Prenez l’autre route!

John King Fisher
John King Fisher

Si on pouvait remonter le temps et se balader à cheval dans une certaine région du Texas, vous croiseriez probablement une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « this is King Fisher’s road.  Take the other one » (Ceci est la route de King Fisher.  Prenez l’autre route).  Et, croyez-moi, il vaudrait mieux suivre le conseil.

John King Fisher a vu le jour en 1854 à Fannin, dans le Collin County, au Texas.  Au cours de son enfance, son père, qui travaillait comme camionneur, l’a souvent amené avec lui pour lui faire découvrir pratiquement tous les recoins du Texas.  En 1869, pour des raisons qu’on ignore, son père l’envoya vivre avec des amis qui habitaient près de Florence, Texas.  John était apparemment un garçon calme et apprécié de tous, mais il a cependant fini par violer la loi en prenant le cheval d’un homme, soi-disant pour le « libérer », peut-être parce que l’animal était maltraité.  Arrêté, il s’évada peu de temps après pour fuir la région.  Il n’y a jamais remis les pieds.

À l’automne de 1870, c’est en compagnie d’un complice que King Fisher s’introduisit dans une maison pour y commettre un vol.  En dépit de ses 16 ans, il fut condamné à deux ans de détention à la Rusk Prison de Huntsville.  Heureusement pour lui, il se mérita un pardon après seulement quatre mois d’incarcération.

Peu temps après, il semble que son audace et sa dextérité avec les armes à feu lui ait mérité un emploi.  Engagé par des ranchers, il devait maintenant traquer les voleurs de bétail.  À cette époque, il s’agissait d’un emploi presque suicidaire puisque la région était infestée de dangereux voleurs prêts à tout pour ne pas se faire prendre et les Mexicains étaient nombreux à franchir la frontière pour venir prendre leur part du gâteau.

Quoi qu’il en soit, il fallut peu de temps à Fisher pour se faire respecter et son nom devint rapidement synonyme de terreur pour les voleurs de bétail.  Graduellement, le taux de criminalité diminua et c’est à cette époque qu’on racontait qu’il lui suffisait d’installer une pancarte portant son nom pour éloigner les durs à cuire à tout acabit.

Physiquement, Fisher mesurait environ 6 pieds et pesait 185 livres.  On disait de lui qu’il avait l’habitude de porter de belles chemises, ainsi qu’une veste brodée de fil doré.  Une rumeur plus farfelue le décrivait aussi avec des chaps (chapajeros ou jambières de cuir) en peau de tigre.

Bien qu’aujourd’hui il reste connu comme ayant été un homme terrain, on disait de lui qu’il avait de bonnes manières et se faisait facilement des amis.  Évidemment, ceux qui le connaissaient bien savaient pertinemment qu’il pouvait aussi se transformer en homme impitoyable.  Par exemple, le jour de Noël 1876 il aurait tué un dénommé William Donovan, et peu après aurait refroidi trois hommes lors d’un seul incident.  Ceux-ci avaient eu le malheur de sous-estimer ses talents au revolver.

Mais Fisher n’était pas un incorruptible et les Texas Rangers commencèrent à enquêter sur lui, le soupçonnant de s’adonner lui-même au vol de bétail.  En peu de temps, ils accumulèrent 21 chefs d’accusation.  Malgré tout, King Fisher passa seulement cinq mois derrière les barreaux à San Antonio.  Après sa libération, il démontra une réelle volonté de rester dans le droit chemin.  Il se maria et devint père de trois enfants.  De plus, il décrocha un poste de shérif adjoint dans l’Uvalde County, Texas.  Une fois de plus, il se remit à pourchasse les voleurs de bétail, à seule différence que cette fois il portait l’insigne de représentant de l’ordre.

En 1883, les hors-la-loi Tom et Jim Hannehan attaquèrent une diligence entre San Antonio et El Paso.  Après s’être lancé à leurs trousses, King Fisher les localisa finalement sur un ranch et ne tarda pas à les confronter.  Décidé à résister à son arrestation, Tom tenta de sortir son arme mais Fisher le refroidit en l’espace d’un seul clin d’œil.  Devant la mort de son frère, Jim rendit alors les armes.

Les citoyens de la région furent impressionnés par les talents de King Fisher, si bien que les rumeurs se multiplièrent concernant ses chances d’être élu shérif aux prochaines élections de 1884.  L’ancien voyou semblait donc être sur la route de la réhabilitation.

