France Alain: témoignages de Leclerc et Hamelin

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C’est à l’arrière de cet immeuble que France Alain sortit en 1982 pour se diriger vers un dépanneur et c’est aussi dans ce stationnement qu’elle a brièvement croisé un copain de classe.  C’est aussi par cette porte, en principe, qu’elle devait revenir après ses emplettes.  À ce jour, on ne peut toujours pas expliquer pourquoi elle a continué son chemin jusqu’à l’intersection de Belmont et Chapdelaine, où elle fut abattue d’une décharge de fusil de chasse.

         Pour faire suite aux témoignages des deux femmes qui avaient raconté ce qu’elles avaient vu et entendu au moment où France Alain était mortellement blessée au coin des rues Chapdelaine et Belmont, on appela Ghyslain Leclerc, 23 ans.  Au moment du drame, Celui-ci occupait l’appartement no. 410 du 2185 rue Chapdelaine, c’est-à-dire le même immeuble habité par la victime ainsi que Céline Doyle.

  • Le soir du 25 octobre 1982, est-ce que votre attention a été attirée particulièrement par un bruit, un bruit assez prononcé?
  • Oui, c’est ça. On a entendu un bruit.  On pensait que c’était un back fire nous autres aussi.  Puis on n’a pas sorti sur le balcon tout de suite.  Puis après ça, on a entendu des cris gémissants, assez forts.
  • Votre balcon se trouvait à quel étage?
  • Au 4ème étage.
  • Qu’est-ce qui se passe? Qu’est-ce que vous observez à ce moment-là?
  • On entend des cris. On sort sur le balcon mais, comme il fait noir, on ne voit rien.  On n’entend rien, même pas un bruit de char, un bruit d’auto.  On rentre à l’intérieur puis, peu de temps après, on entend des sirènes.  Puis là, on sort sur les lieux pour voir ce qui se passait.  Puis là, on est descendus au sous-sol.

Quant à l’heure de l’événement, Leclerc se montra plus précis que certains autres témoins en parlant de 19h40 ou 19h50.  Puisque Me Corriveau déclara n’avoir aucune question, on le libéra pour faire appel à Alain Hamelin, 24 ans.  Le soir du drame, ce jeune homme de Loretteville rendait visite à des amis qui résidaient tout près de la scène de crime.  Ils avaient des travaux scolaires à compléter dans le cadre de la semaine de lecture.

  • Monsieur Hamelin, questionna Me Parrot, vous connaissiez France Alain à cette époque?
  • Vous la connaissiez de quelle façon?
  • J’étudiais en génie électrique, elle aussi.
  • Alors, c’était une copine à l’université, c’est ça?
  • Ce soir-là, monsieur Hamelin, est-ce que vous l’avez rencontrée France Alain?
  • Oui, je l’ai rencontrée en face du parking, dans un parking.

Pour expliquer cette rencontre, le jeune homme dira se trouver près de l’escalier de l’immeuble où il se rendait voir ses amis lorsque France Alain le croisa.  Elle se trouvait alors au centre du stationnement.  Apparemment, c’est elle qui le reconnut puisqu’elle se dirigea vers lui en l’interpellant.

  • Elle vous dit quoi?
  • Elle m’a reconnu.
  • Vous avez discuté un petit peu avec elle?
  • On a échangé quelques paroles à distance.
  • Vous étiez à peu près à quelle distance d’elle?
  • À peu près la même distance entre vous et moi.
  • 20, 25 pieds?
  • Est-ce que vous avez pu voir de quel endroit elle provenait?
  • D’après moi, elle venait de son appartement.
  • Vous a-t-elle dit où est-ce qu’elle allait à ce moment-là?
  • Je crois qu’elle m’a dit qu’elle allait au dépanneur.
  • Elle vous a paru comment lorsque vous l’avez abordée?
  • Comme d’habitude. Elle avait l’air en forme.
  • La semaine du 25 octobre 1982, est-ce que c’était une semaine particulière pour les étudiants?
  • C’était la semaine de lecture. Une semaine d’études, en principe.
  • Donc, il n’y a pas de cours, c’est ça?
  • Oui, c’est ça.

Hamelin estimera sa conversation avec France Alain à une durée de quelques secondes seulement.  Selon lui, il était environ 19h20 à ce moment-là.  En fait, il parlera plutôt d’un échange de salutations que d’une véritable conversation.

  • Est-ce que vous vous souvenez de quelle façon elle était habillée ce soir-là?
  • Avait-elle quelque chose dans les mains lorsque vous l’avez rencontrée?
  • Je pense que oui.
  • Vous ne vous souvenez pas, c’est quoi?
  • Un sac.
  • Vous voulez dire un sac à main ou …

Encore une fois, le témoin fut aussitôt libéré après que Me Corriveau eut annoncée n’avoir aucune question.  C’était à se demander si l’avocat de Benoît Proulx finirait un jour par contre-interroger les témoins.  Était-ce une stratégie ou un surplus de confiance?

En appelant le témoin suivant, on s’attendait à obtenir plus de détails sur les circonstances de cette affaire.  Ce prochain témoin était Bertrand Alain, le frère de la victime.

 

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France Alain: le témoignage de Céline Doyle

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Descente de la rue Belmont.  À gauche, l’immeuble où habitaient France Alain et Céline Doyle en 1982.  C’est au bas de cette rue, sur le coin gauche, que le corps de France fut retrouvé.

Le 7 février 2015, je publiais un article résumant les faits entourant l’assassinat de France Alain, une étudiante sans histoire.  Le drame se passait sur le campus de l’Université Laval à Québec, en octobre 1982.  Le mystère entourant ce crime non résolu a suscité beaucoup de commentaires à la suite de mon article, comme quoi la mémoire de cette jeune victime n’a pas été effacée.  Pour rafraîchir votre mémoire, voici le lien pour lire ou relire cet article qui reconstituait la scène de meurtre : France Alain, une affaire non résolue.

