Un autre roman qui critique la justice?

juge-fouDans son roman Une justice à la dérive, l’auteure Claire Bergeron se permet une critique sévère du système judiciaire.  Dans le résumé apparaissant en quatrième de couverture, elle parle même de procès bâclé.  En plus d’un titre qui se veut lui aussi très critique, elle présente la dédicace suivante : « à chacun d’entre vous qui fut le témoin ou la victime d’une justice aveugle ».

Ce n’est pas tout.  Le ton s’amplifie avec une dédicace de Montesquieu qui se veut toujours aussi cinglante : « il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec la couleur de la justice ».

Je le concède : tout cela donne envie d’aller voir plus loin, de comprendre les faits qui ont poussés l’auteure à offrir ce regard d’opinion.  Mais ça rebute aussi les esprits rationnels qui cherchent encore les arguments solides pour appuyer cette idée.  Ça me rappelle le documentaire Novembre 84 qui dès son ouverture critiquait vertement le travail policier avant même qu’on sache de quoi on allait parler.

Manque de profondeur ou d’objectivité?  Attendons de voir un peu.

On en arrive à la page suivante, c’est-à-dire la note de l’auteure, laquelle se lit intégralement comme ceci : « ce roman est inspiré d’une histoire réelle.  Mais les personnages et les circonstances ont été modifiés au gré de mon imagination; Une justice à la dérive est une œuvre de fiction.  Ce que j’ai retenu des divers documents consultés à Bibliothèque et Archives Canada, à Ottawa, est, que si le jury est le pilier de notre système judiciaire pénal, il n’en demeure pas moins qu’il est composé de douze personnes que rien dans leur existence n’a préparées à cette tâche cruciale et qu’elles délibèrent uniquement à partir de faits portés à leur connaissance.  La mort étant irréversible, la peine capitale ne devrait plus, dans aucun pays, constituer une condamnation admissible ».

Cette dernière phrase est une belle façon de dénoncer la peine de mort, mais peut-être devrait-on rappeler à Mme Bergeron qu’elle a été aboli au Canada il y a maintenant plus de 40 ans!

Le reste du livre laisse place au roman, sans aucune autre note pouvant nous permettre d’identifier clairement « l’histoire vraie » qui se cache derrière cette inspiration.

1675191-gfUne critique saine envers le système judiciaire, je veux bien.  Mais pour cela, il faut présenter des arguments solides, comme l’a fait, par exemple, Me Clément Fortin en parlant de « fraude judiciaire » après avoir étudié l’ensemble du dossier concernant le meurtre de l’hôtelière de Percé en 1969[1].

Tout d’abord, le titre que Claire Bergeron donne à son œuvre est très explicite.  En un mot, elle qualifie la justice de système « à la dérive ».  Ce n’est pas rien, car cette interprétation laisse entendre qu’il se dégrade continuellement et qu’il est pratiquement irrécupérable.  En plus de cette citation soigneusement choisie, elle s’attaque sévèrement au rôle des jurés.  Quels sont ses arguments?  Puisque le reste de son roman est une « fiction », comment peut-on prétendre apporter des arguments valables pour remettre en question un système qui a fait ses preuves depuis des siècles et que, de toute évidence, elle ne semble pas s’être donné la peine de comprendre?

En principe, nous devrions en rester là.  Son argumentation est non seulement faible mais carrément inexistante.  Pour une critique honnête, on s’attendrait plutôt à un récit des faits de cette affaire criminelle qu’elle a consulté dans les archives.  En reconstituant fidèlement le véritable procès, sa critique aurait-elle été la même?

Devant un roman, le lecteur ne peut évidemment pas se faire une opinion sur des faits qui ont été modifiés, transformés ou effacés.  L’approche est incorrecte et biaisé.  Tout de même, j’ai eu la curiosité de me mettre au défi de découvrir la véritable affaire criminelle qui se cache derrière ce roman.  Pour cela, il faut d’abord en extraire les points importants qui peuvent être comparés à des faits connus.

Dès le premier chapitre, il est question d’un verdict de culpabilité pour meurtre prémédité prononcé à Amos le 6 octobre 1944.  Le condamné se nomme Florent Lamonde.  Il a 20 ans.  Son crime?  Un double meurtre.  En fait, il a tué une femme enceinte dans des circonstances que l’on découvre seulement plus loin.  L’avocat de la défense a pour nom Félix-Xavier Gagnon, alors que le juge s’appelle Adjutor Blondeau.  Le ton utilisé laisse également entendre une critique sur la durée des délibérations : 19 minutes.  D’ailleurs, le premier point qu’elle remet en question, par l’entremise d’un personnage qui se fait journaliste, est justement la brièveté de cette délibération.   Elle la considère comme une première preuve d’un procès bâclé.  Sans doute faudrait-il rappeler qu’à cette époque, et même pour la période où l’on pendait au Canada, c’est-à-dire de 1867 à 1976, les délibérations qui ont durées plus de quelques heures ont été rares.  Elle oublie que les jurés ne forgent pas uniquement leur opinion lors de cette dernière étape, mais tout au long du procès, que ce soit en écoutant attentivement les témoins ou les plaidoiries des procureurs.  Cet argument est donc vide de sens.

