Testament d’un tueur des Hells

MARTINEAU, Pierre.  Testament d’un tueur des Hells.  Montréal : Intouchables, 2002, 245 p.

Scan            On pourrait croire que ces sujets se démodent rapidement, qu’on les met de côté au profit de la dernière manchette sur le crime organisé.  Après un reportage comme celui de Félix Séguin à J.E. hier soir, et Le livre noir des Hells Angels lancé officiellement aujourd’hui, on aurait tort de le faire.  Le crime est un phénomène de société qui évolue mais, comme les autres grands enjeux du monde, il faut en conserver une mémoire collective.

Au moment d’écrire son ouvrage, Pierre Martineau était toujours rédacteur en chef pour TQS, le défunt réseau de télévision qui a fini par se dépersonnaliser sous la bannière de Canal V.  Les gens de la Mauricie se souviendront cependant de Martineau comme d’une figure familière du petit écran, à la fois comme journaliste et lecteur de nouvelles.

            Sans détailler ce qui l’a conduit à rencontrer le célèbre tueur à gages Serge Quesnel, auteur de cinq meurtres, Martineau nous raconte brièvement que l’assassin repenti faisait de gros efforts pour changer de vie.  Leurs rencontres se sont déroulées sur une période de quelques mois, de la fin 2001 jusqu’en mars 2002.

            Serge Quesnel réussissait plutôt bien dans les études qu’il s’imposait à l’intérieur des murs.  Mais attention!  Le premier chapitre nous plonge rapidement au cœur des deux premiers meurtres qu’il a commis en 1993, cela avec un complice et sans arme à feu.  Deux scènes tout à fait horribles.

            Un avocat, dont le nom n’est évidemment pas mentionné, lui fera une inquiétante suggestion : « Puis, en riant, il m’a recommandé de me rendre à nouveau sur le territoire de Sainte-Foy si j’avais d’autres meurtres à commettre.  D’après lui, à cet endroit, les enquêteurs étaient idiots et je n’aurais pas de problème! »[1].

            L’auteur, qui laisse beaucoup de place à de longs extraits provenant des enregistrements réalisés lors de ses rencontres avec le tueur vedette, entrecoupés de paroles puisés auprès de ses parents et d’un policier, nous ramène à ses débuts criminels.  Quesnel a rapidement fait preuve de violence et cette escalade s’amplifiera constamment puisque son but ultime était de faire partie intégrante des Hells Angels, un soi-disant summum à atteindre pour certaines têtes brûlées.  Ajoutons à cela le fait que cette organisation criminelle en menait large au cours des années 1990 et on se retrouve devant une recette susceptible d’attirer des jeunes en mal de sensation.

            Impulsif et impatient de faire de l’argent, Quesnel décide de monter les échelons en se faisant le plus violent possible.  À la prison de Donnacona, il y parviendra en participant à plusieurs actes de violence, dont plusieurs tentatives de meurtre.  Cœurs sensibles s’abstenir, car ce chapitre s’étend longuement sur ses frasques de détenus en plus de nous plonger dans un milieu assez peu connu du commun des mortels.  Bien que l’auteur ait joué de prudence sur l’identité de plusieurs personnes, il mentionne cependant la présence d’Yves « Colosse » Plamondon.  On se souviendra que Plamondon, condamné à perpétuité en 1986 pour trois meurtres, avait vendu de la drogue pour le clan Dubois.

            En mai 1991, Quesnel retrouvait sa liberté pour mieux rencontrer des membres du clan Pelletier, qui lui offrirent un salaire de 500$ par semaine en plus de sommes supplémentaires allant de 10 000$ à 20 000$ pour chaque cible qu’on lui demanderait d’éliminer.  Offre intéressante pour le jeune homme, mais il y avait un hic!  Le clan Pelletier était en guerre contre les Hells Angels, une organisation qui, pour Quesnel, représentait l’échelon le plus prestigieux en matière de crime.

            Pour continuer à « gravir les échelons », Quesnel fera ses preuves en commettant les meurtres de Richard Jobin et Martin Naud, à Ste-Foy.  Peu après, ce sera pour d’autres crimes qu’il retournera derrière les barreaux.  Libéré en novembre 1994, Quesnel décide de faire le grand saut.  Il contacte son avocat pour lui demander de le recommander aux Hells Angels.  Quesnel a de la chance.  Il s’est adressé à la bonne personne car il obtient un rendez-vous à la forteresse des Hells Angels de Trois-Rivières, où les Nomads, le commando le plus violent de l’organisation, avait ses assises.  À l’intérieur du bunker, il se retrouve face à face avec Louis « Melou » Roy, l’un des plus célèbres motards criminalisés de la fin du 20ème siècle.

            « On a tous nos rêves », écrit Martineau.  « Serge Quesnel, lui, a réalisé le sien en novembre 1994.  Le 4 plus précisément.  Sorti du pénitencier fédéral de Donnacona depuis trois jours à peine, il est reçu au repaire des Hells Angels, à Trois-Rivières.  C’est son avocat qui lui a arrangé cette rencontre avec Melou ».

