Le western, à l’origine du cinéma

Broncho Billy Anderson fixant la caméra lors du dernier plan du film The Great Train Robbery, en 1903.
Broncho Billy Anderson fixant la caméra lors du dernier plan du film The Great Train Robbery, en 1903.

On sait que les films d’action font partie d’une catégorie boudée par les intellectuels qui se refusent de se laisser divertir par des histoires spectaculaires et apparemment sans intérêts.  N’empêche que tous les genres ont leur place, et cela pour différentes raisons.  Pourtant, les films d’actions, qui prennent leurs origines dans le genre western, ces premiers courts et longs métrages que le 7ème art nous a donné, sont aussi, peut-être, responsables de la popularité de ce grand divertissement visuel maintenant répandu dans le monde entier.

Certains seront sans doute étonnés d’apprendre que si on assiste encore à quelques débats concernant les origines des premières images mouvantes, le tout premier film avec scénario, c’est-à-dire qui se servait de cette nouvelle technologie pour raconter une histoire, fut un western.  C’était en 1903 et son titre était The Great Train Robbery.

Bien que la popularité des films western a considérablement diminué au cours des dernières décennies, il n’en reste pas moins qu’ils ont été les pionniers de l’industrie et les ancêtres des films d’action tels que nous les connaissons maintenant.  Pour les spectateurs du début du 20ème siècle, les kinétoscopes présentaient de très courts métrages d’une durée d’environ une minute et déjà la saveur western était au rendez-vous.  À cette époque, la période réelle dite du Far West était en train de s’éteindre.  Les grands convois de bétail avaient été mis au rancart par la multiplication du barbelé sur le territoire, les diligences avaient laissées leur place au développement ferroviaire et bientôt aux Ford Model T, alors que les hors-la-loi à dos de cheval se faisaient de plus en plus rares.  Malgré tout, l’inconscient collectif avait été marqué par cette incroyable aventure, même pour les gens qui n’avaient jamais mis un seul pied dans l’Ouest.

The Great Train Robbery, du cinéaste Edwin S. Porter, durait environ 9 minutes.  Ses scènes, tournées sur un tronçon de voie ferrée situé près de Dover, New Jersey, racontaient simplement l’histoire d’une attaque de train dont les voleurs finissaient par payer de leur vie.  Bien que le film ait disposé d’un budget total de 150$, il se transforma aussitôt en succès.

Le film se terminait par un plan rapproché de l’acteur Broncho Billy Anderson qui fixait la caméra, ce qui était tout nouveau pour l’époque.  De son regard glacial, il pointait ensuite son revolver vers l’objectif avant d’ouvrir le feu.  Encore aujourd’hui, on raconte que certaines personnes dans les salles se jetaient au sol, criaient ou s’évanouissaient par crainte de recevoir une balle.  En 1993, cet extrait fut introduit au début du film Tombstone de Georges P. Cosmatos, ce qui permit de la faire revivre aux cinéphiles contemporains.

Comme c’est le cas de la plupart des grands succès, le film de Porter en influença plusieurs autres, au point qu’un nouveau phénomène venait d’être lancé.  Les westerns se multiplièrent à une vitesse folle, quoi qu’il manquait toujours un ingrédient fondamental pour immortaliser définitivement le phénomène : le héros solitaire.  À cette époque, ces films racontaient une brève histoire plutôt générale avec la présence de plusieurs personnages anonymes.  Cette lacune allait cependant être rapidement comblée.

Broncho Billy, de son vrai nom Gilbert Anderson (1880-1971), fut d’ailleurs l’un des premiers à connaître un certain succès mais il serait vite surpassé par des hommes plus flamboyants.

À cette époque, plusieurs cow-boys en provenance des ranchs débarquaient à Hollywood avec l’espoir d’obtenir un meilleur emploi.  Ceux-ci avaient entendu dire que les compagnies de production de cinéma, qui grossissaient à vue d’œil, avaient besoin de nombreux figurants et de cascadeurs pour rendre leurs films de plus en plus crédibles.  Dans la ville du cinéma, ceux-ci se regroupèrent au point de former une sorte de vase clos.  Car les cow-boys se montraient critiques face au monde qui les entourait, jugeant encore les hommes à leur habileté à monter à cheval, à se bagarrer, à manier le revolver et à supporter l’alcool.  Pour plusieurs d’entre eux, il fallait donc fréquenter un bar nommé The Waterhole pour avoir une chance d’être engagé sur une production.

À Hollywood, on avait une conception bien différente du métier de cow-boy et cela n’avait rien à voir avec le quotidien des ranchs.  Ces jeunes hommes devaient maintenant se familiariser avec les ordres et restrictions des metteurs en scène qui menaient la danse sur les plateaux de tournage.  Pour avoir des chances d’être engagé il fallait donc fréquenter le Waterhole ou une certaine écurie située sur Sunset Boulevard.  Malgré le dépaysement, la plupart des cow-boys préféraient cette nouvelle vie en raison d’un salaire plus généreux.  Ainsi, les premiers véritables cascadeurs du cinéma américain furent d’anciens cow-boys.