            Par la suite, le personnage de Florent tombe amoureux d’une belle polonaise prénommée Irena.  Mais l’argent qu’il gardait pour l’épouser, il doit le sacrifier pour placer son jeune frère malade de tuberculose dans un sanatorium, ce qui repousse le mariage d’une autre année puisque Florent peut seulement amasser sa fortune sur les chantiers.  Mais voilà.  La belle Irena ne le prend pas et décide de le quitter.  Désemparé, Florent se tourne alors vers le dernier moyen à sa portée : le vol.  C’est donc en cambriolant ses voisins, les Sicard, que les choses tournent mal et Mme Sicard, enceinte, perd la vie.  À retenir : les Sicard prévoyaient s’installer dans une nouvelle maison puisqu’ils habitaient une cabane plutôt désuète et inconfortable.

            Voilà donc la version romantique, à peu de choses près.

Puisque le personnage de Florent Lamonde est condamné à être pendu, je me suis dit qu’il était sans doute possible de retracer le cas réel qui se cache derrière ce roman.  Nous avons donc un jeune homme de 20 ans condamné pour double meurtre à Amos devant un juge nommé Blondeau en 1944.

 Parmi tous les condamnés à mort que le Québec a connu depuis la Confédération de 1867 jusqu’à l’abolition de 1976, celui qui semble correspondre le plus au profil s’appelait Laurent Lamirande.  Lui aussi avait 20 ans lorsqu’il commit un double meurtre à Authier, en Abitibi, dans la nuit du 25 au 26 mars 1942.  Ses victimes étaient Mme Richard et Paulette Richard, cette dernière étant âgée de 9 ans.  Le procès de Lamirande a eu lieu à Amos devant le juge Noël Belleau, du 29 septembre au 2 octobre 1942.

ScreenHunter_682 May. 26 20.23Dans La Gazette du Nord, voici ce qu’on racontait le 3 avril 1942 à propos du crime : « Jeudi, le 26 mars, la paroisse St-Jude d’Authier fut plongée dans l’émoi par la mort tragique et accidentelle de madame Henri Richard et de sa jeune fille de 8 ans.  C’est un des voisins, M. Adélard Bergeron, qui, à l’aube du jour, trouva les restes des deux victimes dans un brasier fumant, la maison qui les abritait ayant été brûlée de fond en comble.  Madame Richard vivait seule avec sa jeune fille, dans sa demeure, sur le lot de terrain que la famille Richard a acquis il y a 25 ans; son époux travaillait à l’extérieur depuis plusieurs mois dans le but de se faire des épargnes pour se bâtir une maison qui aurait remplacé le « shack » primitif, chacun de son côté s’imposait les sacrifices nécessaires pour arriver au but projeté; on se réjouissait, à l’avance, à la pensée que l’on pourrait enfin jouir dans une maison confortable.  Hélas!  La Providence y a mis son doigt, dans une nuit affreuse et malheureuse, nous avons vu disparaître, l’épouse, la fille et l’argent, tout est brûlé avec le modeste logis, tout est consumé.  Le chef abandonnera sa paroisse pour aller continuer son travail près de Val d’Or où il demeurera avec sa fille et son gendre M. Foreagin ».

Quoique l’incident passa d’abord pour un incendie accidentel, l’enquête policière détermina qu’il s’agissait d’un double meurtre.

On retrouve un autre point où le roman rejoint la réalité, lorsque La Gazette du Nord écrivait, le 2 octobre 1942, que « l’accusé est un jeune homme de 20 ans à l’air calme et placide, d’un aspect plutôt sympathique.  Rasé de frais, il est vêtu avec élégance et n’a rien de la plupart des figures qui défilent à la barre des accusés ».  Le personnage de la romancière passait également pour un bon et beau garçon.

Lors du véritable procès, la Couronne était représentée par Me Gérald Fauteux de Montréal, et assisté de Me Henri Drouin, d’Amos.  Quant à l’accusé, il était défendu par Me Lucien Gendron.

Cet article nous apprend aussi que le canon brûlé d’une carabine a été retrouvé dans le brasier et qu’il y avait une somme d’argent considérable dans la maison.  De plus, le socle de la lampe au kérosène aurait été retrouvé à bonne distance de ses autres pièces, ce qui semblait éliminer la possibilité de l’avoir accroché accidentellement, comme le prétendra la défense.

Dans la parution du 9 octobre 1942 du même journal on apprend, ô surprise, que les délibérations s’échelonnèrent sur 55 minutes.  Henri-Julien Richard, le mari et le père des victimes, s’était éteint à l’âge de 61 ans le 13 juin, quelques mois seulement après le drame.  Malgré l’absence de ce témoin potentiel, la Couronne arriva à prouver que celui-ci avait envoyé, depuis les chantiers, la somme de 400$ ou 450$ à sa femme.  « Cet argent était destiné à la construction d’une maison plus grande et plus confortable qui devait remplacer la modeste maison de bois de sa famille ».  Voilà donc un autre détail qui confirme la chose : la romancière s’est inspirée de l’affaire Lamirande.

