Le 2ème anniversaire d’Historiquement Logique

Le 5 août 2012 soulignera le second anniversaire d’existence du blogue Historiquement Logique.  Avec maintenant près de 50,000 visiteurs, ce qui représente une moyenne de plus de 2,000 par mois, il s’agit là d’un but inespéré.  Pour un sujet aussi peu populaire que l’Histoire, on peut penser que les débuts d’Historiquement Logique sont respectables, et tout cela sans la moindre publicité.

Le blogue a été lancé le 5 août 2010 avec pour objectif de démontrer que l’histoire peut souvent apporter un aspect logique devant le questionnement suscité par certains phénomènes de société.  Trop souvent ai-je entendu des commentaires selon lesquels on considérait des problèmes comme nouveaux, alors qu’en réalité un recul dans le passé permet de les mettre en perspective et de démontrer, par exemple, que le phénomène n’est pas si nouveau.

Il suffit de penser aux guerres, aux religions, et aux phénomènes de société comme la corruption.  Voilà, entre autres, des thèmes « vieux comme le monde », se plaît-on à dire.  En fait, on les retrouve aussi loin que les documents nous permettent de remonter, c’est-à-dire à quelques milliers d’années.  C’est bien connu, l’être humain adore ramener tout à lui-même.  Et pourtant, avant lui la Terre tournait déjà.  L’histoire archéologique, préhistorique et microbiologique pourrait tout aussi bien apporter des perspectives devant lesquelles notre vision du monde risquerait de changer radicalement.

Depuis septembre 2011, j’ai réussi tant bien que mal à entretenir un rythme de publication minimum, alors que je connaissais un sérieux bouleversement personnel, à savoir un horaire bien rempli avec, simultanément, un emploi et un programme d’étude à temps plein.  Loin de moi l’intention d’attirer la sympathie mais seulement de vous informer que ce rythme infernal cessera dans quelques semaines et alors Historiquement Logique se fera de plus en plus présent.

Au cours des derniers mois, j’ai donc dû retarder la parution de plusieurs articles qui demandent des recherches plus poussées.  Certains sujets demandent de bien les étayer.  Bientôt, vous aurez droit à des incursions variés, dont certains se concentreront à dénoncer et à approfondir des dossiers comme l’Affaire Dupont, la controverse entourant Billy the Kid, l’assassinat de John F. Kennedy, et j’en passe.  On assistera aussi à d’autres comptes-rendus de livre pouvant apporter un enrichissement historique et je reviendrai à coup sûr sur mon sujet de prédilection : le Far West.

Je profite de ce deuxième anniversaire pour vous remercier sincèrement, que vous soyez abonné de la liste d’envoi automatique, membre du groupe Facebook ou tout simplement lecteur de passage.  C’est pour vous que je m’efforce constamment de livrer le meilleur de moi-même.

Bonne lecture et au plaisir de lire vos précieux commentaires!

Eric Veillette

 

Mohammed et les débuts de l’islam

Comme le dit si bien Gérald Messadié, « l’islam fut la création d’un homme seul »[1].

Au début du 7ème siècle de notre ère, la péninsule arabique contenait une multitude de tribus polythéistes[2], mais aussi des juifs et des chrétiens.  Il semble que le contexte de l’époque répondait au « besoin de dieux neufs »[3], comme cela avait déjà été le cas par le passé.

            Pour être très bref, rappelons seulement qu’au 6ème siècle avant notre ère la réforme de Zarathoustra, en Perse, créa le premier monothéisme basé sur le dieu unique Ahoura Mazda.  Les juifs, libérés de Babylone par les Perses, s’en inspirèrent par la suite.  Dans le mazdéisme, l’ange Mithra inspira ensuite un autre mouvement qui se basait sur le soleil (Sol Invictus ou jour du soleil invaincu) et les mithraïstes inspirèrent à leur tour certains éléments du christianisme, comme par exemple la date de naissance du Christ[4] et les trois jours de sa résurrection, sans compter le fameux sapin de Noël.

À l’époque de Mohammed (ou Mahomet)[5], la région de la péninsule arabique était un important centre commercial et « les sacrifices d’enfants n’étaient pas rares »[6].  Les caravaniers se réunissaient à Yathrib (future Médine)[7] et à La Mecque.  Au milieu de ces nombreux échanges, il est clair que Mohammed entendit parler de la religion des juifs et des chrétiens.  Tout le monde est d’accord sur ce point.  En fait, « il ne s’en consacrait pas moins à la méditation, à une époque où un courant d’idées juives et chrétiennes se répandait parmi les tribus arabes et exaltait la croyance en un Dieu unique, et où des réformateurs religieux, les hanifs, condamnaient le culte des idoles »[8].

            De plus, « les islamisants admettent que des zoroastriens [réforme de Zoroastre ou Zarathoustra] avaient aussi droit de cité à La Mecque, et donc les mazdéistes aussi bien, et sans doute les pratiquants d’autres religions.  […]  Il y avait alors des traductions persanes, bulgares, phéniciennes, indiennes et autres des Évangiles.  Chaque centre chrétien avait assimilé des croyances locales, et plus il était éloigné de Rome et de Byzance, plus il en avait absorbé, divergeant parfois de l’enseignement des soixante-dix archevêchés, de Carthagène à Sébastopolis, jusqu’à l’hérésie.  C’est-à-dire que le christianisme était aussi fragile que florissant »[9].

D’un point de vu historique, on est donc en droit de se demander si Mohammed ne s’est pas inspiré de tout ce qui l’entourait pour créer son empire religieux.  « On peut toutefois admettre que Mahomet n’a jamais lu les livres saints des juifs et des chrétiens.  Ceci semblerait démontré entre autres choses par les inexactitudes qu’on relève dans ses récits et citations de la Bible »[10].

            L’année de sa naissance demeure imprécise.  Si Gaston Wiet la situe vers 570[11], Messadié reste plus prudent en la plaçant entre 567 et 579[12].

