L’affaire St-Louis: chapitre 6

Camil Prince
Camil Prince

Marcel Prince, 46 ans, avait non seulement perdu son fils dans cette curieuse aventure mais il devait certainement craindre de devoir répondre de sa décision d’avoir donné la chasse au voleur.

         D’abord interrogé par Me Laniel, il reconnut s’être retrouvé devant la maison de monsieur Ally, où il avait d’ailleurs identifié le corps de son fils.

         Me Grégoire déclara au juge Crête n’avoir aucune question à soumettre à ce témoin.  Toutefois, il fit remarquer que Marcel avait témoigné sur d’autres faits lors de l’enquête préliminaire.  On demanda alors au père de sortir du prétoire pour faire entrer son jeune fils, Camille Prince.  En raison de ses 13 ans, le juge Crête lui soumit d’abord quelques questions afin de s’assurer que le garçon sache ce qu’était un serment.

  • Qu’est-ce que c’est qu’un serment?, lui demanda le juge.
  • C’est dire la vérité, tout ce qu’on sait.
  • Et si quelqu’un fait un faux serment qu’est-ce qui pourrait arriver, le savez-vous?
  • … Il a menti.
  • Qu’est-ce qui pourrait arriver, est-ce que c’est un péché ça un faux serment?
  • Quelle sorte de péché?
  • Un péché véniel ou un péché mortel?
  • Véniel.

Puisqu’il ne rencontra aucune opposition de la part des procureurs, le juge s’adressa à nouveau au garçon.

  • Suivant l’article 13 de la Loi de la preuve je crois que c’est plus prudent de ne pas faire prêter serment par le témoin.  Je vous explique, messieurs les jurés, que dans le cas du témoignage d’un enfant, si le juge est d’opinion que le témoin ne comprends pas la nature du serment et dans le cas qui nous occupe le témoin comprends la nature du serment mais il en comprend moins les sanctions s’il ne disait pas la vérité.  Alors, pour ces raisons-là, je crois qu’il n’y a pas lieu de l’assermenter mais il y a lieu de l’entendre quand même sans que ce soit sous serment[1].

C’est seulement ensuite que Me Laniel put entamer son examen en chef.  D’abord, le jury comprit que le jeune garçon se trouvait seul dans le commerce au moment de l’incident.

