L’affaire Boudreau: Coffin, Duplessis et cie (partie 5)

L’histoire du meurtre d’Edgar Audet méritait, selon moi, d’être revisitée.  Elle fait maintenant partie de moi.  Mais au-delà des sentiments qu’elle peut susciter et de toutes ses irrégularités, je ne peux passer à côté du fait qu’elle est survenue le même été et dans la même région que celle du célèbre Wilbert Coffin.  Et qui plus est, sur 15 intervenants/hommes de la loi dans l’affaire Boudreau, 9 font partie de celle de Coffin.  De près, ou de loin.  Dans certains cas, c’était tout à fait explicable étant donné qu’on parle de la même région et de la Cour du banc de la Reine, notamment pour le sténographe officiel Oscar Boisjoly et Maurice Hébert, technicien de la Sûreté Provinciale.  D’autres avaient des liens étroits avec le controversé premier ministre de l’époque, Maurice Duplessis, maintes fois accusé d’avoir utilisé Coffin pour éponger le fameux meurtre des chasseurs qui faisait ombre au tourisme gaspésien.

Lors de la Commission Brossard de 1964 faisant enquête sur la culpabilité de Wilbert Coffin, les médias avaient noté que plusieurs hommes dans l’affaire avaient bénéficié d’une quelconque promotion suite au procès de 1954.  On note entre autres Maître Maher qui avait été nommé conseiller juridique à la Régie des loyers et Noël Dorion qui fût promu Procureur de la Couronne et représentant du procureur général du Québec.

J’ai étudié la suite des carrières des intervenants dans l’affaire Boudreau.  Voici ceux sur lesquels mon attention s’est portée.

Maître Édouard Dion était procureur de la Couronne à New Carlisle de 1945 à 1959 et substitut du procureur général de Bonaventure.  Il représentait la Couronne dans le procès pour le meurtre d’Edgar Audet.  En 1959, il a été nommé un des 5 premiers commissaires lors de la création de la Commission des libérations conditionnelles du Canada.  Les commissaires devaient se mettre à l’étude et s’entendre à l’unanimité pour chaque détenu libéré.  En 1960, le taux d’octroi des libérations conditionnelles a augmenté de 62%.  Tracy Boudreau a donc fait partie de cette cohorte.  Édouard Dion le connaissait bien. (1)

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Le Soleil, 3 décembre 1960

Suite à de nombreuses critiques concernant une augmentation des récidives, ce taux d’octroi a chuté à 27% en 1961.  Selon Frank Miller, un des commissaires, la Commission avait été imprudente en accordant autant de libérations, souvent même à des individus emprisonnés à vie. Ce nouveau programme visant la réhabilitation du détenu ne devait pas changer la peine imposée par les tribunaux mais permettait toutefois de la purger hors de la prison, avec certaines conditions.  Bien que discrétionnaire aux commissaires, une décision de libération ne devait pas se faire avant le tiers de la peine imposée.  Juste avant le programme, la loi était à la moitié de la peine.  Tracy Boudreau a donc purgé un peu moins du quart de sa peine.  Et qui plus est, il a commis plusieurs délits alors que sa libération conditionnelle devait s’étendre jusqu’en 1976.

Au sujet des récidives suite aux libérations, Édouard Dion s’était exprimé à plusieurs reprises dans les journaux.  Dans la Presse du 21 septembre 1960, il défendait le programme comme suit: « Quand un détenu récidive, c’est que la société lui a hermétiquement fermé les portes. ».  C’est dans Le Soleil du 29 septembre la même année qu’il précise sa pensée: « Quand un employeur refuse un emploi à une personne en libération conditionnelle, il est directement responsable si cette personne retourne à la vie du crime ».

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BAnQ, Gaspé

Sachez que je comprends bien que la notion de réhabilitation dans un contexte de détention est nécessaire.  Après tout, si la prison ne réhabilite pas et qu’aucun effort n’est mis en place, quel bénéfice notre société en retirera?  La démarche entreprise visant à cibler des détenus pour qui la détention n’apporte plus rien peut être selon moi une intervention délicate mais défendable.  Par contre, sur le lot de libérations accordées en 1960, quels étaient les critères justifiant la libération d’un détenu ayant tué un homme durant son sommeil et menacé un enfant alors qu’il en était à un peu moins du quart de sa sentence?

À propos de Me Dion, un autre détail m’a interpellée.  Dans le dossier d’Edgar Audet, on peut voir sur la page frontispice de la plainte officielle le nom de son cabinet de New Carlisle, soit Jolicoeur & Dion.  Selon mes recherches, il pourrait s’agir d’Henri ou d’Achille Jolicoeur.  Toutefois, j’ai trouvé un bon nombre d’articles de journaux et de photos où figurent au même endroit ou encore côte à côte Édouard Dion et Henri Jolicoeur.  J’en suis donc venue à la conclusion non-officielle qu’il s’agit probablement d’Henri.

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Henri Jolicoeur, 1956, BAnQ

Henri Jolicoeur était un avocat mais aussi le député conservateur de Bonaventure de 1936 à 1939 et de 1944 à 1956.  Il est devenu juge à la Cour des sessions de la paix en 1960.  Au milieu des années 50, il a été mêlé à un petit scandale peu documenté à la suite d’une assemblée législative où un membre de l’Opposition libérale avait accusé avec preuves à l’appui le ministre de la voirie, Antonio Talbot, d’avoir consenti à ce que des chèques de paie soient produits pour des enfants de 5 à 15 ans dans le comté de Bonaventure.  Ce dernier avait avoué que des parents avaient encaissé 3000$, et ce durant les élections de 1952 où Henri Jolicoeur avait été élu apparemment avec une petite majorité.  Maurice Duplessis aurait défendu maladroitement le geste.  Peu de journaux en avait fait mention, autres que L’Avenir du Nord (18 mars 1954) et Le Devoir (29 mai 1956).

M. Jolicoeur était plutôt proche du premier ministre Duplessis, et ce depuis de nombreuses années avant l’affaire Boudreau.  Dans Le Soleil du 23 juillet 1937, on apprenait qu’il avait fait le voyage de Montréal à Chandler en passant par Québec en sa compagnie lors de l’ouverture officielle des usines de Chandler.  L’appréciation de Duplessis envers le député de Bonaventure était aussi soulignée, entre autres dans Le Devoir du 20 avril 1945 alors qu’on nous annonçait qu’une gerbe de roses avait été envoyée par le Premier ministre pour son anniversaire.  Il faut dire qu’après avoir lu bon nombre de textes de l’époque, il semble que M. Duplessis avait la gerbe de roses facile.