L’apparition des nouvelles lois concernant l’arrivée du fil barbelé, qui prévoyait déjà la fin des grandes expéditions de bétail et les immenses troupeaux gardés en liberté, força Fisher à réaliser la complexité du problème.  Tourné vers l’avenir, il décida alors de se rendre jusqu’à la capitale d’Austin afin d’y étudier les lois en lien avec sa profession de représentant de l’ordre.  Sur place, il retrouva son vieil ami Ben Thompson, qui lui aussi s’était rendu célèbre par ses prouesses avec les armes.

Pour célébrer leurs retrouvailles, Fisher et Thompson firent la tournée des saloons.  Au soir du 11 mars 1884, les deux amis entrèrent au Turner Opera House de San Antonio pour y prendre quelques consommations.  Quelques minutes plus tard, Joe Foster, Billy Simms et Jake Coy, tous trois armés, s’approchèrent.  Ces trois voyous avaient l’intention de venger un de leurs amis qui avait été tué par Thompson.

Une violente fusillade éclata.  Lorsque la fumée se dissipa enfin à l’intérieur de l’établissement, John King Fisher et Ben Thompson gisaient sur le plancher, morts.  Foster succomba à ses blessures peu de temps après.  Fisher avait été atteint de 13 projectiles et n’avait apparemment pas eu le temps de se servir de son revolver.  Étrangement, il perdait la vie dans une affaire qui ne le concernait pas.

 

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James Madison Brown

(Illustration: E. Veillette 2008)
(Illustration: E. Veillette 2008)

Au Far West, la ligne séparant la loi de la criminalité pouvait s’avérer être très mince, et parfois même inexistante.  L’un des personnages qui représente sans doute le mieux cette situation est James Madison Brown, une personnalité parfois difficile à cerner et qui, malheureusement, n’a laissé aucune photo connue de son apparence physique.

Né vers 1838, Brown occupa le poste de shérif du Lee County, au Texas, du 15 février 1876 jusqu’au 4 novembre 1884.  Au cours de ces huit années il eut l’opportunité de confronter plus d’un criminel et de commettre quelques meurtres au nom de la loi, ce qui était souvent considéré à l’époque comme une nécessité.  Son expérience au cours de la Guerre de Sécession n’était pas à dédaigner, d’autant plus qu’il avait aussi travaillé comme policier d’État et milicien dans le Washington County.  Avec un tel bagage il bénéficiait d’une bonne réputation.  Reste à voir ce qu’il allait en faire.

Sa première victime en devoir fut Hugh McKeown, le marshal de la ville de Giddings, siège social du Lee County, Texas.  Le 4 mai 1877, c’est à bout portant que le Shérif Brown lui aurait tiré une décharge de fusil de chasse en pleine tête.  Malheureusement, le motif exact de l’affrontement demeure inconnu.  McKeown se trouvait avec son fils sur la galerie d’une boutique lorsque Brown s’est approché pour lui demander calmement d’écarter son fils.  Lorsque le jeune garçon fit quelques pas pour sortir du champ de vision de Brown, ce dernier pressa froidement la détente.  Les journaux parlèrent de cette exécution comme étant le résultat d’une vieille querelle.  Le Shérif Brown eut évidemment droit à un procès au terme duquel il fut acquitté, probablement en raison de la peur qu’il entretenait face aux jurés.

Le 21 mai 1878, à l’intérieur même du palais de justice du San Saba County, le procureur Thomas G. T. Kendall tua William A. Brown, le frère du Shérif Brown.  À une époque où les avocats se présentaient parfois devant les tribunaux avec un revolver sous leur veste, Kendall aurait agis par une certaine forme de légitime défense puisque William Brown aurait eut l’intention d’abattre un autre procureur nommé S. S. Brooks.  Bien entendu, James Madison Brown jura de venger la mémoire de son frère.

Puisque Thomas Kendall fut arrêté par les Texas Rangers en lien avec l’incident du 21 mai, Brown décida de concentrer sa colère vers Brooks.  Le 18 septembre 1878, 13 jours après son acquittement pour le meurtre de McKeown, Brown passa de nouveau à l’action.  Trois hommes à cheval débarquèrent chez Brooks, qui fut abattu en essayant de prendre la fuite.  Toutefois, avant de succomber à ses blessures, il parvint à identifier l’un de ses agresseurs : le Shérif Brown.  Malgré cela, la justice considéra qu’on manquait de preuve et aucune accusation ne fut déposée contre Brown.