 

Hoot Gibson, l'un des premiers cow-boys à devenir acteur au cinéma.
Hoot Gibson, l’un des premiers cow-boys à devenir acteur au cinéma.

Malheureusement, les ceux-ci n’ont pas toujours été reconnus pour leur délicatesse envers les chevaux, comme en témoignent les premiers films western.  L’une des cascades les plus courantes de l’époque était surnommée le Running W.  Cette technique consistait à fixer deux fils de fer aux entraves entourant les fanons des pattes antérieures de l’animal et que l’on reliait à un anneau que le cow-boy tenait dans sa main.  Après s’être lancé au grand galop, celui-ci retirait ses pieds des étriers tout en tirant violemment sur l’anneau.  Le cheval trébuchait alors sur le sol tandis que le cavalier était projeté vers l’avant, parfois à des dizaines de pieds.

Ce fut donc parmi ces cow-boys délinquants que Hollywood dénicha ses premiers héros.  Parmi les premières têtes d’affiche à se démarquer à la fois pour leurs prouesses physiques et leur charisme on retrouva Hoot Gibson et Art Acord.

Edmund Richard « Hoot » Gibson a grandi au Nebraska et, tout comme Acord, il avait travaillé comme cow-boy sur des ranchs et certains spectacles Wild West Show.  En 1912, lors du célèbre rodéo Pendleton Round-Up, en Oregon, Gibson fut nommé meilleur cow-boy à l’échelle nationale et quatre ans plus tard c’était au tour d’Acord de remporter le même titre.  La rivalité qui s’installa entre eux allait se poursuivre jusqu’à Hollywood, car ils firent tous deux leurs débuts au cinéma en tant que cascadeurs.

Si Gibson se bâtit par la suite une réputation de témérité sur les plateaux de tournage, Artemus Ward « Art » Acord fut encore plus enclin à l’autodestruction.  Puisqu’ils savaient tenir en selle, ce qui n’était pas le cas de la majorité des acteurs de l’époque, ces deux joyeux intrépides de l’écran conservèrent le respect de leurs pairs.  Toutefois, les cinéphiles ne furent pas témoins de leurs bagarres réelles se déroulant hors du champ de la caméra, sur les plateaux de tournage.

Ce sont des hommes comme eux, dont les qualités physiques comptaient avant toute chose pour apporter de la crédibilité aux scènes d’action, que le mythe de l’Ouest s’est tranquillement immortalisé à travers l’œil des caméras.  On se moquait alors de l’authenticité historique alors que de nombreuses légendes vivantes de cette période inoubliable étaient encore à la portée de tous.  Si les cinéphiles de l’Est du pays n’y voyaient que du feu, la seule chose authentique dans cette mise en scène était les paysages et les vêtements souvent délabrés des personnages, à l’image même de la rudesse de ce coin de pays.   Il ne faut donc pas oublier que les producteurs, réalisateurs, scénaristes et metteurs en scène étaient avant tout des hommes de spectacles doublés d’un sens des affaires.  Ils basaient leurs films sur des classiques du théâtre provenant de l’Est.  En fait, ils comprenaient encore assez mal la vie des hommes de la frontière.

Art Acord, l'éternel rival de Gibson.
Art Acord, l’éternel rival de Gibson.

Certaines légendes vivantes comme Wyatt Earp, Bill Tilghman, Buffalo Bill et Al Jennings ont erré sur certains plateaux de tournage, mais leur nom ne devint jamais synonyme de succès à Hollywood, du moins pas de leur vivant.  Pourtant, c’est d’après leurs vécus qu’on ferait plus tard des films à succès.  Avant de mourir de cause naturelle en 1929, Wyatt Earp, le célèbre héros de la fusillade de O.K. Corral, s’était fait quelques amis parmi les premières vedettes du grand écran, dont William S. Hart et Tom Mix.  On raconte même encore que le jeune Marion Mitchell Morrison, mieux connu comme John Wayne, aurait été impressionné par sa rencontre avec le célèbre justicier de Tombstone, au point de s’inspirer de la démarche de Earp pour s’en servir par la suite dans la plupart de ses films.

À cette époque, on n’avait donc pas conscience de la richesse de ces personnages véridiques qui ne demandaient qu’à raconter leur vie, car la priorité était surtout axée sur le profit.  Évidemment, c’était l’époque où on tournait des centaines de western chaque année.  Hoot Gibson attirait tellement les foules qu’en 1924 l’Universal lui fit signer un contrat lui assurant un salaire de 1$ million sur 3 ans.  Il continua même d’obtenir du succès jusqu’au début des années 1940.  Quant à son rival Art Acord, celui-ci sombra dans l’alcool et la drogue.  Son corps fut retrouvé au Mexique en 1931, apparemment poignardé par un mari jaloux.