Si on retourne précisément au soir du meurtre d’Edgar Audet, on se rappelle que le policier dépêché sur place était J. Eustache Sirois.  C’est aussi lui qui avait juré devant le juge lors de l’enquête préliminaire n’avoir jamais donné d’ordre à Tracy Boudreau de partir d’ici 48 heures quelques temps avant sa cavale.  Eustache Sirois était le frère du capitaine Raoul Sirois, coéquipier du capitaine Alphonse Matte, tous deux attitrés à l’affaire Coffin. Ces deux capitaines étaient arrivés en Gaspésie précisément le 23 juillet 1953, soit le jour même du meurtre d’Edgar et de la découverte des deux dépouilles manquantes des chasseurs.  Eustache connaissait bien l’agent Henri Doyon, ce premier enquêteur pour les meurtres des chasseurs qui aurait été mis à l’écart en raison d’un soi-disant parti pris pour Wilbert Coffin.  Dans plusieurs articles apparus lors de la Commission Brossard de 1964, on peut lire ce que les journalistes avaient rapporté de son témoignage.  Le sergent Doyon aurait cherché la complicité d’Eustache dans son adversité pour les capitaines Sirois et Matte.  Dans Le Soleil du 14 mars 1964, il explique que Doyon avait eu des paroles dures envers eux en lui disant qu’ils devraient s’allier pour laisser partir ces deux « baveux » pour qu’ils puissent ensuite « nettoyer » leur cause eux-mêmes.  Eustache Sirois aurait décliné cette combine, entre autres parce que le capitaine Sirois était son frère.  Dans La Presse, le 19 mars 1964, il explique aussi avoir quitté la Gaspésie en 1958, ayant obtenu un prestigieux poste de chef de la police à la nouvelle ville Schefferville.  Ceci aurait toutefois été de courte durée car il aurait quitté son poste suite à une mésentente après le départ du maire François Langlais.  Dans les mêmes temps, le premier ministre Maurice Duplessis décédait à Schefferville, ville pour laquelle il a grandement contribué à bâtir et rendre accessible dans l’intérêt de l’économie pour ses richesses naturelles.  Eustache se serait ensuite parti une entreprises de cantines à Sept-Îles.

Malheureusement, les témoignages à huis clos concernant cette commission ne peuvent pas être consultés avant 2064, puisqu’ils demeurent secrets pour 100 ans.  Me Clément Fortin, auteur du livre Affaire Coffin: une supercherie? a mené une longue bataille judiciaire pour obtenir ces témoignages, mais en vain.  Le rapport est toutefois disponible sur le site de la bibliothèque de l’assemblée nationale mais ce document de 700 pages est exempt de témoignage. (2)

Pour finir, je constate avoir le même questionnement que j’ai mentionné quand j’ai pris connaissance du meurtre d’Edgar Audet alors que je n’avais lu que quelques articles de journaux.  Les trois chasseurs venus de la Pennsylvanie sont fort probablement passés par la Baie des Chaleurs pour se rendre à Percé.  Donc, ils auraient traversé toutes ces petites villes dont New Richmond.  Quel était leur itinéraire?  Où se seraient-ils arrêtés pour mettre de l’essence?  Pour dormir?  Pour manger?  Pour acheter un paquet de cigarettes?  Ils ont certainement été vus par des gens, surtout que ce n’était pas leur premier voyage de chasse en Gaspésie.  Ce n’est pas juste rendu à Percé que des gens ont pu constater que ces hommes possédaient quelques richesses.  Les seules bribes d’itinéraires de cette région que j’ai pu trouver sont plutôt celles de Wilbert Coffin lors de son voyage de Gaspé vers Montréal.  Il voyageait avec la camionnette verte de son ami William Baker et s’est arrêté à des endroits qui m’intéressent.  Il aurait fait le plein d’essence chez un Campbell à Black Cape et aurait mangé chez un dénommé Audet à Maria.  Bien entendu, je sais qu’il y a beaucoup d’Audet à Maria et les environs et j’ai pu constater dans La Presse du 26 juillet 1954 qu’il s’agissait d’un fermier de 70 ans au nom de Wilfrid-Pierre Audet.  Malgré tout, je n’ai pas pu faire autrement que d’insérer cette information parmi les multiples hypothèses que mon père et moi avons discutées.

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Jugement de la Cour Suprême, 1956-01-24

Edgar Audet a été tué dans la nuit du 23 au 24 juillet 1953, soit quelques heures avant le petit bruit sourd du journal qui tombe à plat sur les perrons québécois.  Celui dont la une annoncait la découverte des deux dépouilles manquantes sur les trois chasseurs.  Coïncidence ou pas?  Que l’affaire Coffin ait une incidence ou non, ma liste de théories est de plus en plus longue.  Je suis certaine que des gens savent des choses, ce qui me permet au moins de maîtriser dorénavant l’expression « l’esprit de clocher ».

Il y a une chose qui devient claire pour moi.  À la lumière de l’affaire Boudreau, où il m’apparait évident qu’il y a eu injustice et manipulation, je me demande comment peut-on être certain que Coffin ait eu un procès juste et équitable alors qu’on parle de la même région, le même été avec plus de la moitié des mêmes hommes impliqués ?


(1) Rapport annuel de la CNLC, 1960: https://www.securitepublique.gc.ca/lbrr/archives/npb-racnlc-1960-fra.pdf

(2) https://www.bibliotheque.assnat.qc.ca/DepotNumerique_v2/AffichageNotice.aspx?idn=70483

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L’affaire Boudreau: les éléments manquants (partie 4)

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Le Soleil, 23 octobre 1953

J’ai constaté récemment que malgré l’épaisseur du dossier qui devait contenir le procès de la cause du meurtre d’Edgar Audet, il manquait plusieurs éléments.  Des éléments très importants.  Il manque les témoignages du procès ayant débuté le 20 octobre 1953.  Le dossier contient donc principalement l’enquête préliminaire et ses témoignages et plusieurs éléments du procès dont les subpoenas, les photos déposées en preuve et les documents officiels du verdict en date du 24 octobre 1953.  Avant 1980, il n’y avait pas de loi qui protégeait nos archives.  Il y a donc des dossiers qui ont disparu pour faire de la place.  Est-ce que c’est normal qu’une cause de cette envergure ait été jetée?  Je ne le sais pas.  J’ai donc contacté plusieurs centres d’archives.  Le dossier n’y est pas.  J’ai vérifié s’il se pouvait que des archives existent en lien avec les juges, sténographes ou autres personnes mêlées à cette cause, mais en vain.  Il me reste une demande en attente avec le Palais de Justice de New Carlisle mais je doute fort que je puisse goûter à cette chance.  En général, après 30 ans, les Palais de Justice transfèrent leurs dossiers aux archives nationales.  Pour rectifier le tir et apporter le plus d’exactitude possible à l’histoire, j’ai fait une recherche sur tous les articles de journaux ou autres publications ayant rapport avec le procès qui a eu lieu du 20 au 24 octobre 1953 à New Carlisle.  Ce sont des articles de journaux mais on va faire avec ça puisque c’est tout ce qu’il me reste pour le moment.