            « Dès 610, après sa première vision divine, Mohammed constitua une secte »[13] et le Coran trahirait plus tard l’influence de l’Ancien Testament puisqu’il absorba de nombreux prophètes tels qu’Adam, Moïse, Jésus, etc.[14]  Les emprunts sont donc clairs, puisque le Coran « se propose d’emblée comme une révélation directe sur un fond de mythes déjà connus, essentiellement tirés du judaïsme, comme celui du Jardin d’Éden, Gan’Eden, auquel il est fait dix fois référence.  […]  Le Déluge est également mentionné en conformité avec la Genèse, à cette différence près que l’arche de Noé est une felouque et que la montagne sur laquelle elle s’échoue se trouve à Diyarbékir, en Haut-Djéziré.  L’histoire de Sodome et Gomorrhe est évoquée telle quelle »[15].

On connaît évidemment l’opinion de la logique quant aux visions des prophètes, mais Mohammed affirma avoir reçut l’ange Gabriel (autre emprunt aux chrétiens) qui lui fit ses premières révélations.  Si Messadié n’ose pas se lancer dans l’explication psychiatrique, d’autres auteurs s’y laissent entraîner.

            « Nous ne savons rien de sa formation ni de son éducation.  […] Mais il est donc certain qu’il écouta beaucoup »[16], au point de se demander s’il n’avait pas mémorisé de nombreux passages de la Bible pour ensuite les transmettre à sa façon, puisque le Coran ne fut mis par écrit qu’un quart de siècle après sa mort, ce qui fait même douter de l’alphabétisation de Mohammed.

            En 613, Mohammed commença à prêcher au nom d’Allah, qu’il n’a d’ailleurs pas inventé puisqu’à cette époque « Allah existe déjà : il est le symétrique ou parèdre masculin d’El Uzza, l’une (et la plus importante) des trois grandes déesses que Mohammed cite dans le Coran : El Uzza, El Lât et Manât.  Les deux autres sont parfois désignés comme les « filles d’Allah ».  Ces déesses se partagent les dévotions de certains groupes de tribus.  Allah, al Ilâh, est un nom composite, formé de l’accadien Il et du cananéen El »[17].

Autrement dit, le personnage d’Allah provient directement du polythéisme qui est pourtant si farouchement dénoncé par le Coran.  On retrouve là une importante similitude avec la réforme que Zarathoustra avait réalisée chez les Perses au 6ème siècle avant notre ère, à savoir qu’il avait entendu « l’appel mystique; il s’isole dans le désert où vers sa trentième année, et dans une extase, il est investi par le Dieu unique, Ahura Mazda, qui le charge d’épurer les croyances »[18].

            La Kaa’ba, un immense cube noir contenant une pierre sacrée, où se donnent rendez-vous d’innombrables musulmans chaque année, semblait exister avant l’islam, car « dès avant Mohammed, les gens pieux sont tenus de faire un pèlerinage à La Mecque et de faire sept fois[19] le tour de la Kaa’ba »[20].

            L’influence du judaïsme et du christianisme est si présente que Messadié parle même de la « dépendance à l’égard de l’Ancien Testament […] »[21].  La force de Mohammed fut donc d’adapter un dieu unique à l’image de son peuple.  Toutefois, il ne semble pas avoir été le premier à vouloir renforcir le peuple arabe car « un effort d’unification des tribus avait été tenté au centre même de l’Arabie, vers la fin du 5ème siècle »[22].

            Le Prophète originaire de La Mecque ne réussit cependant pas à convaincre ses riches concitoyens d’adhérer à l’islam, c’est-à-dire la soumission à Allah.  À son époque, rien ne semblait facile puisque « tout était prétexte à désunion, tous les groupes se détestaient : les nomades méprisaient les sédentaires, qui le leur rendaient bien, et la même acrimonie dressait les uns contre les autres agriculteurs et négociants »[23].

Si en ce début de 7ème siècle la région contenait largement des juifs et des chrétiens, « en dix-neuf ans, entre la première vision divine qui annonce à Mohammed qu’il est investi d’une mission, en 610, et la prise de La Mecque en 629, c’est-à-dire au terme d’une double aventure mystique et militaire, une religion théoriquement issue en droite ligne du Pentateuque va s’affirmer comme intégralement différente et hostile aux deux autres religions du Livre [Bible] »[24].

            Orphelin dès l’âge de 6 ans, dit-on, Mohammed fut « un fils unique élevé par des vieillards, donc sensible et réfléchi »[25].  L’un de ses oncles, Abou Talib, voyageait pour le commerce, d’où le garçon apprit beaucoup de choses sur l’influence et la puissance des deux grandes religions monothéistes d’alors.  Il semble que son attirance pour le monothéisme s’explique aussi par le fait que « l’historien Tabarri rapporte que, sur le chemin de Bosra, Abou Talib et Mohammed se seraient arrêtés dans un ermitage où vivait un moine, Bahira ou Sergius, très versé dans la religion chrétienne […] »[26].  D’ailleurs, « la Route de la soie a suffisamment démontré que les idées voyagent aussi bien que les marchandises »[27].

            Messadié souligne brillamment deux éléments expliquant ce qu’il appelle la révolution de Mohammed, à savoir que lui et son oncle « souffrirent à la fois de l’arrogance des riches et du spectacle d’une injustice qui détruisait une société traditionnelle », sans compter que les « deux empires voisins connaissaient trop bien et la richesse et la désorganisation des populations de la péninsule [arabique].  Ces empires finiraient par céder à la tentation d’envahir l’Arabie »[28].

Pour faire simple, il se révolta à la fois contre l’inégalité des richesses et sentit le besoin de réunir les Arabes sous une seule motivation afin de se lancer dans une guerre préventive, donc haineuse.

            Pour expliquer ce dégoût à l’endroit des riches, Gaston Wiet racontait que « rien n’était plus solidement établi que la réputation d’opulence des commerçants mecquois.  Leur âpreté au gain avait excité les sarcasmes et l’ironie de leurs congénères agriculteurs, autres sédentaires, parmi lesquels il faut compter ceux qui exploitaient les florissantes palmerais des environs de Médine, principalement des Juifs »[29].

