L’asile de Sainte-Clothilde-de-Horton: suite de l’enquête du coroner


Lettre reçue le mardi 31 octobre 2017.

Pour faire suite à mon récent article du 29 octobre 2017, lequel expliquait la raison pour laquelle je demandais un exemplaire de l’enquête du coroner dans l’affaire des victimes de l’asile de Sainte-Clothilde-de-Horton, je confirme avoir reçu une réponse aujourd’hui même, 31 octobre.  La lettre est cependant datée du 26 octobre.

Toutefois, comme dans ces bonnes vieilles blagues de docteur, il y a une bonne et une mauvaise nouvelle.

La mauvaise, c’est qu’il m’est impossible de publier ni de diffuser les documents qui m’ont été remis en lien avec l’une des victimes.  Je vous invite d’ailleurs à lire la réponse que j’ai reçue et qui accompagne le présent article.

La bonne, c’est que la presque totalité de ces informations a déjà été publiée à l’époque dans le quotidien Le Soleil.  En janvier 1988, celui-ci fournissait même les noms des neuf victimes.  L’une d’elles m’avait échappé puisque ma précédente recherche m’avait permis d’en identifier seulement huit.  Voici les noms des neuf victimes :

  • Bruno Abbondanza, 33 ans;
  • Louis-Georges Asselin, 31 ans;
  • Gérard Bergeron, 41 ans;
  • André Brouillette, 36 ans ;
  • Denis Cochrane, 40 ans;
  • Marcel Houle, 28 ans;
  • Gilles Lefebvre, 40 ans;
  • Bernard Parent, 32 ans;
  • Marcel Pépin, 50 ans.

Le centre d’accueil Nor-Val de Sainte-Clothilde-de-Horton a été incendié dans la soirée du 23 janvier 1988.  Selon les premiers comptes rendus, l’alarme a retenti à 22h10.  À l’arrivée des pompiers volontaires de Notre-Dame-du-Bon-Conseil, la fumée était encore bien présente mais le personnel avait déjà évacué 10 bénéficiaires (3 hommes et 7 femmes selon Le Soleil) du troisième étage.  Or, c’est au 4e étage que s’est déroulé le drame.

Dans Le Soleil du 26 janvier 1988, on parlait de la possibilité de procéder à des funérailles collectives pour au moins certaines des victimes.  « Hier soir, le curé de la paroisse, l’abbé Marcel Pinard, avait été avisé d’un projet de funérailles collectives au centre communautaire prévu pour vendredi.  Par ailleurs, les résultats des autopsies réalisés sur les corps des victimes sont attendus aujourd’hui.  Hier, les pathologistes du Laboratoire de médecine légale de la Sûreté du Québec, à Montréal, n’ont eu le temps que de mener six examens.  Pendant ce temps, le directeur général Paul-Antoine Ouellet, a exonéré de tout blâme les employés présents au moment du feu.  Au contraire, il a soutenu que les éducatrices ont travaillé dans le calme, qu’elles se sont employées à sortir rapidement les dames qui logeaient à l’étage situé sous celui où l’incendie s’est déclaré »[1].

Ouellet aurait aussi raconté aux journalistes que quatre employés se trouvaient au dernier étage dans la demi-heure qui a précédé l’incendie et qu’à 21h55 il n’y restait plus qu’une seule employée.  Celle-ci affirmera n’avoir senti aucune odeur suspecte.  « Elle est descendue au rez-de-chaussée pour prendre un verre de lait.  L’alarme a résonné dans l’établissement.  Elle est remontée rapidement […] pour découvrir un début d’incendie.  À 22h02, les pompiers ont été avisés.  « Mais personne ne pouvait entrer dans l’appartement », a-t-il déploré »[2].

Selon Ouellet, le seul fumeur de l’étage était couché depuis une heure au moment où le feu s’était déclaré.  On ne pouvait donc pas attribuer la cause de la tragédie à un article de fumeur.  Et de plus, ce fumeur s’en était sorti vivant.  Au moment où paraissait cet article, le personnel du centre Nor-Val tentait de relocaliser les pensionnaires à Victoriaville.

Le Soleil, 1er juin 1988.

L’enquête du coroner s’est déroulée le 31 mai 1988.  Selon Le Soleil, les victimes étaient toutes mortes asphyxiées.  Il semble donc que la fumée ait suffit pour causer leur mort.

