Uldevert Hudon, le premier voleur d’auto à Shawinigan

            Toujours dans le cadre du projet PMAJC, j’ai découvert la semaine dernière un dossier datant de 1935 et 1936 qui se démarquait des autres. En fait, c’est la présence de la photo anthropométrique du criminel qui a capté mon attention. En effet, ce genre de document n’est pas courant dans le fonds d’archives des procès expéditifs.

On constate rapidement que le personnage, qui se nomme Uldevert Hudon, a trois dossiers à son nom. Il s’agit donc d’un récidiviste. D’ailleurs, ses antécédents en matière de vol remontent jusqu’en 1926.

Dans Le Nouvelliste du 3 octobre 1925, on soulignait que Hudon allait devoir passer un an derrière les barreaux. Tout comme il le fera une dizaine d’années plus tard, Hudon fit le choix d’un procès expéditif, c’est-à-dire que le prévenu choisi d’être jugé devant un juge seul hors du terme des assises. « Cette disposition avait pour but d’éviter qu’une personne citée à procès et détenue, ne soit contrainte d’attendre en prison l’ouverture du terme de la Cour, pour qu’il soit disposé de son cas »[1].

Le quotidien trifluvien épelait son prénom « Uldevège » et on le disait de Shawinigan Falls. Le 2 octobre 1925, c’est devant l’honorable juge François-Xavier Lacoursière qu’il avait plaidé coupable, ce qui lui avait valu une sentence d’un an de prison.

Le crime qu’on lui reprochait avait été commis à Shawinigan le 12 septembre 1925. « Ce jour-là, une automobile Maxwell de tourisme appartenant à M. le Dr J. M. Perron et que ce dernier avait laissé temporairement en face de sa résidence, sur la 4ème rue, disparaissait et malgré les recherches actives faites par notre police municipale il avait été impossible jusqu’à ces jours derniers de retrouver la moindre trace de la machine volée. Mardi le 22 septembre, M. le Dr Perron était informé qu’une automobile Maxwell répondant à la description de la sienne avait été vue à Notre-Dame des Anges dans le comté de Portneuf, et l’on soupçonnait un jeune homme de cette paroisse, ancien résident de Shawinigan Falls, d’être l’auteur du vol. Le lendemain, le Dr Perron, accompagné d’un officier de police de cette ville muni d’un mandat d’arrestation contre l’auteur présumé de vol, se rendait à Notre-Dame des Anges où après des recherches laborieuses il retrouvait son automobile pendant que l’homme de police mettait le grappin sur le voleur, un nommé U. Hudon, qui fut conduit à Shawinigan Falls, pour y subir son procès »[2].

Peu de temps après, le Dr Perron décida de retirer sa plainte, mais le capitaine de police Loranger en déposa aussitôt une autre pour permettre à la justice de suivre son cours.

Hudon aurait apporté ceci d’original à l’histoire judiciaire de la Mauricie car « c’est la première fois qu’un vol d’automobile avait lieu à Shawinigan Falls et comme on comprend, il s’agissait de faire un exemple »[3].

La Presse du 29 mai 1936 affirmait que Hudon était du Cap-de-la-Madeleine et qu’il « a été condamné à deux ans de pénitencier par le magistrat Lacoursière, après avoir été trouvé coupable de trois vols dans notre région, au début du mois dernier. Renvoyé aux Assises, Hudon opta pour un procès expéditif et plaida coupable. Hudon avait volé une auto et deux chevaux ».

C’est d’ailleurs ce que confirment les trois dossiers judiciaires concernent Hudon et qui sont conservés à BAnQ Trois-Rivières. Le 6 avril 1936, il récidivait en matière de vol d’automobile en subtilisant une Dodge 1934 Coach et dont le numéro de série était le 945665. Ce crime eut également lieu à Shawinigan. Puis, dans la nuit du 10 au 11 avril 1936, c’est à Yamachiche qu’il volait un « cheval noir avec front blanc, pesant 1 150 livres, d’une valeur d’environ $150.00 », comme le stipule l’acte d’accusation. La même nuit, il dérobait également une jument qui avait une valeur estimée à 200$.