Entre 1907 et 1917, Broncho Billy Anderson, propulsé par son succès de 1903, tourna dans quelques 375 westerns.  Bien que meilleur acteur que certains cascadeurs propulsé devant les caméras, Anderson, de son vrai nom Max Aronson, n’était pas habile avec les chevaux.  Lors du tournage de The Great Train Robbery, il avait connu des problèmes avec sa monture.  Après s’être familiarisé un peu plus avec les chevaux, il enfila un ceinturon et un chapeau Stetson et créa un petit film intitulé Broncho Billy and the Baby.  Les spectateurs apprécièrent et la semaine suivante il avait décidé de conserver son célèbre surnom.  Durant 7 ans, il tourna un film par semaine.  En dépit de ses qualités médiocres comme cavalier, ses films, qui coûtaient en moyenne 800$ à produire, rapportaient chacun environ 50,000$.

William S. Hart était déjà un acteur d’âge mûr jouant du Shakespeare au théâtre lorsqu’il fut « découvert » par un dénommé Thomas H. Ince.  Étrangement, Hart n’avait pas tellement apprécié ce qu’il avait vu dans le genre western jusque-là, en particulier le manque de respect envers l’histoire.  Son intention était de purifier ou de réformer le genre afin de faire ressortir les valeurs plus authentiques des hommes et femmes qui avaient bâtis ce pays.

Hart avait vu le jour à Newburgh, New York, en 1870.  Il avait cependant vécu au Kansas, au Minnesota et aussi dans le Dakota.  Plus âgé que les jeunes acteurs de l’heure, il avait eu la chance de pouvoir observer de ses yeux quelques véritables expéditions de bétail, en plus d’apprendre la langue des Sioux puisque certains d’entre eux avaient été ses compagnons de jeu dans sa jeunesse.  Vers 1885, sa famille revenait dans l’Est, où Hart continua de se considérer comme un « Indien Blanc ».  Son cœur était évidemment resté dans l’Ouest.

William S. Hart
William S. Hart

C’est en 1913 qu’il débarqua à Los Angeles pour proposer à Ince de réaliser des westerns.  Bien qu’effrayé par les 43 ans de Hart, Ince décida tout de même de se lancer dans l’aventure avec lui.  Après avoir joué dans The Bargain et On The Night Stage, Hart retourna à New York, convaincu qu’il venait de faire sa part pour sauver le genre western tout en y inculquant une pointe d’authenticité.  Toutefois, le succès de The Bargain poussa Ince à engager Hart pour d’autres productions.  Cette fois, l’acteur insista pour diriger lui-même ses films et c’est ainsi qu’il connut un immense succès en imposant sa propre vision du Far West.  En raison de leurs curieux mariages entre le sentimentalisme et le réalisme, ses films demeurèrent très populaires durant une dizaine d’années.  Par la suite, puisqu’il ne pouvait plus camper les rôles de jeune premier, le public finit par se lasser et la carrière de Hart se situait déjà sur son déclin lorsqu’il rencontra le célèbre homme de loi Wyatt Earp au début des années 1920.  Une grande amitié se développa entre les deux hommes, au point où Hart lui donna un coup de main dans sa quête d’un auteur désireux d’immortaliser l’enrichissante histoire de sa vie.  Lors des funérailles de Wyatt Earp en 1929, Hart fut l’un des porteurs du cercueil avec Tom Mix.

À cette époque, il y avait longtemps que le public s’était tourné vers un héros plus dynamique et physiquement authentique.  Cette nouvelle coqueluche avait pour nom Tom Mix.  Son cheval savant nommé Tony devint également l’animal de spectacle le plus célèbre jusqu’à l’arrivée de Rin-Tin-Tin.  Tout comme Hart, Mix mettait en scène ses propres films, mais contrairement à son prédécesseur il n’entretenait aucune passion pour le réalisme historique.  En revanche, il s’impliquait dans la plupart des cascades au sein desquelles se retrouvait son personnage.  Ses acrobaties spectaculaires offrirent à ses fans un aspect plus imprévisible tout en rehaussant le degré d’action.  Bien qu’il ne craignait pas de mordre la poussière, il fit sa marque de commerce avec ses costumes colorés et impeccables, sans compter son célèbre chapeau Stetson.  Son talent naturel pour embellir la vérité déteignit jusque dans sa vie personnelle puisqu’il a toujours entretenu un mystère sur son passé.  Que son passé d’homme de loi ait été réel ou non, il savait monter à cheval et maniait le lasso mieux que n’importe quel autre acteur d’Hollywood.  Et l’un de ses plus précieux atouts que personne ne pouvait lui enlever était son charisme, probablement dû à son visage fort expressif qui pouvait paraître aussi menaçant que séducteur.