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La Presse, 4 août 1953

Avant d’embarquer dans le procès, j’aimerais revenir sur la semaine de l’arrestation de Tracy.  Un article paru dans La Presse du 4 août 1953 mérite une attention très spéciale.  On sait que l’histoire de la cavale est marquée d’irrégularités selon les informations des médias, des différents témoignages et surtout des rumeurs de la région.  Il y a une autre version.  Dans cet article, on dit que John Willett, cet ami de Tracy ayant voyagé avec lui jusqu’à Montréal après le meurtre, aurait raconté à un de ses proches parents ce que Tracy avait fait à New Richmond.  Ce « parent » étant justement un policier du Port de Montréal aurait alors immédiatement alerté le détective Arthur Normandeau.  On relate même que Willett aurait dit qu’Audet avait été attaqué afin de le terroriser pour l’empêcher de témoigner à un procès ultérieur.  Si on fait le lien avec l’arrestation à Montréal du soir du 25 juillet, on se rappelle que les policiers cherchaient un véhicule précis, de couleur verte, modèle de l’an 1953.  À qui donc appartenait cette voiture?  Ces jours-là, les journaux ne cessaient de clamer que l’affaire de New Richmond était en train de se résoudre, avec des détails au compte-goutte.  Certains articles du mois d’août ont même été jusqu’à affirmer que Tracy Boudreau avait été suivi à partir de Montréal.  Pourquoi donc l’arrêter à New Richmond?  Il voyageait apparemment sur le pouce, ce qui le rend donc facile à arrêter, d’autant plus qu’il était forcément considéré dangereux.  Il y a donc une zone très floue sur ce qui s’est passé à Montréal.  Dans son témoignage, John Willett a dit qu’il a quitté Boudreau à Montréal car il s’en allait à Petawawa en Ontario, où il aurait été ensuite appelé à se rendre à la police pour livrer sa version des faits.  Il aurait donc rapporté Boudreau à la police et celle-ci l’aurait gentiment laissé aller en Ontario?  En interrogatoire, on lui demande quand a-t-il vu Boudreau pour la dernière fois.  Il répond alors « À Québec, ensuite je ne l’ai plus revu ».  On passe ensuite à une autre question sans broncher.  Pourquoi Québec?  C’est quand même là qu’avait été détenu la première personne arrêtée sur Sainte-Catherine et aussi là qu’avait été emmené Tracy lors de son arrestation à New Richmond.  Willett était-il là aussi?  Et qui serait ce parent policier?  Les bottins Lovell des années 50 ne contenaient pas de numéros de téléphones, mais plutôt le nom, l’adresse et l’emploi qu’occupait le résident.  Drôle d’époque.  J’ai donc trouvé un Willett résidant sur la rue Chambord qui était à l’emploi de la Police.  Avec les mots-clés, je l’ai retracé dans les archives de journaux.  C’était un sergent-détective à Montréal qui fut d’abord dans les années 40 dans l’escouade Radio-Police.  C’était à l’époque le nouveau système moderne de transfert d’informations via les émissions radio entre le poste de police et les patrouilleurs.  Je l’ai trouvé aussi capitaine de la patrouille nocturne au début des années 60.  Toutefois, je ne m’étendrai pas plus longtemps sur cette piste puisque je n’ai pas réussi à établir de lien généalogique entre les deux, ce qui fait que cette information est très subjective.

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Extrait du témoignange de John Willett, BanQ Gaspé

Revenons maintenant au procès.  J’ai trouvé 19 article de journaux sur le sujet.  Dans le Soleil du 13 octobre 1953, on nous informe que Tracy a quitté la prison de Québec en compagnie de l’agent Martin Healey (le même qui a questionné à l’enquête coroner).  Dans le même petit encart, on dit que durant ce temps, Wilbert Coffin est également détenu dans la même institution.

Dans La Presse du 22 octobre, on apprend que le médecin légiste Dr Roussel ainsi que le Dr Gauvreau avaient été du même avis quant aux résultats de leurs observations.  Il est aussi écrit que Me Lucien Grenier s’était opposé aux photos de la dépouille de M. Audet mais que le juge Edge les auraient toutefois acceptées.  La Couronne aurait aussi laissé entendre vouloir questionner une trentaine de témoins.  C’est aussi dans cet article qu’on apprend que François, lorsqu’il a longuement été interrogé sur sa déclaration de départ concernant les deux hommes ayant commis le crime, aurait longuement hésité pour ensuite dire qu’il ne se rappelait pas avoir affirmé avoir vu deux personnes.

Toujours dans La Presse, cette fois le 24 octobre, on dit que Lionel Landry, le voisin chez qui François avait été demandé de l’aide, avait témoigné pour raconter que le petit s’était rendu chez lui en criant et en l’implorant de venir aider son père qui venait de se faire assommer par deux hommes à coups de barre.  Il aurait aussi rappelé la menace qu’ils auraient fait à l’endroit de François concernant les meurtres des chasseurs dans l’affaire Coffin.  On parle aussi des témoignages de Gertrude, la femme d’Edgar Audet et d’Ernest Cormier, celui qui avait donné des chèques pour des achats à la Coopérative.  Les deux auraient admis reconnaître les signatures des papiers mis en preuve.  Jacques Pardiac aurait dit n’avoir eu aucune visite qui « pensionnait » chez lui, en plus d’avoir été absent de la maison le soir du meurtre (Boudreau avait dit vouloir récupérer de l’argent d’un Fournier chez Pardiac).  Quant à Romuald Fournier et ses frères, il n’aurait jamais été question d’argent en rapport avec Tracy Boudreau.  Ils n’auraient jamais séjourné chez Jacques Pardiac non plus.

Dans le journal Le Soleil de Québec, on dit que la défense (Me Lucien Grenier) cherchait à contredire la version de François sur ses propos le soir du meurtre.

Dans le journal La Patrie du 24 octobre, on dit que Pearl MacKenzie avait affirmé avoir attendu une vingtaine de minutes sur la route nationale avant que Tracy lui demande de déguerpir au plus vite.  L’agent Eustache Sirois aurait aussi expliqué au début de l’audience que François avait identifié Boudreau parmi plusieurs individus.

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Quebec Telegraph Chronicle, 18 août 1953

Le quotidien ayant le plus commenté l’affaire était le Quebec Chronicle Telegraph.  Le 22 octobre, ils rapportaient que François avait maintenu avoir vu un véhicule quitter la Coopérative.  Lorsqu’interrogé sur le soir du 23 juillet, il aurait balayé nerveusement la salle du regard avant de répondre ne pas se rappeler avoir dit à la Police Provinciale que deux hommes s’étaient présentés au magasin.  Le 24 octobre, un autre article relate qu’un témoin répondant au nom de Paul Cyr aurait dit avoir vendu une caisse de bière à Willett le soir du crime et Raymond Mercier avait dit avoir vu l’accusé en compagnie de Pearl MacKenzie entre 19h00 et 19h30 à l’hôtel New Richmond.  Le 26 octobre, on nous informe alors que selon l’agent Eustache Sirois, François aurait été nerveux lorsqu’il aurait témoigné la première fois.  Il aurait dit que François aurait mentionné soudainement y avoir vu qu’un seul assaillant la fois où il avait identifié Boudreau parmi d’autres hommes.

Finalement, on apprend dans le Allo Police du 1er novembre 1953 que les 12 jurés ont déclaré Tracy non-coupable de meurtre mais bien de « manslaughter » (meurtre sans intention de tuer).  Cet article informe aussi que Tracy aurait été appréhendé à Montréal et ensuite conduit à New Carlisle.  Erreur par manque d’informations?  Difficile de le savoir mais je note toutes les hypothèses.