Qu’est devenu Hudon après ces deux années de prison? Pour l’instant, on l’ignore.


[1] Termium : http://www.btb.termiumplus.gc.ca/tpv2alpha/alpha-fra.html?lang=fra&i=1&index=alt&srchtxt=PROCES%20EXPEDITIF

[2] Le Nouvelliste, 3 octobre 1925.

[3] Ibid.

Fernand Dumont, alias Dubé

Fernand Dumont, alias Dubé, cumulait les "exploits" de l'évasion bien avant des criminels récidivistes tels que Jacques Mesrine ou Jean-Paul Mercier.
Fernand Dumont, alias Dubé, cumulait les « exploits » de l’évasion bien avant des criminels récidivistes tels que Jacques Mesrine ou Jean-Paul Mercier.

L’histoire nous démontre bien souvent que nous n’avons rien inventé, que des phénomènes apparemment nouveaux ont pourtant connus des précédents. C’est aussi le cas dans le milieu judiciaire, alors que certaines personnes auraient tendance à penser que des criminels récidivistes comme Jacques Mesrine, Jean-Paul Mercier ou Richard Blass ont été les premiers d’une dangereuse cuvée.

Il n’en est rien.

Dans un article paru en 1956 dans le journal La Patrie, on annonçait que Fernand Dumont, alias Dubé, un jeune criminel âgé de 25 ans et originaire du Cap-de-la-Madeleine[1], était sur le point d’être déclaré « criminel d’habitude ». Le directeur Hilaire Beauregard de la Sûreté provinciale (plus tard la Sûreté du Québec) venait d’obtenir l’autorisation de déposer cette accusation alors qualifiée de très grave. Malgré son jeune âge, Dumont cumulait déjà plusieurs condamnations devant les tribunaux de Trois-Rivières.

Singulièrement, Dumont était seulement le deuxième criminel dans l’histoire du Québec à tomber sous le coup de cette accusation, le premier ayant été un certain Johnny Young[2], alors détenu pour une période indéterminée. Dumont risquait donc un emprisonnement pouvant aller jusqu’à la perpétuité.

Deux mois plus tôt, Dumont avait braqué une banque à Yamachiche, ce qui lui avait rapporté 20,000$. En 1953, alors qu’il purgeait une peine de 10 ans pour vol, il avait réussi à s’évader du célèbre pénitencier St-Vincent-de-Paul en compagnie de ses complices Gilles Hamel et Gaston Martel. Encore une fois, le mythe de Mesrine et Mercier s’effrite. En effet, plusieurs personnes croient encore que ceux-ci ont été les premiers à passer le mur de ce redoutable pénitencier en août 1972[3]. Qu’à cela ne tienne, car Dumont cumulait déjà quatre évasions à son actif, à la fois au Québec et en Ontario.

Trois jours après cette évasion, Dumont commettait son fameux braquage à Yamachiche. Trois jours encore et les policiers procédaient à son arrestation en compagnie de Hamel à l’entrée du pont de Québec. Pendant ce temps, Martel s’attaquait à une banque de Montréal.

En octobre 1953, on apprenait également que Jean-Marcel Brunet, alias Ti-Mine, écopait de quatre autres années de bagne. Brunet avait été l’un des complices de Dumont lors de l’évasion de juillet 1953.

 

[1] Municipalité maintenant fusionnée avec la ville de Trois-Rivières.

[2] Jean-Pierre Charbonneau, La Filière canadienne, p. 47 : « Habitué du Red Light, Johnny Young jouissait d’une solide réputation dans les bas-fond de la métropole. En effet, depuis 1935, il avait été condamné 19 fois pour vols par effraction, recels et corruption. Spécialiste des élections, il avait connu une certaine popularité quelques années auparavant comme lutteur professionnel et était ensuite devenu garde du corps de Maurice Duplessis, alors Premier ministre du Québec ».

[3] Mercier devait répéter l’exploit en 1974, cette fois en compagnie de Blass.