Bill Longley, le tueur notoire du Texas qui affirmait avoir refroidi 32 hommes, fut arrêté en Louisiane le 13 juin 1877.  Ce sera cependant au Texas qu’il sera jugé et condamné à la pendaison.  Le 11 octobre, ce fut le Shérif Brown lui-même qui se fit un malin plaisir d’ajuster le nœud autour du cou de Longley, en plus d’actionner la manette ouvrant la trappe sous les pieds du condamné.  Brown se chargea également de l’enterrer au cimetière de Giddings avant d’envoyer sa facture à l’administration du comté.

Dans notre société contemporaine qui se fait beaucoup plus critique sur le comportement humain on pourrait évidemment s’étonner devant la confiance que les citoyens du Lee County éprouvaient pour le Shérif Brown car ceux-ci votèrent encore pour lui le 20 novembre 1878, lui ouvrant les portes d’un second mandat.

Moins de deux ans plus tard, le 10 janvier 1880, un dénommé Sam Sparks, dont le frère aurait participé à un attentat contre Brown en 1876, fut mystérieusement assassiné dans une rue de Giddings.  Selon toute vraisemblance, Brown n’était pas présent sur les lieux du meurtre de Sparks, mais on croit qu’il aurait engagé John Carlisle et Ed Myers pour exécuter la sale besogne.  Bref, d’une manière ou d’une autre, James Madison Brown semblait être le genre d’homme qui finissait toujours par régler ses comptes.

En avril 1881, c’est dans un contexte « plus respectable » de son travail que Brown et ses adjoints durent abattre un homme en fuite du nom de Wessen qui avait tenté de tuer son ex-femme et l’amant de celle-ci lors d’une violente crise de rage.  La scène se déroula dans un champ de maïs, où Wessen refusa de se rendre tout en ouvrant le feu sur les représentants de l’ordre.  Brown et ses compagnons ripostèrent aussitôt pour le trouer de cinq projectiles.

En 1884, Lucy, la fille de 15 ans de Brown, tomba amoureuse d’un garçon nommé Owens.  Bien entendu, le shérif désapprouva cette relation.  Comme dans certaines histoires d’amour, le jeune couple planifia sa fuite tandis que Brown se trouvait hors de la ville.  Ce que les jeunes inséparables n’avaient cependant pas prévu, c’est que la mère de Lucy envoya un télégramme à son dangereux mari pour lui signaler de revenir à la maison le plus tôt possible.  Peu de temps après, Brown revenait chez lui pour abattre Owens de cinq projectiles.  Le shérif expérimenté sur les deux côtés de la ligne séparant l’ordre de la criminalité, expliqua plus tard qu’en rentrant chez lui il s’était dirigé vers sa grange pour y vérifier un bruit suspect.  Lorsqu’un tir provenant de l’intérieur lui avait effleuré le côté, il avait alors riposté en tirant à cinq reprises.  La question était de savoir s’il s’agissait d’une mise en scène ou d’un acte réel de légitime défense.  Quoi qu’il en soit, la Justice préféra sa version et aucune accusation ne fut portée.

Lorsque son quatrième mandat prit fin en novembre 1884, James Madison Brown étonna tout le monde en décidant de changer de carrière.  Convaincu qu’il pouvait réussir dans le domaine de l’élevage des chevaux en raison de son flair pour repérer les bêtes gagnantes, on raconte qu’il aurait réussi à amasser une véritable fortune en pariant aux courses.  Avec ses propres chevaux, il fréquenta les pistes de course de Memphis, Nashville, Lexington, St. Louis et Chicago.  Cette nouvelle routine semblait indiquer qu’il avait enfin tiré un trait définitif sur son passé teinté de violence.  Le problème, cependant, c’est qu’il avait commis une erreur qui allait bientôt le rattraper.

Ike Sparks, le frère de Sam assassiné par Brown en 1880, refit surface dans le seul but d’assouvir sa vengeance.  Ike était devenu représentant de la loi mais, contrairement à l’assassin de son frère, il opta pour la méthode légale et fit une requête officielle afin d’obtenir un mandat d’arrestation contre Brown.  Ses démarches poussèrent les autorités à réagir.  Le 2 septembre 1892, le chef de la police de Chicago, un dénommé McClaughry, dirigea une descente sur la piste de course du Garfield Park.  On y procéda à l’arrestation de 33 personnes, dont des officiels, des jockeys et même des agents Pinkerton engagés pour la sécurité du site.  Le 3 septembre, une autre descente impliquant 150 policiers se déroula au même endroit.  On semblait déterminé à enrayer les actes illégaux et la corruption entourant les courses de chevaux, tout en espérant également prendre Brown dans les filets.