            Encore une fois, on lui offre un salaire de base hebdomadaire de 500$, en plus d’un cachet de 10 000$ à 25 000$ pour chacun des meurtres qu’il commettra pour l’organisation.  Quesnel est aux anges, sans faire de mauvais jeu de mots.  Il atteint le but qu’il s’était fixé, mais il n’en profitera que durant quelques mois.

            Il gagne la confiance de Melou Roy, mais aussi de plusieurs autres motards.  Toutefois, son premier contrat tarde à se réaliser, ce qui causera l’impatience des motards les plus paranoïaques.  Certains meurtres sont reportés à plusieurs reprises, et cela pour différentes raisons.  Au passage, on apprend aussi que l’incendie du célèbre bar Le Gosier, à Trois-Rivières, aurait été causé par des membres des Hells, et cela même si la police n’a jamais pu en faire une preuve suffisante pour traîner qui que ce soit devant les tribunaux.

            Quesnel en vient à remplir son premier contrat en allant jusqu’à pénétrer dans la résidence de sa victime, Jacques Ferland.  À ce propos, Quesnel raconte froidement : « Deux balles ont atteint Ferland qui s’est écrasé contre le mur avant de dévaler l’escalier.  Déjà, il y avait beaucoup de sang.  À ce moment, j’espérais fortement que la femme se sauve en remontant l’escalier, sans quoi j’allais devoir la tuer.  Heureusement, elle est remontée, en criant très fort! ».  Quesnel quittera cette résidence de Grondines seulement après avoir laissé pour mort un ami de Ferland.

            Ça y est!  Cette fois, le jeune voyou avait fait ses preuves.  Les doutes s’estompèrent et la fête se poursuivit parmi ses nouveaux frères d’armes.  Peu après, il remplit un autre contrat en tuant froidement Claude Rivard.  Finalement, c’est à Ste-Thècle qu’il éliminera sa dernière victime, Richard « Chico » Delcourt.  Le corps de ce dernier sera abandonné dans un fossé, à Saint-Ubalde, dans le comté de Portneuf.

            Le 1er avril 1995, le rêve de Serge Quesnel s’éteint définitivement lorsqu’il est arrêté par des policiers de la Sûreté du Québec sur le chemin Sainte-Foy, à Québec.  Déjà piégé par un ancien comparse, il décide de passer à table.  Rapidement, il deviendra le délateur vedette de son époque.  C’est alors l’occasion pour l’auteur de nous raconter les procès dans lesquels Quesnel a dû témoigner contre ses anciens acolytes, y compris celui de Maurice « Mom » Boucher, au cours duquel il ne fera cependant qu’une brève apparition.

            Au passage, oubliant peut-être un peu trop rapidement sa propre feuille de route, l’ancien tueur à gages se permet de critiquer la police, en particulier lorsqu’il apprend que la Sûreté du Québec connaissait ses intentions avant qu’il n’abatte Richard Delcourt : « C’est clair dans mon esprit que la SQ n’a pas fait son travail.  Pit [Caron] collaborait déjà avec la police et avait parlé de l’offre que je lui avais faite pour tuer Delcourt.  Les policiers connaissaient donc clairement mes intentions.  Ils savaient que Chico Delcourt était en danger et ils n’ont rien fait pour le protéger!  Peut-être que j’ai été plus rapide que la police, cette fois-là!  Malgré tout, je m’explique très mal l’attitude de la Sûreté du Québec dans l’affaire Delcourt! ».

            Serge Quesnel n’aura passé que cinq mois au sein des Hells Angels, et pourtant ses connaissances feront très mal à l’organisation.  Il signe une entente avec le ministère public qui lui rapportera au total 390 000$.  Le policier Pierre Frenette rappelle toutefois que cette entente, qui doit s’échelonner sur la durée de vie du délateur, n’est pas aussi importante que le croyait la population.  N’empêche que Quesnel bénéficiera de plusieurs autres privilèges derrière les barreaux.  D’un autre côté, il ne faut certes pas oublier qu’il était nécessaire de « prendre soin » de lui pour le motiver à témoigner contre ses anciens confrères.  Après tout, c’est sa tête qui était sur le billot.

            Les avocats de la défense s’organisent comme ils peuvent, allant jusqu’à lui faire une campagne de dénigrement, comme en publiant des photos de lui avec une danseuse venue le visiter en prison.  Ensuite, Quesnel fit face aux avocats les plus coriaces de l’époque, dont Léo-René Maranda et Jacques Larochelle.

            Malgré les efforts sincères de Quesnel, le succès n’est pas toujours au rendez-vous.  Par exemple, Richard « Rick » Vallée, ce motard du chapitre trifluvien expert en explosif, sera acquitté au terme de son procès.  Toutefois, grâce à une ruse de Quesnel, Vallée fut aussitôt arrêté en vue d’une extradition concernant un meurtre commis aux États-Unis en 1993.