            Mohammed finit par épouser Khadidja, une riche veuve plus âgée que lui, ce qui eut pour avantage de le sécuriser financièrement et sans doute de lui offrir l’occasion de vaquer encore davantage à ses méditations.

            En 620, la jeune Aïcha fut promise en mariage à Mohammed alors qu’elle n’était âgée que de 6 ans.  Deux ans plus tard, celui-ci prit la fuite pour Médine, événement qui marqua l’hégire ou le début de l’ère musulmane.  Exilé, « il parvint à faire dans les villes voisines d’assez nombreux prosélytes, et souleva contre lui la persécution »[30].

            L’année suivante, Aïcha n’avait que 9 ans lorsqu’elle devint la troisième épouse de Mohammed.

            En 624, alors qu’il comptait de plus en plus d’adeptes, Mohammed déclencha la guerre sainte.

            La bataille d’Uhud se déroula le 23 mars 625[31].  La stratégie de combat ayant été élaborée par Mohammed lui-même, il fut cependant trahi par ses archers qui, pas tout à fait convaincus, ne respectèrent pas les consignes.  Ceux-ci choisirent plutôt de s’emparer du butin, entraînant ainsi une défaite qui faillit être fatale à l’islam.

            Mohammed créa d’ailleurs quelques passages à ce sujet dans son Coran[32].  C’est donc dire à quel point il réajustait son discours au fil des événements.  Il décrivit le comportement de ceux qui avaient désobéis, mais en précisant qu’Allah leur pardonnait.  Pas étonnant, car pour fortifier sa nouvelle religion il avait besoin de tous.  Autrement dit, il ne pouvait pas encore se permettre de les exclure ou de les condamner violemment.

            À la sourate 3, verset 157, il fut encore plus explicite : « Si vous êtes tués sur le sentier d’Allah ou si vous mourrez, c’est une absolution d’Allah, matriciel, meilleure que ce que d’autres amassent »[33].  Mohammed semblait avoir compris que les meilleurs hommes étaient ceux prêts à mourir pour la cause, leur promettant ainsi le paradis.  On n’apprendra rien à quiconque en disant qu’une certaine forme de l’Islam adore les martyrs.  D’un autre côté, il fallut des hommes, une population donc, prêts à accepter cette idée.  Et comme me faisait remarquer un ami à la blague : quand avons-nous vu pour la dernière fois lors d’un bulletin de nouvelles un Inuit suicidaire déguisé d’une ceinture d’explosifs?

Cette question légitime pourrait bien nous conduire vers une certaine mentalité associée à un peuple en particulier.  Mais évitons de nous égarer dans des thèses sociologiques qui risqueraient également de devenir xénophobes.

            En août 625, la tribu juive de Banû Nadhîr fut expulsée de Médine[34].  Deux ans plus tard, les Mekkois échouèrent devant Médine qui était alors protégé par un fossé[35].  La même année, on assista à l’ « extermination de la tribu juive médinoise des Banù Qurayza »[36], confirmant la haine historique envers le peuple juif, qui occupe encore aujourd’hui une part du problème qui persiste en Palestine.

            « L’hostilité contre les deux religions du Livre […] est essentielle à la compréhension du Dieu de l’islam; elle est également essentielle au jeune islam, parce qu’elle va lui permettre d’établir une identité distincte des chrétiens, déjà constitués en puissance politique, et des Juifs.  La première hostilité qui se manifeste est à l’égard des Juifs.  Elle s’exprime à deux reprises, la première lors du siège de Médine, où est enfermé Mohammed, par les armées de La Mecque : plusieurs centaines des Juifs de la ville furent amenés sur la place du marché, où l’on avait creusé des fosses; les partisans de Mohammed les y jetèrent après les avoir décapités.  […]  Cette discrimination religieuse est un fait alors relativement nouveau dans l’histoire des civilisations […] »[37].

            Une importante déchirure se produisit du vivant de Mohammed.  Au départ, les Juifs respectaient son idée puisqu’il reprenait les grandes lignes de l’Ancien Testament, mais ceux-ci déchantèrent en constatant les différences entre leur enseignement et la nouvelle Révélation de Mohammed.  La réaction juive fut alors de tourner Mohammed au ridicule.  « Celui-ci riposta en accusant les Israélites d’avoir falsifié leurs Écritures.  Certes l’idée religieuse domina ce conflit, mais il y a aussi un fait économique, s’assurer la possession des riches palmeraies; la prise de l’oasis de Khaibar est un des épisodes les plus sanglants de cette guerre d’extermination »[38].

            C’est aussi en 627 que survint « l’affaire du collier ».  Au retour d’une expédition militaire, Aïcha s’éloigna du camp pour chercher un collier qu’elle avait perdu en faisant ses ablutions.  À son retour, le convoi avait repris sa route sans même remarquer son absence.  Un homme la trouva par hasard et la ramena à Médine.  Les apparences jouèrent contre elle.  Un rival de Mohammed, jaloux de son autorité, profita de l’occasion pour accuser Aïcha d’adultère.  Le gendre de Mohammed, Ali, lui conseilla de répudier sa jeune épouse.  Affectée par le manque de confiance de son mari, Aïcha se retira chez ses parents[39].

            Finalement, Mohammed se dit « divinement informé » de l’innocence de son épouse, une conclusion qu’il immortalisera dans le Coran par la sourate 24.  Il s’en inspira pour créer la loi islamique évitant la calomnie, entre autres en expliquant que « ceux qui dénoncent des femmes vertueuses, sans produire quatre témoins, sont fouettés de quatre-vingt coups de fouet.  Leur témoignage sera à jamais irrecevable, les voilà, les dévoyés »[40].

Exiger quatre témoins avant de se prononcer sur un fait, voilà un exemple que devraient suivre les extrémistes contemporains qui ont l’accusation facile envers tout ce qui représente l’Occident.