Tom Mix en compagnie de son célèbre cheval Tony.
Tom Mix en compagnie de son célèbre cheval Tony.

Mix était connu pour être incapable de résister aux femmes et on lui connaît apparemment toute une série d’aventures impliquant le jupon comme personnage central.  En 1909, il était policier en Oklahoma lorsqu’une compagnie de cinéma était venue tourner un documentaire sur les ranchs.  Opportuniste, Mix réussit à se faire engager dans la production en y apparaissant sur un cheval sauvage qui ruait dans tous les sens.  Cette prestation lui donna envie de se rendre immédiatement en Californie.  Là-bas, au cours des huit années qui suivirent, il tourna dans une centaine de courts métrages sans importance.  Toutefois, ce travail eut l’avantage de lui apprendre le métier à la perfection et en 1917 William Fox lui proposa de faire de vrais films.  Le succès fut instantané.

Bien que William S. Hart attirait les foules depuis 1913, Tom Mix apporta avec lui ses éléments nouveaux.  En outre, il fut sans aucun doute le premier cow-boy élégant du cinéma projetant l’image d’un homme qui ne boit et ne fume jamais, ne jure pas, et dont la coiffure reste impeccable quoi qu’il arrive.  Ce personnage se trouvait à des années lumière des véritables cow-boys ayant sillonnés l’Ouest, mais ce style fut repris par plusieurs autres par la suite, au point où on assista alors à un nouveau genre de héros et de film.  Cette image de perfection serait répétée à maintes reprises au cours des décennies suivantes par des Roy Rogers, Gene Autry et combien d’autres!  D’une certaine façon, il fallut pratiquement attendre le western de Sergio Leone Pour une poignée de dollars en 1964 avant de voir un héros malpropre, égoïste et bourré de défauts, dont la personnalité se rapprochait des caractères rudes qui avaient marqués leur époque au 19ème siècle.  Le personnage énigmatique et solitaire interprété par Clint Eastwood mit alors fin à cette mode du bon cow-boy trop parfait pour être vrai.

Mais pour en revenir aux personnages joués par Tom Mix, ils connaissaient les problèmes généralement après avoir aidé quelqu’un, sans accepté d’argent en retour.  Quand ils rencontraient une jolie femme ils devenaient alors victimes de timidité chronique.  Bien sûr, l’époque n’était pas non plus aux scènes d’amour ni aux baisés explicites.  La naïveté sociale faisait de ces héros des justiciers qui dégainaient seulement lorsque nécessaire et qui ne tuaient pratiquement jamais leurs ennemis.  Il réglait ses comptes à coups de poing ou par le pouvoir du lasso.  Bien que cette structure de base variait très peu d’un film à l’autre, Mix variait beaucoup ses cascades.  Il allait jusqu’à utiliser des avions, des trains, des automobiles et des diligences.

En 1925, Tom Mix gagnait 17,500$ par semaine et la Fox Film Corporation faisait la presque totalité de ses profits grâce à lui.  Sans doute pour palier au manque d’authenticité historique de ses films, il possédait une collection personnelle de reliques de l’Ouest d’une valeur estimée à 250,000$ et qui fut conservée après sa mort au Tom Mix Museum de Dewey, en Oklahoma.  Ses apparitions en publique faisaient souvent les gros titres des journaux, d’autant plus qu’il amenait Tony faire la tournée des grandes villes, même en Europe.  C’est ainsi que le célèbre cheval fut le seul quadrupède de l’histoire à avoir grimpé, avec Mix sur son dos, le grand escalier de l’Opéra de Paris, en France.

En 1936, il cessa de réaliser des films mais continua à se faire fabriquer des automobiles extravagantes et sportives sur mesure afin de satisfaire son besoin insatiable de la vitesse.  Au cours de l’automne 1940, Mix se tuait au volant de l’un de ses bolides en négociant un virage à une vitesse fulgurante près de Florence, en Arizona.  Sa mort fut causée par une fracture de la nuque.

Mix s’était lui-même mis en scène dans plus de 300 films et son style avait influencé à jamais l’image du cow-boy américain en le rendant plus grand que nature.  À cette époque, la plupart des studios réalisaient plusieurs westerns de série B pour financer d’autres entreprises.  Il était rare de les voir investir une grosse somme d’argent pour un western, ce qui donna de nombreux films de piètre qualité et ainsi, au fil des décennies, l’intérêt des cinéphiles s’estompa.  Après tout, on les bombardait sans cesse de westerns qui leur manquaient de respect par leur absence d’originalité.  Pas étonnant que le milieu mondain boudait le genre.