Je vous reviens dans très peu de temps avec mes corrélations avec l’affaire Coffin, sur lesquelles je travaille déjà depuis un bon moment.

L’affaire Boudreau: les procès (partie 3)

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Tracy Boudreau, fixant le sol, lors de son procès  (source inconnue, gracieuseté de M. Eden)

Jusqu’à maintenant, on sait que le témoignage de François a mystérieusement changé lors de son interrogatoire, qu’il y a deux versions quant à l’emplacement de la voiture des comparses et que Tracy aurait eu l’ordre de quitter les lieux alors que l’agent Sirois avait démenti cette allégation. Revenons donc à ces irrégularités. Mon père et moi avons pris soin de les analyser du mieux qu’on peut puisqu’il nous faut faire des recherches sur le système judiciaire ainsi que les mœurs de l’époque.

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Procès du vol de bières, BanQ Gaspé

Dans un premier temps, lors de l’enquête coroner, Tracy a dit ne pas avoir voulu faire de mal à M. Audet et ne pas avoir voulu se venger de quoique ce soit. On faisait alors référence à un vol à la Coopérative. Toutefois, un témoin aurait entendu Boudreau dire qu’Audet méritait son sort puisqu’il aurait témoigné contre lui dans une histoire de vol. Aux archives, on m’a donc sorti le seul et unique procès de Tracy avant le meurtre : un vol de caisses de bières ayant eu lieu le 14 décembre 1952 dans l’entrepôt de l’hôtelier Alban Leblanc. Ce vol s’était produit avec des complices. Le procès devait avoir lieu en mars 1953 mais fût ajourné un peu plus tard en avril. Le père de Tracy, Melvin Boudreau, avait dû payer 1 000$ de cautionnement pour son fils, moyennant un arrangement de remboursement via ses lots. Après lecture complète du procès, j’ai été surprise de voir qu’en aucun temps le nom d’Edgar Audet n’apparaissait. Non seulement le vol n’avait pas eu lieu à la Coopérative mais le défunt ne figurait pas dans les témoins non plus. Toutefois, une feuille parmi le dossier méritait d’être considérée: c’était un contrat avec Tracy Boudreau au sujet de l’ajournement de sa cause et ceci fût signé le 27 octobre 1952. Comme le vol de bières avait été fait en décembre, il était évident que cette feuille concernait un autre délit. J’ai demandé aux archives de Gaspé mais rien d’autre ne figurait à son nom. Comme cette cause devait être ajournée début octobre 1953, je me suis référée aux archives de Montréal et de Québec car Tracy était alors emprisonné en attente de son procès pour le meurtre d’Edgar Audet. Rien. J’ai tout compris lorsqu’un membre de la famille d’Edgar m’a raconté ce qu’elle avait appris à l’époque. En visite chez son frère, M. Audet avait raconté avoir eu du fil à retordre avec Tracy. Il lui aurait volé par deux fois des cigarettes. Edgar lui aurait donné la chance de travailler pour rembourser son dû mais il aurait récidivé une troisième fois. C’est là qu’il aurait contacté la police. Comme Edgar devait être seul lors de ce vol et que le procès devait avoir lieu après sa mort, tout cela a dû être annulé puisque l’unique témoin était décédé…

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Photo du portefeuille présenté en preuve au procès, BanQ Gaspé

Si on revient au soir du 23 juillet, lorsque Tracy était en route après son crime, il aurait lancé par la fenêtre de la voiture le portefeuille en cuir noir volé à la Coopérative. Chez les témoins, il y a si peu de souvenirs sur les échanges qu’ils ont eus dans l’auto mais tous se rappellent exactement où le portefeuille a été lancé. Tracy avait dit qu’il pourrait même les guider vers l’objet convoité. C’est Odina Boudreau (n’ayant pas de parenté avec le meurtrier, du moins selon la Cour et selon mes recherches) qui l’aurait trouvé le 24 juillet en allant travailler, près d’un restaurant à Maria. Interrogé par la Cour, il n’avait d’abord pas hésité à confirmer que le portefeuille présenté était bien celui qu’il avait trouvé. Toutefois, quand Lucien Grenier, avocat de la défense, l’avait questionné à son tour, sa conviction était devenue oscillante. Il était même allé jusqu’à dire : « Maintenant, « asteur », là, que je le vois, je pense que ce n’est pas le même ». Il s’en était évidemment suivi une série de questions pour éclairer le tout, mais en vain. Odina avait fini par dire que ces portefeuilles se ressemblant tous, il y avait de bonnes chances que ce soit le même.

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Photo du bois dans le quel le chèque aurait été retrouvé, BanQ Gaspé

Plus curieux encore: Tracy avait volé deux chèques qu’un client, Ernest Cormier, avait donné à Edgar en guise de paiement sur des effets. John Willet avait affirmé avoir déchiré un de ces chèques en trois parties et les avoir lancés dans le bois, dans le bout de Cross-Point. Non seulement il a dit avoir indiqué aux agents DeGrâce et Blanchet où il avait lancé ce chèque mais il les aurait guidés vers l’endroit en question. Les policiers auraient été seuls dans le bois et auraient trouvé les trois parties de ce bout de papier. J’aimerais juste ici spécifier qu’on parle d’un chèque lancé dans le bois en pleine nuit du 23 juillet pour être retrouvé par deux policiers dans les alentours du 3 août suivant. Ce chèque déchiré fût lui aussi présenté en preuve.

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Agent DeGrâce lors de l’arrestation de Tracy, Le Soleil, 8 août 1953

J’aimerais aussi souligner l’étrange impression que me laisse Me Édouard Dion, avocat de la poursuite (pour la Reine), durant l’enquête préliminaire via les notes sténographiques. Bien que je ne maîtrise pas ce domaine et qu’il appert que les avocats des parties adverses n’ont pas toujours ces phrases assassines que l’on peut voir dans les procès cinématographiques, je trouve étrange la cohésion que semble avoir les deux avocats lorsqu’il est temps de questionner l’enfant. Ils se relayaient dans les questions et celles-ci convoitaient les mêmes réponses. Tout au long, on dirait la même personne qui pose les questions. Or, c’est Me Dion aussi qui rappelle sèchement plus d’une fois au docteur Adrien Gauvreau de ne pas dire ce que l’enfant a dit. Il fait la même remarque lorsque le docteur vient pour raconter ses échanges avec les voisins s’étant présentés sur place cette nuit-là. En aucun temps un tel rappel n’a été fait sur tous les autres témoignages, notamment les centaines de pages où les comparses de Tracy racontent ce que ce dernier avait dit. Peut-être que je me trompe et je tiens d’ailleurs à rappeler que mon but n’est pas de « salir » des gens mais bien de faire la lumière sur cette sombre affaire.