            En 628, les mekkois s’opposèrent au pèlerinage de Muhammed à La Mecque.  Mais ce n’était que partie remise, car en mars 629 se déroula un pèlerinage mineur des musulmans à La Mecque puis les personnalités mekkoises se rallièrent à l’Islam.

            Quelques mois plus tard, en septembre 629, les musulmans connurent la défaite devant les Byzantins à Mu’ta.

            Le 11 janvier 630 marqua l’entrée de Mohammed à La Mecque, et ce fut alors la « destruction des idoles de la Ka’bat »[41] afin d’éliminer les croyances polythéistes.  À ce titre, le christianisme démontra la même haine du polythéisme quelques siècles plus tard en tentant de soumettre les Amérindiens; puis encore les chrétiens et les musulmans à l’endroit des Africains.

Un traité fut également signé avec les chrétiens de Nedjrân.  Mohammed avait donc obtenu ce qu’il désirait : la soumission des mekkois.

            À sa mort, le 11 juin 632[42], son tour de force aura été de transformer une société faite de multiples tribus en un État organisé.  Ceux qui osent encore dire que la religion n’a pas de lien avec la politique n’ont qu’à refaire leurs devoirs.

            Le corps de Mohammed, dit-on, fut enterré dans l’appartement même de son épouse préférée : Aïcha.  L’endroit devint lieu saint de l’islam.

Âgée de 18 ans, Aïcha n’eut pas le droit de se remarier.  Bien que sans enfant, elle reçut le titre de « mère des croyants ».

Ce que ce pan de l’histoire laissa en héritage demeure encore un sujet de controverse.  Et pour cause!

En 1962, la Nouvelle Encyclopédie du Monde écrivait que « le Coran étant à la fois le code religieux, politique, civil et pénal des croyants, et ce code étant en une immobilité relative, et pendant douze siècles elle n’accomplit guère de progrès intérieur »[43].

Quelques décennies plus tard, Gérald Messadié renchérissait en expliquant que « la Révélation ayant été faite, il ne peut rien se produire de nouveau dans le domaine de la connaissance.  La représentation musulmane du monde, ou Weltanschauung pour user du terme consacré, est absolument statique : il n’y a rien à apprendre, et c’est la raison pour laquelle, quelque trois siècles après la révolution industrielle, il n’existe toujours pas de science arabe, pas d’astrophysique, de cosmologie, d’astronomie, de physique, de chimie, de mathématique ou de biologie arabes (j’entends dans les pays arabes), en dépit d’une alphabétisation sans cesse en progrès […]  Il n’existe même pas d’histoire arabe au sens occidental […] »[44].

            Car « l’islam ne se réforme pas et il ne semble pas non plus près de disparaître.  […]  Chaque fois qu’il y a eu changement dans une société spécifiquement musulmane, il a été dans le sens d’un rigorisme accru.  […] La Révélation venue avec l’islam a créé un cadre qui devient plus rigide chaque fois qu’il s’estime menacé.  Or, ce cadre peut perdurer dix siècles de plus.  Telle est la raison pour laquelle la quasi-totalité des pays musulman qui veulent présenter au monde un visage « moderne » vit sous des régimes quasiment dictatoriaux, Syrie, Iran, Irak, Libye, Algérie, Soudan, Indonésie, ou bien sous des monarchies autoritaires, Jordanie, Maroc, Arabie Saoudite… »[45].

            Farida Fawzia Charfi, physicienne et professeur à l’université de Tunis est assez explicite sur ce point en disant que « les islamistes n’admettent que ce qui ne risque pas de remettre en cause les affirmations contenues dans les interprétations classiques des textes religieux »[46].  Elle ajoute même qu’on n’a pas à enseigner la théorie de l’évolution développée par Darwin car les intégristes « veulent gérer la société avec les idées du passé »[47].  Et Messadié de conclure de manière aussi tranchante en soulignant que « l’islam intégriste nous renvoie, en effet, un miroir cruel de ce que fut le savoir en Occident avant la Révolution française : très exactement un non-savoir »[48].

            Messadié fait aussi remarquer que l’islam finit par se refermer sur lui-même, si bien qu’au « 20ème siècle, le mot autrefois révéré de falsafah, philosophie, est devenu synonyme de « falsification » »[49].  Les musulmans exclurent aussi « tout ce que des non-musulmans pourraient écrire sur les livres sacrés […]  L’islam avait donc rompu une fois pour toutes avec l’Occident, et lui et le christianisme avaient ensemble rompu avec l’héritage gréco-latin »[50].

            De plus, « la tradition arabe, dont le rôle consisterait à compléter l’information que nous fournit ce livre sacré [Coran], est une des moins critiques et des moins sûres qui soient au monde »[51].

            Mentionnons également que l’islam connut ses propres schismes et revers, comme avec Mohammed Houssein Mansour el Hallâj (858-922), célèbre soûfis et poète qui, entre autres, écrivit : « J’ai médité sur les croyances en m’efforçant de les comprendre : Je les ai trouvées telles une base unique à multiples ramifications.  Ne va point exiger de quiconque qu’il adopte telle ou telle croyance; Cela empêcherait toute entente solide »[52].

Pour d’aussi intelligentes réflexions Hallâj fut cruellement mutilé puis crucifié pour ses idées, « son crime avait été de nier l’unicité de l’islam »[53].

En Occident, l’islam fait peur, le terrorisme ayant atteint des proportions qu’on aimerait bien voir s’estomper.  La tragédie du 11 septembre 2001, dont le 10ème anniversaire est souligné aujourd’hui, y est pour beaucoup dans cette peur collective, de même que l’incompréhension, si bien qu’aujourd’hui nombre de gens ne peuvent dissocier terrorisme d’islamisme, et vice versa.  Et les arguments sont nombreux pour appuyer cette logique.  « Beaucoup d’Occidentaux ne peuvent lire le Coran sans partager l’avis de Voltaire qui trouvait que « ce livre incroyable donnait le frisson à la saine raison » »[54].

