c’est là …
  • Et puis lui, où est-ce qu’il était, le jeune homme, là?
  • C’est là que j’ai demandé les pommes, quand il m’a dit qu’il n’avait pas de sauce à la viande, et puis « de la sauce aux tomates » – j’ai dit – je ne suis pas capable de manger ça, je ne digère pas ça ». Et puis il s’est dirigé vers … il a contourné les tablettes, parce que je venais d’y demander des pommes, et puis ma femme aime bien les pommes, fait qu’il a reviré de tablette, il a contourné comme ça (indiquant), il a été vers les pommes en arrière; moi je me suis en venu par en avant.
  • Vous êtes revenu en avant.  C’est à ce moment-là que  vous avez décidé de vous emparer de la caisse, du « cash », comme on dit?
  • Oui.
  • Qu’est-ce qui est arrivé?
  • Là, je me suis passé les yeux sur la caisse. Je regardais sur les tablettes pour voir si je ne pourrais pas repérer quelque chose, un article qui ne me viendrait pas à l’esprit, qui m’aurait été demandé, et puis les yeux m’ont passé sur le « cash », et puis une idée qui m’a pris, je ne sais pas comment, prendre la caisse et puis m’en aller avec.
  • Est-ce que vous travailliez, à ce moment-là, est-ce que vous aviez un emploi?
  • Non, ça faisait deux jours que j’avais été « slacké».
  • Vous aviez été « slacké» : congédié?
  • Congédié, oui.
  • Et là, à un moment donné, vous avez pris la caisse, vous êtes reparti avec?
  • Oui.
  • À l’épicerie même, aviez-vous une arme dans vos poches, aviez-vous quelque chose?
  • Non, je n’avais aucune arme, rien sur moi.
  • Vous n’aviez rien sur vous?
  • Non.
  • Et puis le petit gars qui gardait l’épicerie, le petit Camille, là, dont on a appris le nom, vous avez seulement … les paroles que vous avez échangées avec lui, c’est des demandes pour des vivres, soit de jus de tomate?
  • Oui, justement.
  • Et ensuite, vous avez embarqué la caisse dans votre automobile?
  • Oui, j’ai pris la caisse sous mon bras, et puis j’ai sorti en marchant le petit pas, j’ai sorti … J’ai ouvert la porte, j’ai marché du long du chemin, tout le long de la façade de l’épicerie, et puis j’ai ouvert la porte de mon char, j’ai déposé la caisse sur le siège, puis là, j’ai débarqué à côté, parce que mes clés, à ce moment-là, étaient dans ma poche droite de pantalons, là j’ai pris mon manteau, j’ai pris mes clés, puis j’ai rembarqué dans mon char, j’ai « starté » mon char.
  • Vous êtes parti?
  • J’ai été revirer…
  • En direction de Trois-Rivières?
  • Oui.
  • Tout en suivant la route 13?
  • Oui, tout le temps.
  • Vous êtes-vous aperçu, en partant, alors que vous vous dirigiez de St-Léonard, que, à un certain moment donné, que quelqu’un semblait vous suivre – à quel endroit, à peu près?
  • Environ à peu près à … Je calculerais à cinq, six milles de l’épicerie, les yeux m’ont … je me suis levé les yeux, j’ai regardé dans mon miroir et puis j’ai repéré une machine. À ce moment-là, il y avait à peu près, entre … entre moi et puis cette auto-là, il y avait environ … je mettrais vingt, vingt-cinq machines qui suivaient.
  • Qui suivaient. Cette machine-là, elle vous suivait … c’était la première qui vous suivait?
  • Non, ce n’était pas la première. J’ai repéré cette machine-là, j’ai regardé dans mon miroir, et j’ai vu cette machine-là qui doublait les autres machines, et puis les yeux ne m’avaient pas quitté, j’avais l’impression que cette machine-là s’en venait … s’en venait pour moi.
  • C’est à ce moment-là, que vous avez décidé de quitter la 13?
  • Oui, j’ai modéré, je me suis mis en deuxième vitesse, j’ai reviré au coin du 7ème rang; à ce moment-là, je ne savais pas aucunement le nom du rang.
  • Ça allait bien, tout à l’heure, vous ne parliez pas trop vite, conservez votre bonne habitude. … Alors, là, vous avez tourné, à ce moment-là, dans le 7ème rang?
  • Oui, j’ai tourné sur la droite.
  • Alors, vous avez filé jusqu’au bout du 7ème rang?
  • Non, je me suis rendu jusqu’au premier habitant, le premier habitant qui demeure à droite de la route.
  • Il était loin de la route, ce premier habitant-là?
  • Je mettrais à peu près huit à neuf cents pieds (900’)
  • Et là, cette auto-là, que vous avez repéré sur la 13, est-ce qu’elle vous suivait encore?
  • Oui, cette auto-là, après que j’ai eu pris le 7ème rang que je me suis eu engagé dans le 7ème rang, à peu près à cent cinquante pieds de l’intersection de la 13 et du 7ème, le 7ème rang, l’automobile virait en arrière de moi. Et puis là, elle s’est mis à me rapprocher.
  • S’est-il rapproché?…
  • Oui.
  • S’est-il rapproché…
  • Elle s’est rapprochée à peine de trois à cinq pieds en arrière de moi.
  • De trois à cinq pieds?
  • En arrière de mon « bumper».
  • Qu’est-ce que vous avez fait, à ce moment-là?
  • À ce moment-là, j’ai pensé, moi, que c’était un type, des fois, des jeunes, dans un chemin de campagne, on rencontre ça, ça roule cinquante, soixante, soixante-dix, mais vu que j’allais tranquillement, il me collait « bumper» à « bumper », j’ai pensé, j’ai dit : « Il veut sans doute me dépasser ».  J’ai essayé à me tirer vers le fossé, mais les « roulières » étaient à peu près à huit pouces de profondeur, et puis la pesanteur de mon char, vu qu’il n’était pas assez pesant, j’ai donné quelques coups de roue pour le faire sauter, pour me tasser contre le fossé pour laisser passer ce char-là.  Il n’avait aucunement l’intention, le char, il faisait juste suivre et puis il reprenait toujours les « roulières », il ne voulait pas lâcher les « roulières ».
  • Alors, il ne vous a pas dépassé?
  • Non, il n’a pas dépassé.
  • C’est là que vous avez décidé de rentrer dans une cour?
  • Oui, il a continué à suivre « bumper à bumper», à peu près de trois à cinq pieds.  Rendu au premier voisin, la première cour que j’ai frappée, j’ai vu que la cour avait deux entrées, j’ai dit en moi-même, j’ai dit : « Je m’en vais… »
  • Vous êtes entré dans … Vous dites que vous avez tourné votre auto dans une …
  • Oui, dans la première entrée.
  • L’autre voiture, qu’est-ce qu’elle a fait, elle?
  • Ce qui m’a fait remarquer que la maison avait deux entrées, c’est parce que la boîte à malle était dans l’autre entrée, au coin de l’autre entrée, fait que j’ai dit : « C’est une sortie ». j’ai pris la première entré.  L’autre auto suivait toujours « bumper à bumper ».  elle a fait un petit détour pour me suivre, et puis il a changé d’idée, il a continué à faire la longueur de la maison, à ce moment-là, j’étais rendu à peu près vers les châssis de la maison, du côté, c’est-à-dire, à peu près dans le centre de la maison. Là, j’ai …
  • Alors, vous avez repris la route, à ce moment-là?
  • Là, j’ai vu le type qui revirait dans la deuxième entrée, qui rentrait, et puis là, par la grange qu’il y avait au fond et puis les garages, j’ai vu les lumières de l’auto s’arrêter. Fait que j’ai pensé que c’était le propriétaire qui arrivait simplement chez lui, des fois pour aller chercher quelqu’un qui travaillait … qui pouvait travailler dans les restaurants, quelque chose.
  • Alors, vous êtes retourné sur la route, vous avez redéfait votre chemin, à ce moment-là?
  • Quand j’ai vu que les lumières de l’auto s’arrêtaient sur les bâtiments…
  • Très bien. Alors, vous avez redéfait votre chemin, et puis cette auto-là, qui vous avait suivi, elle vous suivait encore?
  • Oui.
  • Pouviez-vous reconnaître que c’était la même auto qui vous suivait? Y avait-il de quoi qui vous…
  • Parce que simplement, quand j’ai fait marche arrière, et puis j’ai repris le chemin en sens inverse, l’auto, elle, elle a reparti, et puis comme je rembrayais pour repartir d’avant – j’ai reculé mon derrière contre le fossé – comme je repartais d’avant, j’ai vu l’auto, les lumières de l’auto qui viraient le coin de la maison, à peu près où est-ce que j’étais rendu quand j’ai changé de direction, que j’ai fait marche arrière.
  • Alors, après ça, vous avez redéfait votre chemin, et puis cette auto-là vous suivait toujours?
  • Oui.
  • Vous avez retraversé la 13, vous avez dû traverser la 13?
  • Bien, je ne me rappelle pas aucunement d’avoir traversé la 13.
  • Mais êtes-vous arrivé à un endroit où vous vous êtes aperçu que le chemin ne continuait pas, ne pouvait pas déboucher?
  • Non, je ne me rappelle pas de …
  • Vous ne vous rappelez pas de ça?
  • Non.
  • Vous rappelez-vous, quand même, d’avoir vu un automobile qui était en travers de la route, à un certain moment donné?
  • Non, je n’ai vu aucune machine, seulement la machine en arrière qui me suivait.
  • Oui, mais est-ce que vous avez été obligé, à un moment donné, de contourner un/e/ automobile qui pouvait être en travers de la route?
  • Non, je ne me rappelle pas de ça.
  • Vous ne vous rappelez pas de ça. Qu’est-ce que vous vous rappelez qui s’est passé dans le rang, là?
  • Bien, avant le 7ème rang, quand j’ai parti devant cette maison-là, je venais de virer, le char me suivait toujours à peu près … un petit peu plus loin qu’il me suivait auparavant, à peu près … je mettrais à peu près une longueur et demie à deux longueurs de char en arrière de moi, c’est-à-dire mettons vingt-cinq pieds, vingt, vingt-cinq pied.
  • Dans ce rang-là, est-ce que vous avez vu, à part de ce char-là, d’autres personnes sur la route?
  • Oui, en arrivant à l’intersection de la 13 et du 7ème rang, je « runnais» sur mes hautes, à ce moment-là, puis j’ai repéré un type en plein centre du chemin, à peu près à cent pieds avant d’arriver au coin de l’intersection.
  • Vous avez vu un type, là, qui était à l’extérieur, qui était debout dans ce chemin-là?
  • Oui, il était en plein centre du chemin, le dos à peu près à deux pieds de l’asphalte, de la 13.
  • Est-ce que vous avez vu s’il avait quelque chose dans les mains, à ce moment-là?
  • Oui, il avait une arme dans les mains.
  • Il avait une arme dans les mains?
  • Oui.
  • Vous avez vu ça?
  • Oui.
  • Qu’est-ce que vous avez fait? Avez-vous…
  • Et bien, quand il m’a vu venir, quand j’ai été rendu à peu près à soixante-quinze pieds de lui, je le voyais encore mieux, mes lumières étaient bleues, et puis je voyais très bien, parce que j’étais sur les hautes.
  • Qu’est-ce que vous avez fait, là?
  • J’ai vu le type en plein centre du chemin…
  • Est-ce que vous avez continué votre chemin quand même?
  • J’ai modéré; à ce moment-là, je roulais à peu près à 20 milles à l’heure, parce que le chemin était bien glacé, c’était impossible de reprendre de la vitesse.
  • Alors, vous ne pouviez pas aller vite?
  • Même, j’ai dû retarder avant d’embarquer sur la 13 par rapport que, en contournant cet homme-là, qu’il y avait deux machines qui passaient.
  • En contournant l’homme, vous avez contourné … vous avez passé à côté de lui?
  • J’ai tiré sur la gauche.
  • Est-ce qu’il avait son revolver, à ce moment-là?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez entendu des cris ou quelque chose?
  • Non, mes vitres étaient toutes fermées et puis je n’ai rien entendu.
  • Vous n’avez rien entendu?
  • Non, du tout.
  • Est-ce que vous avez entendu un coup de feu, à ce moment-là?
  • Bien, comme je m’en venais, à peu près à soixante-quinze pieds (75’), je l’ai aperçu avec un revolver, j’ai bien vu qu’il tenait un revolver à la hauteur de mon « windshield», et puis comme je le contournais sur la gauche pour reprendre la droite … la 13, en virant vers la droite, cet homme-là, il me suivait à la hauteur de mes vitres, et puis il a suivi mon char tout le long que j’ai passé.
  • Et puis y a-t-il eu un coup de feu?
  • Il était comme ça (indiquant), en face de mon char, je m’en venais ici (indiquant), et puis j’ai comme viré sur sa gauche, comme ça (indiquant). Il a suivi mon « windshield », il a passé mes vitres à côté, et puis comme lui était à peu près ici (indiquant), mon char était en position pareille comme ça (indiquant).  Là, il a tiré une balle dans ma vitre d’en arrière.
  • Dans votre vitre d’en arrière?
  • Oui.
  • Alors, Messieurs les Jurés, Votre Seigneurie, je montre la photo …
  • Avec un grand cercle, fit le juge Crête.
  • Oui, un grand cercle, avec un petit à l’intérieur. Alors, vous reconnaissez votre automobile?, continua Me Grégoire.
  • Oui.
  • Alors, vous dites qu’un coup de feu a été tiré à cet endroit-là?
  • Oui.
  • Qui est arrivé dans votre vitre?
  • Oui.
  • Dans quelle vitre qu’il serait arrivé?
  • Dans la vitre droite arrière.
  • Dans la vitre droite arrière?
  • Justement, quand j’ai regardé, quand le coup a été tiré, justement, quand le coup a été tiré, j’ai regardé … j’ai continué à retourner, et puis mes roues étaient crampées pour prendre la 13, j’ai embarqué sur la 13, j’ai fait à peu près vingt pieds, je me suis reviré de bord, j’ai regardé le trou qui était à peu près en plein centre de la vitre.
  • Mais là, est-ce que votre vitre était complètement …
  • À ce moment-là, ma vitre était toute en sel, mais seulement que les morceaux n’étaient pas tombés.
  • Quand vous dites « en sel », elle est venue …
  • Toute pétillée, c’était impossible de voir à travers.
  • Toute pétillée : pétassée, qu’on appelle?
  • Il y avait un trou à peu près grand comme ça (indiquant) en plein centre.
  • Est-ce qu’elle est tombée plus loin? Est-ce qu’elle s’est …
  • Oui, c’est un trou… Après que j’ai eu regardé le trou, j’ai entendu le coup, j’ai vu le trou de la balle dans la vitre, là tout de suite, j’ai regardé sur l’autre bord, j’ai dit : « La balle a traversé, vu qu’elle ne m’a pas attrapé, elle a traversé mon char ».  J’ai regardé dans l’autre vitre, et puis il n’y avait rien de cassé nulle part, j’ai dit : « La balle est en dedans ».  et puis j’ai poigné un trou dans l’asphalte, et puis c’est là que ma vitre a toute tombée.
  • Votre vitre a toute tombée?
  • Oui.
  • Alors, ça faisait ce que vous ne voyiez plus qui …
  • Il pouvait rester quelques morceaux de plus dans le bas de la vitre, mais par le chemin de la gravelle que j’ai fait après, cet incident-là, ça peut avoir tombé, la balance.
  • Et là, encore à l’intersection du 7 et de la 13, là, du rang 7 et de la 13, est-ce que vous avez entendu un autre coup de feu?
  • Oui, après avoir fait à peu près cent pieds, cent pieds dépassé le premier coup, là, je commençais … j’étais en petite vitesse, je me mettais en deuxième pour me mettre en troisième, je roulais à peu près, à ce moment-là, vingt, vingt-cinq milles à l’heure.
  • Et vous avez entendu un coup de feu?
  • J’ai entendu un autre coup de feu qui a frappé dans la tôle du « body », je ne peux pas savoir quel endroit; c’est un coup sourd.
  • Un coup sourd?
  • Oui.
  • Mais celui-là n’a pas frappé de vitre, rien?
  • Non.
  • Vous ne savez pas à quel endroit qu’il a frappé?
  • Il a frappé dans une aile en arrière, je ne sais pas trop au juste.
  • Et puis là, vous avez continué?
  • Oui.
  • Vers … En revenant à la 13?
  • Oui.
  • Jusqu’à St-Célestin?
  • Oui,
  • Alors, disons du rang 7, allé à St-Célestin, est-ce que vous vous êtes aperçu que vous étiez encore suivi, à ce moment-là?
  • À ce moment-là, non, je ne voyais aucune machine qui suivait d’assez près ou …
  • Vous n’en avez pas vu?
  • Non.
  • Pendant tout ce trajet, à partir de l’épicerie à aller au rang 7 jusqu’à à St-Célestin, est-ce que vous aviez une arme près de vous?
  • Non.
  • Aucune arme?
  • Je n’avais aucune arme.
  • Quand est-ce que vous vous êtes aperçu, M. St-Louis, que vous étiez suivi?
  • Juste à peu près à cent pieds avant d’arriver à l’intersection de la 34, j’ai repéré un char, parce que juste avant d’entrer dans St-Célestin, je roulais, à ce moment-là, à peu près à cinquante, cinquante-cinq, j’ai doublé une auto.
  • Vous avez doublé une auto?
  • J’ai doublé une auto pour revirer un peu sur la 34, et puis à cent pieds, à peu près, avant de revirer la 34, j’ai repéré le char qui suivait … qui s’en venait vers moi. Ce qui me l’a fait remarquer c’est des « spots » à brume, c’est quatre grosses lumières en avant et puis ses « spots » à brume qu’il avait.
  • Alors, je vous demande si vous avez … une automobile qui … Ce que vous appelez des « spots» à brume?
  • Oui, des « spotlights» jaunes en avant.
  • Vous les aviez vus avant ça?
  • Oui, ils étaient allumés.
  • Où vous les aviez vus, avant ça?
  • Dans le 7ème rang, j’avais remarqué ça dans mon miroir qu’un char me suivait avec des lumières à brume.
  • Et là, vous avez continué quand même. Avez-vous essayé d’accélérer?
  • C’est impossible, je n’étais pas capable d’accélérer : mon moteur, la pédale au plancher, c’est un char que j’avais réparé moi-même, tout remonté avec des vieux morceaux, et puis je faisais soixante-cinq milles à l’heure.
  • Alors, le plus que votre automobile pouvais/sic/ faire, c’est …
  • Soixante-cinq milles à l’heure.
  • Soixante-cinq milles à l’heure?
  • Oui.
  • Comme on dit : il est au bout?
  • Et puis entre l’épicerie et puis le 7ème rang, et puis entre le 7ème rang et puis St-Célestin, je n’ai pas monté en haut de cinquante-cinq.
  • C’est un quelle année, votre automobile?
  • C’est un 61, Envoy.
  • Beaucoup de millage?
  • Le moteur a 2,500 milles, je crois, quelque chose de même, peut-être 3,000 milles, parce que, à l’instant que j’ai remonté le moteur, j’ai reculé le compteur à zéro pour savoir le millage du moteur, si parfois je viendrais qu’à le revendre…
  • Et puis là, l’automobile s’est approchée de vous, cette automobile-là?
  • Et puis j’ai reviré sur la 34, et puis à peu près… je dirais deux cent, deux cent cinquante pieds pris sur la 34, j’ai vu l’auto qui revirait à peu près à trente-cinq, quarante milles à l’heure, le coin de la 34, parce que l’auto est venu tout de travers, et puis il a laissé complètement sa travée, il a pris la moitié de l’autre travée pour venir à bout de virer…
  • Et là, il vous a doublé?
  • Il m’a suivi un bout et puis ils ont fait crier le criard, ils ont fait crier le criard une couple de fois, après ça ils m’ont doublé.
  • Ils vous ont doublé?
  • Oui.
  • En vous doublant, est-ce qu’il y a eu un coup de feu de tiré?
  • Je n’ai pas entendu aucun coup de feu, seulement je les ai entendu crier, ils blasphémaient après moi, et puis qu’ils disaient : « on va t’avoir, on va te descendre ».
  • Qu’est-ce qu’ils vous disaient?
  • Ils disaient … ils sacraient après moi : « christ de tabernacle, mon calvaire, on va te descendre ». et puis c’est ça que j’ai compris.
  • Ah! Vous avez compris ça?
  • Je n’ai entendu aucun coup de feu.
  • Votre vitre arrière, à ce moment-là, était complètement tombée?
  • Oui.
  • Alors, ils disaient : « mon christ, mon tabernacle, on va te descendre »?