            Lors de l’un de ces procès, Quesnel lance soudainement une information concernant le meurtre non résolu de la jeune étudiante France Alain, commis en 1982 à Ste-Foy.  Puisque Historiquement Logique s’intéresse à ce dossier depuis quelques années (voir les articles sous la rubrique L’affaire France Alain), voyons l’extrait complet concernant cette affaire :

            « [Me Jacques] Larochelle m’a demandé si Richard Jobin s’était vanté d’avoir tué France Alain et j’ai répondu par l’affirmative.  Mais je n’ai pas pris le temps de m’expliquer convenablement, ce qui a eu pour effet d’exciter bien du monde.  Jobin m’avait effectivement affirmé avoir tué une femme au début des années 1980.  Par contre – et c’est ce que j’avais voulu dire – je pensais que Jobin disait cela uniquement pour se vanter, mais ce n’est pas comme ça que ç’a été perçu! »

            Malgré ce qu’une lectrice a confié à Historiquement Logique, il n’y a rien de concluant dans cette affirmation.  Et d’ailleurs, pour des raisons que j’évoquerai dans des articles à venir sur l’affaire France Alain, une telle hypothèse ne colle pas avec les éléments contenus dans l’enquête du coroner.

            Lors d’un autre procès, qui cette fois se termina par un verdict de culpabilité, la cote de popularité de Quesnel remonta.  Dans un autre, un arrêt des procédures viendra frustrer l’ancien tueur et les policiers qui s’occupaient de lui.  Cette fois, la faute était attribuable aux policiers de Ste-Foy, qui avaient détruit des pièces à conviction importantes.  Voilà une gaffe monumentale qui fera dire à Quesnel : « j’étais furieux contre la police de Sainte-Foy, des amateurs.  J’ai même fait une sortie publique dans les médias.  Mon ancien avocat avait bien raison quand il me suggérait de commettre mes crimes sur le territoire de Sainte-Foy.  Il y avait beaucoup moins de risques de se faire prendre à cet endroit! ».

            Finalement, Louis « Melou » Roy, qui avait ouvert toutes grandes les portes des Hells Angels à Serge Quesnel, disparaîtra en juin 2000.  On ne le reverra plus jamais.  Quesnel croyait que ce dernier avait fini par être éliminé pour l’avoir laissé prendre autant d’importance au sein du gang.

            Dans son dernier chapitre, Pierre Martineau nous transporte un peu plus dans le cœur et la raison de l’ancien tueur.  Celui-ci explique qu’il lui est évidemment impossible de revenir dans le milieu du crime, car cela équivaudrait à son arrêt de mort.  De plus, il parlait de son intention de s’installer hors Québec, d’autant plus que son succès dans les études lui offrait des chances intéressantes de réussir sa réhabilitation.

            Mais pour cela, Quesnel était conscient de devoir faire d’énormes sacrifices, comme celui de couper toute communication avec ses parents et amis, et de cacher son passé à sa future conjointe.

            L’histoire de Serge Quesnel est intimement liée à celle de la controverse entourant la confiance que la société doit accorder ou non aux délateurs.  Sont-ils crédibles?  Objectifs?  Leur présence est-elle un mal nécessaire?  Est-ce que le ministère public pactise avec le diable quand il accepte de signer un contrat avec eux?

            Évidemment, ces hommes ne connaissent pas tous le succès immaculé de Donal Lavoie, qui a si bien réussi sa réhabilitation que son nom n’a plus jamais refait la manchette.  Selon Pierre de Champlain, auteur de Histoire du crime organisé à Montréal 2 : de 1980 à 2000 (2017), Lavoie n’a même jamais été arrêté pour un billet de contravention.

            Bien qu’il fera l’envie des collectionneurs de livres sur le crime organisé, le bouquin de Pierre Martineau ne peut évidemment pas nous renseigner au-delà de sa date de publication.  C’est donc à travers un article de Daniel Renaud qu’on apprend que c’est seulement en 2015 que Quesnel a obtenu sa libération complète.  Depuis, il est devenu quelqu’un d’autre.  Personne ne sait où il se trouve ni comment il réussit sa nouvelle vie.

Ce qui est sûr, c’est que Serge Quesnel, après avoir rempli sa part du contrat avec la justice, s’est éteint.  À moins qu’il ne connaisse une rechute, il ne devrait plus jamais refaire surface.


[1] P. 36.

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Mom Boucher

momOUELLETTE, Guy, et LESTER, Normand.  MOM.  Montréal : Les Intouchables, 2005, 268 p.

            L’auteur principal de cet ouvrage est un ancien policier spécialisé dans le crime organisé qui a fini par se transformer en politicien.  Le second a ses habitudes auprès des histoires de crimes, des polars et autres récits frôlant parfois le conspirationnisme.

            L’avant-propos souligne que la principale motivation de Guy Ouellette à présenter ce livre était de dépeindre Maurice « Mom » Boucher sous son véritable jour, en opposition à l’image qu’on lui avait donné dans les médias.  Si les plus jeunes se rappellent à peine d’avoir entendu son nom, on se souviendra que dans les années 1990 Boucher était pratiquement devenu une légende vivante du crime.

            Maurice Boucher est né le 21 juin 1953 à Causapscal, en Gaspésie.  Il y avait à peine quelques jours, trois chasseurs américains disparaissaient en Gaspésie.  Et on connaît l’impact que cette affaire eut plus tard avec la condamnation de Wilbert Coffin.  C’est aussi à cette époque que Marguerite Ruest Pitre devenait la dernière femme pendue dans l’histoire du Canada.  Elle aussi avait des origines gaspésiennes.  Bref!