En 1741, la tragédie de Voltaire Mahomet ou le fanatisme se jouait sur les planches pour la première fois et « dans laquelle il prête à Mahomet toute une série de crimes qui doivent fonder sa religion sur le mensonge.  Cette pièce à thèse est une attaque indirecte, dans l’esprit de son auteur, contre tout fanatisme religieux »[55].  C’est donc dire qu’il y a plus de deux siècles et demi on associait déjà le fanatisme à l’islam.  Peut-être ne sommes-nous pas si xénophobe après tout, si cette impression subsiste depuis si longtemps en Occident, d’autant plus que nous disposons maintenant d’arguments encore plus nombreux!

            Afin d’enrichir la grande bibliothèque d’Alexandrie, inaugurée le 16 octobre 2003, la France fit un don de 500,000 volumes aussi variés les uns que les autres, tandis que « l’Arabie Saoudite n’a offert à l’Égypte que des Corans! »[56].  Comble de l’étroitesse d’esprit, « les autorités égyptiennes, sous la pression des Frères musulmans, ont exigé que tout ce qu’elles considéraient comme pornographique fût retiré du don français […]  Si nous ne connaissons pas la liste des ouvrages censurés, on aimerait savoir si des titres comme le Mahomet ou l’intolérance de Voltaire ou le dernier roman de notre ministre de la Culture, La Mauvaise Vie, ont fait les frais de cette censure »[57].

            S’il n’est pas nouveau de voir le monde islamique accuser les occidentaux d’incompréhension, ces derniers pourraient-ils en faire autant?  Si l’un ne comprend pas le fanatisme de son voisin, le second ne semble pas bien saisir toutes les subtilités de la liberté de l’autre.

            De nos jours, on estime à un milliards le nombre de musulmans à la surface du globe.  Et comme le dit si bien Messadié, « une certaine idée de Dieu tient en otage plus d’un milliard d’être humains »[58].

            Quant à ceux qui croient en l’intégration harmonieuse des musulmans dans les États occidentaux, dont le Québec, Messadié les mets en garde en précisant que « ce qui compte pour un musulman n’est pas son appartenance à un État, mais à la nation arabe, et l’acceptation de lois étrangères à la loi musulmane (chari’ia) eût été pour lui comparable à une apostasie »[59].

            Bref, assisterons-nous éternellement à deux entités incapables de dialoguer?


[1] Gérald Messadié, Histoire générale de Dieu, Robert Laffont, 1997, p. 466.

[2] Croyance en plusieurs dieux.

[3] Messadié, op.cit.

[4] Au solstice d’hiver la progression du soleil cesse sur l’horizon durant trois jours et c’est le 25 décembre qu’elle reprend progressivement en direction de l’ouest, la durée du jour augmentant du même coup.  Les mithraïstes célébraient ce renouveau solaire en plantant un arbre.  Étant donné que le culte de Mithra était si populaire dans l’empire romain de l’époque, donc impossible à éradiquer complètement, le christianisme en absorba certains cultes, faisant ainsi du 25 décembre la date de naissance du Christ.

[5] Tout comme dans le cas de Jésus-Christ, certains remettent même en question l’existence historique de Mahomet : http://www.paperblog.fr/1200649/mahomet-serait-une-imposture-historique/

[6] Carl Grimberg, Histoire Universelle 4, au cœur du Moyen Âge, 1963, p. 22.

[7] Gaston Weit, Encyclopédie de la Pléiade, Histoire Universelle II, René Grousset et Émile G. L.onard, dir., Gallimard, 1957, p. 46 : « Yathrib, qui prendra le nom de Madinat el-Nébi, la « Ville du prophète », d’où le nom français de Médine ».

[8] Nouvelle Encylopédie du Monde, Leland, Paris, 1962, p. 3121-2123.

[9] Messadié, Histoire générale du Diable, Robert Laffont, 1993, p. 408-409.

[10] Grimberg, op. cit., p. 23.

[11] Wiet, op. cit., p. 44.

[12] Messadié, op. cit., p. 409.

[13] Messadié, Histoire général de Dieu, p. 489.

[14] Messadié : « Mohammed dira d’ailleurs qu’il n’a fait que renouer avec la tradition des ancêtres en restaurant la religion abrahamique », p. 466.

[15] Messadié, Histoire générale du Diable, p. 411-412.

[16] Ibid., p. 410.

[17] Messadié, Histoire générale de Dieu, p. 468.

[18] Ibid., p. 163.

[19] Voir l’article « La symbolique du chiffre 7 », Historiquement Logique : https://invraisemblances.wordpress.com/2010/09/04/la-symbolique-du-chiffre-7/

[20] Messadié, op. cit.

[21] Ibid.

[22] Wiet, op. cit., p. 41.

[23] Ibid.

[24] Messadié, Histoire générale de Dieu, p. 469.

[25] Ibid.

[26] Ibid.

[27] Ibid., p. 470.

[28] Ibid.

[29] Wiet, op. cit., p. 39.

[30] Nouvelle Encyclopédie du Monde, Leland, Paris, 1962, p. 3121-3123.

[31] André Chouraqui, Le Coran, Robert Laffont, 1990.

[32] Sourate 3, verset 152.

[33] Chouraqui, op. cit.

[34] Ibid., p. 1423.

[35] Ibid.

[36] Ibid.

[37] Messadié, Histoire générale de Dieu, p. 474-475.

[38] Wiet, op. cit., p. 48.

[39] Jacques Marseille, dir., Les grands événements de l’histoire des femmes, Larousse, 1993, p. p. 80-81.

[40] Sourate 24, verset 4.

[41] Chouraqui, op. cit., p. 1423.

[42] Wiet parle plutôt d’une mort survenue le 8 juin 632 et causée par une « pleurésie », op. cit., p. 50.  Quelques décennies après Weit, Gérald Messadié reste plus prudent en évitant de mentionner la cause exacte du décès de Mohammed.