         Plusieurs d’entre vous se souviennent probablement du battage médiatique qu’il y eut ensuite, d’abord lors de l’enquête du coroner, qui s’est ouverte seulement en 1986, et puis le procès intenté à Benoît Proulx, animateur de radio et ancien petit-ami de la victime, quelques années plus tard.  En dépit des rumeurs colportées par les mauvaises langues, Proulx a finalement été blanchi et même dédommagé pour tout ce qu’il a traversé au cours de ces années.  Et malgré cela – la société étant ce qu’elle est – plusieurs personnes continuent de le voir comme un meurtrier.

         Quand j’ai rédigé mon article du 7 février 2015, j’ai redoublé de prudence et surtout d’objectivité.  Pour des raisons qui m’appartiennent je suis convaincu de l’innocence de Proulx.  C’est d’ailleurs la position officielle du système judiciaire.  Avant de remettre en question un tel verdict, il faut des preuves solides.

         Je l’ai déjà dénoncé : il arrive fréquemment qu’on critique le système judiciaire ou le processus des procès criminels sans même connaître le dossier ni ses détails, ce qui donne lieu à des dérapages regrettables ainsi que de l’incompréhension.  Le système judiciaire n’est pas parfait, et c’est particulièrement vrai dans ce cas-ci.

         Pour tenter un exercice de compréhension, il faut se rapporter dans le contexte de 1982.  C’était bien avant les fusions municipales, et Sainte-Foy était contaminée par un corps policier à la rigueur douteuse.  Toutefois, comme j’aime à le croire, j’ose espérer que les éléments pourris représentaient un pourcentage minime au sein de cette force policière.  Ajoutez à cela une justice où tout le monde se connaît et un animateur de radio assez peu rigoureux, on se retrouve avec un drôle de cocktail.  Et pour quiconque possède un minimum de discernement, on sait à quel niveau se situe la valeur de certaines stations de radio de la Vieille Capitale.  Un procès sur la place publique est souvent voué à l’échec.  Si Benoît Proulx acceptait de nous partager son expérience, il serait probablement d’accord avec moi sur ce point.

         Comme j’ai l’habitude de le faire dans mes livres ou encore dans une série d’articles comme Les Faucheurs d’enfants, parue au cours de l’automne 2016, je vous laisserai forger votre opinion, si toutefois vous tenez absolument à en avoir une.  Voilà donc l’exercice que je propose : une série d’articles racontant l’histoire tout en se basant sur le dossier judiciaire, c’est-à-dire l’enquête du coroner.  Celle-ci fait plus de 2 000 pages, ce qui donnera lieu à plusieurs articles.

         Cependant, en raison d’un horaire chargé, il m’est impossible de prévoir les dates des parutions à l’avance.  Pour le moment, je propose donc une première incursion au cœur de cette affaire avec les débuts de cette enquête de coroner, ainsi qu’un premier témoignage entendu sous serment.  Pour ceux et celle que cette affaire passionne, je vous demanderais donc d’être patients.  Je tenterai de publier les articles suivants aussi souvent que possible.

         Après le meurtre de France Alain commis sur le campus de l’Université Laval en 1982, en pleine semaine de lecture, il fallut attendre presque 4 ans avant que l’enquête du coroner s’ouvre au palais de justice de Québec le 12 mars 1986 sous la présidence de Me Pierre Trahan.  Le procureur du ministère public était Me Robert Parrot tandis que Me Lawrence Corriveau représentait les intérêts de Benoît Proulx.

         Dès l’ouverture de son enquête, le coroner Trahan tint à préciser qu’il ne s’agissait pas d’un procès.

  • Alors, je tiens immédiatement à souligner ceci : ce n’est pas un procès ici. Il n’y aura pas la preuve de la Couronne puis la preuve de la défense.  Par contre, une partie intéressée peut soumettre, en vertu de la loi, que ce soit de l’ancienne ou de la nouvelle, peut soumettre au coroner des témoins, des noms de témoins afin qu’il les assigne et il appartient au coroner de décider si, oui ou non, il va de l’intérêt de la cause de les assigner.  C’est à lui de décider si ces témoins pourraient l’éclairer.

Avant même le début des témoignages, on déposa quelques pièces à conviction, à commencer par le certificat de décès de France Alain signé par le Dr Picard Marceau du Centre Hospitalier de l’Université Laval (CHUL), à Sainte-Foy.  La formule d’identification de la victime fut admise en preuve sous la cote C-2, identification faite par Fernand Alain le 25 octobre 1982.  Sous la cote C-3, on accepta en preuve le rapport d’autopsie réalisé par le Dr George Miller.

Puis on demanda aux témoins assignés dans cette cause de se retirer dans une autre salle afin de ne pas entendre ce que les autres avaient à dire.  Et ainsi on appela le premier témoin, Jules Gingras, 45 ans, sergent à l’identité judiciaire de la police de Sainte-Foy.  C’est lui qui avait été chargé de prendre les photos de la scène de crime le 25 octobre 1982, à l’intersection des rues Chapdelaine et Belmont.  Ainsi, il présenta une série de photos prises entre 22h00 et minuit.  Malheureusement, il m’est impossible de vous présenter ces clichés puisque les photographies judiciaires n’ont pas été déposées dans le dossier relatif à l’enquête du coroner et conservé à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

D’après le témoignage de Gingras, on sait cependant que l’une de ces photos représentait le coin sud-ouest de l’intersection Chapdelaine et Belmont.  En plus de ces images, on retrouvait des radiographies du corps de la victime, ainsi que des clichés de l’intérieur et de l’extérieur de la station de radio CHRC, là où travaillait Benoît Proulx à l’époque du drame.

