Le peuple brisé


Caine, Alex et Perreault, François.  Le peuple brisé, la disparition de femmes autochtones, une enquête sur la mafia amérindienne.  Paris, Hugo Doc, 2017, 342 p.

Alex Caine n’est pas né de la dernière pluie.  Pour les amateurs de faits judiciaires, il est déjà connu comme l’auteur de quelques ouvrages mais surtout pour son talent unique pour l’infiltration et la récolte d’informations.  Pour en arriver à pondre ce livre, il s’est associé à François Perreault.

Comme l’indique son titre, cet ouvrage ose exposer le problème sous un nouvel angle, à savoir que les autochtones ne font pas exception aux autres peuples en matière de criminalité.  Oui, il y a eu les douloureux orphelinats et le racisme systémique de la part des Blancs – deux choses que l’on doit évidemment dénoncer – mais le problème des femmes disparues et assassinées est aussi interne.  Comme tout autre peuple, celui des autochtones s’attaque d’abord aux siens.  Du coup, le livre Sœurs volées d’Emmanuelle Walter, paru en 2014 et qui blâmait principalement la position gouvernementale, bascule dans la désuétude.  Ici, il n’est pas question d’aller dans le même sens que le gouvernement fédéral ou les forces policières, c’est-à-dire laisser planer les soupçons sur d’éventuels et mystérieux tueurs en série, mais plutôt de regarder la réalité en face et admettre l’existence de la mafia amérindienne.

Dans un premier temps, les auteurs nous familiarisent avec une certaine hiérarchie de la mafia amérindienne, à savoir qu’à sa tête on retrouve l’Es-Pak, qui agit avec l’aide de certains subordonnés comme Indian Posse et les Warriors.

Le premier cas concret de femme disparue auquel on fait référence est celui de Janice Saul.  La dernière fois qu’elle a été vue vivante, elle quittait la réserve avec un autre autochtone impliqué dans le milieu de la drogue.  Et même le frère de Janice laissera tomber ses efforts pour retrouver sa sœur au profit de l’argent que peut lui rapporter la drogue.  Bref, même l’entraide ne semble pas fonctionner.

Selon les auteurs, « il peut sembler incroyable que ces organisations criminelles s’en prennent ainsi aux leurs.  Cependant, même si c’est difficile à expliquer, on constate que les gangs autochtones ne sont pas différents des autres.  La Mafia s’en est d’abord prise aux Siciliens; les Russes aux Ukrainiens; la violence de l’état islamique n’épargne pas les musulmans.  Au risque de paraître cynique, les chances nous paraissent minces pour que l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées consacre un long chapitre de son rapport à la violence entre Autochtones »[1].

On y expose aussi le problème caché derrière les revendications de territoire.  Si ces demandes, comme l’ont fait les Atikamekw au cours des dernières années, peuvent paraître tout à fait légitimes elles cachent cependant une autre intention, celle de pouvoir continuer à franchir les frontières en tout impunité afin de garder à flot les activités criminelles.  Pour ceux et celles qui ont connus l’époque de la Crise d’Oka, ce constat n’aura aucune surprise.  On se souviendra à quel point les Warriors franchissaient facilement la frontière américaine pour ramener des armes d’assaut ou encore pour faire disparaître certains individus.  Caine souligne d’ailleurs à propos de la réserve Kanesatake que « sa géographie représente un atout considérable pour des trafics de toutes sortes.  Les voies d’eau qui l’entourent offrent en effet les liaisons les plus sûres pour qui sait y naviguer de jour ou de nuit.  Ce sont la rivière des Outaouais, les lacs des Deux-Montagnes, Saint-Louis, Saint-François, et le fleuve Saint-Laurent.  Ce territoire de 670 kilomètres carrés (165 000 ac) est devenu un site de transit pour les contrebandiers.  Rien d’étonnant à ce que les Mohawks en réclament la souveraineté, un peu comme l’ont fait en 2015 les Atikamekw sur une vaste partie de la Haute-Mauricie »[2].

Pour une saveur plus romantique, on aborde aussi l’histoire méconnue de Dorinda Sturdy qui, née en 1894, a non seulement travaillé auprès des jeunes autochtones dans les orphelinats mais a aidé plusieurs d’entre eux à prendre la fuite.  Pour plusieurs lecteurs, ce sera là la partie la plus passionnante du livre.

Certes, devant cet ouvrage choc qui en arrive à expliquer une partie de la solution – à savoir que certaines femmes autochtones disparaissent sur le marché international humain – il ne faudrait pas pour autant pelleter le problème uniquement dans la cour des autochtones.  Ce n’est d’ailleurs pas l’intention des auteurs.  Toutefois, l’ouvrage nous force à une réflexion incontournable sur cette situation alarmante et surtout grandissante.

L’histoire est à suivre, puisque les auteurs nous assurent que la rédaction de la suite est déjà entamée.


[1] Le peuple brisé, p. 68.

[2] Ibid, p. 88.

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France Alain: le témoignage de Céline Doyle


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Descente de la rue Belmont.  À gauche, l’immeuble où habitaient France Alain et Céline Doyle en 1982.  C’est au bas de cette rue, sur le coin gauche, que le corps de France fut retrouvé.

Le 7 février 2015, je publiais un article résumant les faits entourant l’assassinat de France Alain, une étudiante sans histoire.  Le drame se passait sur le campus de l’Université Laval à Québec, en octobre 1982.  Le mystère entourant ce crime non résolu a suscité beaucoup de commentaires à la suite de mon article, comme quoi la mémoire de cette jeune victime n’a pas été effacée.  Pour rafraîchir votre mémoire, voici le lien pour lire ou relire cet article qui reconstituait la scène de meurtre : France Alain, une affaire non résolue.

         Plusieurs d’entre vous se souviennent probablement du battage médiatique qu’il y eut ensuite, d’abord lors de l’enquête du coroner, qui s’est ouverte seulement en 1986, et puis le procès intenté à Benoît Proulx, animateur de radio et ancien petit-ami de la victime, quelques années plus tard.  En dépit des rumeurs colportées par les mauvaises langues, Proulx a finalement été blanchi et même dédommagé pour tout ce qu’il a traversé au cours de ces années.  Et malgré cela – la société étant ce qu’elle est – plusieurs personnes continuent de le voir comme un meurtrier.