[43] Nouvelle Encyclopédie du Monde, p. 3121-3123.

[44] Messadié, Histoire générale de Dieu, 1997, p. 477.

[45] Ibid., p. 486.

[46] Citée par Messadié, p. 487.

[47] Ibid.

[48] Ibid.

[49] Ibid., p. 482.

[50] Ibid.

[51] Grimberg, op. cit., p. 21.

[52] Cité par Messadié, Ibid., p. 485.

[53] Ibid.

[54] Grimberg, op. cit., p. 25.

[55] Nouvelle Encyclopédie du monde, p. 3533.

[56] Richard Lebeau, « La bibliothèque illustre renaît de ses cendres », Historia, novembre 2010, no 767, p. 41-46.

[57] Ibid.

[58] Messadié, Histoire générale de Dieu, p. 487.

[59] Ibid., p. 478.

Les géants: quand on veut se moquer de l’Histoire

Pour l’esprit rationnel, les invraisemblances mythologiques et religieuses sont nombreuses.  En fait, la mythologie n’a pas besoin de logique, nous dit Jean Bottéro[1], assyriologue et historien des religions.

Toutefois, il ne faudrait pas se laisser emporter par un sentiment personnel et aborder plutôt le sujet de la mythologie comme l’intangibilité des mentalités humaines qui nous ont précédées.

Une personne de la communauté musulmane a tenté de me faire avaler l’histoire selon laquelle il y avait eu des géants sur la Terre et qu’on en avait maintenant des preuves concrètes, voir archéologiques.  L’idée ne semble pas isolée puisque, bien sûr, le Coran atteste cette « vérité ».

Même si je devine chez certains d’entre vous l’esquisse d’un sourire devant une telle évocation, il faudrait garder à l’esprit que cette histoire circule toujours et qu’on tente de s’en servir pour corrompre les esprits naïfs.

À la question, ou plutôt à cette tentative de fausser l’histoire de l’humanité, je répondis par l’affirmative, en disant que « oui, effectivement, il y a déjà eu des géants sur Terre.  On leur a donné le nom de dinosaures ».

Comme de raison, ma réponse toute rationnelle ne fut guère appréciée.

D’abord, l’invention des géants n’est pas du Coran, dont la rédaction remonte au 7ème siècle de notre ère, car on les retrouve aussi dans la Bible.  Et oui!  Comme quoi les livres sacrés ne sont pas aussi inventifs que certains aimeraient le croire.  Tout comme dans le domaine culturel, on s’inspire majoritairement de ce qui nous a précédés.

Dans la Genèse, datant du 5ème siècle avant notre ère, on peut lire ceci au début du chapitre concernant le Déluge : « En ces jours, les géants étaient sur la terre et ils y étaient encore lorsque les fils de Dieu vinrent trouver des filles d’homme et eurent d’elles des enfants.  Ce sont les héros d’autrefois, ces hommes de renom » (GN 6, 4).

On les retrouve également à l’époque de Moïse : « Et ils se mirent à décrier devant les fils d’Israël le pays qu’ils avaient exploré : « Le pays que nous avons parcouru pour l’explorer, disaient-ils, est un pays qui dévore ses habitants et tous les gens que nous y avons vus étaient des hommes de grande taille.  Et nous y avons vu ces géants, les fils de Anaq, de la race des géants; nous nous voyions comme des sauterelles et c’est bien ainsi qu’eux-mêmes nous voyaient ». (NB 13, 32-33)

Et encore dans le Deutéronome : « Les Emites y habitaient auparavant, un peuple grand, nombreux et de haute taille comme les Anaqites; ils étaient considérés aussi comme des Refaïtes, à la manière des Anaqites, mais les Moabites les appelaient Emites » (DT 2, 10-11).

Précisons ici que le terme Refaïtes désignait l’ancienne population du pays de Canaan, ce qui correspond aujourd’hui à peu près à la Palestine.

Dans le livre Siracide on les mentionne en ces termes : « Il n’a pas pardonné aux antiques géants, qui s’étaient révoltés à cause de leur force » (SI 16, 7).

En hébreu le mot géant signifiait prince, ce qui pourrait bien nous amener à voir le mot comme un adjectif, en l’utilisant au deuxième degré donc.  Car là se situe souvent une bonne part du problème : nombre de fanatiques religieux ne voient que le premier degré.

La dernière mention biblique des géants apparaît dans le livre de Baruch : « C’est là que furent engendrés les fameux géants, ceux du commencement, de haute stature et versé dans l’art de la guerre.  Ce n’est pas eux que Dieu a choisis, ni à eux qu’il a indiqué le chemin de la science; et ils périrent, car ils n’avaient pas de discernement; ils périrent à cause de leur irréflexion » (BA 3, 26-28).

Si le terme symbolise réellement les princes, on comprend déjà mieux que ces versets pourraient peut-être les dénoncer pour leur arrogance, leur richesse et autres défauts étroitement liés aux puissants.  Or, un simple adjectif de la sorte aurait-il pu être seulement interprété au premier degré par Mahomet, plusieurs siècles plus tard?

D’un point de vu historique, on sait que chaque nouvelle religion n’est qu’une absorption ou une réinterprétation des précédentes.  Pour attirer à lui un plus grand nombre d’adeptes, Mahomet intégra certains éléments des deux groupes religieux les plus puissants de l’époque : les juifs et les chrétiens.  Et ainsi les géants ne sont qu’une idée parmi tant d’autres.

De plus, les amateurs de mythologie grecque auront déjà compris qu’on pourrait remonter plus loin dans le temps afin de retrouver les origines de ces fameux géants, où on les connaissait sous le nom de Titans, eux qui avaient précédés les Dieux de l’Olympe.  Ils furent cependant vaincus par Zeus et enchaînés dans les profondeurs de la Terre (prélude à l’enfer?).  Ainsi, des dieux venaient d’être déclassés par d’autres.  Évolution de l’homme égale évolution de la divinité.

