Billy the Kid et Jesse James étaient-ils des amis?

Dr Henry Hoyt.  C'est en grande partie grâce à son journal intime qu'on sait aujourd'hui que Billy the Kid et Jesse James se connaissaient.
Dr Henry Hoyt. C’est en grande partie grâce à son journal intime qu’on sait aujourd’hui que Billy the Kid et Jesse James se connaissaient.

C’est bien connu, Jesse James a laissé sa marque dans le folklore américain en pillant des banques et des trains, principalement dans le mid-ouest. Billy the Kid a quant à lui fait sa renommée en participant à la Guerre du Comté de Lincoln au Nouveau-Mexique avec l’espoir de venger l’assassinat de son ami et employeur.

À première vue, rien ne rapproche ces deux hommes. Et pourtant!

C’est par une voie officieuse de l’Histoire que cette idée apparut pour la première fois en 1949 et 1950 par la bouche de William H. « Brushy Bill » Roberts, un vieil homme qui prétendait être Billy the Kid alors que l’histoire populaire le disait mort depuis 1881. Roberts, qui aurait pu se contenter de répéter les vieilles histoires déjà assimilées par l’ensemble de la population, étonna en affirmant des choses que personne n’avait encore pu imaginer jusque-là.

En 1874, une époque où l’Histoire officielle ne peut détailler les déplacements du Kid, alors âgé d’environ 14 ans, ni celles de Jesse James d’ailleurs, Roberts prétendait avoir passé quelques mois sur le ranch de Belle Reed, plus tard connue sous le nom de Belle Starr. Il dira y avoir fait la rencontre de quelques hors-la-loi de l’époque, dont les frères James et Younger. (Pour plus de détails à ce sujet, voir l’article suivant : Billy the Kid, pensionnaire chez Belle Starr?)

Outre cette possibilité, l’auteur Philip J. Rasch, aujourd’hui décédé, soulevait une autre hypothèse selon laquelle une rencontre entre les deux célébrités du Far West aurait eu lieu en février 1879. Dans un article de 1960, Rasch écrivait que Jesse James et Billy the Kid aurait pu se croiser au lendemain de la Guerre du Comté de Lincoln dans le Nouveau-Mexique.

En février 1879, le Kid et certains de ses amis s’étaient rendu à un rendez-vous dans le village de Lincoln pour tenter de faire la paix avec Jimmy Dolan, le principal représentant du clan adverse. Dolan était lui-même accompagné de quelques brutes. Après quelques paroles grossières, les deux factions finirent par s’entendre avant de célébrer cette trêve par une tournée des bars.

Le même soir, Houston Chapman, un avocat qui tentait de poursuivre le clan Dolan pour tenter de dédommager la veuve de l’une des victimes de cette guerre de comté, revenait au village de Lincoln. Sans raison apparente, l’un des hommes du groupe de Dolan, un dénommé William Campbell, se mit à harceler Chapman. Ivre, Campbell l’aurait abattu de façon délibérée. Selon Rasch, le pauvre homme aurait reçu deux blessures mortelles.

En retournant vers un restaurant, Campbell aurait avoué avoir promis au Colonel Dudley, que certains tenaient responsable pour les décès de certains individus, d’éliminer Chapman. Serait-ce donc un meurtre prémédité et commandité?

À l’intérieur du restaurant, Campbell demanda à un autre homme d’aller placer une arme dans la main du cadavre, qui gisait toujours dans la rue, afin de faire croire à de la légitime défense. Le Kid se montra opportuniste en saisissant cette phrase au bond, se proposant lui-même pour aller ainsi « maquiller » la scène de crime. En fait, le Kid profita plutôt de cette chance pour s’éloigner du gang de Dolan et quitter le village sans jamais avoir mis l’arme dans la main du pauvre Chapman.

Jesse James
Jesse James

Étrangement, un peu plus de 10 ans avant la publication de l’article de Rasch, Brushy Bill Roberts racontait déjà la même histoire.