À la demande de Gingras, la police de Sainte-Foy avait également élaboré un plan des lieux.  Puisque Me Corriveau n’eut aucune question pour le témoin, Gingras fut libéré.  C’est alors qu’on appela Céline Doyle, une jeune femme de 28 ans.

Tout d’abord, Me Parrot établit avec le témoin qu’en 1982 elle habitait dans l’appartement 110 de l’immeuble situé au 2175 Chapdelaine, c’est-à-dire le même qu’occupait France Alain.  Le logement de Doyle se situait au rez-de-chaussée.

  • Le soir du 25 octobre 1982, reprit Me Parrot, est-ce qu’à un certain moment donné votre attention a été attirée par un bruit quelconque?
  • Vous étiez à ce moment-là à quel endroit lorsque vous avez entendu un bruit?
  • Dans mon appartement.
  • Vos fenêtres et portes donnent accès à quel endroit?
  • Sur le balcon qui se trouve vis-à-vis, en face de la rue Chapdelaine.

Sur l’une des photos déposées par le policier Gingras, le procureur lui demanda d’identifier le balcon en question.

  • Quel genre de bruit avez-vous entendu?
  • Un coup.
  • Un coup?
  • Un coup qui se trouvait … mon appartement était fait en forme de L … Alors ça se trouvait, mettons qu’on dit, qu’on voit un L, c’est dans la … ça se trouvait être dans la direction opposée, le coup, du coup qui venait.
  • Vous pensiez que le coup provenait du sens opposé?
  • Donc, il provenait de l’arrière de votre bloc-appartements?
  • Toujours de la rue Chapdelaine.
  • De la rue Chapdelaine?
  • Au moment où vous entendez ce bruit-là, qu’est-ce que vous faites?
  • La première chose que j’ai faite c’est d’aller voir à la fenêtre mais c’était tellement noir que je n’ai rien vu. J’avais une porte-patio, alors comme le coup me semblait venir de l’autre côté, je me suis habillée puis j’ai sorti dans le portique pour voir qu’est-ce qu’il y avait parce que j’entendais des gémissements, des pleurs.  Comme si un enfant avait pleuré puis on lui avait mis la main dans la bouche pour l’empêcher de …  J’ai cru que c’était quelqu’un qui … un enfant qui … quelqu’un qui avait frappé le mur de la maison, assez violemment.
  • C’est assez violemment, le bruit était assez fort?
  • Très fort.
  • Il est à peu près quelle heure à ce moment-là, madame Doyle?
  • Environ … 19h00. Moins dix, peut-être.
  • Alors, à ce moment-là, madame Doyle, vous êtes sortie par la porte qui se trouve être … à donner accès sur Belmont ou sur Chapdelaine?
  • Ma porte d’appartement. Je suis sortie dans le … par le corridor puis j’ai été dans le portique qui se trouve être du côté de Chapdelaine.  Je ne suis pas sortie à l’extérieur.
  • Non, mais vous êtes allée dans le portique?
  • Puis j’ai regardé par la fenêtre.  Je pense, j’ai ouvert la porte mais c’est trop loin … je ne me souviens plus.
  • Est-ce que vous avez à ce moment-là, entendu quelque chose, au moment où vous allez à cette porte-là?
  • J’entendais tout le temps pleurer. J’entendais ça tout le temps.  Puis à un moment donné, quand j’ai vu qu’il n’y avait rien, j’ai dit, mon Dieu, ils l’ont ramassé, quelque chose.  Là, je suis retourné chez moi.
  • Je comprends qu’à cette époque-là c’était sombre ce coin-là?
  • C’était très noir.
  • Lorsque vous vous êtes rendue à la porte dans le portique en question, à la porte donnant accès à l’immeuble, est-ce que vous avez vu des gens à proximité?
  • Pas du tout.
  • D’autres bruits?
  • Pas du tout.
  • Voitures? Motocyclettes?
  • Je l’aurais entendu parce que je l’entendais pleurer puis j’ai de très bonnes … j’ai des bonnes oreilles.  J’aurais entendu un bruit d’auto.
  • Est-ce que vous avez eu connaissance que, par la suite, il s’est passé quelque chose?
  • Non, parce que j’ai été une des premières sur les lieux. Il n’y avait personne.
  • Mais après, quand vous dites que vous étiez une des premières sur les lieux, est-ce que vous êtes ressortie à un moment donné?
  • Vous êtes sortie?
  • Avant, il y a deux personnes qui sont venues me chercher.  Deux dames qui sont venues me chercher.  Là, j’ai appelé la police et je suis sortie tout de suite.
  • Combien de temps entre le moment où vous avez entendu le bruit, le coup très fort, combien de temps s’est-il passé approximativement entre l’audition de ce bruit-là et le moment où vous avez appelé la police de Sainte-Foy, à peu près?
  • 3 minutes, environ.
  • Ça pourrait être 5, ça pourrait être 2?
  • Non, ça ne pourrait pas être 5.
  • C’est 3 minutes au maximum?
  • À peu près, oui.
  • Ces dames-là sont allées vous voir et vous ont demandé d’appeler la police?
  • Ils m’ont dit qu’il y avait quelqu’un qui s’était … qu’ils avaient trouvé quelqu’un qui était étendu par terre. Alors moi, j’ai conclu que c’était un accident.  J’avais entendu le coup, alors j’ai appelé tout de suite la police sans que … ils cherchaient un téléphone.
  • Est-ce que vous êtes sortie de votre appartement pour vous rendre, en compagnie de ces dames, auprès de la personne en question?
  • Et qu’est-ce que vous avez vu? Qu’est-ce que vous avez constaté quand vous êtes arrivée à cet endroit, au coin de Chapdelaine et Belmont?
  • J’ai constaté … la première chose que … la façon qu’elle était étendue puis aussi que c’était tellement noir, qu’elle aurait pu passer la nuit là.  Si elle n’avait pas eu la pinte de lait en question, personne ne l’aurait jamais trouvée.