            Devant un père alcoolique, Maurice Boucher apprendra à détester les règles et à développer une indifférence totale face au comportement du paternel.  En dépit de cette carapace, il sombre dans le crime.  Les premières évaluations psychologiques présentées dans le livre ne sont guère encourageantes.  De trafiquant de drogue, il se transforme en braqueur.  Il réalisera d’ailleurs un vol de façon plutôt maladroite, digne des frères Dalton.

            En 1982, lorsque Guy Ouellette apprend son existence pour la première fois, Boucher porte déjà son célèbre surnom en plus de frayer avec les motards criminalisés de Montréal.  Pour les auteurs, c’est l’occasion d’exposer aux lecteurs les inquiétantes règles des motards SS.

            Certes, on ne pouvait passer au côté de la fameuse tuerie de Lennoxville ou, si vous préférez, l’épisode des fameux sacs de couchage.  Cette tuerie faillit décimer complètement l’organisation des Hells Angels.  C’est peut-être ce qui explique pourquoi Maurice Boucher a pu passer entre les mailles du filet puisqu’à cette époque il purgeait une peine pour agression sexuelle armée contre une jeune fille.  Au passage, Ouellette profite de l’occasion pour blâmer l’attitude policière de cette époque, à savoir qu’on laissait aller les choses en croyant que cette bande n’arriverait pas à se reconstruire.  Et pourtant, on connait la suite.  Les Hells Angels sont revenus en force.

            Boucher retrouva sa liberté en 1986.  L’année suivante, il devenait officiellement un Hells Angels à part entière.

            En 1991, ce fut au moment où des policiers procédèrent à une vérification routière de plusieurs motards que Ouellette croisa Boucher pour la toute première fois.  Ce dernier s’amusait déjà à faire des pitreries devant les caméras de télévision.  « Boucher prend de la place, mais il ne me pas [sic] fait grande impression », écrit l’ancien policier.  Toutefois, le personnage en menait déjà large à cette époque, au point de laisser entendre qu’il aspirait à gravir les échelons de la hiérarchie criminelle.

            En 1993, Boucher s’associa avec Raynald Desjardins, le célèbre criminel québécois affilié au clan Rizzuto, pour une imposante importation de drogue en sol canadien.  Au terme d’une opération menée par la GRC, Desjardins sera arrêté et condamné à une peine de 15 ans, tandis que Boucher ne sera pas ennuyé.  Est-ce une autre erreur?  Un manque de collaboration entre les corps policiers?

            Quoi qu’il en soit, Ouellette souligne que si la GRC avait arrêté Boucher à cette époque, nous n’aurions sans doute pas connu, à partir de l’année suivante, ce qu’on appelle encore aujourd’hui la guerre des motards (1994-2002).

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Acte de mariage des parents de Maurice Boucher.  Le mariage a eu lieu en Gaspésie, le 19 février 1953.

            Officiellement, cette guerre éclata en 1994 avec le meurtre de Pierre Daoust, qui ne sera jamais clairement élucidé.  En juillet de la même année, le conflit prit rapidement de l’ampleur lors des funérailles d’un Hells, Jean-Louis Duhaime.  La cérémonie, qui se déroula à Trois-Rivières, se transforma en cirque.  La police municipale trifluvienne perdit complètement le contrôle au profit des motards, et tout cela donna au public l’impression que ces rebelles étaient plus puissants que les représentants de l’ordre.  Ce sera donc une énorme prise de conscience pour toute la province.

            Les meurtres et attentats à la bombe se poursuivirent.  On se rappelle encore de cette époque où les gens, même dans le privé, n’osaient pas prononcer le moindre mot contre les motards.  D’autres allaient plus loin en expliquant, sur une pointe d’admiration, que ces hommes-là ne s’en prenaient qu’à eux-mêmes, comme si on devait considérer leur présence comme un cadeau de la société.  Ce discours s’avéra rapidement désuet lorsqu’un garçon de 11 ans, Daniel Desrochers, fut tué lors de l’explosion d’un véhicule piégé au cours de l’été 1995.

            En plus de cette mort injuste, l’approche du référendum poussa le gouvernement provincial à réagir.  On assistera alors à la formation de l’escouade Carcajou, dont l’un des principaux éléments sera justement Guy Ouellette.  Car les motards savaient profiter de plusieurs situations, dont l’affaiblissement ou le ralentissement policier en raison de la Commission Poitras et l’affaire Matticks.  Mais tout cela n’entrava en rien la montée en puissance de Mom Boucher, qui se souciait de son image publique, au point où il souhaita obtenir le contrôle d’une partie des médias.  Pour ce faire, il utilisera Gaétan Rivest, un ancien policier devenu un proche des Hells, ainsi que sa relation avec le controversé chroniqueur Claude Poirier.

            À ce sujet, Ouellette donne d’ailleurs l’impression de remettre le pendule à l’heure : « Dans les mois qui suivent, Gaétan Rivest devient un collaborateur régulier de l’émission d’André Arthur à CKVL, où il discute avec Claude Poirier de questions touchant la Sûreté du Québec.  Poirier autant qu’Arthur enragent de voir que la SQ n’a jamais voulu que je réponde à leurs questions dans le cadre de leur émission radiophonique journalière.  Ils répliquent à notre mutisme par le dénigrement.  Ils s’en prennent souvent à moi à cette époque ».