Lamirande aurait fait une première confession en affirmant que deux inconnus lui auraient emprunté sa carabine pour aller commettre un vol chez les Richard.  Pour son aide, on lui aurait donné 100$.  Mais le lendemain, il livrait une autre version aux détectives et selon laquelle entre 23h00 et minuit il s’était rendu chez les Richard « la porte de la maison n’étant pas verrouillée, il y est entré et a pénétré dans la chambre de Madame Richard éclairée par une lampe basse. Madame Richard s’est levée.  Lamirande lui a lancé sa carabine d’une distance de trois ou quatre pieds et Madame Richard est tombée sur son lit, pour ne pas se relever.  La fillette Paulette Richard ne s’est pas réveillée.  L’accusé se serait alors emparé de l’argent contenu dans la saccoche [sic] qui reposait sur le bureau, environ 200$ mais qu’en faisant un faux mouvement il aurait renversé la lampe allumée.  Rentré chez lui il aurait caché l’argent entre le moteur à essence et le moulin à faucher dans la grange de son père, se serait couché et serait ensuite allé au feu »[2].

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Le juge Noël Belleau, qui prononça la sentence de mort contre Laurent Lamirande en 1942.

 Dans une troisième version, il avoua : « j’ai fait l’incendie des Richard, par découragement, par découragement d’amour, je voulais me marier et je n’avais pas d’argent ».  C’est apparemment cette dernière déclaration qui a convaincu le jury de le déclarer coupable de meurtre avec préméditation et non d’homicide involontaire.  D’après ce compte rendu, il n’y a donc pas matière à crier à l’injustice, et encore moins de parler de « dérive ».  Encore faudrait-il une étude exhaustive de tout le dossier pour en avoir le cœur net.

Par tous les moyens, la défense tenta de sauver la vie de son client, mais le 13 avril 1943 la Cour d’appel confirma le verdict et renvoya le condamné subir sa sentence.  Le 4 juin 1943, Lamirande devint le premier condamné canadien à être pendu de nuit, à 0h30 plus précisément.  Son décès fut constaté à 0h49.  La veille, « il pleura à plusieurs reprises dans la soirée, disant regretter son crime », pourra-t-on lire dans La Patrie.

Quand je pense à d’autres romanciers comme André Mathieu, qui a fortement critique le procès de Marie-Anne Houde sans jamais l’avoir lu, je me demande jusqu’à quel point il n’existe pas une culture visant à critiquer le système judiciaire sans même se donner la peine de le connaître?


[1] Voir : https://historiquementlogique.com/2012/11/22/mesrine-le-tueur-de-perce-une-fraude-judiciaire/

[2] La Gazette du Nord, 9 octobre 1942.

Tom Nulty, le drame de Rawdon

screenhunter_505-jan-05-20-26RIOPEL, Simon.  Tom Nulty, le drame de Rawdon.  Québécor, Outremont, 1995, 232 p.

Dans son prologue, l’auteur justifie son intérêt par le fait qu’il vient lui-même de Rawdon et qu’il avait probablement quelques connaissances reliées à cette vieille affaire qui ne datait pas encore tout à fait d’un siècle au moment de sa publication.

En précisant lui-même que « ce récit est donc plus une biographie qu’un roman », il nous laissait entrevoir la possibilité que son texte puisse parfois verser dans l’imaginaire.  Heureusement, il n’en est rien.

Riopel rassure vite ses lecteurs les plus rigoureux en démontrant son respect pour le dossier judiciaire, ou, si vous préférez, les transcriptions sténographiques du procès.  On ne le dira jamais trop souvent, mais ces documents légaux représentent la base de toute histoire criminelle qui s’est soldé par un procès.  Les informations qui émanent de d’autres sources deviennent généralement bien secondaires.

D’après le dossier de Bibliothèque et Archives du Canada, l’auteur nous plonge dans un bref survol de la personnalité de Tom Nulty, un jeune homme trouble qui se faisait connaître pour jouer du violon dans la majorité des fêtes célébrées dans la région de Rawdon.  On comprendra que celui qui s’apprête à devenir l’un des plus sanglants meurtriers de notre passé collectif est un paysan difficile à cerner, surtout à une époque où on considérait l’alcool responsable de tous les maux et l’épilepsie comme une maladie pouvant expliquer le comportement des tueurs fous.

Le 4 novembre 1897, sans aucune raison apparente, Tom Nulty profita de l’absence de ses parents pour se glisser dans la grange et s’en prendre à l’une de ses sœurs.  Il l’assassine froidement à l’aide d’une hache.  Malheureusement, son crime ne s’arrête pas là.

En sortant du bâtiment, Tom fauche une autre de ses sœurs, avec lesquelles il n’avait pourtant aucun conflit.  Cette fois, une troisième sœur, ainsi que son frère cadet Patrick, l’auraient vu commettre ce crime.  Digne d’un film d’horreur, l’auteur nous fait imaginer la suite.  Les deux enfants se seraient réfugiés dans la maison avant que Tom réussisse à s’y introduire pour continuer son massacre.

Laissant ses quatre victimes derrière lui, Tom Nulty s’éloigne de la ferme pour reprendre un semblant de vie normale.  Il faudra attendre l’enquête du coroner pour que le détective Kenneth P. McCaskill obtienne les aveux de Nulty.  D’ailleurs, cet épisode n’est pas sans rappeler la vitesse étonnante avec laquelle ce détective controversé a obtenu les aveux de Cordélia Viau à la même époque, ainsi que ceux de la veuve de Percy H. Sclater en 1905, et tout cela après avoir passé moins d’une heure avec l’accusé(e).  Dans l’affaire Sclater, le jury n’accordera aucune importance à la version de McCaskill.