         Quand j’ai rédigé mon article du 7 février 2015, j’ai redoublé de prudence et surtout d’objectivité.  Pour des raisons qui m’appartiennent je suis convaincu de l’innocence de Proulx.  C’est d’ailleurs la position officielle du système judiciaire.  Avant de remettre en question un tel verdict, il faut des preuves solides.

         Je l’ai déjà dénoncé : il arrive fréquemment qu’on critique le système judiciaire ou le processus des procès criminels sans même connaître le dossier ni ses détails, ce qui donne lieu à des dérapages regrettables ainsi que de l’incompréhension.  Le système judiciaire n’est pas parfait, et c’est particulièrement vrai dans ce cas-ci.

         Pour tenter un exercice de compréhension, il faut se rapporter dans le contexte de 1982.  C’était bien avant les fusions municipales, et Sainte-Foy était contaminée par un corps policier à la rigueur douteuse.  Toutefois, comme j’aime à le croire, j’ose espérer que les éléments pourris représentaient un pourcentage minime au sein de cette force policière.  Ajoutez à cela une justice où tout le monde se connaît et un animateur de radio assez peu rigoureux, on se retrouve avec un drôle de cocktail.  Et pour quiconque possède un minimum de discernement, on sait à quel niveau se situe la valeur de certaines stations de radio de la Vieille Capitale.  Un procès sur la place publique est souvent voué à l’échec.  Si Benoît Proulx acceptait de nous partager son expérience, il serait probablement d’accord avec moi sur ce point.

         Comme j’ai l’habitude de le faire dans mes livres ou encore dans une série d’articles comme Les Faucheurs d’enfants, parue au cours de l’automne 2016, je vous laisserai forger votre opinion, si toutefois vous tenez absolument à en avoir une.  Voilà donc l’exercice que je propose : une série d’articles racontant l’histoire tout en se basant sur le dossier judiciaire, c’est-à-dire l’enquête du coroner.  Celle-ci fait plus de 2 000 pages, ce qui donnera lieu à plusieurs articles.

         Cependant, en raison d’un horaire chargé, il m’est impossible de prévoir les dates des parutions à l’avance.  Pour le moment, je propose donc une première incursion au cœur de cette affaire avec les débuts de cette enquête de coroner, ainsi qu’un premier témoignage entendu sous serment.  Pour ceux et celle que cette affaire passionne, je vous demanderais donc d’être patients.  Je tenterai de publier les articles suivants aussi souvent que possible.

         Après le meurtre de France Alain commis sur le campus de l’Université Laval en 1982, en pleine semaine de lecture, il fallut attendre presque 4 ans avant que l’enquête du coroner s’ouvre au palais de justice de Québec le 12 mars 1986 sous la présidence de Me Pierre Trahan.  Le procureur du ministère public était Me Robert Parrot tandis que Me Lawrence Corriveau représentait les intérêts de Benoît Proulx.

         Dès l’ouverture de son enquête, le coroner Trahan tint à préciser qu’il ne s’agissait pas d’un procès.

  • Alors, je tiens immédiatement à souligner ceci : ce n’est pas un procès ici. Il n’y aura pas la preuve de la Couronne puis la preuve de la défense.  Par contre, une partie intéressée peut soumettre, en vertu de la loi, que ce soit de l’ancienne ou de la nouvelle, peut soumettre au coroner des témoins, des noms de témoins afin qu’il les assigne et il appartient au coroner de décider si, oui ou non, il va de l’intérêt de la cause de les assigner.  C’est à lui de décider si ces témoins pourraient l’éclairer.

Avant même le début des témoignages, on déposa quelques pièces à conviction, à commencer par le certificat de décès de France Alain signé par le Dr Picard Marceau du Centre Hospitalier de l’Université Laval (CHUL), à Sainte-Foy.  La formule d’identification de la victime fut admise en preuve sous la cote C-2, identification faite par Fernand Alain le 25 octobre 1982.  Sous la cote C-3, on accepta en preuve le rapport d’autopsie réalisé par le Dr George Miller.

Puis on demanda aux témoins assignés dans cette cause de se retirer dans une autre salle afin de ne pas entendre ce que les autres avaient à dire.  Et ainsi on appela le premier témoin, Jules Gingras, 45 ans, sergent à l’identité judiciaire de la police de Sainte-Foy.  C’est lui qui avait été chargé de prendre les photos de la scène de crime le 25 octobre 1982, à l’intersection des rues Chapdelaine et Belmont.  Ainsi, il présenta une série de photos prises entre 22h00 et minuit.  Malheureusement, il m’est impossible de vous présenter ces clichés puisque les photographies judiciaires n’ont pas été déposées dans le dossier relatif à l’enquête du coroner et conservé à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

D’après le témoignage de Gingras, on sait cependant que l’une de ces photos représentait le coin sud-ouest de l’intersection Chapdelaine et Belmont.  En plus de ces images, on retrouvait des radiographies du corps de la victime, ainsi que des clichés de l’intérieur et de l’extérieur de la station de radio CHRC, là où travaillait Benoît Proulx à l’époque du drame.

À la demande de Gingras, la police de Sainte-Foy avait également élaboré un plan des lieux.  Puisque Me Corriveau n’eut aucune question pour le témoin, Gingras fut libéré.  C’est alors qu’on appela Céline Doyle, une jeune femme de 28 ans.

Tout d’abord, Me Parrot établit avec le témoin qu’en 1982 elle habitait dans l’appartement 110 de l’immeuble situé au 2175 Chapdelaine, c’est-à-dire le même qu’occupait France Alain.  Le logement de Doyle se situait au rez-de-chaussée.

  • Le soir du 25 octobre 1982, reprit Me Parrot, est-ce qu’à un certain moment donné votre attention a été attirée par un bruit quelconque?
  • Vous étiez à ce moment-là à quel endroit lorsque vous avez entendu un bruit?
  • Dans mon appartement.
  • Vos fenêtres et portes donnent accès à quel endroit?
  • Sur le balcon qui se trouve vis-à-vis, en face de la rue Chapdelaine.

Sur l’une des photos déposées par le policier Gingras, le procureur lui demanda d’identifier le balcon en question.