De plus, l’incendie « a été allumé par un bénéficiaire de l’institution, Gaétan Bouchard, à l’aide d’un briquet trouvé ou volé à une employée.  Une preuve circonstancielle allant dans ce sens a été établie devant le commissaire aux incendies, Me Cyrille Delage, qui tenait, hier, au palais de justice d’Arthabaska, une enquête publique pour faire la lumière autour de cette tragédie »[3].

Comme dans toute bonne légende qui se respecte, certains éléments véridiques ont survécu à l’épreuve du temps.  Dans ce cas-ci, c’est l’histoire du fameux briquet.

L’article nous apprend également que le coroner et les procureurs impliqués au dossier s’étaient entendu pour ne pas faire témoigner Bouchard « qui est atteint d’une déficience intellectuelle profonde, afin qu’il ne soit pas traumatisé davantage »[4].

Après que le coroner Delage eut manifesté le souhait que cette affaire ne tourne pas au cirque, le journaliste Fortunat Marcoux spécifiait que Bouchard avait mis le feu à son lit et qu’il avait échappé de justesse à la mort en se réfugiant dans une douche.  « La combustion du matelas avait dégagé une fumée très dense », ce qui a finalement causé la mort des neuf autres bénéficiaires.

Reste à savoir comment Bouchard avait pu se procurer le fameux briquet.  Or, de tous les témoignages entendus devant le coroner, « il ressort qu’une employée, José Vallières, constate à 20h30, le jour du sinistre, la disparition d’un briquet de son sac à main qu’elle avait déposé dans le bureau des éducatrices spécialisées situé au troisième étage.  Les fouilles pour le retrouver s’avèrent inutiles.  À 22h10, le feu éclate au dortoir des hommes situé au quatrième étage »[5].

À l’urgence de l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska, Bouchard aurait aussi confié à une infirmière avoir vu du feu dans son lit.  Peu de temps après, il aurait avoué à une éducatrice que c’est lui qui avait mis le feu.  Cette éducatrice, Sylvie Champagne, « déclare qu’elle donne foi aux propos de Bouchard qu’elle soigne depuis 10 ans, et ajoute qu’elle croit que le jeune homme est capable d’allumer un briquet malgré son handicap ».  Et devant un enquêteur qui lui montra un briquet, Bouchard aurait dit « Feu… j’ai trouvé … brûlé… hier soir ».  De plus, Bouchard aurait allumé le briquet à deux reprises sous les yeux de deux enquêteurs.

Le chimiste Claude Fortin est venu dire que « le feu avait été allumé volontairement ou qu’il avait été l’œuvre d’un fumeur négligent.  Selon lui, l’hypothèse d’une défectuosité électrique doit être écartée »[6]Le Soleil souligna aussi qu’il n’y avait qu’un seul fumeur parmi les 22 bénéficiaires de l’établissement et on lui avait assigné des endroits et des périodes bien précises pour utiliser sa pipe, et cela sous surveillance.  « Ensuite, les objets étaient déposés dans une armoire fermée à clé.  Me Delage n’a fait que constater les faits.  Depuis que la Loi des coroners a été modifiée [3 mars 1986], il n’a pas à retenir des accusations contre qui que ce soit ».

On ne peut apparemment pas mettre la faute sur une quelconque négligence puisque « les normes appliquées par la direction de l’institution étaient même plus sévères que celles exigées par le législateur.  C’est un inspecteur en bâtiment du ministère québécois du Travail, M. Raymond Martel, qui a décerné cette bonne note alors qu’il témoignait hier […] ».  S’il n’y avait pas de gicleurs au 4e étage, on y comptait cependant des extincteurs chimiques et des détecteurs.  « Tout nouvel édifice de plus de trois étages doit être doté de gicleurs mais cette obligation ne s’applique pas dans le cas des édifices déjà existants pour des raisons évidentes de coût, a expliqué M. Martel »[7].

Le dernier exercice d’évacuation remontait à juin 1987.  « Quant à la surveillance par le personnel, la législation prévoit un ratio d’un employé par 15 bénéficiaires.  Chez Nor-Val, au moment de la tragédie, il y avait trois éducatrices spécialisées pour 22 bénéficiaires ».

Bien sûr, on ne peut non plus attribuer ce drame à une cause criminelle puisqu’en se fiant à ces éléments on comprend que la cause d’incendie émane d’une personne qui n’avait pas toute sa tête.