Quoi qu’il en soit, le sort de Nulty était scellé.  Probablement inspirée de l’affaire Shortis, la première dans l’histoire du Québec à avoir obtenu un verdict de non responsabilité criminelle pour cause d’aliénation mentale, la défense plaidera la folie.  Ce sera toutefois sans succès.  Nulty sera condamné et pendu en mai 1898.  Le même jour, Rosa Lespérance, sa soi-disant petite amie, fut arrêtée pour avoir abandonné son enfant.  Évidemment, la rumeur fit de ce dernier le fruit de son union avec le supplicié.

Personnellement, n’écoutant que mon désir de toujours étudier la preuve en profondeur, j’aurais apprécié qu’on nous présente de plus longs extraits du procès, question de mieux apprécier les témoignages.  Cette technique aurait peut-être permis d’éviter ou d’éclairer le chapitre que l’auteur consacre à une rumeur transmise plus tard par des voisins.  Selon celle-ci, Tom aurait pu bénéficier de l’aide d’un complice.  En fait, on soupçonnait les parents de l’avoir aidé à commettre les crimes ou, à tout le moins, d’avoir été au courant de ce qui se préparait.

Mais là encore, l’énigme demeure complète.

Cela nous amène vers le mobile du crime, le grand mystère de ce quadruple meurtre.  C’est d’ailleurs la question qui revient toujours lorsqu’on fait face à des drames « inexplicables » et particulièrement horribles.  On a connu le même questionnement envers l’affaire de l’octuple meurtre d’Andrew Day en 1929.  La populace a besoin de comprendre l’incompréhensible.

Le curé Baillargé, qui a connu et pris la défense de Nulty, expliquait le massacre par le fait que le jeune meurtrier aurait eu l’intention de se marier et d’emménager à la ferme de ses parents.  Sa mère aurait cependant rejeté son idée en lui expliquant qu’il y avait déjà suffisamment de bouches à nourrir au sein de leur pauvre famille.

Et comme dans tous les drames du genre, le texte de Riopel nous fait comprendre que les retombées furent énormes sur les épaules des survivants.  Bien souvent, on se refuse d’en parler.  La loi du silence s’impose d’elle-même, tel un tabou naturel.  Les affaires sont pratiquement oubliées, et redonnent des munitions aux commères avant que les dossiers soient revisités par les auteurs ou les historiens.

Ces derniers ne sont toutefois pas assez nombreux pour faire revivre tous les drames de notre passé.  L’establishment historique semble avoir tendance à lever le nez sur ce genre de dossiers, peut-être par leur aspect morbide ou cette façon qu’on a de toujours les rabaisser en les liants à la catégorie péjorative des faits divers.  Ces affaires n’ont pourtant rien à voir avec les chiens écrasées ou les incendies de fond de ruelle.  Ces histoires de meurtres ont profondément bouleversé des familles entières, si ce n’est toute une communauté.  On y retrouve des détails permettant aussi de reconstituer des personnalités entière, de revoir un procédé judiciaire souvent mal compris, de croiser des hommes de loi qui ont laissé leurs traces, etc.

Si l’Histoire générale est justement une science humaine permettant d’étudier le comportement de nos ancêtres, les faits judiciaires représentent une façon très louable de le faire envers une classe particulière de notre collectivité.  Et à ce titre, Riopel a fait un travail honnête.  Malheureusement, son livre est aujourd’hui devenu trop rare.  Il faut le consulter en bibliothèque.

Je terminerai en soulignant que l’historienne Vicky Lapointe m’a récemment mis au courant de la sortie très récente du roman La visiteuse de Lynda Amyot, qui reprend à sa manière le fameux drame de Rawdon.  C’est d’ailleurs ce qui a motivé ma lecture de l’ouvrage de Simon Riopel.  Reste maintenant à voir ce que l’œil de la romancière apportera de plus à cette affaire criminelle.

L’affaire Dubois: la gravité du geste entraîne-t-elle un plaidoyer de folie?

1890 - Dubois - Le Canadien
Un dessin de Dubois paru dans « Le Canadien » en 1890.

Il en a été brièvement question au chapitre 17 de mon dernier livre, L’affaire Aurore Gagnon le procès de Marie-Anne Houde. Bien que son nom de famille ait eu une connotation purement francophone, Nathaniel Randolph Fritz Dubois était Américain d’origine. Son cas ne fit pas jurisprudence, mais ce sera l’une des premières fois dans l’histoire judiciaire québécoise après la fondation de la Confédération canadienne qu’un meurtrier tentait de plaider la folie.

 

En avril 1890, c’est dans sa résidence de St-Alban, dans la région de Portneuf, que Dubois s’emparait d’une hache pour se débarrasser violemment de sa femme de 34 ans, Marie Zéphyre Dubois. Il tourna ensuite son arme vers ses propres enfants, Joseph, 4 ans, et Georges, un bébé de 3 mois. Finalement, il assassina également sa belle-mère, Olympe Tessier, 67 ans. Selon les informations qui nous sont parvenues, Dubois était athée.