  • Quel genre de bruit avez-vous entendu?
  • Un coup.
  • Un coup?
  • Un coup qui se trouvait … mon appartement était fait en forme de L … Alors ça se trouvait, mettons qu’on dit, qu’on voit un L, c’est dans la … ça se trouvait être dans la direction opposée, le coup, du coup qui venait.
  • Vous pensiez que le coup provenait du sens opposé?
  • Donc, il provenait de l’arrière de votre bloc-appartements?
  • Toujours de la rue Chapdelaine.
  • De la rue Chapdelaine?
  • Au moment où vous entendez ce bruit-là, qu’est-ce que vous faites?
  • La première chose que j’ai faite c’est d’aller voir à la fenêtre mais c’était tellement noir que je n’ai rien vu. J’avais une porte-patio, alors comme le coup me semblait venir de l’autre côté, je me suis habillée puis j’ai sorti dans le portique pour voir qu’est-ce qu’il y avait parce que j’entendais des gémissements, des pleurs.  Comme si un enfant avait pleuré puis on lui avait mis la main dans la bouche pour l’empêcher de …  J’ai cru que c’était quelqu’un qui … un enfant qui … quelqu’un qui avait frappé le mur de la maison, assez violemment.
  • C’est assez violemment, le bruit était assez fort?
  • Très fort.
  • Il est à peu près quelle heure à ce moment-là, madame Doyle?
  • Environ … 19h00. Moins dix, peut-être.
  • Alors, à ce moment-là, madame Doyle, vous êtes sortie par la porte qui se trouve être … à donner accès sur Belmont ou sur Chapdelaine?
  • Ma porte d’appartement. Je suis sortie dans le … par le corridor puis j’ai été dans le portique qui se trouve être du côté de Chapdelaine.  Je ne suis pas sortie à l’extérieur.
  • Non, mais vous êtes allée dans le portique?
  • Puis j’ai regardé par la fenêtre.  Je pense, j’ai ouvert la porte mais c’est trop loin … je ne me souviens plus.
  • Est-ce que vous avez à ce moment-là, entendu quelque chose, au moment où vous allez à cette porte-là?
  • J’entendais tout le temps pleurer. J’entendais ça tout le temps.  Puis à un moment donné, quand j’ai vu qu’il n’y avait rien, j’ai dit, mon Dieu, ils l’ont ramassé, quelque chose.  Là, je suis retourné chez moi.
  • Je comprends qu’à cette époque-là c’était sombre ce coin-là?
  • C’était très noir.
  • Lorsque vous vous êtes rendue à la porte dans le portique en question, à la porte donnant accès à l’immeuble, est-ce que vous avez vu des gens à proximité?
  • Pas du tout.
  • D’autres bruits?
  • Pas du tout.
  • Voitures? Motocyclettes?
  • Je l’aurais entendu parce que je l’entendais pleurer puis j’ai de très bonnes … j’ai des bonnes oreilles.  J’aurais entendu un bruit d’auto.
  • Est-ce que vous avez eu connaissance que, par la suite, il s’est passé quelque chose?
  • Non, parce que j’ai été une des premières sur les lieux. Il n’y avait personne.
  • Mais après, quand vous dites que vous étiez une des premières sur les lieux, est-ce que vous êtes ressortie à un moment donné?
  • Vous êtes sortie?
  • Avant, il y a deux personnes qui sont venues me chercher.  Deux dames qui sont venues me chercher.  Là, j’ai appelé la police et je suis sortie tout de suite.
  • Combien de temps entre le moment où vous avez entendu le bruit, le coup très fort, combien de temps s’est-il passé approximativement entre l’audition de ce bruit-là et le moment où vous avez appelé la police de Sainte-Foy, à peu près?
  • 3 minutes, environ.
  • Ça pourrait être 5, ça pourrait être 2?
  • Non, ça ne pourrait pas être 5.
  • C’est 3 minutes au maximum?
  • À peu près, oui.
  • Ces dames-là sont allées vous voir et vous ont demandé d’appeler la police?
  • Ils m’ont dit qu’il y avait quelqu’un qui s’était … qu’ils avaient trouvé quelqu’un qui était étendu par terre. Alors moi, j’ai conclu que c’était un accident.  J’avais entendu le coup, alors j’ai appelé tout de suite la police sans que … ils cherchaient un téléphone.
  • Est-ce que vous êtes sortie de votre appartement pour vous rendre, en compagnie de ces dames, auprès de la personne en question?
  • Et qu’est-ce que vous avez vu? Qu’est-ce que vous avez constaté quand vous êtes arrivée à cet endroit, au coin de Chapdelaine et Belmont?
  • J’ai constaté … la première chose que … la façon qu’elle était étendue puis aussi que c’était tellement noir, qu’elle aurait pu passer la nuit là.  Si elle n’avait pas eu la pinte de lait en question, personne ne l’aurait jamais trouvée.

Rappelons qu’au moment d’être atteinte par un tir d’arme à feu, France Alain revenait avec un sac de victuailles dans les bras.  Parmi ces articles se trouvait une pinte de lait.

  • Il y avait une pinte de lait qui était à proximité de là …?
  • Il y avait des choses sur le trottoir et tout ce qu’on voyait c’était le bout de ses souliers, puis c’était … c’était noir. Puis là, je l’ai … j’avais amené une couverte, j’ai …
  • Est-ce que la personne en question, vous avez pu en déterminer l’âge à ce moment-là, à peu près?
  • Les jeunes filles m’avaient dit « un enfant », puis moi j’ai vu que ce n’était pas … qu’elle était un peu plus vieille.
  • Est-ce qu’elle parlait?
  • Non, elle ne parlait pas.
  • Elle vous semblait encore vivante?
  • Oui, elle était vivante. Elle avait des … beaucoup de bruits dans la gorge, elle semblait très congestionnée.  Alors, ce que j’ai fait, c’est de lui tourner un peu la tête puis lui ouvrir la bouche, c’est tout.  Puis elle gémissait.
  • Est-ce que ça a pris beaucoup de temps avant que les policiers arrivent sur les lieux?
  • Ah non.
  • À peu près combien de temps?
  • Moins de temps que le temps qu’il y a entre les …
  • Moins de 3 minutes, si je comprends bien?
  • Ça été très rapide.
  • Est-ce que d’autres personnes se sont regroupées auprès de vous et les deux autres femmes pour constater qu’est-ce qui se passait sur le coin de la rue à ce moment-là?
  • Je ne m’en souviens pas mais je crois que la police est arrivée avant qu’il y ait des gens qui …

Me Parrot la coupa en annonçant ne plus avoir de question pour le témoin.  Pour sa part, Me Corriveau expliqua n’avoir aucune question pour Céline Doyle.  La jeune femme, toujours aux études, put donc se lever et retourner vaquer à ses occupations.