  • « On va t’avoir, tu vas arrêter, on va te descendre ».
  • Saviez-vous, à ce moment-là, combien qu’il y avait de personne dans cette auto-là?
  • J’ai jeté un coup d’œil de côté quand j’ai commencé à les entendre crier, j’ai cru qu’il y en avait deux, trois, peut-être quatre dedans, mais … les vitres étaient toutes assez « r’suées» [embuées], les deux voitures, son char comme le mien, les vitres étaient « r’suées », et puis…
  • Alors, on ne pouvait pas voir distinctement combien qu’il y avait de personnes?
  • Non.
  • Et non plus pour reconnaître personne dans cette auto-là? Vous ne saviez pas qui c’était ça?
  • Non, je ne savais pas du tout la provenance de cette auto et puis…
  • Et après vous avez doublé, là, ils vous ont coupé, à un moment donné – c’est ça?
  • Oui.
  • Cette auto-là vous a coupé?
  • Oui.
  • De telle sorte que vous avez été obligé d’arrêter?
  • À ce moment-là, j’étais à peu près, à … Je venais juste de prendre la troisième vitesse, et puis un « quatre cylindres », à vingt-cinq milles à l’heure, on le met en troisième … j’étais à peu près à trente, trente-cinq milles à l’heure.
  • Et puis là, l’automobile vous a coupé?
  • Il m’a doublé : il devait rouler à peu près cinquante, quand il m’a doublé.
  • Il vous a bloqué le chemin en avant de vous?
  • Oui, il a coupé, et puis quand il a arrivé presque au ras mon aile d’en avant, il a essayé de me fesser dans le côté pour me garrocher [projeter] dans le champ tout probable …
  • Alors, là, là, vous avez été obligé d’arrêter?
  • L’auto était, à ce moment-là … leur auto était contre la gravelle, tout près de la chaussée, et puis ils ont crampé d’un coup sec; comme ils ont tassé à peu près de huit pouces, et puis là, mon réflexe, là, j’ai poigné mon reflexe, j’ai tassé en même temps qu’eux autres.  Les deux chars se sont immobilisés un contre l’autre, comme ça.
  • Et là, vous êtes arrêté – est-ce que vous avez tenté de repartir?
  • Oui, j’ai essayé de repartir mon auto, parce que la manière qu’ils m’ont coupé le chemin, je n’ai pas eu le temps – c’est un « standard shift» – je n’ai pas eu le temps de « déclutcher », j’ai juste eu le temps de « braker », et puis en « brakant », mes quatre roues, j’avais des « brakes » neufs dessus, il avait « toute » remonté en neuf en arrière, et puis mes quatre roues ont barré, mon moteur a étouffé.  Et puis à ce moment-là, j’ai commencé à « starter » mon moteur, et puis il n’y avait rien à faire, il était noyé bien dur.
  • Il n’y avait aucune possibilité de démarrer, pour vous?
  • Non.
  • Même si vous aviez pu, ils vous bloquaient le chemin en avant ou quoi?
  • Non, en avant, ça passait en avant du char.
  • Ça passait?
  • Sans accrocher la machine, sans accrocher les voitures, ça passait en avant du char, légèrement.
  • Et là, votre moteur ne partait plus?
  • Non.
  • Est-ce que vous étiez encore dans votre auto, vous, à ce moment-là?
  • Oui.
  • Et les autres personnes, est-ce que vous avez vu d’autres personnes? Vous avez vu d’autres personnes dans le véhicule, je comprends, mais est-ce que vous avez vu des personnes sortir?
  • Je n’ai pas vu … J’ai baissé ma vitre tout de suite, quand j’ai vu les deux chars s’immobiliser, j’ai essayé de « starter », tout en baissant ma vitre, et puis j’ai jeté un coup d’œil du côté, j’ai vu que leur vitre, sur le côté droit de leur char, qui était … vers moi, à ce moment-là, du côté du chauffeur, vu qu’il était parqué de même, la vitre droite était ouverte, et puis je voyais les bras qui s’agitaient, là à ce moment-là, j’ai vu une tête passer au-dessus du « top », sur l’autre côté du char.
  • Est-ce qu’il y a eu un coup de feu de tiré à ce moment-là? – à ce moment-là?
  • Il y a un coup de feu qui a été tiré quand j’ai débarqué de mon char. J’ai venu pour débarquer de mon char, et puis j’ai mis un pied par terre, et puis j’ai resté un pied sur « la sol ».
  • Savez-vous où ce coup de feu a été?
  • Le coup de feu, il a traversé mon « windshield».
  • Votre « windshield»?
  • La balle m’a manqué. C’est après que j’ai eu crié : « Tire pas!  Tire pas! » – parce que, vu qu’il avait tiré à deux, trois reprises sur moi…
  • Alors, vous dites que cette balle-là… Je prends la photographie qui montre le pare-brise en avant – alors, c’est là que la balle aurait traversé?
  • Oui.
  • À ce moment-là, vous ne savez pas qui a pu tirer le coup de feu?
  • Non.
  • Est-ce que vous avez dit que ce coup de feu-là est venu après que vous avez dit : « Tire pas! Tire pas! »?, demanda le juge Crête.
  • Vu qu’il avait tiré à deux, trois reprises sur mon char, je savais qu’il était armé, là, c’est là que j’ai crié : « Tire pas!  Tire pas! »
  • Alors, c’est à ce moment-là que vous avez essayé de repartir votre char, baisser votre vitre, vous avez dit : « Tire pas! Tire pas! »?
  • Oui.
  • C’est ça? – Là, il y a un coup de feu qui est parti?
  • Oui.
  • Qui a traversé votre « windshield»?
  • Oui.
  • Aviez-vous … étiez-vous, à ce moment-là, en possession de votre carabine, la carabine qu’on a montrée?
  • Oui, juste avant d’arriver dans … d’ouvrir la portière, j’avais pris ma carabine qui était complètement en dessous de mon siège, en dessous de mes jambes, par le canon, et puis je l’ai montée.
  • Alors, à quel endroit que vous avez pris votre carabine? Quand vous avez vu qu’ils vous suivaient ou avant ça?
  • Non, juste après que le char a été immobilisé.
  • Immobilisé?
  • Oui.
  • Là, vous avez sorti votre carabine?
  • Oui.
  • C’est votre carabine, là, qui est là – la reconnaissez-vous?
  • Oui, c’est bien ça.
  • Alors, à ce moment-là, est-ce que ce coup-là avait été tiré?
  • Oui.
  • Ce coup-là avait été tiré. Là, vous aviez votre carabine que vous avez sortie?
  • Oui.
  • Vous la reconnaissez?
  • Oui.
  • Quelle sorte de carabine que c’est, ça?
  • C’est un modèle 22, Mosburg.
  • Est-ce que c’est automatique?
  • Oui, semi-automatique.
  • Semi-automatique?
  • Oui.
  • Alors, expliquez-moi donc : si vous tirez, est-ce qu’il peut sortir plusieurs balles, si vous tirez, là, avec cette carabine-là, vous êtes obligé de la « recranker» à chaque fois ou quoi?
  • Non, la carabine ou … je vais la regarder… (examinant la carabine).
  • Alors, qu’est-ce que vous faites comme manœuvre, quand vous … disons que vous voulez tirer, là?
  • Ce modèle-ci, quand je l’ai pris sous mon siège, qui était contre mes jambes, de même entre mes jambes (indiquant), je l’ai pris par le canon, je l’ai montée comme ça (indiquant), j’ai pris la carabine (indiquant), je l’ai mis entre … Ma porte était ouverte, à ce moment-là.
  • Elle était entrouverte, votre porte était entrouverte?
  • Oui, j’avais un pied sur « la sol », puis un pied par terre, un pied sur « la sol » du char.
  • Avez-vous montré cette carabine-là?
  • Oui, la carabine, je l’ai frappée sur le dedans de la porte; la porte était ouverte : et puis contre la vitre que j’ai baissée.
  • À qui vous montriez ça, à ce moment-là?
  • Je l’ai cogné pour qu’il voit que j’étais armé, vu qu’il avait tiré deux, trois fois sur mon char…
  • Que vous étiez armé, vous aussi?
  • Que j’étais armé, moi aussi.
  • Et là, vous dites que vous « crankez» ça – c’est ça?
  • Oui, c’est juste de même, dit-il en manipulant la carabine.
  • Et puis ensuite, vous pouvez tirer plusieurs coups sans « cranker » ça?
  • Oui.
  • Combien ça contient, ça?
  • Ça contient de quinze à dix-huit balles, dit-il en manipulant la carabine.
  • Ah! Donnez-moi ça, je n’aime pas ça.  … Quinze à dix-huit balles?
  • Oui.
  • Y avait-il un homme qui était à l’extérieur? Avez-vous vu un homme qui était sorti de son automobile?
  • Oui, celui que j’ai vu passer la tête au-dessus, il était rendu, à ce moment-là, en arrière de l’automobile. Quand j’ai crié : « Tire pas!  Tire pas! », il était rendu en arrière de l’automobile.  C’est juste après ces mots-là qu’il y a un coup qui est parti, et puis comme je sautais à côté de mon char, je « clairais » la porte de mon char, j’ai sauté, j’ai fait un bond de côté, la balle a passé à peu près un pouce, un pouce et demi de l’oreille.  Le sifflement de la balle a été assez fort que …
  • Et là, vous avez pris votre carabine – expliquez-ça qu’est-ce qui est arrivé par la suite?
  • J’ai pris ma carabine, j’avais ma carabine encore …
  • Étiez-vous énervé, à ce moment-là, aviez-vous peur?
  • Oui, j’étais assez énervé depuis le premier coup de révolver qui avait été tiré sur mon char, là, dans la vitre en arrière, j’avais pris les nerfs.
  • Vous aviez pris les nerfs?
  • Oui.
  • Qu’est-ce que vous avez fait? Vous avez tiré, vous aussi?
  • J’ai pris la carabine que je tenais par le centre, comme j’ai montré tout à l’heure, j’ai mis le canon par terre, parce qu’en cas des fois, puis vu que … quand j’ai sauté au côté du char, je l’ai « cranké», qu’elle était chargée, qu’il y avait des machines en arrière de mon auto qui était arrêtée, et puis il y avait un camion, je crois … il y avait deux machines et puis un camion, et puis il y avait d’autres machines presqu’aller jusqu’au coin de la 34, j’ai pensé, des fois, qu’en manoeuvrant la carabine, que j’aurais pu attraper un char.  J’ai mis le canon par à terre et puis j’ai pris la carabine et puis je l’ai montée comme ça (indiquant), pour sonner un avertissement dans les airs.
  • Vous avez tiré?
  • Oui.
  • Combien de coups qui ont été tirés?
  • Bien, je ne peux pas me souvenir, parce que vu le bruit de la balle qui m’avait passé au ras l’oreille, je n’ai pas entendu les coups de ma carabine.
  • Alors, vous avez monté votre carabine pour …
  • Oui, je l’ai pris comme ça (indiquant), sans l’épauler, je l’ai pris comme ça (indiquant), j’ai mis la main sur la clanchette, je l’ai montée de même (indiquant), la crosse est venue s’appuyer contre ma cuisse, je l’ai monté comme ça (indiquant).
  • Là, vous avez tiré?
  • Oui.
  • Alors, ça ne prend pas une grosse pression sur votre carabine?
  • Non, elle est très légère à partir.
  • Vous la faites partir facilement …
  • Oui, oui, elle est bien sensible, juste un petit choc à terre, la « cranker», juste un petit choc, elle peut déclencher.
  • Vous êtes-vous aperçu, à ce moment-là, que vous aviez frappé quelqu’un?
  • Non.
  • Atteint quelqu’un?
  • Non.
  • Là, vous êtes rembarqué tout de suite dans votre char?
  • Non, parce que tout de suite après que j’ai eu tiré avec la carabine, je ne peux pas dire combien de coups, je n’ai pas entendu de bruit, vu le sillage du plomb, j’avais encore le sillage du plomb dans l’oreille, là, j’ai entendu dire : « On tire plus! On tire plus! ».  Là, j’ai sauté dans mon char, tout de suite, j’ai reviré de bord, j’ai sauté dans mon char et puis j’ai parti.
  • Vous avez entendu dire : « on tire plus! On tire plus! »?
  • Oui.
  • Là, vous avez sauté dans votre automobile et puis vous êtes parti?
  • J’ai tiré mon « choke », parce qu’il était noyé, il ne partait pas encore, j’ai « starté » à peu près disons dix, quinze secondes, et puis il ne partait pas, là, j’ai tiré mon « choke » au bout, et puis il est venu à bout de décoller.  J’ai refermé mon « choke », j’ai fait marche arrière et puis j’ai reparti en sens inverse que je venais de faire sur la 34.
  • Est-ce que vous avez entendu un autre coup de feu, à ce moment-là?
  • Non, je n’ai pas entendu d’autres coup de feu.
  • Vous n’avez pas entendu d’autre coup de feu?
  • Non.
  • Là, vous vous êtes rendu … Vous êtes parti chez vous?
  • J’ai reviré sur mes pas, retourné sur la 34 pour retourner vers la 13.  À la 13, j’ai reviré à droite, je me suis rendu jusqu’à la lumière à Nicolet.  À Nicolet, j’ai reviré sur ma gauche, j’ai passé par Nicolet, j’ai descendu par Baieville, et puis à Baieville, là, j’ai tombé dans les terres, et puis St-Elphège, je crois, que j’ai passé.
  • Alors, d’une manière ou d’une autre vous vous êtes rendu chez votre père à Drummondville?
  • Oui.
  • C’est là que la police est venue vous chercher?
  • Oui.
  • Vous avez entendu les témoignages des polices, ce matin, disant que vus aviez plusieurs balles de .22 dans une des poches, soit … je ne me rappelle pas trop trop si c’est les poches…
  • Oui, les poches de ma chemise.
  • D’où ça venaient, ces balles-là?
  • Ces balles-là, au moment que c’est arrivé, les balles étaient sur mon « dash» de char, dans une boîte, une boîte de balle Imperial, et puis c’était de la C.I.L.
  • Des balles de .22, ça?
  • Oui, c’est des balles qui étaient toutes mélangées.
  • Qu’est-ce que ça faisait, ces balles-là, sur votre « dash»?
  • Je les trainais, parce que, à l’endroit où je travaillais auparavant, à la « shop » Bombardier, de Roxton Falls, il y avait une passe à « chevreux», en m’en venant le soir, vu que je travaillais de quatre heures à minuit, bien, en m’en venant, je revirais mon char, les lumières vers le bois, je me mettais sur les hautes, pour voir, des fois, si j’apercevrais des yeux de « chevreux » pour faire quelque chose à manger; ça n’aurait pas été de refus.
  • Ça n’aurait pas été de refus. vous êtes amateur de chasse?
  • Oui, j’aime bien ça, et puis surtout qu’on en arrachait un petit peu, fait que …
  • Cette carabine-là, ça « faisait-y » longtemps qu’elle était dans votre auto?
  • Ça faisait environ deux, trois semaines, un mois, que je la trainais, comme il faut.
  • Dans votre automobile?
  • Oui.
  • En dessous de votre siège?
  • Oui.
  • Est-ce qu’elle était toujours chargée?
  • Oui, je la tenais toujours chargée, parce que lorsqu’on va prendre un « chevreux» aux lumières de machine ou au « spotlight » – des soirs, j’avais un « spotlight » à main qui était sur mon siège, tout près de ma carabine, je le prenais, je le « pryais » dans mon « lighter », je voyais encore mieux avec mon « spotlight ».  et puis quand on voit deux yeux de « chevreux » à la lumière, le temps de prendre une carabine, la charger et puis tirer, surtout avec une .22… si c’était une .303, c’est moins pire, mais une .22, le « chevreu » est assez dure à …
  • Et il est parti, à ce moment-là?
  • Oui, il est parti, il est rendu assez loin.
  • Alors, vous dites que, depuis un mois, votre carabine était en dessous de votre siège?
  • Oui.
  • Vous en étiez-vous servi dernièrement?
  • À peu près deux semaines avant, j’ai été chez un de mes oncles qui avait soin du dépotoir à Shawinigan … pas Shawinigan Sud, ça se trouve être dans le rang St-Pierre, je crois que c’est Shawinigan tout court, et puis j’ai été là pour tirer des rats sur la dompe.
  • Tirer des rats sur la dompe?
  • Oui.
  • Alors, c’est deux semaines avant que vous aviez pris votre carabine avant ce soir-là?
  • Oui.
  • Et vous m’expliquiez, que les balles, là, étaient sur votre « dash»?
  • Oui.
  • Comment ça se fait qu’elles sont retrouvées dans votre poche? Est-ce que vous avez …
  • C’est par après, un coup que j’ai été passé par Nicolet et puis j’ai passé à Baieville, en prenant les chemins de campagne, je virais les coins, et puis ma boîte de balles, elle se promenait d’un bout à l’autre, et puis elle a tombé dans le fond, je l’ai ramassé deux, trois fois, tous les coins que j’ai virés, je l’ai ramassé, là j’ai décidé de la vider dans mes poches, j’ai dit : « Je suis « tanné » de la voir promener et puis la voir tomber à terre », je l’ai vidée dans ma poche et puis j’ai jeté la boîte dehors.
  • Quand vous vous êtes rendu chez votre père, les policiers sont arrivés longtemps après?
  • Les policiers, j’ai repéré les policiers quand j’ai passé sur le rond-point pour entrer à Drummondville, j’ai aperçu le char de police qui était à peu près au coin de l’Hôtel Albatros, il était à peu près à cinq cents pieds, je crois, du rond-point en question, j’ai aperçu le char, j’ai passé devant, et j’ai pensé, j’ai dit : « Ce char-là … » – parce que j’avais ouvert mon radio à peu près huit milles avant d’arriver au rond-point, j’avais ouvert mon radio, et puis ils avaient annoncé un vol qui venait d’être commis à St-Léonard, et puis qu’il y avait un garçon qui avait été abattu sauvagement, puis je me disais en moi-même : « C’est impossible, je n’ai pas pu toucher personne ».
  • C’est là que vous avez appris que vous aviez touché quelqu’un?
  • Oui.
  • Par la radio?
  • Ils ont dit qu’il y avait un vol d’une vingtaine de dollars.
  • Et rendu chez votre père, la police est arrivée?
  • Oui, la police, un coup que j’ai été passé … La police était parquée au coin de l’Hôtel Albatros, près de l’annonce, de l’enseigne du coin, j’ai passé devant à peu près …  Un coup que j’ai eu fait à peu près cent pieds, ils ont parti à peu près à la même vitesse que moi, et puis ils me suivaient.  J’ai reviré dans la cour chez nous, ils ont reviré en arrière de moi.  J’ai rentré dans la cour, j’ai arrêté mon char; eux autres, ils ont resté dans le chemin, sur la rue William, devant la maison de mon père, ils ont débarqué et puis ils ont crié : « Arrête ».  Je n’ai pas écouté, j’ai pris ma carabine à ce moment-là par le milieu, j’ai rentré dans la maison avec.
  • Là, vous êtes entré dans la maison?
  • Oui.
  • Vous n’avez pas offert de résistance?
  • Le constable, à ce moment-là, il avait son revolver sorti, et puis en rentrant, je me suis « en été » dans la chambre, j’ai dit au policier, j’ai dit : « Je veux que mon père… »  Il dit : « Tu vas venir au poste avec nous autres, on a affaires à toi ».  j’ai dit : « Je veux que mon père vienne avec moi ».  puis à ce moment-là, le policier avait son revolver sorti et puis il était assez pâle, je ne sais pas s’il était aussi nerveux que moi, il était assez pâle, et puis son revolver grouillait comme ça (indiquant).  Quand j’ai vu que son chien était « cranké », j,ai dit : « il y a une balle qui peut partir, baissez votre revolver ».  Ma carabine, à ce moment-là, je la tenait devant moi.  Il m’a dit : « Donne-moi la carabine ».  J’ai dit : « Serrez votre revolver dans votre étui, et puis je vais vous donner ma carabine ».
  • Alors, qu’est-ce qu’il a fait?
  • Il a serré le revolver dans l’étui, ma mère a dit : « Donne ta carabine ». J’ai dit : « Non – j’ai dit – qu’il serre son revolver d’abord, après ça je m’en vais lui donner ma carabine, je n’ai aucune intention, je n’ai pas tiré sur personne, si j’ai attrapé quelqu’un, c’est involontaire, et puis … »
  • Alors, c’est là que vous vous êtes rendu au poste?
  • Oui.
  • Quel âge, avez-vous, M. St-Louis?
  • 26 ans.
  • 26 ans. Êtes-vous marié?
  • Oui.
  • Avez-vous des enfants?
  • Je suis père d’une petite fille de quinze mois, maintenant.
  • Avez-vous un casier judiciaire, avez-vous été devant les Tribunaux
  • Non, du tout.
  • Merci, c’est tout.