Le jour du drame, après la messe, une voisine entra chez les Dubois. Il était environ 11h00. Confronté à une mare de sang sur le plancher, elle sonna l’alerte dans tout le village. D’autres voisins accoururent sur les lieux pour découvrir les victimes dans la cave, le bébé se trouvant encore dans les bras crispés de sa mère. Plus tard, un témoin se souviendra avoir vu Dubois passer dans un chemin vers 10h00 tout en regardant par-dessus son épaule. C’est que le meurtrier avait décidé de prendre la fuite après le quadruple meurtre.

Lorsqu’il fut arrêté à Portneuf peu de temps après, il déclara avoir « fait un mauvais coup mais qu’il est bien content »[1]. Il raconta également les détails de son forfait avec un détachement incroyable.

Le procès de Dubois se déroula du 17 au 23 avril 1890 au palais de justice de Québec devant le juge Bossé. La défense, représentée par Me Gustave Hamel, tenta de plaider la folie et la provocation, mais en vain. Au matin du 22 avril, Me Fitzpatrick aurait prononcé un merveilleux réquisitoire contre l’accusé. À 10h30, le juge Bossé commença ses directives au jury. D’après ce qu’en rapporta Le Canadien, le juge ne croyait aucunement en la folie de l’accusé. Le Dr Albert Marois, qui se rendit célèbre une trentaine d’années plus tard en faisant l’autopsie du corps de la petite Aurore Gagnon et aussi de Blanche Garneau, aurait témoigné à l’effet qu’il y avait une prédisposition à la « monomanie homicide » chez l’accusé.  En contrepartie, les docteurs Lavoie, Catellier et Vallée témoignèrent à l’effet que Dubois leur paraissait sain d’esprit. Le juge ne croyait pas non plus en la provocation, laissant entendre que Dubois, vivant au crochet de son père, aurait lui-même pu être l’instigateur dans cette histoire.

La charge du juge se termina à 12h30 et il ajourna pour la période du dîner. Au retour, à 14h00, les jurés livrèrent leur verdict : coupable. Au moment d’entendre ce mot fatidique, Dubois, appuyé contre la boîte des accusés, continua de mâcher son tabac. « Au banc des prévenus, ferme, les yeux fixés tantôt sur les jurés, tantôt sur le président du tribunal, impassible, froid comme une statue, le malheureux Dubois a reçu sa sentence de mort sans broncher, sans perdre une seconde l’attitude insouciante qu’il a conservée tout le temps du procès ».

Lorsqu’on lui demanda s’il avait quelque chose à déclarer, il répondit seulement « no, sir ».

Dubois sera finalement pendu le 20 juin 1890 à la prison de Québec. À cette occasion, Le Canadien rappela qu’il y avait plus de 11 ans qu’on n’avait pas assisté à une exécution à cet endrtoit, soulignant que Farrell était monté sur l’échafaud le 9 janvier 1879 pour l’assassinat de Conway à Valcartier. Le journal profita de l’occasion pour souligner son point de vue sur la question : « quel spectacle navrant que l’exécution d’un être humain! Cette potence qui dresse ses bras hideux, ce bout de corde et cette trappe fatale! Et puis ce bourreau tout de noir habillé, qui va et vient sur la plateforme comme une personne qui exerce un véritable métier! ».

Avant le commencement des procédures, le shérif aurait demandé à Dubois s’il avait un dernier vœu et celui-ci aurait demandé d’être enterré avec les vêtements qu’il portait. « De plus, je voudrai[s] que vous ne me feriez pas l’autopsie », aurait-il ajouté.

Quelques jours auparavant, le consul américain était venu le voir pour lui demander s’il souhaitait voir son père une dernière fois. Mais Dubois refusa sans hésitation. Le jeudi précédent l’exécution, il confia à un journaliste « qu’il regrettait beaucoup le crime qu’il avait commis, mais qu’il ne se rappelait aucunement des circonstances du quadruple meurtre; qu’il ne se souvenait pas s’être servi d’une hache, excepté cependant d’avoir frappé sa femme de son poing au moment où celle-ci s’armait d’une chaise pour la lui lancer à la tête. Dubois a causé tout le temps sans émotion avec le journaliste, quoique à plusieurs moments il eut certains serrements de gorge en parlant, signes évidents d’une émotion qu’il cherchait à dominer »[2].

Le condamné eut également de bons mots pour son avocat Me Hamel avant de déclarer : « je sais qu’il n’y a plus d’espoir pour moi en cette vie. Je parlerai peut-être sur l’échafaud. Je n’ai rien écrit, mais je serai court. Je désire tout simplement faire savoir au public que je regrette mon crime, que je n’en ai pas eu la moindre connaissance, et que j’espère rencontrer là-haut ma femme, ma belle-mère et mes enfants. J’espère que Dieu voudra bien m’accorder sa miséricorde ». Pour un prétendu non croyant, il semblait avoir eu le temps de changer d’avis sur la question très épineuse de la spiritualité.

Une centaine de personnes furent admises dans l’enceinte de la cour de la prison. À 7h55, « Dubois, précédé du bourreau, fait son apparition sur l’instrument de supplice; il est escorté par les gardes Dussault et McCabe […] ». Les shérifs adjoints Amyot et Bégin veillaient également au bon déroulement, ainsi que le médecin de la prison Arthur Robitaille. Dubois marcha d’un pas ferme, bien qu’il parut un peu pâle au goût des journalistes. Il n’aurait pas dormi de la nuit. Bien qu’il n’avait pas déjeuné, il aurait pris un bol de café juste avant d’entamer sa dernière marche. Avant que la trappe ne s’ouvre, il aurait dit en anglais ces quelques mots : « bien, gentlemen, je regrette sincèrement le crime que j’ai commis dans un moment de colère, et j’espère que je rencontrerai ma femme et mes enfants au paradis ». Puis, après un bref silence, il ajouta « c’est tout ».