À suivre …


Source :

Enquête du coroner concernant le décès de France Alain, 1986, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

Le mystérieux décès de Jean J. Crête


screenhunter_309-oct-20-15-18         Puisque l’histoire judiciaire est un domaine si vaste, c’est un lecteur qui a porté à mon attention le sujet du présent article.  Le blogueur Daniel Laprès (Glanures historiques québécoises) m’a fait découvrir le personnage de Jean J. Crête, une figure importante de la Mauricie.

Plus particulièrement, ce qui étonne dans l’histoire de cet homme d’affaire est sa fin tragique.

         Si quelques auteurs ont soulignés l’importance du personnage dans l’économie de la région, bien peu, voir aucun, ont osés aborder de front les circonstances de sa mort.  Et à notre connaissance, les détails de l’enquête du coroner n’ont jamais été publiés.  Dans la récente publication de la Société de généalogie du Grand Trois-Rivières, un article que Rollande Lambert consacre à Crête en fait foi.  On y évoque sa mort, mais sans entrer dans les détails.

         Selon Jacques Coulon, qui consacra un article à Crête dans Perspectives en décembre 1962, le personnage aurait fortement contribué au développement économique en ouvrant des chemins et en construisant des camps de bûcherons.  Bref, le nom de Crête fut longtemps synonyme de création de milliers d’emplois pour des hommes qui n’avaient pas peur de transpirer et de se faire bouffer par les maringouins.

         Celui que Coulon surnommait le roi de la Mauricie aurait eu jusqu’à 4 000 ou 5 000 employés en 1952.  Il avait brassé des millions de dollars.  Je ne m’attarderai toutefois pas à sa biographie d’homme d’affaire, mais plutôt aux circonstances étranges de son décès.  Il est d’ailleurs étonnant que ce sujet n’ait pas davantage attiré l’attention plus tôt.  Et pourtant, l’affaire mérite qu’on s’y attarde, même un demi-siècle plus tard.

         N’écoutant que mon désir d’aller au fond des choses, je me suis d’abord rendu le 16 septembre dernier dans les locaux de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) à Trois-Rivières, où j’ai retracé l’enquête du coroner concernant la mort de Crête.  Ces quelques pages risquent-elles de remettre au goût du jour un mystère judiciaire que l’on croyait mort et enterré?

         Selon une base de données généalogique, Jean J. Crête serait né le 8 avril 1890, alors que le dossier du coroner parle plutôt de 1888.  Quant à sa femme, Cécile Rouleau, elle avait vu le jour le 6 novembre 1894.

         Le 15 octobre 1967, vers 20h30, Crête et son épouse se mirent au lit, à l’étage de leur somptueuse résidence de la 4ème avenue à Grandes Piles.  Peu après, comme il en avait l’habitude, leur chauffeur Paul-Émile Baribeault, 53 ans, rentra chez lui, au 700 Boulevard Ducharme à Grandes Piles.  Baribeault, qui travaillait pour eux depuis maintenant 26 ans, s’assura d’avoir tout verrouillé derrière lui avant de rentrer.

         Vers 22h00, trois voleurs fracassèrent la vitre d’une porte donnant accès au garage.  Une fois à l’intérieur, les individus montèrent à l’étage, jusqu’à la chambre à coucher du couple âgé.  Selon le rapport de police[1], Crête tenta de se lever pour s’interposer mais l’un des brigands l’assomma d’un coup de barre de fer.  D’après le témoignage que Mme Crête fera plus tard aux enquêteurs, il n’y avait que deux hommes dans leur chambre.  L’un était armé d’un revolver, tandis que l’autre transportait un objet contondant ressemblant à une barre de fer.

         Dans la foulée, les bandits demandèrent à Mme Crête de leur révéler l’endroit où elle cachait son argent.  Lorsque celle-ci répliqua qu’il n’y en avait pas, ils se mirent à fouiller partout.  Ainsi, leur ténacité leur permit de trouver, dans un tiroir, la somme de 6 100.00$ en billets de 100$, ainsi que plusieurs bijoux tels que colliers, boucles d’oreille, broches et un pendentif sertis de diamants appartenant à leur fille.

         Le fait que ces voleurs n’aient pas tenu compte du commentaire de Mme Crête prouverait-il le fait qu’ils se soient bien renseignés sur la fortune des Crêtes?

         Quoi qu’il en soit, on força la vieille dame à descendre à la cuisine, où elle dut leur donner ses bijoux, incluant une montre de marque Green d’une valeur de 3 500$, une bague avec solitaire de 4 carats estimée à 8 000$, et un jonc serti de diamants évalué à 2 000$.  Comme si tout avait été soigneusement planifié, on lui demanda de fournir la clé qui donnait accès à un coffret de sûreté de la Banque Nationale de Grand-Mère, et deux revolvers datant du 19ème siècle[2].

         Finalement, les deux bandits sortirent de la maison avant de couper le fil du téléphone.  Le montant total du vol fut estimé à 30 000$.

         Le silence revenu autour d’elle, Mme Crête retourna à l’étage pour tenter de réanimer son mari, toujours assommé.  Elle lui retira ses liens, après quoi elle se précipita à l’extérieur pour se diriger chez Baribeault.  Il était environ 23h30 lorsque celui-ci lui ouvrit sa porte.  Après avoir contacté la police, il raccompagna Mme Crête jusque chez elle.

         Les enquêteurs Lavoie et St-Louis de l’Escouade des vols à main armée de Montréal rencontrèrent la vieille dame vers minuit.  Celle-ci leur décrivit les deux individus : des hommes d’environ 30 ans, mesurant 5 pieds et 8 pouces et pesant 150 livres, des cheveux bruns peignés sur le côté.  Interrogé par les enquêteurs, Baribeault n’avait aucune idée sur l’identité possible de ces criminels.  « Rares étaient les gens qui pouvaient s’introduire à l’intérieur à l’exception de sa fille Angèle avec son ami qui venait les visiter une fois par année environ », écrira l’enquêteur Pothier dans son rapport pour faire suite aux propos du chauffeur.

         Pendant ce temps, Jean J. Crête était transporté d’urgence à l’hôpital, où il fut immédiatement examiné par le Dr René Robert, qui l’envoya ensuite en consultation chirurgicale auprès du Dr Jacques Gagnon.  Le blessé présentait des contusions multiples à la région temporale gauche, à l’oreille gauche, aux lèvres, et avait de la difficulté à articuler sa mâchoire inférieure.  Il portait également des contusions aux mains et aux bras.  Le Dr Gagnon lui prescrit aussitôt du Demerol et de l’Atropine.  Et sous anesthésie générale, il lui replaça partiellement sa luxation de la mâchoire.