Le premier acteur à connaître du succès autant dans les westerns que dans les autres styles de films fut Frank J. « Gary » Cooper.  Ce dernier avait travaillé comme cow-boy au Montana avant de faire ses débuts à Hollywood en 1925 comme figurant et cascadeur.  En majorité, les vedettes des grands classiques du cinéma pouvaient se permettre un western à l’occasion.  À l’inverse, on ne voyait jamais un acteur devenu célèbre grâce aux westerns franchir la ligne pour jouer dans les autres genres.  Il semblait que l’on persistait à garder le vieux cliché du 19e siècle dans lequel les gens de l’Est considéraient les hommes de l’Ouest et les cow-boys comme de vulgaires personnages sans éducation.  Ken Maynard, Buck Jones, Tim McCoy, Fred Thomson et Bob Steele ne sont que quelques exemples de ces acteurs qui ont gagné leurs lettres de noblesse dans les westerns sans avoir pu franchir la ligne pour tourner dans un autre genre de film.  Pourtant, la plupart d’entre eux étaient des athlètes habiles, mais la mentalité se transformait trop lentement.  Quelques années plus tard, des vedettes comme Gene Autry, Roy Rogers ou William Boyd durent apprendre à monter à cheval avant d’apparaître devant la caméra, en plus de se faire doubler par des cascadeurs à l’approche du moindre danger.  Les temps avaient changés!

En fait, c’était le dilemme entre l’authenticité physique des premiers cow-boys devenus acteurs et celui de l’authenticité du jeu à l’écran des comédiens de formation.  Les techniques aussi se transformaient.  Si par exemple il arrivait d’utiliser de vraies cartouches lors des premiers westerns, les effets spéciaux allaient amener une autre dimension au réalisme, comme ce sera le cas dans Danse avec les loups avec les troupeaux de bison.

L’un des premiers westerns à grand déploiement, The Covered Wagon, fut tourné en 1922 par Jesse Lasky.  Cette adaptation d’un roman d’Emerson Hough, un auteur qui avait connu l’ancien shérif Pat Garrett, coûta 750,000$ et fut tourné en décors naturel dans le Nevada.  On engagea 1,000 figurants, un troupeau de bison et 759 Indiens.  On y fabriqua également 500 chariots avec bâche en plus de louer les chevaux pour les tirer, ce qui créait une caravane de 5 kilomètres.  En plus d’impressionner, le film remporta un immense succès, au point de demeurer à l’affiche à Los Angeles durant plusieurs mois.

Celui qui donna un second souffle au genre se nommait John Ford, de son vrai nom Sean O’Feeney.  À son arrivée à Hollywood, il travailla comme accessoiriste et rencontra l’impressionnant Wyatt Earp sur les plateaux de tournage, ainsi que le jeune John Wayne.  Énergique et imaginatif, John Ford devint réalisateur à 21 ans, dirigeant entre autres Hoot Gibson en plus de partager un appartement avec lui.  Non seulement Ford se soûla la gueule en sa compagnie mais un soir il lui fracassa un tabouret de piano sur la tête.  Malgré l’incident, Gibson continua d’admirer le génie de Ford.

Ce jeune cinéaste en vogue en quête d’authenticité alla jusqu’à convaincre la Central Pacific Railroad Company de lui prêter Jupiter, la locomotive ayant servie à la pose des premiers rails du transcontinental dans les années 1860.  Mieux encore, car il parvint à obtenir la même faveur de la part de l’Union Pacific avec sa Old 119.  Les deux célèbres engins ont ainsi figurés dans le film The Iron Horse (le cheval de fer).  Pour assurer le succès, Ford aurait engagé 5,000 figurants, 2,800 chevaux, 1,300 bisons et 10,000 têtes de bétail.

En 1926, Ford tourna un autre western avant de s’écarter du genre pendant 13 ans.  À son retour, il présenta Stagecoach (La Chevauchée Fantastique), qui devint aussitôt un chef d’œuvre.  Le film fut tourné dans les splendeurs de Monument Valley.  D’ailleurs, il utilisa si souvent cette région comme décor que c’est grâce à lui que les beautés de Monument Valley furent si étroitement associées à l’image du Far West, alors que les cow-boys n’avaient jamais évolué dans cette région.  Ce même film arracha aussi John Wayne à l’enfer des séries B  puisque ce succès lui permit d’incarner ensuite l’image de l’homme de l’Ouest dans plusieurs films à succès.

Plus tard, l’italien Sergio Leone apporta une autre transformation en raison de son style unique qui influença d’ailleurs Clint Eastwood dans son style en tant que réalisateur, entre autres dans Unforgiven (Impardonnable).  Récemment, certaines cinéastes ayant été marqué par les westerns dans leur enfance ont tenté le coup, comme les frères Cohen avec leur excellent True Grit et Quentin Tarantino avec Django.

Si les westerns sont aujourd’hui moins nombreux qu’à une certaine époque, cette rareté fera peut-être en sorte que les cinéphiles que nous sommes sauront mieux les apprécier.