  • Qu’est-ce qui s’est produit exactement?
  • Bien, j’ai débarqué les commandes puis il y a un monsieur qui a rentré.
  • Et ensuite?
  • Il a demandé différents articles. Ensuite, on est revenu en avant avec les articles.  Ensuite, il m’a demandé un sac de pommes.  Je suis retourné en arrière, lui a resté seul en avant.  Il a pris le cash [caisse enregistreuse] et puis il s’est sauvé.
  • Est-ce que vous reconnaissez celui qui est venu au magasin cet après-midi-là avec qui vous avez eu cette conversation-là?
  • Oui.
  • Est-il dans la Cour actuellement?
  • C’est lui, dit-il en pointant l’accusé.
  • Vous dites qu’il vous a demandé un sac de pommes et vous êtes allé le chercher en arrière?
  • Oui.
  • Pendant que vous étiez en arrière est-ce que vous pouviez le voir?
  • Bien, j’étais dans l’allée en m’en allant j’ai regardé en arrière il était juste à côté du ensuite bien le comptoir était plus loin.  Je l’ai pas revu.
  • Autrement dit, un moment donné, vous l’avez perdu de vue?
  • La brocheuse qui était sur le cash elle a tombé en prenant le cash. Là, ç’a porté attention.  Je suis parti en marchant, pas en courant mais en marchant vite par en avant.
  • Vers quel endroit?
  • Bien la ligne no. 3. On a trois allées là, la première sur le bord de la porte au fond là-bas.
  • Quand vous dites que vous êtes parti en marchant vite, vous êtes allé à quel endroit?
  • Bien, je suis parti vers les vitrines en avant.
  • À ce moment-là est-ce que l’homme que vous aviez indiqué tantôt était encore dans le magasin?
  • Non, il passait devant le magasin avec le cash. Bien, j’étais pas sûr si c’était le cash mais il avait un objet dans ses mains.
  • Il passait en avant du magasin, est-ce que c’est en dedans du magasin ou en dehors du magasin?
  • En dehors.
  • Il passait en avant et à ce moment-là est-ce que vous étiez rendu à la vitrine?
  • Oui.
  • Vous l’avez vu passer en avant du magasin. Est-ce que vous êtes capable de dire où il est allé après avoir passé en avant du magasin?
  • Sur le côté. Puis là, bien, je suis monté sur une tablette et j’ai regardé par la fenêtre du côté et j’ai vu son auto.
  • Vous avez vu son automobile. Est-ce qu’il était embarqué dedans?
  • Et qu’est-ce qu’il a fait par la suite?
  • Il a démarré, puis il est parti.
  • Est-ce que vous êtes revenu à l’endroit où était le cash?
  • Oui, puis là…
  • Est-ce que le cash était encore là?
  • Non.
  • Ce que vous appelez le dans vos propres mots, est-ce que vous êtes capable de le décrire?
  • C’est la caisse enregistreuse puis le tiroir-caisse, tous ensembles.
  • C’est-à-dire, c’est une caisse enregistreuse avec un tiroir en-dessous qui est tout pris ensemble?
  • Oui.
  • Pouvez-vous dire la couleur de l’automobile dans laquelle l’homme que vous avez vu est embarqué?
  • Il faisait noir. Il y avait un peu de lumière et c’était luisant.  C’était comme vert-bleu.
  • Une couleur foncée?
  • Un petit peu foncé.
  • Savez-vous quel genre d’automobile ça pouvait être?
  • Je le savais moi mais quand je l’ai dit à la police je savais pas le nom.
  • Mais est-ce que vous étiez capable de le décrire sans savoir le nom?
  • Oui.
  • Comment l’avez-vous décrite?
  • Bien, j’ai dit c’est une petite automobile bleue, les lumières en long comme ça en arrière. En avant c’est deux lumières hautes.  C’est un petit char pas bien gros.
  • En quelle direction s’est dirigée la voiture à ce moment-là?
  • À St-Célestin.
  • Vers St-Célestin?
  • Oui.
  • Après cet incident que vous venez de raconter, qui est arrivé au magasin le premier?
  • Après ça?
  • Est-ce que votre père est arrivé au magasin un moment donné?
  • Non.
  • Est-ce que vous avez appelé vous?
  • Après que j’ai su que le cash était parti, j’ai téléphoné chez nous et puis j’ai dit que … on venait de se faire voler puis une petite auto vert-bleue qui est partie en direction de St-Célestin.

Ce fut ensuite à Me Grégoire de contre-interroger le témoin.

  • Vous rappelez-vous quelle heure il était lorsque le monsieur que vous avez identifié s’est présenté?
  • 17h45.
  • Dans votre témoignage, vous nous dites que le monsieur que vous avez identifié tout à l’heure avait demandé différentes choses?
  • Oui.
  • Qu’est-ce qu’il vous a demandé, entre autres?
  • En premier, on s’est dirigé vers le comptoir à viande.
  • Le comptoir à viande?
  • Congelée.
  • Alors, il vous a demandé de la viande? Qu’est-ce qu’il vous a demandé en premier, vous rappelez-vous?
  • Du jambon. Il en voulait en tranches, puis j’en avais rien que du congelé.
  • Alors, est-ce qu’il vous a accompagné en arrière à ce moment-là?
  • Oui, il était à côté de moi.
  • Il était à côté de vous?
  • Oui.
  • Puis là, vous lui avez dit qu’en tranches vous n’en aviez pas, c’était seulement congelé.
  • Oui.
  • C’est ça?
  • Oui, puis il a dit « si vous avez du baloney en rouleau qu’on pourrait trancher à la machine ». J’ai dit « non plus ».  J’ai rien que congelé.  Il a dit : « ça fait pas ».
  • Par la suite, il vous a demandé du baloney en tranches?
  • Oui.
  • Et vous n’en aviez pas non plus?
  • Non, rien que congelé.
  • Pendant tout ce temps-là est-ce que le type que vous avez identifié tout à l’heure était près de vous à l’arrière, là?
  • Oui.
  • Ensuite, est-ce qu’il vous a demandé d’autres choses?
  • Là, on s’est dirigé vers le comptoir à légumes, puis là il y avait les pommes de l’autre côté et différents articles.  Il m’a demandé une livre de beurre, j’ai sorti la livre de beurre.  Ensuite, on est retourné à l’avant.
  • Oui…?
  • J’ai mis la livre de beurre sur le comptoir. Ensuite, je lui ai demandé si c’était tout, il a dit « non ».  Il a dit « je voudrais avoir un sac de pommes ».
  • Un sac de pommes?
  • Je suis parti à l’arrière par l’allée du milieu, ensuite le comptoir était plus loin et je l’ai perdu de vue.
  • Alors là, vous avez pris les dispositions pour sortir le sac de pommes?
  • Oui.
  • Pendant tout le temps que le monsieur que vous avez identifié était avec vous dans l’épicerie est-ce qu’il vous a fait des menaces et est-ce qu’il semblait d’un type normal, vous savez qu’est-ce que c’est qu’un homme normal?
  • Oui.
  • Vous avez l’habitude de garder l’épicerie?
  • Oui.
  • Vous la gardez souvent?
  • Oui.
  • Alors, ce type-là, à première vue, est-ce qu’il vous a fait peur, est-ce que c’est un homme comme tous les autres clients que vous recevez?
  • Oui, il m’a pas fait peur.
  • Il ne vous a fait aucune menace dans le magasin?
  • Est-ce qu’il avait quelque chose dans les mains ou quoi que ce soit?
  • Non, j’ai pas remarqué. Il avait rien.
  • Il n’avait rien dans ses mains?
  • Non.
  • Alors, en aucun temps, lorsque le monsieur que vous avez identifié était dans l’épicerie, il n’y a eu aucune menace, aucune parole de prononcée excepté celles qui ont été échangées pour la demande de marchandise?
  • Oui.