[1] Le Soleil, 26 janvier 1988.

[2] Ibid.

[3] Le Soleil, 1er juin 1988.

[4] Ibid.

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] Ibid.

Publicités

L’asile de Sainte-Clothilde-de-Horton : hanté ou archivé?


         Récemment, un jugement prononcé par le juge Clément Samson de la Cour Supérieure tranchait en faveur de la municipalité de Sainte-Clothilde-de-Horton en ordonnant la fermeture du bâtiment abandonné qu’on surnomme allégrement l’asile de Sainte-Clothilde.  Immédiatement, la nouvelle a créé plusieurs réactions, en particulier chez les amateurs de phénomènes paranormaux.  Certains d’entre eux sont allé jusqu’à démarrer des pétitions pour garder l’accès au bâtiment.

Selon des rumeurs, qui semblent prendre de l’ampleur au fil des ans, le bâtiment aurait fait des victimes lors de deux incendies.  Si on doit se fier à certains comptes rendu qu’on retrouve sur le Web, il y aurait eu un premier incendie meurtrier en 1958 ou 1959, et un autre en 1988.  Lors de ce dernier drame, huit ou neuf pensionnaires auraient perdus la vie.

Soulignons au passage que dans son jugement du 18 octobre 2017, le juge Samson mentionne que « les rumeurs, fondées sur des histoires qui remontent à plusieurs dizaines d’années, attribuent à ce bâtiment des qualités qui s’apparentent à celles d’une maison hantée, d’où l’intérêt pour les personnes avides de phénomènes paranormaux.  Au lieu de repousser les visiteurs, le bâtiment les attire et c’est là le drame ».

Le jugement nous apprend également que Roger Thivierge est propriétaire de l’endroit depuis 2009, date à laquelle il l’a acheté à l’Église adventiste du septième jour.  Celle-ci exploitait le lieu comme un espace pour le camping et autres types d’hébergements.  « Quant au bâtiment, il aurait servi à des visites touristiques payantes organisées par l’Église adventiste du septième jour », précise encore le juge Samson.  Au moment de l’acheter en 2009, Thivierge jura qu’il ne savait rien à propos de la popularité du bâtiment.  Plutôt que de profiter des lieux, il l’avait d’abord placardé.

Toutefois, la popularité des lieux et le manque de respect des amateurs en sensations fortes n’ont jamais cessé.  Plusieurs d’entre eux se sont présentés sur place afin d’y prendre des photos ou d’y tourner des vidéos.

Incapable de régler ce problème, le propriétaire se serait alors résigné à engager un agent de sécurité en plus de charger un prix d’entrée de 10$ par personne.  Le juge ajoute qu’entre « janvier 2011 et septembre 2017, en se fondant sur la déclaration de Monsieur Raymond Moreau de la Sûreté du Québec, les forces de l’ordre ont été appelées à intervenir à 28 reprises sur les lieux, notamment en regard d’introductions par effraction, de la présence de personnes suspectes ou de débuts d’incendie ».  Pour sa part, le policier y alla d’une déclaration judicieuse : « si cet endroit fut le théâtre de plusieurs décès au cours d’un seul incendie en 1988 alors que l’endroit était habité par une institution reconnue, je comprends difficilement comment il pourrait actuellement être plus sécuritaire dans cet état ».

La municipalité décide d’intervenir le 18 mai 2017, principalement pour exiger une expertise structurale du bâtiment qui devait être faite par un ingénieur et l’installation d’une clôture.  Le 8 juin 2017, la municipalité déposait une mise en demeure, non seulement pour demander l’érection de la clôture mais aussi pour exiger le nettoyage des lieux.  Certains travaux furent complétés par le propriétaire mais ils seront jugés insuffisants.

Dans sa conception rationnelle des choses et surtout son instinct de continuellement remonter à la source, Historiquement Logique a ouvert son propre dossier sur l’affaire.  Car si ces amateurs ou pseudo-enquêteurs en phénomènes paranormaux prétendent faire de l’histoire, on constate, après un léger survol des comptes rendus disponibles sur le Web, que ces enquêtes sont plutôt incomplètes.  Elles s’intéressent presque exclusivement aux phénomènes sulfureux des ombres blanches et autres manifestations étranges – qui, soit-dit en passant, sont loin d’être prouvées scientifiquement – sans aucune intention sincère de vouloir en savoir plus sur les victimes et les drames qui sont justement à l’origine de toute cette popularité.