Or, dans les notes disponibles, le docteur Gauvreau est le seul à avoir maintenu le témoignage de l’enfant. Pour des raisons que j’ignore, les deux voisins ayant parlé à l’enfant ce soir-là, ayant même assisté au décès de la victime, n’ont pas témoigné. (* MISE À JOUR: après vérification, le dossier concernant cette cause est incomplet.  Voir plus bas.)  Avec photos à l’appui et avec l’aide du pathologiste Dr Roussel, M. Gauvreau a expliqué en détails les blessures mortelles qu’avait subies Edgar Audet. Or, la crédibilité de ces photos auraient été mise en doute puisqu’elles auraient été prises environ 12 heures après le décès. Pourtant, Edgar avait subi des fractures au nez, à la joue, à la mâchoire ainsi que 4 fractures du crâne au niveau temporal, pariétal et frontal. À l’enquête du coroner, le docteur avait même dit qu’il avait senti ces fractures juste en prenant la tête de M. Audet afin de le redresser alors qu’il peinait à respirer à cause de la grande quantité de sang qui s’écoulait. Les quelques dernières lignes de ce dossier se terminent avec Adrien Gauvreau qui maintient que ces blessures ont été nécessairement faites avec un objet contondant avec lequel on ne pouvait que s’être acharné avec violence.

Pourtant, le 24 octobre 1953, Tracy Boudreau a été accusé de meurtre involontaire et a écopé d’une peine d’emprisonnement de 30 ans. J’en arrive donc à la plus grande irrégularité de cette histoire : le plumitif de Tracy que j’ai trouvé dans son procès pour le deuxième meurtre qu’il a commis sur sa conjointe, Yvette Saint-Onge, en septembre 1978. J’apprends que Boudreau est sorti de détention en juillet 1960. Il a donc purgé moins de 7 ans pour le meurtre d’Edgar Audet.

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Extrait du plumitif pénal de Tracy Boudreau, BanQ Sept-Îles

J’avais trouvé quelques avis de saisies à son nom en 1971 mais j’étais loin de me douter que finalement, il était libre depuis plus d’une décennie avant ces encarts. C’était une liberté conditionnelle. Toutefois, sans vous faire la longue liste, Tracy a été arrêté pour vol, recel, déguisement dans le but de voler, voie de fait, conduite avec facultés affaiblies, conduite pendant la suspension de son permis et j’en passe. Finalement, il a tué sa conjointe un soir de 1978, alors qu’il restait dans un petit multiplex où les locataires semblaient tous se côtoyer. La femme de 34 ans avait subi 11 lacérations au visage et à la tête, avait perdu deux dents qu’on a retrouvées sur le sol et est décédée au bout de son sang. Les témoins, soit les amis de Tracy, avaient raconté qu’il était souvent agressif et très jaloux. Cette fois, Tracy ne s’était pas sauvé de la scène et avait d’abord tenté de faire croire aux policiers qu’Yvette était ivre et s’était cognée très fort le nez et la tête en tombant. En 1979, il a demandé à aller en appel parce qu’un dénommé Pierre Labbé s’était présenté chez son avocat pour faire des aveux. C’est en 1983 que le dossier fût fin prêt. Labbé avait raconté être l’ami de Roland Perreault, un des locataires de l’immeuble de la rue Cartier à Sept-Îles où le drame s’était déroulé. Il disait n’avoir jamais connu Tracy. Pourtant, il fréquentait le même immeuble et le même ami de ce dernier. Aussi, il résidait à un coin de rue de là. Il serait entré dans le logement ce soir-là et aurait vu Perreault en train de trainer le corps d’Yvette. À savoir pourquoi il revenait avec ces aveux aussi tardivement, il a raconté avoir rencontré le frère de Tracy. Lorsqu’on lui a rappelé qu’il avait pourtant dit ne pas connaitre Tracy, il a dit qu’il ne connaissait pas plus son frère mais qu’il l’avait croisé pendant qu’il faisait du vélo. Ce dernier lui aurait offert de venir prendre une bière chez lui. Quand on lui a demandé le nom du frère, il a dit ne pas le savoir, qu’il l’appelait Tracy, comme l’autre. C’est en discutant avec ce nouvel ami inconnu trouvé à bord d’un vélo qu’il aurait « allumé » que le frère de l’autre, emprisonné, serait le meurtrier d’Yvette alors que ce soir-là, il aurait aperçu son ami Roland avec la victime inerte. Il aurait alors, sous les conseils du frère de Tracy, contacté l’avocat. Non seulement ce témoignage était peu crédible mais en plus, il ne corroborait pas avec l’affidavit qu’il avait signé et qu’il n’avait pas lu car il était analphabète. Force est de constater que leur stratégie manquait sérieusement de peaufinage. Pierre Labbé avait déjà fait un long séjour en prison de 1962 à 1974 pour un double-meurtre commis sur une réserve indienne à Betsiamites. Il avait tué un homme et une femme à coups de ronds de poêle.

Je n’ai pas fini de chercher sur l’affaire Boudreau et j’en aurais beaucoup à raconter. J’espère vous revenir avec autre chose sur cette histoire qui me tient à cœur. Sans vouloir faire le pont entre celle-ci et l’affaire Coffin, je vais quand même vous revenir avec une petite (ou longue) liste d’intervenants dans l’affaire Coffin qui sont également reliés à l’histoire d’Edgar Audet. Puisqu’on parle du même été, dans la même région, je trouve qu’il est intéressant de faire des corrélations.

Et à toi François, brave petit gaillard, sache que j’ai rêvé la semaine passée que je t’emmenais avec mon fils dans les manèges de Wildwood. C’est te dire comment tu m’as marquée. Je tenais vos deux cornets en vous regardant crier dans la montagne russe. Je n’avais pas hâte de te ramener à la maison. Dans notre 2018 où quand un drame survient, on prend l’enfant à part pour l’entendre sans qu’il soit « contaminé » par l’adulte, je ne pouvais pas croire que je devais te ramener dans un décor en sépia ou même l’enfant le plus courageux devient un accessoire pour des adultes qui triomphent dans l’absurdité.

* Mise à jour en date du 5 mai 2018: le dossier concernant la cause de la Reine vs Tracy Boudreau, portant le numéro 2857 ne contient pas tous les témoignages au procès.  Bien que le verdict de culpabilité en date du 24 octobre 1953 et plusieurs éléments du procès en fasse partie, les témoignages sont plutôt issus de l’enquête préliminaire ayant eu lieu le 18 août 1953.  Des subpoena avaient d’ailleurs été envoyés, entre autre à Lionel Landry pour témoigner à cette enquête mais après les témoignages de l’agent Sirois, de Maurice Hébert, de Pearl MacKenzie, de Janie McWhirter, de John Thorburn, de François Audet, d’Ernest Cormier, de Gertrude Audet, d’Odina Boudreau, de John Willett et du Dr Gauvreau, le juge Duguay avait mit un terme à l’enquête, déclarant la preuve close.  Je vais tenter de trouver les éléments manquant au dossier afin de m’assurer d’une plus grande exactitude.   Je vous y reviendrai.

L’affaire Boudreau: chronologie des faits (partie 2)

Dans cette affaire de meurtre à New Richmond en juillet 1953, on sait maintenant que l’histoire au départ de l’enquête est différente de celle retenue au terme du procès.  Voici donc maintenant les faits selon la défense ainsi que les témoins qui avaient accompagné Tracy Boudreau ce jour-là, soit sa tante Pearl (Cecil) MacKenzie, Janie McWhirter, Elizabeth Pitre, John Willett et John Thorburn.