Évidemment, le rôle de Me Grégoire était de faire ressortir les points favorables pour son client.  En démontrant que St-Louis n’avait fait aucune menace au garçon et qu’il n’avait transporté aucune arme avec lui dans le commerce, cela pourrait-il attendrir les jurés?

  • L’automobile que vous avez vue, là, qui reluisait comme vous nous avez dit tout à l’heure?, poursuivit Me Grégoire.
  • Oui.
  • Est-ce qu’elle était située en avant de l’épicerie?
  • Sur le côté.
  • Est-ce qu’il y a une rue là, ou une entrée ou un stationnement?
  • Bien ça c’était … normalement les gens se parkent[stationnent] à côté de la galerie pour rentrer, puis lui, il était sur l’autre bord.
  • L’autre côté?
  • Il y avait notre maison, puis l’autre côté.
  • C’est une entrée de cour qu’il y a entre les deux?
  • Entre le magasin puis la maison.

Après que Me Grégoire eut regagné son fauteuil, Me Laniel revint l’instant de montrer à Camille les photos qui représentaient la voiture de l’accusé.

  • C’est l’automobile vert que vous avez décrit comme une petite voiture vert-bleu?
  • C’était ce genre de lumières-là que je savais, j’étais capable de tout le décrire, mais j’étais nerveux dans ce temps-là.
  • Ce genre de lumières, vous référez aux lumières d’en avant ou aux lumières d’en arrière?
  • D’en arrière.
  • Celles que vous avez décrites comme étant des lumières en long?
  • Oui, comme ça.
  • Quand vous parlez du cash, fit le juge Crête, vous dites que le type est parti avec le cash, est-ce que c’est avec toute la caisse enregistreuse ou juste le tiroir-caisse?
  • La caisse enregistreuse puis le tiroir-caisse, tout.
  • Au complet?
  • Oui.

[1] Selon la Loi sur la preuve au Canada, d’après le Code criminel 2017 de Thomson Reuters, il s’agit maintenant de l’article 16.1, qui se lit comme suit :

16.1 (1) Toute personne âgée de moins de quatorze ans est présumée habile à témoigner.  (2) Malgré toute disposition d’une loi exigeant le serment ou l’affirmation solennelle, une telle personne ne peut être assermentée ni faire d’affirmation solennelle. (3) Son témoignage ne peut toutefois être reçu que si elle a la capacité de comprendre les questions et d’y répondre. (4) …

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L’affaire St-Louis: chapitre 4

02         Le tout premier témoin de la Couronne fut le Caporal Léopold Lavigne, 29 ans, de la Sûreté du Québec (SQ).  Interrogé par Me Laniel, celui-ci présenta le plan qu’il avait préparé afin de permettre aux jurés de mieux comprendre la géographie de St-Léonard et St-Célestin.  On le déposera en preuve sous la cote P-1.