 

Pour les curieux :

The Great Train Robbery : http://www.youtube.com/watch?v=8oTdPklBE0Y

Film avec Hoot Gibson en 1931, alors qu’il était âgé de 39 ans : http://www.youtube.com/watch?v=2XWtu9nvh-Q

Le western à l’origine du cinéma (PDF)

Bodacious

Richard « Tuff » Hedemen sur le dos de Bodacious.

Lors d’un rodéo, les cow-boys peuvent sembler être les vedettes incontestées, mais il subsiste un autre côté à cette médaille : celui des bêtes.  La monte des taureaux sauvages est une épreuve spectaculaire qui déplace des foules de gens curieux d’assister à ces duels opposant les hommes à la force animale.  Quelques fois, il arrive que le taureau devienne aussi célèbre que les intrépides cavaliers qui osent grimper sur leur dos.

C’est précisément le cas de Bodacious, un taureau connu pour son extrême rudesse et son haut niveau de dangerosité.  On décrit encore son style comme traître, sans pardon et potentiellement mortel.  C’est en 1991, à l’International Professionnal Rodeo Association à Ponca City, Oklahoma, que Terry Don West monta Bodacious pour la toute première fois.  Le jeune taureau n’avait alors que 2 ans environ et il était simplement connu sous l’appellation de J31.  Il pesait alors 1,100 livres (500 kg) et appartenait à Phil Sumner.  Selon son propre témoignage, West avait entendu dire que l’animal était coriace et qu’il était difficile de rester sur son dos.  Lors de la chevauchée, le taureau essaya de frapper West à chaque bond en relevant la tête.  Le cow-boy eut la chance de s’en sortir sans blessure, mais il resta convaincu que ce taureau était déjà un champion de la Professional Bull Riding (PBR) et de la Professional Rodeo Cowboy Association (PRCA).  Ce violent mouvement de la tête devint la marque de commerce de Bodacious.

West avait vu juste, car l’année suivante le robuste taureau au pelage jaunâtre était vendu à Sammy Andrews et se retrouva dans l’arène pour se mesurer aux cow-boys professionnels.  West le monta à quatre reprises au cours de sa carrière.  Le second duel se déroula à Denver, Colorado, en 1993.  Cette fois, le puissant Bodacious gagna la partie en se débarrassant de son cavalier en un temps record.  Le taureau avait grandi, grossi et accumulé plus d’expérience dans les stades.  À chaque rodéo, la réputation de Bodacious ne cessait de prendre de l’ampleur.

En 1994, c’est à Houston, Texas, que Terry Don West dut encore une fois se mesurer à lui.  Une fois de plus, West fut projeté dans les airs avant l’écoulement des 8 secondes réglementaires et le taureau lui perfora un poumon en plus de lui égrainer un os du coude.  Comme tout bon cow-boy qui se respecte, West surmonta ses craintes et c’est sur le dos de Bodacious qu’il remporta un rodéo en 1995.

En 1996, West remporta le titre mondial de la PRCA.  Le cow-boy n’entretenait pas de rancune envers l’animal, bien au contraire.  West osa même déclarer qu’il considérait Bodacious comme un ami puisqu’ils avaient littéralement grandi ensemble.  Une comparaison exagérée, diront certains.

Grâce à son style particulier et son mouvement de la tête, Bodacious se débarrassa également de Clint Branger en le propulsant par-dessus son épaule.  Branger prit néanmoins sa revanche en tenant le coup deux fois sur le « Maître du Désastre », autre surnom donné au taureau.

S’il y a un nom qui est indissociable de celui de Bodacious, c’est celui de Richard « Tuff » Hedeman.  À l’âge de 3 ans, une portière de camionnette se referma sur sa main mais il ne versa aucune larme.  C’est à ce moment qu’il se mérita le surnom de Tuff (un dérivé de though, qui signifie coriace en anglais).  Hedeman est aujourd’hui une légende vivante du rodéo, bien qu’il ait failli devenir une légende morte à cause de Bodacious.

« J’ai monté Bodacious cinq fois dans sa carrière », expliqua Hedeman, « et il fut responsable de la meilleure chevauchée et aussi de l’une des pires de ma carrière. »

C’est à Memphis que Tuff Hedeman affronta Bodacious pour la première fois, ce qui lui permit de constater que la tête de son rival s’élevait étonnement haute dans les airs en comparaison avec les autres taureaux.  Sa poitrine entra même en contact avec les cornes de Bodacious lors de cette montée sauvage.

Un mois plus tard, Hedeman et Bodacious s’affrontèrent à nouveau à Tampa, Floride.  Encore une fois, le taureau gagna la partie.  La main de Hedeman n’avait put tenir la corde de soutien et il fut désarçonné au bout de 6 secondes.