Mais la véritable surprise dans cette affaire reste à venir.

Plus tard, lors de son procès, Jimmy Dolan affirma avoir eu trop peur de Campbell pour être en mesure de le contrarier. En fait, Rasch racontait que, dans le folklore néo-mexicain, Campbell était en réalité Jesse James.

Cette rumeur semble prendre ses origines dans une lettre de George Taylor, petit-fils de Cynthia Birchard, la sœur de la mère du président Rutherford B. Hayes, qu’il écrivit au président en spécifiant :

« Il y a quelques semaines un avocat du nom de Chapman qui tentait de régler les successions de McSween et de Tunstel [Tunstall] a été tiré et tué par Dolan qui est revenu et deux hors-la-loi Evans et Campell [Campbell]. Cambell est Jesse James, le Gouverneur Wallace et un homme du nom de McPherson le savent aussi. »

Toujours selon Rasch, Lew Wallace aurait cru en la véracité de cette information jusqu’au jour de sa mort. Mais le problème réside dans le fait que Wallace aurait également été informé que Campbell aurait aussi tué trois hommes de sang froid sur les territoires de chasse aux bisons, ce qui ne colle évidemment pas à ce que l’on sait de la carrière de Jesse James.

Plutôt que d’apporter des réponses, ces rumeurs soumettent d’autres questions. Selon l’une d’elle, apparemment bien établie à Lincoln, le véritable nom de Campbell n’aurait pas été Ed Richardson comme l’a prétendu l’auteur Walter N. Burns en 1926, mais plutôt Hines. C’est là que les choses se compliquent. On sait que Clell Miller, un des acolytes du gang des frères James et Younger, a déjà utilisé le pseudonyme de Hines. Toutefois, Miller n’était plus de ce monde en février 1879. Il avait été tué lors de la célèbre attaque de la banque de Northfield en septembre 1876, dans le Minnesota.

D’un autre côté, c’est un dénommé Joe Hines qui, en 1948, a mis l’avocat William Morrison sur la piste de Brushy Bill Roberts. On n’a jamais su qui était réellement ce Joe Hines, qui en connaissait apparemment tout un rayon sur les faits entourant la Guerre du Comté de Lincoln.

Rasch soulignait que l’auteur Carl W. Breihan avait révélé que Jesse James aurait déjà utilisé le nom de William Campbell, mais Breihan avoua qu’il n’y avait aucun fondement à cette information.

Peut-être s’agissait-il d’une simple confusion de noms. Quoi qu’il en soit, des auteurs contemporains sérieux comme Yeatman ou Nolan n’en font même pas mention.

Si Brushy Bill Roberts a fait une brève allusion selon laquelle les James, ainsi que Belle Reed (Starr) auraient déjà été de passage dans le village de Lincoln, on ne peut aujourd’hui en trouver la moindre preuve.

Alors, est-ce encore loufoque de prétendre que Jesse James et Billy the Kid aient été des amis?

Non. Pas selon la troisième possibilité, qui paraît beaucoup plus sérieuse que les deux précédentes.

D’abord, il faut comprendre qu’à la suite du fiasco de Northfield en septembre 1876, qui a résulté en la capture des trois frères Younger, les frères Frank et Jesse James s’étaient retiré du milieu criminel. Ils s’étaient installés au Tennessee sous des noms d’emprunt.

Cette photo de Billy the Kid prise vers 1880 est la seule qui soit reconnue par tous les historiens.
Cette photo de Billy the Kid prise vers 1880 est la seule qui soit reconnue par tous les historiens.

Au cours de l’été 1879, ils n’avaient toujours pas repris leurs activités de hors-la-loi et c’est à ce moment qu’on retrouve Jesse à Las Vegas, au Nouveau-Mexique, loin de son Missouri natal. Qu’est-ce qui l’a soudainement amené à se rendre directement à cet endroit?