Le 5 septembre, ce fut une force massive composée de 500 policiers qui frappa et le lendemain une autre impliqua cette fois les 300 meilleurs policiers de la ville.  Jusque là, les opérations s’étaient bien déroulé, mais celle du 6 septembre tourna rapidement au vinaigre pour une seule raison : la présence de James Madison Brown.

Brown avait déclaré un peu plus tôt que la police n’arriverait jamais à le prendre vivant et qu’il n’hésiterait pas à ouvrir le feu sur tous les agents qui oseraient tenter de l’approcher.  Malheureusement, l’ancien shérif texan tint promesse.

Lorsque la descente débuta, Brown se trouvait sur le toit d’une écurie pour observer le déroulement des courses et c’est ainsi qu’il regarda calmement les premiers mouvements des autorités.  Peu après le début de l’intervention, un policier se serait approché pour lui demander de se soumettre à son arrestation et, bien entendu, Brown refusa d’un ton nonchalant.  Aussitôt, le policier se réfugia sur le toit du hangar voisin afin de se protéger de Brown qui avait dégainé son lourd revolver de calibre .44.  À son tour, l’agent s’empara de son arme et ameuta ses collègues avec son sifflet.Avant d’être encerclé, Brown sauta du toit pour s’enfuir en courant.  Avec quelques policiers à ses trousses, il tira derrière lui et, bientôt, se retrouva poursuivit par une foule de constables en uniforme.  Powell et McDowell, deux policiers de Chicago, se rapprochèrent du fugitif, ce qui les amena en zone de danger immédiat, eux qui ignoraient la réputation texane de leur suspect.  Powell fut touché le premier par une balle qui lui traversa la main pour aller ensuite se loger dans son bras.  Un deuxième projectile le heurta à l’estomac, ce qui allait lui être fatal.

Brown tourna ensuite sa colère vers McDowell, qui fut gravement atteint.  Toutefois, avant de succomber il tenta un dernier tir vers le fugitif, qui s’écroula instantanément.  Brown avait été atteint directement au cœur.  Powell s’éteignit sur le terrain, tandis que McDowell succomba quelques heures plus tard.

James Madison Brown était âgé de 54 ans.  Malgré ses exploits d’homme de loi dans l’histoire de l’Ouest, tout indique qu’il ne s’est jamais mérité le statut de légende au sein du folklore américain; et pour cause, diront certains.  Ce qui est sûr, c’est qu’à force de déambuler sur une ligne aussi mince il a fini par trébucher.

Poco Bueno

Pine Johnson en action sur le dos de Poco Bueno.
Pine Johnson en action sur le dos de Poco Bueno.

Il est né le 10 avril 1944 sous la supervision de l’éleveur Jess Hankins de Rocksprings, Texas.  Poco Bueno et son père, King P-234, ont formés le plus célèbre duo père-fils de l’industrie équestre Quarter Horse.  Bien que sa robe n’était pas de la même couleur que celle de son paternel, il partageait cependant sa carrure athlétique et sa gentillesse.

Sa mère, Miss Taylor, était considérée comme une excellente reproductrice dont le père s’appelait également Poco Bueno.  Le nom de ce dernier n’avait cependant jamais été enregistré officiellement.

En 1945, Jess Hankins fit monter dans son camion quelques-uns de ses poulains afin d’aller les vendre aux enchères.  Poco Bueno se trouvait parmi eux.  L’un des frères de Jess lança alors que : « nous devrions peut-être garder celui-là. »  Jess n’en fit cependant qu’à sa tête.

Lors de l’encan, Poco Bueno fut acheté au prix exorbitant de 5,700$ par E. Paul Waggoner, propriétaire du célèbre Waggoner Ranch situé à Vernon, Texas.  C’est là que Poco Bueno allait passer le reste de ses jours.

Après avoir décroché le titre de champion recrue du Texas Cowboy Reunion Quarter Horse Show à Stamford, il accumula les honneurs au Texas, au Colorado et au Missouri.

En 1948, alors qu’il n’était âgé que de 4 ans, Poco Bueno débuta sa carrière en tant que cheval de cutting (triage du bovin).  Son incroyable habileté avec le bétail lui permit de collectionner les records, ainsi que plusieurs admirateurs.  C’est précisément dans cette discipline, moins spectaculaire que le rodéo mais qui fait preuve d’intelligence et de finesse, qu’il révéla tous ses talents.