Le bourreau lui ajusta ensuite la corde autour du cou tout en tenant le nœud de sa main gauche, alors que l’autre était prête à actionner le mécanisme. Outre la cagoule noire qu’on lui enfila sur la tête à la toute dernière minute, Dubois portait un manteau bleu, des pantalons gris et des souliers noirs. À 8h00 précise, la trappe s’ouvrit. « La mort est presque instantanée. Cependant des haussements d’épaules saccadés et des hochements de tête déterminent une oscillation qui dure pendant environ dix minutes »[3]. Pendant ce temps, on se chargeait de hisser le drapeau noir au sommet de la prison. Le journal prit la peine de décrire que les mains et le cou du condamné avaient pris une teinte bleuâtre. Le cadavre fut détaché seulement une trentaine de minutes plus tard.

La dépouille de Dubois fut inhumée dans le cimetière protestant de Mount Hermon de Québec (1801 rue St-Louis). La volonté du supplicié fut respecté : il n’y eut pas d’autopsie.

La veille de son exécution, selon Le Canadien, Dubois aurait déclaré ceci à un journaliste : « à l’âge de 8 ans je me suis sauvé de la maison et je me suis engagé à bord d’une barge de canal. Je laissai cet emploi quelque temps après et je devins vagabond. J’errai dans tous les États-Unis, mangeant ce que je pouvais attraper et dormant la nuit dans les bois. Jeune encore je fis partie du cirque Stonewall et je soignais les chevaux. Je quittai cette troupe et j’entrai au service du cirque Forepaugh, où je faisais la même besogne. Je fis aussi partie du cirque Barnum, mais la plus grande partie de ma vie s’est passée en aventures. Pendant ce temps, je commis toutes sortes de crimes, excepté le meurtre. J’appartenais à une bande d’hommes dépravés. Nous étions six en tout. D’abord j’errai seul et je n’hésitai jamais à voler quand j’en avais la chance. Ensuite je m’adjoignis à des compagnons et nous nous liâmes par le plus profond secret. D’abord nous n’étions que trois, mais finalement nous étions six ».

Si on en croit ses affirmations, il aurait aussi parcouru beaucoup de chemin à l’ouest de Chicago pour y voler des chevaux, sans jamais être ennuyé par aucun représentant de l’ordre. « Nous étions armés de pistolet, de poignards, et nous étions déguisés, portant de faux favoris et une fausse chevelure. Nous vivions dans les bois et nous menions une vie remplie d’émotions et de dangers ».

On croirait entendre le récit d’un ancien membre du gang de Jesse James ou de Butch Cassidy.

C’est après cette vie de hors-la-loi à l’américaine qu’il était venu s’établir au Canada pour se marier. « Quand j’étais dans les cirques, je fumais de l’opium et j’étais débauché, mais à St-Alban j’étais sobre et rangé ».

En racontant sa vie, Dubois aurait prétendu être né à Staten Island, New York, en 1854. Son père était d’origine française, immigré aux États-Unis alors qu’il était encore jeune homme. Et sa mère était d’origine espagnole. Dubois se serait installé au Québec vers 1881. Dans le comté de Portneuf, il s’était engagé comme garçon de ferme. Il avait alors renoncé au protestantisme pour se convertit au catholicisme. Mais d’après le cimetière où il fut inhumé, on peut envisager le fait qu’il était finalement revenu à ses anciennes amours peu de temps avant que la justice ne lui fasse subir le prix ultime pour ses actes.

Qu’on croit en ses affirmations ou non, il semble que ce soit la gravité de son crime et non sa vie aventureuse qui ait convaincu son avocat de plaider la folie. Mais en 1890, ce genre de défense était plutôt rare et les juges n’étaient peut-être pas préparés à entendre ces choses-là. Cinq ans plus tard, dans la région de Montréal, Valentine F. C. Shortis eut plus de succès. Bien qu’il fut lui aussi condamné à être pendu, c’est après le verdict que des militants réussirent à renverser la sentence. Ainsi, Shortis fut le premier au Québec à être déclaré aliéné dans une cause de meurtre et envoyé à l’asile. Mince consolation, car il devait y rester jusqu’en 1937.

D’autres tentèrent la même stratégie avec plus ou moins de succès. Marie-Anne Houde a tenté de le faire pour échapper à la corde, mais ce fut peine perdue dans son cas avec une défense qui donna l’impression d’avoir fait perdre du temps au système judiciaire. En 1930, c’est encore une fois la gravité du geste qui poussa l’avocat d’Andrew Day à plaider la folie. Ce père eut plus de succès en étant déclaré inapte à subir son procès. Faut dire qu’il avait utilisé une hache pour découper sa femme et ses sept enfants. Comme quoi la gravité du crime semble influencer les jurés quant à l’état mental du meurtrier. Mais est-ce vraiment le cas?