En novembre de la même année, le hasard fit en sorte que les deux adversaires se retrouvèrent à nouveau nez à nez à la finale de Long Beach, Californie.  Bodacious jouissait alors une réputation de dure à cuire, mais ce n’était pas suffisant pour impressionner Hedeman.  Il était déjà reconnu comme le plus mauvais et le plus dangereux de tous.  Toutefois, le style de Hedeman se mariait à perfection avec celui de la terreur des bêtes à cornes.  Il qualifia lui-même sa chevauchée à Long Beach comme la meilleure de sa carrière.  Tuff tint le coup durant les 8 secondes réglementaires pour se mériter un pointage de 95.

Lors de la finale PBR le 15 octobre 1995 à Las Vegas, Nevada, Hedemen et Bodacious s’affrontèrent à nouveau.  Déjà triple champion du monde, Hedeman connaissait une année remarquable et se dirigeait vers son quatrième titre mondial.  Lorsqu’il pigea le nom de Bodacious, il s’attendit à une chevauchée si spectaculaire que cela allait lui assurer le titre.  Mais le cow-boy se trompait.  Ce duel allait le propulser en enfer.

Depuis leur dernière rencontre, Hedeman constata que le style de Bodacious avait changé.  Le taureau avait blessé plusieurs cow-boys déjà, au point de semer une certaine crainte.

Hedeman expliqua par la suite que le premier bond se passa bien après que la chute (barrière) s’ouvrit.  La première chose dont il se rappela c’est de s’être retrouvé au sol.  Il avait durement été ébranlé.  Bodacious avait tout simplement relevé sa lourde tête pour heurter Hedeman en pleine figure alors que le poids du cow-boy était en train de redescendre, ce qui multiplia la force de l’impact.

« Comme je marchais pour sortir de l’arène, j’ai senti que mes dents ne s’emboîtaient plus ensemble, alors j’ai su que ma mâchoire était fracturée.  Je ne réalisais pas que j’étais défiguré.  Mais quand je regardais les gens qui me dévisageaient, on aurait dit qu’ils avaient vu le démon. »

Puisque personne n’arrivait à trouver le conducteur de l’ambulance, Tuff prit le temps de s’asseoir derrière les chutes et regarda la reprise à la télévision.  Il demanda alors à quelqu’un d’aller avertir sa femme Tracy qu’il allait bien et qu’elle ne devait pas s’inquiéter.

Il fallut deux opérations et 13 heures de chirurgie pour refaire son visage, en plus de lui implanter cinq ou six plaques de titanium.  Tous les os du visage avaient été fracturés.  Malgré les efforts des médecins, Hedeman resterait défiguré à jamais sur la moitié du visage, mais cela ne semble pas l’avoir affecté outre mesure.  « Cela ne m’énerve pas beaucoup », dit-il.  « Je ne me suis jamais énervé à propos des choses que je ne pouvais pas changer.  Si j’étais Clark Gable cela aurait été différent.  Les bonnes nouvelles c’est que j’étais devenu laid, ce qui ne représentait pas une grosse perte. »

Après avoir vu la reprise vidéo, Hedeman se considéra chanceux d’être encore en vie.  Il promit alors à son fils Lane de 4 ans, baptisé en l’honneur de son défunt copain Lane Frost, de ne plus jamais se mesurer au redoutable Bodacious.

Lors de la finale suivante de la PBR, Tuff eut une crainte en voyant que Bodacious se trouvait dans l’enclos, et il blagua sur le sujet.  Il y avait peu de chance que le hasard le désigne encore comme son adversaire, mais c’est pourtant ce qui se produisit.  Respectant la promesse faite à son fils, Tuff Hedeman refusa de monter sur le taureau jaunâtre et lorsque Bodacious fut libéré de la chute sans personne sur son dos, Tuff le salua de son chapeau.

Lorsque Bodacious blessa gravement au visage Scott Breding dans des conditions similaires, Sammy Andrews, le propriétaire de l’animal, décida de retirer son protégé de la compétition.  En fait, il semblait de plus en plus inévitable que Bodacious finirait par tuer quelqu’un et Andrews ne voulait pas avoir un tel drame sur la conscience.

Pour Bodacious, il s’agissait donc d’une retraite prématurée puisque qu’il n’était âgé que de 8 ans.

Le célèbre taureau était fut le seul animal de rodéo à avoir son agent et sa propre ligne d’objets souvenirs.  C’était un taureau Charbray de 1,800 livres (816 kg).  Il reste connu pour sa couleur jaune et sa façon unique de bouger.  Sur les 135 cow-boys à s’être mesuré à lui au cours de sa carrière, seulement 6 ont réussi à le vaincre.

Bodacious s’éteignit le 16 mai 2000 suite à une infection à l’une de ses pattes.  Il avait 12 ans.

(Obtenez cet article au format PDF: Bodacious – 12 septembre 2012)

Fannie Sperry, légende féminine du rodéo

Fannie Sperry saluant la foule lors du premier Stampede de Calgary en 1912.