         Le lendemain, 16 octobre, les enquêteurs poursuivirent leur quête d’informations en rencontrant des voisins, dont Donat Vaugeois, 80 ans, qui n’avait rien entendu.  Les enquêteurs constatèrent la présence d’une haie d’une hauteur de trois pieds qui aurait pu couvrir les voleurs.

         Lorsque l’enquêteur Pothier rencontra Claude Bordeleau[3], un étudiant de 17 ans, il semble que l’enquête prit une autre avenue.  Peu de temps avant le braquage, c’est-à-dire vers 21h30, Bordeleau avait vu, alors qu’il revenait à pied du restaurant Vaugeois, une automobile s’arrêter près de lui.

  • Connaissez-vous Jean O. Crête?, lui avait alors demandé le conducteur.
  • Jean J. Crête?, proposa plutôt Bordeleau.
  • Oui, c’est ça.

Du doigt, Bordeleau lui avait indiqué où se trouvait la maison de Crête.  L’étudiant précisera à l’enquêteur qu’il avait aussi remarqué la présence d’une jeune femme dans la voiture, assise au centre sur la banquette avant, entre le conducteur et un autre homme.

Fait encore plus intéressant, Bordeleau avait mémorisé une partie du numéro de la plaque d’immatriculation et dira à Pothier qu’il s’agissait du 9?-254?.  Selon lui, le véhicule était un Chevrolet ou un Oldsmobile d’une année située entre 1959 et 1962.  Il était de couleur pâle avec un toit noir.  Le conducteur lui était apparu comme étant âgé d’environ 30 ans et aux cheveux foncés, alors que la fille avait des cheveux blonds courts, âgée entre 28 et 30 ans.  Puisque les enquêteurs soupçonnaient déjà la fille de Crête, pour des raisons que nous verrons bientôt, on le questionna sur le sujet.  Toutefois, l’adolescent expliqua que la fille de l’auto ne ressemblait pas à Angèle Crête Paré, la fille de Jean J. Crête.

         Johnny Gauthier, un rentier de 86 ans habitant sur la même rue que les Crête, confirma avoir vu une voiture gris pâle avec toit noir le soir du 15 octobre.  Selon lui, quelqu’un attendait, assis derrière le volant, pendant que le moteur tournait.  Une dizaine de minutes plus tard, il avait vu deux hommes revenir en courant vers le véhicule tout en tenant quelque chose dans leurs mains.  Les trois suspects s’étaient ensuite éloignés en direction de Grand-Mère.

À partir de ces nouvelles informations, la police creusa la piste de cette plaque minéralogique partielle et découvrit qu’une plaque portant l’inscription 9F-2545 immatriculée au Québec pour l’année 1967 avait été rapportée volée le 13 octobre par un dénommé Spencer, un homme qui habitait sur la rue Théoret à Brossard, en banlieue de Montréal.  Voilà qui conduisit les enquêteurs chez Angèle Crête, 35 ans (bientôt 36 puisqu’elle est né le 27 octobre 1931), épouse de Maurice Pagé.  En fait, Angèle s’était séparée de son mari et cohabitait maintenant avec un certain Alfred Dionne au 149A Boulevard des Prairies à Laval.  Elle était la belle-fille du Dr Antonio Pagé mais surtout la fille de Jean J. Crête.

         Par la suite, les enquêteurs se tournèrent vers les suspects, d’abord en rencontrant Alfred Dionne, un jeune homme de 33 ans, qui leur avoua vivre en concubinage avec Angèle Crête depuis maintenant 6 ans.  « Elle est alcoolique et il en est de même pour lui », écrira l’enquêteur Pothier.  « Elle reçoit une pension de son père, le plaignant, de $300.00 par mois et dimanche le 15 octobre 1967, ils ne sont pas sortis de la maison ».  Voilà ce qu’était leur alibi.

         De plus, Dionne affirma avoir passé sa soirée du 12 octobre à se souler la gueule à la taverne Rendez-vous et qu’à son retour, au moment de grimper l’escalier, il avait reçu un violent coup de pied dans l’estomac – qui lui vaudra deux côtes fracturées – par un inconnu qui sortait en trombe de chez lui.  En fait, il expliquera que des bandits avaient investis son logement pour voler sa télévision couleur et battre sa copine.  Bien sûr, il se dira incapable de décrire les voleurs en raison de sa cuite et de la noirceur.  Il ajoutera à propos d’Angèle, que lorsqu’elle était beurrée elle se plaisait à dire que son père était riche.  Bien sûr, Dionne laissait clairement entendre que des hommes mal intentionnés auraient pu ainsi soutirer les informations expliquant pourquoi les voleurs du 15 octobre étaient aussi bien renseignés.

         Cherchait-il à orienter l’enquête?  Les détectives ont-ils jugés que cette piste était plausible?

         Rencontrée à son tour, Angèle corrobora le vol de la télé au soir du 12 octobre.  Bien entendu, elle se disait trop grisée pour avoir noté quoi que ce soit de valable.  Cependant, elle tint à préciser que le 15 octobre elle avait téléphoné chez ses parents pour prendre des nouvelles de l’état de santé de son père.  Ce fait sera d’ailleurs confirmé par Mme Crête.

         Les policiers ciblèrent rapidement trois suspects : André Boivin[4], un vendeur qui habitait au 9633 Iberville à Montréal; Jean-Guy Sauvé un journalier ayant pour adresse le 7115 Delanaudière[5]; et Marcel Lawrence[6] du 1820 Visitation, toujours à Montréal.  Michel Laurier[7], du 7348 St-Hubert, fut également rencontré.  Ce dernier n’aurait pas nié l’existence d’une « bande » organisée, puisque l’enquêteur écrivit à propos de Laurier que « le prénommée [sic] nie avoir commis ce vol à Grandes Piles et ajoute que la bande ne travaillait que dans la région de Montréal[-]Nord ».

         Le 19 octobre 1967, on procéda à une perquisition chez Angèle Crête et Alfred Dionne, mais sans aucun résultat probant.  Le lieutenant-détective Pierre Drolet de Laval confirma d’ailleurs avoir reçu une plainte pour téléviseur volé dans leur logement, ce qui, semble-t-il, confirmait leur histoire.