Rappelons qu’au moment d’être atteinte par un tir d’arme à feu, France Alain revenait avec un sac de victuailles dans les bras.  Parmi ces articles se trouvait une pinte de lait.

  • Il y avait une pinte de lait qui était à proximité de là …?
  • Il y avait des choses sur le trottoir et tout ce qu’on voyait c’était le bout de ses souliers, puis c’était … c’était noir. Puis là, je l’ai … j’avais amené une couverte, j’ai …
  • Est-ce que la personne en question, vous avez pu en déterminer l’âge à ce moment-là, à peu près?
  • Les jeunes filles m’avaient dit « un enfant », puis moi j’ai vu que ce n’était pas … qu’elle était un peu plus vieille.
  • Est-ce qu’elle parlait?
  • Non, elle ne parlait pas.
  • Elle vous semblait encore vivante?
  • Oui, elle était vivante. Elle avait des … beaucoup de bruits dans la gorge, elle semblait très congestionnée.  Alors, ce que j’ai fait, c’est de lui tourner un peu la tête puis lui ouvrir la bouche, c’est tout.  Puis elle gémissait.
  • Est-ce que ça a pris beaucoup de temps avant que les policiers arrivent sur les lieux?
  • Ah non.
  • À peu près combien de temps?
  • Moins de temps que le temps qu’il y a entre les …
  • Moins de 3 minutes, si je comprends bien?
  • Ça été très rapide.
  • Est-ce que d’autres personnes se sont regroupées auprès de vous et les deux autres femmes pour constater qu’est-ce qui se passait sur le coin de la rue à ce moment-là?
  • Je ne m’en souviens pas mais je crois que la police est arrivée avant qu’il y ait des gens qui …

Me Parrot la coupa en annonçant ne plus avoir de question pour le témoin.  Pour sa part, Me Corriveau expliqua n’avoir aucune question pour Céline Doyle.  La jeune femme, toujours aux études, put donc se lever et retourner vaquer à ses occupations.

À suivre …


Source :

Enquête du coroner concernant le décès de France Alain, 1986, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

Les Faucheurs d’enfants: 2ème partie, Sébastien Métivier et Wilton Lubin

Au cours de la soirée du 1er novembre 1984, quelques heures seulement après que Maurice Viens se soit évaporé dans la nature, on rapportait les disparitions de deux autres garçons, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.  Il s’agissait de Wilton Lubin[1], un haïtien de 12 ans, et son ami Sébastien Métivier, 8 ans.  Lubin habitait au 1445 Desjardins.  Il était le fils de Pélissier Lubin et de Rose-Mélanie, une femme de 52 ans.

Des amis les auraient aperçus dans le secteur du Stade olympique, ce qui n’était pas impossible puisque la police de la CUM[2] révéla que Lubin avait des copains dans le secteur du métro McGill.  Toujours selon André Cédilot, Lubin et Métivier seraient partis ce soir-là à la chasse aux voyous puisque la veille les deux amis s’étaient fait voler leurs friandises récoltées dans le cadre de la fête de l’Halloween.  Toutefois, selon une autre version (La Presse), les deux garçons devaient se rendre ensemble à leur cours de bricolage.  On les aurait aperçus devant la porte, mais ils ne sont jamais entrés.

Ce qui est sûr, c’est que Métivier et Lubin se sont littéralement évaporés ce soir-là, portant à trois le nombre d’enlèvements d’enfants à survenir le même jour.  C’était du jamais vu au Québec.

Martha Gagnon, qui couvrait aussi l’affaire Maurice Viens, écrira dans La Presse que Wilton Lubin était un enfant chétif et anémique, ce qui l’obligeait à suivre une médication.

Il s’écoulerait un mois avant que cette affaire connaisse quelques développements. Dans son livre de 2013, le chroniqueur judiciaire Claude Poirier écrivait que « les policiers déclenchent tout de suite d’importantes recherches et ne négligent aucune piste.  Tous les terrains vagues de l’est de Montréal sont ratissés, tous les édifices abandonnés du quartier sont fouillés et des affiches sont placardées d’un bout à l’autre de la ville.  Mais les recherches ne donnent rien »[3].

Le 2 décembre 1984, Pierre Bessette, un homme de 29 ans[4], se rendit à l’Île Charron vers 7h15, à l’extrémité sud-ouest, pour observer les canards.  C’est là qu’il aperçut un corps humain flottant à la surface de l’eau.  Bessette s’approcha prudemment.  Au bout d’un instant, il constata qu’il s’agissait d’un enfant.  Sans tarder, il fit demi-tour pour alerter la police.

À 7h30, le détective André Emery reçut l’appel du sergent Landry.  C’est en compagnie de ce dernier qu’il se rendit sur les lieux, où il arriva à 7h35, pour y rencontrer les constables Drolet (1126) et Lapointe (1242).  Emery rencontra ensuite Bessette pour lui poser quelques questions et prendre ses coordonnées avant de le laisser aller.  Il paraissait évident que l’homme n’avait rien à voir avec ce qui avait déjà l’apparence d’un meurtre.