Ted P. Yeatman, un auteur qui se spécialise sur l’histoire des frères James, se demande si Jesse ne s’y est pas rendu pour régler certaines dettes, déterminé qu’il aurait pu être à continuer de mener une vie normale et faire oublier son image de grand desperado. Ou alors était-ce pour opérer un nouveau gang dans cette région. Si cette dernière hypothèse me semble assez peu probable, car appuyé par aucun indice, il demeure un fait cependant que l’un de ses vieux amis du Missouri, Scott Moore, se trouvait à Las Vegas avec sa femme cet été-là. Le couple Moore s’occupait d’un hôtel qui offrait des bains de source sulfureuse (hot springs) situé à environ 6 milles du village de Las Vegas, au Nouveau-Mexique. « C’est là qu’une rencontre plutôt remarquable a probablement eu lieu entre deux des plus légendaires hors-la-loi américains de tous les temps », écrivait Yeatman en 2000[1].

En fait, ce fait historique unique nous est parvenu principalement à cause du Dr Henry Hoyt. Après avoir obtenu son diplôme de l’école de médecine, ce jeune docteur s’était d’abord dirigé vers Deadwood, sur le Territoire du Dakota, en 1877, puis ensuite dans le Texas septentrional où il avait habité et travaillé à Tascosa, entre autres en soignant les blessures des cow-boys. C’est là qu’il fit la rencontre de William Bonney, alias le Kid.

Par la suite, le Dr Hoyt vint s’installer à Las Vegas, où il travailla comme barman pour arrondir ses fins de mois. C’est là qu’il allait revoir le Kid au cours de l’été 1879.

En mars 1879, le Kid avait rencontré le gouverneur Lew Wallace, qui lui avait promis un pardon en échange de son témoignage. D’ailleurs, le témoignage du Kid permit de déposer un minimum de 200 accusations contre plusieurs hommes impliqués dans cette guerre de comté. Au cours de l’été 1879, le jeune homme était donc considéré libre et inoffensif.

Le 27 juillet 1879, le Dr Hoyt entra dans l’hôtel de Moore à Las Vegas. Comme l’endroit était bondé, la seule chaise de libre se trouvait à une table du fond, à laquelle étaient déjà attablés trois hommes, dont Billy, qui portait un complet. Puisque le Dr Hoyt le connaissait depuis l’époque de Tascosa, il s’installa sur la chaise vide et tout de suite ils se reconnurent en se rappelant des souvenirs du Texas. Un instant plus tard, l’homme assis à la gauche de Billy lança un commentaire et ce fut ainsi que Billy lui présenta l’inconnu en ces termes : « Hoyt, voici mon ami M. Howard du Tennessee ».

Or, il est de commune renommée depuis longtemps que Jesse utilisait ce nom d’emprunt au cours de cette période.

Ces détails historiques proviennent du journal intime que le Dr Hoyt a laissé derrière lui et si on doit en croire cette phrase, Billy considérait donc Jesse comme son ami, et qu’Il faudrait donc en déduire qu’ils ne se voyaient pas pour la première fois.

Hoyt aurait également remarqué les yeux bleus pétillants de ce monsieur Howard, en plus du fait qu’il lui manquait le bout d’une jointure à l’un de ses doigts de la main gauche. Or, il demeure un fait établi que Jesse s’était blessé à l’époque de la Guerre de Sécession en manipulant un revolver, s’explosant ainsi le bout de son majeur de la main gauche.

Hoyt constata qu’il s’agissait d’un homme volubile qui donnait l’impression d’avoir beaucoup voyagé. Après le dîner, Billy aurait amené le docteur à sa chambre pour finalement lui révéler, tout en lui promettant de garder le secret, que monsieur Howard était en réalité Jesse James.

Ce qui apporte encore plus de crédibilité à cette rencontre c’est que le Dr Hoyt se montra d’abord septique. Le même soir, cependant, il eut la chance de revoir Howard, mais cette fois seul à seul. Hoyt n’aurait pu résister à l’envie de lui demander s’il avait déjà mis les pieds à Saint-Paul, dans le Minnesota. Howard aurait répondu « non » de manière nonchalante avant de changer rapidement de sujet.