L’avocat de la défense, Me Gérald Grégoire, en avait terminé avec son propre client.  Toutefois, en acceptant de témoigner à son propre procès, Marcel St-Louis s’exposait aux questions du procureur de la Couronne.  La semaine prochaine, tout sur le contre-interrogatoire conduit par Me Maurice Laniel.

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L’affaire St-Louis: chapitre 14


marcel-st-louis         En ce 4 février 1969 se poursuivait le procès de Marcel St-Louis, accusé du meurtre de Michel Prince survenu à la suite d’un braquage commis dans la région de Saint-Célestin.  Puisque la Couronne en avait terminé avec les témoins de la famille Prince, on appela à la barre le policier Douglas Lyons de la Sûreté du Québec basé à Drummondville.

  • Constable Douglas, l’interrogea Me Maurice Laniel de la Couronne, dans l’exercice de vos fonctions est-ce que vous avez eu à faire une surveillance de l’information qu’on vous a donnée le ou vers le 22 novembre 1968?
  • Oui.
  • Sans répéter l’information que vous avez eue, voulez-vous nous donner le rapport de votre enquête ou la suite de votre surveillance que vous avez exercée?
  • On était placé au coin de la Transcanadienne puis l’intersection du Boulevard St-Joseph.
  • Qu’est-ce que vous faisiez à ce moment-là?
  • On nous avait demandé de surveiller une petite automobile bleue Vauxhall.
  • Est-ce que vous aviez le numéro de licence?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez vu ce véhicule un moment donné?
  • Oui.
  • Qu’est-ce que vous avez fait à la suite de l’avoir vu?
  • On est allé à la poursuite et on l’a arrêté sur la rue Williams.
  • Combien de personnes y avait-il à l’intérieur du véhicule?
  • Une personne.
  • Est-ce que vous reconnaissez cette personne dans la Cour ici?
  • Oui, monsieur.
  • Où est-il?
  • (le témoin indique l’accusé)
  • Vous indiquez l’accusé assis?
  • Près du constable.
  • En arrière de vous, près du constable.
  • Oui.
  • Je vous exhibe … deux photographies produites comme exhibit P-6, voulez-vous nous dire si vous reconnaissez ces photographies?
  • Oui c’est l’automobile en question.
  • Que vous avez?
  • Que j’ai suivie.
  • Et que vous avez arrêté un moment donné?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez arrêté l’individu qui conduisait l’automobile bleue?
  • Oui monsieur.
  • Qu’est-ce que vous en avez fait par la suite?
  • On l’a amené au poste.
  • Est-ce que vous avez fait quelque chose au poste?
  • On l’a gardé sous surveillance.
  • Est-ce que vous l’avez fouillé?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez trouvé quelque chose?
  • Oui on a trouvé de l’argent.
  • Vous avez trouvé de l’argent mais à part de l’argent?
  • Il faudrait que je consulte mon rapport.
  • Ce sont des notes que vous avez prises vous-mêmes?, demanda le juge.
  • C’est mon rapport que j’ai rédigé après l’arrestation.
  • Évidemment, continua le juge, je vous préviens que vous devez raconter seulement ce que vous avez constaté. Ne rapportez rien, aucune déclaration.
  • Alors, reprit Me Laniel, qu’est-ce que vous avez trouvé?
  • Ce que j’ai trouvé, j’ai trouvé les objets qu’il y avait dans ses poches. Possédait un dépliant avec papiers divers.  Un porte-monnaie contenant $108.81.
  • Est-ce que vous reconnaissez ce que je vous exhibe là?
  • Oui, c’est un porte-monnaie en cuir.
  • Qu’est-ce que ça représente?
  • Le portefeuille à Monsieur St-Louis.
  • Voulez-vous le produire comme exhibit P-10?
  • Oui.
  • Quand vous avez trouvé ce portefeuille qu’est-ce que vous avez fait avec?
  • Je l’ai déposé dans l’enveloppe.
  • Je vous exhibe l’enveloppe, est-ce que vous identifiez cette enveloppe-là?
  • C’est moi qui l’ai remplie.
  • C’est vous qui l’avez remplie?
  • Oui.
  • Et est-ce que vous avez mis quelque chose dans l’enveloppe?
  • Oui monsieur. J’ai mis le portefeuille et ce qui est marqué dessus avec l’enveloppe.
  • Voulez-vous produire l’enveloppe comme exhibit P-11?
  • Oui.
  • Est-ce qu’il y avait de l’argent dans le portefeuille?
  • Oui, dans le portefeuille il y avait $108.80.
  • Maintenant est-ce qu’il avait d’autres choses dans ses poches?
  • Oui il avait de l’argent à part.
  • À part de l’argent?
  • À part de l’argent qu’il y avait dans le portefeuille il y avait de l’argent « loose » dans ses poches.
  • Est-ce qu’il y avait d’autres choses?
  • Oui il y avait des balles de calibre .22. Trente-cinq (35) balles « looses » dans ses poches.
  • Je vous exhibe une enveloppe est-ce que vous reconnaissez cette enveloppe?
  • Oui.
  • Comment le reconnaissez-vous?
  • C’est moi qui a écrit j’ai ma signature.
  • C’est votre signature?
  • Puis les trente-cinq (35) balles que j’ai trouvées dans ses poches.  Je les ai placées dedans.
  • Vous les avez placées dedans?
  • Oui.
  • Alors voulez-vous produire trente-cinq (35) balles et l’enveloppe comme exhibit P-12?
  • Oui.
  • Quand vous avez arrêté le véhicule, est-ce que le conducteur est débarqué du véhicule?
  • Oui.
  • Est-ce qu’il avait quelque chose dans les mains?
  • Il avait sa carabine.
  • Il avait sa carabine. Je vous exhibe l’exhibit P-9, est-ce que vous reconnaissez cette carabine?
  • Oui.
  • C’est cette carabine là qu’il avait dans les mains lorsqu’il est débarqué de la voiture?
  • Oui.
  • Est-ce qu’il y avait quelque chose dans la carabine?
  • Oui il y avait des balles. Pour vérifier s’il y avait des balles j’ai ouvert et puis il y en a une qui est sortie, elle est restée coincée il a fallu que je l’enlève avec un crayon puis il y en a une autre qui est arrivée coincée.  J’en ai enlevé deux (2) puis il y en avait encore dedans.  Je les ai placées les deux (2) balles dans une petite enveloppe.
  • Je vous exhibe l’enveloppe contenant deux (2) balles, est-ce que vous pouvez identifier cette enveloppe?
  • C’est ma signature.
  • Par votre signature?
  • Oui.
  • Alors voulez-vous produire cette enveloppe contenant deux (2) balles comme exhibit P-13?
  • Oui.
  • Je vous exhibe une enveloppe ici voulez-vous l’examiner et nous dire si vous reconnaissez cette enveloppe?
  • Oui ça c’est l’argent « loose » que j’ai trouvé dans ses poches.
  • Dans les poches de Monsieur St-Louis?
  • Oui.
  • Quel est le montant?
  • Cinquante-neuf dollars et vingt ($59.20).
  • Cinquante-neuf dollars et vingt ($50.20)/sic/ en quelle dénominations?
  • En plus, c’est de l’argent dur, un rouleau d’argent.
  • Alors voulez-vous produire cette enveloppe et son contenu comme exhibit P-14?
  • Oui.
  • Quelle heure était-il quand vous l’avez arrêté?
  • L’heure il était vingt heures et trente (20h30).