            Pas très étonnant de la part d’Arthur, qui a aussi déblatéré des inepties à l’époque du procès de Benoît Proulx à Québec, au début des années 1990.  Quant à Poirier, on connaît son histoire d’amour avec les mauvais garçons depuis son aventure maintes fois répétée avec Richard Blass.

            Ce que reproche Ouellette à ce genre de comportement médiatique, c’est qu’on a ainsi permis à un chef criminel reconnu d’utiliser les médias pour créer la confusion.

            Comme on peut s’en douter, il est impossible de parler de ce chef des motards sans mentionner les meurtres des deux gardiens de prison.  Selon Ouellette, c’est en partant de l’idée de vouloir immuniser son groupe que lui vint l’idée de s’en prendre à des représentants de l’ordre.  Son intention de départ était de viser des gardiens de prison mais aussi des policiers, des juges et des procureurs.  « Le chef Nomads mise, d’une part, sur le fait qu’il est impossible pour la Couronne de négocier avec quiconque s’attaque au système de justice.  Il est assuré, d’autre part, que jamais le tueur d’un gardien de prison, d’un policier, d’un juge ou d’un procureur de la Couronne ne parlera.  Il est convaincu que le tueur se fera lui-même tuer en prison par des gardiens furieux ou encore qu’il fera ses 25 ans en isolement, « dans le trou ».  De cette façon, Boucher pense avoir trouvé la parade absolue pour se protéger contre le système : le priver de délateurs »[1].

            Pour cette mission, Boucher arrête son choix sur un jeune criminel qui ambitionne de devenir Hells Angels : Stéphane « Godasse » Gagné.  Le 26 juin 1997, c’est avec un complice que Gagné prend en chasse un véhicule conduit par un gardien de prison.  En fait, les deux tueurs se sont contentés de voir la présence d’un écusson à l’épaule gauche du conducteur.  Sur la route, Gagné ouvre le feu alors qu’il est à la hauteur du véhicule.  Agrippé à son complice, qui conduit une moto, il prend la fuite à toute vitesse.  C’est seulement le lendemain que Gagné apprendra de la bouche de Mom Boucher que sa victime était une femme.  « C’est beau mon Godasse », lui lança Boucher.  « C’est pas grave si elle avait des totons ».

La victime se nommait Diane Lavigne.

            Au début de septembre, ce sera au tour d’un autre gardien de prison, Pierre Rondeau, à tomber sous les balles.  Au départ, les enquêteurs ne se doutaient pas que les deux crimes puissent être reliés, et encore moins que cela fasse partie d’une stratégie tordue des motards.  Ouellette nous explique ensuite comment on a pu, en quelques semaines seulement, identifier Gagné comme étant l’assassin.  Celui-ci, se sentant abandonné par les avocats des motards, prendra la décision de passer à table.  Il raconte tout.  Le 18 décembre 1997, un mandat d’arrestation fut émis contre Mom Boucher.  Lors de son interrogatoire, celui-ci restera solide et muet.  Il ne craquera pas.

            Par mesures de précautions, la justice prit la décision de l’enfermer à la prison des femmes Tanguay, que Ouellette finira par visiter en l’absence de Boucher, alors occupé à une comparution.  De cette visite, l’ancien policier retiendra : « mon attention est attirée par un téléphone public.  Je note que, gravés dans le bois, se trouvent le nom et le numéro de téléphone du journaliste Claude Poirier avec qui il est en relation depuis des années.  Boucher a une grande confiance en Claude Poirier et il l’appelle régulièrement pour discuter d’affaires policières et judiciaires alors qu’on a des écoutes judiciairement autorisées sur les téléphones qu’utilise Boucher.  Maurice Boucher apprécie particulièrement les critiques féroces de Claude Poirier à l’endroit de la police et l’encourage dans ce sens »[2].

            Malheureusement, Godasse Gagné ne fit pas le poids devant Me Jacques Larochelle, qui avait déjà défendu Denis Lortie, le tireur fou qui s’en était pris à l’Assemblée Nationale en 1984.  Selon Ouellette, il semble qu’on doive également attribuer une partie du blâme au juge Boilard en ce qui concerne l’issue du premier procès.  Le juge aurait erré en droit en utilisant plusieurs fois l’expression « témoin taré » pour désigner Stéphane Gagné.  Évidemment, c’est là un manque total d’objectivité.

Et comme si ce n’était pas suffisant, des motards s’infiltrèrent dans le prétoire pour intimider les jurés en les fixant constamment du regard.

            Plusieurs se souviennent encore de la sortie triomphante de Boucher du palais de justice de Montréal après son acquittement.  Et voici comment Ouellette nous rappelle la scène : « plusieurs gestes obscènes sont dirigés vers les policiers pendant la sortie des motards du Palais de justice.  Les reportages des télévisions et des journaux montrent Boucher descendant l’escalier mobile avec le photographe Michel Tremblay qui a eu droit à certaines exclusivités médiatiques dans le passé et qui en aura plusieurs autre dans l’avenir, autant de la part des Hells Angels que des Rock Machine-Bandidos.  Tout souriant, le journaliste Claude Poirier discute avec les motards présents sur le trottoir de la rue Saint-Antoine devant le Palais »[3].