Selon Yeatman, au moins un autre homme aurait vu Jesse à Las Vegas. Ce témoin était Miguel Otero, le futur gouverneur du Nouveau-Mexique de 1897 à 1906. En 1879, il travaillait pour son père à Las Vegas et connaissait aussi Scott Moore. Otero se rappela de Howard comme d’un homme plutôt calme et réservé avec des yeux bleus perçants, portant une petite barbe, un manteau brun de style prince Albert et un chapeau noir. Au cours de cette conversation, Jesse aurait posé quelques questions concernant la possibilité de se lancer dans l’élevage de bétail, que ce soit dans le sud-ouest ou au Mexique.

D’ailleurs, on pouvait lire dans le Las Vegas Optic du 6 décembre 1879 que « Jessie [sic] James était un invité du Las Vegas Hot Springs, du 26 au 29 juillet. Bien sûr, ce ne fut pas connu de tout le monde ».

De son côté, Frederick Nolan, un spécialiste de l’histoire du comté de Lincoln qui refuse cependant d’accorder la moindre importance à la version de Brushy Bill Roberts, confirme cette rencontre inusité de Las Vegas au cours de l’été 1879, ajoutant qu’un certain « The Kid » avait été accusé de tenir une table de jeu illégale dans cette ville en juillet 1879, ce qui pourrait indiquer que Billy ait passé du temps à Las Vegas au cours de cet été. Nolan précise aussi que le nom du saloon pour lequel le Dr Hoyt travaillait était le Las Vegas’ Exchange Saloon et que l’hôtel de « Winfield Scott Moore » se nommait le Adobe Hotel.

Yeatman et Nolan s’entendent sur le fait que Jesse aurait également proposé à Billy de faire partie de son gang. Le Kid, qui ne volait qu’un peu de bétail pour subsister, aurait toutefois refusé la proposition. Étrangement, Brushy Bill Roberts a lui-même expliqué que Belle Reed lui avait proposé de devenir son garde du corps lorsqu’elle avait découvert son talent au tir, mais il avait refusé en disant qu’il ne voulait pas devenir un hors-la-loi.

Dans un article datant d’avril 1967, Philip J. Rash confirmait déjà cette rencontre de Las Vegas, sans toutefois fournir autant de détails.

Jesse James et Billy the Kid étaient-ils des amis? Après tout, si on en croit le journal intime du Dr Henry Hoyt, c’est le Kid lui-même qui l’aurait dit!

 

[1] Ted P. Yeatman, Frank and Jesse James, the story behind the legend, 2000, p. 209.

Un pardon pour le Kid?

Après avoir été gouverneur du Nouveau-Mexique, Lewis Wallace s'est surtout fait connaître comme étant l'auteur du roman Ben Hur.  Son œuvre fut porté à l'écran et en 1959 remporta 11 Oscar.
Après avoir été gouverneur du Nouveau-Mexique, Lewis Wallace s’est surtout fait connaître comme étant l’auteur du roman Ben Hur. Son œuvre fut porté à l’écran et en 1959 remporta 11 Oscar.

Lorsqu’on écrit sur le célèbre hors-la-loi Billy the Kid, on parle assez peu de la période où il a démontré un désir sincère de réhabilitation, en particulier en offrant son aide à Lewis « Lew » Wallace, alors gouverneur du Territoire du Nouveau-Mexique. Et dépit des actes de violence que la plupart des auteurs aiment lui attribuer, il a réellement démontré son souhait de donner un coup de pouce au système judiciaire en 1879.

En fait, l’attitude qu’il a eue au cours du printemps 1879 pourrait bien révéler une facette méconnue de sa personnalité.

On sait qu’à la suite de l’assassinat de son ami et employeur John Tunstall, en février 1878, le Kid s’est lancé dans une croisade vengeresse en compagnie de quelques ouvriers agricoles qui se sont eux-mêmes surnommés Les Régulateurs. Rapidement, ces jeunes hommes ont semés quelques cadavres sur leur route. Il suffit de penser à Morton et Baker, ainsi qu’au Shérif Brady.