Ce fut ensuite à Me Gérald Grégoire, l’avocat assurant la défense de l’accusé St-Louis, qui se leva pour contre-interroger le policier Lyons.

  • Monsieur Lyons, vous êtes dans la police depuis longtemps, pour la Sûreté Provinciale?
  • Pour la Sûreté Municipale.
  • De Drummondville?
  • Oui.
  • Vous dites que vous avez extrait deux (2) balles et qu’il y en avait d’autres dedans.
  • Oui.
  • Connaissez-vous assez ces armes-là pour dire quel calibre elle est?
  • C’est une .22.
  • Une .22?
  • Oui.
  • Est-ce que c’est une .22 automatique ou semi-automatique?
  • C’est semi-automatique.
  • Et à votre connaissance combien ça peut contenir de balles?
  • Je ne le sais pas.
  • Vous ne le savez pas?
  • Non.
  • Alors est-ce que vous connaissez le fonctionnement d’une semi-automatique?
  • Non, monsieur. Je suis pas expert en arme à feu.
  • Quand vous l’avez arrêté Monsieur St-Louis où était-il à ce moment-là?
  • Il était dans la cour chez son père sur la rue William.
  • Dans la ville de Drummondville?
  • Dans la ville de Drummondville.
  • À l’intérieur de la maison ou à l’extérieur?
  • À l’intérieur de la maison. Je suis allé le chercher à l’intérieur.
  • Est-ce qu’il a fait de la résistance quand vous êtes allé le chercher?
  • Non monsieur.
  • Il n’y a pas eu de violence?
  • Non c’était plutôt les nerfs.
  • Il n’y a pas eu de violence, rien de ça?
  • Non.
  • Il vous a cédé la carabine puis il vous a suivi?
  • Oui monsieur.

Lorsque Me Grégoire reprit sa place et que le témoin fut remercié, le regarda l’horloge.  Il était 12h20.  Il ajourna alors la Cour pour permettre à tous d’aller casser la croûte.  Les audiences allaient reprendre dès 14h00.

L’affaire St-Louis: chapitre 12


07
L’endroit où la poursuite s’est terminée.  À droite, devant la résidence d’Ally, on aperçoit le corps de la victime, Michel Prince.

Une fois que Me Maurice Laniel en eut terminé avec Louis Prince, 16 ans, ce fut à Me Gérald Grégoire d’exercer son droit de contre-interroger le jeune témoin.

  • Quand vous dites que vous avez reconnu celui que vous indiqué dans la boîte tout à l’heure, celui que vous avez reconnu dans l’automobile bleue vous l’avez indiqué tout à l’heure?, commença Me Grégoire.
  • Oui.
  • Comme étant à côté du policier?
  • Oui.
  • Est-ce que c’est parce qu’il est à côté du policier à matin là que vous dites que c’est lui?
  • Non.
  • Vous êtes bien sûr de l’avoir reconnu?
  • Bien il a changé un petit peu là. Il s’est fait couper les cheveux.
  • Oui mais au moment où vous l’avez vu, quand vous avez reconnu sa silhouette là, vous êtes sûr que c’est le même?
  • Oui.
  • Vous êtes positif?
  • Bien là il s’est fait couper les cheveux.
  • La dernière fois vous avez eu le temps de remarquer qu’il avait les cheveux longs?
  • Il avait les cheveux noirs.
  • Ont-ils changé de couleur?
  • Il s’est fait couper les cheveux.
  • Sont-ils de la même couleur?
  • Ils se ressemblent.
  • Monsieur Prince par suite du téléphone que vous avez reçu à la maison?
  • C’est pas moi qui a reçu le téléphone.
  • C’est votre frère?
  • Oui.
  • Et par la suite vous êtes parti avec qui?
  • Avec Michel. Avant de …
  • Quand vous êtes parti de la maison après le téléphone que vous avez eu?
  • Je suis pas parti tout de suite avec mon frère.
  • Vous n’êtes pas parti tout de suite avec votre frère Michel?
  • Non.
  • Longtemps après votre père?
  • … trois ou quatre minutes.
  • Votre père vous a-t-il fait faire une commission à Michel avant de partir, vous a-t-il dit de quoi?
  • Oui.
  • Il vous a dit quoi?
  • Va chercher ton frère en haut.
  • Va chercher ton frère en haut. A-t-il rajouté d’autre chose?
  • Qu’il amène son arme.
  • Qu’il amène son arme. À votre connaissance est-ce que ça faisait longtemps que votre frère avait une arme?
  • À peu près … il l’avait acheté dans le courant de l’été.
  • Il gardait ça à la maison?
  • Oui.
  • Le saviez-vous où il a acheté son arme, est-ce que vous le savez?
  • À votre connaissance le savez-vous, vous ne le savez pas?
  • Il m’en a jamais parlé.
  • Alors là par la suite après avoir été avertir votre frère vous êtes parti avec lui et vous êtes arrivés dans le rang 7. Quand vous êtes arrivés dans le rang 7 vous avez dit tout à l’heure dans votre témoignage.
  • Mon frère a pas rentré dans le rang 7.
  • Votre frère n’a pas rentré. Il est resté à l’entrée du rang 7?
  • Il est resté sur la route 13.
  • Il est resté à l’entrée, à l’intersection formée par la route 13 et le rang 7?
  • Oui.
  • C’est ça?
  • Oui.
  • Est-ce que vous pouviez voir s’il y avait quelqu’un sur la route à ce moment-là à côté du char de votre père que vous avez reconnu?
  • À côté de la route?
  • À côté du char de votre père que vous avez vu là?
  • S’il y avait quelqu’un sur la route?
  • Oui?
  • Il y avait personne parce que quand on a passé à côté du rang 7 on passait pas à 100 milles à l’heure, on était à peu près à 20.
  • Mais votre père n’était pas là dans le rang lui, l’avez-vous vu?
  • Moi j’ai vu son auto.
  • Mais lui-même l’avez-vous vu à ce moment-là?
  • Non.
  • Votre frère qui était avec votre père est-ce que vous l’avez vu?
  • Non.
  • Vous ne l’avez pas vu. Plus tard?
  • J’ai reconnu son char.
  • Et par la suite la petite auto bleue que vous avez identifié tout à l’heure a contourné l’automobile de votre père. C’est ça?
  • Bien quand il était dans le rang 7.
  • Oui oui on est tout le temps dans le rang 7 là.
  • Bien il a traversé la route 13.
  • Il a traversé la route 13.
  • La petite auto bleue.
  • Et votre frère était dans son auto à ce moment-là?
  • Non.
  • Il était débarqué?
  • Oui.
  • Il a débarqué vite de son auto?
  • Oui.
  • Il a débarqué vite. C’est lui qui avait l’arme à ce moment-là?
  • Mon frère Michel.
  • Votre frère Michel.
  • Oui.
  • Il l’a chargée où, dans l’automobile?
  • Avant de partir à la maison.
  • Combien ça contient de balles ça?
  • Ça contient une balle.
  • Est-ce qu’il avait d’autres balles aussi?
  • Il avait d’autres balles dans sa poche, dans sa poche de … il avait un coat rouge là.
  • Il avait pris ça avant de partir de la maison?
  • Pour son arme il avait une boîte de balles.
  • Alors il avait plusieurs balles?
  • Il devait en avoir à peu près une boîte.
  • Une boîte de balles. Le premier coup qui a été tiré est-ce que vous étiez dans l’automobile ou si vous étiez débarqué?
  • Bien j’étais, la porte était ouverte.
  • Vous étiez encore dans l’automobile?
  • La porte du bord de mon frère Michel …
  • Oui?
  • Elle était ouverte, puis j’étais accoté sur l’auto, sur le bord.
  • Comme ça vous n’étiez pas sorti ou étiez-vous dehors à ce moment-là?
  • Oui, j’étais sorti.
  • Votre frère était sorti avant vous?
  • Oui.
  • Ça s’est passé vite ça?
  • Assez vite.
  • Assez vite. Ça s’est passé assez vite et vous nous avez dit tout à l’heure que votre frère était sorti vite puis vous avez remarqué dans quelle direction il a tiré?
  • Parce que quand il a tiré, quand le petit char a passé je voyais mon frère parce que mon frère a tiré son coup sur le pneu d’en avant.
  • Regardiez-vous l’auto qui passait à ce moment-là?
  • Bien j’ai vu l’auto puis je voyais mon frère.
  • Vous les voyiez tous les deux en même temps?
  • Oui.
  • Puis ensuite de ça vous voyiez aussi l’arme?
  • L’arme?
  • Qui était braquée là vous dites sur le « tire » d’en avant.
  • Parce que l’arme on tient pas ça à terre.
  • Non, je comprends qu’on ne tient pas ça à terre mais on peut la tenir de même, d’accord?
  • Oui.
  • Puis on peut la tenir de même, et on peut la tenir de même.
  • Oui.
  • Puis vous vous avez tout vu ça là que votre frère, précisément là vous vous entendez admirablement avec votre frère pour les pneus. Tous les deux vous avez vu ça.
  • Oui parce que quand il a tiré en avant là en direction des pneus parce que je voyais le bout du fusil comme ça.
  • Mais c’était pas tellement éclairé dans ce temps là Monsieur Prince?
  • Dans ce rang-là, ce n’était pas tout de même la rue Principale?
  • Bien dans le rang il y a un cultivateur qui a une grosse ferme puis il a une espèce de grosse lumière.
  • Mais la lumière n’est pas dans le bord du chemin?
  • Elle reflète toujours un petit peu.
  • Mais pas tellement, c’était pas tellement éclairé?
  • Je suis pas aveugle.
  • Je comprends que vous n’êtes pas aveugle. Mais dites donc là, sincèrement vous n’avez pas vu dans quelle direction votre frère a tiré?
  • J’ai vu mon frère.
  • Vous avez vu votre frère, ça on est d’accord. Mais la direction là?
  • Je le sais mieux que vous, j’étais là.
  • Oui vous étiez là, mais on parle de la direction là. Où il a tiré.  Vous êtes sûr de ça?
  • Parce qu’il a tiré dans le pneu d,en avant.
  • Est-ce qu’il les a attrapés les pneus?
  • Non.
  • Il ne les a pas attrapés. Est-ce qu’il a attrapé d’autre chose, est-ce que vous avez vu où la balle a frappé?
  • Non.
  • Vous n’avez rien vu de ça.
  • Une balle ça passe tellement vite on n’est pas capable de la voir.
  • Vous n’avez pas entendu de bruit ou fracas de vitre?
  • J’ai entendu rien que le coup de fusil qu’il a tiré.
  • Le coup de fusil, vous n’avez pas vu de vitre éclater rien de ça?
  • Non.
  • Là c’est le premier coup qui a été tiré ça?
  • Oui.
  • Je vais vous montrer, Messieurs les Jurés, les photographies qui démontrent la partie gauche du véhicule, en avant. … Regardez cette photographie-là, Monsieur Prince.
  • Oui.
  • Vous voyez un cercle rouge là?
  • Oui.
  • Vous voyez ici que le métal a été frappé là, vous voyez ça vous?
  • Oui.
  • Est-ce que c’est pas mal plus haut que les pneus ça à votre avis?
  • Quand il a tiré son coup je le voyais mon frère.
  • Je vous demande sur cette photographie ici.
  • C’est peut-être pas une balle ça?
  • Ah bien ça, en tout cas voyez-vous ça là?
  • Oui.
  • Puis c’est pas mal plus haut que les pneus ça, admettez-vous ça?
  • Bien …
  • Même si vous étiez là et puis vous avez tout vu vous admettez que c’est pas mal plus haut que les pneus?
  • Bien c’est pas mal plus haut que les pneus, oui.
  • D’accord. On va en prendre une autre Monsieur Prince.  On va prendre la photographie montrant la vitre arrière.  Regardez ça.  Vous voyez ici – on ne voit pas la vitre parce qu’elle est disparue, mais vous voyez un grand cercle ou un petit cercle.  C’est pas mal plus haut que les pneus ça aussi?
  • N’est-ce pas?
  • C’est évident.
  • C’est évident.   On va prendre une troisième photographie, celle qui montre le pare-brise en avant.  Côté droit.  Regardez-moi ça, c’est encore évident que c’est pas mal plus haut que les pneus ça?
  • Est-ce qu’on est d’accord sur ça?
  • C’est plus haut que les pneus, oui.
  • C’est pas mal plus haut que les pneus.
  • Qui nous dit que c’est mon frère qui a visé là?
  • Ah bien là on verra ça. Et les trois photographies qui ont été produites là vous admettez que c’est pas mal plus haut que les pneus ça?
  • Oui.
  • Par la suite après le premier coup que votre frère a tiré, il a tiré lorsque l’automobile a passé contre lui?
  • C’était à quelle place ça?
  • On est toujours dans le rang 7 là. Le premier coup-là.
  • Il a tiré en direction des pneus.
  • Oui mais est-ce qu’il était loin des pneus?
  • Quand il a tiré son coup parce que vous avez dû le voir, vous avez dû voir la distance puisque vous nous avez dit que vous aviez tout vu excepté … où avez-vous vu seulement ce qui faisait votre affaire?
  • Était-il loin du véhicule quand il a tiré?
  • Je peux pas déterminer.
  • Ah bon. Ça vous ne pouvez pas le déterminer.
  • On va essayer…
  • Bon on va essayer, était-il à quinze pieds?
  • Je le sais qu’il était sur le bord du chauffeur.
  • Bord du chauffeur.
  • Oui.
  • Était-il à quinze pieds du véhicule quand il a tiré, à dix pieds, à cinq pieds, à cent pieds quand il a tiré?
  • … je peux pas dire.
  • Vous ne pouvez pas dire.
  • Non.
  • Vous ne vous rappelez pas de ça?
  • Quand vous poursuivez un bandit, on n’a pas le temps de …
  • Et l’autre coup de feu a-t-il été tiré longtemps après dans le rang 7?
  • À peu près … deux minutes, trois minutes …
  • Deux, trois minutes après?
  • Oui.
  • Encore en direction des pneus?
  • Oui.
  • Mais là à ce moment-là il était un peu plus loin?
  • Bien je le sais pas.
  • Le véhicule était-il plus loin, la petite auto bleue à ce moment-là?
  • Le deuxième coup qui a été tiré dans le rang 7?
  • Il a été tiré dans la cour chez Monsieur Corriveau. Il s’apprêtait à partir.
  • À ce stage-ci Messieurs les Jurés, je vous ferai remarquer que son frère André nous a dit hier qu’il y avait eu seulement un coup de tiré dans le rang 7.
  • Sur le bord de la 13.
  • Je vous ferai tout de même remarquer qu’André n’a eu connaissance que d’un coup, intervint le juge.
  • Mais on a quand même une balle de plus aujourd’hui, répliqua Me Grégoire.
  • Ça, ça se passe chez Corriveau, fit le juge.
  • Et par la suite là il vous a échappé et vous avez continué sa poursuite?, reprit Me Grégoire.
  • Bien il a passé, le petit char a passé, mon frère a passé, puis nous autres on est parti en arrière.
  • Et là vous êtes embarqués en arrière avec votre frère?
  • Dans le rang 7 encore.
  • Non quand le petit char a parti là?
  • Quand le petit char a parti là vers St-Célestin?
  • Oui, vous êtes embarqué tous les trois et votre père est resté dans le rang.
  • Oui mon père essayait d’aller téléphoner chez Monsieur Corriveau.
  • C’est ce qu’il vous a dit ça. Ce n’est pas à votre connaissance.
  • Bien, je le savais pas.
  • Dites seulement ce qui est à votre connaissance. Qui avait l’arme dans l’automobile pendant la poursuite?
  • Bien quand on a parti en direction de St-Célestin.
  • Oui?
  • L’arme était encore sur le siège.
  • L’arme était encore sur le siège?
  • Oui.
  • Quand vous êtes approchés du véhicule là à l’entrée du village de St-Célestin?
  • Oui.
  • Qui avait l’arme à ce moment-là?
  • Quand on a vu la petite auto bleue là?
  • Oui?
  • Mon frère André a pris l’arme.
  • C’est votre frère André qui avait l’arme à ce moment-là?
  • Puis mon frère Michel a donné deux balles.
  • Il lui a donné deux balles?
  • Oui.
  • Est-ce qu’il en a mis une dans le revolver?
  • Il en a mis une dans son fusil.
  • Dans son fusil. Et là quand vous êtes passés à la hauteur de l’autre véhicule en dépassant là,
  • On l’a pas dépassé sur la 13.
  • Non, non, rendus à St-Célestin, à l’intersection de St-Célestin, vous l’avez intercepté là?
  • Sur la route 34?
  • Vous l’avez intercepté?
  • Quand on l’a repassé.
  • Vous l’avez repassé?
  • Oui.
  • À ce moment-là c’est André qui avait l’arme?
  • Oui.
  • Sa vitre avant était baissée?
  • Oui.
  • C’est lui qui a tiré à ce moment-là, il a tiré en direction de …
  • Avant de tirer, mon frère Michel a dit à André : tu tireras vers les pneus.
  • Tu tireras encore vers les pneus?
  • Oui.
  • Est-ce qu’il a tiré?
  • Il a tiré en direction des pneus.
  • Vous l’avez vu?
  • Oui.
  • Vous étiez assis en arrière vous?
  • Oui.
  • Est-ce que son bras était sorti?
  • Son bras était sorti puis son arme pointait vers les pneus, vers le bas.
  • Vous étiez assis en arrière de votre frère Michel?
  • Oui.
  • Sur le côté du chauffeur en arrière?
  • Quand il a tiré son coup mon frère André s’est avancé.
  • Là est-ce que vous ne pensez pas que vous forcez un peu. Vous étiez assis en arrière du véhicule en arrière du conducteur, pas du côté de votre frère André qui avait le bras sorti et puis vous avez vu la direction de son arme?
  • Oui parce que quand j’étais en arrière de mon frère Michel, il a baissé sa vitre. Quand il a baissé sa vitre on l’a repassé puis il s’est tassé comme ça, en face comme ça, ça fait que là je le voyais à ce moment-là.
  • C’est André qui avait sorti l’arme?
  • Oui il avait l’arme.
  • Puis vous avez vu encore dans quelle direction, est-ce qu’il a tiré de l’intérieur ou de l’extérieur? Son bras était sorti?
  • Oui bien la main était sortie. Accotée un peu sur le rebord de la vitre.
  • Puis vous avez vu, est-ce que c’était éclairé à ce moment-là?
  • On voit.
  • Vous voyiez très bien?
  • Oui.
  • Encore une fois.
  • Dans un char il ne fait pas noir, il y a des lumières.
  • Messieurs les Jurés, je ne vous demanderai pas de regarder les photographies mais je fais encore les mêmes réflexions. … Et là, votre frère s’est organisé pour intercepter le véhicule, c’est ça?
  • Après que mon frère André a tiré, bien avant de tirer là on l’a repassé.
  • Oui?
  • Puis là mon frère a tiré bien là en face de chez Monsieur Ally là, bien quand j’étais dans l’auto je peux pas dire qu’on était en face de qui.
  • Vous voulez dire que vous lui avez coupé le chemin à la petite voiture, c’est ça?
  • Oui.
  • Elle était forcée de s’arrêter elle la petite voiture, elle ne pouvait plus continuer plus loin?
  • Non.
  • Parce que vous nous avez dit à l’enquête préliminaire le bumper était …
  • On a touché le bumper du petit véhicule.
  • Là votre frère Michel est sorti de l’automobile?
  • Après être immobilisé. Puis moi je l’ai suivi en arrière.
  • Vous l’avez suivi en arrière?
  • Oui.
  • Qui est-ce qui avait l’arme à ce moment-là?
  • Encore André. Quand on a immobilisé le char.  André a dit au voleur : haut les mains.
  • Puis le voleur a dit : tire pas, tire pas. C’est André ça?
  • Encore André. Quand on a immobilisé le char.  André a dit au voleur : haut les mains.
  • Puis le voleur a dit : tire pas, tire pas. C’est André qui a dit ça?
  • Le voleur.
  • Mais qui a dit : haut les mains?
  • Mon frère André.
  • À l’enquête préliminaire, à la page 31 des notes sténographiques, je prends la réponse au bas de la page. « puis là mon frère a débarqué vitement avec l’arme dans les mains ».
  • Ça mon frère Michel quand il a débarqué il n’avait pas d’arme dans les mains.
  • Alors votre frère n’avait pas d’arme?
  • Si j’ai dit ça je l’ai mal dit.
  • Alors à la suite de ça, à une question de mon confrère au bas de la page 31 : Q. Quand votre frère a débarqué, lequel ça? R. Michel.
  • Oui c’est mon frère Michel qui a débarqué mais il n’avait pas d’arme dans les mains.
  • Puis vous, vous nous dites qu’il a débarqué vitement avec l’arme dans la main?
  • J’ai dit vitement, c’était dans le rang 7 à l’intersection.
  • Là on est rendu sur la route 34.
  • Sur la route 34 il a débarqué assez vite. Mais il avait pas d’arme dans les mains.
  • Alors à ce moment-là il n’avait pas d’arme dans les mains.
  • Non c’était mon frère André qui l’avait.
  • Vous êtes sûr de ça?
  • Oui.
  • Vous continuez…
  • Michel?
  • Oui.
  • Le conducteur?
  • Moi j’étais juste en arrière de lui puis quand il a débarqué j’ai débarqué, puis son char était l’autre bord de la ligne blanche comme ça là.
  • Est-ce que c’était à votre gauche ou à votre droite à ce moment-là?
  • Il se trouvait à gauche.
  • À gauche?
  • Sur ce bord-là, puis le char était pas bien loin, le voleur…
  • Le conducteur de la petite voiture qu’est-ce qu’il a fait?
  • Ah bien quand on l’a arrêté tout de suite, mon frère a dit : haut les mains. Le voleur a dit : tire pas, tire pas. »
  • Ça c’est ce que vous avez répondu à l’enquête préliminaire.
  • Ça c’est le gars de la petite voiture bleue qui a dit ça. Tire pas tire pas.
  • Oui ça c’est correct, mais là d’après les questions que je viens de vous lire là Monsieur Prince vous dites que c’est Michel qui a l’arme.
  • Non c’était mon frère André.
  • Et aujourd’hui ce n’est plus Michel, c’est André.
  • C’était André qui avait l’arme.
  • Alors à ce moment-là l’enquête préliminaire vous vous êtes trompé, vous vouliez dire André au lieu de Michel?
  • Bien j’étais peut-être un peu nerveux.
  • Alors vous êtes débarqué vous, avez-vous fait le tour avec votre frère?
  • Non.
  • Vous êtes resté dans l’auto ou à côté de l’auto?
  • J’ai débarqué et j’ai resté à côté de l’auto.
  • Du côté du chauffeur?
  • Oui.
  • Là, la petite voiture bleue était de l’autre côté elle?
  • Côté gauche.
  • Côté gauche. Alors vous ne pouviez pas voir l’automobile bleue, est-ce que vous pouviez la voir?
  • Un coup débarqué je pouvais la voir.
  • Est-ce que vous avez vu parfaitement l’individu dans l’automobile bleue?
  • Quand on l’a repassé je l’ai vu.
  • Mais là je parle quand on est arrêté là.
  • Quand il a débarqué vitement de son automobile l’individu?
  • Oui?
  • Bien je le savais que c’était une personne mais je pouvais pas dire que c’était …
  • Vous n’avez pas vu la personne?
  • Je savais que c’était le gars du véhicule mais là je pouvais pas le reconnaître.
  • Est-ce que vous avez vu s’il avait quelque chose dans les mains?
  • J’ai vu une espèce d’affaire je peux pas dire …
  • C’était la première fois que vous voyiez ça dans ses mains à ce moment-là vous ne l’avez pas vu avant?
  • Bien j’ai vu l’arme, quand j’ai débarqué avec mon frère je l’ai pas vu… se[? le « s » étant superposé à une autre lettre] tirer. Après avoir tiré mon frère bien là j’ai vu qu’est-ce qu’il avait dans les mains.
  • Quand votre frère Michel là, juste avant les coups qui sont partis de l’automobile, est-ce qu’il était près de la portière avant de cette automobile-là?
  • Une dizaine de pieds.
  • Est-ce qu’il faisait noir, est-ce que c’était éclairé dans ce coin-là?
  • Non.
  • C’était pas éclairé. Après que ces coups-là sont partis, que votre frère est tombé là, votre frère André a rechargé son arme l’avez-vous vu faire recharger son arme?
  • Non.
  • Et là il y a eu un autre coup de feu de tiré?
  • Oui quand le Monsieur là quand la petite auto bleue a parti il s’en allait en direction du village de St-Célestin bien mon frère André a débarqué vitement puis il a tiré. J’ai entendu le coup je peux pas dire dans quelle …
  • Pour repartir, le chauffeur de la petite automobile bleue a-t-il été obligé de faire marche arrière pour repartir de l’endroit?
  • Pour repartir d’où il était stoppé?
  • Oui?
  • Oui.
  • Il ne pouvait pas passer en avant?
  • Non.
  • Il avait aucune chance?
  • Bien … il pouvait passer si il reculait puis si il tassait bien sur le bord.
  • Il fallait qu’il fasse marche arrière avant de se tasser sur le bord du fossé, ça aurait été difficile de passer tout droit?
  • Ah oui, il aurait accroché le char de mon frère.
Michel Prince - Allo Police
Le corps de Michel Prince.