            Cet acquittement fut un choc pour le Québec.  Encore une fois, il donnait l’impression que ces criminels organisés étaient intouchables.  Le soir même, Boucher célébrera sa victoire en assistant au combat de boxe entre Dave Hilton et Stéphane Ouellet au Centre Bell.  D’ailleurs, Guy Ouellette profite de l’occasion pour nous laisser entendre que le combat revanche entre ces deux boxeurs québécois aurait pu être arrangé par les motards, ce qui n’est pas une réelle surprise dans un sport qui a toujours entretenu une aura malsaine : « Je me souviens d’un combat revanche, fin mai 1999, entre Dave Hilton et Stéphane Ouellet.  Un membre influent des Hells Angels, Louis Melou Roy, m’avoue alors avoir « misé un gros paquet d’argent CONTRE son boxeur favori ».  En faisant mes recherches usuelles dans l’enceinte du Centre Bell, afin de localiser les motards venus assister au combat, je croise Roy et sa compagne à un comptoir de restauration rapide du 3ème étage.  Je localise aussi plusieurs autres membres du chapitre Sherbrooke dans une « loge corporative » du 5ème étage.  On se souvient qu’Hilton a terrassé Ouellet à 2 min 48 du troisième round.  L’histoire ne dit pas quels ont été les gains de Melou Roy ce soir-là, et je n’ai jamais pu lui en reparler avant sa disparition mystérieuse en juin 2000 »[4].

            Tandis que Boucher se la coule douce en voyageant à travers le monde, certains représentants de l’ordre refusèrent de laisser tomber les bras.  Ce fut le cas de Guy Ouellette, mais aussi de la courageuse procureur France Charbonneau, qui se retrouvera plus tard à la tête de la fameuse Commission Charbonneau.  Les auteurs ne se gênent pas pour souligner sa grande contribution au succès qui allait suivre.  C’est grâce à son travail acharné que la Cour d’appel ordonnera finalement la tenue d’un second procès.

            Il n’en reste pas moins que durant cette liberté, Mom Boucher continuait d’attirer l’attention.  Sa célébrité s’amplifiait sans cesse.  Il y aura plusieurs moments cruciaux durant cette période, mais on retiendra principalement l’attentat contre le journaliste Michel Auger, le mariage de René Charlebois – auquel les motards avaient invités les artistes Ginette Reno et Jean-Pierre Ferland – ainsi que la fameuse trêve avec Fred Faucher, un événement encore couvert par Claude Poirier.

            Et cette fois, ce sera la déchéance du chef des motards.  Le procès est rondement mené par Me France Charbonneau, qui non seulement résiste aux attaques de Me Larochelle mais lui offre quelques répliques intelligentes.  Stéphane « Godasse » Gagné est aussi mieux préparé, et ses dires seront mieux corroborés.  La loi antigang a fait en sorte d’apporter plusieurs améliorations, dont une meilleure protection pour les jurés.  Finalement, justice est rendue.  Maurice « Mom » Boucher est reconnu coupable.

            Guy Ouellette nous rappelle que le combat contre les motards criminalisés est une affaire de tous les jours.  Toutefois, il semble ironique de relire ce dernier extrait apparaissant dans les derniers paragraphes du livre : « On peut penser que, comme beaucoup de membres Hells Angels condamnés à perpétuité avant lui, Mom Boucher deviendra, avec le temps, un prisonnier comme les autres.  Sa notoriété s’estompera.  Qui se rappellera encore de lui à sa libération vers l’âge de 70 ans en 2023? »[5].

[1] P. 134.

[2] P. 173.

[3] P. 179.

[4] P. 180, les lettres en italique et en majuscule sont des auteurs du livre.

[5] P. 254.

L’Infiltrateur

InfiltrateurBISAILLON, MARTIN. L’Infiltrateur, l’histoire d’Éric Nadeau qui a piégé les Hells et les Bandidos. Les Intouchables, 2005, 212 p.

Je le reconnais : il y a longtemps que j’aurais dû faire le compte-rendu de ce livre, d’autant plus qu’Éric Nadeau fait partie de mes « amis » Facebook. La vie étant ce qu’elle est, même le plus assidu des lecteurs ne peut tout lire ce qui se publie au Québec. Mais peut-être, aussi, que l’attente n’a rendu cette lecture que meilleure.

Dès les premières pages, on a l’impression que l’histoire a déjà pris quelques rides puisqu’il est question de Benoît Roberge, policier vedette aujourd’hui renié par ses collègues et condamné par la justice. Pourtant, c’est lui qui recrutera Nadeau pour en faire le meilleure informateur de notre histoire judiciaire.

Qu’à cela ne tienne, l’histoire de Nadeau est époustouflante. D’entrée de jeu, on comprend que son vécu mérite une place de choix dans notre patrimoine historique judiciaire. Ce n’est pas tous les jours qu’on assiste à la publication d’ouvrages sur ce sujet, et encore moins à partir de témoignages d’agents doubles ou d’agent-source.