Plusieurs cavaliers eurent le privilège de monter Poco Bueno, mais lorsque Pine Johnson est venu travailler pour Waggoner un duo exceptionnel se forma entre le cow-boy et l’animal.  Aujourd’hui encore, les noms de Poco Bueno et de Pine Johnson demeurent indissociables.

Selon Fagan Miller, gérant du Waggoner Ranch à cette époque, Poco Bueno a été le cheval le plus formidable, en plus d’être affable, comme la plupart des rejetons qu’il engendra par la suite.  Miller affirmait d’ailleurs que c’est Poco Bueno qui avait lancé la discipline du cutting.  Même après sa retraite, une fois trop âgé pour se donner en spectacle, les gens venaient des quatre coins des États-Unis pour venir l’observer et le photographier.

Poco Bueno mesurait 14,3 mains à l’âge adulte et pesait environ 1,150 livres (521 kg).  À une certaine époque, les inséminations de Poco Bueno se vendaient 5,000$, le montant le plus élevé de l’industrie.  Il fut aussi le premier cheval Quarter Horse à être assuré pour une valeur de 100,000$.

E. Paul Waggoner, le propriétaire de Poco Bueno, s’éteignit le 3 mars 1967 en laissant des indications précises quant à la façon d’inhumer le célèbre cheval après sa mort.  Puisque Poco Bueno avait été à l’image de la dignité, Waggoner insistait pour qu’il soit enterré à la verticale.

À sa retraite, Poco Bueno était totalement libre sur le ranch mais se déplaçait peu en raison de douleurs arthritiques.  Il s’éteignit finalement le 28 novembre 1969.  Il fut donc enterré debout, selon les clauses du testament de Waggoner.

Au cours de sa carrière et de sa retraite, Poco Bueno aura engendré 405 rejetons enregistrés à l’AQHA (American Quarter Horse Association), dont 36 furent des champions.

King P-234

King P-234 01Tous ceux qui ont eu la chance de le voir de leur propres yeux ont tous souhaités la même chose : le posséder.  Pourtant, personne ne réalisait à l’époque qu’il allait devenir l’une des pierres angulaires de l’industrie du Quarter Horse.

Le cheval nommé King a vu le jour le 25 juin 1932.  Son père, le fameux étalon Zantanon, appartenait à Manuel B. Volpe.  Zantanon était aussi bien connu au Mexique qu’aux États-Unis.  Lorsqu’il se trouvait du côté mexicain de la frontière, il distançait tous les autres chevaux malgré le fait qu’il était mal nourri.  On rapporte même certains actes de cruauté commis à son égard.  Et pourtant, il courait.

Cet étalon courageux a finalement été remarqué par Volpe alors qu’il était âgé de 14 ans et Volpe déboursa 500$ pour s’en porter acquéreur.

Sur le ranch de Volpe, situé près de Laredo, au Texas, Zantanon retrouva progressivement sa santé et commença alors à se reproduire.  Ainsi, la jument Jabalina donna naissance à un rejeton en juin 1932, que Volpe baptisa d’abord Buttons.  Peu de temps après, cependant, Volpe vendit le poulain à son voisin de Laredo, Charles Alexander, pour la somme de 150$.

Buttons passa ensuite aux mains de Byrne James, un joueur de baseball professionnel qui possédait un ranch sur lequel il manipulait le bétail lorsque son équipe ne jouait pas.  James et sa femme devinrent très attachés au jeune cheval, qu’ils rebaptisèrent King.  Plus tard, lorsqu’il obtint son numéro d’enregistrement P-234 de l’American Quarter Horse Association (AQHA), il entra dans la légende sous le nom de King P-234.

À maturité, King mesurait 15 mains au garrot et pesait entre 1,150 et 1,200 livres (544 kg).  Comme de raison, lorsque James jouait avec les Giants de New York, il n’avait pas l’occasion de passer beaucoup de temps avec son cheval favori.  En 1936, il loua donc King à Winn Dubose, un rancher établi dans la région d’Uvalde, Texas.  Dubose se rendit compte tout de suite à quel point ce cheval possédait l’instinct de travailler avec le bétail.  Pour un étalon, il était incroyablement docile et calme.  Finalement, Dubose acheta King pour 500$ et il commença à vendre des saillies à 10$ l’unité.  À cette époque, puisque l’AQHA n’était pas encore fondée, il demeure donc impossible de retracer toutes ces juments qu’il a fréquentées et d’établir ainsi un arbre généalogique fiable.