 

[1] Le Canadien, 20 juin 1890.

[2] Le Canadien, 21 juin 1890.

[3] Ibid.

La dernière pendaison légale au Québec

Ernest Côté
Ernest Côté

Au matin du 15 mai 1959, vers 8h40, le caissier Jacques Tremblay, 23 ans, se présenta à la Banque de Montréal de Témiscamingue avec son trousseau de clé à la main. Un homme attendait déjà près de l’entrée. Tremblay lui fit remarquer que l’ouverture s’effectuait seulement à 10h00, mais l’homme resta muet. Au moment où Tremblay déverrouilla la porte, le suspect, qui sera plus tard identifié sous le nom d’Ernest Côté, 37 ans, entra à l’intérieur en dégainant un revolver de calibre .32. Celui-ci demanda au caissier de lui ouvrir une porte latérale, par laquelle il fit signe à son complice de venir le rejoindre.

Les blasphèmes lancés par Côté finirent par attirer l’attention du gérant Alexander W. Heron qui habitait à l’étage. Heron descendit pour voir ce qui se passait et en voyant une arme dans la main du suspect, se jeta sur lui. Au cours de la lutte qui s’en suivit, deux balles se logèrent dans la tête de Heron, alors qu’une troisième perfora ses deux poumons. D’après ce que Tremblay dira plus tard au procès, cette troisième balle fut tirée alors que son patron se trouvait déjà par terre et qu’il tentait de se relever.

Les deux braqueurs sortirent par la porte latérale avant de s’engouffrer dans une Buick 52 pour prendre la fuite à toute vitesse en direction de North Bay, la ville natale de Côté. Heron trouva la force de faire quelques pas en direction de la porte en disant « get’em guys! » (attrapez ces gars-là!). Dans sa fuite, Côté fut reconnu par un mécanicien du nom de Jim Lynn qui s’affairait à réparer un pneu. Lynn l’identifiera facilement lors du procès. Adémard Gaudette, un autre témoin, se fit une joie de remettre au chef de police Georges Dupont le numéro de plaque de la voiture qu’il avait pris le temps de noter : 146-531. Le chef Dupont téléphona immédiatement à ses confrères de North Bay pour leur filer l’information et c’est ainsi que, une trentaine de minutes plus tard, la voiture et les deux voleurs furent interceptés par les policiers Bob Osborne et Vern Dix. Une brève poursuite s’engagea, au cours de laquelle les deux braqueurs se débarrassèrent de deux revolvers de calibre .32.

Les deux individus furent ensuite confiés au sergent-détective Gaston Archambault de l’escouade provinciale des homicides. On trouvera dans la voiture deux carabines et une trousse de maquillage. Une fouille sommaire des fossés permit ensuite de retrouver les revolvers, que l’on confia au Dr Jean-Marie Roussel de l’Institut médico-légal de Montréal pour faire des analyses visant à déterminer si les balles ayant tués Heron avaient été tirées par l’une de ces armes. On apprit plus tard que l’arme du crime appartenait à un certain Arthur Johnson que Côté aurait connu en prison. Johnson lui avait « prêtée » ce revolver deux semaines avant le drame.

Normalement, selon Allô Police, le procès aurait dû se dérouler à Ville-Marie, dans le comté de Témiscamingue, mais puisque l’accusé parlait beaucoup mieux anglais que français la défense obtint un changement de venue à Hull, où il fut plus aisé de trouver des jurés anglophones. Le procès eut donc lieu du 12 au 14 novembre 1959 devant le juge Paul Miquelon, qui en était à sa première cause de meurtre en tant que juge. Quelques années auparavant, il s’était rendu célèbre pour avoir été le procureur de la Couronne dans la cause de Wilbert Coffin. La défense de Côté fut assurée par Me Jérôme Somers de Hull, commis d’office. Celui-ci tenta de plaider le fait que les trois coups avaient été tirés accidentellement, mais sans succès. Pour sa part, la Couronne fut représentée par Me Roger Vincent, épaulé par Me Lionel Mougeot.

Le principal témoin fut évidemment le caissier Jacques Tremblay, mais on entendra également 17 autres témoins. Après que le jury eut rendu son verdict de culpabilité, après 15 minutes de délibérations, Côté déclara à ces douze hommes : « vous avez bien agi et je ne voudrais pas que vous soyez empêchés de dormir ce soir. Je n’ai aucune animosité contre vous, et vous n’avez pas à vous sentir coupables. Vous n’avez fait que votre devoir ». Puis, après avoir regardé son avocat, le juge et les policiers, il ajouta : « je pense la même chose de vous. Vous avez tous fait votre devoir, et je vous remercie ».

Après avoir enfilé ses gants noirs, le juge Miquelon répliqua : « vous avez raison, Côté, je n’ai agi que selon mon serment. Je suis convaincu que vous n’aviez pas l’intention de tuer en allant perpétrer un hold-up dans cette banque, mais la loi est formelle, et elle nous contraint à appeler meurtre le crime que vous avez commis. D’ailleurs, cet assassinat devait vous arriver après la vie que vous avez menée, remplie de vols avec effraction, avec violence, et à main armée. Il est trop tard maintenant pour comprendre que le crime ne paie pas. Mais votre exemple servira peut-être aux autres ».