Lavigne avait également pris quelques photographies les 22, 23 et 25 novembre.  Il expliqua également la géographie des lieux où s’était déroulée l’action.  Bref, sa présence servit principalement à mieux situer les jurés en rapport avec les événements que la justice reprochait maintenant à l’accusé.

Selon Lavigne, on comprit que la scène de crime se situait juste en face de la maison d’Arthur Ally, la 7ème du côté nord de la route 34.  La première photo de cette route, en direction St-Célestin (direction nord-est), fut déposée en preuve sous la cote P-2; alors que celle de la façade avec le corps de la victime fut produite sous P-3, et ainsi de suite.

         Le 25 novembre, le policier s’était rendu au garage Héroux et Thibodeau à Drummondville pour y photographier le véhicule de marque Envoy, quatre portes, de couleur bleue et immatriculé 5N-8696 Québec 68.  Il en avait tiré cinq clichés.

         Ensuite, ce fut à Me Gérald Grégoire de contre-interroger le témoin.  Le criminaliste le ramena tout de suite sur une remarque qu’il venait de faire en parlant de l’une des photos de l’Envoy, sur laquelle on apercevait un cadre endommagé.  Il lui demanda, pour le bénéfice des jurés, d’encercler cet endroit à l’aide d’un crayon rouge.

  • Cette empreinte dans le métal est-ce que ça semble être laissé par une balle, questionna Me Grégoire, est-ce que c’est un enfoncement assez profond?
  • Il s’agit d’un impact qui a été produit à cet endroit. Quant à ce qui a produit l’impact …
  • C’est hors de votre connaissance?
  • C’est une opinion seulement.

Ensuite, il lui demanda d’encercler ce qui paraissait être un autre impact de projectile, cette fois dans la partie gauche du pare-brise.

  • Est-ce que vous avez vu d’autres traces sur le véhicule à part des trois que vous avez mentionnées?
  • Il y avait du côté … sur la photographie P-6, photographie précédente du côté du conducteur, côté gauche au bas de la porte, il y avait à cet endroit, il s’agissait de ce qu’on appelle communément en terme de garage du putty, il y avait un morceau de putty de parti [retiré ou enlevé]. Mais il ne semblait pas avoir aucune … aucun impact.  Il s’agissait plutôt d’un morceau qui était tombé.
  • Au bas de la porte?
  • Au bas de la porte, ici côté gauche.
  • Lorsque vous avez examiné le véhicule, tant à la Sûreté Provinciale qu’au garage, avez-vous pu examiner les pneus du véhicule?
  • Si ma mémoire est bonne, je crois qu’il y avait quatre pneus d’hiver.
  • Est-ce qu’ils vous semblaient tous gonflés?
  • Tous gonflés?
  • À ce moment-là, ils étaient tous gonflés, oui. J’ai dû avancer même l’automobile.
  • Alors, elle a avancé sans difficulté?
  • Sans difficulté, oui.
  • Vous n’avez remarqué aucune crevaison?

L’insistance de l’avocat de la défense à propos de l’état des pneus pouvait sembler banale, mais cet élément finirait par prendre tout son sens un peu plus tard au cours du procès.

Lavigne dira avoir parcouru lui-même la distance entre St-Léonard et St-Célestin, ce qui représentait 8 kilomètres entre les deux églises.

  • Est-ce que vous pouvez nous dire sur la photographie qui a été produite montrant le parechoc avant du véhicule?
  • Exhibit P-6.
  • Où on voit là ce qui semble être un trou de balle sur le pare-brise?
  • Est-ce que vous avez regardé à l’intérieur pour voir si le phénomène d’éclaboussement était le même à l’intérieur qu’à l’extérieur?
  • Les dommages à la vitre?
  • C’est-à-dire la manière dont l’éclaboussement – on le voit à l’intérieur ici?
  • À l’intérieur est-ce que vous avez regardé?
  • À l’intérieur, les dommages étaient les mêmes. Le trou était bord en bord du pare-brise.
  • Mais vous nous dites que la vitre était complètement cassée. Est-ce que vous avez vu des débris de vitre à l’intérieur?
  • Ça, à la vitre arrière.
  • Oui?
  • À cet endroit, il y avait de la vitre cassée. La vitre cassée, ça, c’est semblable à du sel.
  • C’était tout en petits grains?
  • En grains, exactement.

Sur ces mots, Me Grégoire reprit sa place.  Le témoin pouvait maintenant rentrer chez lui ou retourner au travail.