Me Laniel crut nécessaire de poser une ou deux questions supplémentaire à Louis Prince.

  • Monsieur Prince, questionna le procureur de la Couronne, je crois qu’en réponse à une question de Me Grégoire vous avez dit que vous aviez reconnu l’arme que le conducteur de l’automobile bleue avait dans les mains?
  • Bien non, je pouvais pas dire que c’était une 22 puis combien de balles là-dedans, je voyais une espèce d’objet dans ses mains.
  • Est-ce que vous voyiez la longueur de cet objet là?
  • Non.
  • Est-ce que vous pouviez identifier qu’est-ce que c’était qu’il avait dans les mains?
  • Non.

Me Gérald Grégoire revint auprès du témoin pour une toute dernière question.

  • Combien de coups de feu en tout ont été tirés par votre frère Michel et André?
  • Mon frère Michel a tiré … deux coups, puis mon frère André a tiré un coup. Deux coups … deux coups.
  • Deux coups. Alors ça fait quatre coups à votre connaissance qui ont été tirés?
  • Oui.

 

L’affaire St-Louis: chapitre 11


Louis Prince
Louis Prince

4 février 1969

Pour débuter cette deuxième journée du procès de Marcel St-Louis pour le meurtre de Michel Prince, la Couronne appela un autre frère de la victime.  Cette fois, les jurés allaient entendre Louis Prince, 16 ans.

  • Quel âge avez-vous?, demanda le juge Crête.
  • 16 ans, répliqua Louis.
  • en quelle année de classe êtes-vous?
  • En seconde R-2.
  • vous savez qu’est-ce que c’est que prêter serment?
  • C’est de dire la vérité.
  • Qu’est-ce qui arrive par exemple si quelqu’un fait un faux serment?
  • Il fait un péché mortel.

Ce fut ensuite au greffier de questionner l’adolescent.