La même année, les frères Hankins entrèrent dans le décor.  Ceux-ci élevaient aussi bien du bétail que des chevaux et ils avaient l’œil pour reconnaître un animal raffiné.  Lorsqu’il se rendit chez Dubose pour admirer le cheval en question, Jess Hankins raconta plus tard que « Avant même que nous descendions du camion, je savais que j’avais trouvé le bon étalon pour ma jument et je savais aussi qu’un jour je posséderais cet étalon ».

King P-234 et Jess Hankins
King P-234 en compagnie de son dernier propriétaire, Jess Hankins.

Dubose refusa d’abord de vendre King, mais lorsque Jess lui offrit 800$ il céda sous la pression.  Le 5 juillet 1937, King passa donc aux mains de Jess Hankins.  Les voisins de ce dernier commencèrent aussitôt à jaser, car 800$ pour un cheval était une somme considérable pour l’époque, surtout en période de dépression économique.  Néanmoins, en peu de temps les saillies de King se vendirent à 100$ la dose.                En 1940, l’année de la fondation de l’AQHA, King avait déjà une progéniture qui établissait les bases de la race Quarter Horse.  Il était déjà un pilier solide dans le domaine.  Squaw H., engendrée par King P-234, sortit grande championne du Tucson Livestock Show en 1945.

Bien qu’il était lui-même connu pour sa rapidité, King restera toujours identifié à sa dextérité et aussi pour cette compréhension qu’il avait face aux troupeaux de bétail.  Parmi les autres célèbres rejetons qu’il a engendré on retrouve Poco Bueno, Royal King et King’s Pistol.

King P-234 s’éteignit finalement d’une crise cardiaque le 24 mars 1958.  Il avait alors 26 ans.  Au cours de sa carrière de reproducteur, il aura engendré 658 poulains et pouliches, dont 20 champions de l’AQHA.  Sa dépouille fut enterrée sur le ranch des frères Hankins à Rocksprings, Texas.

King P-234 (PDF)

JFK, le dernier témoin

JFK, le dernier témoin, par William Reymond et Billie Sol Estes, Flammarion, 2003, 407 p.

Ce livre de 407 pages est l’œuvre du journaliste d’enquête William Reymond, un français installé au Texas, et de Billie Sol Estes, un ancien multimillionnaire ruiné qui avait, semble-t-il, des secrets importants à révéler en lien avec l’assassinat du président John F. Kennedy survenu le 22 novembre 1963 à Dallas, Texas.

Dès les premières pages, on sent qu’il ne s’agit pas d’une enquête proprement dite, à savoir que le récit se raconte comme un roman policier et repose presque uniquement sur les dires d’Estes.  En effet, si Reymond est aussi l’auteur d’au moins deux romans, il affirme plus d’une fois avoir trouvé des preuves pour corroborer les affirmations d’Estes mais sans jamais les rendre claires ou solides aux yeux du lecteur.  Bref, il semble garder certaines cartes dans ses manches, ce qui peut devenir agaçant à la longue.  Bref, on pourrait croire à une suite, mais depuis 2003 rien de nouveau sous le soleil.

N’oublions pas qu’Estes est aussi le co-auteur du volume, dont il signe d’ailleurs clairement la préface.  Or, les lecteurs rationnels d’expérience savent le peu de crédit qu’on accorde aux autobiographies, en particulier lorsqu’il est question de sujets aussi controversés.  Bien sûr, JFK le dernier témoin ne verse pas complètement dans ce genre littéraire, mais cela suffit cependant à préserver un doute.

Reymond perd du temps à se mettre lui-même en scène, peut-être pour se donner de l’importance ou alors tenter d’ajouter de la crédibilité à l’histoire.  Voilà un polar qui traîne de la patte durant une centaine de pages avant d’entrer dans le vif du sujet.

On le sait, les théories conspirationnistes sont nombreuses en ce qui concerne le crime du siècle et sur ce point Reymond démontre sa prudence à plus d’une reprise, cherchant à s’éloigner de cette mauvaise image que dégagent certains fervents de la thèse du complot.  Après tout, 80% des Américains ne croient pas en la version officielle qui garde toujours bien en vie la théorie du tueur solitaire.  On sait aussi que la démocratie n’est pas un système en mesure de pouvoir déterminer la vérité, mais depuis maintenant un demi-siècle les preuves sont suffisantes pour pouvoir douter de la parole du gouvernement.