         Un mois plus tard, un autre épisode s’ajouta à cette histoire de plus en plus rocambolesque.  Le 17 novembre, Angèle Crête fut retrouvée morte chez elle « des suites d’abus de boisson alcoolique et de drogues et la police de Ville Laval fait enquête mais l’autopsie n’a rien révélé de criminel », écrira le détective Pothier.  Trois jours plus tard, le père d’Angèle s’éteignait à son tour.

         Le 21 novembre 1967, vers 20h00, la police procéda à une parade d’identification (line-up) avec les personnes suivantes : André Beaudoin, Antonio Liparie, Jean-Guy Sauvé, Marcel Lawrence, Michel Satel et Michel Laurier.  « Le témoin Claude Bordeleau n’a pas identifié aucun des six suspects », écrira l’enquêteur.

         L’affaire semblait déjà tirer à sa fin, puisque la veille de cette parade, à 2h30 de la nuit, Jean J. Crête s’éteignait à l’hôpital Laflèche de Grand-Mère alors qu’il était sous les soins du Dr René Robert.  Étant donné les circonstances qui s’accumulaient depuis le braquage de son domicile, une enquête de coroner s’imposait, principalement pour déterminer si le décès de ce richissime homme d’affaire avait un lien avec l’agression.  Si oui, l’enquête pour vol risquait d’en devenir une de meurtre.

         C’est le coroner André Poisson, M. D., qui se chargea de cette tâche.  Son rapport ne manque pas de rappeler les circonstances du cambriolage et des blessures causées ce soir-là, mais il souligna également que Crête avait déjà été traité pour des problèmes cardio-pulmonaires chroniques et des complications pulmonaires.  Ces constatations le poussèrent à écrire ceci : « un état de dénutrition progressif s’installa et les complications pulmonaires furent rebelles à la médication usuelle.  La nouvelle de la mort subite de sa fille survenue le jeudi 16 novembre lui causa un choc et une peine qu’il ne put surmonter au point que sa nutrition par suite d’une insuffisance alimentaire aggrava cette condition pulmonaire et générale qu’il ne put vaincre ».

         Le coroner Poisson justifia le fait d’avoir contacté la Sûreté provinciale parce qu’une enquête était déjà ouverte et que le sergent Pierre Roy avait été averti du décès.  Roy avait d’ailleurs suggéré au coroner de communiquer avec le ministère de la Justice, « qui ordonna un examen interne conformément à la nouvelle loi des Coroners ».

L’autopsie fut pratiquée le jour même par le Dr Jean-Paul Valcourt.  Voici ses conclusions :

« Selon les constatations faites il m’a paru évident que le décès devait être attribué à une insuffisance cardio-respiratoire : début de broncho-pneumonie droite; amphysème [sic] diffus; ischémie myocardique et antérosclérose [sic] coronarienne intense; un certain degré de sténose et d’insuffisance des valvules mytrales [sic] et aortiques.  Les phénomènes de deshydratation et de dénutrition ont sûrement été des facteurs importants contribuant au décès.  Par ailleurs il est à noter qu’il y a eu contusions à la tête gauche.  « À une date difficile à préciser avec les seuls [sic] donnés [sic] de l’autopsie ».  Il y a également les fractures (2) des côtes gauches inférieures pouvant dater de plus d’un mois.  Il y aurait eu également luxation (prouvé cliniquement) du maxillaire gauche.  Tous ces traumatismes, même mineurs en eux-mêmes ont pu, d’une façon indirecte, être parmi les fractures hâtant le décès.  L’hospitalisation d’une personne âgée souffrant des maladies précédemment décrites (cœur et poumons) peut amener les complications mentionnées.  En somme, à mon avis, les mauvais traitements reçus n’ont pu que précipités [sic] indirectement l’état pathologique grave sous-jacent ».

         Sa dernière hospitalisation remontait à une dizaine de mois et depuis, dira-t-on, il avait perdu beaucoup de poids.

         Après avoir discuté avec le sergent Pierre Roy, le coroner Poisson prit la décision d’éviter la véritable enquête de coroner.  Ce décès resterait donc un simple cas de recherche, comme on le disait à l’époque.  Selon lui et les résultats de l’autopsie, il n’y avait pas assez d’éléments pour entraîner un verdict de responsabilité criminelle, ce qui aurait pu, par exemple, ouvrir la porte à un procès pour homicide.  Encore fallait-il des accusés!

         Évidemment, un demi-siècle plus tard, la ligne reste bien mince entre la cause de décès naturel et le crime grave.  Y a-t-il lieu de ressusciter de vielles questions et d’entretenir le mystère?

         Malheureusement, il est impossible d’interroger Angèle Crête.  Elle a peut-être emporté son secret dans la mort.  Toutefois, il semblait bien exister une bande de cambrioleurs autour d’elle.  Et que dire de cette plaque correspondant aux chiffres relevés par le jeune Bordeleau?  Était-ce une simple coïncidence?

         Même si le Dr Valcourt, un pathologiste compétent qui a d’ailleurs travaillé sur l’affaire Denise Therrien à Shawinigan, mentionnait cette étrange réflexion à propos du fait que « tous ces traumatismes, même mineurs en eux-mêmes ont pu, d’une façon indirecte, être parmi les fractures hâtant le décès », on doit se ranger derrière son avis d’expert et abandonner l’idée selon laquelle la mort de Jean J. Crête fut un meurtre.

         Quoi qu’il en soit, on ne peut certainement pas s’empêcher de se questionner.  D’ailleurs, le cambriolage n’a, paraît-il, jamais été élucidé.  Et la mort de sa fille dans tout cela?  Une overdose qui survient à la mi-trentaine cache-t-elle quelque chose?

Dans la conclusion de son rapport, l’enquêteur Pothier nous laisse sur cette idée : « Dans cette enquête, les indices fournis par les témoins ne peuvent nous aider pour le moment à éclaircir ce vol étant donné qu’ils ne peuvent identifiés [sic] aucun suspect.  Je crois préférable de classer ce dossier pour le moment et si plus tard d’autres informations nous parvenaient et qui seraient susceptibles d’éclaircir cette affaire […] ».

         Paul-Émile Baribeault, le chauffeur privé des Crête, s’éteignit à Cap-de-la-Madeleine le 22 mai 1977.

         Cécile Rouleau, l’épouse de Jean Crête, mourut le 1er octobre 1971.