Dans la journée du 23 juillet, Tracy aurait dit à deux de ses acolytes que l’agent Eustache Sirois lui aurait ordonné de quitter la région (« leave the place ») d’ici 48 heures, délai qui terminait selon lui vers minuit.  La raison pour laquelle il aurait été chassé est qu’il aurait « forgé » un chèque dans un hôtel de New Richmond, chez Reynold Fallu.  Dans son témoignage, John Thorburn avait affirmé que Boudreau lui avait dit ne pas pouvoir quitter avant 23h00 (« couldn’t leave before eleven« ).  On a donc deux versions qui disent en gros qu’il aurait eu ordre de quitter mais aussi dans un délai mystérieusement précis.  L’agent Sirois avait par la suite juré devant la cour n’avoir jamais dit cela et avoir vu Boudreau pour la dernière fois en mars 1953 relativement à un vol de bières qui avait eu lieu en décembre 1952.  Il n’en demeure pas moins curieux qu’une personne désire attendre la nuit pour partir de Matapédia vers Montréal sur le pouce.

Donc Boudreau et ses comparses s’étaient déplacés ce soir-là à plus d’un établissement, soit aux hôtels Hector Cyr et Jos Garant.  À ce dernier endroit, il y aurait eu une bagarre en raison d’un homme qui aurait incommodé le groupe.  Déjà en après-midi, Tracy avait demandé à sa tante Pearl (Cecil) de le conduire vers Matapédia en fin de soirée dans le but de quitter vers Montréal.  Vers 22h30, au bar, il a demandé à sa tante de l’emmener à New Richmond Station pour aller récupérer soi-disant de l’argent dû par Roméo Fournier chez Jacques Pardiac.

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Voiture de Cecil McKenzie, exhibit au procès, BanQ Gaspé

Elle aurait donc conduit Tracy, John Thorburn et Elizabeth Pitre dans sa Mercury Monarch 1949 vers cet endroit.  Tracy lui aurait demandé de se garer près de Pardiac et d’attendre.  N’ayant trouvé personne pour récupérer son argent, il aurait traversé les champs d’avoine et traversé les clôtures pour se rendre jusqu’à la Coopérative où il aurait commis le crime qu’on lui connait, soit de battre  à mort Edgar Audet et de voler l’argent et les chèques de la caisse.  Il aurait refait le même chemin à l’inverse pour embarquer vitement dans la voiture en demandant à sa tante de quitter rapidement parce qu’il venait de battre un homme dans la Coopérative.  Ils seraient ensuite allés chercher John Willett et Janie McWhirter chez Hector Cyr et auraient filé vers Cross-Point (Pointe-à-la-Croix).  Ensuite?  Silence radio.  Dans les témoignages, rien n’est très clair, tout est chuchotages à demi-mots sur ce qu’il venait de se passer.  Boudreau aurait simplement dit qu’Audet méritait cette raclée pour avoir témoigné contre lui et qu’il était pour faire un bon bout à l’hôpital. Rendus à Cross-Point, Boudreau aurait continué le voyage avec John Willett.  Ils auraient fait du pouce jusqu’à Trois-Pistoles et ensuite jusqu’à Sherbrooke où ils auraient dormi à l’hôtel, le soir du 24 juillet.  Dans son témoignage, Willett a dit qu’à ce moment-là, Tracy aurait vu dans les journaux que deux hommes avaient tué Edgar Audet et qu’il en aurait été soulagé.  Il aurait alors dit: « Now, I did not do it!« .  Le lendemain, ils auraient pris un autobus pour Montréal où Tracy aurait appelé le frère d’un oncle, Wilfrid Murray, un marchand de fourrures (commerce que j’ai trouvé au 1396, avenue Mont-Royal et aussi domicilié sur Bélanger, BanQ Directory, 1953) , afin d’obtenir le numéro de téléphone de sa soeur Lila et son beau-frère Roland Leblanc.  Il aurait dormi chez le couple.  Sa soeur lui aurait alors suggéré de se rendre à la police.  Il aurait plutôt fait du pouce jusqu’à North Bay dans l’espoir de se trouver du travail dans les mines…  En revenant, son frère Darcy lui aurait prêté des vêtements et remis 10.00$ pour revenir vers New Richmond.  Il aurait fait du pouce jusqu’à Matapédia et ensuite, il aurait marché jusqu’à New Richmond pour arriver vers 3h30 a.m chez Wilfrid Dubé, qui l’aurait chassé à coups de carabine en lui criant « Pousse-toi d’ici! ».  Il est donc arrivé le 2 août et a été arrêté vers 4h30 a.m.

Maintenant, j’aimerais attirer votre attention sur un article de journal paru alors qu’on

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La Presse, 28 juillet 1953, BanQ

cherchait encore deux malfaiteurs, le 28 juillet 1953.  Notre chronologie est chamboulée.  On dit ici que la tante aurait avoué avoir conduit deux hommes vers Québec et qu’elle est la tante de ces derniers.  Des erreurs dans les journaux, il y en avait beaucoup.  Toutefois, comment ne pas penser à cette rumeur de l’époque qui disait que son frère Darcy de 22 ans aurait été impliqué dans l’histoire et aurait bénéficié d’une très grande faveur pour lui éviter une grosse sentence, voire la peine de mort?  En même café paixtemps, Tracy courait pourtant le même risque, malgré son plus jeune âge.  C’est donc en cherchant à la « mitaine », jour par jour, dans tous30738618_10157323119213662_2745376166851379200_n les journaux traitant les faits divers à travers le Québec que j’ai découvert quelque chose qui m’a échappé alors que j’étudie pourtant ce cas depuis des semaines.  Pas très avantageux dans cette histoire d’être née à Montréal en 1981.  Mais pour aller au bout des choses, on y arrivera.  Or, le soir du 25 juillet, alors que Tracy a dit dans sa déclaration statutaire qu’il dormait chez sa sœur, l’affaire de New Richmond semblait se résoudre sur la une des journaux!  Un homme était appréhendé… à Montréal.  Cet homme aurait été retracé par son véhicule.  On cherchait donc quelqu’un avec une certaine précision.  Deux agents l’auraient attendu devant un Café au 330 Ste-Catherine Est et l’auraient arrêté à sa sortie (Café de la Paix, selon BanQ, Directory de 1953).  Selon les journaux, il aurait été détenu même à Québec et ce jusqu’au 2 août, avec une discrétion totale des autorités quant à l’identité de l’individu concerné.  Cet homme de 22 ans aurait déclaré lors de son arrestation: « Je sais pourquoi vous m’arrêtez!  J’arrive de Gaspé mais j’ai rien à voir là-dedans! »

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À gauche: La Presse 1er aôut 1953 et à droite, La Patrie, 2 août 1953, BanQ

Arrêter et détenir un individu plus d’une semaine de temps, cela semblait pourtant sérieux.  Si on émettait l’hypothèse qu’il pourrait bien s’agir du grand frère Darcy? Comment aurait-il pu prêter des vêtements et donner 10$ à son frère alors qu’il aurait été détenu à Québec du 25 juillet au 2 août, soit jusqu’au retour de Tracy en Gaspésie?  Toujours devant cette supposition, est-ce que vouloir protéger un délinquant peut faire magouiller les autorités de Montréal, en passant par Québec jusqu’à la Baie des Chaleurs?  Et pourquoi lui et non son frère?  Je cherche le gain dans cette possible machination.  J’y reviendrai peut-être.

