Ugo Fredette, l’envers de la médaille


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Cette capture d’écran démontre que les articles concernant Christiane Sirois à propos du comportement de Fredette ont été répertoriés par Google.

Au moment d’écrire ces lignes, il y a à peine quelques heures que l’alerte Amber concernant l’affaire Fredette, considérée comme la plus longue jusqu’à maintenant, s’est terminée de façon positive.  Si la poursuite policière a débuté sur une note beaucoup plus regrettable avec le meurtre de la mère, Véronique Barbe, 41 ans, les policiers ont au moins retrouvé le petit garçon sain et sauf.

Hier, Hugo Fredette, un homme de 41 ans, a pris la fuite avec son fils de 6 ans, Louka Fredette.  Les raisons de cet enlèvement demeurent inconnues pour le moment.  On appréhendait le pire, jusqu’à ce que la Sûreté du Québec annonce, au bulletin de 17h00, qu’on avait retrouvé le bambin sain et sauf et que le père, soupçonné d’avoir assassiné sa conjointe, avait été arrêté.

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Quand on clic sur le lien de l’article, toutefois, on obtient ce résultat.  J’attire votre attention sur l’adresse URL, qui indique bien la nature de l’article publié à l’origine.

Ce qui a attiré l’attention sur cette affaire ce n’est pas le fait que ce drame ait suscité une alerte Amber mais plutôt que Fredette était connu pour son implication dans des documentaires concernant des cas de meurtres non résolus, autant d’enfants que de jeunes femmes.  Entre autres choses, c’est en collaboration avec Stephan Parent qu’il avait produit le documentaire Novembre 84 en 2014.  Il en préparait un autre sur l’affaire Cédrika Provencher avant que Martin Provencher, le père de la désormais célèbre victime, bloque son projet par une mise en demeure.

Si l’attention d’Historiquement Logique a été retenue par cette affaire, c’est bien parce que l’an dernier, au moment de lancer sa série d’articles intitulée Les Faucheurs d’enfants, Fredette est soudainement intervenu auprès d’une tierce personne pour faire valoir son mécontentement face à ce projet[1].  Il s’est montré très insistant.  En fait, c’est que la série Les Faucheurs d’enfants reprenait une partie de l’enquête étudiée dans Novembre 84, mais cette fois en revisitant objectivement deux suspects et en rendant publics les détails des enquêtes de coroner concernant les meurtres reliés à cette affaire, deux avenues qui n’avaient pas été explorées dans le documentaire cinématographique.

Aujourd’hui, certains lecteurs ont constaté la présence de quelques commentaires explicites à propos du personnage Fredette.  Le tout a débuté ce matin dans le cadre de l’émission Salut Bonjour sur les ondes de TVA.  Michel Surprenant, le père de Julie Surprenant disparue en 1999, y fut le premier à questionner le comportement antérieur de Fredette, révélant que celui-ci semblait parfois perdre les pédales, sans toutefois apporter d’exemple précis.  Quelques heures plus tard, Christiane Sirois, la mère de Sébastien Métivier, ce jeune garçon disparu en 1984, parlait du fait que Fredette n’avait aucune empathie pour l’entourage des victimes.  Toutefois, il semble que l’article du Journal de Montréal ait été retiré au cours de la journée.  Après vérification, il en est de même sur le site de TVA et Facebook.

Selon ce que Historiquement Logique a appris, Mme Sirois n’est pas la seule à aller dans ce sens.  Y aurait-il donc une face cachée à cette culture du non résolu au Québec?

[1] Pour voir ou revoir Les Faucheurs d’enfants, je vous invite à consulter l’avant-propos à l’adresse suivante : https://historiquementlogique.com/2016/09/25/les-faucheurs-denfants-lavant-propos/

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L’affaire St-Louis: chapitre 4


02         Le tout premier témoin de la Couronne fut le Caporal Léopold Lavigne, 29 ans, de la Sûreté du Québec (SQ).  Interrogé par Me Laniel, celui-ci présenta le plan qu’il avait préparé afin de permettre aux jurés de mieux comprendre la géographie de St-Léonard et St-Célestin.  On le déposera en preuve sous la cote P-1.

Lavigne avait également pris quelques photographies les 22, 23 et 25 novembre.  Il expliqua également la géographie des lieux où s’était déroulée l’action.  Bref, sa présence servit principalement à mieux situer les jurés en rapport avec les événements que la justice reprochait maintenant à l’accusé.

Selon Lavigne, on comprit que la scène de crime se situait juste en face de la maison d’Arthur Ally, la 7ème du côté nord de la route 34.  La première photo de cette route, en direction St-Célestin (direction nord-est), fut déposée en preuve sous la cote P-2; alors que celle de la façade avec le corps de la victime fut produite sous P-3, et ainsi de suite.