         Alfred Dionne, le copain ivrogne d’Angèle Paré-Crête, s’est éteint le 5 octobre 1995 à Montréal.  Il avait 61 ans.


Bibliographie

Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Trois-Rivières.  Enquête du coroner sur le décès de Jean J. Crête, 1967.

Coulon, Jacques. « Jean J. Crête, le roi de la Mauricie », Perspectives, 1er décembre 1962, [en ligne], http://pages.videotron.com/ycrete/jean-j1.html

Laprès, Daniel.  Correspondance privée.  [courriel]

[1] Rapport de Miville Lavoie (matricule 3041) et du caporal André St-Louis (2460) de l’Escouade des vols à main armée de Montréal, Sûreté provinciale.

[2] Selon l’enquêteur Lavoie, ces armes étaient de collection et avec un mécanisme nécessitant un chargement par la bouche du canon et avec des crosse chromées.  Il devait certainement s’agir de revolvers Colt de type cap and ball, comme des Colt Navy ou Dragoon par exemple.

[3] Bordeleau est né le 9 mai 1950.  À l’époque du drame, il habitait au 684 de la 4ème Avenue, donc à quelques pas des Crête.

[4] Né le 10 mars 1939.

[5] Sauvé est né le 28 juin 1937.  Il est décédé le 14 juin 1991 à Laval.  Il était âgé de 53 ans.

[6] Lawrence est né le 16 décembre 1947.

[7] Né le 25 octobre 1944.

La famille officialise la mort de Marie-Paule Rochette


ScreenHunter_720 May. 19 16.45            Cette semaine, dans plusieurs journaux québécois, paraîtra un avis de décès plutôt singulier. Sophie[1] a pris la décision de faire publier un avis de décès pour officialiser la mort de Marie-Paule Rochette, qui serait, selon elle, la fameuse victime de meurtre repêchée dans la rivière des Prairies le 5 octobre 1953. Bien que notre enquête n’ait toujours pas permis de découvrir le moindre document confirmant la disparition ou le décès de Marie-Paule Rochette, Sophie a jugé qu’il était temps de lui rendre ce fragment de justice en publiant ce tout premier avis de décès. En officialisant sa mort, près de 63 ans plus tard, la famille espère lui rendre son identité et, peut-être, susciter un dernier appel à témoin. Qui sait!

Le jeudi 11 août dernier, j’ai accompagné Sophie au bureau du coroner afin de faire le point. La rencontre fut enthousiaste et très cordiale, mais sans pour autant fournir de garantie qu’on puisse un jour retrouver les restes de la victime de 1953. L’évolution des méthodes administratives ayant beaucoup changé à travers le temps, il nous est impossible pour l’instant de retracer un registre ou quelconque document nous permettant de localiser ce qui reste de la dépouille.

Le projet de Sophie de pouvoir inhumer les restes de Marie-Paule avec les siens à Québec le 22 août doit donc être reporté. Néanmoins, elle souhaite partager avec vous l’intégrale de l’avis de décès composé par une membre de la famille et qui sera publié cette semaine dans plusieurs journaux de la province, dont Le Soleil, Le Nouvelliste, La Presse, Le Journal de Québec, Le Journal de Montréal ainsi que certains autres. Voici donc l’avis tel qu’il sera publié :

Extrait du livre d’Andrée Lebel, 1954, page 37 : « Aujourd’hui, on se demande encore qui était la noyée de la rivière des Prairies. On n’a jamais su ce qu’elle faisait, qui elle connaissait, où elle allait, d’où elle venait et sous quel nom elle était connue de son vivant.»

À Montréal, le 5 octobre 1953, à l’âge de 34 ans, fut retrouvée décédée tragiquement dame Marie‑Paule Rochette‑Chénier, auparavant de l’Armée canadienne.

Madame Rochette était l’épouse d’Hervé‑Ferdinand Chénier, de Québec, né le 9 février 1920, de la Gendarmerie Royale du Canada. Le couple s’est marié le 15 décembre 1945 en l’église St‑Dominique, à Québec, entourés des leurs.

Marie-Paule Rochette est née à Québec le 12 août 1918. Elle était la fille de dame Éva Martel et du Sergent Narcisse Rochette, vétéran exemplaire lors de la Première Guerre mondiale, au sein du Régiment Voltigeur de Québec.

Elle était la sœur de Simone Rochette, de Patricia Rochette‑Roy (Dr Antoine Roy), de Juliette Rochette-Tremblay (Paul Tremblay de l’ONU), de Gaston Rochette, de la Marine américaine et de Raymond Rochette, vétéran décoré de la Seconde Guerre mondiale au sein de la Marine canadienne.

Marie-Paule Rochette laisse dans le deuil sa sœur cadette Marie‑Claire Rochette‑Beaumont, ses neveux (feu Louis Rochette), Benoît Beaumont et Stéphane Rochette, et sa nièce Patricia Rochette (leur mère Jacqueline Lamontagne-Rochette).

Le 22 août 2016, une parole sera prononcée en sa mémoire, à l’emplacement du lot familial, au Cimetière St‑Charles à Québec et suivie, sine die, de son inhumation.

Que Dieu ait son âme.

Patricia

Je tiens à remercier l’auteur Éric Veillette, pour son appui.

Toute information complémentaire peut être acheminée à ce dernier à eric.veillette@hotmail.ca et/ou au Service du Module enlèvements et disparitions, de même qu’au Service des projets d’enquêtes spécialisées, de la Sureté du Québec. http://www.sq.gouv.qc.ca

Rappelons que le corps d’une femme ligotée et étranglée fut repêché dans la rivière des Prairies au matin du 5 octobre 1953. En dépit du fait que la police de l’époque avait demandé l’aide du public via les journaux, en plus d’une publication des mâchoires de la victime dans les pages d’Allô Police, le corps n’a jamais été officiellement identifié ni réclamé. Et aujourd’hui, malgré l’excellente collaboration des autorités concernées, les restes de cette victime sont introuvables.

Selon Sophie, ce corps serait celui de sa tante Marie-Paule Rochette, qu’elle n’a malheureusement pas eu la chance de connaître. Née en 1918, elle serait aujourd’hui âgée de 98 ans si elle était toujours vivante. Or, Sophie maintient qu’elle a disparu quelques mois avant la macabre découverte de la rivière des Prairies. Tout au long de son enfance et de son adolescente, elle a intercepté certaines conversations appuyant la thèse qu’elle présente aujourd’hui. De plus, la peur expliquerait ce silence de plusieurs décennies avant qu’une membre de la famille – en l’occurrence Sophie[2] – se décide à lancer des recherches sérieuses.