Il était 7h40 lorsque le détective Emery descendit sur la berge pour voir le corps de plus près.  Dès lors, il estima que ce garçon devait être âgé entre 10 et 13 ans.  Il mesurait cinq pieds et avait les cheveux noirs courts.  Il portait encore ses vêtements, soit un coupe-vent en nylon bleu marin avec rayures bleues pâles, une chemise marine et beige, un jeans bleu, une espadrille, des bas blancs et une chaîne couleur or autour de son cou.  Le cadavre se trouvait à environ quatre pieds de la rive, sur le dos, la tête pointant vers l’ouest.  « Les pieds semblait [sic] accroché[s] au fond de l’eau dans les roches », écrivit Emery dans son rapport.

screenhunter_203-sep-11-21-05C’est au moment de retirer le corps de l’eau que les policiers constatèrent la présence d’une lacération au cou s’étendant sur une longueur de plusieurs pouces.  Dès 8h15, ceux-ci faisaient un lien probable avec les disparitions du 1er novembre.  D’ailleurs, la description des vêtements correspondait à celle de Wilton Lubin.  La seule chose qui ne collait pas était la couleur de la peau.  Toutefois, on sera en mesure de comprendre rapidement que cette blancheur cutanée s’expliquait par une perte de pigmentation dû à une longue exposition dans l’eau.

À 8h30, Emery contacta le Dre Sourour pour lui transmettre ces faits, et celle-ci lui conseilla de protéger les mains de la victime et de toucher le moins possible au corps.  On notera aussi dans le rapport d’Emery que le constable Parisien (1165) prit des photos de la scène avant que le corps soit emporté.  Par la suite, les enquêteurs s’investirent à fouiller les lieux dans l’espoir de trouver d’autres indices.

Vers 11h00, le constable Galarneau trouvait sur la rive ouest, à mi-chemin entre le point où se trouvait le cadavre et l’épave d’un bateau incendié, sur le sol, une espadrille droite de marque Puma.  Celle-ci correspondait à la chaussure manquante de Lubin.

En après-midi, l’identification du corps fut officialisée par son demi-frère, Camille Fist[5], habitant lui aussi au 1445 Desjardins à Montréal.  L’autopsie fut pratiquée par le Dr Claude Pothel, qui en arriva à la conclusion que Lubin avait été étranglé à mains nues puisqu’il y avait eu fracture de l’os hyoïde et du cartilage thyroïde du larynx.  Le pathologiste nota également une fracture de la mâchoire inférieure gauche.  L’enfant avait été poignardé dans la poitrine, au point où la 8ème côte était sectionnée.  Bien sûr, la même arme semblait avoir servi à lui trancher la gorge.

Le coroner Maurice C. Laniel écrivit dans son rapport qu’une « enquête publique ne serait d’aucune utilité en ce moment », étant donné que les policiers ne détenaient aucun suspect sérieux dans cette affaire.  Or, il n’y aura jamais d’enquête de coroner proprement dite, du moins pas comme on les faisait avant la nouvelle loi sur les coroners de 1986.

Quant au corps de Sébastien Métivier, il ne sera jamais retrouvé.

En se basant sur le fait qu’il y eut trois enlèvements d’enfants le même jour, il devient pratiquement impensable de croire que Métivier n’ait pas été assassiné au même titre que les deux autres.  Malheureusement, le fait de n’avoir jamais retrouvé son corps priva les enquêteurs de certaines informations.  Le tueur s’y était-il pris autrement avec Métivier qu’avec Lubin?  Pouvait-il y avoir des liens entre ce cas et celui de Maurice Viens au niveau du mode opératoire ou de la signature?

À première vue, exception faite de ces trois enlèvements en un jour, rien ne nous permet de relier les deux dossiers, exception faite, peut-être, qu’une seule espadrille fut retrouvée aux pieds de Viens et Lubin.  Là encore, c’est terriblement mince.  Les victimes auraient très bien pu perdre une chaussure en se débattant par exemple.

Viens a été torturé et battu avec un objet contondant, tandis que Lubin a été poignardé en plus d’être étranglé à mains nues.

Malheureusement, il faudra attendre un autre crime horrible pour y voir une similitude troublante et commencer à établir des liens.

(la semaine prochaine : 3ème partie, Denis Roux-Bergevin)

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[1] Wilton est né le 22 mars 1972.  Ses parents étaient Pélissier Lubin et R. M. Fils.  Son père est mort quatre ans plus tard, à Montréal-Nord, le 2 octobre 1988.

[2] Communauté Urbaine de Montréal.  Aujourd’hui, SPVM (Sécurité Publique de la Ville de Montréal).

[3] Bernard Tétrault, Claude Poirier, 10-04, 2013, p. 116.

[4] Il est né le 30 octobre 1955.

[5] Celui-ci est né le 29 septembre 1954.

Les Faucheurs d’enfants: 1ère partie, Maurice Viens

Maurice Viens 4 ans
Maurice Viens

Maurice Viens a vu le jour le 14 mai 1980.  Ses parents, Raymond Viens et Francine Legault, se marièrent seulement quelques jours plus tard, soit le 24 mai, à Boucherville.

En 1984, Maurice, alors âgé de 4 ans, vivait avec sa mère et son frère Alexandre au 2142 de la rue Dorion dans un quartier pauvre du Centre-sud de Montréal, à quelques pas du pont Jacques-Cartier.  Selon un texte d’André Cédilot publié en 1994 dans le cahier Les Grands Procès du Québec, consacré à l’affaire Léopold Dion[1], on apprend que le 1er novembre 1984 Maurice rentrait de la prématernelle.  Peu après, c’est sans demander la permission à sa mère qu’il se serait dirigé vers le parc Rouen avec son ami Emmanuel (ou Manuel) Gagnon, lui aussi du même âge.  C’est ainsi que Cédilot décrivait l’enlèvement :

Sur le chemin du retour, les deux bambins s’amusent dans la ruelle de la rue Dorion, à deux pas de leurs foyers respectifs.  Il est environ 13h15 quand un inconnu, au volant d’une voiture, s’immobilise et invite les enfants à monter, en leur promettant des bonbons.  Le petit Maurice acquiesce, tandis que son compagnon, plus craintif, court avertir Francine Viens.  « Maurice est parti avec un monsieur », annonce-t-il à celle-ci.