Bisaillon lui-même nous met en garde sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un livre scientifique ni d’une étude approfondie de l’histoire des motards ou de la criminalité québécoise, mais ce document mérite tout de même sa place sur nos bibliothèques, ne serait-ce que pour son originalité. En effet, ce n’est pas tous les jours qu’un homme impliqué au cœur du problème ait le courage de nous partager ses expériences.

Si on hésite entre ambition et courage pour situer sa principale motivation, il faut donner à Éric Nadeau le fait qu’il a des couilles en béton. Arrêté en 1990 pour recel d’armes, il purgera une peine de quelques mois qui lui permettra immédiatement de développer des idées bien arrêtés sur les criminels. « C’est là que j’ai découvert à quel point le milieu criminel est composé d’êtres veules, minables et prêts à tout pour obtenir des avantages, même dans des prisons. Ce n’était pas comme dans les films avec des prisonniers ayant un code d’honneur! »

À sa sortie, il est recruté par l’enquêteur Benoît Roberge. Accroc aux sensations fortes, Nadeau aide d’abord celui-ci à coincer un premier trafiquant de drogue, question de faire ses preuves. Puis il grimpe rapidement les échelons, tout en utilisant une couverture qui le fait receleur de marchandises divers. Et le ton emprunté ne manque pas d’humour, en particulier lorsque des voleurs lui ont ramenés une cargaison de 500 vibrateurs. « Je me demandais bien ce que je ferais d’une telle quantité de ces gadgets! », explique Nadeau. « Après avoir fait quelques cadeaux à certaines de mes amies, j’ai réussi, croyez-le ou non, à tous les écouler. Je pense même que certaines épouses délaissées à cause de l’incarcération de leur mari, par ma faute, s’en servent encore de nos jours pendant leurs moments de solitude! ».

Mais le quotidien de Nadeau n’est pas aussi rose. Il est doué, brave et animé de principes. Il gagne sa vie en récoltant des informations permettant ensuite à la police de procéder à d’importantes arrestations. En fait, il est si doué qu’il gravi les échelons jusqu’à se rapprocher des Hells Angels.

Sa proximité avec Pierre « Razor » Toupin l’amènera d’ailleurs à se retrouver au cœur de la guerre des motards, qui débuta le 13 juillet 1994 lorsque les Rock Machines assassinaient Pierre Daoust, un sympathisant des Hells. Nadeau continua de jouer le jeu, au point où sa conjointe ignorait tout de sa collaboration avec la police. Elle le croyait simple truand; un parmi tant d’autres.

Il y a évidemment les risques du métier, et pour Nadeau c’est au début de 1996 que ceux-ci se concrétisent lorsqu’une dizaine de gaillards, qu’il qualifie lui-mêmes de lâches, lui tombèrent dessus pour le battre violemment. Et tout cela pour de faux renseignements colportés à son sujet. Cette dégelée l’amenera cependant à se rapprocher des Rockers pour obtenir une meilleure protection.

Comme on le sait maintenant, les meurtres gratuits des deux gardiens de prison en 1997 donnera un nouveau visage à cette guerre de motards. La première à tomber sous les balles sera Diane Lavigne, le 26 juin 1997. Le 8 septembre suivant, ce fut au tour de Pierre Rondeau. Tous deux étaient d’honnêtes travailleurs et avaient des enfants. Évidemment, Nadeau ne voue aucun respect pour les trois hommes responsables de ces deux meurtres : Stéphane « Godasse » Gagné, Paul « Fonfon » Fontaine et André « Toots » Tousignant. Comme le disait d’ailleurs Nadeau, le milieu criminel ne respecte pas de code et Gagné se mettra vite à table en devenant délateur.

C’est d’ailleurs un aspect que l’on retient du livre, à savoir les fausses idées que l’on se fait généralement d’un certain romantisme du milieu criminel. Il le prouve allégrement par ses 12 années d’expérience comme agent-source. Indirectement, ses propos nous forcent à nous questionner quant aux admirateurs de ce genre de personnages, alors qu’on devrait accorder plus de respect pour des hommes comme Nadeau. D’ailleurs, ce ne sont pas tous les agents-sources qui ont eu la même chance que lui. Certains y ont laissé leur peau, comme ce fut le cas pour Claude de Serre.

Nadeau informe aussi les plus naïfs en démystifiant un mythe selon lequel « il faut savoir qu’à Montréal et partout ailleurs, tous les bars sans exception sont sous le contrôle d’une organisation quelconque en ce qui concerne la vente de drogue. Les tenanciers qui prétendent que leurs établissements sont libres de stupéfiants sont à mon avis de grands menteurs. Même s’ils le voulaient, le Milieu ne leur laisserait simplement pas le choix ».

On survol également l’arrestation de Godasse Gagné, ainsi que celle de Maurice « Mom » Boucher le 18 décembre 1997. L’année suivante, Nadeau essuiera des coups de feu en plein jour.