La fusillade du 19 juillet 1878, survenue au cœur du le village de Lincoln, mit un terme à ce qu’on désigne encore aujourd’hui sous le nom de la Guerre du Comté de Lincoln. (Lincoln County War). D’autres atrocités furent commises au cours des mois suivants, mais l’arrivée en poste du vétéran de la Guerre de Sécession Lewis Wallace au capitole de Santa Fe en tant que gouverneur a fait bouger les choses.

Rapidement, il rédigea une proclamation d’amnistie pour les participants de cette guerre de comté. C’était la seule façon, semble-t-il, de remettre les pendules à l’heure et d’espérer que certains témoins se manifestent afin d’éclaircir les événements. En réalité, les vrais témoins ont été rares à se présenter. Ceux qui le firent ne pouvaient témoigner de tous les détails, du cœur du problème.

Susan McSween, dont le mari avait été froidement abattu lors du dernier affrontement armé du 19 juillet, engagea un avocat du nom de Chapman afin de déposer des accusations contre le colonel Dudley. Lors de la fusillade, Dudley aurait refusé d’intervenir entre les deux clans, ce qui avait causé la mort d’Alex McSween et de quelques-uns de ses jeunes protégés. Mais voilà! Dans ce climat étrange de corruption, Chapman fut assassiné gratuitement en février 1879. Les circonstances firent en sorte que l’un des témoins de la scène fut nul autre que William H. Bonney, alias Kid.

Le 5 mars 1879, le gouverneur Wallace démontra sa détermination en débarquant dans le petit village de Lincoln avec l’espoir de mieux compléter son enquête. Le 11 mars, il rédigea une lettre dans laquelle il donnait les noms de plusieurs suspects en lien avec tous les actes de violence commis dans le comté. Dans cette liste, on retrouvait les noms de plusieurs hommes dangereux, mais aussi celui du Kid.

Peu après, les trois suspects dans l’affaire Chapman furent arrêtés. Cette bonne nouvelle incita un jeune témoin à se manifester. Ainsi, le 13 mars, le gouverneur Wallace recevait cette lettre :

Cher monsieur,

J’ai entendu dire que vous donneriez 1,000$ pour mon corps, et j’en déduis que vous me voulez vivant en tant que témoin. Je sais que c’est comme témoin contre ceux qui ont tué M. Chapman. Si tel est le cas, je peux apparaître en Cour et je peux donner l’information souhaité, mais j’ai des accusations contre moi pour des choses qui sont survenues dans la Guerre du Comté de Lincoln et j’ai peur de me rendre parce que mes ennemis vont me tuer. Le jour où M. Chapman a été assassiné, j’étais à Lincoln à la demande de bons citoyens pour rencontrer J. J. Dolan en tant qu’amis, pour que nous laissions nos armes de côté et faire des affaires. J’étais présent quand M. Chapman a été tué et je sais qui l’a fait, et si ce n’était pas de ces accusations, j’aurais déjà éclairci cette affaire. S’il est en votre pouvoir d’annuler ces accusations j’espère que vous le ferez pour me donner une chance de m’expliquer. S’il vous plaît, envoyez-moi une réponse que vous pouvez le faire. Vous pouvez envoyer une réponse par un porteur, je n’ai plus envie de me battre et je ne me suis pas servi de mes armes depuis votre proclamation. Je vous réfère à n’importe quel citoyen, la majorité d’entre eux sont mes amis et ils m’ont aidé comme ils ont pu. On m’appelle Kid Antrim, mais Antrim est le nom de mon beau-père. En attendant votre réponse, je reste votre obéissant serviteur,

W. H. Bonney

On peut imaginer la surprise du gouverneur de recevoir ainsi une réponse de l’homme le plus recherché du comté, d’autant plus que le Kid démontrait une étonnante ouverture d’esprit. En fait, le témoin idéal se présentait à lui sur un plateau d’argent.