Elle est née le 27 mars 1887.  Son père possédait un ranch situé à quelques dizaines de kilomètres de Helena, au Montana.  Celui-ci capturait des chevaux sauvages dans les collines pour ensuite les « casser » et les vendre.  La jeune fille eut droit à sa première monture, un Pinto, à l’âge de 6 ans.  Tout au long de sa vie, cette race de chevaux demeura d’ailleurs sa favorite.

En 1903, alors âgée de 16 ans, elle gagna de l’argent pour la première fois en montant un étalon dans l’arène.  Les spectateurs furent si impressionnés de sa chevauchée qu’ils passèrent le chapeau afin de récolter quelques dollars qui lui furent ensuite destinés.  L’année suivante, elle remporta son premier titre de championne féminine de la monte des chevaux sauvages du Montana.

Fannie Sperry fit la chevauchée de sa vie en 1912 au tout premier Stampede de Calgary, en Alberta.  Le promoteur de l’événement, Guy Weadick, offrait une bourse de 1,000$ afin d’attirer les meilleurs cow-boys et cow-girls des États-Unis et du Canada.

Le rodéo dura cinq jours.  À la première apparition de Fannie, une pluie torrentielle s’abattit soudainement.  Le cheval qu’elle montait s’est à peine tortillé avant de s’immobiliser, ne permettant pas à la cavalière de démontrer tout son talent.  Ce fut donc avec déception qu’elle sortit de l’arène.

Le lendemain matin, Fannie fut jumelée à un bronco sauvage nommé Nett.  Cette fois, les ruades et les sauts furent plus éloquent.  La foule se souleva pour acclamer la cow-girl aux yeux bleus qui pesait seulement 122 livres.  Fannie réalisa une excellente chevauchée mais les autres cow-girls continuaient de la devancer au pointage.  La seule chose qui pouvait lui permettre de se racheter était une chevauchée spectaculaire.

Le dernier jour de la compétition, Fannie dut affronter Red Wing, un cheval coriace qui avait tué le cow-boy Joe LaMar quatre jours plus tôt.  Avant même que la chute (barrière) ne s’ouvre, l’animal démontra des signes d’agressivité.  Mais Fannie n’était pas du genre à se défiler devant le danger.  Même les hommes responsables de la chute craignaient pour elle.

La chevauchée fut violente.  Red Wing sauta, rua et pivota de toutes ses forces.  Toutefois, Fannie se cramponna durant les 10 secondes réglementaires[1].  Dès cet instant, elle sut que le bronco à la robe alezane venait de lui donner la chevauchée de sa vie.

L’un des juges fit appeler Fannie près de la plate-forme, ce qu’elle fit en soulevant son chapeau pour satisfaire la foule en délire.  Ce fut alors que l’animateur mentionna qu’elle était la championne du monde de la monte des chevaux sauvages.  Fannie se mérita donc la bourse de 1,000$, une selle neuve et une boucle de ceinture gravée or.

Lors d’un autre rodéo à la foire de Deer Lodge, elle rencontra Bill Steele, qui était de 11 ans son aîné.  Ils se courtisèrent avant de se marier le 30 avril 1913.  En plus de chevaucher dans des rodéos, Bill et Fannie opéraient leurs propres spectacles Wild West Show.  Le célèbre Buffalo Bill Cody les a d’ailleurs engagé pour le spectacle qu’il donna à Chicago en 1916.  Fannie a même prouvé ses talents avec les armes à feu en tirant des œufs que son mari tenait entre ses doigts et des cigares qu’il tenait dans sa bouche, reprenant ainsi quelques prouesses de la légendaire Annie Oakley, qui s’était alors passablement retiré de monde du spectacle.

Fannie Sperry et Bill Steele participèrent à des rodéos jusqu’en 1925 tout en s’occupant de leur élevage de Pintos.  Après la mort de Bill, en 1940, elle continua de gérer l’entreprise tout en s’isolant du reste du monde.  En 1965, elle déménagea dans une cabane qui avait été construite par sa sœur et son beau-frère en 1903.

Ce n’est qu’en 1974, alors âgée de 87 ans, que Fannie se résigna finalement à laisser ses chevaux pour entrer dans une maison de repos de Helena, Montana.  Le 11 décembre 1975 elle fut intronisée au National Cowboy Hall of Fame (Temple de la Renommée des Cowboys) et on donna une cérémonie en son honneur à Oklahoma City.  Trois ans plus tard, elle fut également intronisée au National Cowgirl Hall of Fame, devenant la première cow-girl du Montana à se joindre à ce groupe de l’élite féminine.

Fannie Sperry Steele s’éteignit finalement le 11 février 1983 à l’âge vénérable de 95 ans.  Avant de mourir elle avait écris ces quelques mots : « J’espère qu’il y a un arène au paradis car c’est là que vous me trouverez. »


[1] À l’époque il fallait tenir 10 secondes, et non 8 comme aujourd’hui.