  • Vous jurez que le témoignage que vous rendrez à la Cour et aux Jurés assermentés entre Sa Majesté et l’accusé à la barre sera la vérité toute la vérité et rien que la vérité?
  • Je le jure.
  • ainsi que Dieu vous soit en aide. Votre nom?
  • Louis Prince.
  • Votre âge?
  • 16 ans.
  • votre occupation?
  • Étudiant.
  • votre adresse?
  • St-Léonard d’Aston.
  • Monsieur Prince, commença ensuite Me Laniel, le 22 novembre 1968 il y a eu un incident au magasin de votre père. Voulez-vous raconter au Tribunal ce que vous avez fait à la suite de cet incident-là?
  • Bien mon frère Camille était au magasin puis moi j’étais à la maison, le téléphone a sonné puis…
  • Ne répétez pas ce qu’on vous a dit au téléphone. à la suite de ce téléphone-là, qu’est-ce que vous avez fait vous?
  • Ah bien là je me suis habillé puis j’ai parti avec mon frère pour s’en aller à l’auto.
  • Quand vous dites : parti avec votre frère, c’est quel frère?
  • Bien là avec mon frère André. Là j’ai sorti avec mon frère André.
  • Avec votre frère André?
  • Oui.
  • Vous êtes allé où?
  • Bien mon frère André a fait partir le char puis il a avancé à côté du garage où était mon père. Puis mon père a dit : va chercher Michel en haut.
  • Ne répétez pas ce qu’on vous a dit. Dites seulement ce que vous avez fait.  Alors il y a eu une conversation entre votre frère André, votre père et vous?
  • Non rien qu’avec mon père.
  • Rien qu’avez votre père?
  • Oui.
  • À la suite de ça qu’est-ce qui est arrivé?
  • J’ai été chercher mon frère en haut.
  • Quel frère?
  • Avec son arme.
  • Avec son arme?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous avez fait à la suite de ça?
  • Ah bien il a fait partir son char puis on a parti à la poursuite.
  • Qui a fait partir son char?
  • Lui-même.
  • Lui-même, à qui référez-vous?
  • À Michel.
  • Alors, Michel a fait partir son automobile à lui?
  • Oui.
  • Qu’est-ce que c’est qui est arrivé par la suite?
  • Là bien il m’a demandé par où ils étaient partis où était parti le voleur. J’ai dit : il est parti vers Trois-Rivières.
  • C’est le terme employé là, Votre Seigneurie.
  • Enfin, fit le juge Crête, pour tout de suite Messieurs ne retenez pas l’expression : au voleur. L’accusé n’es pas devant vous pour cette accusation.
  • Alors, reprit Me Laniel, Michel est embarqué dans son véhicule à lui est-ce que Michel était seul dans son véhicule?
  • Non, j’étais avec lui.
  • Vous étiez avec lui.
  • Oui.
  • Et vous êtes parti de chez vous?
  • Oui tous les deux.
  • Dans quelle direction êtes-vous partis?
  • Vers Trois-Rivières.
  • Je vous exhibe l’exhibit P-1. Voulez-vous me dire si vous reconnaissez ce que représente cet exhibit?
  • C’est un plan.
  • C’est un plan?
  • On se trouve à avoir parti de là (le témoin indiquant sur le plan).
  • Où demeurez-vous?
  • On demeure à St-Léonard.
  • Est-ce que vous voyez St-Léonard sur le plan?
  • Oui, ici.
  • Où c’est marqué St-Léonard, évidemment.
  • Oui.
  • Alors vous êtes partis de St-Léonard sur quelle route?
  • La route 13.
  • Et référant au plan est-ce que vous êtes partis en direction vers le bas ou vers le haut?
  • Vers le haut.
  • Jusqu’à quel endroit avez-vous marché sur la route 13?
  • On a parti avec le char jusqu’au rang 7.
  • Jusqu’au rang 7?
  • Oui.
  • Est-ce que vous reconnaissez le rang 7 sur le plan?
  • Oui.
  • Et arrivés au rang 7 qu’est-ce que vous avez fait?
  • Mon frère s’est « parké » le long de la 13, sur la route 13 il a arrêté son char du long.
  • Est-ce qu’il avait une raison particulière d’arrêter son char à l’intersection de la route 13 et du chemin du rang 7?
  • Avant de partir il a dit : guette le rang. Mon frère m’a dit ça puis rendu au rang 7 j’ai vu l’automobile de mon père, les lumières.
  • Vous avez vu l’automobile de votre père?
  • Qui poursuivait le Monsieur en question.
  • Il poursuivait un autre véhicule?
  • Oui.
  • Est-ce que vous voyiez l’automobile de votre père à ce moment-là?
  • Bien on voyait ses phares en arrière. La marque du char.
  • En partant de chez vous est-ce que vous aviez perdu de vue l’automobile de votre père?
  • Oui.
  • Et est-ce que vous étiez certain que c’était l’automobile de votre père que vous voyiez?
  • Oui.
  • Pourquoi?
  • Bien, mon autre petit frère qui était au magasin il avait dit ça un petit peu de même, il a dit : l’auto avait les phares bleus. Puis quand j’ai vu l’auto avec les phares bleus, j’ai bien regardé en arrière.
  • Vous voyiez l’autre automobile que le véhicule de votre père poursuivait?
  • J’ai dit à Michel : c’est l’auto bleue.  J’ai regardé en arrière et là j’ai reconnu le char à mon père c’est un station-wagon, j,ai reconnu la marque de char à mon père.
  • Alors, arrivés à l’intersection de la route 13 et du rang 7 vous êtes arrêtés?
  • Oui.
  • Parce que vous aviez reconnu le station-wagon de votre père?
  • Oui.
  • Qui poursuivait, qui suivait en arrière d’un autre véhicule de couleur bleue?
  • Oui.
  • Alors, qu’est-ce que vous avez fait à ce moment-là?
  • Bien, mon frère a débarqué.
  • Votre frère a débarqué?
  • Moi j’ai débarqué, quand il a débarqué moi avec j’ai débarqué je suis allé sur son bord. Il s’est en allé sur le bord du chauffeur, sur l’autre bord du chauffeur puis … mon frère avait son fusil dans les mains, lui.  Il a crié au petit char d’arrêter, puis il n’a pas arrêté.  Mon frère a pointé l’arme vers les pneus parce qu’il se trouvait à viser les pneus d’en avant.  En pointant vers les pneus il a crié d’arrêter.
  • Il a crié à qui?
  • Bien au petit char. Que mon père poursuivait.
  • Dans quelle direction allait le véhicule qui a passé en avant de vous à ce moment-là?
  • Il s’en allait tout le temps en direction droite. Ça traverse le chemin la route 13 là, il y a un autre rang qui se trouve encore le rang 7.
  • Est-ce que ça serait exact de dire qu’il a traversé la route 13?
  • Sur le chemin de la route 7?
  • Il a traversé la 13 pour s’en aller au chemin du rang 7.
  • D’où venait-il?
  • Il venait du rang 7, de l’autre bord.
  • Quand est-ce que votre frère a crié au véhicule?
  • Quand il a crié au véhicule?
  • Oui?
  • Bien il s’en venait là un petit peu avant il avait l’arme dans les mains et mon frère a crié de « stopper ».
  • Étiez-vous toujours à l’intersection à ce moment-là?
  • Moi?
  • Oui?
  • J’étais à côté du char.
  • Vous et votre frère dans le véhicule dans lequel vous aviez voyagé?
  • Oui.
  • Est-ce que Michel a fait quelque chose avant ou après qu’il a crié?
  • Après avoir crié bien il a tiré vers les pneus.
  • Il a tiré avec l’arme qu’il avait?
  • Vers la direction des pneus.
  • Vers la direction des pneus.
  • Parce qu’on voyait le char qui était en avant quand le char a passé il a tiré dans le « tire » d’en avant. On voyait qu’il pointait l’arme vers les pneus.
  • Qu’est-ce que vous avez fait par la suite. Est-ce qu’il y a eu plus d’un coup de tiré seulement qu’un?
  • Bien à l’intersection de la route mon frère a tiré un coup là, après ça il a passé puis mon père a passé mon frère a sauté dans le char moi j’ai embarqué puis là il a viré de bord et il s’est en allé en arrière.
  • Vous vous êtes rendus jusqu’à quel endroit à ce moment-là?
  • Jusque chez Monsieur Corriveau.
  • Chez Monsieur Corriveau qu’est-ce que c’est qui est arrivé?
  • Bien mon père a viré son char de travers, le station, puis il a passé à côté. Le petit char… puis nous autres on arrivait puis là le petit char a passé à côté de nous autres.
  • Un instant là. Vous êtes partis de l’intersection de la route 13 sur le rang 7, sur le chemin du rang 7?
  • Oui.
  • Et ça c’est après que le véhicule bleu avait passé le véhicule de votre père et vous vous êtes parti en arrière, c’est Michel qui conduisait?
  • Oui.
  • Vous êtes rendus chez Corriveau?
  • Oui.
  • En arrivant chez Corriveau est-ce que vous voyiez l’automobile de votre père?
  • Oui.
  • Où était-il?
  • Il était placé de travers.
  • De travers par rapport à quoi?
  • Pour arrêter le petit char.
  • Oui mais est-ce qu’il était dans le champ, sur la route ou dans la cour de Monsieur Corriveau?
  • Le char à mon père?
  • Oui?
  • Il était de travers dans le chemin.
  • Il était de travers dans le chemin.
  • Oui.
  • Et Michel, est-ce que Michel a arrêté son véhicule?
  • Bien quand il a vu passer le petit char il a sorti bien vite de son char et il a crié à l’autre il a dit d’arrêter. Puis il a tiré une autre fois en direction des pneus.  À ce moment-là quand mon père avait mis son char de travers il avait débarqué.
  • Est-ce que vous avez vu débarquer votre père?
  • Non.
  • Alors lorsque vous êtes arrivé avec Michel qu’est-ce qu’il y avait autour du véhicule de votre père?
  • Bien il y avait un petit char qui passait, le petit char bleu passait à côté.
  • En quel sens allait-il à ce moment-là?
  • Il sortait du reculons.
  • Pardons?
  • Il sortait du reculons. Puis il a reviré dans la cour chez Monsieur Corriveau puis il est parti.
  • Alors ce que vous dites là est-ce que vous aviez perdu de vue le véhicule bleu un moment donné avant d’arriver chez Corriveau?
  • Non.
  • Vous le voyiez toujours?
  • Ah bien quand mon père a mis son char de travers là on ne le voyait plus.
  • Vous ne le voyiez plus?
  • Il faisait noir c’était le soir, on voyait un peu ses reflets quand il a reculé.
  • Quand vous dites que le véhicule bleu a passé à côté du véhicule de votre père qui était de travers dans le chemin en quel sens allait le véhicule bleu à ce moment-là?
  • Quand mon père bloquait le chemin il était de l’avant.
  • Il était de l’avant?
  • Oui.
  • Et de l’avant vers quel direction?
  • Vers le champ là parce que c’était un cul-de-sac.
  • Mais le véhicule bleu dans quel sens allait-il?
  • Dans le sens droit.
  • Pardon?
  • Droit, le chemin est droit là.
  • Oui, mais le chemin conduit où?
  • Dans le champ. Dans un bois là.
  • Autrement dit le chemin ne débouche pas?
  • Oui c’est ça.
  • Est-ce que le véhicule bleu a changé de direction un moment donné?
  • Bien il a reculé.
  • À quel moment a-t-il reculé?
  • Bien quand il a vu peut-être que ça ne débouchait pas.
  • Vous le voyiez à ce moment-là?
  • Quand il reculait, quand il a arrivé à côté du char de mon père je l’ai vu avec ses petites lumières rondes.
  • Dans quel sens allait-il à ce moment-là?
  • Quand il a reculé?
  • Oui?
  • Il allait de reculons.
  • Mais vers quel endroit, vers le champ, vers vous, vers le nord vers la gauche ou vers la droite?
  • Il reculait vers la maison il a reculé vers la terre là, il a reculé vers la maison comme ça. Pour virer dans la cour.
  • Vers la maison de qui?
  • De Monsieur Corriveau.
  • Qu’est-ce qu’il a fait après avoir reculé vers la maison de Monsieur Corriveau?
  • Il s’est viré de bord en reculant là comme ça, là, puis là nous autres on arrivait.
  • Dans quelle direction allait-il à ce moment-là par en avant ou par en arrière là?
  • Quand il était rendu dans la cour comme ça?
  • Oui?
  • Le devant se trouvait à être pointé vers le champ.
  • Vers le champ?
  • Oui.
  • Qu’est-ce qu’il a fait par la suite?
  • Bien on est arrivé sur les entrefaites nous autres et puis mon père a débarqué.
  • Vous êtes arrivés. Quand vous êtes arrivés dans quelle direction allait le char bleu?
  • Bien il commençait à avancer dans le direction de …
  • Vers quoi?
  • Il s’en allait vers la 13.
  • Vers la 13?
  • Oui.
  • Et en s’en allant vers la 13 qu’est-ce qu’il a fait?
  • Bien mon frère a débarqué de son char, il a crié d’arrêter.
  • Lequel de vos frères?
  • Michel.
  • Il a crié d’arrêter puis qu’est-ce qu’il a fait?
  • Il a continué pareil puis là mon frère a visé vers le bas mais tout le temps dans les pneus. Là je peux pas dire dans quel pneu.
  • Est-ce que vous voyiez votre frère à ce moment-là?
  • Tirer?
  • Oui?
  • Bien je l’ai vu qu’il avait l’arme qu’il pointait mais je suis pas capable de dire dans quel pneu.  Je l’ai entendu crier.
  • Et le véhicule bleu dans quelle direction allait-il à ce moment-là?
  • Il allait vers la 13.
  • Qu’est-ce que vous avez fait par la suite?
  • Mon frère André puis moi on a embarqué avec mon frère Michel dans son char.
  • Et vous êtes partis vers quel endroit?
  • À la poursuite du petit char.
  • À la poursuite du petit char bleu?
  • Oui.
  • Quel chemin avez-vous pris?
  • On a pris la route 13 en direction de Trois-Rivières.
  • Vous vous êtes rendus à la route 13?
  • Oui.
  • Sur la route 7 d’abord?
  • On a parti du rang 7 on s’est en allé jusqu’à la route 13.
  • Jusqu’à la route 13. Arrivés à la route 13, avez-vous tourné à gauche ou à droite?
  • À gauche.
  • Sur le plan, voulez-vous examiner le plan là. Quant au plan là vers quelle direction alliez-vous sur la route 13?
  • Vers St-Célestin.
  • Est-ce que vous vous êtes rendus à St-Célestin?
  • Oui.
  • Et pendant tout ce temps-là est-ce que vous pouviez voir le véhicule bleu que vous poursuiviez?
  • Non.
  • Vous l’avez perdu de vue un moment donné?
  • Oui.
  • Est-ce que vous l’avez revu par la suite sur la route 13?
  • On l’a rejoint en rentrant au village de St-Célestin.
  • Vous l’avez rejoint en rentrant dans le village de St-Célestin?
  • Oui.
  • Lorsque vous l’avez rejoint en quelle direction allait le véhicule bleu?
  • Il était encore sur la route 13.
  • Il était encore sur la route 13. Est-ce qu’il a continué sur la route 13?
  • Il a viré sur la route 34 là à droite.
  • Et ensuite?
  • Mon frère André a pris l’arme puis mon frère Michel disait à André : vise pas dans ses vitres ou sur lui vise dans la direction tout le temps vers les pneus.
  • Est-ce que vous avez rejoint le véhicule bleu un moment donné?
  • Oui.
  • La conversation que Michel a eue avec André, avait-elle eu lieu avant ou après l’avoir rejoint?
  • Bien on était en arrière.
  • Vous étiez [en] arrière à ce moment-là?
  • Oui.
  • Alors vous ne l’aviez pas encore rejoint?
  • Non,
  • Et vous dites qu’André avait l’arme à ce moment-là?
  • Oui.
  • Est-ce que vous l’avez rejoint par la suite?
  • Oui.
  • Où l’avez-vous rejoint?
  • En face de la maison de Monsieur Ally.
  • En face de la maison de Monsieur Ally.
  • Oui.
  • De quelle façon l’avez-vous rejoint, qu’est-ce que vous avez fait en le rejoignant?
  • On le suivait en arrière puis il a fait une motion en pesant sur les « brakes », mon frère a donné un coup de roue pas mal, on l’a repassé puis en le repassant mon frère André avait l’arme, il a pointé l’arme vers les pneus, puis il a tiré un coup.
  • Il a tiré un coup.
  • En direction des pneus.
  • Et ensuite qu’est-ce que vous avez fait, le véhicule dans lequel vous étiez qu’est-ce qui est arrivé au véhicule?
  • Après, on l’a repassé. Puis mon frère bien il a donné un coup de roue pour lui couper le chemin.
  • Pour couper le chemin à qui?
  • Bien à celui qu’on poursuivait.
  • Au véhicule bleu?
  • Oui.
  • Est-ce que le véhicule dans lequel vous voyagiez était arrêté à ce moment-là?
  • Il était immobile.
  • Pendant que vous avez fait tout ça, si je comprends bien Michel conduisait son véhicule?
  • Oui.
  • Où est-ce que vous étiez assis dans le véhicule?
  • Moi j’étais placé en arrière de mon frère Michel.
  • Vous étiez dans le banc en arrière, en arrière de votre frère Michel du côté du conducteur?
  • Oui.
  • Où était André?
  • André était en avant.
  • En avant?
  • Sur le bord du « helper ».
  • Je vous exhibe deux photographies produites comme exhibit P-6. Voulez-vous les examiner et me dire si vous les reconnaissez?
  • (le témoin examinant les photographies) C’est le char qu’on poursuivait, le petit char.
  • Le petit char bleu que vous poursuiviez?
  • Oui.
  • Après que vous ayiez rejoint le petit char bleu est-ce que vous êtes demeuré dans le véhicule de Michel?
  • Michel a débarqué puis moi j’ai débarqué en arrière de lui.
  • Vous êtes débarqué en arrière de lui?
  • Oui.
  • Qu’est-ce que vous avez fait à ce moment-là?
  • Bien quand mon frère a fait immobiliser le char.
  • Lequel des deux frères?
  • Michel.
  • Michel?
  • Oui.  Puis mon frère André avait l’arme.  Il avait tiré un coup quand on avait passé à côté-là.
  • Oui?
  • Puis quand on était immobilisé l’arme à mon frère n’avait plus de balle dedans. Mon frère a dit au gars du petit char bleu il a dit de lever les mains en l’air.
  • Est-ce que vous voyiez quelqu’un dans le véhicule bleu à ce moment-là vous?
  • Quand il était immobilisé?
  • Oui?
  • Non.
  • Est-ce qu’un moment donné vous avez vu quelqu’un dedans?
  • Bien j’ai entendu le monsieur qui était dans l’automobile dire : tire pas tire pas.
  • Mais est-ce que vous le voyiez vous?
  • Non.
  • Est-ce qu’il y a quelqu’un qui est descendu du véhicule bleu un moment donné?
  • Quand mon frère Michel a débarqué de son char, quand je l’ai suivi j’ai vu, il a tiré un coup de feu.
  • Quand vous dites : il a tiré un coup de feu à qui référez-vous là?
  • Bien au gars du char bleu.
  • Est-ce que vous le voyiez à ce moment-là?
  • Non.
  • Vous ne le voyiez pas.
  • Je l’ai vu après au deuxième coup de feu.
  • Vous le voyiez après au deuxième coup de feu. Alors voulez-vous décrire au Tribunal et au Jury ce que vous avez vu?
  • Bien moi et mon frère on a sorti de l’auto, on suivait à côté tout à coup j’ai entendu un coup de feu et moi j’ai vu tomber mon frère. Puis après ça un deuxième coup de feu, là je regardais en avant là puis j’ai vu Monsieur il avait une arme dans les mains.
  • Quelle sorte d’arme avait-il dans les mains?
  • Je pouvais pas le dire parce qu’il faisait noir. Je sais que j’ai vu quelqu’un qui avait quelque chose dans les mains.
  • Comment saviez-vous qu’il avait quelque chose dans les mains?
  • Parce que je l’ai vu.
  • Est-ce que vous êtes capable de décrire ce que vous voyiez?
  • Je pouvais pas être certain qu’est-ce que c’était.  J’avais entendu les coups de fusil qui venaient de la direction du petit char.
  • Alors c’est les coups de fusil qui vous font dire qu’il avait quelque chose dans ses mains?
  • Oui.
  • Ce n’est pas ce que vous avez vu?
  • Bien j’ai vu un homme.
  • Oui ça je comprends. Mais vous ne voyiez pas l’homme suffisamment pour distinguer autre chose que la silhouette d’un homme?
  • Oui.
  • C’est ça?
  • Oui.
  • Qu’est-ce qui est arrivé par la suite?
  • Il a tiré deux coups de fusil, j’ai vu … il a tiré deux balles de suite là puis mon frère a tombé à terre moi quand j’ai vu ça, il voulait s’applomber [sic] sur moi, je me suis jeté à terre et je me suis en allé jusqu’en avant du char en rampant.  Puis quand je suis arrivé en avant, en dessous je pouvais voir parce qu’il y avait des reflets de lumière, je voyais quelqu’un marcher alentour du char.
  • Vous voyiez quelqu’un marcher autour de l’auto?
  • Oui.
  • Quelle automobile?
  • De mon frère.
  • Alentour de l’automobile de votre frère. Vous dites que vous voyiez marcher est-ce que vous voyiez …
  • Bien je voyais les reflets de lumière.
  • Est-ce que vous voyiez complètement l’homme?
  • Je voyais les reflets de lumière puis ça faisait un ombrage à terre.
  • Vous voyiez l’ombrage bouger?
  • Oui.
  • Et c’est par l’ombrage que vous dites que quelqu’un marchait?
  • Oui.
  • Et celui ou ce que produisait l’ombrage vous ne le voyiez pas vous?
  • Non.
  • Qu’est-ce qui est arrivé par la suite?
  • Bien j’ai vu l’ombrage qui était … partir vers mon frère André qui était dans l’auto.
  • Puis?
  • Puis après ça j’ai vu partir le petit char bleu, le petit char bleu qu’on poursuivait il a parti il a reviré de bord il est parti pour laisser la route 34.
  • Pendant que vous étiez à terre en avant ça.
  • Oui.
  • Est-ce que vous voyiez le véhicule reculer un moment donné, le char bleu?
  • Bien quand je l’ai vu partir je me suis levé debout. Je me suis levé d’en avant quand j’ai vu partir le petit char, les reflets, quand je me suis levé debout le petit char était après virer comme ça.
  • Quand vous dites comme ça, qu’est-ce que c’est que vous voulez dire, dans quelle direction allait-il à ce moment-là?
  • Bien il s’en allait en direction …
  • Je crois que vous avez dit qu’il reculait?
  • Oui.
  • Est-ce qu’il a continué à reculer?
  • Il reculait puis après ça il s’est en allé vers le village.
  • Mais en s’en allait vers le village est-ce qu’il reculait encore?
  • Il avançait.
  • Il avançait à ce moment-là?
  • Oui.
  • Et quand il a avancé vous dites qu’il partait vers le village, quel village?
  • St-Célestin. À ce moment-là mon frère se trouvait à être sorti du char, il avait chargé son arme.
  • À quel frère référez-vous là?
  • À André.
  • Et qu’est-ce qui est arrivé?
  • Il a sorti du char puis je l’ai vu qui était sur le bord de la route, il a tiré un coup en direction du petit char.
  • En direction du petit char?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce qui est arrivé par la suite?
  • Moi j’ai été trouver mon frère Michel qui était à terre là, essayer de le lever. Mon frère André est venu m’aider, il est venu m’aider puis un autre homme là … il m’a aidé à le transporter à côté chez Monsieur Ally dans le parterre là.
  • Est-ce que vous avez vu le conducteur du véhicule bleu un moment donné?
  • Quand on l’a repassé, bien j’ai vu sa silhouette de côté.
  • Est-ce que vous le reconna[iterie]z ici dans la Cour?
  • Oui.
  • Où est-il?
  • À côté-là. (indiquant l’accusé).
  • Vous identifiez l’homme à côté vous dites là, l’homme en arrière de vous?
  • Oui.
  • Quand vous dites que vous le reconnaissez parce que vous avez passé à côté, laquelle des fois qu’il a passé à côté de vous que vous avez pu le reconnaître?
  • Bien quand on a passé à côté de lui. Je me suis allongé.
  • Oui mais à quel moment?
  • Quand on l’a repassé.
  • Sur la route 13, sur la route 34 ou dans le village?
  • Sur la route 34.
  • Sur la route 34?
  • Oui.
  • Juste avant que Michel lui a bloqué le chemin sur la route 34?
  • Oui.
  • Est-ce qu’il y avait plus d’une personne dans le véhicule bleu?
  • Il y avait une personne.
  • Une personne?
  • Oui.