En 2014, dans le documentaire Novembre 84, la version de Gagnon, maintenant devenu adulte, laisse entendre qu’il n’avait rien vu.  Il se serait simplement retourné sur le trottoir pour constater la disparition de Maurice.  Selon ce film, c’est par crainte que les parents de Gagnon lui auraient demandé de mentir à l’époque[2].  Toutefois, dans un article de Martha Gagnon publié dans La Presse le lendemain de la disparition, on peut lire : « sous le regard étonné des policiers, Emmanuel Gagnon, 4 ans, recommence à faire des pirouettes sur le trottoir, las d’avoir raconté des dizaines et des dizaines de fois comment un inconnu dans une voiture brune avait enlevé son meilleur ami, Maurice Viens, qui a le même âge ».

Quoi qu’il en soit, toutes ces informations contradictoires brouillent les pistes au point où tout cela serait aujourd’hui difficilement recevable devant un tribunal.  Il ne faut donc pas s’étonner si les policiers ont manifesté assez peu d’intérêt envers ce témoin[3].  Toujours selon La Presse, le petit Gagnon rapporta à la mère de Maurice que l’inconnu l’avait attiré en lui promettant d’aller acheter des bonbons.  « Les deux enfants s’étaient éloignés de la maison pour aller jouer dans un parc, après la pré-maternelle.  Sur le chemin du retour, ils auraient rencontré cet inconnu.  […]  Pour l’instant, Emmanuel est incapable de donner une description du « monsieur » qui a enlevé Maurice, il sait seulement que la voiture était de couleur foncé, possiblement brune »[4].

Selon la version du petit Gagnon, « l’inconnu leur a seulement demandé de monter dans l’auto pour se rendre au magasin afin d’acheter des bonbons.  Maurice qui, la veille, avait fêté l’Halloween comme la plupart des enfants, a sans doute cru que la fête se continuait », écrivait Martha Gagnon.

Quoi qu’il en soit, la police boucla rapidement le quartier pour organiser d’imposantes recherches auxquelles se joignirent plusieurs bénévoles, ainsi que 500 militaires.

Trois jours plus tard, on retrouvait le blouson de Maurice le long d’une route à Saint-Antoine-sur-Richelieu[5].  La police tenait enfin une piste, mais celle-ci n’augurait rien de bon.  En fait, le corps de Maurice fut retrouvé quatre jours plus tard.

Il existe cependant deux façons de raconter les circonstances de cette triste découverte du 6 novembre.

Selon la première, qui doit être envisagée avec beaucoup de prudence, on raconte que le policier Steven Lynch de la Sûreté du Québec de Portneuf et l’hypno-thérapeute Yvan Gagnon, auraient eux-mêmes mis sous hypnose un homme d’affaires de la rive nord de Montréal qui souhaitait garder l’anonymat.  Ce Monsieur X, comme on le surnommerait par la suite, se disait doué de sens extra-sensoriels.  Il aurait « vu » un enfant s’amuser avec un homme, une étroite route de campagne, la traverse d’une voie ferrée et un chalet délabré[6].

Sous les indications de ce « sensitif », Yvan Gagnon se serait rendu au lieu indiqué le 6 novembre pour y découvrir le corps de Maurice Viens, dans une maison en construction plutôt délabrée située au 156 Monseigneur Gravel, à St-Antoine sur Richelieu.

Selon Jacques Duchesneau, qui enquêta longtemps sur ce dossier en plus d’expliquer sa version dans le documentaire de Loïc Guyot[7] diffusé à l’origine dans le cadre de la série Homicides, sur Canal D, il faudrait rejeter complètement la version controversée de Monsieur X.  Selon Duchesneau, Lynch et Gagnon avaient fait partie des équipes de recherche mais sans même jamais trouvé le corps.  C’est seulement après que la police eut décidé d’élargir le périmètre de recherches que le petit cadavre avait été retrouvé au 156 Monseigneur Gravel.

Pour ceux et celles qui vouent une confiance aveugle à ce genre de phénomènes inexpliqués, il faut savoir qu’il n’existe aucune transcription des conversations qui ont eu lieu entre ces trois personnes, et encore moins de la séance d’hypnose.  Quels furent les termes exacts échangés?  On ne le saura jamais.  Et demandons-nous si ces témoignages seraient admissibles en preuve lors d’un procès.  Rien n’est moins certain!

De plus, comme il n’y a pas eu de procès dans cette affaire, et qu’il n’y en aura probablement jamais, une partie importante de la preuve continue de dormir dans les archives de la police.  Ainsi, certains mystificateurs peuvent dire pratiquement ce qu’ils veulent.  Il ne faut donc pas s’étonner que Monsieur X ait été l’un des premiers suspects visés, tout comme le père de Maurice, d’ailleurs.  On a raconté qu’Yvan Gagnon a par la suite abandonné l’hypno-thérapie tout en refusant de commenter l’affaire.[8]  Qui s’en étonnerait?

Revenons plutôt à la scène de crime.

Certains prétendirent que Maurice Viens avait été sodomisé et violemment battu, alors qu’en 1994 Cédilot précisait déjà que le petit garçon n’avait subi aucun sévice sexuel : « le corps mutilé de l’enfant gît à demi-nu dans un trou du plancher…  Ses pantalons et ses sous-vêtements sont rabattus sur ses talons, il a été battu, il porte des marques de violence sur le visage et sur le bas du dos.  L’autopsie révèle qu’il a souffert le martyre avant de mourir des coups de bâton qui lui ont été assénés et qu’en dépit des apparences, il n’a pas subi de sévices sexuels ».