Or, il m’a suffi de quelques minutes de recherches pour identifier les huit victimes de l’incendie de 1988.  Dans une vidéo fortement subjective on parle de neuf victimes.  Il semble que ce soit une erreur. On y raconte même que l’incendie de 1988 aurait été causé par la manipulation d’un briquet avant d’évoquer un suicide, sans toutefois préciser de date.  Le suicidé se nommait apparemment James!  James qui?  On l’ignore, évidemment.

Une femme membre d’APPA Paranormal explique aussi, après avoir brièvement évoqué les deux précédents cas, que c’est là « l’historique de ce qui s’est produit ici ».  L’historique?  Vraiment?

Si on avait réellement eu l’intention de dresser un portrait historique, pourquoi ne pas avoir consulté et présenter des articles de journaux?  Ou des documents légaux, comme une enquête de coroner?

Bref, cela manque cruellement de précisions.  Comment ne pas douter devant des constatations aussi sommaires et erronées?

Autre fait qui pourrait s’avérer problématique, on prétend avoir capté des voix d’enfants, si bien qu’on aurait ensuite fait entendre des dessins animés à l’intérieur de l’ancien asile pour tenter « d’entrer en contact » avec de supposées entités d’enfants.  Or, si on croit que la hantise qui englobe cette bâtisse a un lien avec les huit décès tragiques de 1988, il faudrait peut-être regarder ailleurs.  En effet, les huit victimes que j’ai pu identifier étaient toutes âgées entre 28 et 50 ans!

Pour le moment, je tairai les noms de ces huit victimes.  Toutefois, j’ai récemment fait une demande pour obtenir copie de l’enquête de coroner concernant l’une de ces victimes.  La photo accompagnant le présent article montre d’ailleurs la réponse datée du 23 octobre 2017 et que j’ai reçue vendredi, le 27 octobre.  On y indique clairement qu’il faudra encore un peu de temps au coroner pour rassembler les documents nécessaires.  C’est donc qu’il y a de l’espoir d’obtenir un dossier détaillé.

Mais ne versons pas dans les suppositions.  Attendons plutôt de voir la suite.

À suivre …


Bibliographie :

http://www.lanouvelle.net/faits-divers/justice/2017/10/19/fini-l-acces-a-l-asile-de-sainte-clotilde-de-horton.html

Jugement du 18 octobre 2017, sous la présidence de l’honorable Clément Samson, J.C.S., Municipalité de Ste-Clothilde-de-Horton c. 9203-6441 Québec Inc.

https://www.youtube.com/watch?v=AW6Zc1VgSYU&t=310s

Jugement_2017_10_18_2017qccs4684

 

Ce 21 janvier 1975


 

necro gargantua

Né en 1945 à Montréal, Richard Blass aura été un des criminels québécois les plus notoires. Avant de mourir à 29 ans, criblé de 27 balles après une spectaculaire chasse à l’homme, il aura fait en tout 21 victimes. Quelques-unes étaient issues du milieu de la pègre tandis que plusieurs autres auront été au cœur d’un sombre concours de circonstances.

Au cours de sa carrière criminelle, Richard Blass s’est évadé trois fois de prison. C’est durant sa toute dernière évasion qu’il commettra un crime sans précédent, soit l’incendie du bar-salon Chez Gargantua, au 1369 rue Beaubien, le 21 janvier 1975. Sans vouloir remâcher son procès, ni tomber dans un ton fleur bleue, cet article ne finira pas sur une musique d’ascenseur au pied de la tombe de Blass, appelé aussi « le chat ». Je veux me pencher un peu de l’autre côté.

Ce 21 janvier 1975, Richard Blass avait des comptes à rendre au bar Gargantua. Un peu passé minuit, il a tué par balle le gérant de l’établissement, Réjean Fortin, un ancien policier. Il a ensuite contraint les témoins de la scène à s’entasser dans un petit réduit servant à entreposer de l’alcool. Il a bloqué la porte avec un juke-box et a mis le feu. Certains spéculeront même qu’il aurait pris le temps de boire une bière, histoire de s’assurer que les flammes soient bien prises avant de quitter. En tout, il a fait 13 victimes. À l’exception de Fortin, ils seraient tous morts par asphyxie.