         Le 25 novembre, le policier s’était rendu au garage Héroux et Thibodeau à Drummondville pour y photographier le véhicule de marque Envoy, quatre portes, de couleur bleue et immatriculé 5N-8696 Québec 68.  Il en avait tiré cinq clichés.

         Ensuite, ce fut à Me Gérald Grégoire de contre-interroger le témoin.  Le criminaliste le ramena tout de suite sur une remarque qu’il venait de faire en parlant de l’une des photos de l’Envoy, sur laquelle on apercevait un cadre endommagé.  Il lui demanda, pour le bénéfice des jurés, d’encercler cet endroit à l’aide d’un crayon rouge.

  • Cette empreinte dans le métal est-ce que ça semble être laissé par une balle, questionna Me Grégoire, est-ce que c’est un enfoncement assez profond?
  • Il s’agit d’un impact qui a été produit à cet endroit. Quant à ce qui a produit l’impact …
  • C’est hors de votre connaissance?
  • C’est une opinion seulement.

Ensuite, il lui demanda d’encercler ce qui paraissait être un autre impact de projectile, cette fois dans la partie gauche du pare-brise.

  • Est-ce que vous avez vu d’autres traces sur le véhicule à part des trois que vous avez mentionnées?
  • Il y avait du côté … sur la photographie P-6, photographie précédente du côté du conducteur, côté gauche au bas de la porte, il y avait à cet endroit, il s’agissait de ce qu’on appelle communément en terme de garage du putty, il y avait un morceau de putty de parti [retiré ou enlevé]. Mais il ne semblait pas avoir aucune … aucun impact.  Il s’agissait plutôt d’un morceau qui était tombé.
  • Au bas de la porte?
  • Au bas de la porte, ici côté gauche.
  • Lorsque vous avez examiné le véhicule, tant à la Sûreté Provinciale qu’au garage, avez-vous pu examiner les pneus du véhicule?
  • Si ma mémoire est bonne, je crois qu’il y avait quatre pneus d’hiver.
  • Est-ce qu’ils vous semblaient tous gonflés?
  • Tous gonflés?
  • À ce moment-là, ils étaient tous gonflés, oui. J’ai dû avancer même l’automobile.
  • Alors, elle a avancé sans difficulté?
  • Sans difficulté, oui.
  • Vous n’avez remarqué aucune crevaison?

L’insistance de l’avocat de la défense à propos de l’état des pneus pouvait sembler banale, mais cet élément finirait par prendre tout son sens un peu plus tard au cours du procès.

Lavigne dira avoir parcouru lui-même la distance entre St-Léonard et St-Célestin, ce qui représentait 8 kilomètres entre les deux églises.

  • Est-ce que vous pouvez nous dire sur la photographie qui a été produite montrant le parechoc avant du véhicule?
  • Exhibit P-6.
  • Où on voit là ce qui semble être un trou de balle sur le pare-brise?
  • Est-ce que vous avez regardé à l’intérieur pour voir si le phénomène d’éclaboussement était le même à l’intérieur qu’à l’extérieur?
  • Les dommages à la vitre?
  • C’est-à-dire la manière dont l’éclaboussement – on le voit à l’intérieur ici?
  • À l’intérieur est-ce que vous avez regardé?
  • À l’intérieur, les dommages étaient les mêmes. Le trou était bord en bord du pare-brise.
  • Mais vous nous dites que la vitre était complètement cassée. Est-ce que vous avez vu des débris de vitre à l’intérieur?
  • Ça, à la vitre arrière.
  • Oui?
  • À cet endroit, il y avait de la vitre cassée. La vitre cassée, ça, c’est semblable à du sel.
  • C’était tout en petits grains?
  • En grains, exactement.

Sur ces mots, Me Grégoire reprit sa place.  Le témoin pouvait maintenant rentrer chez lui ou retourner au travail.

 

Le meurtre non résolu de Nicole Sassoon


nicole_sassoon            Selon l’enquête du coroner Yves Lambert, c’est vers 11h00 le 30 mai 1992 qu’un pêcheur se trouvant à la hauteur de Ville Sainte-Catherine aperçut un cadavre en bordure de la rive. Ce corps complètement dénudé semblait avoir passé un long moment dans les eaux du fleuve St-Laurent puisqu’il était en état de putréfaction avancé. Dans le rapport de Lambert on peut d’ailleurs lire que le corps « aurait échoué à cet endroit suite à la baisse du niveau d’eau ».

Les policiers de Sainte-Catherine se rendirent immédiatement sur les lieux mais c’est l’Unité des crimes contre la personne de la Sûreté du Québec (SQ) qui hérita de cette enquête.

Sur la page actuelle de la section des crimes non résolus du site web de la SQ on indique que le corps aurait été retrouvé le 3 juin 1992[i], mais le rapport de Lambert parle plutôt du 30 mai, date à laquelle l’examen externe du cadavre fut réalisé. De plus, Lambert écrivait que l’identification de ce corps féminin fut confirmée à partir des empreintes digitales, ce qui laissait croire que la jeune femme traînait peut-être derrière elle un dossier judiciaire.