Nadeau ne manque pas non plus de nous rappeler l’acquittement de Mom Boucher le 27 novembre 1998. En direct à la télévision, Boucher avait manifesté ouvertement sa victoire et donné quelques accolades à certains de ses camarades, sans compter que le soir même il assistait à un gala de boxe où il s’est présenté « vêtu de son dossard des Hells Angels Nomads, accompagné de toute sa cour. Le plus affligeant est qu’une partie de la foule lui a réservé une ovation quant il est apparu dans les estrades ». Ainsi, Nadeau ne manque pas de souligner la lâcheté sociale de ceux et celles qui, sans réfléchir, glorifient ce genre de criminel, comme ce fut le cas par le passé avec des visages comme Blass, Mesrine, Mercier, Rivard et certains autres.

Cet acquittement aura des effets directs en rehaussant le niveau de criminalité et en gonflant à bloc le torce des motards, qui se croyaient maintenant tout permis. Devenu une légende, il suffisait de nommer le nom de Boucher pour susciter la crainte.

Quant à ceux et celles qui seraient tentés d’accuser Nadeau d’avoir profité des fonds publiques en raison des rétributions qu’il touchait pour les renseignements qu’il vendait à la police, il explique que « certains pensent peut-être que j’ai été payé grassement pour ce que j’ai accompli. Eh bien, s’il avait fallu que la police utilise ses propres hommes pour obtenir les informations que je recueillais, cela aurait coûté des millions de dollars en temps, en formation, en hommes et en services techniques ».

Et si après tout cela on est encore tenté de vouer du respect aux motards, Nadeau se charge intelligemment de nous rappeler la triste fin de Natacha Desbiens, la femme d’un Rocker. Après la disparition de son mari, victime d’une purge interne, celle-ci multiplia ses appels auprès des Rockers pour les menacer de tout révéler à la police si on ne lui ramenait pas son mari. « Le 16 juin 2000, des Rockers se sont amenés chez elle à Saint-Roch-de-Richelieu. Ils l’ont d’abord battue sauvagement. Puis, ils lui ont logé une balle dans la tête. Pour couronner le tout, ils ont mis le feu à sa résidence. Quant au petit orphelin âgé de deux mois, un Rocker que je connais l’a pris dans son petit siège muni d’une poignée et l’a abandonné sur le pas de la porte de la maison incendiée ».

Tout à fait dégueulasse! Voilà qui confirme d’ailleurs les prétentions que Nadeau exposait dès les premières pages, à savoir que le fameux code d’honneur chez les criminels n’existe pas. Ce n’est que fumisterie.

Après le meurtre d’un ami, qui habitait la même rue que lui, Nadeau se sortira lui-même d’une tentative de meurtre à son endroit, et ce à la toute dernière minute. C’est d’ailleurs l’un des moments forts du livre.

On passe ensuite par la tentative de meurtre contre le journaliste Michel Auger qui, le 13 septembre 2000, a été atteint par six des sept balles qui ont été tirées dans sa direction. Ce sera là pour Nadeau l’occasion de prouver l’immaturité et le bas niveau d’intelligence des motards, d’autant plus qu’il connaissait le tireur.

Son coup de maître sera sans doute celui de réussir l’exploit de se faire transfuge afin de passer des Hells Angels aux Bandidos, sans être soupçonné de quoi que ce soit.

Pour plusieurs, Éric Nadeau reste connu pour l’opération Amigos, qui s’est terminée en queue de poisson avec la tentative d’assassinat sur Steven « Bull » Bertrand. Nadeau a tenté de prévenir la police de la prépration de l’attentat, mais sans succès, ce qui lui fait dire qu’il y a des intentions cachées derrière cette opération. Car il y avait des caméras et des micros pratiquement partout. En janvier dernier, lors d’un reportage consacré à la saga de Benoît Roberge, l’émission Enquête en présentait de courts extraits.

D’ailleurs, Nadeau ne se gêne pas pour dénoncer le comportement de son contrôleur de l’époque, qu’il se garde bien de nommer, évidemment.

Son arrestation en direct à la télé marquera un point tournant dans sa carrière. Bien qu’il retournera dans son rôle dès le lendemain, sa carrière d’agent-source prit fin peu de temps après, non sans qu’une dernière tentative de meurtre ait lieu à son endroit.

Avec le recul, l’image de Benoît Roberge s’est largement transformée. Si Nadeau se gardait de le critiquer dans ce livre publié en 2005, il en allait autrement lors de son passage à Enquête en janvier 2014.

Contrairement aux romans policiers, le récit de Nadeau ne se termine pas dans l’eau de rose mais dans la vérité, c’est-à-dire le goût amer d’une fin d’opération impliquant de dangereux criminels et un flic au comportement plus que douteux. Non seulement il a risqué sa vie durant 12 ans mais au moment de livrer son histoire à Bisaillon il n’avait pas reçu le salaire promis, ne bénéficiait d’aucune protection policière et devait même vivre séparé de sa famille.

En conclusion, il ne donnait lui-même pas très cher de sa peau. Heureusement, il est toujours de ce monde pour témoigner et, peut-être, satisfaire ses lecteurs en nous réservant un autre livre, car c’est l’idée qui circule dans les dernières pages. La chose est claire : il n’a pas encore tout dit ce qu’il savait, sans compter qu’il serait intéressant de savoir comment il a pu s’adapter à sa « vie ordinaire ».

Pour consulter le blog d’Éric Nadeau, consultez la section « Liens » d’Historiquement Logique ou cliquez directement sur le lien suivant : http://ericnadeau.blogspot.ca/