Deux jours plus tard, Wallace lui envoyait donc sa réponse en lui donnant rendez-vous chez un ami commun de Lincoln. En 1950, plus de sept décennies après cette rencontre historique, William H. Roberts, ce vieil homme qui prétendait être Billy the Kid, se rappelait, en plus de fournir de nombreux détails correspondants, que Wallace lui avait promis un pardon complet en échange de son témoignage dans l’affaire Chapman et celle du colonel Dudley. Il devait également comparaître pour ses propres accusations pour éclairer la justice, après quoi on lui promettait un pardon complet.

En 1902, bien avant la sortie publique de Roberts et alors qu’on croyait le Kid mort et enterré depuis 1881, Lew Wallace a publiquement admis avoir fait cette promesse en déclarant que « quand il [Kid] s’est assis, j’ai commencé à présenter le plan que j’avais en tête pour qu’il puisse témoigner de ce qu’il savait à propos du meurtre de Chapman à la session du tribunal deux ou trois semaines plus tard, sans mettre sa vie en danger. J’ai terminé avec ma promesse. « En retour, si vous faites ça, je vous laisserai partir avec un pardon dans votre poche pour toutes les choses que vous avez faites » ».

Tout le monde semble donc d’accord sur la véracité de cette promesse. Alors pourquoi n’a-t-elle pas été honorée?

Tel que promis, le témoignage du Kid a contribué à faire condamner l’un des trois accusés dans l’affaire Chapman. Mais le succès ne fut pas aussi fructueux au cours de la commission d’enquête concernant le colonel Dudley, qui débuta le 9 mai 1879, et qui avait comme mandat de déterminer s’il y avait matière à aller en Cour martiale.

Si on ne possède malheureusement pas les transcriptions sténographiques de ces audiences, l’auteur Frederick Nolan laisse entendre que cette commission aurait pu être biaisé et que le procureur assurant la défense du colonel Dudley, un dénommé Waldo, se serait amusé à détruire tous les témoignages. Dans son plaidoyer du 5 juillet 1879, Waldo aurait simplement qualifié le Kid de « criminel de la pire espèce » ainsi que de « meurtrier de profession ».

Quoi qu’il en soit, en ayant eu le courage de dire ce qu’il savait au gouverneur Wallace, le Kid avait permis à la justice de déposer 200 accusations contre différents voyous et criminels ayant pollués l’atmosphère du comté. Bref, aucun autre témoin n’a fourni au gouverneur une aide aussi précieuse.

Le verdict tomba le 18 juillet 1879 : aucune procédure judiciaire ne serait entreprise contre le colonel Dudley. Il semble que le Kid ait anticipé cette défaite car, un mois plus tôt, c’est en marchant qu’il avait quitté la prison dans laquelle il séjournait en semi-liberté. Au sujet de ce départ, Roberts dira seulement en 1950 que « je suis allé voir [le shérif] Kimbell et je lui ai dit de me donner mon ceinturon et mes revolvers. Il a dit qu’il ne pouvait pas me blâmer comme j’allais partir. […] Tom [O’Folliard] et moi avons quitté la prison en marchant ».

Roberts laissera entendre également que les choses commençaient à s’annoncer mal pour lui, entre autres lorsque des procédures judiciaires furent entreprises pour transférer son dossier dans une autre juridiction, alors qu’il avait demandé au gouverneur d’être entendu à Lincoln.

Il serait sans doute facile de soupçonner Wallace de ne pas avoir tenu ses promesses. Il est vrai qu’au cours de la détention suivante du Kid, au cours des premiers mois de 1881, il a ignoré les lettres de ce dernier. Le Kid implorait son aide en lui rappelant sa promesse.

Aujourd’hui, il est impossible d’éclaircir les détails de cette entente ratée. On ne peut donc accuser Wallace d’avoir manqué à sa parole, tout comme on ne peut supposer que le Kid ait mal interprété les intentions de la justice. Pourtant, on constate qu’une belle occasion de réhabilitation a échouée.