Quoiqu’il en soit, on pouvait enfin mettre un nom sur ce corps. Il s’agissait de Nicole Sassoon[ii], une jeune femme de 21 ans née le 17 janvier 1971.

La SQ affirme qu’au moment de sa disparition Nicole travaillait à Ville LaSalle et qu’elle aurait séjourné durant une certaine période dans un logement de la rue Gravel, toujours dans la même municipalité. Pour expliquer sa disparition, la SQ écrit que « Nicole Sassoon a été vue pour la dernière fois à la fin du mois de novembre 1991 au Motel Colibri à Montréal ». On ignore cependant dans quelles circonstances.

Le coroner Lambert se montrait plus précis quant à la date du décès en prétendait que la jeune femme serait morte le 23 novembre 1991. Quoi qu’il en soit, son examen externe du corps permit rapidement de déterminer qu’il s’agissait d’un meurtre. Toutes les plaies, dont certaines par enfoncement, avaient été assénées au crâne. À la région frontale droite on retrouvait une première plaie par enfoncement à 3 cm de l’orbite de l’œil. Sur celle-ci, Lambert spécifia que « cette marque crânienne est tout à fait comparable à celle que laisserait un coup de marteau ».

Une deuxième se trouvait à la partie gauche supérieure du front, deux lésions au sommet du crâne et un enfoncement complet dans la partie supérieure gauche du dessus du crâne et « ayant la même forme géométrique que les précédentes et mesurant 2,5 cm X 2,3 cm ». Il nota également une fracture de l’arcade zygomatique gauche (os situé près de la jonction de la mâchoire et de l’oreille).

Après l’examen interne, qui s’effectua le 2 juin 1992, Lambert écrivit que « en résumé, notre examen du crâne nous a permis de reconnaître au moins cinq (5) points d’impacts en des endroits différents et signant l’action d’un objet contondant de forme particulière, tel un marteau en plus de deux (2) larges brèches aux faces latérales du crâne qui elles, sont le résultat de plusieurs impacts au niveau de chacune de ces régions ».

Mais la question d’un passé criminel de la victime se confirme. Nicole Sassoon possédait effectivement un casier judiciaire concernant des infractions commises seulement au cours des mois qui ont précédés sa mort. Est-ce que tout ceci pourrait avoir un lien avec son meurtre?

Le 7 septembre 1991, Nicole était impliquée dans un vol par effraction. Le 12 septembre, elle plaidait d’ailleurs coupable à cette accusation devant le juge Marcel Beauchemin, ce qui lui avait valu une sentence d’une semaine. Quelques jours plus tard, soit le 19 septembre, elle retrouvait sa liberté sous certaines conditions.

Nicole semblait cependant se diriger vers une ascension malsaine en commettant un vol qualifié le 26 septembre 1991. Étrangement, le même jour on l’accusera de s’être évadé d’une garde légale, pour laquelle elle plaidera coupable le 10 octobre.

Si elle apparut en Cour le 3 octobre, ce fut seulement le 24 qu’elle enregistra un plaidoyer de culpabilité pour cette affaire de vol qualifié. Le même jour, elle plaidait également coupable dans une affaire de complot. Faisait-elle alors partie d’une bande composée d’individus peu recommandables?

Quoiqu’il en soit, cette escapade lui valut une sentence de 3 mois en plus d’une probation sans surveillance d’une durée de 2 ans, mais on sait bien que cette sentence ne fut jamais purgée dans sa totalité puisqu’elle devait disparaître à la fin de novembre.

Alors que le coroner Lambert prétend dans son rapport que la mort de la jeune femme remonte au 23 novembre 1991, son casier judiciaire nous indique plutôt qu’elle a vécu encore quelques jours puisque le 29 novembre elle commettait sa toute dernière infraction en s’évadant une fois de plus de sa garde légale. Ce sera seulement le 29 avril 1997 qu’on retira cette accusation en raison de la confirmation de son décès.

Est-ce que sa mort est reliée à ses récentes activités illégales?

Ce qui est sûr, c’est qu’au moment d’être sauvagement tuée, Nicole vivait apparemment en marge de la société. Et pourquoi aurait-elle finalement été battue aussi cruellement? Le mobile du crime pourrait-il conduire les policiers vers le coupable?

Toute personne possédant la moindre information sur cette affaire est invitée à communiquer avec la Sûreté du Québec au 1-800-659-4264.

[i] Voir http://www.crimesnonresolus.com/fr/crimes-non-resolus/nicole_sassoon.html

[ii] Sur le rapport du coroner Lambert son nom est inscrit « Sasson » alors que sur le site de la SQ et dans le plumitif judiciaire on utilise « Sassoon ».