Allô Police expliqua en ces termes pourquoi Côté se méritait tout de même la peine de mort : « comme l’a signalé le président du tribunal au procès, il est évident que Côté n’allait pas là dans l’intention de tuer. Mais, dans sa nervosité, et par un concours de circonstances spéciales, il l’a fait. Or, le code pénal prévoit le cas. À l’article 202, il spécifie que si une mort violente survient au cours d’un hold-up, il s’agit automatiquement d’un meurtre, même si l’intention de tuer est inexistante. Il dit, en somme, que si quelqu’un s’arme d’un revolver chargé pour obtenir de l’argent, il prend tous les risques que cela comporte ».

Étant donné le changement de mentalité qui était en train de s’instaurer au pays sur la question de la peine de mort, plusieurs juges confrontés à des causes similaires permettaient aux jurés la possibilité de rendre un verdict d’homicide involontaire, permettant ainsi au condamné d’éviter la corde. C’est pourquoi Allô Police souligna la position du juge Miquelon de « courageuse », alors qu’aujourd’hui on pourrait se poser de nombreuses questions. Est-ce que devant un autre juge Côté aurait évité l’échafaud?

Ce qui est sûr, c’est que Miquelon s’adressa au jury en disant que le verdict de manslaughter (homicide involontaire) était impossible, même si Me Somers avait basé sa défense sur ce point.

Côté, dont les cheveux étaient déjà gris malgré ses 37 ans, fut transféré à Bordeaux. Ronald Kyle Brush, son présumé complice, subit son procès quelques jours plus tard. Il sera acquitté.

Le 11 mars 1960, quelques heures avant son exécution, Ernest Côté déclara : « la société canadienne doit se débarrasser de la peine capitale. La peine de mort ne peut pas sérieusement et en toute honnêteté exercer un effet préventif contre le meurtre ». Il reste probablement le seul supplicié québécois à avoir émis une opinion intelligente sur ce lourd débat de société. Coïncidence ou non, il sera aussi le dernier criminel pendu au Québec. À l’échelle canadienne, la dernière pendaison se produisit le 11 décembre 1962 à la prison de Don Jail à Toronto, date à laquelle on procéda à la double exécution de Ronald Turpin et Arthur Lucas, reconnus coupables d’avoir tué des policiers lors d’un cambriolage. Leur décès fut constaté à 0h18.

En 1967, l’année du centenaire de la Confédération, le gouvernement canadien abolit la peine capitale sauf dans les cas de meurtres de policiers et de gardiens de prison. En 1976, l’abolition devint complète et officielle.

L’affaire Alfred Coulombe

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Alfred Coulombe, le 6ème pendu de la prison de Trois-Rivières.

Le 20 juillet 1932, Marie-Louise Paquin Valcourt, 47 ans, se dirigea en direction de la beurrerie de St-Léon-le-Grand vers 15h30. Plus tard, elle revint dans le rang St-Barthélémy, où résidait son ancien pensionnaire Alfred Coulombe. Celui-ci l’aurait interpellé pour avoir une discussion dont les termes ne furent jamais connus. Toutefois, l’altercation qui se produisit entre eux attira rapidement l’attention d’Édouard Houde, qui habitait la maison en face de Coulombe. Accompagné de son beau-frère, celui-ci tenta de les séparer mais son intervention lui valut un coup de poing de Coulombe dans l’estomac. Alors que Marie-Louise tentait de fuir en direction de la maison de Houde, Coulombe la rattrapa, sortit une barre de fer qu’il dissimulait dans son pantalon et se mit à la frapper violemment. À l’arrivée du premier médecin, la femme était morte. Peu de temps après son crime, Coulombe se mit à marcher à travers champ afin de se rendre à l’église de St-Léon pour se livrer au curé.

Le procès de Coulombe s’ouvrit le 26 octobre 1932 au palais de justice de Trois-Rivières devant le juge Aimé Marchand. La Couronne était représentée par Me Philippe Bigué alors que la défense de l’accusé était assurée par Me Rodolphe Beaulac et Me Émile Ferron de Louiseville. Puisque les transcriptions du procès ne semblent pas avoir survécu à l’épreuve du temps, il est bien difficile d’approfondir les détails de cette affaire. Toutefois, il m’a été possible de découvrir dans les archives de BANQ Trois-Rivières une enquête préliminaire qui avait opposé Marie-Louise et son futur meurtrier en 1928. Coulombe était alors accusé de s’être introduit par effraction dans le hangar des Valcourt pour y voler la voiture de marque Ford. À la lecture de ces transcriptions, on constate cependant qu’il est difficile de savoir qui était véritablement le propriétaire de cette voiture, car Coulombe réclamait apparemment en être propriétaire. De plus, une rumeur persiste encore à l’effet que Mme Valcourt aurait flirté avec Coulombe avant de le laisser tomber.

Quel était donc le mobile de ce crime odieux? Une vieille confrontation devant les tribunaux ou une histoire sentimentale qui a mal tournée?

Au terme du procès, le 28 octobre 1932, Coulombe fut reconnu coupable et le juge Marchand le condamna à la pendaison. Au matin du 20 janvier 1933, à 7h00, il devint officiellement le 6ème meurtrier à être pendu dans l’enceinte de celle qu’on appelle aujourd’hui la vieille prison de Trois-Rivières, devenue depuis un musée.