 

L’affaire St-Louis: chapitre 2

05
Parade d’identification organisée peu après la mort de Michel Prince.  Marcel St-Louis, qui sera accusé du meurtre, est au centre de la photo.

         À l’arrivée de la police, on ne put que constater le résultat du drame.  Le corps de Michel Prince gisait toujours dans la neige, sur le terrain d’Arthur Ally.

         Au cours de la première partie de la poursuite, André Prince, qui prenait alors place dans la voiture de son père, avait réussi à voir et surtout à mémoriser le numéro d’immatriculation du véhicule suspect.  Grâce à cette précieuse information, quelques minutes plus tard, la Sûreté du Québec connaissait le nom du propriétaire, ainsi que le modèle et la marque.  Il s’agissait d’un Vauxhall de modèle Envoy.

         Ce fut donc sans grande déduction que les agents Yvon Lemire et Douglas Lyons furent envoyés devant la résidence correspondant au propriétaire de l’automobile, à Drummondville.  Ils y montèrent la garde.  Peu de temps après, l’Envoy passa sous leur nez, ralentit et entra dans la cour.  Le mystérieux conducteur descendit.  Dès qu’il aperçut les deux constables venir vers lui, il se précipita dans la maison.  Lemire et Lyons l’y rattrapèrent sans difficulté.

         Le prévenu s’appelait Marcel St-Louis et était âgé de 25 ans[1].  Les deux agents trouvèrent en possession une carabine semi-automatique de calibre .22.  Toutefois, en le conduisant au poste, on découvrit que St-Louis n’avait aucun antécédent judiciaire.  Il était blanc comme neige.

         Le lendemain, samedi 23 novembre, tandis que Le Nouvelliste répandait la nouvelle à travers la Mauricie, on fit défiler Marcel St-Louis dans une parade d’identification, de laquelle la police prit quelques clichés photographiques.  Les frères de la victime purent ainsi identifier le suspect.  Le Nouvelliste, qui plaçait l’incident vers 19h00, mentionna que la mère de la victime était « en proie à un violent choc nerveux », sans oublier que le père, ainsi que Ginette, l’épouse de Michel, étaient eux aussi très affectés par la conclusion de cette poursuite automobile.

         Marcel St-Louis avait vu le jour le 14 janvier 1943.  Il résidait au 19 de la rue Montcalm, à Drummondville.  Sa profession fut mentionnée comme journalier, œuvrant dans le domaine du déneigement.  Il n’avait aucune condamnation antérieure et possédait un niveau de scolarité équivalant à la 7ème année.

         Le lundi 25 novembre, un policier de la Sûreté du Québec se rendit au garage de Drummondville où on entreposait la voiture de Marcel St-Louis afin d’en prendre quelques photos montrant certains dommages.  Un trou situé dans la partie droite du pare-brise évoquait clairement le passage d’un projectile d’arme à feu.  De plus, la vitre de la portière arrière droite de la petite berline avait littéralement volée en éclats.  Les pneus ne semblaient toutefois pas abîmés.

         En ce même lundi, Le Nouvelliste expliquait que le suspect, « s’étant enfui avec la caisse de l’épicerie Prince, St-Louis aurait cherché à semer ses poursuivants en se dirigeant dans le 7ème rang de St-Léonard, pour parvenir à un cul-de-sac, et être coincé par le véhicule de Michel Prince qui lui barrait la route, et c’est alors que des coups de feu furent tirés entre St-Louis et Michel Prince, qui fut abattu dans la cour de M. Henri [Arthur] Allie à St-Célestin »[2].

         Après avoir raconté brièvement l’arrestation et la présence de la carabine de calibre .22, le quotidien de Trois-Rivières ajoutait que « le présumé auteur de ce meurtre avait demeuré, autrefois, sur la rue William près du rond-point de la route Trans-canadienne, mais demeurait depuis quelques mois dans la municipalité de Drummondville-Sud »[3].

         Sans donner de date, on précisait que Marcel St-Louis comparaîtrait bientôt à l’enquête du coroner.

         Déjà, on entendait l’écho des policiers qui déconseillaient aux citoyens de se faire justice eux-mêmes.


[1] Marcel St-Louis est né le 14 janvier 1943.

[2] « L’assassinat de Michel Prince, de Saint-Léonard d’Aston, jeune homme de 25 ans détenu comme témoin important », Le Nouvelliste, 25 novembre 1968, p. 1.

[3] Ibid.