 

L’affaire St-Louis: chapitre 10


03
En pourchassant le braqueur, les membres de la famille Prince ont-ils tenté de tirer dans les pneus de la voiture du suspect?  Au bout du compte, Marcel St-Louis a-t-il agi en légitime défense?  L’avocat de la défense était-il en train de renverser la vapeur?

Aussitôt que Me Laniel eut remercié le témoin, Me Gérald Grégoire s’avança tranquillement vers le jeune homme de 17 ans.  Son travail était de mettre ses propos en perspective.

  • Vous dites que vous êtes parti avec votre père et que vous veniez de l’épicerie?
  • Pas de l’épicerie je venais de la maison qui est à côté de l’épicerie.
  • À ce moment-là est-ce que c’était à votre connaissance que votre frère Michel avait été averti de l’incident qui s’était passé au magasin?
  • Non, je ne savais pas que Michel avait été averti ou non.
  • Alors, par conséquent, vous ne saviez pas qu’il viendrait vous rejoindre?
  • Je l’ai su qu’il viendrait.
  • Avant de partir?
  • Oui.
  • Ah bon. Qui vous a dit ça qu’il viendrait vous rejoindre?
  • Bien j’ai été chercher mon père qui était à son garage puis moi … mon père a dit : dis à Michel qu’il nous suive.
  • Ah c’est ça que vous avez entendu?
  • Oui.
  • Votre père qui a dit ça?
  • Il a dit ça.
  • Il n’a pas ajouté d’autre chose en plus de ça votre père?
  • Il a dit qu’il amène son arme?
  • Il a dit qu’il amène son arme?
  • Oui.
  • Est-ce que c’était à votre connaissance que votre frère avait une arme en sa possession?
  • J’en avais déjà entendu parler que Michel s’était acheté une arme et vu qu’on avait eu plusieurs vols à l’épicerie Michel l’avait dit bien si il vient quelqu’un on pourra le recevoir.
  • Depuis quelle date à votre connaissance avait-il cette arme-là, le savez-vous?
  • Exactement la date je ne peux pas me rappeler.
  • Alors, quand vous avez commencé votre poursuite de l’automobile bleue vous saviez que Michel avait été averti de venir avec son arme?
  • Oui.
  • Par votre père?
  • Oui.
  • Dans le Rang 7 Monsieur Prince vous êtes arrêtés là et vous avez fait un demi-tour et ensuite c’est là que votre père est entré dans l’entrée de chez Monsieur Corriveau avec vous et c’est là qu’il a placé son automobile de travers dans la route?
  • Oui.
  • Dans le rang 7?
  • Oui.
  • À la résidence de Monsieur Corriveau?
  • Oui.
  • Vous êtes débarqué tous les deux de l’automobile?
  • Oui.
  • À ce moment-là aviez-vous remarqué le numéro de la plaque d’enregistrement du véhicule que vous poursuiviez?
  • Oui.
  • Et là vous étiez rendu dans le Rang 7 toujours du côté de la maison de Monsieur Roy?
  • Oui.
  • Le numéro de licence l’avez-vous remarqué avant d’arriver chez Monsieur Roy ou après?
  • Après qu’on a viré chez Monsieur Roy.
  • Avant ça, est-ce que vous aviez pu le remarquer?
  • Avant ça bien j’aurais su peut-être le voir mais je n’étais pas certain.
  • Pour quelle raison que vous n’étiez pas sûr?
  • Bien la distance qui séparait notre automobile de l’Envoy.
  • Arrivés chez Monsieur Corriveau vous dites que vous êtes débarqués vous et votre père, est-ce que vous êtes restés dans le rang là?
  • Non sur le côté de la maison à Monsieur Corriveau.
  • Sur le côté de la maison à Monsieur Corriveau?
  • Oui.
  • Et votre père qu’est-ce qu’il a fait lui?
  • Il s’est dirigé vers la maison de Monsieur Corriveau et il est allé à la porte d’en arrière de la maison de chez Monsieur Corriveau.
  • Est-ce que vous l’avez vu rentrer dans la maison?
  • Non.
  • Et vous êtes revenu au chemin?
  • J’ai vu mon frère qui s’en venait.
  • Alors, vous êtes retourné au chemin?
  • C’est ça.
  • Votre père est arrivé pas longtemps après ça?
  • Non, j’ai pas revu mon père après ça.
  • Vous n’avez pas revu votre père après ça?
  • Non.
  • Dans le rang 7 là vous étiez tous les trois, votre frère Michel et vous?
  • Michel, Louis et moi. Chez Monsieur Corriveau.
  • Est-ce que vous êtes débarqué, est-ce que vous étiez tous les trois en dehors de l’automobile?
  • Oui.
  • Dans l’entré de [cette] cour-là?
  • Dans la cour à Monsieur Corriveau, c’est ça.
  • Et là c’est là que vous avez aperçu la petite automobile bleue?
  • On l’a vue puis elle a passé devant nous autres.
  • Est-ce que Michel avait son arme à ce moment-là?
  • Oui.
  • Il l’avait avec lui à l’extérieur?
  • Oui.
  • Qu’est-ce qui est arrivé après ça, il a tiré un premier coup de feu?
  • Il a tiré un coup de feu en direction des pneus.
  • De quel côté était-il lui Michel, est-ce qu’il s’en venait du côté du chauffeur?
  • Bien du côté… bien il était dans la cour à Monsieur Corriveau.
  • Du côté du chauffeur?
  • Tout le temps.
  • De l’Envoy?
  • C’est ça.
  • Alors il y a eu un coup qui a été tiré là?
  • Oui.
  • Et vous où étiez-vous là?
  • À côté de Michel.
  • À côté de Michel?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous regardiez vous?
  • Quand Michel a tiré un coup?
  • Oui?
  • Je regardais passer l’automobile puis Michel était à côté de moi.
  • Vous dites que vous regardiez l’automobile à ce moment-là?
  • Et puis Michel était à côté de moi.
  • Est-ce que vous regardiez ailleurs ou si vous regardiez les deux en même temps, vous savez que l’automobile elle, elle était en circulation?
  • Mais Michel était en plein à côté de moi c’est-à-dire il était à côté de moi … mais peut-être un pied en avant de moi.
  • N’est-il pas vrai que votre regard a été attiré vers l’automobile?
  • Il a été attiré vers l’automobile et aussi vers Michel parce que Michel a pointé son fusil vers l’automobile.
  • Est-ce que Michel ne pointait pas plutôt son fusil vers le chauffeur, est-ce que vous pensez que pendant que l’automobile circulait Michel était assez bon tireur pour viser les pneus?
  • Moi je dis qu’il pointait son arme vers les pneus.
  • Vous êtes sûr de ça?
  • Oui.
  • Est-ce qu’il faisait noir dans ce rang-là?
  • Il y avait une obscurité.
  • Il faisait noir à bonne heure et ces rangs-là ne sont pas éclairés, c’est seulement les phares des automobiles qui éclairaient ça?
  • C’est ça.
  • Et sous votre serment que vous avez prêté tout à l’heure dites-nous donc que vous n’avez pas regardé dans quelle direction Michel pointait son arme?
  • J’étais à côté de Michel et je l’ai nettement vu. Je l’ai nettement vu qu’il a pointé son fusil vers les pneus.
  • Alors vous ne changez pas la version de votre témoignage?
  • Je l’ai nettement vu.
  • C’était un bon tireur ça Michel?
  • Non.
  • Est-ce que vous pouvez être positif que vous n’avez rien entendu après ce coup de feu, est-ce que vous avez entendu aucun éclat de verre après le coup de feu?
  • Non.
  • Vous n’avez rien entendu?
  • Non.
  • Est-ce qu’il était près du véhicule quand il a tiré son coup?
  • … Il devait être … à peu près cinq, six, sept, huit, de sept à huit pieds de l’automobile.
  • Vous dites cinq, six, sept, huit pieds de l’automobile?
  • Oui.
  • Quand l’automobile a passé à côté de vous autres?
  • Bien oui c’est ça.
  • Puis vous étiez à cinq ou six pieds de lui?
  • C’est ça.
  • Et là vous l’avez perdu, c’est-à-dire qu’il a pu vous échapper?
  • Oui.
  • À une question du Procureur de la Couronne tout à l’heure vous avez dit que vous avez entendu seulement un coup de feu dans le rang 7 n’est-ce pas puis un autre coup de feu – est-ce qu’il n’a pas été tiré?
  • À ma connaissance j’ai entendu rien qu’un coup de feu. Moi j’ai vu rien qu’un coup de feu.
  • Combien Michel avait apporté de cartouches avec lui?
  • Je ne sais pas.
  • Vous ne savez pas combien il en avait?
  • Je sais qu’il m’en a données deux, je ne sais pas où il les a prises.
  • Là, vous ne regardiez pas votre frère à ce moment-là?
  • Bien on était dans l’automobile.
  • Alors ça ne vous a pas impressionné de voir d’où il sortait ses cartouches?
  • Non.
  • Ce qui vous impressionne vous c’est qu’il a tiré sur les pneus?
  • Moi ce qui m’intéressait dans l’automobile, j’ai cherché à récupérer l’autre automobile.
  • Regardez cette photographie-là Monsieur Prince. Messieurs les Jurés je vous demande de prendre les photographies produites en liasse comme exhibit P-7, dans le rond là ici, alors je vous montre Monsieur St-Louis.
  • Celui du côté gauche ou du côté du chauffeur?
  • Oui, c’est ça.
  • C’est pas mal plus haut que les pneus ça ce qu’on voit dans le rond ici là?
  • Je vois quelque chose.
  • C’est pas mal plus haut que les pneus?
  • C’est à la hauteur de la petite vitre du char, de l’Envoy.
  • À peu près à la hauteur d’un chauffeur d’automobile?
  • À la hauteur de la petite vitre du char.
  • Plus haut que les pneus?
  • Il n’y a pas de pneus à cet endroit.
  • Je va prendre une autre photographie Messieurs les Jurés, celle qui montre les trous dans le pare-brise avant du côté droit. Regardez cette photographie là Monsieur Prince, regardez là comme il faut je veux connaître votre opinion sur ça, vous voyez un trou?
  • Oui.
  • Est-ce que c’est là la hauteur des pneus ça?
  • C’est dans un pare-brise d’auto.
  • C’est à peu près à la hauteur d’un conducteur d’automobile ça, c,est pas mal plus haut que les pneus?
  • Oui.
  • Je vous montre une troisième photographie celle-là qui montre le côté droit arrière où la vitre a été brisée, on voit seulement une petite partie de la vitre. Est-ce que là dans ce cercle là c’est encore pas mal plus haut que les pneus ça?
  • C’est assez près des pneus.
  • Vous dites que vous considérez ça près des pneus?
  • Bien près des pneus c’est une vitre, il n’y a pas de pneus-là.
  • Alors vous voyez quand même un pneu là?
  • Oui.
  • Est-ce que vous ne changez pas votre témoignage après ce que je vous montre là?
  • Messieurs les Jurés je vous demande d’apprécier à ce moment-ci le témoignage du témoin. … Vous maintenez encore une fois que votre frère était à cinq, six, sept, ou huit pied du véhicule quand il a tiré sur les pneus?
  • Moi j’étais à cinq ou six pieds puis lui devait … il se trouvait à être à quatre ou cinq pieds de l’auto, Michel.
  • C’était un bon tireur, il connaissait les armes à feu votre frère Michel?
  • Non.
  • Vous dites qu’il ne connaissait pas ça et pourtant il en avait une?
  • Et par la suite de ce coup-là que vous avez entendu, là vous êtes embarqués en automobile avec votre frère?
  • Michel.
  • Et votre autre frère?
  • Louis.
  • Et là la poursuite a commencé?
  • Nous avons voulu suivre l’Envoy.
  • Vous n’avez pas pensé depuis la seconde fois quand vous êtes partis après avec Michel vous n’avez pas pensé de lui dire que vous aviez le numéro de licence de l’automobile?
  • Non.
  • Vous n’avez pas pensé de lui dire ça?
  • Non.
  • Vous n’avez pas pensé non plus de lui dire là sur le bord de la route sur le rang 7?
  • Non.
  • Quand vous êtes partis de chez Monsieur Corriveau pour la seconde poursuite là, vous l’aviez le numéro de licence à ce moment-là?
  • Oui.
  • Et vous n’avez pas dit à Michel, vous n’avez pas pensé après ça d’arrêter et d’aller téléphoner à la police?
  • Parce qu’il l’avait déjà appelée.
  • Qui avait appelé?
  • Bien quelqu’un avait appelé la police.
  • À votre connaissance ça ou bien si vous le savez?
  • Bien là …
  • Étiez-vous là quand il a appelé la police?
  • Non.
  • Alors vous ne savez pas s’il a appelé la police?
  • Je vous demande à votre connaissance vous si vous le savez?
  • J’étais à la maison.
  • Ne vous fiez pas sur ce qui a été dit après. Alors vous avez continué votre route et c’est là … pendant combien de temps avez-vous été à la pourchasse de l’automobile?
  • Jusqu’à St-Célestin.
  • C’est dans le village de St-Célestin que vous l’avez intercepté à ce moment-là?
  • Non non à la sortie du village de St-Célestin.
  • À la sortie du village?
  • Oui.
  • Quelle automobile aviez-vous à ce moment-là?