Et on peut remonter encore plus loin, car l’idée circulait déjà en Mésopotamie.  En effet, la déesse Tiamat aurait engendré des géants.  « Les Mésopotamiens semblent avoir eu de la propension à construire de tels monstres, terrifiants et composites […] », explique Jean Bottéro[2].

Puisque c’est en Mésopotamie qu’on retrouve les plus anciens écrits de l’histoire humaine, impossible donc de savoir précisément jusqu’où pouvait remonter le mythe des géants dans la tradition orale.

Certains prétendent que dans le Coran on les désigne comme le peuple d’Aad.  Si Mahomet avait entendu parler d’eux selon le terme de géants, et nom par le mot hébreu qui désigne des princes, cela pourrait bien expliquer pourquoi il aurait reprit cette erreur, que ses fidèles amplifieraient avec le temps, jusqu’à aboutir à cette histoire récente de la prétendue découverte d’un squelette de géant.

Dans le monde réel, on connait l’histoire des Mycéniens, qui ont construis des forteresses vers 1600 ans avant notre ère.  « Ces gens avaient le goût du colossal, à coup sûr : les Grecs crurent voir l’œuvre de géants dans ces amoncellements de blocs de deux mètres de long et d’un mètre d’épaisseur qui s’élevaient jusqu’à vingt mètres », nous rappelle Gérald Messadié[3].  Or, si les constructions et les portes sont gigantesques, cela ne prouve évidemment pas qu’il y ait eu des géants.  Pour cela, il aurait fallu découvrir de la poterie ou autres objets d’usage quotidien à la démesure de ces soi-disant gigantesques personnages.

Or, il n’en fut rien.

Il ne faudrait donc pas prendre ses rêves pour des réalités, comme les mystiques en ont l’habitude.  Car celle-là, c’est une réalité : une trop grande proportion de gens veut croire en ce qui n’existe pas, au point où ils arrivent véritablement à se croire eux-mêmes.  Phénomène que pourrait peut-être expliquer la psychologie, mais ici n’est pas le but.  La croyance est une chose personnelle, alors il serait triste de la voir prendre l’Histoire pour une science naïve.

Voyons tout de même ces fameuses « preuves ».

Mon premier contact avec cette histoire fut une vidéo sur le site Youtube[4]; vidéo qui, faut le dire, est composée uniquement d’un défilement de photos.  En effet, on y voit le squelette d’un géant au sol déterré par de prétendus archéologues.

Seconde puce à l’oreille : la vidéo se termine par l’annonce « paranormal.biz ».  Non, mais laissez-moi rire!  J’ai nettement eu l’impression qu’on me prenait pour un imbécile, donc qu’on me manquait de respect.

En fait, la rumeur prend ses racines dans un poisson d’avril lancé en 2006 sur un blog Internet[5].

Voilà donc un exemple de polémique que peut entraîner un simple truquage photographique.  Comme on l’a vu en 2010 dans le scandale entourant la pétrolière BP suite au déversement de pétrole dans le golfe du Mexique, le fantastique logiciel Photoshop peut être utilisé à différentes fins, autant à de bonnes qu’à de mauvaises.  Le problème, c’est que le mysticisme de certains musulmans, aveuglés par leur foi, ont répliqués sur le blog ci-haut mentionné, transformant un banal poisson d’avril en véritable débat religieux.  Ironiquement, sur certains sites coraniques on retrouve d’autres interprètes qui alimentent ce mythe et pour y parvenir ils se servent aussi de citations bibliques.  Décidément, on se sert du livre sacré du voisin lorsque cela fait bien son affaire.

Plusieurs musulmans prétendent d’ailleurs que Stonehenge est l’œuvre des géants, tout comme les pyramides d’Égypte.

Et pour la pyramide de l’empire de Teotihuacan, en Amérique centrale?  On en fait quoi?

Laissons seulement le mot de la fin à Jean Bottéro : « Les mythes représentent une forme inférieure et naïve de l’explication : dans un domaine où l’on n’avait pas de moyens scientifiques et assurés d’enquête à propos des grands mystères du monde et de notre destin, renonçant (inconsciemment, ça va de soi) à atteindre le vrai, on recherchait seulement le vraisemblable, en recourant à l’imagination »[6].


[1] Jean Bottéro, Babylone et la Bible, 1994, p. 138.

[2] Jean Bottéro, Babylone et la Bible, 1994, p. 155.

[3] Gérald Messadié, Histoire générale de Dieu, …

[6] Bottéro, op. cit., p. 137.

La symbolique du chiffre 7

Chiffre 7Même pour ceux qui n’ont que brièvement entendu quelques frasques bibliques ou coraniques, on sait que le chiffre 7 ne passe pas inaperçu.  À titre d’exemple, il apparaît dans la Bible dès le début de la Création.

Et dans l’Apocalypse il revient à la charge avec les 7 églises, les 7 trompettes, les 7 sceaux et tout le bataclan.  Cette symbolique numérique a été reprise d’innombrables fois à travers le temps, conscient que cela avait représenté une certaine importance dans les livres sacrés.  Et les musulmans l’ont aussi repris en effectuant 7 fois le tour de la Ka’bat à La Mecque.

Évidemment, il s’agit d’une symbolique.  Le symbolisme ne sert-il pas à simplifier les choses?  À étiqueter?

Justement, quelle est cette symbolique?  Est-il possible d’y jeter un regard historique?

De nos jours, des idées quelque peu idiotes entretiennent ce symbolisme, comme les fameuses 7 années comptées pour chaque année de la vie animale.  On connaît aussi cette superstition des 7 années de malheur après le bris d’un miroir, accidentellement soit dit en passant.  Comme si on devait mériter un quelconque châtiment pour un accident!  Si des assassins échappent à la justice, alors pourquoi se sentir coupable de briser un miroir?