Pour l’instant, je veux plutôt revenir sur le procès, les preuves présentées ainsi que la feuille de route de Tracy après les événements de New Richmond.  Si vous êtes encore intrigués, prenez note qu’il y aura une autre suite.

 

 

Wilbert Coffin : nos incertitudes au peigne fin

Il y avait longtemps que j’entendais parler de ce prospecteur minier gaspésien qui avait été accusé du meurtre de trois chasseurs de la Pennsylvanie dans les années 50, crime pour lequel il a ensuite été exécuté.  Je savais qu’un doute persistait quant à sa culpabilité.  J’ai décidé de prendre le temps de connaitre l’affaire Coffin.  Ce que j’ignorais, c’est que pour maîtriser ce sujet, il fallait d’abord en faire un travail à temps plein.

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Richard et Eugène Lindsey et Frederick Claar, en Gaspésie, La Presse, 25 novembre 2006

J’ai d’abord lu les trois livres de Jacques Hébert alors que je ne connaissais que les grandes lignes de l’affaire.  Le ton sarcastique, voir même émotif de l’auteur m’a agacé car je n’étais pas encore dans la suspicion.  Je m’attendais certes à ce qu’ils fassent ressortir les anomalies qu’il préconisait mais je n’avais aucune chronologie des faits et j’avais l’impression de m’y perdre.  Toutefois, ça m’a donné les points les plus importants à retenir, ceux qui ont marqué notre imaginaire d’une incertitude ayant transcendé plus d’un demi-siècle. (1) 

J’ai aussi pris connaissance du travail de Me Clément Fortin.  Ce dernier démonte la théorie selon laquelle Coffin serait une victime d’une grande erreur judiciaire.  Ce qui en ressort est plutôt objectif.

Jacques Hébert a fait un travail de terrain.  Il a rencontré des témoins de la Gaspésie, en passant par la Pennsylvanie, jusqu’à Miami.  Les faits qu’il rapporte sont souvent difficilement vérifiables.

L’histoire commence en 1953.  Je suis née en 1981.  Je pourrais faire du terrain mais je risque de me retrouver devant des pierres tombales ou encore face à des tours à condo.  Et qui plus est, je suis aux balbutiements de mes connaissances du jargon judiciaire.

Quant à Me Fortin, il a lu plus de 20 000 pages de dossiers reliées au procès.  Il a été minutieux, ordonné et concret.

C’est donc sans prétention et avec le plus de délicatesse possible que je vais tenter d’être moi-même puisque je ne peux pas faire ce qu’ils ont déjà fait avec fougue et expérience.

Je crois toutefois avoir lu et relu plus de 100 articles de journaux.  J’ai fait des plans sur des cartes.  J’ai cherché des habitants en généalogie et en nécrologie, de la Pennsylvanie jusqu’à Sept-Îles, en passant par Toronto.  J’ai cherché dans les registres d’entreprises et dans les vieilles annonces classées.  J’ai épluché le Progrès du Golf « à la mitaine » de long en large.  J’ai étudié la hiérarchie de la Police Provinciale.  J’ai trouvé des avis de destitution et de suspension.  J’ai cherché des Jeep couleur faux-bois.  J’ai appris comment on extrait le cuivre!  Je sais même à quels jeux Facebook joue la descendance de plusieurs témoins…

Je vais donc me permettre d’aborder les points qui font planer un doute dans notre culture populaire.

Des témoins auraient vu un Jeep brun avec des étrangers à bord.

Coffin ne serait peut-être pas le seul potentiel suspect.  Selon les témoignages, ces américains auraient été vu avec les chasseurs et à d’autres moments, ils auraient été vu sans eux.  Les autorités ont trouvé deux hommes aux États-Unis qui correspondaient à la description et qui auraient affirmé être ces individus.  Ils seraient revenus trop tôt pour être les auteurs des meurtres.  Néanmoins, il y a un bon nombre de témoignages qui disent le contraire.  Ce qui est questionnant, c’est que ces personnes viennent de différents coins de la région.  Du moins, trop éloignés les uns des autres pour avoir conspiré sur le perron de l’église…

Or, Jacque Hébert parle dans son livre d’un Jeep qui aurait été sorti de la rivière Juniper, près de Bathurst, au Nouveau-Brunswick, en 1955.  Plusieurs encarts de journaux en ont fait mention quand l’histoire est ressortie dans les années 60.  Il semblerait que personne n’ait vérifié cette information ne serait-ce qu’à la base.  J’ai cherché longuement là-dessus.  La première chose à savoir est qu’il n’existe pas de rivière Juniper.  Ni en 1955, ni en 2018.  Il existe un petit comté qui s’appelle Juniper, bien loin de Bathurst, mais pas de rivière.

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À ce sujet, on peut lire dans La Presse du 23 septembre 1955 que la Gendarmerie Royale de Bathurst ne possédait aucune information relative à un Jeep abandonné et retrouvé.  Ils ont aussi pris soin de mentionner qu’il n’existe d’ailleurs aucune rivière Juniper.

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La Presse, 23 septembre 1955

Même si l’affaire aurait été étouffée, encore aurait-il fallu que l’information de base fasse un peu de sens.

On se retrouve donc sans photo du Jeep, ni témoin, avec des détails qui semblent le fruit d’un bouche à oreille entre Lac Bouchette et Wildwood.

La mystérieuse note disparue.

Wilbert Coffin aurait quitté la Gaspésie vers Montréal le 12 juin 1953.  Près du campement où ont été retrouvés les dépouilles des chasseurs, une note pratiquement illisible aurait été retrouvée.  La rumeur qui circulait était que celle-ci avait été écrite par un des chasseurs, portant la date du 13 juin 1953.  Coffin n’était plus dans les environs de Gaspé à cette date. Cette missive aurait été photographiée par Maurice Edwards et par quelques journalistes.  Toutefois, aucun d’entre eux ne l’aurait vu de proche et le photographe l’aurait prise en photo d’une distance de 10 pieds.

C’est en 1964 que le public a pu comprendre ce qu’il en était.  La lettre aurait été signée par un certain Thomas M. et avait été retrouvée sous une roche.  Lorsque les chasseurs étaient encore portés disparus, un des chercheurs avait laissé une note pour indiquer aux autres chercheurs que l’endroit avait été ratissé.  C’était ce Thomas Miller et il a témoigné devant la commission Brossard en 1964 à cet effet. (2)

Un jury vulnérable…

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Le Devoir, 4 juin 1964

Le jury du procès devait être composé de 6 jurés bilingues et de 6 jurés anglophones.  Coffin lui-même et la plupart des témoins s’exprimaient en anglais.  Or, La Presse avait sorti lors de la commission un titre accrocheur qui mentionnait qu’un des jurés était sourd et que plusieurs ne comprenaient pas l’anglais.  Dans cet article, il était question de la moitié des jurés qui sont francophones et qui ne connaissaient que peu ou pas la langue anglaise.  Pour ce qui est de l’homme « sourd », c’était Cornelius White qui avait témoigné en 1964 avoir été juré alors qu’il entendait « dur » de l’oreille droite et avait l’ouïe affaiblie de la gauche.  À la question du juge Brossard à savoir s’il s’en était plaint, le fier petit monsieur avait répondu: « Non!  Je ne me suis jamais plaint! »  Loin d’être accablant, ce témoignage à du moins le mérite d’être mignon…

Évidemment, lorsqu’on prend la peine de lire les transcriptions du procès, j’imagine que tout cela doit s’éclaircir.