Selon le rapport du coroner, c’est vers 19h00, dans la soirée du 6 novembre, que Teresa Z. Sourour, médecin pathologiste à l’Institut Médico-légal de Montréal, se rendit sur la scène de la découverte, au 156 Monseigneur Gravel.  Dans ce qui pourrait être décrit comme un sous-sol ou plancher non complété, le cadavre de l’enfant se trouvait face contre terre « à plat ventre, les bras repliés, le bras droit sous le corps et le bras gauche reposant sur le sol.  On notait que l’enfant était revêtu d’une chemise bleu[e] pâle et les pantalons et le[s] sous[-]vêtements étaient descendus autour des chevilles », écrira le Dr Sourour.

Parmi les éléments les plus importants à retenir, elle ajoutait ceci : « sur place, on notait déjà le postérieur de l’enfant, les deux fesses et le dos des cuisses jusqu’aux genoux, montraient des traces traumatiques et étaient de couleur contusionnée rouge foncé.  Le soulier gauche était au pied de l’enfant.  Le pied droit ne portant qu’un bas blanc ».

Sur la scène, près du corps, elle nota aussi la présence d’un gros rouleau de papier goudronné noir portant une étiquette sur laquelle il y avait une « substance rouge vraisemblablement des traces de sang », ce qui laissait croire que des coups avaient été portés sur place.  Il s’agissait très probablement du lieu où s’était déroulé le meurtre.  Le corps était figé par le froid mais les rigidités cadavériques étaient sur le point de disparaître.  « Dans les poches des pantalons du petit garçon se retrouvaient deux (2) sacs de bonbons, emballage de l’Halloween », écrit-elle encore.

Le Dr Sourour quitta finalement les lieux en même temps que le corps, vers 22h00.  Le lendemain, assistée de Maurice Labrie, elle procéda à l’autopsie en deux étapes, d’abord de 9h30 jusqu’à midi, puis de 13h30 à 16h00.  À sa demande, on aurait pris environ 33 photos du corps et des plaies.  Le lecteur aura compris que ces photos n’accompagnent pas le rapport d’autopsie que j’ai obtenu pour ma recherche.  Puisqu’il s’agit d’une affaire non résolue, il est tout à fait normal que la police conserve ces éléments dans l’éventualité de confondre un suspect.

Outre des blessures au visage, on constate que les plaies mortelles ont été portées au crâne.  Il faut également prendre le temps de s’arrêter à ces blessures infligées au dos, aux fesses et à l’arrière des cuisses.  À ce sujet, laissons encore la parole au Dr Sourour : « on note des contusions formant des plages étendues impliquant toute la partie du dos à partir du niveau de la ceinture, les deux fesses, le dos des cuisses jusqu’au pli des genoux.  Il s’agit de multiples empreintes superposées d’une surface contondante et répétant une mesure de 4 cm de largeur avec éraflures linéaires sur les bords de l’empreinte contusionnée et aussi des éraflures et des abrésions [sic] linéaires superposées et entrecroisées (donnant une impression de multiples impacts avec une surface contondante appliquée à cette région dont certains sont superposés).  Ces marques décrites s’étendent jusqu’au niveau de la hanche gauche vers la partie antérieure ».

Et finalement, l’apparence des reins à l’examen interne était « compatible avec un état de choc aigu terminal ».  Sa conclusion : la mort avait été causée par les coups à la tête.  Il n’y avait aucune trace d’agression sexuelle quelconque.

(la semaine prochaine : 2ème partie, Sébastien Métivier et Wilton Lubin)

enquete-coroner-maurice-viens-1984


[1] André Cédilot, « Jeudi noir », Les Grands Procès du Québec, no. 5, 1994, Les Éditions de la rue Querbes, p. 28 à 31.

[2] Voir la section commentaire à la suite de l’article L’affaire Viens-Métivier-Lubin : https://historiquementlogique.com/2015/10/05/laffaire-viens-metivier-lubin/

[3] Voir la section « commentaires » au bas de cette page : https://historiquementlogique.com/2015/10/05/laffaire-viens-metivier-lubin/

[4] Martha Gagnon, La Presse, 2 novembre 1984.

[5] À noter que dans son livre de 2013, Claude Poirier situe plutôt la découverte de ce blouson trois jours après la découverte du corps de Wilton Lubin, ce qui nous transporterait au 5 décembre 1984.

[6] Il est possible de visionner un documentaire diffusé dans le contexte d’une émission ésotérique à l’adresse suivante : http://www.mystere-tv.com/un-sensitif-retrouve-un-enfant-disparu-v493.html

[7] Pour visionner ce documentaire : https://www.youtube.com/watch?v=wGO0CIYO41A

[8] Dans son livre de 2013, Claude Poirier fournira un peu plus d’informations sur la vision qu’aurait eue ce sensitif.  Les amateurs de paranormal n’hésitent pas à se servir de ce cas pour « prouver » l’existence de phénomènes inexpliqués, mais il faut comprendre qu’il serait imprudent pour la police de faire confiance à ce domaine, qui est loin d’être une science prouvée, et encore moins une science exacte.  Mentionnons au passage que ces amateurs font rarement la différence entre le ouï-dire et la preuve légale.

La famille officialise la mort de Marie-Paule Rochette

ScreenHunter_720 May. 19 16.45            Cette semaine, dans plusieurs journaux québécois, paraîtra un avis de décès plutôt singulier. Sophie[1] a pris la décision de faire publier un avis de décès pour officialiser la mort de Marie-Paule Rochette, qui serait, selon elle, la fameuse victime de meurtre repêchée dans la rivière des Prairies le 5 octobre 1953. Bien que notre enquête n’ait toujours pas permis de découvrir le moindre document confirmant la disparition ou le décès de Marie-Paule Rochette, Sophie a jugé qu’il était temps de lui rendre ce fragment de justice en publiant ce tout premier avis de décès. En officialisant sa mort, près de 63 ans plus tard, la famille espère lui rendre son identité et, peut-être, susciter un dernier appel à témoin. Qui sait!