  • L’automobile à Michel.
  • L’automobile à Michel c’était quelle sorte d’automobile?
  • Une Dodge Polara.
  • Et quand vous avez rejoint l’automobile vous êtes venu à bout de la dépasser c’est ça?
  • Oui, dépasser. C’est là que Michel a dit on va lui couper le chemin.
  • Vous vouliez à tout prix qu’il s’arrête?
  • Oui.
  • Et là c’est vous qui avez l’arme?
  • Oui.
  • Et en passant à la hauteur du véhicule, votre vitre était baissée à ce moment-là?
  • Oui, puis mon bras était sorti de l’automobile.
  • En dépassant?
  • J’avais le fusil pointé vers le bas.
  • Et vous maintenez que votre fusil était pointé vers le bas?
  • Oui.
  • Vous aviez le fusil pointé vers le bas et puis il n’y a pas un pneu qui a éclaté puis rien de ça?
  • Moi, je ne suis pas bon tireur.
  • Est-ce que c’était la première fois que vous aviez une arme entre les mains?
  • Le revolver?
  • Oui.
  • Combien il y avait de balles dans le fusil quand Michel l’avait?
  • C’est un fusil à un coup et il faut le charger à chaque fois.
  • Ça ne peut pas être à deux coups ce fusil-là?
  • Non.
  • Vous êtes sûr?
  • Sûr.
  • L’aviez-vous souvent auparavant cette arme-là?
  • Regardez donc ça et dites-moi si c’est rien qu’un coup ou deux coups?
  • C’est un coup.
  • Vous êtes sûr de ça?
  • Oui.
  • Saviez-vous comment il avait de balles quand vous êtes partis de chez Corriveau?
  • S’il y avait des balles dedans?
  • Oui?
  • Puis Michel a dit : tu le rechargeras le fusil.
  • C’est vous qui l’avez chargé?
  • Oui.
  • Et rendu à la hauteur du véhicule vous avez baissé votre vitre vous vous êtes allongé le bras et vous avez tiré en direction du chauffeur?
  • Mon bras était en dehors comme ça.
  • Et vous avez tiré là en direction du chauffeur?
  • Mon arme pointait vers le bas.
  • Ça ne serait pas plutôt vers le chauffeur que vous pointiez votre arme?
  • Quand Michel a repassé l’automobile lui-même a freiné et puis c’est là que j’ai pointé mon arme.
  • Nous allons prendre les photographies, la première ici celle qui montre le côté gauche avant de l’automobile. Regardez encore cette photographie-là pour la deuxième fois.  Exhibit P-7.
  • Oui.
  • Est-ce que c’est pas mal plus haut que les pneus?
  • C’est au ras une vitre.
  • Vous dites que c’est au ras une vitre.
  • Moi j’ai pointé mon fusil vers le bas.
  • Ça ne serait pas plutôt vers le chauffeur que vous auriez pointé votre fusil?
  • Moi comme j’ai dit j’ai pointé mon fusil vers le bas.
  • Mais ça peut arriver ça quand une automobile en marche, ça doit être sûrement plus difficile d’ajuster un fusil vers le bas, le bras peut être levé mais pour une automobile en marche ça doit prendre un bon tireur pour viser à la même place?
  • Vu que mon bras était sorti de la fenêtre …
  • Oui mais elle était en marche encore cette automobile-là.
  • Oui.
  • Et l’automobile ça allait assez vite?
  • Oui.
  • Elle marchait l’automobile?
  • Oui.
  • Et ça se peut ça que par les secousses ou par la vitesse que votre bras ait relevé un moment donné?
  • Objection, Votre Seigneurie, s’objecta Me Laniel, c’est une question hypothétique…
  • Est-ce que c’est une question hypothétique, fit le juge Crête, c’est le témoin qui le sait. Je ne crois pas que ce soit une hypothèse ça.  Puisque ce sont des faits auxquels le témoin lui-même participait.
  • Je va vous montrer une autre photographie, reprit Me Grégoire, voulez-vous prendre note Messieurs les Jurés, je vous montre la photographie où on voit le trou dans la vitre avant dans le pare-brise. Regardez cela encore et dites-moi si ça peut être quoi que ce soit, encore si ça été tiré dans les pneus, vous voyez là?
  • Oui c’est dans le pare-brise de l’automobile.
  • C’est pas mal plus haut que les pneus ça?
  • C’est dans le pare-brise.
  • C’est à la hauteur de la tête d’un conducteur ça?
  • C’est dans un pare-brise.
  • Je vous montre la troisième photographie là qui montre la vitre fracassée à l’arrière?
  • C’est une vitre d’automobile qu’on
  • Alors par extension est-ce que ce n’est pas encore plus haut que les pneus de l’automobile?
  • C’est dans une vitre d’automobile.
  • Messieurs les Jurés sur ce témoignage je vous demande de regarder les photographies qui en disent pas mal plus long que bien des témoignages dans ces circonstances-là. … Alors, là après que vous avez tiré votre coup de feu vous avez intercepté le véhicule?
  • Michel a passé en avant.
  • Et votre automobile a freiné?
  • Oui.
  • Michel s’est mis de biais en avant?
  • Oui.
  • Alors l’automobile de votre frère Michel était pas mal en avant?
  • Bien pas mal …
  • Je vous demande si elle était pas mal en avant?
  • Bien elle était en avant … de travers puis l’autre a été obligé d’arrêter.
  • À ce moment-là est-ce que vous aviez encore le revolver vous?
  • Quand on était devant l,automobile?
  • Oui?
  • Moi, j’avais tiré mon coup.
  • Vous aviez tiré votre coup?
  • Oui.
  • Quel coup?, demanda le juge Crête.
  • Le coup tiré quand on était en train de le doubler, répondit André.
  • Et là le véhicule s’est immobilisé?, reprit Me Grégoire.
  • Oui.
  • Et votre frère Michel est sorti de l’automobile?
  • De son bord.
  • Avec votre frère?
  • Avec Louis qui le suivait.
  • Et votre frère Louis le suivait.
  • C’est ça.
  • Et le conducteur de l’autre automobile est-ce qu’il a essayé de partir à ce moment-là est-ce qu’il a essayé de s’en aller?
  • Il m’a pas semblé qu’il a fait un mouvement pour partir.
  • Ça ne vous a pas semblé qu’il voulait partir?
  • Non.
  • Il était en bordure du chemin à ce moment-là?
  • Oui.
  • Et il n’y avait pas de place pour passer?
  • Non, pas de l’avant.
  • C’était bloqué complètement?
  • De l’avant.
  • Et c’est comme un rang qui ne débouche pas ça?
  • C’est ça.
  • Et là vous aviez votre vitre baissée et vous aviez votre bras sort n’est-ce pas avec l’arme dans votre main?
  • C’est ça. Mais là je pointais pas vers l’Envoy.
  • Parce qu’il était plus en arrière lui?
  • C’est ça.
  • Votre frère Michel a fait le tour par en avant ou en arrière de l’automobile?
  • Il est sorti de l’automobile sur son bord et il se dirigeait vers l’arrière.
  • Vers l’arrière?
  • Oui.
  • Avec votre frère?
  • Louis qui le suivait.
  • Et l’autre, le conducteur où est-ce qu’il a été à ce moment-là?
  • De quelle automobile, de l’Envoy?
  • Oui?
  • Bien après que mon frère était sorti j’ai regardé l’Envoy puis je voyais que l’Envoy était à côté.
  • Est-ce qu’il était débarqué à ce moment-là?
  • Je pourrais pas dire.
  • Je veux dire le conducteur de l’Envoy?
  • Je pourrais pas dire.
  • Vous ne l’avez pas vu?
  • Non.
  • Est-ce que sa vitre était baissée?
  • Je l’ai pas vue.
  • Sa portière est-ce qu’elle était ouverte, la porte de l’automobile?
  • Je ne peux pas dire.
  • Avez-vous de quoi dans ses mains?
  • J’ai pas vu l’homme.
  • Vous ne l’avez pas vu du tout?
  • Non, monsieur.
  • Est-ce que votre frère pendant ce temps-là s’approchait de l’automobile?
  • Je ne le sais pas, je ne le voyais plus.
  • Vous étiez occupé à pointer votre arme sur le conducteur de la petite automobile bleue?
  • Oui, je pointais mais moi je pointais vers le bas.
  • Est-ce que vous étiez assez près de lui à ce moment-là, la distance?
  • L’automobile ou l’homme?
  • La personne qui était dans l’automobile à ce moment-là, quelle distance pouvait vous séparer à ce moment-là?
  • Une dizaine de pieds à peu près.
  • Une dizaine de pieds?
  • Oui.
  • Et est-ce que c’était éclairé?
  • Oui, il y avait les phares, il y avait les lumières de l’Envoy qui éclairaient.
  • Et c’est à ce moment-là précis que vous avez entendu : tire pas, tire pas?
  • J’ai dit aussi haut les mains avant.
  • C’est vous qui avez dit : haut les mains?
  • Oui.
  • Et puis tout de suite une voix s’est fait entendre en vous suppliant de ne pas tirer?
  • J’ai entendu : tire pas tire pas. Et j’ai répondu : c’est correct, je tirerai pas.
  • Et votre frère lui vous dites que vous ne le voyiez pas du tout à ce moment-là, savez-vous qu’est-ce qu’il faisait?
  • Non.
  • Il est assez grand votre frère?
  • Michel, à peu près de ma grandeur.
  • Puis là qu’est-ce qu’il est arrivé?
  • J’ai dit : tire pas tire pas. Et puis là j’ai entendu deux coups de feu.
  • Vous n’aviez pas encore rechargé votre arme à ce moment-là?
  • Non.
  • Vous en avez retiré d’autres coups de feu par la suite?
  • Oui.
  • Vous l’avez retiré après avoir rechargé votre revolver?
  • Bien quand j’étais dans le fond de l’automobile.
  • Pour la deuxième fois?
  • Oui.
  • En quelle direction avez-vous tiré encore à ce moment-là?
  • Vers les pneus, j’ai sorti de l’automobile et puis j’ai vu Michel étendu à terre là et puis je voyais le derrière de l’automobile, j’ai tiré un coup puis j’ai laissé tomber le fusil et j’ai couru vers mon frère.
  • C’était encore en direction des pneus que vous avez tiré cette fois-là?
  • On pourrait dire à portée.
  • La position des véhicules, lorsque vous avez intercepté le petit véhicule bleu, l’automobile de votre frère Michel était en avant, en coupant sur la route?
  • De biais.
  • Et l’automobile l’Envoy était-elle parallèle?
  • De biais.
  • Quand vous avez passé à la hauteur de l’automobile là est-ce qu’il n’y a pas eu quelque chose de crié au conducteur de l’Envoy par vous ou votre frère, ou que votre frère aurait crié quelque chose?
  • Non.
  • Il n’y en a pas un qui a crié arrête mon tabac?
  • Non.
  • Vous n’avez pas entendu d’autres de vos frères dire ça?
  • Non.
  • Et en aucun moment vous avez pensé d’aller vous rendre au village de St-Célestin pour aller téléphoner à la police?
  • Non.
  • C’est Michel qui conduisait l’automobile et il était anxieux il était intéressé, il voulait l’arrêter absolument?
  • C’est moi qui avait le fusil. Mais seulement que Michel m’a dit : vise pas l’homme, vise les pneus et puis ça il l’a répété cinq ou six fois.
  • Mais jamais ça vous est venu à l’idée d’appeler la police?
  • On voulait arrêter le voleur puis prendre notre bien.
  • Savez-vous qu’il y a des gens spécialement appointés par la province pour arrêter les voleurs, savez-vous ça, vous dites que vous avez 17 ans, à votre âge vous êtes assez vieux pour savoir qu’il y a des gens spécialement chargés de ça, vous n’avez pas pensé à ces choses-là?
  • Moi je n’ai pas l’expérience, je suis peut-être assez vieux mais j’ai pas l’expérience de ça.

Sans doute pour minimiser les contrecoups de ce contre-interrogatoire, Me Laniel s’approcha à nouveau du témoin pour quelques questions supplémentaires.

  • Quand vous tirez un coup avec cette arme-là est-ce que vous pouvez tirer un autre coup après?, interrogea Me Laniel.
  • Non, il faut le recharger.
  • Il faut le recharger?
  • Oui.
  • Qu’est-ce qu’il faut faire pour le recharger?
  • Bien vous ouvrez ça ici et puis il y a la cartouche vide il faut la prendre avec le bout des ongles la sortir et ensuite mettre l’autre balle dedans.
  • Puis là il est correct?
  • Il est correct, il est prêt à tirer.
  • Puis ensuite?
  • Ensuite en pesant sur ça, il part.
  • Est-ce qu’il y avait une autre arme à votre connaissance dans le véhicule à part de l’arme que vous aviez vue?
  • Non.
  • Lorsque Michel est sorti de l’automobile?
  • Non, il n’avait pas d’autre arme.
  • Alors je peux conclure que Michel n’était pas armé à ce moment-là?
  • Michel était pas armé, il m’avait donné son revolver.

Pour la dernière fois, Me Grégoire eut à son tour une dernière question pour André Prince.

  • En tout combien avez-vous tiré de coups de feu?, demanda l’avocat de Marcel St-Louis.
  • Il y en a eu un de tiré dans le rang 7 et moi j’en ai fait deux.
  • Alors ça fait trois coups?
  • Trois coups, oui.