Puisque le 7 paraissait si important dans l’Apocalypse, dont la rédaction remonte environ à l’an 90 ou 95 de notre ère, j’ai d’abord envisagé la possibilité qu’il puisse représenter les 7 collines de Rome, ce qui aurait été un symbole de l’oppression romaine envers les premiers chrétiens.  Mais cette idée se révéla immédiatement faible, du moins pour expliquer l’origine de son utilisation.  Les livres du Pentateuque, qui approuvent déjà le 7, ont été rassemblés vers le 5ème siècle avant notre ère.  Donc, le chiffre n’est même pas chrétien.

Quand bien même que les 7 de l’Apocalypse puissent symboliser ce pouvoir romain, il est clair que la fascination du 7 remonte à une époque plus lointaine dans l’histoire.

Dans son livre « La Bible et l’Histoire », John Romer explique que : « Les auteurs classiques avaient toujours vu dans le chiffre 7 un symbole de l’harmonie cosmique; il y avait, en effet, 7 planètes, 7 notes dans la gamme, 7 couleurs dans l’arc-en-ciel, etc.  Les chrétiens reprennent le symbole à leur compte en distinguant 7 vertus et 7 péchés et en comptant 7 âges dans la vie de l’homme.  La Genèse, déjà, avait utilisé ce nombre, car Yahvé avait créé le monde en 7 jours.  Aussi décida-t-on de célébrer dans les cathédrales 7 offices quotidiens à la gloire de Son Saint Nom.  Mais les théologiens renchérissaient encore : 7 était la somme de 3 et 4, ce qui permettait d’additionner la Sainte-Trinité et les quatre évangélistes, et d’unir les mystères de la foi et les hommes qui les avaient exprimés dans leurs écrits.  Cette arithmétique divine allait toujours plus loin : en multipliant les trois facettes de l’âme par les quatre éléments de l’univers – et en sollicitant un peu les théories d’Aristote – on obtenait le chiffre 12, soit exactement le nombre des apôtres fondateurs de l’Église universelle.  Cette symbolique des nombres, on la retrouve aussi bien dans la théologie que dans l’architecture gothique; elle est reprise à l’infini comme les paillettes de lumière d’un kaléidoscope; elle se fonde toujours sur un passage de la Bible. »

À titre d’exemple, le Coran reprend le chiffre au verset 261 de la sourate 2 : « Ceux qui prodiguent leurs biens dans le sentier d’Allah sont à l’exemple d’un grain qui fait germer sept épis, chaque épi portant cent grains.  Allah multiplie, au bénéfice de qui Il décide, Allah immense, savant. »

L’épi, mot utilisé dans le domaine floral, peut sans doute être considéré ici comme un épi de maïs, ou du moins une plante nutritionnelle.  Mahomet était-il en train de célébrer le maïs et promettre à son peuple l’abondance?

Ce serait alors reprendre des croyances tribales, donc polythéistes, qui célébraient la fertilité du sol.  N’oublions pas que les amérindiens cultivaient eux aussi le maïs, comme il apparaît en 1642 dans la Relation des Jésuites sous l’appellation « bleds d’Inde[1] ».

Pour certaines tribus, d’ailleurs, le maïs représentait le pouvoir surnaturel habitant la terre, à qui on donnait le nom d’Atira, la mère qui donne la vie.  Remarquez ici qu’on adore une divinité féminine, ce qui ne ferait sans doute pas plaisir à Allah.

Mais il y a mieux que ça.  Dans la Genèse, rédigée un millénaire environ avant le Coran, on retrouve l’histoire du Pharaon qui, après avoir rêvé de sept vaches laides qui en dévoraient sept autres, « il se rendormit et rêva une seconde fois.  Voici que sept épis montaient d’une seule tige, gras et appétissants.  Puis sept épis grêles et brûlés par le vent d’est germèrent après eux, et les épis grêles absorbèrent les sept épis gras et gonflés.  Alors le Pharaon s’éveilla : c’était un rêve. » (Gn, 41 : 5-7)

Peut-on en déduire que Mahomet, ayant compris que le chiffre sept captivait les chrétiens, l’ait repris à sa manière?

Ayant entendu l’histoire oralement, probable qu’il n’ait pu la retenir dans ses moindres détails.  Car on sait qu’il y avait des chrétiens à Médine et à La Mecque à son époque, de même que des juifs.  Selon certains historiens et auteurs, il aurait donc entendu les récits bibliques et compris aussi que pour former un empire il lui fallait rassembler ses compatriotes sous un dieu unique.

André Chouraqui, traducteur émérite du Coran, explique que « les sept ciels sont connus de la cosmologie babylonienne, le nombre sept étant le symbole de la totalité du réel. »  Ou de l’équilibre cosmique, comme dit Romer.

Le mithraïsme, religion à laquelle les chrétiens empruntèrent de nombreuses influences, comportait aussi sa symbolique du chiffre avec 7 stades d’initiation.  En Grèce et à Rome il semble qu’on pratiquait le sacrifice humain, appelant 7 vierges et 7 adolescents en Crète, à tous les 9 ans.

Donc, le Coran, le plus récent de ces livres sacrés, n’a rien inventé, pas plus que la Bible d’ailleurs.  Car les nouvelles croyances ont toujours eu cette tendance d’absorber celles des autres.  Rien de nouveau, donc!

Le plus probable, c’est que la symbolique du chiffre 7 a été ramenée de Babylone par les juifs suite à leur libération au 6ème siècle avant notre ère par Cyrus le Grand.  À leur tour, les chrétiens, eux-mêmes des juifs à l’origine, ont absorbé l’idée, et le résultat en fut le Pentateuque.

Et l’effet boule de neige s’est poursuivit.

Depuis Babylone, le chiffre 7 s’est retrouvé en d’innombrables lieux et époques.  En répertorier toutes les légendes et fabulations qui s’y rattachent représenterait un travail laborieux et interminable.

Si toutefois vous détenez vos propres exemples, n’hésitez pas à les partager ci-dessous.


[1] Blé d’Inde.  Au Québec, on a coutume de le manger bouilli, directement sur l’épi, vers la fin de l’été.