Bien qu’elle puisse étonner, la théorie présentée par Reymond apporte des éléments intéressants.  En fait, tout repose sur sa réussite à avoir arraché des confessions à Billie Sol Estes, un ancien multimillionnaire ayant démarré bien humblement dans le milieu de l’élevage et de l’agriculture au Texas.  La principale théorie de Reymond oriente rapidement ses principales accusations à l’endroit de Lyndon Baynes Johnson, vice-président des États-Unis sous le règne de John F. Kennedy (JFK).  Billie Sol Estes confie à Reymond que le motif de l’assassinat est simple, reposant uniquement sur le fait que Johnson entretenait l’ambition presque maladive d’atteindre le bureau ovale de la Maison Blanche.  En effet, il déclare que « c’est une histoire simple.  Ne te complique pas la vie.  Comment aurais-tu réagi si tu t’étais trouvé à un cheveu de la Maison-Blanche et que, soudain, on t’avertissait que tu allais tout perdre?  LBJ [Johnson] n’avait pas de cœur et aurait tué sa propre mère pour réussir ».

Justement, ça semble un peu trop simpliste comme mobile d’un crime national aussi flamboyant.  Plusieurs ambitieux ont aussi connus ce genre de frustration en atteignant presque le pouvoir et ils ne sont pas tous devenus assassins pour autant.

Or, Estes continue pourtant de mentionner d’autres raisons politiques motivant le choix que certains hommes d’affaire ont fait d’assassiner le président.  Entre autres, Kennedy parlait de réforme électorale, de changements dans l’économie qui auraient touché directement les richissimes texans.  Il y avait aussi l’ambition de Bobby Kennedy, alors procureur général du pays, qui souhaitait ardemment coincer Johnson.  Estes ajoute lui-même que « JFK était déterminé à imposer sa volonté.  Il n’avait pas compris qu’il jouait avec le feu.  En diminuant de moitié les avantages fiscaux, il amputait de trois cent millions de dollars les familles de Dallas!  Trois cents millions de dollars par an!  Soit largement le prix de la vie d’un homme, qu’il soit président ou pas ».

Donc, après quelques pages, le mobil du crime n’était plus aussi simple!  Contradiction de taille!  Bref, on aura compris que JFK n’avait pas seulement Johnson comme ennemi.

À la page 70, lorsqu’il pose la question « pourquoi Dallas? », Reymond semble déjà offrir les balises de l’orientation qu’il souhaite prendre.  C’est un peu comme si on nous donnait l’impression d’un scientifique qui entame une recherche importante tout en accusant dès le départ son idée préconçue de ce qu’il souhaite obtenir comme résultat.  Or, dans une telle enquête, ne faut-il pas garder toutes les portes ouvertes justement afin de prouver son impartialité?

Et à savoir pourquoi le drame s’est déroulé à Dallas, il n’est pas nécessaire qu’il y ait une raison logique.

Toutefois, Reymond parvient à nous étonner en établissant un lien entre le tueur Malcolm « Mac » Wallace et Lyndon B. Johnson.  En fait, Wallace avait déjà commis un meurtre en 1951 pour lequel il s’était mérité une « sentence bonbon », comme le dirait le journaliste Claude Poirier, de 5 ans de sursis.  Du jamais vu!  Or, Wallace bénéficiait déjà de l’appui des amis influents de Johnson.  Les deux hommes ont d’ailleurs été vus ensemble à plusieurs reprises.

Johnson, qui tenait J. Edgar Hoover par les couilles grâce à des informations capitales sur sa vie sexuelle débridée, semble avoir eu besoin des services de Wallace en 1961 afin de se débarrasser d’un haut fonctionnaire du Département de l’Agriculture, un dénommé Henry Marshall.  Or, cet homme avait décidé d’appuyer l’incorruptible Bobby Kennedy en lui révélant ce qu’il savait à propos de certains financiers comme Estes et de l’homme qu’il appuyait secrètement, c’est-à-dire Johnson.  Bref, Marshall en savait trop.

Le 31 mai 1961, des inspecteurs vinrent au Département de l’Agriculture pour vérifier des transactions.  Marshall préféra alors mentir, probablement par crainte.  Mais dans les heures et les jours qui suivirent, Bobby Kennedy lui mit de la pression, sachant que si le fonctionnaire acceptait de parler il arriverait à faire tomber non seulement le vice-président Johnson mais tout son réseau.  Finalement, Marshall céda peu après en acceptant de tout révéler.

