Les médecins nazis

LIFTON, Robert Jay. ― Les médecins nazis, le meurtre médical et la psychologie du génocide. ― Paris : Robert Laffont, 1986. ― 610 p.

Le titre suffit à comprendre que le sujet est délicat. Lifton prend d’ailleurs la peine d’avertir ses lecteurs dans l’avant-propos, au point où il peut donner la brève impression de tourner autour du pot. C’est un passage obligé. Comme il l’écrit lui-même : « je tiens à dire qu’on peut faire quelque chose, qu’il y a quelque chose à apprendre de la connaissance précise des horreurs passées »[1].

Mais sa recherche, s’il ne la qualifie pas lui-même d’exhaustive, l’a menée à rencontrer plusieurs survivants d’Auschwitz, ainsi que d’anciens médecins nazis. L’auteur nous prépare également à cette possibilité que nous ne puissions jamais comprendre ce que fut totalement Auschwitz. Certes, un ouvrage de calibre magistral mais déconseillé à ceux et celles qui souhaitent s’initier à ce que fut la Deuxième Guerre mondiale. Les lecteurs qui ont une connaissance générale de cette période de l’Histoire de l’humanité pourront mieux apprécier le travail colossal effectué par Lifton.

« On ne peut espérer sortir spirituellement indemne d’une étude de ce genre, d’autant qu’on utilise son propre moi pour assimiler des expériences qu’on aurait préféré ignorer », souligne-t-il. L’introduction nous prépare bien à ce qui suit et il ne manque pas de relativiser les choses, de sorte qu’il arrive pratiquement à présenter un portrait objectif des pires médecins nazis. Bien sûr, c’est d’un point de vue psychologique que ce psychiatre aborde le sujet, ce qui en fait un ouvrage si précieux et fascinant à la fois. Bref, il ne s’agit pas d’un récit qui se plaît uniquement à raconter les pires horreurs de ce célèbre camp de la mort.

Lifton rappelle que l’idée du racisme ou de la stérilisation n’était pas nouvelle à l’arrivée d’Hitler au pouvoir. En fait, les Américains l’avaient utilisés sur des prisonniers, croyant naïvement qu’en les empêchant de se reproduire on arriverait à combattre la criminalité.

Le cas de conscience le plus flagrant arrive sans aucun doute par sa rencontre avec le Dr Ernst B., un médecin qui ne fut décidément pas comme les autres au milieu de cet enfer. Bien qu’il ne pouvait arrêter la Machine à lui tout seul, il s’est refusé à participer à la sélection et traita les Juifs et autres persécutés de l’époque comme des êtres humains. Après la guerre, plusieurs Juifs ont d’ailleurs pris sa défense, au point où il fut acquitté à son procès.

Malheureusement, les quelques cent dernières pages du livre sont ennuyantes, en ce sens que l’auteur revient sur une sorte de conclusion psychiatrique peu enlevante. N’empêche que l’œuvre mérite de se retrouver dans la bibliothèque de tous les passionnés de la Deuxième Guerre Mondiale.

 

[1] P. 15.

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Heydrich, l’homme clé du IIIe Reich

CALIC, Édouard. Heydrich, l’homme clé du IIIe Reich. [Paris] : Éditions Nouveau Monde, 2010. 509 p.

Édouard Calic savait de quoi il parlait.  Correspondant de guerre à Berlin, ses écrits lui valurent une arrestation et trois ans dans un camp de concentration pendant la Seconde Guerre Mondiale.  Auteur de plusieurs ouvrages sur le nazisme, il s’est éteint en 2003.

Reinhard Heydrich, surnommé Reini dans son enfance par les membres de sa famille, est un personnage célèbre mais sur lequel on manque cruellement de documents pour reconstituer minutieusement ses faits et gestes.  C’est d’ailleurs ce qui amène l’auteur à préciser, à la toute fin de son ouvrage : « en employant exclusivement les méthodes conventionnelles de la recherche historique, il est impossible d’écrire une biographie réelle et complète d’Heydrich.  En effet, quiconque s’y essaie se condamne à ne travailler qu’avec les documents partiels dont on dispose et à s’en tenir aux récits fortement teintés de subjectivité des membres de sa famille, de ses amis et de ses collaborateurs; on ne peut comprendre ainsi la vraie nature de ce « personnage satanique » et, par là même, son rôle dans des provocations orchestrées afin de tromper le peuple allemand et l’opinion internationale »[1].

En dépit d’un style qui s’adresse visiblement à un lectorat qui a des connaissances minimales sur la Deuxième Guerre Mondiale, Calic arrive à nous dépeindre un portrait sommaire de Heydrich.  Parfois on s’égare dans des généralités, mais on retiendra que son père, qui avait connu la veuve du grand compositeur Richard Wagner, a longtemps subi une rumeur qui le disait Juif.

Né le 7 mars 1904, Heydrich entra dans la marine allemande au début des années 1920.  En 1931, il est chassé de la marine avant de réapparaître quelques mois plus tard en train d’organiser le service secret du parti national-socialiste sous les ordres de Himmler.  Cette expulsion de la marine reste probablement l’un des plus grands mystères de sa biographie.

L’auteur nous convainc ensuite de son implication directes ou indirectes dans plusieurs coups montés, dont des assassinats, des enlèvements et même l’incendie qui a détruit le Reichstag, un événement qui marqua la nouvelle ère du nazisme.

Plus récemment, le nom de Heydrich est revenu hanter les cinéphiles.  En effet, le film Anthropoid, tourné en 2016, raconte les détails entourant l’assassinat de Heydrich en 1942.  En 2017, le film HHhH (traduit en français sous le titre Assassinat) relate sensiblement la même histoire mais avec quelques variantes.

Ce qu’on retiendra sans doute le plus de cet assassin de l’Histoire, c’est la conférence de Wannsee, qui s’est tenue le 20 janvier 1942 et qui avait pour but d’organiser les derniers préparatifs de la « solution finale » du « problème Juif ».

 

[1] P. 470.