Comme on l’a vu dans un précédent article, l’hypothèse veut que le corps ait pourtant été identifié peu de temps après sa découverte par un membre de la famille, ainsi que par le dentiste Chaloult de Québec. Ce dernier aurait reconnu Marie-Paule Rochette par sa dentition.

Mais voilà! Cette hypothèse, bien que vraisemblable et très intéressante, manque cruellement de preuve pour l’instant. Aucun document ne confirme cette identification, ni même le décès de Marie-Paule ou sa disparition. Même les photos de cette beauté se font d’une rareté inquiétante.

De plus, Sophie continue de me rappeler qu’une série de documents qu’elle a souvent consultée par le passé, aurait été détruite.

Malgré tout, la recherche se poursuit car il reste encore deux pistes à explorer.

Pour en savoir davantage sur l’affaire Rochette, je vous invite à consulter les articles que j’ai consacrés à ce dossier à l’adresse suivante :

https://historiquementlogique.com/category/1900-1999-20eme-siecle/affaires-non-resolues/affaire-rochette/

 

[1] Nom fictif.

[2] Notons au passage qu’un frère de Sophie avait déjà tenté de faire bouger les choses au cours des années 1990.

Le meurtre non résolu d’Alice Paré


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Alice Paré

Alice Paré est née le 4 janvier 1957. En 1971, on la décrivait comme une jeune fille de 14 ans plutôt « fluette » de 70 livres et mesurant 4 pieds et 5 pouces. Elle habitait alors avec ses parents au 667 boulevard Mercure, à Drummondville. On la considérait comme une étudiante modèle et très rangée.

 

Le mercredi 17 février 1971, Alice se rendit à son cours de flûte traversière au CEGEP de Drummondville, au pavillon de musique Gilles Fortin, situé au 466 rue Saint-Jean. Le cours devait avoir lieu de 17h30 à 18h00, mais elle se présenta en retard d’une dizaine de minutes. Le professeur, Marcel Saint-Jacques, n’avait pu attendre plus longtemps et il était parti. Déçue, Alice emprunta 5¢ à Louise Larocque, une amie de son âge, et une autre pièce de même valeur à Jean Vanasse, 19 ans.

En sortant du pavillon, Alice traversa la rue St-Jean pour entrer dans une cabine téléphonique avec l’intention de téléphoner à sa mère afin que celle-ci vienne la chercher. Malheureusement, le téléphone était en panne, ce qui l’obligea à revenir au pavillon de musique. Discutant quelques minutes avec Louise Larocque, elle aurait parlé de son intention de retourner chez elle à pied. « Elle a même expliqué à son amie la route qu’elle suivait toujours pour rentrer à la maison, soit une marche d’environ un mille (1,6 km), en passant par la rue Saint-Jean, Lindsay et boulevard Mercure »[1].

Vers 17h50, Alice sortit en saluant sa copine, son instrument de musique à la main. On ne devait plus jamais la revoir vivante.

Une demi-heure plus tard, l’inquiétude poussa Mme Paré à se rendre en voiture au CEGEP pour y apprendre qu’Alice avait finalement quitté par ses propres moyens.

Peu de temps après la disparition, la rumeur circula selon laquelle Alice aurait été enlevée. Les parents finirent d’ailleurs par s’en convaincre, d’autant plus que la thèse de la fugue ne faisait aucun sens.

03         Le 26 avril, vers 12h45, trois jeunes travailleurs[2] qui circulaient en automobile dans le 3ème rang de Sainte-Clothilde, près de Victoriaville, s’arrêtèrent en voyant quelque chose à une soixantaine de pieds de la route, au pied d’un arbre. Sortant de la voiture, ils marchèrent jusqu’à cette chose qui s’avéra être le corps d’une jeune fille. Selon Allô Police, elle était défigurée et portait des bottes blanches.

Rapidement, des policiers de la Sûreté du Québec débarquèrent sur les lieux pour examiner minutieusement la victime. En peu de temps, le corps fut identifié comme celui d’Alice Paré. La pauvre portait encore l’uniforme de son école Jeanne-Mance de Drummondville; « un chandail à col roulé jaune, une jupe en lainage vert, des bas-culottes et des bottes blanches »[3]. Le corps avait été abîmé par la putréfaction et certains animaux sauvages. Près d’elle, les policiers retrouvèrent son manteau rouge, dont les manches étaient tirées vers l’intérieur « comme si on l’avait enlevé rapidement sans prendre soin de les replacer. Le blouson de lainage vert […] avait aussi été enlevé et déposé près du cadavre de la jeune victime »[4].

Dans une poche de son veston, on retrouva la clé de son casier scolaire. Quant au chandail jaune, il était légèrement relevé et les manches étirées au-delà des mains. Le corps fut aussitôt transporté à la morgue Marcoux de Victoriaville où le père, André Paré, 70 ans, l’identifia formellement.

Puisque l’instrument de musique n’avait toujours pas été retrouvé, la police demanda l’aide du public. Ainsi, peu après 18h00 dans la soirée du 29 avril, Rosaire Laplante, un citoyen du boulevard Gamache à Victoriaville, qui avait lu La Tribune, contacta les enquêteurs pour leur signaler que le 24 avril il avait trouvé une flûte traversière et son étui près de la route 20 entre Saint-Albert et Sainte-Clothilde.

C’est le Dr Jean-Paul Valcourt qui procéda à l’autopsie dans la matinée du 27 avril pour découvrir que la mort fut causée par strangulation. Selon Allô Police, il trouva également quelques ecchymoses à une cuisse et ailleurs sur le corps, mais aucune trace de viol. Toutefois, cela n’empêche pas que le viol ait pu être le mobile du crime.

En mars 2016, j’ai consulté les archives des coroners des districts d’Arthabaska et de Trois-Rivières auprès de BANQ Trois-Rivières, mais sans résultat. L’enquête du coroner ne s’y trouvait pas.

Malheureusement, 45 ans plus tard, le meurtre d’Alice Paré reste classé parmi les affaires non résolues.

 

[1] Allô Police, 9 mai 1971.

[2] André Camirand, Yvon Lampron et Lucien Paquin.

[3] Allô Police, 9 mai 1971.

[4] Ibid.