Le 3 juin 1961, le corps de Henry Marshall était découvert sur son ranch de Franklin, Texas.  « Malgré de multiples blessures par balles, le shérif Howard Stegall classa l’affaire en concluant qu’il s’agissait d’un suicide ».  Ce n’est que plus tard qu’on parvint à rouvrir l’affaire, renversant le verdict de suicide par celui de meurtre.  Quant au meurtrier, il fut identifié comme étant Mac Wallace.  Ce dernier ne paya jamais pour son crime.  Officiellement, il est mort au cours des années 1970 alors qu’une rumeur le voulait encore vivant une dizaine d’années plus tard.

Le point culminant du livre survient lorsque Reymond explique qu’une empreinte retrouvée sur un carton dans le dépôt de livre où se trouvait Lee Harvey Oswald le 22 novembre 1963 était celle de Mac Wallace.  L’empreinte en question avait été longtemps dissimulée par le FBI.  Toutefois, Reymond gâche la sauce en sautant sur l’occasion de conclure hâtivement que Wallace était le deuxième tireur.  Si on veut demeurer rationnel et objectif, la présence d’une empreinte partielle ne prouve pas qu’on ait tiré avec une arme à feu.  De plus, il semble complètement passer sous silence la thèse sérieuse d’un tireur situé sur le monticule herbeux, l’auteur du tir qui fit éclater la moitié de la tête de Kennedy.  Un tir de face.

Si on peut prouver que Wallace était là, c’est déjà une victoire en soit, mais ce dernier aurait pu seulement faire partie de l’équipe basée au 6ème étage du dépôt de livres.

Reymond jongle avec l’arrogance en déclarant la faiblesse de son enquête, à savoir qu’il écarte immédiatement des avenues aussi importantes que celle de la CIA en expliquant, de manière assez peu convaincante d’ailleurs, que « je me dis que si l’Agence avait voulu se débarrasser du président, elle aurait utilisé des moyens limitant la polémique.  JFK aurait été empoisonné, son avion aurait explosé en vol ou il serait mort noyé dans la piscine de la Maison-Blanche.  Mieux encore, lourds antécédents médicaux obligent, JFK aurait pu tomber malade et rapidement s’éteindre ».  Ce serait là négliger totalement la sérieuse théorie de la fausse piste des tracts pro-castristes, qui liait justement Oswald à la CIA et au bureau de Guy Banister.

Il va encore plus loin dans son arrogance en déclarant que, ayant prouvé la présence de Mac Wallace dans le dépôt de livres et l’implication de Johnson, « les Cubains, pro ou contre Fidel, les Russes, blancs ou rouges, la mafia, la CIA, les services secrets israéliens allaient pouvoir rejoindre les poubelles de l’histoire ».  Autrement dit, il n’y avait que son livre qui détenait la vérité.  Pour ce faire, il aurait dû être beaucoup mieux documenté pour défaire des thèses logiques qui sont mieux étayées que la sienne.  En effet, tout repose sur le témoignage d’Estes et de cette empreinte.

La plus grande faiblesse de l’enquête de Reymond réside sans doute dans le fait qu’il tourne le dos aux investigations sérieuses réalisées avant lui.  En effet, sa bibliographie ne contient aucune trace d’ouvrages majeurs en la matière tel que le livre du procureur Jim Garrison ou celui de G. Robert Blakey.  Voilà deux livres qui se contredisent mais qui sont des incontournables en la matière.

Or, l’enquête de Garrison demeure pourtant l’une des plus sérieuses dans le dossier, mettant en évidence le fait que l’opération avait été monté par des organismes puissants et structurés, écartant donc la Mafia et aussi la seule ambition d’un texan arrogant comme Johnson.

Bref, le livre de Reymond n’est pas une conclusion définitive.  Au mieux, la théorie évoquée pourrait s’imbriquer à celle de Jim Garrison et de Joan Mellen, en ce sens que Johnson aurait pu contrôler une certaine partie du complot.  Par exemple, il aurait pu être à la solde de la CIA.  Après tout, une fois devenu président, il a pris des décisions favorisant non seulement les richissimes texans mais aussi la CIA.

Quant à Estes, il peut effectivement connaître une partie du secret, mais dans une affaire aussi immense, il n’existe sans doute aucun homme qui puisse à lui seul être aux faits de tous les paliers de l’organisation.

Comme tout journaliste devenu auteur, oubliez le style littéraire recherché.  Quoique JFK le dernier témoin représente un bon divertissement, il ne faudrait pas commettre l’erreur d’en faire sa seule source d’information à propos de l’assassinat de JFK.  Certes, il a sa place dans l’Histoire mais mérite une meilleure mise en contexte, ainsi qu’une bonne dose de relativité.

(JFK, le dernier témoin (PDF))