On m’a dit que peu d’encre a coulé sur ces dites victimes. En vérifiant les archives, j’ai bien vu qu’il était difficile en effet d’en savoir sur elles. Avec les mots-clés de l’événement, on a plutôt droit à un sempiternel flot d’articles sur la carrière de Blass. Une liste des victimes est toutefois sortie dans les journaux, mais elle a dû être corrigée plusieurs fois car il y a eu des erreurs. Après identifications, visites à la morgue et une enquête coroner plutôt controversée, la liste est devenue plus claire.

  • Réjean Fortin, le gérant du bar, ancien policier de 44 ans.
  • Claire Fortin, épouse de Réjean, était venue au bar pour jaser d’un éventuel voyage de couple en Europe.  Elle avait aussi 44 ans.
  • Gaétan Caron était un futur marié avec une carrière prometteuse comme dessinateur industriel, sportif et amateur de musique. Il n’était jamais allé au Gargantua avant ce soir-là.  Il avait 23 ans.
  • Pierre LeSiège, un ami de Gaétan. Un costaud de 6’2 qui travaillait à la brasserie Molson et qui était aussi membre des Chevaliers de Colomb.  Il était à l’aube de ses 23 ans.
  • Yves Pigeon était un chauffeur de taxi qui aurait conduit des clients à la porte du bar.  Certains diront qu’il était entré dans le bar pour changer un billet de 50 dollars; d’autres diront qu’il avait besoin d’utiliser les toilettes.  Or, dans certains articles, on nous dit qu’il aurait été obligé d’entrer dans le bar en tant que témoin à éliminer.  Sa voiture a été trouvée encore en marche sur la rue Beaubien.  Il était père de 4 enfants.  Il avait 42 ans.
  • Serge Trudeau venait de gagner aux courses à chevaux et voulait fêter.  Il avait 25 ans.
  • Augustin Carbonneau avait 32 ans.
  • Pierre Lamarche aurait été touché d’une balle, qui aurait effleuré son abdomen. On dit que ce serait la balle qui a tué Fortin qui aurait également atteint Pierre mais on a déjà avancé que ce dernier aurait voulu forcer la porte du réduit et qu’il aurait reçu la balle que Blass aurait tirée pour les décourager de tenter de sortir.  Il avait 29 ans.
  • Jacques Lamarche était le frère de Pierre.  Il avait 30 ans.
  • Juliette Manseau, agée de 17 ans, est la plus jeune des victimes.
  • Kenneth Devouges était connu comme étant un petit fraudeur.  Il était aussi le petit ami de Juliette.
  • Denise Lauzé, une employée du bar, était âgée de 21 ans.
  • Ghislain Brière était un chauffeur d’autobus et le petit ami de Denise.  Il avait 23 ans.

Un article de La Presse, le lendemain des événements, faisait état de la douleur et de la consternation dans trois familles des victimes.  On se désole d’avoir appris la mort de certaines victimes à la radio.  Au retour de la Sûreté du Québec, le père de Pierre LeSiège disait aux journalistes qu’il pouvait bien parler de la peine de mort de façon théorique avant ce drame, mais qu’une fois plongé dans ce cauchemar, il considérait la chose d’une autre façon.  Pour lui, seule la pendaison pouvait punir un monstre comme celui qui avait fait ce massacre la nuit d’avant.  Il faut dire qu’après ce sinistre événement, le débat sur la peine de mort avait été ravivé dans les médias.  M. LeSiège avait eu la lourde tâche d’identifier son fils parmi les 13 victimes empilées à la morgue.  Sa femme, quant à elle, a appris la nouvelle à la radio, en tricotant.  Pierre était son bébé.  Le plus jeune d’une famille de quatre enfants.

Chez les Caron, c’est sa sœur Micheline qui s’est prononcée, assise dans la chambre de son frère.  Elle parlait de lui avec tendresse.  Elle disait que son frère était un homme vaillant, un gars en or.  Le dimanche d’avant, ils avaient écouté ensemble de la musique dans son nouveau système de son.  Il allait se « mettre la corde au cou » prochainement.  Il voulait sortir un peu et essayer le Gargantua…

Untitled

Chez les Lamarche, La Presse était accueillie avec un peu plus d’amertume et de désarroi. Le père des deux frères avait communiqué avec le journal pour crier sa révolte. Toutefois, il n’a pas reçu les journalistes car des membres de la famille avaient décidé de confier l’affaire à un avocat. Joint au téléphone, le père éploré avait seulement pris la peine de dire que ses deux fils n’avaient jamais mis les pieds dans ce bar avant ce soir-là.