Le jeudi 11 août dernier, j’ai accompagné Sophie au bureau du coroner afin de faire le point. La rencontre fut enthousiaste et très cordiale, mais sans pour autant fournir de garantie qu’on puisse un jour retrouver les restes de la victime de 1953. L’évolution des méthodes administratives ayant beaucoup changé à travers le temps, il nous est impossible pour l’instant de retracer un registre ou quelconque document nous permettant de localiser ce qui reste de la dépouille.

Le projet de Sophie de pouvoir inhumer les restes de Marie-Paule avec les siens à Québec le 22 août doit donc être reporté. Néanmoins, elle souhaite partager avec vous l’intégrale de l’avis de décès composé par une membre de la famille et qui sera publié cette semaine dans plusieurs journaux de la province, dont Le Soleil, Le Nouvelliste, La Presse, Le Journal de Québec, Le Journal de Montréal ainsi que certains autres. Voici donc l’avis tel qu’il sera publié :

Extrait du livre d’Andrée Lebel, 1954, page 37 : « Aujourd’hui, on se demande encore qui était la noyée de la rivière des Prairies. On n’a jamais su ce qu’elle faisait, qui elle connaissait, où elle allait, d’où elle venait et sous quel nom elle était connue de son vivant.»

À Montréal, le 5 octobre 1953, à l’âge de 34 ans, fut retrouvée décédée tragiquement dame Marie‑Paule Rochette‑Chénier, auparavant de l’Armée canadienne.

Madame Rochette était l’épouse d’Hervé‑Ferdinand Chénier, de Québec, né le 9 février 1920, de la Gendarmerie Royale du Canada. Le couple s’est marié le 15 décembre 1945 en l’église St‑Dominique, à Québec, entourés des leurs.

Marie-Paule Rochette est née à Québec le 12 août 1918. Elle était la fille de dame Éva Martel et du Sergent Narcisse Rochette, vétéran exemplaire lors de la Première Guerre mondiale, au sein du Régiment Voltigeur de Québec.

Elle était la sœur de Simone Rochette, de Patricia Rochette‑Roy (Dr Antoine Roy), de Juliette Rochette-Tremblay (Paul Tremblay de l’ONU), de Gaston Rochette, de la Marine américaine et de Raymond Rochette, vétéran décoré de la Seconde Guerre mondiale au sein de la Marine canadienne.

Marie-Paule Rochette laisse dans le deuil sa sœur cadette Marie‑Claire Rochette‑Beaumont, ses neveux (feu Louis Rochette), Benoît Beaumont et Stéphane Rochette, et sa nièce Patricia Rochette (leur mère Jacqueline Lamontagne-Rochette).

Le 22 août 2016, une parole sera prononcée en sa mémoire, à l’emplacement du lot familial, au Cimetière St‑Charles à Québec et suivie, sine die, de son inhumation.

Que Dieu ait son âme.

Patricia

Je tiens à remercier l’auteur Éric Veillette, pour son appui.

Toute information complémentaire peut être acheminée à ce dernier à eric.veillette@hotmail.ca et/ou au Service du Module enlèvements et disparitions, de même qu’au Service des projets d’enquêtes spécialisées, de la Sureté du Québec. http://www.sq.gouv.qc.ca

Rappelons que le corps d’une femme ligotée et étranglée fut repêché dans la rivière des Prairies au matin du 5 octobre 1953. En dépit du fait que la police de l’époque avait demandé l’aide du public via les journaux, en plus d’une publication des mâchoires de la victime dans les pages d’Allô Police, le corps n’a jamais été officiellement identifié ni réclamé. Et aujourd’hui, malgré l’excellente collaboration des autorités concernées, les restes de cette victime sont introuvables.

Selon Sophie, ce corps serait celui de sa tante Marie-Paule Rochette, qu’elle n’a malheureusement pas eu la chance de connaître. Née en 1918, elle serait aujourd’hui âgée de 98 ans si elle était toujours vivante. Or, Sophie maintient qu’elle a disparu quelques mois avant la macabre découverte de la rivière des Prairies. Tout au long de son enfance et de son adolescente, elle a intercepté certaines conversations appuyant la thèse qu’elle présente aujourd’hui. De plus, la peur expliquerait ce silence de plusieurs décennies avant qu’une membre de la famille – en l’occurrence Sophie[2] – se décide à lancer des recherches sérieuses.

Comme on l’a vu dans un précédent article, l’hypothèse veut que le corps ait pourtant été identifié peu de temps après sa découverte par un membre de la famille, ainsi que par le dentiste Chaloult de Québec. Ce dernier aurait reconnu Marie-Paule Rochette par sa dentition.

Mais voilà! Cette hypothèse, bien que vraisemblable et très intéressante, manque cruellement de preuve pour l’instant. Aucun document ne confirme cette identification, ni même le décès de Marie-Paule ou sa disparition. Même les photos de cette beauté se font d’une rareté inquiétante.

De plus, Sophie continue de me rappeler qu’une série de documents qu’elle a souvent consultée par le passé, aurait été détruite.

Malgré tout, la recherche se poursuit car il reste encore deux pistes à explorer.

Pour en savoir davantage sur l’affaire Rochette, je vous invite à consulter les articles que j’ai consacrés à ce dossier à l’adresse suivante :

https://historiquementlogique.com/category/1900-1999-20eme-siecle/affaires-non-resolues/affaire-rochette/

 

[1] Nom fictif.

[2] Notons au passage qu’un frère de Sophie avait déjà tenté de faire bouger les choses au cours des années 1990.