Billy the Kid fait encore jaser!

William H. Roberts (à gauche) rencontrait le Gouverneur Mabry (à droite) à sante fe, N.-M., le 29 novembre 1950.

Ce matin, le quotidien de Trois-Rivières Le Nouvelliste reprenait un article de la presse américaine de Santa Fe, au Nouveau-Mexique, stipulant que le Gouverneur Bill Richardson aurait l’idée de lui offrir le pardon qu’on lui avait promis en 1879.  Cette idée déclencherait en ce moment la colère des descendants de Pat Garrett, le shérif qui disait avoir tué le célèbre hors-la-loi le 14 juillet 1881.

Or, comment les descendants de Garrett peuvent-ils prétendre à quoi que ce soit dans ce dossier?  Garrett lui-même a affirmé avant sa mort que son livre publié en 1882, à l’origine de la majorité des mensonges véhiculés par la légende, ne valait rien et qu’il fallait le réécrire.  Ses enfants sont nés bien après les événements.  De plus, Garrett n’a jamais abordé, semble-t-il, le sujet avec eux, à l’exception de l’une de ses filles qui disait d’ailleurs en 1983 que son père n’avait jamais tué Billy the Kid.

Comme c’est le cas depuis longtemps dans ce dossier, l’impartialité se fait rare chez les participants, autant d’un côté comme de l’autre.  Ceux qui préservent les lieux touristiques du Nouveau-Mexique craignent une baisse dramatique de l’achalandage, ce qui s’effectue au profit de la petite ville de Hico, au Texas, où est décédé William H. « Brushy Bill » Roberts en 1950, le vieil homme qui prétendait être le Kid.

On peut lire que « la légende veut que Billy le Kid ait tué 21 personnes, une pour chaque année de sa courte vie, mais la réalité est probablement plus près de neuf, selon l’office du tourisme du Nouveau-Mexique », écrit Le Nouvelliste en ce 30 septembre 2010.  Or, la crédibilité d’un bureau touristique peut-elle être remise en cause?

J’oserais affirmer que oui.  En 1999, j’ai traversé le célèbre Comté de Lincoln, ainsi que le village de Fort Sumner, et on constate que sans l’image de Billy the Kid la région aurait peu à offrir au point de vu touristique.

Le 29 novembre 1950, Roberts, 90 ans, était reçu devant le gouverneur à Santa Fe pour tenter d’obtenir le pardon qu’on lui avait promis en 1879.  Malheureusement, la rencontre se transforma en cirque et on refusa d’entendre ses preuves.  Dans une absence totale d’impartialité et de compréhension, on le rejeta du revers de la main.  Cet échec l’affecta au point qu’il succomba, moins d’un mois plus tard, à une crise cardiaque.  Il s’effondra, seul en pleine rue, le bras enroulé au pare-choc d’une voiture stationnée en bordure du trottoir.

Comme je l’ai déjà signalé dans « Dernier pardon pour Billy the Kid », publié en 1995, ainsi que dans mon manuscrit « Billy » de 2009, l’impartialité se faisait rare à l’époque et il semble que les conservateurs de la légende y tiennent encore.

Évidemment, un article de trois paragraphes paru dans un journal régional québécois comme Le Nouvelliste est nettement insuffisant pour expliquer tout le dossier, mais je vous promets des articles de fonds sur le sujet pour très bientôt, dont un qui analysera en profondeur les faits concernant la toute première victime du Kid.  Ensuite, on verra aussi comment il est possible que l’Histoire se soit trompé dans cette affaire en relatant les faits survenus au cours de la nuit du 14 juillet 1881.

Quant à Roberts lui-même, je ferai également un résumé de son aventure à partir de sa rencontre avec l’avocat Morrison en juin 1949 jusqu’à son décès le 27 décembre 1950.

On se redonne donc rendez-vous bientôt!