Une fois ces victimes trouvées, je pouvais commencer mes recherches.  Même avec les archives, rien ne sortait ou presque avec ces noms.  J’ai toutefois pu sortir leur nécrologie avec La Presse.  Du moins, neuf personnes sur treize…

Ces petits encarts allaient peut-être me frayer un chemin vers les familles.

Parmi les quatre familles que j’ai pu retracer sur les réseaux sociaux, j’ai reçu un témoignage d’Elizabeth qui était la jeune épouse de Jacques Lamarche.  Elle a gentiment accepté de me livrer son témoignage.

Elizabeth et Jacques s’étaient rencontrés dans une fête.  Ils se sont mariés en septembre 1973.  Ils étaient donc époux depuis seulement un an et demi lorsque le drame a eu lieu. Elle a appris la mort de son mari quand la police est venue la rencontrer au travail.  Le soir même, elle a vu la nouvelle au journal télévisé de 18h00 et son père l’a appelée.

Une violente onde de choc.

Elizabeth était enceinte de 3 mois.  La nouvelle a été si brutale qu’elle a failli perdre son bébé, au point d’être hospitalisée un bref moment.  Cette angoisse était aussi décuplée puisque du même coup, son beau-frère Pierre a été tué, décimant en une seule nuit la famille Lamarche.

Elle dit avoir ressenti une lourde perte qui l’a carrément étourdie pendant un long moment.  Elle était surtout triste de savoir que Jacques ne connaîtrait jamais sa fille. Sans compter qu’il faut un jour expliquer à cette enfant les conditions d’une noirceur innommable qui font qu’elle n’aura jamais connu son père.  Bien sûr, elle ira visiter sa tombe, mais rien ne pourra changer ce triste destin.

Beaucoup d’années se sont écoulées depuis ce soir de janvier 1975.  Elizabeth a poursuivi son chemin dans cette vie qui pouvait finalement avoir son lot de bonheur.  Mais elle n’oublie pas.  Cette perte est tatouée dans son subconscient pour lui rappeler ponctuellement ce chemin ardu qu’elle a dû traverser.  Elle est contente que ces années de douleur soient derrière elle mais elle pense souvent avec tristesse à ce nombre de personnes affectées par la perte des frères Lamarche, même si on ne parle pourtant que de deux victimes sur treize personnes.  La famille, les amis…  Pour chaque victime, il faut penser au rayon de dommages que crée le violent impact de ce drame.

Elizabeth a côtoyé la famille Lamarche durant la petite enfance de sa fille mais ensuite, les chemins ont cessé de se croiser.  Elle a maintenant 66 ans.  Elle est devenue une grand-mère et elle profite de sa retraite bien méritée.  Elle a réalisé qu’après la tristesse, le bonheur se trouve quelque part et la vie continue.

J’ai écrit à Kristian Gravenor du blogue Coolopolis puisqu’il s’est lui aussi penché sur l’affaire Gargantua et il m’a rappelée que les victimes ne s’arrêtent pas juste à ces 13 personnes, mais aussi à la famille Blass.  À cette mère qui voulait garder l’anonymat mais qui pouvait monter aux barricades pour ses fils qu’elle aimait inconditionnellement, même s’ils l’ont certainement fait vieillir avant son temps.  Je n’ai pas eu le temps de me pencher là-dessus (peut -être aussi que ça me dépassait) mais cette femme aurait mis fin à ses jours quelques années après ce tumulte.

Richard avait aussi un fils de 9 ans lors de ces événements.  Peut-être que mon feeling n’est pas bon mais j’ai l’impression que le soir du 21 janvier 1975, il n’a pas été bordé par son père.

À suivre, du moins…  Peut-être.


La Presse , 22 janvier 1975 http://www.banq.qc.ca/HighlightPdfWithJavascript/HighlightPdfWithJavascript?pdf=http%3A%2F%2Fcollections.banq.qc.ca%2Fretrieve%2F5904941&page=1#navpanes=0&search=%22chevalier%20colomb%20siege%22
Nécrologie, La Presse, janvier 1975