 Les autres suspects

En 1958, un homme incarcéré à Miami aurait avoué être l’auteur du crime.  Francis Gilbert Thompson aurait monté ces aveux de toutes pièces afin d’éviter la prison aux États-Unis et être rapatrié au Québec.

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La Presse, 19 septembre 1993

Toutefois, après avoir interrogé le détenu, les enquêteurs auraient constaté que les faits ne corroboraient pas du tout et que Thompson ne connaissait même pas les routes de la Gaspésie.  La mère du suspect, Mme Catherine Lazore, aurait témoigné pour indiquer qu’à l’époque où les meurtres ont été commis, son fils était confiné dans une institution psychiatrique à Brockville en Ontario. (3)

Plus récemment, une autre confession a fait couler de l’encre. Depuis les années 90, il s’était ébruité dans la famille de Philippe Cabot que ce dernier serait le meurtrier des chasseurs.  Cet homme au tempérament colérique aurait d’abord été dénoncé par ses propres enfants.  Son fils Jean-Gabriel témoigne qu’en 1953, alors qu’il avait 8 ans, il aurait vu son père tuer les trois américains par balles après avoir heurté Eugène Lindsay avec son véhicule.  Les souvenirs sont douloureux pour cette famille de Barachois.  Ce dernier aurait déserté en 1978 pour refaire sa vie et il est décédé en 1998.

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La Presse, 25 novembre 2006

Il est malheureusement difficile d’établir concrètement si ces aveux sont véridiques.  À la lumière des nombreux articles que j’ai lu, les cadavres des chasseurs étaient trop décomposés, démembrés et dévorés par les animaux pour que l’autopsie puisse révéler une blessure occasionnée par un véhicule sur la dépouille d’Eugene Lindsey.  Le fils de M. Cabot, ainsi que son autre fils qui avait aussi été témoin, sont tous deux décédés.  J’avoue toutefois que l’histoire des Cabot me parait teintée de franchise et de souffrances.  Un des quelques souvenirs que j’y trouve dans les journaux est ce triste encart de Marie-Blanche qui demande son divorce d’une adresse inconnue.  Les années concordent avec les faits racontés par leur fille Micheline.

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Le Devoir, 31 janvier 1980

En scrutant les journaux de 1953, je suis tombée par hasard sur un autre crime survenu à New Richmond, dans la Baie des Chaleurs, au sud de Gaspé.  Je n’ai pas entendu parlé de cette histoire dans aucun des documents que j’ai lu sur l’affaire Coffin.  Dans la nuit du 23 juillet 1953, Edgar Audet, un gérant de coopérative de 45 ans a été battu à mort avec un objet contondant devant le regard horrifié de son fils de 11 ans.  Le jeune François Audet aurait été réveillé par un jeune homme s’étant introduit pour rudoyer son père, qui dormait à côté de lui.  Il lui aurait ordonné de prendre les clés de la caisse dans les poches de son père agonisant en prenant la peine de le menacer et de l’informer avoir justement tué 3 hommes le mois dernier.  Durant ce temps, un autre homme se tenait apparemment à la porte de la coopérative et aurait dit en anglais à l’assaillant de ne pas tuer le petit, juste l’homme.  Ils auraient ensuite filé en voiture.  M. Edgar Audet est décédé une heure après l’arrivée du médecin.

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La Presse, 27 juillet 1953

Dans la Presse du 24 juillet 1953, soit le lendemain, un article rassurait les lecteurs qu’aucun lien n’existait entre l’affaire Coffin et ce meurtre, selon un porte-parole de la Police.  N’était-il pas un peu tôt pour déclarer qu’aucun lien n’est possible entre les deux affaires?  Avouons aussi que ça accroche l’œil quand on lit le surlendemain que c’est le fameux capitaine Alphonse Matte, très impliqué dans l’affaire Coffin jusqu’au jour de son exécution, qui s’est non seulement occupé de l’affaire mais qui a aussi fait cette déclaration comme quoi les propos du meurtrier n’étaient que le fruit d’une macabre vantardise et qu’aucun rapport n’était possible.  Les deux hommes n’avaient pas encore été localisés, donc encore moins interrogés.

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La Presse, 25 juillet 1953

L’homme ayant tué Edgar Audet avait 18 ans et il s’appelait Tracy Boudreau.  Il a été arrêté au début août 1953.  Il revenait d’un voyage sur le pouce à la recherche de travail.  Il n’a avoué son crime qu’après une journée d’interrogatoire.  Les mobiles du crime seraient le vol et la vengeance.  Il s’est toutefois dépêché de dire qu’il n’avait pas eu de complice, contrairement au témoignage fait par le jeune Audet et dont plusieurs articles ont fait mention.  Lors du procès, le garçon a été contre-interrogé et on relate qu’après une longue hésitation, il a fini par dire vaguement qu’il ne se rappelait plus s’il y avait vraiment eu une autre personne avec Boudreau.  Je me demande toutefois comment un garçon de cet âge, fort probablement éprouvé, puisse avoir inventé ou même oublié un complice s’ayant exprimé en anglais et ayant ordonné à son comparse de ne tuer que son père.  Cette histoire à un étrange aura, d’autant plus qu’un mystère des plus entier plane sur l’identité du possible complice.

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La Presse, 22 octobre 1953

Tracy Boudreau est-il encore vivant?  Je ne le sais pas.  Il a été reconnu coupable en 1978 pour le meurtre d’une femme de 34 ans à Sept-Îles.(4)  Quand j’en aurai le temps, j’aimerais bien retracer des gens qui l’ont connu.  J’aimerais aussi en apprendre plus sur l’itinéraire qu’auraient emprunté les chasseurs entre leur ville natale et leur sombre destin au campement.

Est-ce que je pense que Wilbert Coffin est réellement le meurtrier?  Je ne le sais toujours pas.  S’il est troublant d’évoquer que le système de justice ait pu conspiré de la sorte, il l’est tout autant de penser que les citoyens puissent crier trop facilement au scandale. Il y a un côté en moi qui aimerait trouver pendant longtemps des failles dans l’affaire parce que c’est quand même ça qui nous attire dans cette histoire.  Et il y a cet autre côté plus pragmatique qui trouve un réconfort à avouer que Coffin n’a pas tellement le profil d’un innocent.


(1) L’Affaire Coffin, Jacques Hébert, 1981

(2) La Presse, 3 mars 1964, BanQ

(3) Progrès du Saguenay, 4 décembre 1958, BanQ

(4) Le Soleil, 2 novembre 1978, BanQ